Qui décide vraiment?

Publié le par Jean-Etienne ZEN

Ils n'ont plus de prise que sur des choses marginales.
                            De moins en moins sur l'essentiel de la vie publique.
                                     C'est ce qui est souvent constaté.  Sous l'effet de la vague néolibérale qui déferle depuis les années 80 et de la puissante logique financière mondialisée qui l'accompagne, son emprise prégnante sur  politique, au sens strict, sur les affaires essentielles et les problèmes de fond, la vie politique au sens fort est de est de plus en plus réduite comme une peau de chagrin, malgré les apparences et les dénégations, jusqu'à des abandons majeurs de souveraineté. Le pouvoir n 'est plus qu'à la marge.
      Le principe de gouvernance, d'essence managériale, est venu progressivement prendre la place de la notion de gouvernement politique, comma art de la conduite des hommes dans le souci du bien commun, en toute souveraineté.
         L'impuissance politique est devenu un fait reconnu et même avoué, mais peu analysé. De l'Etat ne peut pas tout de Jospin, on est passé à la béance entre promesses électorales et projets avortés.
     La crise et la montée en puissance des toujours plus puissants groupes de production transnationaux et des grandes entités bancaires ont contribué à une dépendance de plus en plus grande de l'Etat, à sonasservissement même. Il a perdu l'emprise sur des pans essentiels de décisions en matière économique et sociale.
      Qui gouverne encore ? entend-on dire souvent, que ce soit au niveau national ou au niveau européeen. Le vrai pouvoir n'est pas toujours celui qui se déclare tel, n'est pas toujours là où il prétend être.
     Ce n'est pas, comme annoncent certains, la fin du politique, mais il faut le reconstruire, contre les intérêts dissolvants et à courte vue des objectifs  puissants des groupes qui veulent s'arroger indirectement le pouvoir de décisions. Il y a toujours des alternatives.
   On peut toujours se réapproprier la démocratie, comme l'Islande en a fourni un exemple.
     L'arrivée au pouvoir de Donald Trump et le début de son mandat incite à se poser la question, dans lecontexte d'Outre-Atlantique.
                                                 "...Ancien conseiller de cabinet ministériel, j'ai pu constater (dit Matthieu Niango)combien les classes dirigeantes étaient tout simplement en phase avec le néo-libéralisme, dont ils avaient tété la vulgate dans les grandes écoles du pouvoir ou dans leur milieu social d'origine. Ce qu'on appelle abusivement les renoncements de François Hollande et de ses équipes sont purement et simplement des retours à la normale idéologiques après la période euphorisante de la campagne de 2012. Car ni François Hollande ni encore moins sa garde rapprochée— encore aujourd'hui prodigieusement sûre d'elle-même au regard de l'absence quasi-totale de résultats de ses politiques économique et sociales—n'avaient réellement eu l'intention de s'en prendre à l'ordre établi....
     On ne peut conclure qu'il n'y a rien à faire contre le néo-libéralisme et la pression qu'il exerce sur les salaires ainsi que les délocalisations qu'il implique qu'à une seule condition: d'avoir vraiment essayé de s'y opposer, de s'être battu autant que possible, et d'avoir été vaincu. Ceux qui s'y sont sincèrement attelés sont toujours parvenus au pouvoir quand il était trop tard ou presque, comme dernier espoir avant le chaos: ce fut le cas en Grèce. Ils échouent alors parce que le pays est trop faible, non parce que le pouvoir politique doit toujours le céder aux revendications du pouvoir économique. Un gouvernement qui serait appelé aux responsabilités dès les signes avant-coureur de la curée néo-libérale, et qui aurait pour lui une force publique en bon état, serait vraiment en mesure de contribuer au progrès de l'égalité. A une condition toutefois essentielle: qu'il ait pour le soutenir toute la légitimité populaire, c'est-à-dire qu'il soit réellement démocratique, et à même d'assurer la participation du plus grand nombre à ses décisions... (*)
        .       "Nous serions entrés dans l’ère de ce qu'on appelle la  "post-démocratie" comme l’analysait ces dernières semaines l’historienne Sophie Wahnich (dans sa chronique publiée par Libération), le politologue turc Ahmet Insel (sur France culture, à propos de la Turquie d’Erdogan) ou encore la philosophe belge Chantal Mouffe (dans Reporterre). Le terme faisait aussi l’objet d’un débat du festival «Mode d’emploi», à Lyon en novembre.
      C’est le politologue britannique Colin Crouch qui a formalisé et popularisé l’expression dans son livre Post-démocratie paru en 2004 et traduit en français en 2013 (Editions Diaphanes). Il entendait désigner un nouveau stade de la démocratie, celui de l’ère capitaliste et globalisée. Derrière leur apparence démocratique – les élections ont bien lieu, la liberté d’expression et le pluralisme sont assurés, les partis politiques existent encore –, nos sociétés ne donneraient plus aux citoyens la place qui leur revient. Les décisions sont prises ailleurs, par d’autres : au sein des lobbys, dans les grandes entreprises dont le lien avec les élites politiques s’est resserré ou dans les institutions supranationales comme l’Organisation mondiale du commerce (OMC).
      Dans son livre, Crouch dessine une parabole : dans les sociétés occidentales, la démocratie a culminé à la sortie de la deuxième guerre mondiale, quand la dépense publique jouait à plein son rôle de régulateur de la société et que les syndicats portaient la parole des salariés. Mais depuis les années 80, la souveraineté populaire n’a cessé de s’affaiblir. Loin des partis de masse d’antan, les organisations politiques actuelles en sont réduites à gérer les débats à coup de sondages d’opinion et à faire de la communication dans des médias conciliants.
      «La pensée de Colin Crouch est celle d’un déclin. Il est nostalgique d’un "âge d’or" que représenterait la démocratie plus sociale de l’après-guerre. Mais peut-on vraiment parler d’âge d’or quand les femmes avaient tout juste le droit de vote et que les habitants de tant de pays colonisés n’avaient pas voix au chapitre ?» note Yves Sintomer, professeur de Sciences politiques à Paris VIII. Reste que l’idée d’une confiscation progressive de la démocratie réelle est pertinente pour analyser notre système politique, selon Sintomer. «La centralité de l’élection est aujourd’hui concurrencée par d’autres espaces qui prennent leurs décisions à porte close. On pourrait même allonger la liste dressée par Crouch en y ajoutant tous les comités d’experts divers et variés, les agences de notation, les instances d’autorisations de mise sur le marché dont le rôle n’a cessé de grossir avec le développement des techno sciences et le rapprochement des sciences et de l’industrie, etc.»"
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