Roms instrumentalisés

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 
Péril rom?
                       Ce(s) pelé(s), ce(s) galeux d'où venait tout le mal...
        Histoire d'errance..
   La nation est à nouveau en émoi, comme si Attila était à nos frontières.
 Une invasion? Une menace?...On se calme!...
Difficile d'en parler sereinement, en large partie à cause du climat politique ambiant et des idées reçues.
  Pourtant la question n'est pas nouvelle et l'hystérisation du discours politique prend des proportions démesurées et inquiétantes, révélatrices d'un mal bien français, où les problèmes de sécurité ont pris une place obsédante. 
Certes, la question est sérieuse: des riverains se plaignent parfois à juste titre, quoique à Croix ce sont souvent les bourgeois les plus éloignés et les plus protégés qui protestent le plus. Des élus ne se contrôlent plus. La peur et la caricature sont mauvaises conseillères. (1) Certaines communes on fait cependant un travail intelligent et exemplaire.
    L'errance interne et souvent l'insalubrité sont largement les effets de déplacements continuels imposés et des espaces de relégation souvent non équipés, même en eau courante.(2) La quasi clochardisation est un cercle vicieux. Il faut avoir vu Lille-Sud..
   ll y a bien un problème, mais il est surtout  révélateur de nos faiblesses, de l'incurie de l'Etat, de la politique européenne défaillante sur ce point et des pratiques des pays d'origine à l'égard des Roms, comme en Hongrie..
Le Rom devient objet de surenchère verbale et d'idées reçues.
    Le problème n'est pas celui des Roms, souvent victimes de pratiques mafieuses, qui profitent de la libre circulation européenne en fuyant les conditions qui leur sont faites dans leur pays d'origine, pourtant aidés par Bruxelles pour intégrer et fixer ces populations. La Roumanie, cependant, se déclare prête à plus d'efforts d'intégration. Beaucoup reviennent définitivement au pays d'origine.
   Le problème est européen, En France, il est, en ce moment surtout, électoraliste. 
Les fonds européens d'insertion (1,7 milliards pour la Fance) sont sous-utilisés. On ne sait trop ce que deviennent ceux dévolus à la Roumanie, notamment, pour traiter le problème à la source. [ La France a perçu une enveloppe de crédits européens de 14,3 milliards d’euros de la part du Fonds européen de développement régional (Feder) et du Fonds social européen (FSE) pour l’ensemble de la période 2007-2013, soit plus que la Roumanie et la Bulgarie réunies ? (Chiffres extraits du rapport téléchargeable ci-contre de la Cour des comptes intitulé « L’Utilisation des crédits du Fonds social européen : des améliorations mais toujours une grande dispersion des actions ».)]
                 Une population instrumentalisée à l'approche des municipales, qui devient une cible de  surenchères politiques.
     Même Patrick Devedjian s'en alarme... 
Depuis une vingtaine d'années, les chiffres semblent pourtant constants. 
       Ces nouvelles figures de l'infamie, objets de nombreux fantasmes  et de xénophobie, entretenus pas une certaine presse, qui se garde bien d'évoquer les ravages de la prédation financière dans la vie quotidienne du plus grand nombre. 
 "...Alors qu’ils représentent la plus grande minorité ethnique d’Europe(entre dix et douze millions dans l’UE), dont 80% de sédentaires, les membres de la communauté rom restent paradoxalement très méconnus. Tantôt assimilés à des «Gitans», à des «Manouches» ou à des «Tsiganes» ou encore qualifiés de «nomades» ou de «Gens duVoyage», ceux que l’on regroupe souvent, à tort, sous les mêmes vocables ne sont pourtant pas toujours issus des mêmes réalités culturelles et socio-historiques. Ainsi, sur base de cette confusion identitaire, mais aussi de la singularité de leur mode de vie,les Roms—terme générique utilisé parle Conseil de l’Europe—font encore l’objet de nombreux préjugés et stéréotypes inspirés principalement par la peur. Taxés de «voleurs»par les uns, de «mendiants» par les autres, ceux-ci sont, pour la plupart, venus chercher refuge en Europe occidentale, depuis le début des années90 (réunification européenne), pour fuir des conditions de vie précaires liées aux discriminations et persécutions dont ils sont victimes en Europe centrale et de l’Est.Or, malgré ces réalités complexes, voire tragiques, les Roms sont soumis à un acharnement de la part des gouvernements à l’Ouestcomme à l’Est. À l’heure où l’Europe érige en forteresse face aux flux migratoires et où la crise économique alimente les discours racistes et xénophobes, ceux-ci sont plus que jamais la cible de nouvelles mesures sécuritaires au sein de l’Union européenne. Et pourtant, cette dernière ne devrait-elle pas être garante de la démocratie et des Droits de l’Homme?.."
          Tous les Roms ne sont pas migrants, tous les migrants ne sont pas roms:
"Le voyage n’est pas une caractéristique constitutive de l’identité romani. Il y a plus de sédentaires  que de nomades parmi les Roms : 90% d’entre eux, en Europe, sont sédentaires. En France, un tiers l’est, un tiers est nomade et un tiers est semi-nomade. Comme l’a souligné l’ethnologue Alain Reyniers, nomadisme ou sédentarité sont des modes vie conjoncturels correspondant à des nécessités économiques..." 
         Une autre politique est possible. 
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 (1Flaubert et les "bohémiens"
(2) "La situation se dégrade parce que toutes les conditions sont créées pour que les tensions s'exacerbent. Il ne reste aux familles roms que la possibilité d’habiter des campements, qui, lorsque qu’ils sont tolérés, le sont à minima, sans équipement, engendrant des conditions sanitaires déplorables. Lorsque les campements sont “évacués” en absence de solution de relogement, dans le mépris de la circulaire interministérielle du 26/08/2012, la situation des familles roms s’aggrave. Les travailleurs sociaux mobilisés pour la mise en oeuvre inaboutie de la circulaire en sont les témoins meurtris. 
Le droit au travail leur est refusé, compromettant toute chance d'autonomie.
Tantôt initiées par des plaintes de propriétaires, souvent institutionnels, tantôt argumentées par des "soucis" de salubrité, les décisions d'évacuation sèment l'angoisse, dispersent voire détruisent le maigre patrimoine, compromettent toute chance de stabilité constructive pour les enfants scolarisés.
Ces expulsions, par la dispersion qu'elles provoquent, rompent les fils ténus de solidarité familiale de la communauté, et brisent les actions sociales associatives.
Elles créent des tensions nouvelles dans les camps existants où tentent de trouver refuge des familles évacuées; ou elles les cantonnent en de nouveaux sites dans des conditions encore détériorées. Ces expulsions en appellent de nouvelles.
 On sent bien la logique à l'oeuvre place Beauvau : répondre aux élus locaux excédés, ne pas prendre de risque sanitaire ou sécuritaire, et surtout, ne pas donner de carburant à la montée de l'extrémisme droitier..."
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      Pour approfondir: 
Les Roms : une nation sans territoire ?«Et si on cessait de voir les Roms comme des sous-hommes?»
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