A Athènes, tout va mieux...

Publié le par Jean-Etienne ZEN

A Athènes, tout va mieux...
.....Pour les banques

_______ On le chuchotait, mais aujourd'hui on n'ose plus le cacher:
Moins de 5% des fonds de secours ont réellement servi à relancer le pays

Une récente étude allemande révèle que plus de 95% des 219 milliards d'euros alloués à la Grèce par l'Union Européenne, dans le cadre des deux premiers plans de sauvegarde du pays en 2010 et 2011, ont tout bonnement été "captés" par les banques....

C’est un rapport allemand, de l’école European School of Management and Technology de Berlin (ESMT), qu’il affirme : des 220 milliards d’euros du plan d’aide à la Grèce, 210 milliards ont servi à renflouer les banques du pays. (Article d’ekathimerini.com, publié le 4 mai 2016 ):
« Environ 95 % des 220 milliards d’euros versés à la Grèce depuis le début de la crise financière sous forme de prêts dans le cadre du mécanisme de renflouement ont servi à renflouer les banques européennes. Ce qui signifie qu’environs 210 milliards d’euros ont atterri sur les comptes du secteur bancaire européen tandis que seulement 5 % ont garni les caisses de l’État, d’après une étude de l’European School of Management and Technology (ESMT) de Berli
n.
« L’Europe et le FMI ont, durant ces dernières années, sauvé les banques et d’autres créditeurs privés, » conclut le rapport, publié hier dans le journal allemand Handelsblatt. Le directeur de l’ESMT, Jorg Rocholl, a déclaré au journal financier allemand que « les plans de sauvetage ont principalement sauvé les banques européennes ».
L’étude de cette école de commerce a déterminé que 86,9 milliards d’euros ont été utilisés pour rembourser d’anciennes dettes, 52,3 milliards pour le paiement des intérêts et 37,3 milliards pour la recapitalisation des banques grecques.
Les économistes qui ont participé à l’étude ont analysé de façon séparée chaque crédit afin d’établir la destination de l’argent. Ils ont conclu que seulement 9,7 milliards d’euros, soit moins de 5 %, ont contribué au budget grec au profit du peuple.
« Tout le monde le soupçonnait, mais peu de gens le savaient. C’est maintenant confirmé par cette étude : pendant 6 ans, l’Europe a tenté en vain de mettre un terme à la crise grecque via des prêts tout en exigeant des mesures et des réformes toujours plus dures. Les causes de l’échec se trouvaient manifestement moins du côté du gouvernement grec que de la planification des plans de sauvetage, » conclut le quotidien allem
and. »
...dans un tel contexte de dissimulation chronique et de manipulations financières, beaucoup craignaient qu'une grande partie de cette somme soit "réquisitionnée" d'office par les créanciers privés de la Grèce (sous-entendu, les banques européennes en priorité), ne laissant plus au Trésor grec que des miettes pour redresser le pays. C'est pourquoi, après que les banques eurent accepté une réduction de 53,5 % de leurs créances pour un montant de 107 milliards d'euro, un effort de recapitalisation fut consenti de la part des États européens en vue de renflouer pour une somme équivalente les caisses de leurs établissements bancaires respectifs... en dépit du fait que leurs pertes aussi brutales que colossales étaient en grande partie nées de leur propre imprudence et de leur appât du gain...

Malheureusement, selon Jörg Rocholl, directeur de l’École européenne de management et technologie de Berlin (ESMT), les faits semblent démontrer que, malgré les compensations annoncées, les banquiers ont finalement choisi de se payer aussi sur la bête. Ainsi, sur les 219 milliards d'euros reçus par la Grèce, 86,9 milliards sont allés vers les remboursements de la dette (donc principalement vers les banques, la BCE et le FMI, ce dernier s'étant fait rembourser pas moins de 9,1 milliards d'euros), 52,3 milliards ont servi à payer les intérêts (encore aux banques), et 37,3 milliards ont été réservés à la recapitalisation... des banques ! Au passage, notons que la part de l'État grec était fixé à l'origine à 30 milliards d'euros "seulement".

Enfin une trentaine de milliards ont été "distribués pour inciter les investisseurs à s'impliquer dans le secteur privé", ce qui signifie en langage clair que des "investisseurs privés" (entendez pas-là... des banques !) ont probablement bénéficié d'avantages ou de traitements de faveur pour qu'ils conservent une partie de leurs actifs dans le pays. Et ce qui est tout aussi probable c'est que les investisseurs en question y verront surtout un effet d'aubaine qu'ils exploiteront le temps qu'il durera... avant de se retirer du pays les poches juste un peu plus pleines que prévu.

Au final, seuls 9,7 milliards d'euros ont réellement et directement contribué au relèvement de l'économie grecque. Une somme forcément insuffisante qui laisse le pays dans une situation toujours aussi catastrophique et qui a donc poussé l'Union européenne, via le mécanisme européen de stabilité, à lui accorder en août dernier un nouveau prêt de 86 milliards d'euros sur trois ans.

La Grèce serait-elle en train de devenir le puits sans fond(s) de l'Europe ? En réalité non, elle a juste servi d'alibi pour renflouer les banques françaises et allemandes.
Car l'étude de l'ESMT ne révèle rien que n'aient pas déjà évoqué certains médias grecs dès 2014. Sauf qu'à l'époque on disait que c'était une manœuvre des autorités grecques pour exiger toujours plus d'argent sans pour autant satisfaire à leurs obligations. Aujourd'hui, c'est une étude allemande qui expose les mêmes faits, et là, tout-à-coup, on y croit, on s'insurge, on est scandalisé.

Le fait est que, dès le départ, les "prêts" accordés à la Grèce sur le dos des contribuables européens n'ont jamais eu d'autre destination que les banques elles-mêmes, celles qui avaient justement précipité la crise dans le pays en achetant à tour de bras des produits financiers dont tout le monde savait qu'ils étaient pourris à cœur. Tant que l'illusion tenait, ça rapportait, alors pourquoi s'en priver. Et dès qu'un doute émergeait, hop !, on arrivait toujours à refourguer les créances douteuses dans des enveloppes toujours plus grosses qui les blanchissait au passage. Un peu comme les subprimes aux États-Unis.

Le plus grave sans doute, c'est que tout cela s'est fait avec la complicité des États, en particulier la France et l'Allemagne qui, comble de cynisme, refusent toujours de réduire la crise grecque. Et dire que nos politiques s'émeuvent encore régulièrement de la perte de confiance des citoyens à leur égard...? (Jean-François Faure)

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