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Où est la violence?

Publié le par Jean-Etienne ZEN

Où est la violence?

Déchirer ou mouiller sa chemise?

Ils furent choqués ou scandalisés, la plupart des présentateurs de JT, outrés, certains intervenants dits autorisés.

Sans rien remettre dans le contexte, sans faire la genèse des événements, en ne prenant en compte que ce qui était visible...et médiatiquement marquant.

Certaines violences sociales sont autrement traitées: on peut rappeler, par exemple, l’incendie du Parlement de Bretagne, en 1994, par des pêcheurs en colère, et les dizaines de blessés des affrontements qui précédèrent, ou bien ce souvenir le traumatisera-il ? Faut-il évoquer la destruction catastrophique d’un chantier TGV, au début des années 2000, par des agriculteurs en colère, ou plus près de nous, en 2014, les incendies de Morlaix par des légumiers furieux, et les commentaires qui suivirent, notamment à droite et à l’extrême droite ?

Ces actes étaient qualifiés de « condamnables », certes, mais de « logiques », et le patron de la FDSEA locale, Thierry Merret, engagé auparavant dans les célèbres Bonnets rouges, connus pour leur mesure et leur délicatesse, était encore plus catégorique : « Je tire un coup de chapeau à ceux qui ont osé faire ce qu’ils ont fait, il faut relativiser, il n’y a pas eu mort d’homme. »

Alors qu’à Air France, assurément, il y a eu mort de chemise, ce qui est quand même beaucoup plus grave…

On peut comprendre, à l'heure où les syndicats sont inexistants ou marginalisés et la négociation rarissime ou formelle, que certains travailleurs soient en colère , parfois désespérés, face à de telles menaces de licenciement au sein d'une entreprise aux desseins peu lisibles, aux virages non négociés.

Une colère explosive et inadaptée, certes, mais justifiée et non inouïe dans l'histoire du mouvement ouvrier.

Le top management hors sol, sans cohérence et à courte vue, crée les conditions de l'explosion.

La violence serait-elle si nouvelle et se définirait-elle seulement par deux chemises déchirées par quelques sans-culottes mal identifiés. Pourquoi parle-t-on si peu de la violence si peu visible, mais profonde et durable du chômage, et de ses conséquences parfois tragiques, humaines, familiales, sociales. sanitaires...

Le chômage, surtout de longue durée, est lourd de détresses humaines.

Il y a violence et violence...Il n'y a pas que des chemises mises à mal, il y a des vies déchirées (*)

"S'il y a lynchage, il est social: ce sont les milliers d'emplois supprimés", a tweeté le conseiller régional d'Île de France. "9000 vies brisées contre 2 chemises déchirées"...

Sans doute la culture et les idées du PDG. ne sont-elles pas pour rien dans le climat de cette grande entreprise. Comme le raconte le reportage de Martine Orange (Le PDG d’Air France divague sur les acquis sociaux), Alexandre de Juniac ne remet pas seulement en cause « les acquis sociaux », il cite son homologue de Qatar Airways qui se fait fort d’envoyer les grévistes en prison, et s’interroge même sur l’idée de faire travailler les enfants, car « qu’est-ce qu’un enfant ? » se demande-t-il tout haut, devant des instances du Medef ?

A priori, ces conceptions ne sont pas jugées violentes et paraissent ne choquer personne. C’est bien simple : deux cadres supérieurs qui se retrouvent sans chemise, c’est insupportable, mais deux mille neuf cents personnes qui se retrouvent en caleçon, c’est la mondialisation

L'hypocrisie est grande. Elle vient aussi de cette sorte de fausse surprise devant la dureté des rapports sociaux en entreprise. On a construit depuis quelque temps une idée irénique de cette dernière, la décrivant comme un espace qui serait débarrassé des luttes, dans lequel les salariés pour l’essentiel auraient renoncé à se battre, et où un management bienveillant et socialement responsable serait à l’œuvre. C’est ce que proposent les tenants de la vision dite «post-politique» : l’exode intérieur des salariés, le détachement émotionnel du travail, la recherche de sens en dehors de la sphère proprement économique…feraient de l’entreprise un lieu politiquement neutre. Peut-être. Mais quand il s’agit de perdre son emploi, la donne est différente, le désespoir n’est jamais loin. Les aspérités du social n’ont jamais été gommées du monde entrepreneurial, bien au contraire. L’entreprise reste un lieu où l’autorité de certains façonne et guide le destin des autres. Cette violence-là ne se montre guère devant les caméras.

Certes la cause ultime de ce dégraissage annoncé est la lutte sauvage entre compagnies aériennes, dans des conditions où la concurrence est particulièrement faussée. Les compagnies low cost sont encouragées et parfois aidées, malgré leurs méthodes parfois douteuses, et la tendance est à la rapide concentration par ailleurs.

Le problème dépasse la compagnie française. L'essor rapide des compagnies du Golfe, qui siphonnent les passagers, inquiète pour l'avenir, et pas seulement Air France, car elles ne jouent pas dans la même cour. Leur concurrence déloyale risque de mettre sérieusement en péril les grandes compagnies classiques.

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(*) « Le patronat n’a pas besoin, lui, pour exercer une action violente, de gestes désordonnés et de paroles tumultueuses ! Quelques hommes se rassemblent, à huis clos, dans la sécurité, dans l’intimité d’un conseil d’administration, et à quelques-uns, sans violence, sans gestes désordonnés, sans éclats de voix, comme des diplomates causant autour du tapis vert, ils décident que le salaire raisonnable sera refusé aux ouvriers ; ils décident que les ouvriers qui continuent la lutte seront exclus, seront chassés, seront désignés par des marques imperceptibles, mais connues des autres patrons, à l’universelle vindicte patronale. [...] Ainsi, tandis que l’acte de violence de l’ouvrier apparaît toujours, est toujours défini, toujours aisément frappé, la responsabilité profonde et meurtrière des grands patrons, des grands capitalistes, elle se dérobe, elle s’évanouit dans une sorte d’obscurité. »

[Jean Jaurès, discours devant la Chambre des députés, séance du 19 juin 1906]

Où est la violence?
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Soupçons

Publié le par Jean-Etienne ZEN

Soupçons

Alors qu’on estime en France à près d’1 million le nombre de véhicules « concernés », et que « volkswageniser » est en passe de devenir un verbe (assez péjoratif), la marque allemande ajoute :

« Nous souhaitons aussi vous exprimer nos plus sincères regrets et vous dire que nous ferons tout pour regagner votre confiance. »

Amen!

Et si il n'y avait pas que VW?

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Les USA et la dernière guerre

Publié le par Jean-Etienne ZEN

Les USA et la dernière guerre


Les USA et la guerre 1939-1945 : une "bonne" guerre ou un engagement très intéressé ?
"Le mythe de la bonne guerre": Le livre récent de l’historien belge, enseignant à l’Université de Toronto, Jacques R.Pauwels, fait certainement date dans la recherche historique sur la dernière guerre mondiale, par la thèse qu’il défend, sur la base d’une recherche documentaire impressionnante.

Remettant en question les poncifs de l’histoire officielle et convenue sur cette époque , non pas tellement sur les faits, mais sur l’interprétation des faits, le sens général de l’engagement des USA dans la lutte contre l’Allemagne nazie, il bouscule toutes les idées reçues, les images d’Epinal concernant cet aspect de l’histoire, l’idéalisation entretenue sur la prétendue "croisade" contre la barbarie nazie, considérée alors comme une forme de lutte du Bien contre le Mal. Il s’agit en fait d’une sorte de contre-histoire.

Faisant la synthèse de nombreuses études effectuées aux USA et en Allemagne notamment ,il défend la thèse que la conduite de la guerre par les USA , leur intervention armée ,leurs motivations ont été avant tout guidées par des intérêts commerciaux et industriels à court ou à moyen terme. Les rapports de l’Amérique aux puissances de l’Axe ont de plus subi des variations , parfois des renversements brusques, en fonction des intérêts du moment.

J’ai été amené à la découverte et à la lecture de ce livre par plusieurs commentateurs d’AgoraVox, qui en avaient souligné le grand intérêt et l’aspect subversif, très dérangeant, mais passionnant.On ne lâche plus le livre quand on s’en est emparé...

Difficile d’en donner un compte rendu exhaustif, tant il est riche de données, plus économiques qu’événementielles. J’avais moi-même cinq ans quand j’ai été baigné, comme tous à l’époque, dans l’euphorie de la Libération, et il me reste encore quelques vagues souvenirs de la liesse du moment et de la fascination qu’avait provoquée sur mon jeune esprit l’apparition des GI’s sauveurs et généreux. J’ai vécu longtemps sur cette mythologie enfantine, confortée par l’histoire enseignée en classe. C’est peu dire que l’interprétation de Pauwels a changé mon regard, même si certaines illusions s’étaient déjà envolées bien avant.

On est frappé par la continuité et la cohérence de la politique de Washington avant, pendant et après la Deuxième Guerre mondiale, politique guidée par les intérêts de l’industrie américaine plus que par des idéaux de justice, de liberté et de démocratie. Certains historiens américains avaient déjà attiré l’attention là-dessus, comme William Appelman, Gabriel Kolko, Gar Alperovitz, Charles Higham , Ed Cray, etc., mais ils sont restés plutôt "ignorés" par les historiens officiels.

Le dernier conflit mondial, du point de vue américain, paraît une "bonne guerre" (l’historien Michael Adams parlait naguère de "The best war ever", la "meilleure de toutes les guerres") si on la compare aux nombreuses mauvaises guerres de l’histoire des USA, telles les guerres indiennes ou la Guerre du Vietnam... Pour l’auteur, ce fut une "bonne guerre" (du point de vue américain) pour trois raisons : elle mit un terme à la grande dépression en suscitant la demande économique, elle profita beaucoup à l’élite au pouvoir en générant des profits considérables, elle contribua à donner au monde des affaires une aura exceptionnelle et une influence beaucoup plus grande sur les centres de décision politique. De plus, comme le dit Pauwels, la "pax americana qui s’annonça promettait de poser les fondations d’un libre-échange mondial, sources de bénéfices permanents pour les dirigeants d’entreprises américains" (p. 282).

Avant l’entrée en conflit de l’Allemagne nazie, des intérêts économiques puissants étaient déjà à l’oeuvre au coeur du système industriel de ce pays.On ne peut les citer tous, mais on peut noter la présence depuis les années vingt des firmes comme Coca-Cola, Opel , Ford, IBM, la Standard Oil, partenanaire de IG Farben. La politique de réarmement d’Hitler déboucha sur des contrats juteux pour les industriels américains, par l’intermédiaire de banquiers comme Schacht, de groupes financiers allemands et... suisses. Ces groupes industriels appréciaient d’autant plus le régime que les syndicats avaient été réduits au silence." A la veille de Pearl Harbor, la valeur totale des participations industrielles en Allemagne était estimée à 475 millions de dollars." (p.35) A noter que l’Union Bank fut associée à l’ empire industriel de Thyssen, sans le soutien financier duquel Hitler n’aurait sans doute pu accéder au pouvoir. Cette banque fut dirigée par Prescott Bush, grand-père de GW Bush senior... Du Pont avait investi dans l’industrie d’armement allemand et fourni au Reich des armes et des munitions, via la Hollande. Le fondateur d’ITT, Sosthenes Behn, avait des relations très étroites avec le régime nazi, de même que Torkild Rieber, grand patron de Texaco. Le président de General Motors décrivait ce qui se passait en Allemagne en 1933 comme "le miracle du vingtième siècle".

Il faut dire que, dans ces années, le fascisme ne posait guère problème aux USA. Il existait même un certain antisémitisme. Henri Ford lui-même, décoré plus tard par Hitler, avait publié, dans les années vingt, un livre virulent : Le juif international, qu’Hitler lut avec passion, et finança également la campagne pro-nazie inaugurée par le fameux aviateur Charles Lindbergh. Ces campagnes associaient antisémitisme et anticommunisme, comme le faisait la propagande nazie elle-même.On comprend mieux pourquoi les intérêts allemands et américains ont pu fusionner à ce point. Pour la petite histoire, Hitler conservait une photo de H. Ford sur son bureau. L’auteur va jusqu’à dire que "sans les camions, chars, avions fournis par les filiales de Ford et de GM, sans les grandes quantités de matières premières stratégiques, notamment le caoutchouc, l’huile de moteur, le gazole et autres carburants acheminés par Texaco et la Standard Oil via des ports espagnols, les forces tant terrestres qu’aériennes n’auraient sans doute pas battu aussi facilement leurs adversaires en 1939-1940... Sans la technologie la plus avancée de communication et d’information fournie par ITT et IBM, Hitler n’aurait pu que rêver de "guerres-éclair." (p.43)

Même si l’opinion américaine était partagée au début de la guerre en Europe, les élites étaient prêtes à sacrifier l’Europe de l’Ouest sur l’autel de l’anti-soviétisme. Le mouvement "America first" s’opposait à toute intervention dans le conflit européen, bien que Roosevelt fût favorable à une intervention aux côtés de l’Angleterre. Mais, dés que l’Allemagne s’installa dans une économie plus "fermée", sans mettre en péril les intérêts américains si nécessaires à la poursuite de la guerre, et lorsque la Grande-Bretagne apparut comme un marché énorme grâce à sa demande de matériels militaires, la politique de Washington s’infléchit : grâce au "prêt-bail", qui ne fut pas un cadeau, la puissance impériale de l’Angleterre pouvait s’affaiblir, sa politique économique s’ouvrir à plus de concurrence, et sa position géographique servir de tête de pont aux intérêts futurs des Américains en Europe.

Mais les USA ne voulaient initialement pas être des belligérants actifs. Ils finirent par accepter que l’URSS, nouvel ennemi des Allemands, soulage l’effort de guerre des Britanniques, qui rapportait beaucoup, même si l’on ne croyait pas à un possible succès de l’Armée rouge. On commença donc à fournir à Moscou les premières armes, moyennant paiement comptant... "Un triomphe nazi sur les Soviétiques n’était plus souhaité parce que cela se serait traduit par une mauvaise opération économique. Une telle victoire hitlérienne aurait en effet asséché l’abondante source de bénéfices que générait le prêt-bail." (p.77) Truman, au début de l’opération Barbarossa, s’exprimait ainsi cyniquement : "Si nous voyons l’Allemagne gagner, nous devrions aider la Russie et, si la Russie est en train de gagner, nous devrions aider l’Allemagne, pour que le plus grand nombre possible périsse des deux côtés."

Mais, en fait, l’attaque allemande contre l’Union soviétique n’aurait pas été possible sans les produits pétroliers venant des USA. L’écroulement allemand sur le front Est entraîna la décision rapide d’élaborer des plans pour une traversée de la Manche. Il fallait aider Staline, "allié mal-aimé mais indispensable", mais aussi se préparer à limiter ses succès et son avancée rapide possible vers l’ouest. Obligé d’abréger une analyse très longue et très détaillée, je renvoie le futur lecteur aux chapitres où l’auteur analyse finement le sens des accords de Yalta, le bombardement parfaitement inutile de Dresde, à seule fin d’impressionner Staline et de l’arrêter dans ses possibles ambitons territoriales, sur l’attitude plutôt conciliante de Roosevelt à l’égard de Staline, sur le rêve un temps caressé par certains chefs militaires d’une croisade anti-soviétique avec ce qui restait des troupes allemandes, sur les conditions assez troubles de la capitulation allemande et du rôle des forces américaines..

Il est intéressant de s’attarder sur le chapitre 16, sur le climat de confiance et d’inquiétude qui régnait aux USA, face à leur nouvelle puissance conquise, dangereusement dépendante des immenses commandes militaires de l’Etat, aux marchés extraordinaires qui s’ouvraient pour eux en Europe et à la nécessité d’inonder la planète de leur produits d’exportation. Désormais, selon l’auteur,"une Union soviétique hostile était désormais beaucoup plus utile qu’une Union soviétique alliée" (p.217) et "pouvait justifier des dépenses titanesques, dites de défense, qui pourraient servir à maintenir l’économie en plein essor dans l’après guerre." Cette option de "keysianisme militaire" (ou de "warfare state") profita évidemment aux plus grandes entreprises, qui bénéficièrent des campagnes anti-syndicales menées sous Mc Carthy, désireux de détruire la puissance des organisations ouvrières qui s’étaient développées pendant la période faste de plein-emploi, durant l’effort de guerre. D’où la propension à développer toujours plus l’industrie militaire (ce qui avait beaucoup inquiété Eisenhower) et la nécessité de se trouver toujours de nouveaux ennemis.

L’auteur, ensuite, décrit la dénazification "sélective" opérée par les troupes d’occupation américaine. On réduisit l’interprétation du nazisme à une opération d’un groupe de "gangsters" ayant pris en otage le peuple allemand, (thèse qui est revenue récemment dans la bouche de Benoît XVI). Il insiste sur l’"indulgence" vis-à-vis des grands groupes industriels qui avaient profité du nazisme et qui l’avaient aidé, sur le redémarrage rapide des usines américaines déjà installées, ayant souvent miraculeusement échappé aux bombardements. Pourtant, Opel avait été déclaré par les autorités nazies "entreprise de guerre exemplaire". IG Farben ne fut pas inquiété... L’Allemagne devint une terre promise, et les USA s’accomodèrent très bien de la partition de l’Allemagne, la partie la plus industrialisée étant sous leur zone d’influence. Le plan Marshall, " qui fonctionna comme une carte de crédit collective dans le but que l’Europe de l’Ouest devienne cliente de l’industrie américaine... et qui permit à l’industrie américaine de tourner à plein régime" (p.275) fut le puissant moyen d’américanisation de l’Europe, avec de magnifiques retours sur investissements.

Le dernier chapitre, intitulé : "Après 1945 : de la bonne guerre à la guerre permanente", ouvre sur l’après-guerre et sur les conflits dans lesquels les USA ont été impliqués afin surtout de ne pas ralentir la production des groupes fournisseurs de matériels militaires. La guerre froide, notamment, "força à investir massivement dans l’armement... et fut également une force de sabotage de la reconstruction de l’URSS"(p.286). Ce fut un effort énorme et délibéré, comme l’affirme l’auteur allemand Jürgen Bruhn, visant à pousser l’Union soviétique vers la ruine économique par le biais de la course aux armements. Les conflits dans lesquels sont engagés actuellement les USA ne visent-ils pas toujours le même but, malgré les dénégations et les justifications idéalistes : faire tourner le "Warfare State" ?

Voilà un livre qui va susciter des controverses. Des historiens pourront sans aucun doute contester telle ou telle interprétation. L’auteur ne cherche pas à être exhaustif, mais fait des choix, et veut mettre en évidence un aspect de la politique américaine qui a été trop souvent méconnu, refoulé, parfois systématiquement occulté. Mais il faut le lire pour en saisir toute la richesse d’informations.

Peut-être arrive-t-il encore trop tôt pour l’opinion américaine, actuellement chauffée à blanc par l’idéologie de nouvelles "croisades" contre le " Mal"...______________

- Comment Londres et Wall Street ont mis Hitler au pouvoir

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Optimisation fiscale; la fête est finie?

Publié le par Jean-Etienne ZEN

Optimisation fiscale; la fête est finie?

Vraiment?

L'optimisation fiscale, sous tous ses aspects, si coûteuse pour les finances publiques, semble mise enfin en question.

Bonne nouvelle! C'est 600 milliards par an, selon Antoine Peillon, qui rentreraient en France dans les caisses caisses de l'Etat et qui ne migreraient plus vers les banques les plus accueillantes ou les pays les plus complices,,même au coeur de l'Europe, où la convergence reste un leitmotiv plutôt vide de sens.

La guerre des picsous arriverait-elle enfin à son terme?

Plus jamais ça! C'est fini! clamaient certains chefs d'Etat en plein G20. Les tombeurs de paradis fiscaux se sont vite retrouvés sans voix.

L'OCDE, elle, va-t-elle enfin mettre un terme à des pratiques qui concernent les multinationales en premier plan.

Les premières tentatives d'Obama seront-elles suivies, prolongées et systématisées, comme le proclamaient des politiques, la main sur le coeur?

Les ambitions de l'OCDE méritent d'être saluées. On semble enfin (peut-être,) assister à un tournant historique.

Mais ce projet aboutira-t-elle à une meilleure transparence fiscale, même si on peut douter que les juteuses incitations financières européennes aux entreprises les plus lucratives puissent se réduire ou cesser tout à fait. Le scandale des paradis fiscaux va-t-il cesser et les mesures décidées ne vont-elles pas se heurter à des obstacles ou à des détournements?

La transparence annoncée a ses limites et les résistances de certains Etats ainsi que les casse-têtes juridiques ne manqueront pas. De plus, le texte semble bien avoir été édulcoré:

...Malgré tous les efforts déployés par le monsieur fiscalité de l’OCDE, Pascal Saint-Amans, qui espère que ce plan siffle « la fin de la récréation », le lobbying des boîtes et surtout des Etats aurait pesé sur le texte final du plan en 15 actions dévoilé ce lundi – en jargon OCDE, on appelle ça la lutte contre l’érosion de la base d’imposition et le transfert des bénéfices, résumée sous l’acronyme anglais de BEPS. Les ONG spécialistes du sujet, comme Oxfam, CCFD-Terre solidaire et Anticor, ont poussé un gros coup de gueule [PDF] contre les coups de gomme passés ici ou là...

Malgré des succès déjà obtenus, il importe de suivre les applications concrètes et effectives des brèches entamées par l'OCDE.

Dossier à suivre...

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Optimisation fiscale; la fête est finie?
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Circonlocutions

Publié le par Jean-Etienne ZEN

Circonlocutions

Dure, dure, la com de crise!

Alors qu’on estime en France à près d’1 million le nombre de véhicules « concernés », et que « volkswageniser » est en passe de devenir un verbe (assez péjoratif), la marque allemande ajoute :

« Nous souhaitons aussi vous exprimer nos plus sincères regrets et vous dire que nous ferons tout pour regagner votre confiance. »

Et s'il n'y avait pas que VW?

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Nourrir la planète?

Publié le par Jean-Etienne ZEN

Nourrir la planète?

Nourrir la planète ou gonfler les profits ?

__L’agrobusiness industrialisé en question dans le film «We feed the World»__

«Les cinq cents plus grosses multinationales privées contrôlent 52% du produit agricole mondial brut. L’eau est privatisée, le vivant ,bréveté, les richesses nationales, accaparées. Regardez le Président de Nestlé, premier trust alimentaire et d’eau potable du monde: il gagne 26 millions d’euros par an et possède un pouvoir qu’aucun pape ni aucun empereur n’a jamais eu

____Ainsi s’exprime Jean Ziegler, rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l’alimentation, qui a participé à l’élaboration d’un film- documentaire, dont le réalisateur est le journaliste et cinéaste autrichien, Erwin Wagenhofer : Wee feed the World ( en français : Le marché de la faim). Un film qui a suscité un grand intérêt dès sa sortie : plus de 200000 spectateurs en salles et plus de 700000 à la télévision en Autriche. Il dénonce sans pathos, seulement par des images bien choisies et de sobres témoignages et commentaires ,l’immense gâchis de la surproduction alimentaire industrielle, l’inégale répartition de la nourriture dans le monde, les effets pervers de la concentration des capitaux et des terres, alors que l’agriculture d’aujourd’hui serait en mesure de nourrir 12 milliards de personnes... Même W.Schüssel en a fait l’éloge..Au Bundestag, le ministre des Affaires Etrangères a évoqué ce film lors d’une séance parlementaire. La presse française commence à en parler enfin, toutes tendances confondues .

http://www.agrobiosciences.org/rubrique.php3 ?id_rubrique=23

_______Le cauchemar de Darwin nous avait alerté sur un problème particulier(les conditions de pêche de la perche du Nil en Tanzanie), mais Le marché de la faim , après un autre film de Nikolaus Geghalter, Notre pain quotidien, s’attaque à la logique même de l’appareil de production, en montrant que « c’est tout le système qu’il faut changer. » (Pascal Canfin : Alternatives Economiques).Les images parlent d’elles -mêmes, qu’il s’agisse des situations vécues par un agriculteur autrichien, un pêcheur breton, un paysan roumain ou un travailleur du Nord-Est du Brésil...Elles convergent vers une même logique : la marchandisation à marche forcée des biens alimentaires ,le gaspillage et les souffrances sociales qu’elle entraîne. A la fin du film, Peter Brabeck, PDG de Nestlé , interrogé,conteste « l’extrémisme » des ONG qui souhaitent voir l’eau reconnue comme un droit public et déclare : « L’eau est un aliment, elle devrait donc avoir une valeur marchande .. » Peu importe l’absurdité du propos, les actionnaires font la loi...

_______Prenons l’exemple du Brésil, l’un des plus puissants pays agricole au monde. Le film nous fait toucher du doigt la situation tragique de milliers de petits paysans et d’ouvriers agricoles du Nord-Est (région de Parmambuco, Récife), le plus souvent analphabètes, souvent sans eau courante, sans aide lors des fréquentes sécheresses, qui entrainent une quasi-famine et une mortalité infantile importante.Le quart de la population souffre de malnutrition chronique. Par contre, dans le Mato Grosso, de richissimes exploitants, parfois des firmes étrangères, y produisent plus de 100 millions de tonnes de céréales par an et comptent s’étendre encore .Il y a de l’espace..L’essentiel de cette production part en Europe, pour nourrir les animaux, dont les produits excèdent la consommation locale et qui, exportés, iront inonder à bas prix les pays qui ne peuvent plus entretenir une agriculture traditionnelle viable et qui verront s’appauvrir des populations qui devront migrer vers les villes et s’y paupériser.La politique de la PAC et celle des grands intérêts commerciaux mondialisés se rejoignent. La forêt amazonienne régresse de façon inquiétante(depuis 1975, c’est une surface équivalente à la France et le Portugal réunis qui a été défrichée), pour laisser place, jusqu’à épuisement des sols fragiles, à la culture de soja, dont ne profitera pas la population locale, souvent dénutrie.

_________Autre exemple : certains pays africains, comme le Sénégal, voient arriver sur leurs marchés des produits agricoles européens ou asiatiques(poulets, riz..), dont les prix sont d’un tiers moins chers que les produits locaux. On imagine facilement les conséquences...En Espagne, à Alméria, le centre mondial de la « tomate de combat »,dans 30000 serres , sur 35000 hectares, (plus qu’en Belgique et Hollande réunies), des boules rouges (des tomates ?), dont les semences viennent de Roumanie, génétiquement modifiées, poussent dans la laine de roche pour faire ensuite parfois 3000 km pour arriver dans nos assiettes.Marsupilani a analysé magistralement pour nous la situation des cultivateurs de maïs mexicains et la hausse spectaculaire des tortillas, produits alimentaires de base, conséquence des investissements US massifs dans l’éthanol(http://www.agoravox.fr/article.php3 ?id_article=20213)

_____Tous ces aspects forment un système, à l’heure des échanges mondialisés.En achetant un poulet nourri au soja brésilien, on contribue à affamer la population locale...L’exportation des produits excédentaires condamnent les paysans des pays pauvres à l’immigration.. Dans l’Empire de la honte , Jean Ziegler parle de la faim comme d’ « une arme de destruction massive » et dénoncent les « machines à broyer » des grand groupes transcontinentaux privés (Pioneer, Maggi,Nestlé...).L’une des séquences du film montre aussi le gaspillage :l’énorme quantité de pain détruite tous les jours à Vienne, qui suffirait à nourrir un ville comme Linz...

___Devant un tel bilan, le citoyen peut être saisi d’un immense sentiment d’impuissance, car il pressent bien qu’une partie de notre avenir commun est en jeu. Mais le film est une incitation à réagir. Jean Ziegler pense que « depuis une dizaine d’années une société civile planétaire émerge, qui demande à être informée pour savoir comment changer les choses » , et il ajoute : « Les mouvements de l’opinion sont imprévisibles, mais lorsque l’insurrection des consciences est en marche, le bouleversement devient imprévisible . » Trop optimiste, Jean Ziegler ?

_En tous cas, allez voir ce film, dans les salles où on a le courage commercial de le diffuser.Vous en reviendrez différents...

Sources et liens :

http://www.agrobiosciences.org/rubrique.php3 ?id_rubrique=0023

http://www.agrobiosciences.org/article.php3 ?id_article=2042

http://abonnes.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3476,36-901095@51-891339,0.html

http://www.jp-petit.com/Presse/empire_de_la_honte.htm

http://www.amisdelaterre.org/article.php3 ?id_article=1748

http://citoyen.eu.org/agriculture/mondialisation

http://www.unesco.org/courier/2001_01/fr/doss12.htm

http://www.monde-solidaire.org/spip/article.php3 ?id_article=2576

http://www.novethic.fr/novethic/site/article/index.jsp ?id=98410

http://www.biofrais.com/Autonomie-alimentaire-Soiree-debat-14-11_a1748.html

http://www.amisdelaterre.org/article.php3 ?id_article=2217

http://www.amisdelaterre.org/article.php3 ?id_article=1748

http://www.urfig.org/agriculture-omc-ue-euromed-legrand-pt.htm

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Ces catastrophes dites naturelles

Publié le par Jean-Etienne ZEN

Ces catastrophes dites naturelles

Amnésie.

Par- delà les drames humains, la stupeur, l'accablement, c'est l'étonnement qui étonne.

Dame nature, là comme ailleurs, suit son cours. Elle n'a aucune fin qui lui soit d'avance fixée, comme le disait Spinoza. Ses mécanismes suivent des déterminismes de plus en plus connus.

Elle se moque de la négligence des hommes et de leurs intérêts. A eux de composer avec elle, le plus intelligemment. On en est loin...

Certes, la nature est finalement la plus forte, comme on dit.

Mais elle a parfois bon dos, quand elle semble ne pas se plier à nos désirs. On le répète à chaque fois, depuis tant d'années: à Nimes, Vaison-la-Romaine, etc...C'est l'homme qui se met le plus souvent en situation de risques. La nature ne se venge pas, elle exerce ses lois. Aveuglément. Des banalités à répéter.

L’urbanisation inconsidérée, dans certaines régions et dans certains lieux, a été maintes et maintes fois montrées du doigt, comme hier soir.

Le bétonnage effréné, l'urbanisation forcenée, l'occupation des sols irréfléchie, la perte de mémoire, le faux sentiment de sécurité au sein d'une nature oubliée ou artificiellement envisagée, réduite à un décor...Autant d'éléments qui entrent en jeu, en proportions diverses, dans des débordements naturels, vite rangés dans le domaine de l'oubli ou du déni. On revient sur les bords fertiles d'un volcan, comme près de Naples, on n'entretient plus les cours d'eau ou on les canalise à outrance, on continue à désertifier une terre fragile ou à assécher des marais ....On oublie les épisodes cévenoles réguliers, les cycles volcaniques périodiques, etc...

Le risque de forts orages en cette saison est connu. Sur le site de l’Observatoire français des tornades et orages violents, il est ainsi écrit que «la journée du 3 octobre compte parmi les jours à risque orageux marqué sur la France, […] avec une probabilité d’orage sévère de 27%». Mais surtout, ce qui est noté et pointé du doigt par les météorologues interviewés par différents médias, c’est l’impact de l’urbanisation. Notre aménagement urbain n’est pas du tout adapté à une montée brutale des eaux.

... Magali Reghezza-Zitt, géographe spécialiste de l'Environnement et des villes, fait le même constat: «Ces inondations sont les conséquences directes de l'urbanisation du littoral français. À un moment, les canalisations ne sont plus capables d'absorber le trop-plein d'eau et ça déborde.»

Une analyse qui est loin d’être nouvelle. En 2012, un rapport sénatorial s’était penché sur deux épisodes rapprochés de crues dans le Var. Ses auteurs concluaient que, «à strictement parler, les inondations et leurs conséquences ne sont pas des catastrophes “naturelles”. En effet, si le fait déclencheur est bien un phénomène météorologique, parfois hors norme [...], il s'applique à un territoire de longue date remodelé par l'homme, ce qui en diminue ou en aggrave les conséquences».

La catastrophe est rarement seulement naturelle.

L'erreur humaine et une certaine urbanisation sont en cause.

Katrina est un exemple dramatique, prenant une ampleur politique__________________________..

______ (*) Seule une gigantesque dose de naïveté ou de malhonnêteté politique peut faire dire que la catastrophe qui vient de se produire dans les Alpes-Maritimes et ses victimes sont le fait d’une inondation violente non prévisible. Il y a déjà plusieurs années que nombre d’études de géologues et chercheurs de différentes disciplines (1) montrent de manière indiscutable que depuis trente ans, ce genre de désastres et d’autres sont devenus plus fréquents et plus dévastateurs, en France comme en Italie, en Europe et dans le monde entier (même si nous n’avons pas les cyclones, les tornades ou les tsunamis habituels sur d'autres continents).

Selon les données disponibles, les inondations ont provoqué en France plus de 397 morts de 1990 à aujourd’hui, presque autant que dans les autres pays comparables – sans compter toutefois les morts dus aux «effets collatéraux». Les dommages matériels sont énormes et les coûts supportés par la population elle-même, par les collectivités locales et par les Etats sont impressionnants; le plus souvent, ceux-ci font l’objet d’un business acharné aux dépens des gens qui n’ont pas de relations privilégiées avec les élus et le monde des affaires ; on peut même dire que dans nombre de cas, ce sont les acteurs du business de la gestion des catastrophes et de l’après celles-ci qui ont intérêt à leur reproduction.

Les gouvernements qui se sont succédé depuis les années 1980 n’ont presque jamais adopté de sérieux programmes d’assainissement du territoire indispensables pour mettre au point des dispositifs de prévention efficaces. Il est connu en effet que les catastrophes dites «naturelles» se sont aggravées tout d’abord à cause du bétonnage du territoire, de la déforestation, surtout dans les hauteurs, bref en raison de la spéculation immobilière et des grands travaux, le tout sans aucun souci pour les conséquences désastreuses que ces œuvres provoquent. Encore plus graves sont les désastres silencieux, à savoir les désastres sanitaires directement liés à la pollution découlant de substances ou déchets toxiques allant jusqu’à produire une vaste diffusion de cancers. Assez souvent, on ignore que les inondations ne font qu’amplifier cette contamination.

Or, force est de constater que depuis trente ans (encore plus qu’auparavant), les élus locaux et les gouvernements de tous les pays ne font pas grande chose pour faire face aux risques de ces catastrophes. Les agences de contrôle sont souvent affaiblies, privés de moyens suffisants et parfois une partie de leurs personnels est corrompue. Une partie de la population elle aussi est complice, notamment quand elle vote pour tel élu ou tel député qui lui donnera l’autorisation de construire même dans des sites à risque ou provoquant des risques. La logique commune qui s’est imposée est de privilégier le bâti, tout comme l’industrie et les grands travaux, malgré les risques et même aux dépens de la santé publique, souvent à travers le travail au noir de néo-esclaves (immigrés irréguliers fort utiles) et à travers les pots-de-vin et la corruption des contrôleurs.

....Pour les tenants du sécuritarisme néo-libéral, les morts dus aux catastrophes et les cancers liés à la pollution industrielle, nucléaire et militaire, même s’ils sont chaque jours des milliers, ne comptent pas. Ainsi, la res publica à laquelle un gouvernement effectivement démocratique devrait subordonner toute son œuvre a été totalement bafouée. Cela veut dire que face aux risques d’inondation, il est absolument nécessaire d'adopter un programme d’assainissement du territoire. Et cela n’est pas du tout un investissement à perte ; non seulement il permet de créer une très grande quantité d’emplois, mais il permet aussi de créer les conditions pour un futur de développement sain et durable.

Bien évidemment, cela est le contraire de la logique du profit maximum hic et nunc et sur la peau de quiconque. Et c’est aussi le contraire d’une autre trouvaille néo-libérale : celle qui propose aux gens (individualisés) qui vivent dans les situations à risques de développer leur résilience, d’apprendre à s’arranger, à vivre avec, à se débrouiller. C’est ce nouveau mot magique que les autorités européennes et des pays dits occidentaux ont mis à la mode, selon une approche psychologisante qui de toute évidence reporte sur les populations à risque les coûts des catastrophes provoquées par la gouvernance néo-libérale. Il y a là une sorte d'éternel retour d'une certaine psychologie ancillaire des dominants, qui de facto cherche à renouer le darwinisme social sinon la thanatopolitique, voire l’élimination de ceux qui ne sont pas capables de se doter des moyens de faire face aux risques (voir le sort des pauvres après Katrina à La Nouvelle Orléans). Ainsi, les questions du développement, voire du futur même de l’humanité (qui devraient être discutées aussi prochainement à l’occasion de COP21 à Paris) n’entament en rien les orientations de la gouvernance de la sécurité, lesquelles continuent à ignorer la vie et le futur de l’humanité,..

(1) Voir entre autres les actes du colloque Catastrophes, vulnérabilités et résiliences dans les pays en développement, les livres Le gouvernement des catastrophes, dirigé par S. Revet et J. Lagumier, Kathala, 2013; La mondialisation des risques, dirigé par Soraya Boudia et Emmanuel Henry, PUR, 2015; Governance of Security and Ignored Insecurities in Contemporay Europe, Ashgate, 2016

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Perplexité

Publié le par Jean-Etienne ZEN

Perplexité

Il est désarmant, notre hôte de Bercy

On se demande ce que les mots veulent dire

Je ne crois pas donc je crois...

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Connaissez-vous les fonds vautours?

Publié le par Jean-Etienne ZEN

Connaissez-vous les fonds vautours?

Connaissez-vous les fonds vautours ?

Voici venu le temps des prédateurs, celui du brigandage légal...

J’ai eu peine à le croire en lisant cet article récent du Monde(1). La finance internationale ne manque ni d’imagination ni d’avidité. Je ne pensais pas, naïf que j’étais, que ce pouvait être à ce point.

___Il est donc possible, pour certains fonds de gestion, de faire main basse sur les finances et l’économie d’un pays à très faible revenu, très endetté, politiquement fragile, de préférence africain, en rachetant pour un faible prix ses dettes publiques, de le forcer à les régler "selon des conditions plus avantageuses", et de le poursuivre en justice si les conditions financières imposées ne sont pas respectées. Scénario de fiction ? Non, amère et révoltante réalité...

_______Plus d’un tiers des pays parmi les plus dépourvus de ressources, susceptibles d’allègement de dette, auraient subi ces pressions financières draconiennes et "les décisions de justice rendues dans 26 de ces affaires avoisineraient 1 milliard de dollars". Par exemple, le Donegal International Limited a entamé une action en justice contrer la Zambie : la Haute Cour de Londres a sommé ce pays de payer 7,7 millions de livres au DGI , plus une partie des frais de justice...

_Beaucoup de pays pauvres sont déjà soumis à d’énormes contraintes financières, aux exigences parfois exorbitantes du FMI , à la corruption, à une gestion problématique, à des problèmes climatiques compromettant la production agricole, etc. Il faut en plus qu’ils se soumettent à la loi des fonds vautours, dont les pratiques de comptabilité sont obscures, qui protègent leurs actifs à l’étranger. Ils sont la proie de la même loi implacable que subit une entreprise passagèrement défaillante, rachetée à la hussarde par des fonds spéculatifs à montage financier hasardeux et à origine douteuse, soucieux seulement de rentabilité élevée à court terme, quittant la place quand les objectifs sont atteints (2). Ces pays, le couteau sous la gorge, doivent parfois dépenser leur peu de moyens en frais de justice ruineux.

___Cela devient si critique que Danny Leipziger, vice-président de la Banque mondiale, commence à s’en émouvoir. C’est dire !... Gordon Brown lui-même veut changer les choses et de nombreux pays commencent à réagir. Une proposition de loi a même été votée en France à ce sujet (voir notes) (3). De plusieurs pays africains montent des protestations véhémentes. Et des personnalités morales donnent de la voix pour défendre la cause des pays les plus faibles ainsi agressés (4). Ces réactions auront-elles des effets ? On peut toujours espérer...

____Suite aux pressions et aux mobilisations de certaines organisations de la société civile en Afrique, en Europe et en Amérique du Nord, les ministres de Finances du G8 ont enfin affirmé dans un communiqué : « Nous sommes très préoccupés par les actions de certains créanciers qui poursuivent en justice des pays pauvres très endettés. On a décidé de travailler conjointement pour identifier les mesures nécessaires pour s’attaquer à ce problème, sur base du travail du Club de Paris.” Mais des ONG demandent des actions concrètes et immédiates, doutant de la volonté effective du G8 à agir réellement. On connaît depuis longtemps les atermoiements de cette institution et les choix peu désintéressés de la Banque mondiale, cette nouvelle église surtout soucieuse d’expansion planétaire du dogme ultralibéral.

___De plus : “ Les Etats-Unis font obstruction dans cette affaire, comme ils le font aussi sur la question du changement climatique”, dit Neil Watkins, coordinateur national du réseau Jubilé USA. “On est très préoccupé par le fait que l’administration Bush résiste aux propositions spécifiques de lutte contre les fonds vautours qui ont été mises sur la table par le Royaume-Uni et l’Allemagne durant le processus préparatoire du G8. Nous demandons au G8 d’arrêter immédiatement les actions des fonds vautours.” (source : CADTM)

__La perversité du système est que ces pays risquent de perdre le bénéfice d’une remise de dette négociée, qui leur permettrait de pouvoir envisager un autre avenir. "Les stratégies adoptées par les fonds vautours détournent un allégement de la dette des pays les plus pauvres, qui en ont cependant grand besoin et ne font que remplir les caisses des plus riches"... (D.Leipziger) Les fonds vautours se nourrissent du malheur des autres : ils s’enrichissent grâce aux entreprises au bord de la faillite, ou aux Etats en difficulté.

Ils portent bien leur nom , n’est-ce pas ?...

(1) Le Monde

http://www.liberation.fr/actualite/economie_terre/256003.FR.php

(2) « Les montages financiers sont devenus de plus en plus audacieux. La dette supportée par l’entreprise atteint parfois 90 % du prix du rachat. Et la créance n’est parfois acquittée qu’in fine, lors de la revente de la société... à un autre fonds, qui réendette à son tour l’entreprise. Tant que les opérations s’enchaînent, la fragilité de l’édifice est dissimulée puisque personne ne rembourse cette "dette virtuelle". Les banques ferment les yeux de peur de perdre ces puissants clients. D’autant que la plupart d’entre elles ont évacué le risque de solvabilité en revendant les titres de créances sur le marché de la dette. » (Un art consommé de la cavalerie - Claire Gatinois . Le Monde-25-06-07)

(4)http://www.liberationafrique.org/spip.php?article1673

http://www.rfi.fr/actufr/articles/088/article_51334.asp

http://www.brazza.info/pages/Harro.htm

(3) Déclaration de l’Assemblée nationale : « Les pratiques des fonds vautours nuisent au premier chef aux pays les plus pauvres. Elles constituent en second lieu un détournement de l’effort consenti par le contribuable, notamment français, lorsque la France consent des abandons ou des rééchelonnements. Quand bien même le texte proposé, édicté dans un cadre purement interne, aura par là même une efficacité limitée, il constituera malgré tout un obstacle aux entreprises des fonds vautours et constituera en outre, avec valeur d’exemple, un premier pas dans une voie que la plupart des institutions financières internationales et des grands pays industrialisés savent devoir emprunter. Il s’agit enfin d’une mesure de morale et de cohérence dans l’aide aux pays amis, notamment en Afrique, tant il serait absurde que l’Exécutif efface d’une main nos créances pour que le pouvoir judiciaire accorde de l’autre les sommes rendues disponibles aux usuriers. »

6http://www.assemblee-nationale.fr/12/propositions/pion3214.asp

"Le phénomène des fonds vautours"

Ce contexte est notamment marqué par l’émergence d’un phénomène inquiétant, celui des "fonds vautours".

Ces fonds spéculatifs profitent des accords de restructuration que les pays débiteurs en difficulté négocient avec leurs créanciers pour spéculer sur les créances de ces pays.

Ils rachètent à d’autres créanciers des créances impayables à des prix bradés, puis poursuivent judiciairement les pays débiteurs afin de recouvrer l’intégralité de la valeur initiale de ces créances ainsi que les intérêts. Ils réalisent ainsi une plus-value gigantesque et mettent à mal les accords de restructuration qui ont pu être signés avec d’autres créanciers. Ces fonds vautours s’attaquent à tous les types de pays, y compris les PPTE.

Pour mettre fin aux effets pervers générés par ce système, un mécanisme d’insolvabilité (tel qu’il existe pour les ménages ou les municipalités au niveau national) applicable aux Etats pourrait être mis en place pour les pays ne pouvant plus rembourser leur dette. (doc. Attac)

http://www.capitalismedurable.com/site/index.php?id=1&num=449

http://www.01net.com/article/156218_a.html

Jeune Afrique

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Verrou médiatique

Publié le par Jean-Etienne ZEN

Verrou médiatique

De verrou en verrou,

L'enfermement médiatique.

On connaissait les verrous de Bercy, ceux qui bloquent certains dossiers embarrassants ou compromettant pour le pouvoir ou ses amis, mais qui lèsent les recettes publiques.

On parle moins de verrous plus complexes, plus multiformes, qui retiennent, brident, limitent, déforment ou censurent l'information ou la noie dans l'inessentiel, le détail, le superficiel, l'éphémère, l'anecdotique, le spectaculaire. en délaissant les analyses de fond, la véritable investigation.

Certes plus rien à voir avec la vieille censure de temps de guerre, fondée sur le silence ou la désinformation.

La spécificité de la plupart des censures dans les medias d'aujourd'hui, c'est qu'elle est masquée ou à peine perceptible, sauf pour des esprits avertis ou un brin inquisiteurs. Ils se répètent quasiment l'un l'autre, le plus souvent à partir des données des mêmes agences de presse.

Qu'avons-nous su de la vraie nature des interventions irakiennes ou de l'affaire lybienne?..

.Faire sauter le verrou médiatique est une tâche qui reste à accomplir, pour donner à la presse d'opinion, la respiration et la liberté qui lui manquent. La libérer du poids de l'argent, de la vitesse, de l'insouciance citoyenne, du divertissement, de la polémique inutile, de l'incompétence parfois. Lui donner les moyens de se déconcentrer, de se diversifier dans une indépendance maximale, de faire sa mutation en matière d'analyse et d'investigation, de retrouver le courage d'informer, au sens fort, à la recherche des causes, malgré les risques. Comme de rares organes de presse tentent de le faire encore.

Mais il ne suffit pas de le dire, d'en faire le voeu.

Développer une presse indépendante, faire aussi loin que possible la vérité sur les faits, voilà une tâche difficile mais nécessaire. Comme le concevait Albert Londres, comme le souhaitait au début H.Beure-Méry. Un fait est un jugement, disait J. Fauvet. Faire l'opinion est une démarche ambigüe.

Un citoyen informé est un homme plus libre, plus disponible pour une démocratie moins minées par les ambitions, les corruptions, les détournements de sens en tous genres.

Les censures médiatiques épousent de multiples formes que nous ne soupçonnons pas toujours. Parfois trop tardivement.

C'est une censure souvent soft, indirecte, s'appuyant sur l'argument d'autorité,celle qui vient du pouvoir de l'argent et des réseaux qu'il cautionne et entretient. Qui contrôle la presse contrôle l'information, par formatage, pression idéologique insidieuse plus que par l'intimidation et la force. Le récent cas Bolloré n'en n'est qu'un exemple récent. La CSA devrait se poser des questions....

Les chiens de garde sont au coeur d'une presse d'opinion réduite à quelques titres.

Le mouvant maquis médiatique français demande à être un peu exploré pour apprécier les jeux de pouvoirs qui se jouent. C'est toute la presse qui est malade.

____________ Le grand nombre de titres de presse écrite, de chaînes de télévision, d’éditeurs de livres masque l’ampleur de la concentration dans les médias et ses effets

dévastateurs.

La concentration au sein de chaque média (concentration dans la télévision, la

presse…) n’est qu’un aspect de la concentration car les groupes les plus puissants sont multimedia. Ils ont des positions fortes à la fois dans la télévision, la presse, l’édition, … et sont intégrés à des groupes industriels (Lagardère, Bouygues,Dassault, …). La concentration est aussi amplifiée par les alliances entre les groupes de médias : des convergences d’intérêts naissent à travers des entreprises dont le capital est détenu conjointement par les groupes alliés (alliance Vivendi-Lagardère, alliance TF1-M6, …) L’ampleur de cette concentration met en cause l’indépendance des hommes politiques vis-à-vis des médias, le pluralisme et la qualité de l’information et rend donc nécessaire, et urgente, l’adoption d’une loi limitant réellement la concentration dans les médias.

1. La télévision, un média très concentré.

TF1 en position dominante. L’entreprise TF1 a réalisé en 2002 un chiffre d’affaires de 2,6 milliards d’euros et capté plus de la moitié des recettes de la publicité à la télévision (54% en 2002 selon Secodip). La chaîne TF1 qui réalise près du tiers de l’audience totale de l’ensemble des chaînes de télévision en France (32,7% fin 2002 selon Médiamétrie) ne représente que 58% du chiffre d’affaires de TF1. Les chaînes de télé qui appartiennent à TF1 L’entreprise TF1 n’est pas seulement la chaîne gratuite TF1, c’est aussi le premier actionnaire du bouquet numérique TPS qui diffuse plus de 200 chaînes avec un million d’abonnés. L’entreprise TF1 possède également les chaînes de télévision LCI, Odyssée, Eurosport, TPS Star, Cinétoile, Cinéstar, Télétoon, Infosport, sans compter des participations dans Série Club, TF6, TV Breizh, etc., …TF1, ce n’est pas seulement la télévision. TF1, c’est aussi le cinéma, à travers des participations dans des sociétés de production de films (49% de Téléma, 50% de Film Par Film et bien sur TF1 Film Production) et la distribution de films (à travers TFM, filiale commune de TF1 et de Miramax du groupe Disney). TF1, c’est également l’édition et la distribution de cassettes vidéo, de DVD, de CD musicaux. TF1 est le premier éditeur vidéo français (à travers TF1 Vidéo) (Les Echos, 14.05.2003). Sans oublier les produits dérivés, jeux de société, presse magazine (Tfou Mag, Star Academy)… et les investissements dans la presse écrite quotidienne gratuite. La participation de TF1 dans Métro-France (34%), les projets de gratuits spécialisés dans le sport, dans la télévision, en cours de réalisation marquent le choix stratégique de TF1 de s’implanter dans la presse écrite quotidienne.

TF1 au sein du groupe Bouygues. Le groupe Bouygues contrôle TF1 avec 41,3% du capital. Si, au sein de Bouygues, TF1 ne représente que 12% du chiffre d’affaires du groupe, en revanche l’activité

média peut être utilisée pour favoriser les autres activités du groupe (construction,téléphone). Comme l’affirmait Francis Bouygues au moment de la privatisation deTF1 : « il y a des intérêts secondaires découlant de la possession d’un tel outil »(cité par P. Péan, C. Nick dans TF1, Un Pouvoir). Les groupes Pinault et Arnault, actionnaires de Bouygues. Qui possède le groupe Bouygues ? Si la famille Bouygues est le premier actionnaire du groupe, le groupe Pinault (FNAC, Printemps, Le Point, RadioBFM…) détient 8% du capital et le groupe Arnault (La Tribune, Investir, LVMH…)

près de 5%. Ainsi deux groupes, eux-mêmes impliqués dans les médias, détiennent une part significative du groupe qui détient TF1.

TF1 et son allié M6.Le réseau Bouygues-TF1 ne s’arrête pas là, il s’étend à travers les alliances de TF1. La plus connue de ses alliances est la participation de TF1 au capital de lachaîne de télévision TV Breizh aux cotés de Berlusconi et de Murdoch. Mais l’alliance la plus importante en termes de chiffre d’affaires concerne les relations de TF1 avec M6. M6 est contrôlée par la multinationale allemande Bertelsmann qui, à travers le groupe RTL, est le premier actionnaire du groupe M6 (et contrôle M6 depuis le retrait de Suez). TF1 et M6 possèdent en commun deux chaînes de télévision SérieClub (50%-50%) et TF6 (50%-50%) et surtout le bouquet TPS (dont M6 détient

34% et TF1 66%). Les deux chaînes privées accessibles sans abonnement au plan national, TF1 et

M6, sont ainsi reliées par des intérêts communs importants. TPS à lui seul représente 11% du chiffre d’affaires de TF1 et plus encore de celui de M6. Les groupes TF1 et M6 sont certes concurrents dans la recherche d’audience, clé des recettes publicitaires, mais sont aussi alliés. Or l’ensemble TF1 et M6 représentait 46% de l’audience totale de la télévision en 2002 (TF1 32,7%, M6 13,2% selon

Médiamétrie). La domination est encore plus forte dans le domaine des recettes publicitaires 76,8%du marché de la publicité à la télévision leur revient (en 2002 : 53,9% pour TF1 et 22,9% pour M6 selon Secodip).

Dans la télévision payante, l’alliance Vivendi-Lagardère Le groupe Canal Plus, propriété de Vivendi Vivendi a vendu une partie très importante de ses activités médias (édition,presse), et rien n’assure qu’elle restera, à terme, présente dans la télévision. Néanmoins, aujourd’hui, la télévision payante est dominée par Vivendi qui contrôle 100% du groupe Canal Plus. Le groupe Canal Plus contrôle la chaîne à péage Canal Plus et ses 4,8 millions d’abonnés, une vingtaine de chaînes thématiques (MultiThématiques dont Canal Plus détient 63,9% du capital), StudioCanal qui tient une place importante dans la production et la distribution de films et deprogrammes de télévision (ce qui est d’ailleurs une obligation légale de Canal Plus). C’est aussi la plate-forme CanalSatellite avec 2 millions d’abonnés qui diffuse quelque 230 chaînes de télévision et de services interactifs. Si l’on inclut NCNuméricable, c’est 8 millions d’abonnés que compte le groupe Canal Plus fin 2003. Le chiffre d’affaires de la télévision à péage du groupe Canal Plus a été de 2,7 milliards d’euros en 2002 (1,5 milliard pour la chaîne Canal Plus). Toutefois, l’audience de Canal Plus n’étant que de 3,5% de l’audience totale de la télévision, le pouvoir que donne la détention de Canal Plus est beaucoup plus faible que celui du groupe Bouygues qui contrôle TF1 dont l’audience est dix fois plus forte.

L’alliance Vivendi-Lagardère dans la télévision Dans la télévision Vivendi est allié avec le groupe Lagardère. Vivendi et Lagardère possèdent en commun CanalSatellite (34% Lagardère et 66% Canal Plus) et MultiThématiques (27,4% Lagardère et 72,6% Canal Plus). Le contrôle conjoint de CanalSatellite crée des intérêts communs importants entre Vivendi et Lagardère, d’une part parce qu’il y a plus de 2 millions d’abonnés à CanalSatellite et un chiffre d’affaires en 2002 de 782 millions d’euros (bien plus que TPS), et d’autre part parce qu’en contrôlant l’entrée dans ce bouquet satellite, les deux alliés détiennent le pouvoir de fixer la rémunération de chacune des chaînes diffusées et les conditions d’accès à ces chaînes par les téléspectateurs. Le contrôle conjoint par Vivendi et Lagardère du capital de MultiThématiques, qui regroupe des chaînes de télévision autour de huit marques (Planète, Planète Future, Planète Thalassa, Canal Jimmy, Season, CinéCinéma, AlloCinéInfo et EuroChannel) est une autresource d’intérêts communs entre Vivendi et Lagardère.

__Les chaînes de télévision contrôlées par Lagardère. Lagardère contrôle en propre cinq chaînes de télévision : deux chaînes musicales (MCM et Mezzo), deux chaînes jeunesse (Canal J et Tiji), Match TV et la chaîne météo. Le groupe Lagardère produit et distribue aussi des programmes pour la télévision (premier producteur de fiction prime time en France en 2002). Quelles relations entre le pôle TF1-M6 et le pôle Vivendi-Lagardère ? La télévision privée comporte donc deux pôles, d’un coté l’alliance TF1-M6 (Bouygues-Bertelsmann) et de l’autre l’alliance Lagardère-Vivendi Quelles sont les relations entre ces deux réseaux ? Vivendi et le groupe Bertelsmann ont longtemps été alliés. Ainsi l’un des dirigeants de Bertelsmann siégeait au conseil d’administration de Vivendi jusqu’à ce que Bertelsmann rachète la part de Vivendi dans France-Loisirs (édition) qu’ils détenaient conjointement. Jusqu’en janvier 2004, le groupe Canal Plus et RTL Groupe étaient présents dans le capital de Sportfive (droits sportifs), … Aujourd’hui, ce sont surtout les relations entre le groupe Lagardère et le pôle en principe concurrent (TF1-M6), qui sont inquiétantes. Lagardère et M6 participent l’un et l’autre au capital de la chaîne de télévision Téva. Certains administrateurs du groupe Lagardère sont administrateurs du groupe Bouygues. Arnaud Lagardère lui-même est administrateur de LVMH qui appartient au groupe Arnault, lequel est actionnaire de Bouygues ! L’actualité récente montre que Lagardère se rapproche de Bouygues, puisqu’il vient d’entrer dans le capital de TV Breizh au coté de TF1, Berlusconi et Murdoch. Et si, commecela est régulièrement évoqué, CanalSatellite et TPS étaient regroupés pour améliorer la rentabilité de l’ensemble, ou encore si Lagardère mettait la main sur Canal Plus, la télévision privée ne serait plus qu’un ensemble d’interconnexions capitalistiques formant un seul réseau.

Une concentration inacceptable. La télévision privée est dans les mains de trois groupes industriels multinationaux (Bouygues, Lagardère, Vivendi) et un géant mondial de la communication (Bertelsmann) qui sont aussi présents, et souvent aux premières places, dans les autres médias (presse écrite, radio, cinéma, musique). A l’affrontement, ces groupes préfèrent des stratégies d’alliance, les concurrents deviennent ainsi des partenaires, que l’on ménage et qui vous ménagent, même si chaque groupe cherche à accroître l’audience de ses chaînes ou à attirer plus de publicité. Cette concentration pose des problèmes politiques sérieux : danger pour la pluralité et donc la qualité de l’information, dépendance du pouvoir politique vis–à-vis du pouvoir télévisuel, capacité, pour les groupes qui la contrôlent, d’utiliser le pouvoir que donne la télévision au bénéfice de leurs autres activités (défense, bâtiment, téléphone, …). La législation anti-concentration est manifestement insuffisante puisqu’elle n’a, dans les faits, entravé ni la constitution d’alliances entre les majors de la télévision privée, ni les liaisons dangereuses entre les activités industrielles et le contrôle de la télévision. Non seulement la législation anti-trust est insuffisante, mais les quelques protections existantes sont attaquées de toutes parts. Ainsi le projet de « loi sur les communications électroniques et les services de communication audio-visuelle » prévoit de lever, pour la télévision numérique terrestre, l’interdiction de cumuler les fréquences nationales et locales. Dans un contexte où il serait essentiel de renforcer les moyens de la télévision publique, de nombreuses mesures tendent à affaiblir la télévision publique : menaces sur le budget, partenariat imposé avec TF1 dans la Chaîne Internationale d’Information…

__2. La concentration dans la presse

Le paysage de la presse.Trois leaders français multi-secteurs, deux groupes étrangers

Alors qu’il a longtemps été un monde de petits entrepreneurs, voire d’artisans, le secteur de la presse écrite connaît une accélération de la concentration depuis deux ou trois ans. Le regroupement entre Le Figaro et L’Express, d’une part, et entre Le Monde et PVC, d’autre part, aboutit à ce que les cinq premiers groupes représentent plus de la moitié du chiffre d’affaires des 25 premiers groupes. La

récente absorption du groupe Excelsior par Emap semble confirmer cette tendance : L’arrivée de Dassault sur le marché de la presse aboutit à rassembler dans le même groupe, après que l’avionneur ait pris le contrôle de la Socpresse (il en détient aujourd’hui 80%) trois hebdomadaires (L’Express, Figaro Magazine et Valeurs Actuelles) et plusieurs quotidiens nationaux ou régionaux ; L’absorption du groupe PVC (Télérama) par Le Monde permet à la nouvelle entité d’être elle aussi présente sur plusieurs marchés (quotidiens, magazines télé, culture, etc.) et les échanges de participation entre Le Monde et le groupe Nouvel Observateur semblent augurer d’un renforcement potentiel de ce pôle ; L’absorption du groupe Excelsior Publications (Sciences et Vie, Biba, Vingt ans, etc.) par l’anglais Emap permet à ce groupe de rattraper une partie de l’écart avec les leaders (surtout Hachette Filipacchi Média et Socpresse). Trois groupes français, Hachette-Filipachi Media, Dassault-Socpresse et Le Monde PVC se détachent donc du paysage de la presse écrite. Ils ont en commun de tendre à être présents sur la plupart des différents segments de marché du secteur : quotidiens nationaux, magazines économiques et financiers, féminins, presse de divertissement, hebdomadaires de télévision, magazines culturels. Derrière ce trio de tête apparaissent des groupes d’origine non hexagonale : Prisma Presse-Berstelsman et Emap sont puissants dans tous les segments de la presse magazine, tout en évitant une présence sur les marchés de la presse quotidienne ou d’opinion, jugés trop « politique ». Un groupe réalisant 150 milions d’euros de chiffre d’affaires, n’est plus aujourd’hui que de taille moyenne. Il devient une proie pour des groupes ayant franchi le cap des 500 millions. Ce risque est encore plus grand si l’on prend en compte les 13 groupes de presse se situant en dessous de 100 millions d’euros de chiffre d’affaires, parmi lesquels on trouve Libération ou le Point, propriété de François Pinault. Dans le paysage tel qu’il se met en place, l’existence d’un journal, quotidien ou hebdo, isolé risque de devenir précaire.

Les groupes spécialisés. A un troisième niveau apparaissent des groupes “ spécialisés ” qui se contentent de dominer leur secteur :Le groupe Amaury, présent sur le marché de la presse quotidienne, qui vient de constituer son propre réseau de diffusion (notons que Lagardère est présent au capital de ce groupe) ; DI Groupe (Arnault, La Tribune) et le groupe Pearson (Les Echos) restent

cantonnés, pour l’essentiel, dans l’économie et la finance ; Le groupe Marie Claire se contente des féminins (mais Lagardère est présent au capital de ce groupe) ; Plusieurs groupes régionaux restent circonscrits à leur région (Ouest France, Sud- Ouest, etc.)

Vers des mega-groupes de communication ?

Certains groupes tentent de couvrir tous les champs de la communication : Hachette est présent dans la télévision, la presse magazine, l’édition et la distribution de livres comme de journaux ; Du temps de Jean-Marie Messier, la même tentation était perceptible chez Vivendi à travers la stratégie dite des contenus ; En prenant une participation dans le quotidien gratuit Métro, en lançant certains

produits dans les kiosques ou en librairie (TF1 Editions) et en préparant des gratuits spécialisés (sports, télé), le groupe TF1 tend à devenir multisectoriel ; De la même manière, le groupe M6 réalise une partie croissante de son chiffre d’affaires dans des produits dérivés parmi lesquels peuvent figurer des produits d’édition ou de presse. Quelques tendances lourdes.Multiplication des alliances.

Au-delà de la concentration, comme dans la télévision, on voit apparaître des coopérations, voire des alliances entre groupes dans des domaines précis : L’alliance (par échange de participations) entre les groupes Le Monde et le Nouvel Observateur est censée préparer la succession de Claude Perdriel, lefondateur du groupe ; Le groupe Lagardère prend des positions tous azimuts. Il est présent tant dans le groupe Amaury que Marie-Claire. Il participe au pôle de presse gratuite qui vient dese constituer avec Socpresse et Amaury. Enfin, il renforce ses positions dans la presse quotidienne régionale à travers Version Fémina ; Un pôle Socpresse-groupe Amaury vient de se constituer pour lancer des quotidiens gratuits puisque le lancement de projets concurrents aux gratuits paraît la seule stratégie possible pour concurrencer l’offensive de Métro et de 20 Minutes ;

Des offres publicitaires globales (c’est-à-dire une proposition faite aux annonceurs de passer simultanément dans plusieurs organes de presse moyennant un tarif avantageux, avec jusqu’à 50% ou 60% de remise) se multiplient pour permettre aux éditeurs d’afficher une audience concurrentielle avec les médias audiovisuels. En regroupant Le Monde, Le Figaro, L’Express, Le Nouvel Observateur, on peut prétendre toucher plusieurs millions de lecteurs. L’offre groupée démultiplie la

puissance commerciale : l’annonceur obtient un tarif attractif pour toucher plus de cadres. Plusieurs regroupements de cette nature se sont mis en place (Cadre Emploi par exemple), ce qui constitue un obstacle redoutable pour les magazines agissant seuls ou de faible diffusion, qui n’ont pas accès à ces regroupements. Ces processus de globalisation de l’offre publicitaire ne peuvent qu’accentuer, à moyen terme, la concentration.

Crise de la presse quotidienne.

La presse quotidienne vit une crise qui se prolonge depuis une quinzaine d’années : la plus grande partie des quotidiens nationaux (excepté Aujourd’hui-Le Parisien et Les Echos) et régionaux subit une érosion plus ou moins lente du lectorat. Leur audience chez les jeunes devient résiduelle, ce qui fait craindre une marginalisation, surtout de la presse quotidienne régionale. Face à ces difficultés,

les groupes semblent adopter des stratégies essentiellement défensives : Lancement de gratuits pour concurrencer les gratuits existant (exemple de La Provence à Marseille, d’un projet du Parisien à Paris, …) ; Négociation de positions dominantes dans les projets de télévision locale, pour

continuer à bénéficier de la manne publicitaire locale ; Adossement à des magazines jugés plus rentables pour contrebalancer la perte structurelle liée au quotidien (Le Monde) ; Ajustements par le bas (restructurations, suppressions d’emplois, diminution de pagination (France-Soir, Libération, L’Humanité).

Vers des journaux 100% publicitaires ?

L’apparition récente de journaux gratuits ne fait que poursuivre à son terme une évolution déjà sensible depuis une vingtaine d’années dans la presse magazine tendant à faire transformer l’économie du secteur. Traditionnellement la presse vit d’un double flux de recettes, celle des lecteurs-acheteurs et celle des annonceurs, acheteurs d’espace publicitaire. C’est l’audience, c’est-à-dire la certitude d’un annonceur de toucher x lecteurs, cadres ou femmes, ou décideurs, ou « fous »

d’informatique, etc., qui contribue à fixer le tarif de la publicité. Depuis les années 80, les gestionnaires des hebdomadaires ont conduit des stratégies visant à fidéliser des centaines de milliers d’abonnés par tous les moyens : abonnements à tarifs cassés, cadeaux d’abonnements, etc. A la limite, ces journaux “ achètent ” ainsi des lecteurs et font financer le journal par la publicité. Dans la presse féminine, la part des recettes provenant de l’achat d’espace publicitaire, qui, selon la loi, ne devrait pas représenter plus de 50% de la recette d’un numéro de magazine, tend à devenir essentielle grâce à différents artifices. Au fur et à mesure de l’explosion publicitaire, en particulier depuis les années 80, le poids des lecteurs tend à devenir résiduel dans l’économie des magazines. Avec la création des gratuits, le processus est conduit à son terme : pourquoi dépenser de l’argent pour conquérir des lecteurs et ne pas directement leur offrir le journal, ce qui est une façon de garantir à l’annonceur une diffusion ? Demain, la même logique conduite pour concurrencer les quotidiens pourrait bien être mise en oeuvre dans d’autres segments du marché, notamment de la presse magazine. Il va sans dire, et c’est ce que craignent un certain nombre de journalistes et même de patrons de presse,que ce processus rendrait les publications de plus en plus dépendantes des

annonceurs, c’est-à-dire des 100 ou 150 groupes français les plus importants.

3. La concentration dans l’édition

Les multinationales dans l’édition. La concentration dans l’édition s’accélère au profit des groupes multinationaux. Après le contrôle de Flammarion par le groupe italien Rizzoli, la reprise par le

groupe Lagardère de 40% d’Editis (ex Vivendi-Universal Publishing), les éditions du Seuil viennent d’être absorbées par le groupe La Martinière (devenu La Martinière- Le Seuil). D’autres concentrations sont attendues, à travers en particulier la vente de la partie d’Editis non reprise par Lagardère (Nathan, La Découverte, Plon, Le Robert, Pocket, 10-18, Robert Laffont, …). Les multinationales contrôlent au moins 60% de l’édition française (Lagardère, Bertelsmann, Atlas, Rizzoli, Reed-Elsevier, Média Participations, Wolters-Kluwer, …). Dans les mains des multinationales, le livre est une marchandise, l’édition n’est qu’un contenu intégré dans la

communication. Les conditions de création d’une oeuvre intellectuelle et les possibilités de la faire connaître s’en trouvent altérées. La domination du groupe Lagardère: La domination de Lagardère sur l’édition française se lit dans la liste des maisons d’édition qu’il contrôle : Hachette, Fayard, Grasset, Hatier, Hazan, Le Masque, Marabout, Pluriel, Stock, Le Livre de Poche, … et bien d’autres (dont depuis peu Larousse, Armand Colin, Dalloz et Dunod). Sans oublier le pouvoir que détient Lagardère sur les éditeurs dont il distribue les livres ou avec lesquels il passe des alliances (ainsi Lagardère qui distribue les livres d’Albin Michel est aussi coactionnaire du Livre de poche avec Albin Michel). La domination de Lagardère apparaît dans le chiffre d’affaires qu’il représente dans l’édition : 1,3 milliards d’euros après le rachat de 40% d’Editis. La puissance du groupe tient aussi à son poids dans la presse et dans la commercialisation du livre. Le groupe n’est pas seulement le premier éditeur de livres, c’est aussi le deuxième libraire de France (réseau Relay, magasins Virgin), le premier éditeur de presse magazine (Paris- Match, Elle…), un intervenant important dans la presse généraliste (le Journal du Dimanche, La Provence, Nice-Matin…), la radio (Europe1, Europe 2, RFM, …) et latélévision (Canal J, MCM, CanalSatellite…). Le groupe Lagardère dispose donc d’un fantastique réseau de promotion de ses livres par les médias qu’il contrôle ou qu’il peut influencer par les budgets publicitaires du groupe, sans compter les articles favorables de tous ceux qui dans les médias sont auteurs ou conseils du groupe, ou qui espèrent le devenir (sans compter non plus les échanges de bons procédés avec les médias alliés). Marketing et pression médiatique contre le pluralisme

Pour une multinationale, le livre est une marchandise produite dans le seul but de générer des profits. Pour faire face aux exigences de rentabilité du groupe, les filiales adoptent de plus en plus les méthodes marketing habituelles dans l’industrie, ce qui les conduit à refuser des manuscrits qui ne sont pas jugés assez rentables sur le court terme (quelle qu’en soit la qualité) et à sélectionner les

manuscrits en privilégiant des critères sans rapport avec le contenu intellectuel ou culturel du livre : médiatisation de l’auteur, sujet permettant de lancer une polémique dans les médias, … Sous l’effet de la concentration, le succès n’est plus le résultat de décisions d’acteurs autonomes et nombreux (critiques, libraires, ,lecteurs…), mais de plus en plus le produit de la capacité des groupes d’édition à influencer ceux qui parlent du livre, qui présentent le livre, qui le font connaître. La concentration, à travers la pression du marketing et la puissance de diffusion qu’elle permet, conduit à l’uniformisation des livres, les mêmes règles marketing conduisant au choix des mêmes thèmes, pour les mêmes cibles, avec les mêmes techniques marketing de construction d’un livre. La concentration porte en elle un risque de censure particulièrement dans le domaine économique et politique. Un

livre politique majeur pour le débat démocratique peut ne pas être publié soit parce que sa rentabilité de court terme est jugée trop faible, soit parce que son contenu est considéré comme « sensible » par les groupes dominants, qu’il s’agisse de la critique de ces groupes ou de celle des hommes ou des entreprises avec lesquels ils sont en relation. Il n’existe aucune législation antitrust spécifique

En dépit des dangers de la concentration dans l’édition, pour l’expression plurielle des idées, il n’existe aucune législation antitrust spécifique. Seul s’applique le droit commun, comme si le livre était un produit industriel ordinaire. La décision de Bruxelles d’accepter la reprise par Lagardère de 40% d’Editis illustre le fait que le droit commun ne s’oppose, au mieux, qu’à la constitution d’un monopole privé, mais accepte la concentration. On ne peut donc pas compter sur la législation

actuelle pour résoudre les problèmes qui résultent de la concentration dans l’édition.

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