Les deux visages de Helmut

Publié le par Jean-Etienne ZEN

Ombre et lumière           __Quelques notes provisoires__
                                                                            La presse officielle semble unanime, des deux côtés du Rhin pour célébrer la mémoire de l' ex-homme d'Etat qui occupa une telle place comme chancelier à un tournant difficile de l'histoire récente de l'Allemagne.
    L'homme de la réunification, de l'euro... Ce furent les gros titres d'une presse plus prompte à simplifier qu'à faire une analyse de celui qui fut certes, à mains égards, singulier, mais dont la part d'ombre fut rarement évoquée, sauf pour parler des affaires d'une vie privée agitée et les dérives financières de la fin de son mandat, qui  consacra la fracture avec das Mädchen, le petite Angela, qui sut habilement tirer à son profit une situation scabreuse et se faire concacrer  chancelière en 2005, après une ascension rapide, en tuant le père sur plus d'un point.
     Kohl est présenté couramment comme celui qui a écrit l’Histoire. La formule, consacrée, abusivement simplificatrice, ne dit rien sur l'action réelle d'un homme qui ne furt pas toujours orthodoxe et sur les circonstances, les conditions de l'Europe d'alors, qui lui ont permis de jouer un rôle de premier plan, parfois avec une grande rudesse sous ses abords rassurants.
   La chute du mur le prend au dépourvu, pour tout dire, et l'adoption de l'euro se fit sous la pression de l'ami Mitterrand, craignant une renaissance d'une Allemagne trop puissante et trop indépendante.  .      En garantissant une aide financière à la perestroïka, Helmut Kohl s’est assuré que Mikhaïl Gorbatchev ne s’opposerait pas à l’unité allemande.

       Mais cela ne se fit pas sans criseL'adoption de l'euro, imposée par François Mitterrand en contrepartie de la réunification allemande, ne fut acceptée par l'Allemagne qu'à la condition que les règles financières qui ont fait la force du mark soient transposées à la monnaie unique et que chaque Etat s'engage à réaliser chez lui cette discipline. Cet engagement ne fut pas respecté par de nombreux Etats et même suspendu officiellement en 2008.

   Faute d'avoir confié le respect de ces règles à une autorité supérieure aux Etats par un minimum de fédéralisme politique et financier, le système se trouve aujourd'hui au bord de l'implosion. Il est évident que sa survie passe par l'introduction des règles de discipline financière et politique de base sans lesquelles une monnaie n'existe pas"
     Derrière les louanges officielles, il y a la complexité d'une carrière parfois assez machiavélique, menant à sa manière une réunification qui aurait pu être faite de manière moins rude, plus diplomatique, moins à marche forcée, en coûtant moins cher au reste de l'Europe.

   Les prémices de la construction européenne ne furent que le prolongement d'une idée qui avait déjà fait son chemin.
    Les crises futures ne furent pas sans relation avec ces événements et les traités qui ont suivi, comme le disent certains en Allemagne même: la réunification allemande est une des causes essentielles de la crise de l'euro.
   Une sorte de péché originelcomme dit Wolfang Münschau, sans détour  C'est suggérer que l'histoire aurait pu s'écrire autrement, comme toujours, et que, comme dit un auteur, Kohl fit aussi habilement chanter l'Europe...
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