Point d'histoire

Publié le par Jean-Etienne ZEN

Point d'histoire

Un Traité mal géré [Quelques rappels...]

Tout commença à Sarajevo, selon la vulgate officielle, qui signa le début d'un marche somnanbulique vers un inconnu infernal.

L'hitlérisme.devait naître des ruines d'un engrenage tragique, d'un affrontement inouï, sans merci et sans pitié. d'une hécatombe inédite qui fit changer de siècle.

Pour Wilson, ce traité devait être le fondement de la paix

Pour Foch; la guerre n'est pas finie

Le Traité de Versailles, considéré comme bâclé, fut vite l'objet de multiples critiques (*)

Le problème des réparations fut au coeur des débats

L' article 231 du Traité stipulait que Les Gouvernements alliés et associés déclarent et l’Allemagne reconnaît que l’Allemagne et ses alliés sont responsables, pour les avoir causés, de toutes les pertes et de tous les dommages subis par les Gouvernements alliés et associés et leurs nationaux en conséquence de la guerre, qui leur a été imposée par l’agression de l’Allemagne et de ses alliés.

Certains, comme l'économiste Keynes estima « que la campagne pour faire payer l’Allemagne, l’ensemble des frais de la guerre était l’un des actes les plus graves manquant de sagesse politique..» et qualifia le traité de « paix carthaginoise » qui affecterait économiquement toute l’Europe ». Keynes déclara que les sommes des réparations du traité « dépassaient généralement la capacité de l’Allemagne » à payer.

Une dette dont le plan Young ne fera que prolonger l'issue. Avant les entorses de 1953 et 1990.

Les deux crises économiques, l'arrivée de Hitler au pouvoir, suspendirent les engagements.

Si les alliés avaient désarmé l'Allemagne, au motif qu'elle était la seule coupable, il avaient contribué à son réarmement moral et laissé intacte l'industrie tournée vers le réarmement

Les crises qui suivirent et surtout la dernière, avec l'entêtement de Brüning, favorisa l'ascension problématique puis fulgurante d'un système dictatorial

Les capitaux américains permirent un redémarrage de l'économie. Mais

l’Allemagne, en particulier, dont les crédits américains alimentaient l’industrie, fut à son tour durement atteinte dès décembre 1930, présentant des symptômes de crise analogues à ceux des États-Unis » taux de chômage de 17,5 %, recul de 40% de la production manufacturière, effondrement des prix...

L’occupation de la Ruhr, contestée,écourtée et inutile, donna lieu à de multiples incidents.

Le premier ministre français Raymond Poincaré était extrêmement réticent à ordonner l’occupation, et n’avait pris cette mesure qu’après que les Britanniques eurent rejeté ses propositions de sanctions plus modérées contre l’Allemagne. Les socialistes tentent de démontrer les dangers d’une occupation. Clémenceau s’y opposait et le Maréchal Foch parlait d’un “terrible nid de guêpes” où la France avait mis la main. Poincaré était sous pression, car la France avait besoin de l’argent allemand pour rembourser sa dette envers les États-Unis et l’Angleterre. La France et la Belgique tentèrent donc de faire respecter par la force les obligations financières qui étaient imparties aux vaincus par le traité de Versailles avant de commencer leurs propres remboursements.

Rappelons enfin que, selon le traité de Versailles, l’Allemagne devait payer aux alliés 20 milliards de marks-or (MdMo) avant mai 1921 puis 5 milliards d’ici le 31 décembre 1922, soit 25 MdMo. Elle n’en a versé en fait que 7,5 puis 2,9 MdMo, soit 10,4 MdMo, somme sur laquelle la France n’a touché que 2 MdMo environ en raison de la priorité de remboursement belge._______________

(*) __ Jacques Bainville, dans un petit essai prophétique : Les conséquences politiques de la paix (1920). L'historien français démontre avec brio que les clauses politiques du traité de Versailles contiennent les germes d'un autre conflit. Suite au remodelage de l'Europe centrale, «il reste l'Allemagne, seule concentrée, seule homogène, suffisamment organisée encore, et dont le poids, suspendu sur le vide de l'Europe orientale, risque de faire basculer un jour le continent tout entier», écrit-il, rappelons-le, dès 1920. Il résume la paix de Versailles dans une formule cinglante et juste : «Une paix trop douce pour ce qu'elle a de dur et trop dure pour ce qu'elle a de doux».

Son analyse est reprise par l'historien René Grousset dans Bilan de l'Histoire (1946) : «La seconde Guerre de Trente Ans était commencée. La plupart des contemporains ne s'en rendirent pas compte, parce que le Traité de Versailles leur parut achever la ruine de l'impérialisme allemand. Par quelle aberration fallut-il que nos alliés anglo-saxons, consacrant au contraire à Versailles l'oeuvre de Bismarck, maintinssent intacte l'unité allemande ou plutôt qu'ils prissent soin de la renforcer encore, car la suppression des autonomies provinciales ne pouvait avoir d'autre résultat ? Et devant cette Allemagne plus unifiée que ne l'avait jamais été celle du Chancelier de fer, ils servirent, morcelés à souhait, des États danubiens sans lien fédéral, auxquels s'attaquait déjà la propagande de l'Anschluss. La grande voix du maréchal Foch s'éleva vainement contre ces erreurs, génératrices de tant de prochains massacres».

Plus près de nous, Margaret MacMillan, historienne canadienne, nous offre un point de vue plus distancié mais tout aussi passionnant sur les traités de paix avec : Les artisans de la Paix (2006).

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