Internet bifrons

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 Addict or not addict?
_______________Ce n'est pas encore la grande dépendance, mais ça pourrait s'en approcher parfois.
Sans être atteint de cybercondrie, il est des jours ou l'ennui, le ciel gris, les trop longues soirées  amènent à rester devant l'écran plus que de raison.
Et l'hameçon fonctionne bien. La pêche est infinie, ouvrant à chaque recherche un butin sans limite, dans l'immense hypertexte que constitue le net, cette toile ouverte sans boussole ni GPS, dans laquelle on  peut se perdre aisément et vetigineusement.
Certains, gravement atteints, ont déconnecté totalement. 
____Et pourtant, avec le désir intarissable de vrai savoir, la vigilance vis à vis des sources, l'oeil toujours critique à l'égard des contenus livrés en vrac,  le web a changé la vie de beaucoup, spécialistes ou non, offrant un accès inédit à des informations riches et abondantes, à des archives autrefois inaccessibles dans tous les domaines, de l'histoire à la biologie, de la connaissance du rat des champs à celle de ses lointains ancêtres...
Internet, c'est d'abord ce qu'on en fait, à partir de ses motivations et de sa culture.
__Cependant, en dehors des dangers bien connus, des pièges facebookiens _(1)_et du risque degoogelisation, _(1)_ la chronophagie guette, le désintérêt, le désinvestissement pour le reste, par polarisation excessive, comme toute passion s'exerçant aux dépens des autres, même si on ne se perd pas dans une twitteromanie sans fin.
_____C'est toute l'ambiguïté d' internet: comme la langue d'Esope, la meilleure et la pire des choses.  Internet a deux visages:
Regrettant son cerveau d'avant, Mona Chollet décrit avec humour et autodérision sa tendance à se comporter parfois en  "zébulonne en surchauffe perpétuelle, incapable de ne faire qu’une chose à la fois, qui consulte à tout bout de champ ses multiples comptes (mail, RSS, Facebook, Twitter), qui abandonne les livres au bout de cinquante pages et qui ne sait plus où donner de la tête entre tous les objets dignes de son attention.
 Mon cerveau est devenu une passoire. J’envisage d’essayer la technique Pomodoro, qui consiste à installer un minuteur pour s’obliger à se consacrer à une seule tâche pendant vingt-cinq minutes : gros challenge en perspective. Dans Féerie générale... Emmanuelle Pireyre écrit : « J’ai noté quelques subtilités récentes de la technologie pour nous rendre dépendants, augmenter indéfiniment les surfaces d’échanges, j’ai noté le recul des possibilités d’autarcie. »
____Outre une compulsivité  fréquente par pratique intensive, on peut remarquer une modification presque imperceptible des facultés (attention, mémoire).
Internet nous rendrait-il bêtes, à l'insu de notre plein gré?
« Ces dernières années, dit Sophie, j'ai eu la désagréable impression que quelqu'un, ou quelque chose, bricolait mon cerveau, en reconnectait les circuits neuronaux, reprogrammait ma mémoire. Je ne pense plus de la même façon qu'avant. C'est quand je lis que ça devient le plus flagrant. Auparavant, me plonger dans un livre ou dans un long article ne me posait aucun problème. [...] Désormais, ma concentration commence à s'effilocher au bout de deux ou trois pages. [...] Mon esprit attend désormais les informations de la façon dont le Net les distribue : comme un flux de particules s'écoulant rapidement. Auparavant, j'étais un plongeur dans une mer de mots. Désormais, je fends la surface comme un pilote de jet-ski....»
C'est sans doute la dose qui fait le poison. 

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