Le mois le plus long

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 

Après Le Jour le plus long...
                                On se souviendra du mois d'Avril 2020. On pourra en parler, comme les poilus de 14 racontait leur guerre.
     Mais ne n'est pas une guerre, comme disait Madame Merkel. C'est un long et âpre combat contre un ennemi invisible et perfide, une "saloperie", comme disait un soignant, qui est loin d'être terminé. J'avais entendu parler par mon grand-père, de la grippe espagnole, si meurtrière, mais presque passée inaperçue, du moins dans mon village, la fin des combats éclipsant tout et les médias ne jouant pas le rôle d'amplificateurs comme aujourd'hui.


    Un mois étrange, au temps suspendu, différemment vécu selon les lieux et les types d'habitats. Un temps d'une surprenante étrangeté, en rupture avec tout de que l'on avait pu connaître, hors classification dans nos courtes mémoires.
   Il fallait parfois se pincer pour y croire, Jamais on a ressenti autant notre fragilité en tant qu'humanité, jamais on a relativisé autant ce qui nous apparaissait, dans la vie routinière d'avant,  comme important. Le péril toujours possible nous faisait passer de rires (souvent nerveux) à l'incrédulité  voire à l'abattement. Avec cet espoir toujours renaissant: on en sortira. 
   Mais quand, comment? Dans quelles conditions? Car nous ne sommes pas au bout de nos peines, nous dit-on. Heureusement que des élans de solidarité se sont manifestés pour soutenir les valeureux combattants de l'avant et les innombrables petits soldats de l'arrière, tout aussi importants.
    Mais nous entrons avec Mai, sans défilé ni muguet, dans une zône grise plus incertaine. Il faudrait être madame Irma pour prédire ce qui va se passer dans les mois qui viennent et dans quel état notre pays va s'en sortir, sanitairement et économiquement. En Mai ne fais pas encore ce qu'il te plaît...
  Le train va-t-il dérailler, comme le prévoient certains économistes, qui, on le sait, se trompent souvent? ou bien repartirons-nous d'un autre pied, plus fragilisés certes, mais sur des bases nouvelles, vers d'autres formes de développement et d'échange. A condition qu'au niveau national comme international, une solidarité de fait s'installe réellement pour définir d'autres règles du jeu que celles du libéralisme mondialisé facteur d'injustices, que le système financier passe de l'accumulation spéculatif stérile à l'investissement productif rénové, tendu vers un équilibre rompu entre l'homme et son milieu. Ce qui suppose un contrôle démocratique sur les institutions, qu'il va falloir réinventer. La peur peut être le début de la sagesse, mais elle peut aussi accentuer antagonismes et nationalismes
   Les jours d'après sont incertains par définition. Ils peuvent être sombres comme remplis de lueurs d'espoirs. Après le désastre de la dernière guerre, 1945 fut le temps de la reconstruction matérielle, morale et législative avec le CNR et ses avancées sociales et institutionnelles.
   Reviendront, on peut l'espérer, les "jours heureux" annoncés après cette épreuve inédite.
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