J'accuse!

Publié le par Jean-Etienne ZEN

             Charles Ferguson ne se prend pas pour Zola, mais il s'y réfère tout de même en pointant un doigt accusateur sur un système financier dévoyé, vers ceux qui ont généré les conditions d'une crise dont il semble bien qu'on ne soit pas prêt de voir la fin.
    "Le système financier s'est criminalisé" dit-il sans ambage.

Il n'est pas loin des constats déjà faits par Stiglitz l'ancien directeur de la Banque Mondiale, Krugman et par d'autres économistes en vue aux USA et ailleurs.
    L'auteur de l'excellent Inside Job dénonce ceux qui présentent la crise comme un accident économique ou même comme n'ayant aucune cause. [ A revoir ICI]
Lors de la crise de 1930, on parlait des barons voleurs pour désigner les principaux fauteurs de crise.
  Ferguson parle de hold-up de l'intérieur, dénonçant les effets spécieux de la finance, la dérégulation généralisée, porte ouverte à toutes les dérives bancaires, plus soucieuses de spéculation que d'investissement productif.
  Ce n'est pas une crise, c'est une escroquerie, disait-on, de Madrid à Lisbonne.
D'autres ont parlé de prédation ou d'arnaque.
   Le banquier Naulot évoque, lui, la dictature des banquiers.
Même le très libéral The Economist a parlé de banksters. Les "mésaventures" de JP Morgan ne sont
  qu'un détail. Goldman Sachs est une pointure au dessus...
          [ S'il y a bien eu consentement, convergences d'intérêts, complicités, l'aboutissement de la crise, qui ne connaîtra pas son terme avant des années, est bien le résultat d'une politique délibérée, provoquée, en même temps que l'effet d'un système qui a fini par échapper au contrôle d'une finance prédatrice ,de la cupidité folle d'organisations banquières dévoyées. Roubini, entre autres, avait vu venir l'enchaïnement pervers, l'obstination dans l'aveuglement. "Cette crise est le résultat d’une politique de dérégulation menée depuis vingt ans et assumée par républicains et démocrates, tous sous l’influence du lobby de Wall Street".
"«Qui est responsable ? Les banques, évidemment, qui ont oublié que le coeur de leur métier était d'évaluer les risques, et qui, pis encore, les ont transférés à d'autres. Mais les pouvoirs publics également : ils ont conduit des politiques à courte vue, et, surtout, ils ont été des régulateurs déficients.«Qui est coupable ? En arrière-fond, c'est un modèle idéologique, libéral et anglo-saxon qui a failli. On ne peut impunément se préoccuper exclusivement du profit à court terme.» (Matthieu Pigasse et Gilles Finchelstein . L'un est vice-président de la banque Lazard, l'autre directeur de la Fondation Jean-Jaurès.)]

              Certes, ce qu'il est convenu d'appeler  LA crise n'a pas qu'un aspect financier, n'est pas qu'un aspect macroscopique de la cupidité humaine, mais les grands groupes bancaires ont joué un rôle déterminant, sur fond d'inégalités grandissantes et de dogmes néolibéraux destructeurs.
   Roosevelt avait au moins compris une chose: la nécessité des règles dans les pratiques économiques et financières, évoquant en 1932 "..les pratiques des usuriers sans scrupules (qui) se trouvent dénoncées devant le tribunal de l'opinion publique, rejetées aussi bien par les coeurs que par les âmes des hommes.A la vérité, ils ont essayé. Mais leurs efforts portaient l'empreinte d'une tradition périmée. Confrontés à l'effondrement du crédit, ils n'ont proposé que le prêt de plus d'argent. Dépouillés de l'appât du profit par lequel ils induisaient notre peuple à suivre leur fausse direction, ils en vinrent aux exhortations, plaidant la larme à l'oeil pour le retour de la confiance. Ils ne connaissent que les règles d'une génération d'égoïstes. Ils n'ont aucune vision, et sans vision le peuple meurt. Oui, les usuriers ont fui leurs hautes chaires du temple de notre civilisation. Nous pouvons maintenant rendre ce temple aux anciennes vérités. La mesure de cette restauration est l'ampleur avec laquelle nous appliquons des valeurs sociales plus nobles que le simple profit monétaire..".
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