Point d'histoire

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 
Il était une fois...le Traité de Rome
                                                           Il y eut en fait plusieurs traités de Rome, des moutures différentes, avant d'arriver à une synthèse, socle des Traités futurs.

 

        C'était l'époque des pionniers, d'une aventure dont on entrevoyait peu les développements.
                 Sous impulsion américaine.
  Il y avait les prudents, les sceptiques et les enthousiastes, animés par un rêve fédéral: mis aujourd'hui à rude épreuve, certains estimant que cette Europe va disparaître si elle ne se réforme pas en profondeur.
      Elle semble en effet bien loin des projets de certains pères fondateurs et de l'esprit des textes, souvent en guerre contre elle-même.
     Certains en France s'opposaient à cette ouverture, comme  Pierre Mendes-France, qui entrevoyait les risques de cette aventure politique mal préparée ou prématurée. La France se trouvait alors handicapée notamment par le lourd passif algérien. Son discours reste fameux. De Gaulle accepta le risque, en faisant le pari d'un redressement rapide d'une France affaiblie.
   L'ombre de la guerre européenne hantait encore les esprits et l'on procéda de manière assez empirique , sans se poser la question de savoir si on ne mettait pas la charrue avant les boeufs, en misant sur une intégration économique pour créer les conditions d'une union de plus en plus politique. Le rêve de Monnet.
     Mais le fédéralisme rêvé est compromis.
     L'après-Junker n'est pas glorieux, l'euro-groupe ayant cédé aux sirènes financières et aux dogmes de l'ordolibéralisme.
      La concurrence non régulée a mis en péril un équilibre fragile et peu démocratique.
  La panne est flagrante, notamment avec le Brexit et d'autres périls en vue.
        Reste-t-il encore une dernière chance de relance sur de nouvelles bases renégociées, au-delà des égoïsmes nationaux et des forces centrifuges?
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:        __25 mars 1957 :
                                    "Ce traité cultive l'ambiguïté en ne se prononçant pas sur le débat essentiellement franco-allemand concernant l'instauration d'un protectionnisme à l'échelon européen (ce que l'on appellera plus tard : « préférence communautaire »). « Quand nous disions qu'il valait mieux, ne serait-ce que pour des motifs de négociation évidents, partir d'un tarif sérieux et obtenir des concessions en contrepartie de la part des autres pays du monde, le professeur Ehrardt, ministre de l'Économie et des Finances de la République fédérale, appuyé sur le succès remarquable de sa politique systématiquement libérale, nous rétorquait que le protectionnisme était un mal en soi, et une baisse de tarifs douaniers un bien en soi, même sans contrepartie négociée... », écrit dans ses mémoires Jean-François Deniau, l'un des négociateurs (L'Europe interdite)La ratification du traité ne va pas sans difficultés. D'éminentes personnalités s'y opposent, comme le député socialiste Pierre Mendès France qui craint que l'industrie nationale ne supporte pas l'ouverture des frontières et la concurrence allemande. Par contre, plus visionnaire, le général Charles de Gaulle, sollicité par ses proches d'y mettre son veto, refuse. Il écrit en marge du dossier : « Nous sommes forts mais ils ne le savent pas » (sous-entendu : n'ayons pas peur de nous ouvrir à l'Europe).
    Le traité de Rome sur la CEE entre enfin en vigueur le 1er janvier 1958. Il instaure un Parlement dont le siège est d'abord fixé à Bruxelles et une Cour de Justice établie à Luxembourg.
    Le pouvoir exécutif est confié au Conseil des ministres des pays membres. Mais la mise au point des décisions est déléguée à une Commission Européenne permanente, sise à Bruxelles, et dont l'influence ne va cesser de croître jusqu'à nos jours.
        __Mais il y avait un grain de sable:   une feuille blanche...
                                À l'instant solennel de la signature du traité de Rome, les ministres européens ne se doutaient pas que celui-ci se résumait pour l'essentiel à une liasse de feuilles blanches.
La veille, les rédacteurs, épuisés, avaient laissé les feuillets épars sur le sol de leur bureau, se réservant de les assembler plus tard. Mais entre-temps, les femmes de ménage découvrent le désordre. Zélées, elles jettent les feuilles volantes à la poubelle.
    Stupeur des fonctionnaires à la découverte du désastre. Ils courent à la décharge mais ne retrouvent évidemment rien. Comme il est trop tard pour tout réécrire et qu'un report de la signature déshonorerait l'hôte italien, on décide de ne réécrire que les premières et les dernières feuilles du traité, celles qui doivent être paraphées ou signées, en intercalant entre elles une liasse de feuilles blanches.
    Pendant toute la cérémonie, les officiels n'auront de cesse d'empêcher journalistes et ministres de feuilleter l'épais registre au risque de découvrir la supercherie."
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