Remous dans la pensée économique

Publié le par Jean-Etienne ZEN

Remous dans la pensée économique

Crises en cours

____ Régulièrement, la pensée économique connaît des périodes de remises en question et parfois de vifs conflits.
Et pas sur des queues de cerises. Et pas seulement en France.
__Car l'économie est une discipline dont les enjeux ne sont pas sans incidences sur notre vie quotidienne.

___ C'est assez excessif de parler de guerre à propos du petit affrontement entre des théoriciens de l'économie.
_ La querelle n'est pas anodine, car de la vision de certains économistes dépendent souvent de décisions politiques de fond , de choix de société qui ne sont pas neutres. Et d'autre part, les choix politiques dominants ne sont pas sans influencer certains postulats en recherche économique..
__Une économie fondée sur des principes néolibéraux, issus de la pensée de l'école de Chicago, de tendance reaganienne et thatcherienne, ne peut avoir les mêmes impacts sur les décideurs que celle fondée sur les notions de redistributions, de solidarité, de politique monétaire et sociale progressiste.. On le voit avec le débat autour des études de T.Piketty, en France comme aux USA, où la réflexion sur les sources des inégalités croissantes devient l'objet des recherches?
__ Entre les"bons", qui ont pignon sur écran, souvent engagés dans des conseils bancaires, et les hétérodoxes, qui exercent leur esprit critique sur les données de l'économie dominante, il y a plus que des détails. Un engagement de fond sur les questions de société.
__ Le problème s'est récemment posé à propos des thèses de Jean Tirole, à l'époque on soulignait que l'économie n'est pas une science dure, comme le soulignait déjà Levi-Strauss, qu'elles comporte de grandes marges de choix et d'incertitudes, d' a priori et d'impensés.
__ La crise a bien montré à quel point beaucoup se sont trompés. Une certaine pensée économique peut même être une imposture, en fonction de certains choix préalables non interrogés..Son enseignement devrait être revu et il est des présupposés à repenser, un formalisme mathématique qui interdit tout débat de fond...
_ La plupart n'ont rien vu venir, comme certains l'ont reconnu. Il arrive même qu'on puisse dire tout et le contraire de tout. Cela relativise un peu...(*)
___ [ -Krugman fustigeait naguère "la cécité de la profession sur la possibilité de défaillances catastrophiques dans une économie de marché"."Durant l’âge d’or, les économistes financiers en vinrent à croire que les marchés étaient fondamentalement stables - que les actions et autres actifs étaient toujours cotés à leur juste prix"---- M. Greenspan avouait qu’il était dans un état d’ « incrédulité choquée » car « l’ensemble de l’édifice intellectuel » s’était « effondré ». Cet effondrement de l’édifice intellectuel étant aussi un effondrement du monde réel de marchés, le résultat s’est traduit par une grave récession"( P.K.)_« Lorsque dans un pays le développement du capital devient un sous-produit de l’activité d’un casino, le travail est susceptible d’être bâclé. », disait Keynes.]
_ Bref, une "science" en question, souvent aveugle à ses postulats.
___ C'est que la discipline économique n'est pas une science exacte, comme le reconnaissait Lévi-Strauss, comme l'admettent la plupart des économistes un peu honnêtes. Les mathématiques, qui prennent souvent une place démesurée dans la discipline, ne sont pas un gage de scientificité.
_ Ce n'est pas la guerre mais un affrontement normal sur le statut, la fonction, la rigueur d'études qui sont parfois menées avec des lunettes à courte vue libérale, des préjugés assumés, parfois des engagements tus.
__ Une science imparfaite, à pratiquer avec beaucoup de circonspection, de prudence. Ce qui n'exclut pas l'audace.
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(*) A propos de la dernière crise, qui dure...« Comment se fait-il que personne n’ait rien vu venir ? », s’enquit la reine d’Angleterre en visite à la London School of Economics en novembre 2008. Elle aurait même laissé échapper : « C’est affreux ! » N’avoir rien « vu venir » ne fut pas la seule faute des économistes, qui représentent assurément l’une des professions les plus remises en cause par la crise financière. Leur hypothèse d’efficience des marchés avait servi à justifier les politiques de dérégulation, largement responsables de la catastrophe des subprimes.

_ « La science économique a été au mieux spectaculairement inutile, au pire carrément nocive », résume l’économiste et éditorialiste du New York Times Paul Krugman. Tétanisés devant la dégringolade irrésistible des Bourses mondiales, la plupart des économistes avaient ainsi eu l’humilité de reconnaître les limites de la macroéconomie contemporaine, issue du courant des « anticipations rationnelles » des années 1970 et héritière du cadre néoclassique élaboré à la fin du XIXe siècle et qui domine le champ depuis l’après guerre.Lorsque les Bourses ont dévissé dans le sillage de Lehman Brothers à l’automne 2008, les modèles sophistiqués des pontes de l’université de Chicago ne furent d’aucun secours. Comme le dit Paul Krugman, il a fallu retrouver la « sagesse des Anciens », perdue durant l’« Âge sombre» de la macroéconomie, et sortir des oubliettes les auteurs post-Grande Dépression, dont l’approche, globale et non pas segmentaire et individualiste, fournit une compréhension synthétique et systémique des crises.

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