Les medias et les banlieues

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 
 Faits divers
                     Pas question de contester que certaines banlieues posent problème et que les formes de délinquance nouvelles qui s'y développent interrogent tout le monde, les décideurs politiques en premier lieu.
Il y aurait beaucoup à dire sur ces espaces variés laissés en déshérence, parfois de quasi non-droit, et sur les responsabilités politiques de ces non sens architecturaux et sociaux,  instaurés dans l'urgence dés les années 70, sur les  politiques d'immigration menées sans responsabilité, sur le développement du chômage de masse affectant en priorité ces espaces où la formation n'a jamais été une priorité.
 Au 19°siècle déjà, les banlieues étaient redoutées comme domaines des classes dangereuses
Les problèmes des banlieues françaises, particulièrement parisiennes, et des quartiers dits sensibles posent des questions spécifiques (1), surtout en période de crise économique. Mais pas seulement en France.
            Ce qui pose ici problème est la perception qu'on en a à travers les médias qui en parlent régulièrement et de plus en plus. Ce que l'on peut discuter, c'est la manière dont la presse en général se nourrit et rend compte dans une toujours plus grande rubrique des faits divers. Le nombre des faits divers dans les JT a augmenté de 73 %, aux dépens des problèmes de fond bâclés, qui n'ont droit généralement qu'à quelques allusions.
Les faits divers, souvent hyper-dramatisés, ont souvent fait les choux gras d'une certaine presse, comme pendant longtemps dans le Petit Journal, dont raffolait la bourgeoisie.
La mise en scène  médiatique du moindre dérapage et son éclairage "sauvage", sans analyse de fond et de mise en contexte, permet à une certaine presse en difficulté de sauver les meubles en jouant sur le voyeurisme, la peur ambiante et la demande sécuritaire, en détournant l'attention des problèmes essentiels, dont beaucoup sont à la source des maux dénoncés.  « Le fait-divers fait diversion », disait Pierre Bourdieu
On observe une place croissante accordée à la médiatisation des « déviances » des quartiers populairesen banlieue
Le métier de journaliste s'est transformé en même temps que la presse changeait de nature.
« Depuis les années 80, les faits divers ont fait un retour en force par le biais de la télévision. » à la question : Quel type de prisme les faits divers offrent-ils pour saisir la société, en particulier la criminalité ?..« Un prisme totalement déformant, c’est bien le problème ! Il est normal que le débat public s’interroge sur les faits qui sortent de l’ordinaire. L’avion s’est écrasé, pourquoi ce terrible accident alors même que 99,9 % des avions décollent et atterrissent normalement ? Mais certains sujets comme le crime occasionnent beaucoup plus que cela. Loin de passer pour un accident de la vie quotidienne, l’érection du fait divers criminel en priorité de l’information le transforme en un fait de société. Il est promu au rang de symptôme des dérèglements de la vie sociale. Et lorsqu’il rencontre une ambiance générale de morosité et d’inquiétude sur l’avenir, il devient le révélateur d’une décadence. Ainsi le fait divers criminel n’occasionne pas simplement un discours sur la violence qui est insupportable, mais aussi sur la violence qui augmente, qui rajeunit...  " (L.M.) 
L' émotion prime sur l'analyse, au risque de dérapages multiples et d'instrumentalisations.
Le niveau de réflexion est la première victime de cette tendance (*)
L'info sans info semble de plus en plus devenir la règle.
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(1) Marseille, ville la plus criminogène de France?
Faudrait voir à voir...
Comme dit un internaute, " Comme le souligne très justement Jérôme Gavaudan, le bâtonnier de l’Ordre des avocats de Marseille - (voir http://presumeinnocent.com/objectio...) A priori, je ne crois pas que Marseille soit une ville plus criminogène que les autres. On a la même situation dans des départements autour de Paris ».
Une affirmation plutôt fondée. Prenons l’exemple de la ville de Paris, entre janvier et décembre 2012, il y eut 35 483 atteintes volontaires à l’intégrité physique dans la capitale contre 30 387 sur la même période dans les Bouches du Rhône, selon les chiffres de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales. http://www.inhesj.fr/sites/default/...
Dans Histoire de L’Evché, Alain Tourre, ancien patron de la PJ de Marseille, expose que la réputation sulfureuse de la ville ne date que depuis 1860. Alors que 24 personnes ont été tuées à la suite de règlements de comptes dans la région de Marseille en 2012, le criminologue Alain Bauer considère que « le nombre de règlements de compte s’est stabilisé depuis un demi-siècle, il n’y en a pas plus que les autres années ». La différence tient plus à la nature des crimes commis qu’à leur nombre, favorisé par la situation de ville portuaire : « Marseille est une ville qui a internationalisé, globalisé, professionnalisé les crimes liés aux trafics d’hommes et de stupéfiants ». Même son de cloche du côté de Thierry Colombié, spécialiste du grand banditisme en France, qui estime que Marseille n’est pas une zone de non-droit mais « ce qui est nouveau, c’est l’utilisation d’armes de guerre et en filigrane une recomposition locale et internationale des trafics de drogue ».

__-Marseille:  la vérité des chiffres, loin des clichés
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