Après-demain, la Chine?

Publié le par Jean-Etienne ZEN

Interrogations

                    La puissance chinoise montante aura-t-elle toujours les moyens de ses ambitions internes et planétaires? Pékin semble bien entrer actuellement dans une sorte d'impasse, dont la gestion des rebonds de la crise sanitaire n'est qu'un des aspects. Le relatif ralentissement économique, la question de l'immobilier, les problèmes monétaires interrogent plus d'un spécialiste, qui y voient un risque de ralentissement majeur de l'activité du pays, voire une révision de ses projets internationaux. Sans parler de l'énorme défi écologique, qui concerne les orientations de toute l'économie mondiale, comme de l'hyper-centralisme du pouvoir, constituant une faiblesse majeure à terme.                                                                                                            Un colosse aux pieds d'argile a-t-on souvent dit. Il est de moins en moins facile de se projeter dans cet avenir proche, étant donné l'interdépendance des économies et une relative réduction de la voilure de la mondialisation qui s'esquisse. L'ébranlement général ne peut pas ne pas affecter la marche de l'empire du milieu, même s'il faut toujours resituer le pays dans son histoire longue. En tout cas, la prudence s'impose, même si on peut dessiner les grands traits de ses ambitions géopolitiques toujours présentes. Venant de loin, la Chine a le temps....                                                 

 

                   Point de vue  "La force de la Chine et de ses dirigeants est d’avoir une stratégie de long terme à trente ans, rendue possible par la stabilité du régime et des institutions, une forme naturelle de patience stratégique et de prudence, mais surtout par l’impression de durabilité du pouvoir en place qui n’a plus d’échéances électorales ouvertes à horizon visible. Dès 2019, le président chinois Xi Jinping a clairement énoncé son objectif stratégique : la Chine devra être redevenue la première puissance mondiale en 2049 lors de la commémoration du centième anniversaire de la République populaire communiste.      Pour y parvenir, les dirigeants chinois savent qu’il leur faut d’abord répondre aux aspirations basiques d’une population de 1,4 milliard d’habitants qui font de la Chine le pays le plus peuplé de la planète : de la nourriture, un toit et un emploi pour chacun, et un niveau de vie suffisant pour pouvoir consommer dans un environnement vivable qui ne soit pas trop pollué. Car la Chine est devenue au fil des décennies l’usine du monde, même si ce rôle lui échappe progressivement. Ces mêmes dirigeants savent aussi que leur pays vieillit et qu’il est tiraillé par des forces séparatistes tout comme par la volonté de ses mégapoles devenues riches de gagner en autonomie ; ils misent donc sur un parti unique fort, jouant à la fois le rôle d’ascenseur social et d’outil coercitif pour préserver la cohésion nationale. C’est pourquoi la question de Taïwan reste sans doute la plus cruciale pour les dirigeants chinois qui ne tolèreront pas de voir l’île déclarer son indépendance. S’ils sont convaincus de ne pas pouvoir préserver le statu quo actuel, il est probable qu’ils saisissent la première occasion pour prendre directement ou indirectement le contrôle de Taïwan, ce qui leur donnerait un accès garanti au Pacifique.                                           Sur le plan géopolitique, la grande stratégie chinoise vise à tenir à distance et isoler les rivaux de la Chine, tout en sécurisant ses approvisionnements énergétiques, en matières premières et en ressources stratégiques. Elle semble se décliner en cinq étapes consécutives décrites sur la carte ci-jointe. Les dirigeants chinois jouent au Go et placent leurs pions sur le plateau planétaire avec une logique de long terme, en tentant de ne pas effaroucher leurs adversaires. Vu sous cet angle, leur concept de nouvelles routes de la soie terrestres et maritimes sert à la fois à pénétrer les marchés d’Asie centrale, du Moyen-Orient, d’Afrique et d’Europe orientale, tout en étouffant progressivement le rival régional indien.                                                                                                    Le Moyen-Orient et le bassin méditerranéen représentent pour la Chine un réservoir d’énergie qui alimente la moitié de sa consommation pétrolière, et un carrefour stratégique qui lui permet de poursuivre son expansion économique et politique en direction de l’Europe, de l’Afrique et de l’Amérique latine. Pour sécuriser ses approvisionnements en hydrocarbures, la Chine devra sans doute s’engager davantage au Moyen-Orient.   Sur le plan militaire, au-delà de la croissance spectaculaire de ses forces aériennes et navales, la Chine fait face à un dilemme. Elle cherche à tout prix à éviter une confrontation majeure avec les États-Unis, l’Inde et la Russie, tous trois dotés de l’arme nucléaire, mais aussi à éviter une guerre avec le Japon (adversaire historique) dont elle n’est pas sûre de sortir vainqueur. Mais pour monter en gamme et en crédibilité, et pour aguerrir ses combattants, elle sait qu’il lui faudra sans doute accepter des affrontements limités. Ceux-ci pourraient survenir à Taïwan bien sûr, tout comme en Asie du Sud-Est, en mer de Chine et en océan Indien.      En attendant, la Chine s’est lancée dans la bataille, en intégrant la menace de la force militaire dans une approche globale qui recouvre les domaines informationnel, culturel, économique, financier, politique, légaux, normatif, écologique, biologique, cyber... Elle cherche en priorité à rattraper son retard technologique afin d’espérer dépasser les États-Unis dans ce domaine. La conquête spatiale représente pour elle un champ idéal mêlant prestige et progrès scientifique...." _________

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