USA: la prison, un vrai business

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 
  Quand la prison profite
                                            A l'heure où on s'interroge sur l'état des prisons en France, sur leursurpopulation et sur la possibilité d'autres formes de peines pour certaines formes de délit, la prison n'étant pas la panacée... 
...Aux USA, le principe de rentabilité est de rigueur depuis un certain nombre d'années, dans l'armée comme dans les prisons.
   Il s'est d'abord appliqué à certains Etats, puis à l'ensemble du pays, même si, ici ou là, les dérives constatées entraînent des remises en question. Uneindustrie comme une autre, surtout par temps de crise. Les noirs sont sureprésentés et les plus jeunes n'y échappent pas: 65 000 enfants sont en prison aux Etats-Unis.
___Trop souvent, des faits choquants font la une de la presse: un jour,
 un enfant de 13 ans risque la prison à vie, hier une écolière de 6 ans se retrouve menottée en prison pour une grosse colère à l'école...No place for kids: des citoyens américains militants se sentent souvent impuissants face au système, bénéficiant de l'indifférence de la grande masse.

 Les USA détiennent la palme de l'incarcération (La population des États-Unis représente 5% de la population mondiale. La population carcérale américaine représente 25% de tous les détenus du monde. Autre chiffre important, celui de la progression de cette population carcérale aux States : 300.000 en 1972, 1 million en 1990, 2 millions en 2000 et 2,3 millions en 2009) , juste devant les tristes prisons de la Russie, où la torture sévit encore.)  
             La politique de détention est liée à un business, que la crise encourage:
" ...Depuis le début de la crise, en 2007, ils essayent par tous les moyens de comprimer les dépenses des prisons. Fermetures d’établissements, retard dans les investissements programmés, mais aussi allègement des peines de prison et libérations anticipées font partie de cette cure de rigueur. « Plus de 26 Etats ont réduit leurs dépenses carcérales dans le budget 2010 et de nouvelles coupes sont prévues en 2011 », explique Suzanne Kirchhoff. Car une justice plus clémente est synonyme d’économies substantielles : le raccourcissement d’un mois du séjour moyen en prison aboutirait à réduire le nombre de détenus de 50.000 personnes. 
L’autre moyen de comprimer le coût passe par un recours de plus en plus fréquent au secteur privé. Le phénomène a commencé bien avant la crise - sur les 153 nouvelles prisons construites entre 2000 et 2005, 151 l’ont été par des sociétés privées -, mais il s’est renforcé avec celle-ci. En Californie, le gouverneur Arnold Schwarzenegger a par exemple recommandé dans son discours de l’Etat en janvier dernier de faire inscrire dans la constitution californienne que les dépenses consacrées aux prisons ne puissent pas dépasser le budget de l’éducation : un changement qui passerait par la privatisation de nombreux établissements...
De plus en plus sollicités, les opérateurs privés sont devenus indispensables dans l’univers carcéral américain.., contrôlant près d’un quart des 1.800 prisons américaines (contre 16% en 2000). « Au plan national, près de 8% des détenus se trouvent aujourd’hui dans des prisons privées, ce chiffre pouvant atteindre 30% dans certains Etats », détaille le rapport. Un succès qui s’explique par les coûts moins élevés du secteur privé. La comparaison des salaires est éloquente. Alors qu’un gardien de prison dans un établissement fédéral gagne 50.830 dollars par an, son collègue dans une prison privée ne perçoit que 28.900 dollars... Presque deux fois moins. C’est pourquoi les entreprises privées n’ont pas nécessairement à craindre un resserrement des budgets consacrés aux prisons : elles sont bien placées pour récupérer des « parts de marché » des prisons publiques..."
           De plus en plus de prisons sont donc maintenant construites et gérées par des entreprises privées, qui se livre ainsi à un  business juteux:
" ...Même si la criminalité diminue, des lois répressives et des "clauses d'occupation" assurent le remplissage de leurs établissements, souvent aux dépens du contribuable...
  Les entreprises pénitentiaires privées ont favorisé l'adoption de lois sur la seconde récidive [les "three-strike laws" permettent de condamner les petits délinquants à perpétuité dès la troisième infraction] et la "vérité des condamnations" [les "truth-in-sentencing laws", qui prévoient des peines incompressibles afin que celles-ci correspondent aux sentences], lois qu'elles ont même contribué à rédiger. Cette législation fait augmenter la population carcérale. Pour prospérer, ces sociétés ont besoin que les villes, les grandes agglomérations et les Etats envoient davantage d'individus dans les prisons et les y fassent croupir. On pourrait se demander ce qui se passe quand la criminalité baisse et que la population carcérale diminue dans les Etats qui ont accepté de garder leurs prisons privées pleines à 80 % ou 90 %. Prenez le Colorado. Le taux de criminalité de cet Etat s'est effondré d'un tiers au cours de la dernière décennie et, depuis 2009, cinq prisons gérées par l'Etat ont fermé parce qu'elles n'avaient plus d'utilité. De nombreuses places restent vides dans d'autres prisons de l'Etat.
Pourtant, le Colorado a choisi de ne pas occuper ces places, car le gouverneur démocrate, John Hickenlooper, et CCA ont conclu un accord prévoyant d'envoyer 3 330 prisonniers dans les trois prisons que possède le groupe au Colorado. Résultat, les contribuables de cet Etat paient la sous-occupation des prisons publiques...." 
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