Dictature des banquiers?

Publié le par Jean-Etienne ZEN

Avant qu'il ne soit trop tard...
                                              La vie des (grands) banquiers n'est pas toujours facile, alors qu'elle devrait être sans histoire, voire ennuyeuse... 
 Il leur arrive de se plaindre des critiques et parfois des menaces dont ils sont l'objet, parfois en plus haut lieu...même si cela reste souvent purement verbal.
     Mais ils peuvent  dormir tranquilles, ils restent encore choyés.
Les réformes promises, ce fut un petit clapotis dans un verre d'eau, c'est trop peu, trop tard...
 Ce qui devait être une révolution, la séparation bancaire (le retour à l'avant Clinton, en fait),considérée comme essentielle pour enrayer  les dérives spéculatives et ne pas mettre en péril les dépôts des particuliers, n'a pas eu lieu.
       Mais il arrive que certains banquiers sortent du lot, ne jouent plus le jeu, comme Mathieu Pigasse,  vice-président de la banque Lazard, qui affirmait naguère: «Qui est responsable ? Les banques, évidemment, qui ont oublié que le coeur de leur métier était d'évaluer les risques, et qui, pis encore, les ont transférés à d'autres. Mais les pouvoirs publics également : ils ont conduit des politiques à courte vue, et, surtout, ils ont été des régulateurs déficients...C'est un modèle idéologique, libéral et anglo-saxon qui a failli. On ne peut impunément se préoccuper exclusivement du profit à court terme
    On en entend plus rarement pousser un vrai  cri d’alarme.
 Certains, comme  Jean-Michel Naulot, dans son livre Crise financière – Pourquoi les gouvernements ne font rien sont pris d'un sentiment de lassitude: 
"Il a été « banquier pendant 37 ans » et « membre du collège de l’Autorité des marchés financiers (AMF) de 2003 à 2013 » où il « y a présidé la commission des émetteurs, puis la commission des marchés ».... Cet ouvrage est celui d’un « insider » – d’un très bon connaisseur du monde de la banque et de la finance qui va, de l’intérieur, nous raconter les mécanismes de la crise, alimentée notamment par la machine infernale de la spéculation...Jean-Michel Naulot a longtemps exercé son métier de banquier à Indosuez, la filiale du groupe Suez que ce dernier à revendu au Crédit agricole dans le courant des années 1990, après sa privatisation.Il a longtemps été un proche de Philippe Séguin. ...Jean-Louis Debré » qui lui a fait confiance en le « désignant comme membre du collège de l’AMF en 2003, alors qu’il était président de l’Assemblée nationale ». Et ceux qui ne connaissent pas son cheminement intellectuel peuvent juste supposer qu’il avait des sympathies à droite ou dans des mouvances proches du parti néo-gaulliste, qui lui ont valu d’être adoubé à l’AMF.
        Jean-Michel Naulot... n’a jamais changé de convictions. Alors que beaucoup ont fluctué et même abjuré leurs convictions – à la manière d’un Henri Guaino qui, après avoir conseillé lui aussi Philippe Séguin et l’avoir inondé de note contre la « pensée unique » ou la « fracture sociale », est passé dans le camp d’en face, celui de Nicolas Sarkozy –, notre auteur, lui, a manifesté, tout au long de ces années, la même rectitude. Comme dès le début des années 1990, il n’a jamais cessé de sonner le tocsin contre la déréglementation folle du monde de la finance, il est aujourd’hui en meilleure position que d’autres pour tirer les enseignements des ravages qu’elle a créés. De lui, au moins, on ne peut pas dire que c’est un ouvrier de la vingt-cinquième heure.
Le deuxième intérêt de ce livre, plus directement accessible à tous les lecteurs sans version décodée, c’est le formidable constat que dresse l’auteur du mécanisme même de la crise. On lira en particulier avec beaucoup d’intérêt le long chapitre consacré par Jean-Michel Naulot aux États-Unis, d’où tout le dérèglement du système financier mondial a commencé le 15 août 1971, avec la fin de la convertibilité du dollar en or, et qui ont alors commencé à financer leur développement en vivant à crédit aux dépens du reste du monde, et en développant en leur sein de formidables inégalités.
C’est d’ailleurs ce constat qui conduit notre banquier à donner ce coup de chapeau inattendu à Stiglitz : « Les thèses développées par Joseph Stiglitz sur la nécessité de combattre au plus vite les inégalités aux États-Unis en utilisant les marges d’augmentation des impôts que permet un niveau de prélèvements obligatoires très faibles, 25 %, sont très intéressantes et courageuses », écrit-il ainsi, avant d’ajouter : « En faisant le lien entre inégalités et spéculation, Joseph Stiglitz s’attaque au cœur des dérèglements du système capitaliste. » Qui, au sein de la droite française, oserait dire les choses aussi nettement ? Par fanatisme, les cercles dominants de l’oligarchie française détestent l’impôt et il n’est pas sûr que, même quand il s’agit des États-Unis, un tel discours puisse être entendu.
Un autre chapitre retient aussi fortement l’attention, c’est celui qu’il consacre plus précisément – et là, on mesure que c’est l’expérience irremplaçable du banquier qui joue – aux mécanismes de la spéculation et aux produits hyper-sophistiqués sur lesquels elle s’appuie. Un constat clinique, méthodique, mais qui donne du même coup de nombreuses pistes pour surmonter cette crise historique que nous traversons....
  Il établit bien qu’il y a un parallèle frappant entre la crise financière gravissime que nous traversons et la crise démocratique dans laquelle nous sommes englués – singulièrement en France. « Le projet démocratique qui n’avait cessé de progresser depuis le siècle des Lumières, à l’exception de quelques périodes abominables, est à l’arrêt », déplore-t-il. C’est donc la force de ce livre : comme Jean-Michel Naulot le dit lui-même, c’est un « cri d’alarme adressé aux citoyens pour qu’ils se réapproprient le débat sur la finance ». Un cri d’autant plus fort que les politiques de tous bords, droite et gauche confondues, font mine de ne pas comprendre la gravité de la crise que nous affrontons et, par complicité avec le monde de la finance ou par conservatisme, se montrent impuissants à la conjurer. 
Dans le système de l'oligarchie française, le lobby des grands patrons de la banque française – les Pébereau, les Bouton hier, les Pérol ou les Oudea aujourd'hui – a eu un rôle si considérable ces dernières décennies – un rôle si néfaste, un rôle si conservateur – qu'il faut forcément du courage pour oser se démarquer de la meute, celle qui a fait de Nicolas Sarkozy son champion, après le plus souvent avoir fait fortune en surfant sur la grande vague des privatisations..."
          On peut donc parler d'une dictature des banquiers, comme  le démontrent très bien Admati et Hellwig: 
                " L’évolution presque séculaire de l’industrie bancaire, avec la complicité active des politiques et des régulateurs, a consisté à réduire, jusqu’à des niveaux voisins de zéro, le pourcentage de capital que les banques devaient conserver par rapport à leurs engagements. De quelque 30% au début du XXe siècle, il était tombé à 2 % dans certaines grandes banques internationales avant que le problème ne soit bien tardivement (et pour de mauvaises raisons) reconnu par le fameux Comité de Bâle dans les années 80. La justification de cette tendance, un des plus funestes de ces «nouveaux habits» revêtus par les banquiers, est bien sûr que cet énorme effet de levier permet aux banques d’accorder toujours plus de crédits avec toujours moins de capital, au nom, bien entendu, de la croissance et de l’emploi. Les politiciens applaudissent, les régulateurs somnolent et les banquiers se remplissent les poches.
Mais comme l’expliquent les auteurs, « le côté obscur de l’endettement » se manifeste quand l’effet de levier se détend...
     La cause première de la préférence des banquiers pour l’endettement par rapport aux fonds propres est évidente : avec la dette, ils travaillent avec « l’argent des autres ». C’est « pile, je gagne, face, tu perds ». Dans les périodes d’ascension du cycle économique, et plus encore quand elles donnent naissance à des bulles spéculatives, l’effet de levier permet aux banquiers de faire des fortunes, à une échelle et à une vitesse exceptionnelles. Quand la crise vient, les pertes sont pour les autres, les actionnaires et surtout les contribuables.
     Qu’est-ce qui autorise et même encourage les banquiers à jouer avec « l’argent des autres » ? En résumé, les garanties et les subventions apportées par les États. « La source principale de subventions pour les banques est le soutien que le gouvernement apporte pour protéger les banques, leurs déposants et parfois même leurs autres créanciers et leurs actionnaires », résument Admati et Hellwig. Les banques et leurs créanciers bénéficient de garanties explicites et implicites de la part des gouvernements. Les déposants sont protégés par l’assurance des dépôts, elle-même garantie par les contribuables. Les autres créanciers et même les actionnaires de la banque bénéficient du capital additionnel apporté par le gouvernement pour empêcher la banque de faire faillite, par exemple en cas de crise. « Paradoxalement, ces subventions encouragent les banques à être plus fragiles », résument les auteurs. Et de comparer les banques aux pétroliers géants ou aux usines chimiques qui exposent le public à des risques considérables, mais sans avoir à en payer le prix sous la forme de fonds propres plus élevés..".
                  Plus qu'une entente cordiale entre Finances et Etat, on peut donc affirmer que l' Etat est sous tutelle, à la solde des banques.

Pendant ce temps-là, les lobbies détricotent la taxe sur les transactions financières.
               Repenser l’Etat affaibli et sa fonction est une urgence.

       Avant qu'il ne soit trop tard...et que l'Europe ne soit entraînée vers le fond. 
 Lorsqu’un gouvernement est dépendant des banquiers pour l’argent, ce sont ces derniers, et non les dirigeants du gouvernement qui contrôlent la situation, puisque la main qui donne est au dessus de la main qui reçoit. [...] L’argent n’a pas de patrie; les financiers n’ont pas de patriotisme et n’ont pas de décence; leur unique objectif est le gain.” (Napléon Ier)
-Système financier intact 

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