Arabie Saoudite et Qatar: tout contre

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 
Analyse et mises au point
                                         A l'heure où certains pays occidentaux multiplient les courbettes devant les dirigeants d'Arabie Saoudite, où Trump vient de s'y investir beaucoup, renouant des liens anciens, où la France vient d'y faire d'excellentes affaires, à l'heure où le pays des Saoud sort la hache de guerre contre le Qatar, il est bon de rappeler que ce pays, comme le signale Pierre Conesa, n'a pas l'innocence qu'il prétend avoir en mettant en causes son voisin du Golfe.
       Selon lui, la mise en place d’un système d’influence (un soft power) très efficace, illustré notamment par la propagation réussie du salafisme. La comparaison avec les grands systèmes de soft power connus s’est imposée rapidement : la politique publique de diffusion du wahhabisme est affichée dès la constitution du régime (certaines ambassades incluent un conseiller aux affaires religieuses en contradiction avec la convention de Vienne) ; elle est appuyée par de multiples et richissimes fondations privées, d’ONG à vocation humanitaire ou éducatives… C’est un système « multicouches » qui associe privé et public comme dans le système américain. D’un autre côté, il y a un bras armé très tôt mis en place, la Ligue Islamique mondiale (LIM), qui agit en interaction complète avec les ambassades. La politique de formation de cadres religieux dans l‘université islamique de Médine, qui n’est pas sans rappeler la célèbre Université Lumumba de Moscou, a porté ses résultats dans nombre de pays notamment d’Afrique francophone.  Enfin, la diffusion d’une idéologie totalitaire inoxydable : le salafisme. Le résultat est impressionnant : entre 25 et 30 000 diplômés en une trentaine d’années, dont bon nombre ont pris la tête de structures représentatives des musulmans dans différents pays ; et un budget de 8 milliards de dollars !    Le plus grands succès de ce soft power est probablement d’avoir su rester discret, « au-dessous des radars », au point qu’il n’existe aucune étude sur l’action de la LIM y compris au Quai d’Orsay....
     On oublie un passé si récent et l'Arabie saoudite se blanchit sur le dos du Qatar:
                            " L’Arabie saoudite, membre du Conseil de coopération du Golfe (CCG) depuis 1981, a rompu ses relations diplomatiques avec un autre membre éminent de l’organisation, le Qatar, a-t-on appris ce lundi 5 juin. Avec trois autres pays du CCG - l’Egypte, les Emirats arabes unis et le Bahreïn -, les Saoudiens accusent en effet les Qataris de soutenir "des groupes terroristes". Un motif d’autant plus surprenant que l’Arabie saoudite est elle-même mise en cause pour le soutien financier apporté par ses concitoyens, voire par ses dirigeants, aux terroristes, justement.
    Qu’importe. L'agence officielle saoudienne SPA a annoncé la suspension des liaisons terrestres, aériennes et maritimes avec l’émirat pour "protéger sa sécurité nationale des dangers du terrorisme et de l'extrémisme", le Qatar accueillant "divers groupes terroristes pour déstabiliser la région dont Daech (acronyme en arabe de l'Etat islamique) et Al-Qaïda...".
           Hillary Clinton elle-même pointait l'Arabie saoudite
    Daech et Al-Qaïda… Des groupes qui auraient précisément bénéficié de la manne financière saoudienne, selon plusieurs câbles diplomatiques qui ont fuité dans la presse. Ainsi des récentes révélations concernant l’affaire des "emails" de la candidate démocrate à la Maison Blanche, Hillary Clinton. Parmi les courriels rendus publics l'automne dernier figure par exemple un email daté du 17 août 2014 dans lequel celle qui fut secrétaire d'Etat entre 2009 à 2013 pointe clairement le rôle du Qatar ET de l’Arabie saoudite dans l’expansion, entre autres, de Daech.
      "Nous devons utiliser notre diplomatie et profiter des atouts de nos services de renseignement pour mettre sous pression les gouvernements du Qatar et de l'Arabie saoudite, écrit-elle, qui fournissent un soutien financier et logistique à Daech et à d'autres groupes radicaux dans la région". Une critique que la candidate avait d’ailleurs formulée publiquement en pleine campagne, en juin 2016, au lendemain de l’attentat d’Orlando. "Il est plus que temps que les Saoudiens, les Qataris, les Koweïtiens et d'autres empêchent leurs ressortissants de financer des organisations extrémistes", avait-elle déclaré dans un discours à Cleveland, dans l’Ohio.
... "Sans l'argent des Saoudiens, on n'aurait rien"
        Des accusations qui n'étaient pas nouvelles. En 2009 déjà, les services de la secrétaire d’Etat faisaient état du problème, d’après une note secrète révélée par Wikileaks. "Les donateurs en Arabie saoudite constituent la plus importante source de financement des groupes terroristes sunnites à travers le monde", lit-on dans ladite note, qui précise : "L’Arabie saoudite reste une base essentielle."
      Le cher royaume aura bien du mal à masquer ses ambiguïtés et le Qatar à faire oublier sa diplomatie grise.
   Le berceau du Wahhabisme est mal placé pour s'ériger en censeur et tant que certains diplomates feront la cour à Ryiad, le double discours aura  de beaux jours devant lui.
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