You are fired!

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 

Mon patron est sympa
                                    Depuis quelques décennies, le licenciement est devenu un grand classique.  Surtout avec le développement parfois ultra-rapide des progrès technologiques et celui d'un capitalisme mondialisé et financiarisé qui ne fait pas de sentiments.
     Ce sont les lois du marché, comme on dit, comme si le phénomène, qui peut prendre une grande ampleur, de manière parfois brutale, devait être considéré comme un phénomène naturel, alors qu'il obéit à de toutes autres règles. Depuis la succession de suppressions d'emplois textiles dans les Vosges il y a quelques décades jusqu'aux récents licenciements massifs et collectifs dans les banques allemandes ou chez le voyagiste Thomas Cook présenté pourtant comme indéboulonnable. On ne parle pas des licenciements, partiels ou pas, qui sont difficilement contournables, pour diverses raisons paraissant justifiables. Tout le problème est ici celui de l'accompagnement et de la formation-reconversion de la main d'oeuvre.
    Mais il arrive souvent que ce sont les actionnaires (pas n'importe lesquels) qui sont devenus les décideurs de fermeture d'entreprises même florissantes, pour promouvoir un déplacement sous des cieux encore plus cléments, plus productifs, avec une main d'oeuvre moins exigeante; ce qu'on appelle gentiment délocalisation. Le phénomène est devenu un grand classique et se fait souvent sans état d'âme. Parfois par une annonce au dernier moment, parfois par un mail envoyé à domicile.
      Souvent, pour éviter beaucoup de temps perdu, une confrontation pénible et des explications superflues, le boss envoie un SMS invitant sans animosité à chercher un autre employeur.
    Vous êtes viré!   Non, ce n'est pas du cinéma.
           C'est rapide et plus cool.
  Aucun éclat de voix, aucun prise de bec. Tout se passe en douceur, avec une grande économie de moyens. On vante même les mérites de l'opérateur concerné, mais on regrette, on n'y peut rien. Désolé. Invité à prendre  sans tarder le chemin de chez Paul (emploi), où vous êtes supposé retrouver rapidement du travail, étant donné vos qualités et vos compétences, dixit le DRH compatissant.
     Il faut po-si-ti-ver!
           Je suis viré. Mais je n'ai pas encore compris. Aucune faute professionnelle. Dégraissage? Délocalisation? On ne m'a pourtant pas proposé d'emploi en Roumanie ou en Malaisie...
   Pourtant, la compagnie avait investi récemment dans des machines très modernes. Mais le SMIC, c'est encore trop, sans doute.
     Les actionnaires ont tranché. Pas les petits, les gros, les investisseurs financiers, institutionnels. Pas moins de 14% de retour sur des placements juteux. Il faut bien vivre.
   Il paraît que c'est devenu légal, qu'ils disent.
      Pour me consoler , en attendant un autre hypothétique emploi, dans le cadre de la nouvelle donne macronienne, je me console comme je peux en lisant le livre d'un ancien DRH,  qui raconte comment certaines entreprises se débrouillent pour s'alléger dans fracas, sans tambours ni trompettes.


   Didier Bille, viré lui aussi, faisait scrupuleusement son boulot, en appelant un tel ou une telle, et en lui déclarant de manière fort civile: Bonjour! Asseyez-vous. La société a décidé de se séparer de vous....
  On n'en saura pas beaucoup plus. Les voies du Boss sont impénétrables. Certains ne s'en remettent pas.
   Ils attendaient des motifs valables et argumentés, selon les formes et les procédures du droit du travail. Même amincies et allégés, il reste quelques règles... On n'est pas au pays des contrats zéro heure. Et recourir aux prud'hommes est devenu plus problématique et difficile.
      Est-ce seulement une question d'"éthique"
                           Ou un problème de justice sociale?
   Mais business is business et les lois du marché....vous comprenez.
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