Indicible souffrance

Publié le par Jean-Etienne ZEN

Indicible souffrance

Douleurs physiques, douleurs morales et psychiques intenses.

_Qui peut les exprimer, et que peut-on en dire, surtout quand elles sont infligées par des hommes eux-mêmes

Très mal, très peu...

Le silence attéré le plus souvent s'impose.La sidération et l'effroi, quand le corps n'est plus que douleur, que la pensée s'effondre. La déréliction absolue.

Les mots trahissent toute traduction possible.

Que l'on soit croyant ou non, la difficulté est la même.

___Seul l'art peut la rendre sensible, par le truchement des sens et de l'imagination symbolique.

Ne pouvant être dite, elle peut être suggérée, par des oeuvres aussi variées qu'expressives.

_Le thème de la crucifixion, central dans la tradition chrétienne, sert souvent d'élément porteur et expressif pour exprimer la douleur à son paroxysme, désacralisée, réduite à sa brutalité insoutenable.

__________L'oeuvre de Grünewald en est une tentative osée et forte, qui ne cède rien à l'idéalisation religieuse du crucifié souvent pacifié et glorifié, de la souffrance sauvée.

Difficile de rester insensible devant ce corps exprimant la souffrance suprême et suscitant une attraction/répulsion rare.

___Abdel Abdessemed , pourtant étranger à la culture chrétienne, s'est laissé interpelé par l'oeuvre, il " a rencontré le Christ de Grünewald en 1995, un an après avoir quitté l’Algérie. Transi de froid, arrivé en auto-stop depuis Lyon, un jour de neige et de brouillard, il raconte, encore troublé : « J’étais comme un invisible, complètement désespéré, je suis resté très longtemps, il m’a rechargé. Le cri, c’est l’essentiel de mon travail. Je viens du sud, le soleil a brûlé mes mots. »

______ A sa suite de de Matthias Grünewald, Adel Abdessemed" figure le crucifié comme une immense blessure, concentrant en un seul corps à la fois la torture et la cruauté." d'une manière très originale, à la suite d'illustres devanciers, comme Picasso.

Si l'oeuvre d' Abdessemed n'est pas toujours d'accès facile, elle reste toujours centrée sur le thème de la brutalité.
Sans doute celle qu'il a expérimentée physiquement et moralement lors de la guerre civile algérienne, quand le directeur de l'école des Beaux-Arts d'Alger, Ahmed Asselah et son fils, furent tués dans l'enceinte de l'établissement, par des barbares barbus en haine de culture.

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