Point d'histoire

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 
1942-1945  Stratégie de la terreur
                                          _-Bomber Harrisune action et un homme  encore controversés 
                                                                                                              Quand on revient  de Dresde, ville saxonne anéantie et ressuscitée, on ne peut pas ne pas s'interroger sur les opérations massives et systématiques de destruction de grandes villes allemandes, dont le but avoué était de briser le moral des populations ( moral bombing), afin de hâter le cours de la guerre. Objectif qui fut loin d'être atteint. Cela contribua plutôt à renforcer la propagande nazie, qui instrumentalisa la peur.
       On dira que c'était une réponse du berger à la bergère, un juste retour des choses, après Varsovie, Rotterdam, Coventry, Londres... Qui sème le vent récolte la tempête, avait coutume de dire le controversé  Harris, qui passa de la  détermination à l'obstination dogmatique.
 Sauf que ce fut un déluge de feu inouï, avec de nouvelles bombes  incendiaires, qui rendit souvent le comptage des victimes impossible ou problématique. Un  bombardement toujours discuté en Allemagne, en Angleterre et dans les cercles d' historiens.
        Contrairement aux bombardements ciblés sur zônes d'intérêt industriel et militaire, les bombardements urbains de masse furent assez vite contestés. Leur l'ampleur et leur utilité furent mises en cause .
 "...Il ne faut pas (non plus) négliger l'influence des lobbies industriels et militaires : il y avait bien, alors, un véritable lobby du bombardement sur zone, grand consommateur de munitions, produites, larguées sur les villes allemandes et... dûment facturées au Ministère de la Défense. Enfin Harris était aux commandes, une méthode arrêtée, mise en œuvre et poursuivie : il est très hasardeux de changer constamment de stratégie. Enfin la désignation d'objectifs ennemis, simples taches sur une carte, devient vite une routine, une ville suivant l'autre au gré des ordres de mission et des conditions météo. D'ailleurs, vers la fin de cette campagne, le seul motif pour lequel une ville était désignée comme objectif n'était plus guère que le seul fait qu'elle « n'avait pas encore » été attaquée) (Wiki)
       Il est reconnu que ce fut surtout le fait de la RAF 
 Selon les estimations recoupant les statistiques officielles." Sur l’ensemble du conflit, la RAF a largué 48 % de bombes sur des villes, contre 6 à 13 % pour les Américains. A partir de janvier 
 
Arthur Travers Harris.
1942, le Bomber command dirigea 56 % de ses sorties sur les quartiers centraux des villes allemandes. La moitié de la charge totale du Bomber command, soit 500.000 tonnes de bombes, a été larguée sur des centres urbains densément peuplés.
   Jusqu’à la fin de la guerre, la campagne américaine a été marquée par un souci constant des dimensions morales du bombardement. Ils ont pris par ailleurs des mesures très concrètes pour protéger le patrimoine culturel de l’Europe. Le ministère de la guerre américain intervint, à plusieurs reprises auprès de Roosevelt pour demander à épargner le mieux possible les bâtiments culturels allemands. En août 1943, le président Roosevelt consentit à la mise sur pied de la Commission américaine pour la protection et le sauvetage des monuments artistiques et historiques en Europe. Travaillant avec l’armée américaine, la commission a établi des relevés des villes et des monuments que les forces américaines d’invasion devaient épargner, notamment en Italie..."
    Les Américains eurent moins de scrupules au Japon et plus tard au Vietnam, où plus de deux fois plus de bombes  que pendant toute la Deuxième Guerre furent déversées, avec les conséquences que l'on sait.
             Parmi les 150 villes allemandes détruites plus ou moins complètement, on retiendra surtout, par leur ampleur, les opérations sur:  
1) Hambourg dont les résultats stratégiques sont discutables, mais dont les destructions urbaines furent massives 
  (L'effet escompté sur le moral des Allemands est controversé. Quant aux effets sur l'effort de guerre, les chantiers navals, avancés comme objectifs militaires dans la propagande alliée mais en réalité peu touchés, continuaient à travailler après quelques semaines.)
2) Cologne:  L' opération millenium , dont les destructions militaires furent insignifiantes (Les seuls équipements militaires endommagés sont les baraquements de la défense aérienne)
3)  Dresde: "La notion d'« objectif militaire légitime » fut étendue jusqu’à être vidée de son sens : l'exemple de Dresde, illustre ville d'art incendiée le 13 février 1945 alors que le sort du régime hitlérien ne faisait plus guère de doute, faisant sans motif militaire sérieux plus de 35 000 victimes, est le plus connu (cette opération détient le record historique du plus grand nombre de personnes tuées en une fois en un même lieu, selon l'historien militaire américain Lt. Col. Mark A. Clodfelter, si l'on excepte les bombardements sur le Japon). Dresde, avant guerre, avait à peu près la réputation de Venise ou de Prague en matière culturelle." (Wiki)
 Harris s'est entêté jusqu'au bout, comme il l'avoue dans ses mémoires: ‘I know that the destruction of so large and splendid a city at this late stage of the war was considered unnecessary even by a good many people who admit that our earlier attacks were as fully justified as any other operation of war. Here I will only say that the attack on Dresden was at the time considered a military necessity by much more important people than myself, …’. (Bomber Offensive, 1947, p. 242)
4) Mayence (un mois avant l'entrée des troupes américaines): Opération totalement gratuite.
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