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Entre deux tours

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 
Le peuple contre le peuple
                                           En cette période (pré)électorale surtout, la notion de peuple est invoquée par chacun un si grand nombre de fois, que bien des questions se posent sur la valeur de ce thème récurrent, qui finit parfois par devenir vide de sens, quand il n'est pas purement rhétorique ou démagogique,
    Parler au nom du peuple, n'est-ce pas parfois masquer ses propres intérêts partisans? C'est assez clair notamment pour quelqu'un comme Erdogan aujourd'hui, prétendant rassembler le peuple derrière sa bannière personnelle, agir dans l'intérêt collectif, alors qu'il ne s'agit que de promouvoir son propre arbitraire.
   Le peuple peut se tromper et être trompé.
      De même qu'un sujet peut aller contre son propre intérêt, parfois jusqu'à l'aveuglement et le renoncement, voire l'autodestruction.
    Un peuple ou une de ses parties peut se fourvoyer de bien des manières. Depuis Platon, les mises en garde ne manquent pas contre les confusions, voire les perversions dont le mot peut être porteur.
   Comme disait un témoin de la Révolution Française à propos de libertés dévoyées sous la Terreur, que de crimes on peut commettre en ton nom (Mme Rolland)
    La notion de peuple, si elle est incontournable, n'a donc pas à être sacralisée, fétichisée.
       Un peuple ou une partie de lui-même peut être bercé d'illusions, mal informé ou manipulé par des medias peu scrupuleux ou une propagande efficace et perverse.
 Le peuple peut être pris au jeu de ses propres passions, parfois destructrices ou autodestructrices.
         Le peuple n'est pas la masse et a une sens politique, dès l'instant où il a un destin commun, qu'il est structuré par des lois communes. Le peuple ne peut se diriger en tant que tel, mais toujours par délégation, par représentation. Sauf, de manière limitée, quand le tirage au sort peut avoir lieu, comme dans la démocratie athénienne.
   Un peuple ne peut se concevoir que traversé par des contradictions, des tensions, et l'art de la politique  consistera toujours à faire des compromis et à renouveler les institutions, jamais parfaites, dans un libre débat organisé.
   On peut donc mal parler du peuple dans sa diversité, malgré le lien commun, mais on peut aussi s'y référer quand on s'efforce d'évoquer l'intérêt commun, présent et à long terme.
   On ne peut ignorer le peuple, sauf à vouloir établir la domination d'une élite technocratique ou le pouvoir relativement absolu.
   Loin d’être un régime dans lequel le peuple en personne gouverne, la démocratie n’est qu’un certain aménagement de l’asymétrie entre gouvernants et gouvernés, asymétrie propre à tout pouvoir. La démocratie n’est donc pas un régime qui aurait le don exceptionnel d’échapper au pouvoir et à la domination. La démocratie conçue comme autogouvernement n’a jamais existé. Elle ne doit pas être non plus un idéal politique, celui d’une société enfin transparente à elle-même et vidée de tout rapport de pouvoir, vers lequel il faudrait tendre. Notre expérience concrète de la démocratie, loin de confirmer la définition de la démocratie comme autogouvernement, l’invalide : nous, le peuple, nous ne gouvernons pas, nous consentons à déléguer notre pouvoir à des représentants....
    Et nous avons les représentants que nous méritons, dans une large mesure.
          Le populisme, notion souvent décriée, n'a pas que des acceptions douteuses. Si le souci du peuple, surtout des plus humbles, est revendiquée au nom d'un idéal d'égalité, on voit mal quel contenu dévoyé il pourrait induire.
     A l'heure où les institutions devraient être repensées, de même que l'élitisme au pouvoir, ou le fonctionnement de l'actuelle Europe, qui suscite bien des critiques (pour l'instant, il n'y a pas de peuple européen) , la notion de peuple, informé et actif, est à réinventer. A reconstruire. Non pas dans une unanimité impossible, mais dans une coexistence vivante toujours moins imparfaite.
     Le peuple n'a jamais finit de se construire comme peuple.
             C'est un contrat toujours perfectible.
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Entre deux tours Le peuple contre le peuple                                            En cette période...

Publié le par Celmar Etienne

Entre deux tours
Le peuple contre le peuple                                            En cette période (pré)électorale surtout, la notion de peuple est invoquée par chacun un si grand nombre de fois, que bien des questions se posent sur la valeur de ce thème récurrent, qui...

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Richesse et valeur

Publié le par Jean-Etienne ZEN

Extension du domaine de la valeur
                                                        Alors que la richesse est toujours en hausse pour une minorité, que la tyrannie des marchés, financiers surtout, approfondit son emprise, que  l'ère de la marchandisation généralisée fait son chemin, on est en droit de se demander quelle est la vraie richesse, du point de vue d'une économie considérée au sens large (au sens étymologique, aristotélicien du terme), qui ne serait plus réduite au seul quantitatif et au fétichisme du PIB).
  Il importe de démystifier cette notion purement comptable.
Comme disait Bob Kennedy, en mars 1968, " le PIB ne tient pas compte de la santé denos enfants, de la qualité de leur instruction, ni de la gaieté de leurs jeux. Il ne mesure pas la beauté de notre poésie ou la solidité de nos mariages. Il ne songe pas à évaluer la qualité de nosdébats politiques ou l'intégrité de nos représentants. Il ne prend pas en considération notre courage, notre sagesse ou notre culture. Il ne dit rien de notre sens de la compassion ou du dévouement envers notre pays. En un mot, le PIB mesure tout, sauf ce qui fait que la vie vaut la peine d'être vécue”.
   En économie, il y a le mesurable, le quantifiable et l'inestimable.
La notion de valeur a deux aspects: l'aspect quantitatif, qui s'exprime dans la notion de prix, quels que soient les modes de sa formation, et l'aspect qualitatif; que reflète la valeur d'usage individuel ou social des biens produits: leur utilité pour la vie; ce que l'on consomme pour exister en fonction de besoins variables historiquement et culturellement. 
A la base tout, il y a la valeur de l'individu, qui ne se ramène pas à sa fonction de producteur/consommateur. Un être qui n'a pas de prix, par sa dignité intrinsèque, comme le relevait fortement Kant. La personne ne peut être un moyen, parce qu'elle est toujours une fin, possédant une valeur inconditionnelle, qui fonde le respect qu'elle mérite, en tant que semblable et différente de moi, conscience à la source des valeurs morales. La valeur des choses naturelles ou produites n'ont qu’une valeur relative, celle de moyens... au contraire, les êtres raisonnables sont appelés des personnes, parce que leur nature les désigne déjà comme des fins en soi, c’est-à-dire comme quelque chose qui ne peut pas être employé simplement comme moyen.
Aucune démonstration ne peut fonder cette donnée, qui s'affirme comme le  postulat pratique de base sans lequel aucune valeur morale n'est possible et aucune économie ne peut trouver tout son sens, sa finalité ultime: l'économie au service des hommes en tant que personnes, dont l'existence doit être assurée, mais qui ne se ramène pas à l'aspect économique.
       JM Harribey, qui ne ne va pas jusqu'à ces considérations philosophiques, quoiqu' elles sous-tendent ses analyses, se propose (et il n'est pas le premier) de remettre en question la notion de valeur telle qu'elle est envisagée dans l'économie classique depuis A.Smith, à l'aune de la production et des échanges, en revenant à certaines intuition de Marx  sur la dimension sociale, qualitative de la création de valeur.
            Dans son essai,  Jean-Marie Harribey, déconstruisant la notion de valeur dans l’histoire économique, ouvre des perspectives novatrices dans la manière d’appréhender le rôle de l’économie dans nos sociétés, propose une distinction très stimulante entre la richesse et la valeur (sous ses différentes formes) et affirme : « Au delà de l’économique, il n’y a pas rien, il y a beaucoup, mais dans un espace incommensurable au premier, parce qu’il concerne l’ordre des valeurs, et non pas de la valeur, ou bien l’ordre des richesses, qui déborde celui de la richesse économique ou valeur, à fortiori celui de la valeur marchande : il est celui de l’inestimable. »
  Il se donne comme projet théorique de refonder la pensée économique, comme le fait André Orléan et d'autres, qui sortent d'une économétrie à courte vue et quelque peu quantophrénique, guéris des dogmesqui se sont vus contredire par la violence de la crise en cours. A la lumière d'un certain bon sens souvent perdu, ils s'efforcent de repenser un capitalisme purement productiviste qui souvent sapent ses propres principes, surtout quand il s'égare dans les marais purement financiers, quand l'investissement intelligent à long terme est perdu de vue au profit du seul rendement financier à court terme et de la seule rente, incapable de prendre en charge les problèmes nouveaux qui se posent à l'humanité en corrompant les grandes décisions politiques, annexées par la logique d'un système où le seule profit tend à devenir l'alpha et l'oméga de toute vie. Même dans le domaine de la santé, de la gestion de l'eau ou du droit à polluer...
Laissons parler JMH.:  
"..Ce qui est mesurable monétairement ne couvre pas ce qui est inestimable sur notre planète et dans la vie des sociétés, il existe des registres incommensurables entre eux. La prétention de l’économie dominante est de penser pouvoir les agréger. L’ambition de ce livre est de refonder une critique théorique pour contribuer à réduire l’emprise de la création de valeur destinée au capital, à promouvoir celle qui est sans but lucratif pour répondre à des besoins sociaux, et à respecter les équilibres naturels qui sont sources de richesses indispensables à la vie. Là où le domaine du marchand se termine commencent celui du non-marchand et celui de la gratuité..."

Un souci écologique, au sens large, qui rejoint les analyses plus anciennes de René Passet et de P. Viveret.

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Trump et la dérégulation financière

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 
En route vers le précipice?
                                           Silence! on dérégule.
            Non, pour Donald, la crise de 2008 n'a pas existé.
   Le comportement des banques et leur spéculation effrénée n'ont été pour rien dans les ravages qu'elle a suscités, aux effets encore bien visibles.
  Quelques mesures avaient été avancées, par peur plus que par raison, pour contraindre quelque peu la boulimie destructrice de Wall Street et de leurs épigones, favorisée par la dérégulation financière initiée pasClinton. Le contraire des mesures préconisées par Roosevelt dans une situation analogue.
   Et voilà que le Président-gribouille, sous le prétexte de remettre en marche une économie souvent anémique, au vu de l'absurdité de son projet initial de fermer les frontières, se propose de briser quelques digues, de détricoter les mesures Volker, d'ouvrir grandes les vannes pour une prochaine catastrophe financière. Dur d'être au charbon!
   Dans les milieux de la haute finance, on aime le risque et on oublie vite... On adore les rendements à court terme et l'économie-casino. Confiance! La main providentielle du marché se chargera de créer un ordre spontané.
    Avec un banquier de Goldman Sachs à son conseil économique, rien ne peut arriver de grave...commeavec A. Greenspan, le faux naïf.
   Et pourtant Trump avait dit:
    "Je connais Wall Street. Je connais les gens de Wall Street. Nous allons avoir les meilleurs négociateurs au monde, mais en même temps je ne vais pas laisser Wall Street s'en tirer en toute impunité. Wall Street nous a causé d'énormes problèmes. On va taxer Wall Street".
   Et le milliardaire de l'immobilier d'assurer qu'il ne se souciait "pas des gars de Wall Street. Je n'accepte pas leur argent".
   Pourtant, quelques mois plus tard, opérant à virage à 180 degrés, Donald Trump s'est rapproché de plusieurs grandes figures de la finance, de l'actionnaire activiste Carl Icahn au gérant de hedge fund John Paulson, qui a fait fortune grâce à l'effondrement du marché des prêts hypothécaires, en vendant à découvert des subprimes. Il a mis en sourdine ses diatribes anti-finance et aurait récolté plus de 5 millions de dollars de l'ensemble du secteur de la finance pour sa campagne, selon l'organisme non partisan Center for responsive politics, qui suit les donations sur son site Op enSecrets.org."
     La régulation, voilà l'ennemi des affaires
          Nous voilà reparti, il faut s'y attendre ,pour un nouveau cycle infernal d'endettements périlleux, sans garantie pour la reprise des affaires Le danger n'est pas fantasmé.
   Même le vice-président de la Fed, Stanley Fischer, a exprimé ses vives inquiétudes, lors d'un entretien sur la chaîne CNBC:
"Il semble que nous ayons oublié qu'il y a eu une crise financière, qui a été causée par le comportement des banques [...] et qui a provoqué des dégâts considérables à cette économie. Des millions de personnes ont perdu leurs emplois, leurs maisons. C'était énorme. "La solidité du système financier est absolument essentielle pour maintenir la capacité de l'économie à croître à un rythme raisonnable et prendre des initiatives qui ôterait les modifications qui ont été faites pour renforcer la structure du système financier est très dangereux."
     Elémentaire, mon cher Donald! Un peu de culture ne nuirait pas...
             Mais voilà, le choix de Donald Trump est celui d'une fuite en avant : tout miser sur la finance et les baisses d'impôts pour faire revenir la croissance d'avant-crise. Et pour dissimuler un protectionnisme très modéré, le nouveau président devrait tenter de séduire son électorat avec une politique agressive envers les immigrés illégaux. C'est pourquoi, dans sa première grande interview à CBS, il a évoqué l'expulsion rapide de « deux ou trois millions » d'immigrés illégaux « criminels ». La manœuvre fonctionnera-t-elle ? Difficile à dire, mais le monde de 2016 n'est pas celui de 2006. La croissance mondiale est faible, le secteur financier reste fragile et les attentes des électeurs sont fortes. Ne pas traiter la question centrale des inégalités et du sous-investissement chronique en misant tout sur la finance risque de conduire encore à une crise majeure.
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Point d'histoire

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 
Israël: le mythe de l'exil 
                                         Une émission intéressante sur Arte vendredi soir, qui soulève une question débattue en Israël même, qui a été et reste au coeur du projet sioniste.
La notion de l'exil est la thématique dominante du monde juif croyant et préside à la fondation de l'Etat d'Israël, exil conditionnant celle du retour..[ L'an prochain à Jérusalemville chargée de  mythes et objet de conflits entre toutes.]
Mais s'agit d'un retour et y a-t-il eu véritablement exil? 
      Un chercheur israëlien indiquait que l'exil semble avoir été, si l'on en croit les textes,  toujours d'actualité: depuis Abraham, quittant Ur en Chaldée, les Hébreux fuyant l'Egypte, quittant plus tard Babylone...puis expulsés par les troupes romaines après le deuxième révolte...  si l'on en croit les mythes officiels et les récits bibliques, tels qu'une tradition religieuse les a livrés, contestés par nombre d''intellectuels israëliens eux-mêmes, souvent caricaturés, vu les réactions passionnelles que leurs analyses engendrent.
_Tout porte à croire que le thème du retour a été surtout forgé à Babylone, dans  certains groupes juifs et a servi rétrospectivement à interpréter l'histoire passée et comme de grille de lecture pour les présumées conséquences de l'épisode de l'occupation romaine.
     Or, il n'y aurait pas eu d'exil après la destruction du Temple et il y a de fortes probabilités, de nombreux indices archéologiques et culturels l'indiquent, que les Palestiniens d'aujourd'hui sont les descendants des Juifs d'hier, arabisés à partir du 7° siècle. De plus, il n'était pas dans les pratiques de la politique romaine de vider un pays occupé de ses habitants. Ils en ont certainement déplacé un certain nombre, notamment de Jérusalem, transférés certains à Rome comme signes de victoire, mis quelques-uns en esclavage, mais un transfert massif est de l'ordre de l'imaginaire. De plus, la diaspora juive existait déjà depuis longtemps tout autour de la Méditerranée.
         Cette thèse iconoclaste pour l'orthodoxie juive est confortée par les études historiques de l'historien israëlien Schlomo Sand et indirectement par les recherches archéologiques de l'équipe de Finkelstein.
"La Déclaration d’indépendance d’Israël dit que le peuple juif est né sur la terre d’Israël et a été exilé de son pays natal. Chaque écolier israélien apprend que cela s’est passé pendant la période de domination romaine, en 70 après J-C.. La nation est restée fidèle à sa terre, à laquelle elle a commencé à revenir après deux millénaires d’exil. Faux, dit l’historien Shlomo Sand, dans l’un des livres les plus fascinants et stimulants publiés ici depuis longtemps. Il n’y a jamais eu de peuple juif, seulement une religion juive, et l’exil non plus n’a jamais eu lieu - il n’y a donc pas eu de retour. Sand rejette la plupart des histoires de la formation de l’identité nationale dans la Bible, y compris l’exode d’Égypte et, de façon plus satisfaisante, les horreurs de la conquête sous Josué. Tout cela est de la fiction et un mythe qui a servi d’excuse à la création de l’État d’Israël" affirme Sand. 
 La notion de peuple juif est donc une invention, un mythe, forgé pour les besoins de la cause, à la suite des idées et du projet sioniste de T.Herzl.
                                    "D’après Sand, la description des Juifs comme un peuple d’exilés, errant et se tenant à l’écart, qui « ont erré sur mers et sur terres, sont arrivés au bout du monde et qui, finalement, avec la venue du sionisme, ont fait demi-tour pour revenir en masse sur leur terre orpheline », cette description ne relève que d’une « mythologie nationale ». Tout comme d’autres mouvements nationaux en Europe, qui ont revisité un somptueux âge d’or pour ensuite, grâce à lui, fabriquer leur passé héroïque – par exemple, la Grèce classique ou les tribus teutonnes – afin de prouver qu’ils existaient depuis fort longtemps, « de même, les premiers bourgeons du nationalisme juif se sont tournés vers cette lumière intense dont la source était le royaume mythologique de David » (p. 81).
Mais alors, quand le peuple juif a-t-il réellement été inventé, selon l’approche de Sand ? « Dans l’Allemagne du 19e siècle, à un certain moment, des intellectuels d’origine juive, influencés par le caractère ‘volkiste’ du nationalisme allemand, se sont donné pour mission de fabriquer un peuple « rétrospectivement », avec la soif de créer une nation juive moderne. A partir de l’historien Heinrich Graetz, des intellectuels juifs commencent à esquisser l’histoire du judaïsme comme l’histoire d’un peuple qui avait un caractère national, qui est devenu un peuple errant et qui a finalement fait demi-tour pour revenir dans sa patrie. »
                 La déconstruction du mythe national de l'Etat d'Israël ne va pas sans susciter des réactions parfois violentes, surtout dans le milieu des Juits ultra-orthodoxes et /ou nationalistes. Remettre en question une tradition et des convictions revendiquant la réappropriation de la terre sacralisée (aux contours imprécis) donc légitime ne peut aller pour l'instant sans vives contestations privées ou officielles.Nous avons eu, nous aussi nos mythes historiques.
  Les révélations du réalisateur israélien Ilan Ziv semblent plutôt libératrices. 
Selon   Uri Avnery, « Si nous, les Israéliens, voulons consolider notre nation, nous devons nous libérer des mythes qui appartiennent à une autre forme d’existence et redéfinir notre histoire nationale.L’histoire sur l’exode d’Egypte est bonne en tant que mythe et allégorie - elle célèbre la valeur de la liberté - mais nous devons reconnaitre la différence entre mythe et histoire, entre religion et nation, entre une diaspora et un Etat, afin de trouver notre place dans la région dans laquelle nous vivons et développer une relation normale avec les peuples voisins..."
Gush Shalom ajoute:If we, the Israelis, want to consolidate our nation, we have to free ourselves from the myths that belong to another form of existence and re-define our national history.
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Allemagne incertaine

Publié le par Jean-Etienne ZEN

  Sonderweg
                    Force et faiblesses d'un "modèle"
                                             Nos attitudes vis à vis d'une Allemagne qui a opéré il y a plus de dix ans un virage ordo-libéral radical sous l'impulsion de Schröder, poursuivi par la droite au pouvoir, sont le plus souvent équivoques. A la fois tantôt admiratives vis à vis de ses performances industrielles, ou tantôt inquiètes ou critiques par rapport au coût social interne et à ses choix vis à vis de ses partenaires européens.
Au delà des mythes
   lI y a un problème avec l'Allemagne, telle qu'elle fonctionne actuellement, sous la houlette du couple Merkel-Schlaüble.
    D'abord il y a une croyance un peu mythique qui tourne autour d'une l'Allemagne dite forte
  Cette force a une histoire, elle est relative et connaît des fragilités dont beaucoup d'Allemands avertis s'inquiètent. Sonhégémonie pose problème ainsi que la question de ses excédents commerciaux, préoccupant et source de profonds déséquilibres.
    Le modèle allemand n'est pas ce qu'on croit
        Il y a bien des nuances à apporter. Les sous-investissements publics, la faiblesse de la consommation intérieure et des naissances, le nombre élevé de travailleurs pauvres posent des problèmes parfois préoccupants.
 ...Dans la capitale allemande, qui se veut « pauvre, mais sexy »,un Berlinois sur cinq vit désormais des allocations de chômage Hartz IV. Face aux prix immobiliers qui explosent, les sans-logis se multiplient et la pauvreté visible s’accroît sensiblement dans les plus grandes villes allemandes. Plusieurs groupes sont particulièrement exposés au risque de pauvreté : les chômeurs, les familles monoparentales et nombreuses, les personnes âgées et les personnes issues d’un contexte migratoire. Les experts allemands s’inquiètent en particulier de la situation des enfants : on estime que 19% des enfants grandissent actuellement dans un contexte défavorisé, au sein de familles bénéficiaires de l’allocation Hartz IV, et que l’augmentation du nombre de parents célibataires expliquerait la précarisation des plus jeunes. Ce constat laisse perplexe : comment l’économie allemande, caractérisée par son insolente croissance, son taux de chômage proche du plein emploi et son budget quasi équilibré, peut-elle produire autant de laissés pour compte du système ? L’éthique protestante serait-elle donc soluble dans cet esprit du capitalisme délétère qui creuserait les inégalités ? Pis encore, il y aurait donc une fabrique spécifiquement teutonne de la pauvreté ?...
     De là à dire que notre voisin est un colosse aux pieds d'argileil n'y a qu'un pas.
Diplomatiquement, l'Allemagne se retrouve forte mais souvent seule:
        L’Allemagne fait aujourd’hui face au risque de la solitude géopolitique à l’égard de ses alliés traditionnels. Elle réalise pourtant un notable aggiornamento diplomatique et militaire. Mais la relation privilégiée avec les Etats-Unis, le couple franco-allemand, son influence en Europe et les liens historiques avec la Turquie se dégradent inexorablement. Fondée sur le « Plus jamais ça ! » (Nie wieder) en rejet de l’impérialisme militaire, l’action extérieure de l’Allemagne s’est déployée en Afghanistan et au Sahel dans le cadre du « Jamais seule » (Nie allein) exigeant l’action en coalition. A la veille d’une série d’élections majeures, l’Allemagne saura-t-elle rompre la spirale qui la coupe de ses alliances historiques ?..
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Point de vue
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Allemagne incertaine Force et faiblesses d'un "modèle"                                              ...

Publié le par Celmar Etienne

Allemagne incertaine
  Force et faiblesses d'un "modèle"                                              Nos attitudes vis à vis d'une Allemagne qui a opéré il y a plus de dix ans un virage ordo-libéral radical sous l'impulsion de Schröder, poursuivi par la droite au pouvoir, sont...

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Le temps, de l'argent?

Publié le par Jean-Etienne ZEN

"La précipitation vient du diable; Dieu travaille lentement" (Proverbe persan)

                 La vitesse est dépassée? 

C' est ce qu'on entend dire...Mais on n'a plus le temps...,de moins en moins, semble-t-il.
    L'accélération est partout , des rythmes de vie aux TGV et aux flux financiers.Le trading haute-fréquence menace les équilibres boursiers, le TGV, pour un gain d'un quart d'heure, joue parfois dangereusement avec la sécurité, le stress quotidien perturbe l'équilibre psychique.

___Dans les faits, combien ont l'impression de passer à côté de leur vie, surtout en milieu urbain et dans beaucoup de conditions de travail actuelles, où la rentabilité (qui inclut la vitesse) est la norme, où les conditions de déplacement (liées au prix de l'immobilier obligeant à se loger loin de son travail) sont souvent stressantes et chronophages, où les tâches parfois inutiles mangent la vie et où parfois les loisirs eux-mêmes sont vécus fébrilement, où l'informatique et ses applications diverses donnent l'impression d'un suivi constant? Les règles insidieuses de la pression  consommatrice imposent le devoir de consommer des produits souvent inutiles dont on pourrait manquer...
Le manque: donnée centrale. Manque de temps.Manque de temps pour aller faire les soldes, pour répondre à l'abondance des e-mails, pour suivre les sollicitations de son portable, pour parler à ses enfants, les écouter...
On vit montre en main. Le temps semble de moins en moins contrôlé. Effet psychologique de structures qui nous imposent leur rythmes, le temps étant ce qu'il est: subjectivement, la durée vécue. Habiter le temps devient rare.
Nos sociétés sont  malades de la vitesse
" ... le phénomène historique de l’accélération fut au départ porté par des sociétés occidentales, qui l’appelaient de leurs vœux, y voyant une promesse de progrès et d’autonomie. Mais, désormais, il court-circuite les institutions et les cadres politiques grâce auxquels il a pu se déployer. Il devient une « force totalitaire interne à la société moderne », dans le sens d’un principe abstrait et omniprésent auquel nul ne peut échapper. Dans son quotidien, l’individu a l’impression de ne faire qu’« éteindre le feu », sans jamais pouvoir prendre du recul sur sa propre vie ; et, au niveau collectif, les communautés politiques perdent la maîtrise de leur destin. Paradoxalement, cette course folle s’accompagne alors d’un sentiment d’inertie et de fatalisme...
 Si, au cours des dernières décennies, le travail s’est intensifié et tend, pour certaines catégories de salariés, à envahir la sphère personnelle, sa durée officielle n’a cessé de baisser depuis le début de l’époque moderne. Les sujets ont donc plus de temps libre, mais ils n’en sont pas moins emportés par le rythme infernal de la vie collective. En outre... ils consacrent souvent leurs loisirs à des activités de peu de valeur à leurs propres yeux, comme regarder la télévision : ils souffrent d’une sorte d’inhibition à faire ce qu’ils ont réellement envie de faire.
Rien d’étonnant à cela. Car le problème du temps n’est pas seulement quantitatif — on en manque toujours —, mais aussi qualitatif : on ne sait plus l’habiter, l’apprivoiser. La conception que l’on s’en fait a été forgée par l’éthique capitaliste, à l’origine d’inspiration protestante, mais largement sécularisée  : il est une ressource abstraite qu’il s’agit de « mettre à profit de manière aussi intensive que possible  ...
 La logique de rentabilité et de compétitivité, propre à l’activité économique (« la concurrence ne dort jamais »), s’étend à tous les domaines de la vie. Le temps libre, d’autant plus précieux qu’il a été gagné, doit lui aussi être géré efficacement ; mais cette réticence à courir le risque de le dilapider a de lourdes conséquences. Il en résulte un handicap qui, pour le coup, est également partagé du haut en bas de l’échelle sociale : « Pas plus que l’exploiteur, l’exploité n’a guère la chance de se vouer sans réserve aux délices de la paresse », écrit Raoul Vaneigem. Or, « sous l’apparente langueur du songe s’éveille une conscience que le martèlement quotidien du travail exclut de sa réalité rentable » ... si l’on veut reprendre la main sur le cours de l’histoire individuelle et collective, il faut avant tout se dégager des « ressources temporelles considérables » pour le jeu, l’oisiveté, et réapprendre à « mal » passer le temps.
Ce qui est en cause, ajoute-t-il, c’est la possibilité de « s’approprier le monde », faute de quoi celui-ci devient « silencieux, froid, indifférent et même hostile » ; il parle d’un « désastre de la résonance dans la modernité tardive ». La chercheuse Alice Médigue, elle aussi, identifie un « phénomène de désappropriation » qui maintient le sujet contemporain dans un état d’étrangeté au monde et à sa propre existence.." 
         La vitesse dévore notre temps, comme le symbolise le mythe de Chronos.
 "Un poète grec du temps de Ciceron, Antipatros, chantait l'invention du moulin à eau (pour la mouture du grain ) : il allait émanciper les femmes esclaves et ramener l'âge d'or. (...) Hélas ! les loisirs que le poète païen annonçait ne sont pas venus ; la passion aveugle, perverse et homicide du travail transforme la machine libératrice en instrument d'asservissement des hommes libres : sa productivité les appauvrit "(Paul Lafargue)
            La sieste serait-elle un remède? 
Encore faut-il avoir le temps...
                                                           "Il n’est point de problème qu’une inaction prolongée ne puisse résoudre ». (Les Shadocks)
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Regards

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 
_ Musique en Seine
                                   Avec Renault, c'était une autre musique...
                                   

__ Les perturbateurs endocriniens, cette nouvelle bombe sanitaire, sont partout.

__ A Copenhague, le vélo supplante la voiture.
                                                            C'est l'avenir pour les villes.

__ En Normandie, l’amertume des paysans.
                                      On comprend la colère d'une certaine paysannerie.

__ Sécu et hôpital, le débat escamoté:
                                                   L'hôpital a vu ses effectifs fondre de 20 000 agents en vingt ans. À la clé : intensification du travail, perte de sens pour les soignants, suicides dans les pires situations et baisse de la qualité des soins pour les usagers. D'ici à la fin 2017, 22 000 postes supplémentaires devraient être supprimés à l'hôpital. Quelles solutions les candidats proposent-ils pour remédier à cette situation d'urgence ?

__ Prélèvement à la source, cadeau empoisonné pour le prochain président?
                        ... Un « Choc de complexité ! », s’étouffentles syndicats de la Direction générale des finances publiques (DGFIP) chargée de mettre la réforme en musique. Depuis des mois, ils alertent sur l’usine à gaz mise sur pied pour répondre à une promesse simple, celle de faire coïncider au maximum le paiement de l’impôt sur le revenu avec les revenus sur lesquels il est calculé, en prélevant des acomptes directement sur les salaires, retraites et autres revenus...

Automobile:  la Chine est devenue le cauchemar des grands groupes.

__ Point d'histoire: on a oublié les émeutes de mai 1967 en Guadeloupe.
                    Une tragédie refoulée.
                                  Un massacre encore présents dans les esprits à Pointe à Pitre.
 

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Inégalités d'hier et d'aujourd'hui

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 
Hériter ou travailler?
                                   Certes, le rentier balzacien a vécu (en 1900, la France compte 5% de rentiers, bourgeois ou aristocrates qui se contentent de percevoir le loyer de leurs terres et qui vivent dans un monde de loisirs), mais la rente, qui nuit à l'investissement productif et reproduit et amplifie les inégalités le plus marquées, n'a pas disparu de l'horizon économique, même si elle a changé de visage, surtout depuis une quarantaine d'années. Il y a rente et rente. Il y a épargne de précaution et accumulation.Sans parler de la rente légitime, que constitue la retraite, qui n'est qu'un salaire prolongé, le rentier est toujours là, adossé à son patrimoine, qui spécule plus qu'il ne travaille, qui hérite plus qu'il ne mérite.
Les (de plus en plus) riches rentiers d'aujourd'hui compromettent l’avenir...
         Comme le faisait déjà remarquer l’économiste Thomas Piketty en 2010, aujourd’hui « le rentier et le spéculateur dominent le cadre et l’entrepreneur : le passé dévore l’avenir ».
Le sociologue Christian Baudelot insiste sur cette nouvelle donne sociale qui consacre le triomphe de l’héritage sur le mérite. Car le flux annuel de patrimoine immobilier et financier transmis par voie d’héritage atteint les 15 % en 2010, alors qu’il n’était que de 5 % en 1950. Or « une méritocratie menacée, c’est une démocratie en péril. »
Les rentiers, qui ont horreur de l'inflation, même minime, bloquent toute possibilité de jouer occasionnelement un peu avec une mesure parfois nécessaire pour relancer une économie défaillante, en stimulant les exportations. Dans une économie de spéculation et de rentiers à vue courte, le développement de la rente favorise les profondes inégalités, le chômage, comme le remarque Pierre Rosanvallon dans son introduction à Refaire société.
          Faut-il donc euthanasier les banquiers, comme disait Keynes par boutade?
                                       PikettyDirecteur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales et professeur à l’Ecole d’économie de Paris,  a publié déjà des travaux marquants, dont Les hauts revenus en France au XXe siècle, ou encore, en collaboration avec Camille Landais et Emmanuel Saez, Pour une révolution fiscale , un ouvrage qui a marqué les débats économiques à gauche et dont le parti socialiste s’est inspiré, avant que François Hollande ne finisse  par opter pour le conservatisme fiscal. 
...Thomas Piketty a aussi souvent pris la parole : une fois dans un face-à-face avec François Hollande, en ouverture de la campagne présidentielle ( ici), et de nombreuses autres fois pour analyser la politique fiscale du gouvernement et la déception qu’elle lui inspirait ( là )...
  Le rendement du capital, dit-il,  est de 4 à 5 % en moyenne, parfois davantage. Cela signifie que,structurellement, le taux de rendement du capital est quatre ou cinq fois plus fort que le taux de croissance. Concrètement, cela veut dire que le patrimoine constitué dans le passé se recapitalise tout seul et que le passé dévore l’avenir. En période de croissance faible, on assiste à un retour de l’héritage et un accroissement vertigineux des inégalités de patrimoine. Ce qui a été constitué dans le passé progresse en effet beaucoup plus vite que les revenus issus de la production, notamment les revenus du travail et les salaires.
... La situation où le taux de rendement du capital est supérieur au taux de croissance crée, naturellement, des inégalités très fortes. Cela durcit et renforce les positions acquises dans le passé. Les patrimoines du passé se recapitalisent plus vite que la croissance de l’économie, en particulier plus vite que ce que les personnes qui n’ont que les revenus de leur travail. Tout cela amplifie donc considérablement les inégalités initiales, même si je pense qu’on n’aura pas une croissance nulle, mais plutôt une croissance faiblement positive. Mais cette situation suffit à conduire à un monde tellement inégalitaire qu’il ne me semble guère compatible avec la démocratie construite dans le cadre des États-Nations au XIXe et au XXe siècle..."
       Un système fiscal indéchiffrable et à l'agonie ne pourra inverser la tendance. 
  La révolution fiscale n'a pas eu lieu, qui aurait pu mettre fin notamment aux cadeaux fiscaux et taxer d'avantage l'héritage, comme dans certains pays, dans le cadre d'une réhabilitation de l'impôt,  qui n'est pas une horrible spoliation 
                             "Alors que les revenus du patrimoine ne représentent en moyenne que 2 à 3 % des ressources des 90 % des Français les plus modestes, ils pèsent la moitié de celles des 0,01 % les plus riches. La rente occupe donc une place de premier plan dans le monde des riches. Le Crédit Suisse recense chaque année, au niveau mondial, le nombre d’adultes possédant un patrimoine supérieur à 1 million de dollars. Selon les calculs de cette banque, la France rassemble 8 % de ces grosses richesses, ce qui la place au 3e rang mondial. Mais d’où vient le patrimoine de ces quelque 2 millions de personnes ? Le plus souvent, non pas des revenus accumulés par le travail des intéressés, mais… de l’héritage.
Ainsi, parmi les 15 milliardaires français qui apparaissent dans le classement FORBES de 2012, 60 % doivent l’essentiel de leur patrimoine à leurs parents. On est bien loin de l’entrepreneur audacieux et créatif ! Tout cela, les politiques le savent parfaitement. C’est pourquoi il faut s’attaquer aux racines des inégalités, en sachant bien que si l’arme fiscale est importante, la maîtrise de la production et la gestion des richesses le sont encore plus..." (FC)________
Les êtres humains, dont les Français, n’ont jamais été aussi riches
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