Fin d'un symbole?

Publié le par Jean-Etienne ZEN

Fin d'un symbole?

(C'était hier...)

Exorcisme américain

Deux ou trois choses sur Usāma ben Moḥammed ben Awaḍ ben Lāden...

______Le leader charismatique de l'organisation honnie, que Bush avait qualifié de parfait représentant de l'"axe du Mal" est, officiellement, parti au paradis d'Allah.
Pourquoi les services spéciaux américains ont-ils agi en cette période, de cette manière, dans ces conditions?
Il reste bien des questions en suspens autour de la mort du héros de la première guerre d'Afghanistan.
Les medias n'ont pas fini de broder sur l'événement, tant que le secret sera la règle, laissant place aux hypothèses multiples et parfois aux fantasmes...
_La joie régnant à " Ground 0" ne doit pas faire illusion. Ben Laden parti, qui n'avait sans doute plus guère d'influence, il restera longtemps un symbole fort pour certains et notamment pour des groupes fondamentalistes islamistes dispersés à qui suffit la doctrine et l'exemple.
_ On n'oubliera pas que l'instigateur présumé des attentats du 11 septembre fut à une époque un bon serviteur de l'armée américaine combattant les Soviétiques par groupes djiadistes interposés, fournissant les armes nécessaires via le Pakistan complaisant.
On se rappellera aussi que le disparu est issu de la famille saoudienne, dont le wahbisme dogmatique encouragea la "guerre sainte", mais que les intérêts pétroliers rapprochaient de Washington.Cette complaisance précisément dénoncée par Ben Laden, qui détermina son exil, puis son errance.
Le personnage cristallise assez bien les aspects contradictoires de la politique américaine surtout pendant les années Bush, surtout dictée par ses intérêts à court terme. L'allié pour un temps est devenu l'ennemi public n°1.
La focalisation sur un homme faisait oublier une politique impériale d'ensemble (PNAC), les vrais enjeux des aventures militaires menées en Irak, puis en Afghanistan... Un bourbier qui continue, avec les mêmes objectifs. L'avenir de l'Afghanistan apparaît toujours aussi chaotique.
Alors que le problème, c'est les affinités troubles avec l'Arabie Saoudite et surtout le Pakistan, dont les services secrets et une partie de l'armée ont contribué à exporter vers l'Afghanistan le phénomène taliban.
Bref, il y aurait beaucoup à dire sur l'instrumentalisation de celui dont certains célèbrent aujourd'hui bruyamment la mort, de manière aussi indécente qu'hypocrite.
La diabolisation d'un intégriste aussi pervers soit-il ne fait pas avancer la réflexion sur son rôle et le contexte qui a favorisé sa percée et son succès, au sein d'un "islam mondialisé" (Olivier Roy).
Avec lui disparaît certainement un symbole de l'échec de l'Islam politique, qui va sans doute affaiblir certains groupes qui se réclament encore de lui et démystifier son aura chez certains dévots se référant à son image.
Mais on a des doutes concernant ce qui peut se passer dans certains pays comme le Soudan et la réaction de certaines mouvances au Pakistan peut légitimement inquiéter.
Espérer enterrer le reste d’Al-Qaeda avec Ben Laden relève de la naïveté. Le futur proche risque de nous le montrer hélas bientôt...
__Espoir d'un nouveau cycle dans les relations américaines avec le monde arabe? On peut l'espérer, mais il reste encore du chemin à parcourir...même si les transformations profondes qui agitent certains pays arabes peuvent puissamment contribuer à ce processus.
Mais, tant que les intérêts de l'Oncle Sam ne changent pas fondamentalement dans la région, on peut rester sceptique.

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