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Bruxelles et ses espions

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 
 Néopiraterie au coeur de l'Europe 
                                                         On savait la capitale européenne soumise à un intense lobbying.
Marc Jennar en avait décrit l'essentiel des mécanismes. 
Ces groupes de pression n'ont pas tous des intentions financièrement ou industriellement désintéressées, beaucoup ne sont guère en accord avec les idéaux proclamés de l'instance européenne.
La démocratie n'y gagne pas toujours, c'est le moins qu'on puisse dire. Par exemple pour la protection des données personnelles.
Des réseaux nombreux et souvent efficaces, dont  beaucoup, parmi les plus importants, sont américains (pour le tabac, les semences, les produits pharmaceutiques ...De nombreuses multinationales ont leurs délégués et leurs bureaux, qui font gonfler la population de la capitale belge et exploser le marché de l'immobilier.
                                         Derrière cet aspect déjà connu d'une guerre économique qui n'ose pas dire son nom, s'en cache un autre plus discret, moins analysé, mais tout aussi réel., plus numérique que physique: les instruments sophistiqués de recherche de renseignements d'ordre politique, économique, stratégique...
  Nos alliés d'Outre-Atlantique ont, de ce point de vue, pignon (discret) sur rue. Cela commence à mieux se savoir. Surtout depuis qu'ont commencé les débats sur le projet de libre échange transatlantique, qui suscite bien des réserves et des polémiques. L'Oncle Sam, curieux par nature, aimerait bien savoir, entre autres choses, ce qui se trame dans les bureaux et les chancelleries du vieux continent, qui peut leur faire de l'ombre. Ils ont tout à gagner à la réussite de cet accord
Même  des fédéralistes convaincus en dénoncent les conditions et les effets attendus et redoutés.
Le chroniqueur de Libération à Bruxelles va plus loin dans un récent billet:
Il parle de Bruxelles comme d'un nid d'espionsaprès avoir vilipendé les grandes oreilles US et l'hypocrisie européenne:
 "C'est l'émoi à Bruxelles et dans les capitales européennes: pensez-donc, selon Der Spiegel, les Etats-Unis espionneraient l'Union (institutions communautaires, gouvernements, ambassades, citoyens). L'indignation est forte: on exige des explications, on menace même de suspendre la négociation du TTIP, le futur traité de libre échange transatlantique. Je demande à voir. Car, ce n'est pas la première fois que les Européens "découvrent" que leur principal allié les surveille de près. Le système Echelonva d'ailleurs bien plus loin que le système Prism et celui-ci n'a jamais été interrompu ou contré. Et pour cause, puisque les Etats, dont la France, participent à ces programmes d'espionnage en livrant des données à Washington et, surtout, eux-mêmes rendent la politesse aux Américains en les espionnant.  Je vous rappelle cette enquête que j'ai réalisée et qui est parue le 28 novembre 2006 dans Libération, "Bruxelles, nid d'espions?"
Selon le Spiegel, le programme d'espionnage de l'UE était constitué non seulement de micros installés dans le bâtiment de l'UE à Washington et à New-York, mais aussi d'une infiltration du réseau informatique qui permettait de lire les courriers électroniques et les documents internes. Tiens donc! J'avais dévoilé, en 2001, une belle affaire qui s'est noyée dans les sables de l'indifférence, l'affaire Perkins, qui montre que cela fait longtemps que les Américains ont accès aux données européennes les plus secrètes....
A chaque fois que les Européens ont voulu lutter contre les abus américains, ils ont perdu: PNR, Swift, protections des données... Et cela n'est pas près de changer, la puissance n'étant pas de ce côté de l'Atlantique..."
_________________Cet avertissement ne rejoint-il pas pour une part les paroles de Mitterand, qui malgré son atlantisme de principe, déclarait à la fin de sa vie"La France ne le sait pas, mais nous sommes en guerre avec l'Amérique. Oui, une guerre permanente, une guerre vitale, une guerre économique, une guerre sans mort... apparemment. Oui, ils sont très durs les Américains, ils sont voraces, ils veulent un pouvoir sans partage sur le monde... C'est une guerre inconnue, une guerre permanente, sans mort apparemment et pourtant une guerre à mort !"
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Turquie: et après?

Publié le par Jean-Etienne ZEN

   Double jeu
                       On connaît les implications ambiguës de la Turquie d'Erdogan dans le conflit syrien.
                               D'abord complice en sous-main, par intérêt à court terme, de certaines forces rebelles radicales, elle eut à s'affronter un temps à l'intervention militaire russe, avant d'opérer avec le maître du Kremlin un rapprochement spectaculaire et d'intervenir sur le terrain, essentiellement  pour s'efforcer de neutraliser toute velléité de rapprochement des forces kurdes .
    Maintenant, c'est le retour au pays, sans gloire, des forces militaires.
        A jouer sur plusieurs tableaux, de manière brouillonne, le maître d'Istanbul se replie maintenant sur la consolidation de son autocratie inquiétante.
  Voici comment Observatus Geopoliticus voit la situation pour le moment:
                                                    Sans surprise, la Turquie a annoncé la fin de son opération Bouclier de l'Euphrate en Syrie :

Istanbul - La Turquie a annoncé mercredi la fin de son opération militaire dans le nord de la Syrie, sans préciser si elle allait en retirer ses troupes.
Le conseil de sécurité national dirigé par le président Recep Tayyip Erdogan a annoncé que l'offensive de six mois avait été "couronnée de succès", mais le Premier ministre Binali Yildirim, tout en confirmant la fin de l'opération, n'a pas exclu d'autres campagnes en Syrie.
La Turquie a lancé en août dernier une opération baptisée "Bouclier de l'Euphrate" visant le groupe jihadiste Etat islamique (EI) mais également les FDS, dominées par les Kurdes, qu'Ankara considère comme des "terroristes".
Dans le cadre de cette opération, les rebelles syriens appuyés par la Turquie ont repris aux jihadistes plusieurs villes dont Jarabulus, Al-Rai, Dabiq et enfin Al-Bab, où l'armée turque a subi de lourdes pertes.
Quelques formules pour sauver la face fleurissent ça et là mais, en réalité, cette opération fut un bide. Six mois pour mettre difficilement la main sur quelques arpents de sable au prix de pertes relativement lourdes. Certes, cela a empêché la jonction des cantons kurdes mais ces derniers n'en bordent pas moins la Turquie sur des centaines de kilomètres : parfaite base arrière pour le PKK.
Depuis le grand rapprochement américano-russo-syro-kurde sur le dos d'Erdogan, les options d'Ankara s'étaient réduites à peau de chagrin. Le sultan n'a fait qu'entériner ce que nous avons montré à plusieurs reprises : l'aventure néo-ottomane en Syrie est terminée. La goutte qui a sans doute fait déborder le vase a été l'établissement d'une base russe dans le canton kurde d'Afrin comme nous l'avions rapporté il y a une dizaine de jours.
Un pertinent article d'Al Monitor revient sur cette affaire et interroge divers officiels kurdes. Il en ressort plusieurs points très intéressants :
- D'après un commandant YPG, Ankara devait, au terme d'un accord turco-russe, rendre Al Bab à l'armée syrienne mais ne l'a pas fait, d'où le coup de semonce russe matérialisé par l'implantation de la base protégeant les Kurdes d'Afrin.
- Les Américains n'ont rien trouvé à redire à l'alliance russo-kurde.
- Les Kurdes sont plus que disposés à participer à une offensive générale contre l'Idlibistan ("les gangs d'Idlib"). Leur ennemi n'est pas seulement Al Qaeda mais aussi Ahrar al-Cham. Ils l'ont même proposé dans le passé à Moscou qui a botté en touche, le temps de voir si Ankara pourrait convaincre le groupe de participer aux pourparlers d'Astana.
- Les YPG ont fermement rejeté une proposition américaine d'inclure les peshmergas de Barzani ("traître à la solde des Turcs") aux opérations contre Raqqa. [Aucune surprise : il n'y a jamais eu d'amour débordant entre les Kurdes syriens et le président de la Région autonome du Kurdistan irakien].
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Darwin contre Darwin

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 
Douloureuse enquête 
                                        L'année Darwin est passée, mais la pensée de Darwin n'est pas dépassée
Loin de là!
Sur les épaules de l'illustre naturaliste, on voit beaucoup plus loin.
Son voyage, plus long que prévu sur le Beagle, constitua un tournant dans une pensée qui se cherchait, mais qui n'imaginait pas sur quelles voies révolutionnaires allaient l'entraîner ses aventures exploratrices.
Son journal de bord en témoigne 
Mais celle-ci, mettant à mal le créationnisme, ne s'est pas élaborée sans mal ni sans luttes internes.
La vie, c'est l'évolution, nous le savons mieux aujourd'hui, même s'il nous reste énormément à 
connaître concernant les mécanisme de ce processus.
_____________Pour arriver à cette idée, pour dépasser le fixisme ambiant, si naturel en apparence, Charles Darwin, par un lent processus, dut lutter contre lui-même, contre l'obstacle épistémologique de son éducation, de ses habitudes mentales, de ses croyances spontanées, de sa propre foi:
  Charles Darwin s'est débattu longtemps contre la théorie, à ses yeux invraisemblable, fantaisiste, dangereuse, selon laquelle les espèces biologiques peuvent évoluer avec le temps. Alors qu'il ne portait pas encore sa fameuse barbe blanche, l'idée que les espèces auraient pu ne pas avoir été créées par Dieu telles que nous les connaissons lui faisait dresser les cheveux sur la tête. Loin de l'avoir découverte et immédiatement embrassée, loin de l'avoir choyée et cultivée avec amour, il a tout fait pour lutter contre. 
Finalement, c'est à force de la bombarder d'objections, de contre-exemples et de difficultés, que le naturaliste a adopté la notion d'une «descendance avec modification», devenue, avec la publication de l'Origine des espèces (1859), l'une des thèses les plus célèbres de l'histoire des sciences. Dans une tête admirablement faite, le spectaculaire retournement de Darwin marque la victoire du doute contre les convictions, des observations et des raisonnements contre le respect dû aux maîtres, aux proches et à ses propres croyances. Une succession de carnets soigneusement tenus, souvent relus et commentés par l'auteur, ont été le champ de bataille de ce combat entre l'homme et l'idée....

 A 22 ans, Darwin part donc à l'aventure, habité par «un violent désir d'ajouter des faits nouveaux à la grande masse des phénomènes de la science». Il ne croit pas si bien dire. Au moment de monter à bord, Charles partage les convictions de ses professeurs Henslow et Sedg-wick, fidèles aux dogmes créationnistes : il considère les espèces comme des entités créées, dont l'organisation ne saurait qu'être fixe. Il admet que certaines d'entre elles peuvent apparaître ou disparaître (les fossiles mis au jour par Cuvier ne laissaient aucun doute, depuis 1812, sur la disparition de certaines espèces), mais il conçoit le mystère de leur génération comme une affaire de création divine. Comment Dieu s'y prend-il ? Telle est l'une des questions auxquelles il espère répondre. 
Pendant son périple, qui dure près de cinq ans, le jeune savant collecte les spécimens de divers organismes, déterre d'importants fossiles en Patagonie, tout en lisant et relisant les Principles Of Geology de Charles Lyell (1797-1875). Selon ce géologue, les espèces s'éteignent avec les changements climatiques, mais les vides creusés par leur disparition sont compensés par la création de nouvelles espèces. Dans ce monde stable, le nombre d'espèces est constant, et celles qui apparaissent ne le font que pour remplacer celles qui ont disparu. Cette perspective oriente les méditations du jeune homme, mais la diversité naturelle qu'il découvre, à chaque fois plus abondante, de pays en pays, d'île en île, le laisse décidément perplexe...

 Il lui faudra vingt ans de méditations assidues pour regarder en face le drame qui s'est accompli - celui de sa propre trahison. En 1844, tremblant encore d'horreur, il avoue à Joseph Dalton Hooker (gendre de Henslow et directeur du jardin botanique de Kew) : «Je suis presque convaincu (contrairement à l'opinion que j'avais au début) que les espèces (c'est comme d'avouer un meurtre) ne sont pas immuables.» 
Quelque chose comme un meurtre... Voilà ce qu'il en a coûté à Darwin pour arriver aux propositions de l'Origine des espèces. En 1856, en pleine possession de sa théorie, il aura fait définitivement son deuil de l'assentiment de ses proches. Au botaniste américain Asa Gray (1810-1888), il écrit encore : «Je suis arrivé à la conclusion hétérodoxe qu'il n'existe rien de semblable à des espèces créées indépendantes, que les espèces ne sont que des variétés fortement définies. Je sais que ceci m'attirera votre mépris. Je crois me rendre compte de la valeur des nombreuses et formidables objections qui s'opposent à cette manière de voir... Je suis certain que votre tendance sera de me mépriser, moi et mes lumières.» Un siècle et demi plus tard, on sait ce qu'il en est. C'est dans le sillage de Darwin que tous les scientifiques continuent, entre eux, de soulever leurs propres objections.." 
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Point d'histoire (3)

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 
Traité de Rome (suite)
                                   Parlera-t-on encore d'Union Européenne dans quelques décennies?
   Du moins dans sa forme actuelle.
           On peut raisonnablement en douter, quel que soit ses désirs et ses options.
     La réalité semble nous rattraper, avec le surgissement de tendances nationales, voire de certains replis nationalistes, qu'on peut craindre, mais qui ne sont, selon l'expression de H. Védrine, que des conséquences et non des causes.
    Conséquences de l'oubli des peuples au coeur d'institutions juridico-technocratiques à réformer, à refonder entièrement, sur la base de traités à renégocier, d'économies à repenser hors du cadre du strict libéralisme tatcherien. La RU nous quitte, mais a bien contribué à nous façonner à l'anglo-saxonne, à faire de l'espace européen un marché, seulement un marché.
   L'Europe se meurt, l'Europe est morte...De fait.
       Faudrait-il repenser le vieux projet gaulliste de l'Europe de la collaboration, de l'Atlantique à l'Oural,une organisation plus souple, plus diversifiée mais plus vivante et plus large?
   L'avenir le dira. Mais demain ne sera plus comme hier, quand on voit seulement le désarroi des élites, tétanisées par le Brexit  la situation polonaise ou hongroise, le désastre grec et ce qui peut suivre. Des conséquences, pas des causes.
      - Oui, l'Europe va mal (1)
      - Oui il faut reconstruire une autre forme d'union (2)
  Dans le cadre et les limites de son époque, Mendès-France voyait assez juste sur les conséquences possibles de l'esprit de Rome.
    Au lieu d'être un lieu de développement politico-économique, non pas harmonieux, mais satisfaisant, non pas unanime,  mais pacifique.
    Tout reste à réinventer.  Mais qui prendra l'initiative? quel peuple indiquera le chemin? qui brisera la rigidité et l'aveuglement de Bruxelles? 
      Bien difficile à imaginer pour l'instant. Comme il arrive souvent, seule une crise majeure pourrait stimuler un sursaut. Souhaitons qu'elle soit créatrice.
     Car, comme le jugent ces auteurs, qui n'ont nulle science infuse, mais quelque lucidité  l'Union européenne est de moins en moins hospitalière 
  Le vivre-ensemble, la solidarité de principe est mise à mal par les dogmes de l'OMC: la concurrence fiscale, le dumping salarial, l'accumulation des excédents commerciaux de l'Allemagne, qui se met aussi à terme en péril...
      "....L'intransigeance allemande pousse de fait ce pays à envisager une stratégie de rupture, car comme on l'a dit précédemment, rien n'est résolu. Le jour où la Grèce fait officiellement défaut, les Allemands vont être contraints à «prendre leurs pertes» et donc à reconnaître ce qu'ils ont toujours refusé jusqu'à présent, c'est-à-dire qu'une union monétaire implique une union de transferts. Pas sûr qu'après cela l'Allemagne que souhaite encore rester dans l'euro."
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Toutoubars, minoubars, yenamarre...

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 
                        Dans la série "on n'arrête pas le progrès", voici une nouvelle qui va faire miauler de satisfaction plus d'un félin:
Le premier "bar à chats" ouvre ses portes à Paris!
Les  baràchiens existaient déjà, pour les dogsàsamaman
Donc, pas de jaloux....
Après les barasoupes  et les baravins,
On a vu fleurir les baratapas, les barasiestes, les barahuitres, 
les baracoutures, les baragoûts
D'autres, stimulés par le succès, ont créé des barasourires 
Et même des baraongles...
Il fallait oser!
L'audace et l'imagination étant sans limites, on attend: les baracheveux, barachaussures, baracasquettes...
Ras la casquette! 

Les baracons prospèrent et ne sont pas près de se tarir, d'après le fameux théorème d'Eintein
____Le baràtoutetnimportequoi a de l'avenir... 
                           Et si on créait des baràidées? 
              Un tonneau, une bougie et une bière pourraient suffire, si on en croit le vieux Diogène.
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Famines: les retours

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 
Fatalité?
                     Régulièrement nous reviennent les échos d'un phénomène que l'on avait oublié, que l'on croyait dépassé, mais qui a toujours été plus ou moins  larvé aux marges de nos sociétés dites d'abondance.et qui rebondit cruellement et régulièrement.
       Les famines sont de retour, dans certains pays d'Afrique notamment.
               Souvent les causes évoquées sont essentiellement d'ordre climatique, ce qui est l'explication la plus commode, la plus fréquente., la moins dérangeante. Non pas qu'elle soit fausse: El Nino a sans doute ses effets, loin des côtes péruviennes..
      Les causes de la faim ne sont pas que climatiques, et parfois elles ne le sont pas du tout, comme aujourd'hui au Yemen, au Soudan du Sud, comme en Somalie, en proie à des conflits meurtriers, comme le remarque Rony Brauman.
     Démographie galopante, absence de gestion politique des ressources, spéculation mondiale sur les matières premières, abandon ou régression des cultures vivrières, les facteurs sont multiples et parfois s'entremêlent.
   Aujourd'hui, le secrétaire de l'ONU, Antonio Guterrez, est alarmiste, parlant de « La plus importante crise humanitaire depuis la seconde guerre mondiale » :
   ... Au Nigeria, en Somalie, au Soudan du Sud et au Yémen, « des millions de personnes se débattent déjà entre la malnutrition et la mort, vulnérables aux maladies et aux épidémies, contraintes de tuer leur bétail pour se nourrir et de manger les céréales qu’ils avaient mis de côté pour semer leur prochaine récolte. Les femmes et les filles sont les premières victimes », a-t-il averti.
  L’état de famine a officiellement été décrété au Soudan du Sud le 20 février : 100 000 personnes de la région de l’Unité, dans le nord du pays, risquent de mourir de faim, selon l’ONU qui, pour les quatre pays placés en état d’alerte, évalue à plus de 20 millions le nombre de personnes menacées.
  Yémen : 7,3 millions
Soudan du Sud : 6,1 millions dont 100 000 déjà touchées
Nigeria (nord-est) : 5,1 millions
Somalie : 2,9 millions
La crise est cependant loin de se limiter à ces quatre foyers. Trente-sept pays auront besoin d’assistance en 2017, selon le dernier bulletin sur la situation alimentaire et les perspectives de récoltes publié début mars par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO)."
          On sait parfaitement désormais enrayer une crise alimentaire naissante, à condition d’intervenir à temps. Mais pour cela, il faut non seulement le pouvoir, mais surtout le vouloir. La volonté politique fait défaut quand l’Etat ne fonctionne pas - c’est le cas de la Somalie - ou quand il ne considère pas la prévention comme une priorité pour certaines populations - c’est le cas du Kenya. Il se produit en quelque sorte une prime à l’urgence : plus vous intervenez tard, plus la famine est dramatique, et plus l’aide que vous recevez est importante.
«Une sécheresse fonctionne comme un révélateur qui n’engendre la famine que lorsqu’il y a des dysfonctionnements préalables»
         Le problème de la souveraineté alimentaire est le plus souvent en question.
                                    Comme on le voit,  la nature a bon dos...
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                  On peut lire ou voir:
 -"Secourir des populations malgré les prédateurs" (La Croix - 2017)
-"La famine menace à nouveau l’Afrique de l’Est" (Le Monde - 2017)
-"Les Yéménites luttent pour leur survie, alors que la famine menace le pays" (IRIN News - 2017)
-Vidéo : "Vers un monde sans faim" (France 24 - 2017)
-Les Matins : "20 millions de personnes menacées par la famine : questions sur une crise -humanitaire" (France Culture - 2017)
"L’aide d’urgence n’est pas la réponse à la sécheresse" (IRIN News - 2017)"
http://marcelthiriet.blogspot.fr/search?q=famines
_____Sites. la faim expliquée
  • Site de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture FAO
  • Site d'Oxfam
  • "Secourir des populations malgré les prédateurs" (La Croix - 2017)
  • "La famine menace à nouveau l’Afrique de l’Est" (Le Monde - 2017)
  • "Les Yéménites luttent pour leur survie, alors que la famine menace le pays" (IRIN News - 2017)
  • Vidéo : "Vers un monde sans faim" (France 24 - 2017)
  • Les Matins : "20 millions de personnes menacées par la famine : questions sur une crise humanitaire" (France Culture - 2017)
  • "L’aide d’urgence n’est pas la réponse à la sécheresse" (IRIN News - 2017)____________________

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Flexibilité instrumentalisée

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 
Flexibility in employment
                                              Dans la série "on n'arrête pas le progrès"..
...Pourquoi payer les vendeurs à attendre les clients?
C'est vrai, non, en bonne logique commerciale?...
         Au pays de Dickens, au Royaume de la flexibilité absolue (même la Reine gère sa fonction de manière très flexible...), où plus rien ne finit par étonner, on ne cesse de progresser, depuis que  Cameron  a misses pas dans ceux de Maggie, dans un contexte de privatisationgénéralisée.
Pour fair baisser le chômage à 8%, disent-ils,  on a a institué une nouveauté:: le contrat zéro-heure.
 Il fallait l'inventer! 
C'est le meilleur moyen de rendre le travail toujours plus flexible.
 Depuis le début de la crise financière, en dépit de son économie stagnante, la Grande-Bretagne se targue d’avoir maintenu un taux de chômage relativement bas (8 %) au regard de ses homologues européens. Mais, comme le montrent une série de révélations dans la presse britannique depuis une dizaine de jours, ce succès est en partie imputable à l’utilisation croissante de contrats de travail dits « zéro heure » (« zero-hours contracts »). Dans un pays qui possède déjà un marché du travail extrêmement flexible (lirece billet de l’économiste Jacques Freyssinet), les contrats « zéro heure » représentent une nouvelle étape dans la dérégulation des rapports entre employeurs et employés, au détriment de ces derniers.
    Comme souvent l'UK a copié sur son cousin, car ce genre de contrat (?) existe aux Etats Unis depuis des lustres, ça s’appelle « to be on call », c’est surtout dans le secteur des services, le boss a une liste d’esclaves qu’il peut appeler par téléphone à n’importe quelle heure. il y a aussi « to be let off », 
                                    A vrai dire, les contrats « zéro heure » existent depuis longtemps en Grande-Bretagne. Leur mouture actuelle découle des lois sur l’emploi et les salaires de 1996 et 1998. Ils stipulent qu’un salarié est lié par un contrat à son employeur, mais que ce dernier ne lui fournit aucun horaire fixe ni aucune garantie quant au nombre d’heures travaillées. Dans le meilleur des cas, les entreprises fournissent à leurs employés une prévision de planning avec une ou deux semaines d'anticipation. Pour autant, ils ne sont pas à l’abri d’une modification de dernière minute ou d’être renvoyés chez eux – sans salaire – s’il n’y a pas assez de travail ce jour-là.
L’idée originelle de ces contrats était de permettre à des entreprises qui ont parfois des pics d’activité ou une demande ponctuelle d’y répondre sans avoir à embaucher des salariés permanents. D’ailleurs, l’exemple fourni sur le site officiel du gouvernement britannique est éclairant : il s’agit du recours à des traducteurs-interprètes. Mais, aujourd’hui, ces contrats sont utilisés par de nombreuses grandes entreprises – généralement des commerces – pour avoir sous la main une main-d’œuvre disponible et docile. Les chaînes de magasins de sport Sports Direct, de cinémas Cineworld, de pharmacies Boots, de restauration rapide McDonald’s, Burger King ou Subway, sont parmi les plus gros employeurs de contrats « zéro heure ».
                     La précarité n'est-elle pas en train de devenir la norme du futur ?
 En France sommes-nous à l'abri de ce "progrès", ou plutôt ce grand bond en arrière?
 Comme l’a résumé Larry Elliot, l’éditorialiste du Guardian, le recours massif à ces contrats précaires fleure bon le XIXe siècle : « De la pure exploitation – le genre de conditions de travail qui ont donné naissance aux syndicats (…) C’est comme si la Grande-Bretagne avait remonté le temps, retournant à un âge où l’employeur avait le fouet en main et où les droits dont jouissaient les travailleurs sous le système féodal avaient été supprimés. »
                           La précarité devrait être cotée en bourse... 
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Banques euphoriques

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 
    Les banques? ça va, merci...
                                                  Les paradis, les bien nommés pour les heureux bénéficiaires, mais enfers des contribuables, ce n'est pas seulement pour les particuliers ou certaines grandes entreprises.
   Les banques ont aussi le droit d'en profiter.
      Il n'y a pas de raison.
   On dit les banques bancales, mais pas toutes,
loin de là, comme la Deutsche Bank, qu'on veut sauver à tous prix, pour éviter l'effet domino.
     Les paradis fiscaux, ce n'est pas terminé, 
contrairement aux affirmations péremptoires d'un certain Nicolas Sarkozy à une certaine époque:
.Les banques ne manquent pas d'appêtit:
       Le 23 septembre 2009 , le président de la République Nicolas Sarkozy annonçait fièrement : "Le secret fiscal, les paradis fiscaux, c'est terminé".   Huit ans plus tard, malgré les réels efforts déployés sous l’égide de l’OCDE, ces paradis-là sont encore bien vivaces, à lire le rapport [PDF] que vient de publier Oxfam sur les pratiques des grandes banques européennes.
  L’organisation s’est penchée sur les comptes de 20 grandes banques dont 5 françaises : BNP-Paribas, Groupe BPCE (qui coiffent les Caisses d’épargne et les Banques populaires), Crédit Agricole, Crédit mutuel, Société Générale). Ces 20 banques ont réalisé en 2015 dans les paradis fiscaux 25 milliards de bénéfices soit un quart de leurs bénéfices totaux. Or les paradis fiscaux représentent seulement 1% de la population mondiale....    Le Luxembourg reste le grand trou noir fiscal de l’Union européenne. "En 2015, les vingt plus grandes banques de l’Union Européenne ont dégagé 4,9 milliards d’euros de bénéfices au Luxembourg, soit plus qu’au Royaume-Uni, en Suède et en Allemagne réunis", résume le rapport. Barclays, la cinquième plus grande banque en Europe, a déclaré à elle-seule 557 millions d’euros de bénéfices au Luxembourg mais n’a versé qu’un million d’euros au titre de l’impôt sur les bénéfices (soit un taux de 0,2%).      La situation du Luxembourg reste extrêmement choquante, mais elle n’a pas empêché les leaders européens de désigner à la tête de la Commission européenne l’un des grands prêtres de ce système : lorsqu’il était ministre des Finances et Premier ministre du grand-duché, Jean-Claude Juncker se battait bec et ongle pour préserver le secret bancaire…
  Ah! le Luxembourg, ce charmant petit pays de rêve, , fief de celui dont on pourrait penser qu'il pourrait donner l'exemple, Jean-Claude Juncker
            Faites comme je dis... Il y a loin des paroles aux actes.
   Toute une  richesse cachée  qui devrait en droit nous revenir...Cela coûte à la France.
         Donc,Les 20 plus grandes banques européennes génèrent un quart de leurs bénéfices dans des pays où l’imposition est faible, voire inexistante, parfois sans aucun employé sur place, selon une nouvelle étude du réseau d’ONG Oxfam. Les plus mauvais élèves seraient Barclays et Deutsche Bank mais les quatre plus grandes banques françaises y sont aussi présentes, notamment au Luxembourg et aux îles Caïmans....
       Des résultats   qui dépassent parfois l'entendement
  Mais depuis 2OO8, les mastodontes bancaires nous ont habitués à tout, avec un contrôle souvent de pure forme de la part des Etats complices ou complaisants..
         Un quart des bénéfices des 20 plus grandes banques européennes se trouve dans des paradis fiscaux, soit 25 milliards d’euros, dont 20% pour les seules banques  
       Ce n'est pas Robin des Bois qui l'affirme, mais la très sérieuse organisation  Oxfam.
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         Oxfam dénonce la course à la concurrence fiscale:
 

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Bâtissons, bâtissons...

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 
 Il en restera toujours quelque chose...
                              On va négocier, ont-ils dit, sous la bénédiction de l'Oncle Sam. 
Mais l'irréversibilité s'est installée, dès la cinquième année après la Guerre des six jours: par grignotages successifs, investir la Cisjordanie, rebaptisée Judée-Samarie pour les besoins de la cause.
 C'est le but recherché, avec ses vicissitudes, ses allers et retours, une ligne cohérente mais masquée, déniée.
        Il y a quelques mois, la position de Netanyaou et de son ministre de la défense ne faisait plus dans l'ambiguïté.
On voit mal en quoi elle s'adoucirait aujourd'hui, alors que les religieux radicaux surenchérissent tous les jours, auxquels la Torah sert de manuel de droit et de cadastre  et dont on continue à favoriser l'implantation si généreusement pour créer une situation de non-retour.
 Comme d'habitude, pendant les négociations, les implantations, la colonisation continuent..., comme le reconnait Haaretz. Cela s'est toujours déroulé ainsi. Gagner du temps, tel a toujours été le but, dans ces échanges non symétriques. (*)
   Se voulant d'un optimiste naïf ou d'une duplicité toute diplomatique, Kerry, qui n'est pas Churchill, vient de déclarer: 
«Pour que les choses soient claires, les Etats-Unis considèrent illégitimes ces implantations. En même temps, le Premier ministre Netanyahu avait été bien franc devant moi et le président Abbas en nous prévenant qu’il annoncerait de nouvelles implantations de logements dans des endroits qui n’affecteraient pas le plan de paix, qui n’auraient pas d’impact sur la possibilité de parvenir à un accord de paix...Nous comprenons tous qu’il y a urgence à entrer dans la discussion sur les frontières et la sécurité», a-t-il souligné. «Si vous réglez la question des frontrières avec Israël - et vous ne pouvez le faire qu’en résolvant les problèmes de sécurité pour Israël-, vous règlerez également toutes les questions sur la colonisation parce que vous saurez alors ce qui est à l’intérieur d’Israël et ce qui ne l’est pas»
Quand on sait que Netanyahou est le spécialiste du double langage diplomatique, dictant parfois ses exigences à la Maison-Blanche et que c'est Tel-Aviv seule qui définit  et impose ce qui lui apparaît être  sa sécurité  et ses  frontières, surtout depuis  1967...
               Alors, sur quoi vont déboucher ces négociations? Un peu plus d'intransigeance d'un côté et de renoncement et de fatalisme de l'autre, avec ses conséquences...
S'agirait-il, selon C.Enderlin, d'un nouveau subterfuge pour  cacher la réalité?   On a là un angle mort diplomatique. Ce qui se prépare n'est pas ce qui se dit.

         Non, il n'y aura pas d'Etat palestinien
Sauf virage improbable, l'avenir logiquement prévisible ne peut plus être qu'un Etat unique, binational, mais dans ce cas le projet sioniste acceptera-t-il de se perdre dans les sables, avec des chances d'aboutir à un Etat d'apartheid, dèjà redouté par A.Joxe. 
 L'identité du projet sioniste est en question. Mais les fondamentalistes,qui ont le vent en poupe,  menacent l'avenir du pays.
________________Si le concert des peuples que symbolise l'orchestreisraëlo-palerstinien de Ramallah pouvait être prémonitoire!...
Mais que peut la musique contre les intérêts cyniques et le bruit des armes?
______________________________
 
...."Après trois ans de blocage et plus de six décennies d'un conflit historique, les négociateurs israélien,Tzipi Livni, et palestinien, Saëb Erakat, avaient réamorcé les 29 et 30 juillet à Washington un dialogue direct, sous les auspices de M. Kerry, qui s'était rendu dans la région à six reprises depuis le mois de mars. Les deux camps avaient accepté de chercher à sceller un accord de paix final d'ici à neuf mois et avaient prévu de se revoir  à la mi-août en Israël  ou dans les Territoires palestiniens.
Dans le même temps, en Israël, les autorités ont fait un pas vers la construction de nouveaux logements dans des colonies en Cisjordanie occupée, a indiqué jeudi un responsable palestinien. L'autorisation initiale pour la construction de plus de mille logements avait été donnée par le ministre de la défense,Moshe Yaalon, il y a plusieurs mois.
                     La porte-parole de la diplomatie américaine a assuré que les Etats-Unis avaient fait part de leur "préoccupation" auprès de leur allié israélien et elle a rappelé la position de principe de Washington sur la colonisation en Cisjordanie et à Jérusalem-Est : "Nous n'acceptons pas la légitimité de la poursuite de l'activité de colonisation. Le secrétaire d'Etat a dit clairement qu'il pensait que les deux parties étaient assises à la table en étant de bonne foi et engagées à collaborer  pour avancer".
S'exprimant sous le couvert de l'anonymat, des diplomates américains avaient laissé entendre à la fin de juillet, lors de la relance du processus de discussion, que la colonisation allait se poursuivre. Mme Psaki a enfin annoncé que John Kerry et Susan Rice, chef du Conseil de sécurité nationale (le cabinet de politique  étrangère de la Maison Blanche), devaient rece voir  jeudi soir et vendredi à la Maison Blanche les dirigeants des communautés juive et arabe américaines pour discuter  du processus de paix..." (Le Monde)
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Point d'histoire (2)

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 
Traité de Rome (suite)
                       Des fonds baptismaux à la crise d'aujourd'hui
                                      Une Europe à reconstruire.
                             Sous l'impulsion de la Fondation Ford, Jean Monnet fut le véritable père prêcheur d'une nouvelle Europe intégrée sous l'égide de l'influence US, à la suite du Plan Marschall et des premiers accors économiques charbon-acier.
     Mais le (presque) inconnu fut celui qui fut l'architecte des premières moutures de la nouvelle entité en gestation fut Pierre Uri, jouant un rôle obscur et décisif et finit par convaincre Monnet, qui avoua;
      "Mon ralliement à l'idée de Marché commun doit beaucoup aux explications que me donna Uri" Cette conversion a permis d'ouvrir un nouvel axe de travail à ses partenaires européens et dès le mois de mai 1955, le Belge Spaak lui fait parvenir quatre pages de propositions regroupées sous le nom de Mémorandum des pays du Benelux aux six pays de la CECA sur lesquelles figurent pour la première fois la notion de "Communauté économique".
   Spaak, de Gasperi, Schuman, Adenauer...l'influence humaniste chrétienne joua un rôle fondamental dans le projet initial
    L'Europe se fit, à plusieurs vitesses, par étapes durement négociées pour aboutir aux Traités de Masstricht-Lisbonne, qui consacrèrent  l'ancrage néolibéral du projet, ouvert aux principes de l'OMC.
     Le peuple européen passa à la trappe.
   Comme le dit le prudent Jacques Védrine : On ne peut pas ne jamais tenir compte des peuples. 
    Il répondait à la révélatrice formule technocratique de Juncker   Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens.
     Pour réparer le tissu déchiré, le projet compromis et les dérives successives de ce qui est devenu essentiellement un marché libéral sans projet politique, l'économiste J. Généreux propose quelques pistes qu'on peut juger, sinon complètes, du moins éclairantes pour sortir de l'ornière, sans renoncer à l'idée d'Europe, à rebaptiser, sans jeter le bébé avec le bain: 
                                                                                  ______ Mélenchon au pouvoir, ce sera lui qui renégociera tout au niveau européen ?   Ce sera d’abord celui qui s’affranchit de plusieurs règles stupides imposées par les traités européens. Mais, disons-le d’emblée, nous ne sommes pas des antieuropéens. Nous sommes aux antipodes du FN. Nous prenons toute la mesure des dangers qui pèsent sur l’Union européenne. Nous voulons engager l’effort nécessaire pour la sauver. Et nous refusons le discours nationaliste et simpliste du FN, qui martèle «l’euro et l’UE sont nuisibles alors sortons-en». Oui, nous exigerons une révision effective des traités, mais pas sous la forme d’un ultimatum.____Ce ne sera donc pas du «tout ou rien» ?  Evidemment non, puisqu’il ne s’agit pas de provoquer l’explosion de l’Union, mais de restaurer une logique de coopération entre les peuples européens. Mais pour sauver le meilleur de la construction européenne, il faut abolir le pire, à savoir la guerre économique par le dumping fiscal et social et l’obsession imbécile de l’équilibre budgétaire qui interdit des politiques économiques efficaces. Là-dessus, nous serons intransigeants, car si on ne remet pas cela en cause, l’Union est condamnée. Il faut bien comprendre à quel point la zone euro a viré à la folie. Les gouvernements prétendument proeuropéens n’ont pas sauvé la zone euro avec leurs fameux plans de sauvetage. Ils l’ont massacrée économiquement et humainement. Faut-il rappeler comment les Grecs ont été traités ___Mais comment redonner de l’espoir à ceux tentés de tourner le dos à l’idée d’une Europe unie ? Il nous faudra expliquer encore et encore à quel point la gestion cyniquement égoïste et brutale de la crise explique cette montée de désaffection à l’égard de l’Europe. Car cette gestion a gravement abîmé le sentiment de solidarité et de communauté d’intérêts des peuples. Ceux qui l’ont mise en œuvre ont ouvert un boulevard aux nationalistes. Ouvrons les yeux : les gouvernements en place sont déjà tous sortis de l’Union européenne, puisqu’ils ne s’occupent plus que de sauver leurs meubles, leurs banques, leur balance commerciale, puisqu’ils ne veulent plus payer pour les autres, puisqu’ils ne veulent plus rien faire ensemble et pour tous.___Vous estimez que nous sommes promis au pire si on poursuit sur ce chemin…Oui, car notre Union est en voie de dislocation. La question n’est donc plus de savoir s’il faut sortir ou non d’une Union déjà morte. Elle est de savoir comment redonner un souffle à un vrai projet de coopération européenne. Au sentiment nationaliste xénophobe s’ajoute un sentiment des classes populaires qui ne sont pas spécialement xénophobes ou racistes, mais qui sont devant le constat que cette Europe-là n’est plus celle de la paix et du progrès. Elle est celle de la régression sociale et de la rivalité des nations. Pensez à la fameuse directive sur les «travailleurs détachés». On voit concrètement à quel point l’UE est une Europe de la mise en compétition des travailleurs les uns contre les autres. On voudrait faire naître le sentiment antieuropéen ou xénophobe qu’on ne s’y prendrait pas autrement.____En quoi votre vision de l’Europe est-elle différente de celle des autres candidats ?  Les Républicains ou En marche ? Ils ne veulent rien changer. Le FN veut tout casser et le PS croit aux miracles, espérant qu’un jour l’Europe sera à gauche toute et qu’un accord unanime pourra alors intervenir pour une refondation progressiste de l’Europe. N’oublions pas que la gauche était majoritaire à la fin des années 90. Mais c’était une gauche inspirée par «la troisième voie» du Britannique Tony Blair ou «le nouveau centre» de l’Allemand Gerhard Schröder. Une gauche persuadée des bienfaits du marché et qui n’a jamais mis en chantier la refondation démocratique et sociale de l’Union et de l’euro.___Qu’est-ce qui ne marche pas fondamentalement ? Evoquons le sujet de la monnaie unique. On a retiré aux Etats la possibilité d’agir sur le taux de change et sur la politique monétaire, et on n’a cessé de limiter leurs marges de manœuvre budgétaires. Par conséquent, les pays de la zone euro n’ont d’autre moyen de soutenir leur économie que de pratiquer un dumping fiscal ou salarial. Et quand tous les pays se livrent à cette course à la compétitivité au détriment de leurs voisins, à l’arrivée, vous avez juste une Europe enlisée dans la stagnation. Tous les économistes le savent : si on ne corrige pas ce dysfonctionnement majeur, l’euro est insoutenable.   ___Alors comment refonder cette Europe-là ? Il faut redonner plus de souplesse aux politiques budgétaires nationales, en tolérant l’endettement qui finance des investissements, en acceptant les déficits en phase de récession. Nous aurions aussi besoin d’un budget européen digne de ce nom, capable d’engager une politique industrielle européenne cohérente pour soutenir la transition écologique et l’innovation technologique. Il faut réformer la Banque centrale européenne de sorte qu’elle puisse financer directement la dette publique. Il faut surtout engager l’harmonisation fiscale et sociale pour bannir la pratique du dumping qui détruit l’Union.   Mais pourquoi vouloir désobéir aux traités européens ? Parce que c’est la seule manière de redonner du sens au vote des citoyens et de contraindre les autres Etats à la refondation de l’Union. Parce que la France est ce grand pays qui a le poids et la puissance nécessaires pour provoquer ce choc. Si on se contente de «prier» nos partenaires de bien vouloir négocier, rien n’avancera. Notre message est le suivant : la France, en tout état de cause, n’hésitera pas à prendre des mesures unilatérales si les négociations n’avancent pas.  Une fois au pouvoir, comment comptez-vous agir concrètement pour jeter les bases de cette nouvelle Europe que vous désirez ? Nous enverrons à nos partenaires et aux institutions un mémorandum qui sera rendu public, traduit et diffusé dans tous les pays de l’Union, expliquant la démarche de la France. Il n’est pas question de proposer une Europe taillée aux seules mesures de la France. Pas plus que nous ne conditionnerons notre participation à l’Union à la satisfaction d’exigences franco-françaises. Nous ne souhaitons que reprendre la route d’une véritable union des peuples, et non des marchands, fondée sur la coopération et la solidarité, et non sur la guerre économique, alors que nous sommes aujourd’hui en marche arrière vers la rivalité des nations. Nous ferons les concessions nécessaires, mais à condition que cela contribue à inverser le sens de cette marche.   Pas de mesures unilatérales ?  Bien sûr que si. Nous n’attendrons pas l’aboutissement des négociations pour contrôler les mouvements de capitaux afin de nous protéger contre l’évasion fiscale ou les produits financiers toxiques. Nous n’attendrons pas l’ouverture de négociations pour dénoncer le TSCG (traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance) adopté en 2012, comme nous mettrons un terme à l’application des directives sur les travailleurs détachés. Nous mettrons fin à la libéralisation des services publics. Quant au commerce international, nous refuserons de ratifier les traités de libre-échange comme le Tafta avec les Etats-Unis et le Ceta avec le Canada, et nous ferons tout pour que l’UE parle enfin d’une seule voix à l’Organisation mondiale du commerce et que nous instaurions une forme de protectionnisme solidaire.  C’est la stratégie du rapport de force ? Oui. Et que risquons-nous en violant quelques articles des traités ? Rien. Un Etat peut demander à sortir de l’Union, mais personne ne peut exclure un pays, ni de l’UE ni de la zone euro. Personne ne cherchera à pousser la France vers la sortie, car ce serait la fin de l’euro et la fin de l’UE.  Même pas l’Allemagne ?   Surtout pas, car elle est engluée dans une stratégie de croissance qui a tout misé sur les exportations. Et tant que l’euro est là, elle est protégée contre les dévaluations compétitives des autres grands pays européens. Au pire, la France risquerait des amendes financières pour avoir violé les normes budgétaires. Nous avons et les moyens de les payer, et la faculté de ne pas les payer.  ___Vous quitteriez l’euro ? Si nous n’avions le choix qu’entre la soumission sans conditions à des traités toxiques ou le retour à la souveraineté monétaire, nous demanderions au peuple français de décider. Mais nous avons un autre choix, car nous ne sommes pas dans la situation de la Grèce, et parce que personne ne veut que la France sorte de quoi que ce soit car, encore une fois, ce serait juste la fin de l’euro et de l’UE. La France, tout en restant formellement dans l’euro, peut prendre toutes les mesures et les libertés qui l’autorisent à mener une autre politique. C’est le meilleur moyen de convaincre bien d’autres partenaires, du Sud notamment, à nous imiter et à s’allier à nous pour refonder l’Union.    ___Que pensez-vous de la proposition d’un nouveau traité de démocratisation de l’Europe ? C’est une bonne et vieille revendication de la gauche. Mais dans l’état actuel de désunion, c’est juste un beau rêve. Et quand bien même nous aurions cette fameuse Assemblée parlementaire de la zone euro, quel serait son pouvoir d’inverser la marche de l’Europe si elle est constituée de députés majoritairement de droite ou de la fausse gauche centriste qui, à ce jour, a soutenu l’Europe des marchands ? Non, je crois qu’il faut surtout instaurer un rapport de force. Et vite : le temps presse...
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