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L'esclavage n'a pas existé...

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 

 ...Seulement en Occident.
                                                 Sous des formes variées, historiquement marquées, on le trouve dans de nombreuses contrées.
          Si le phénomène n'est pas originel ni universel, il fut bien partagé.
 Pour celui qui nous concerne de plus près, qui a affecté notre histoire récente, de part et d'autre de l'Atlantique, dans le cadre du fameux commerce triangulaire,   inaugurant le tout début d'une révolution qui allait devenir industrielle, vouloir  le nier ou le passer sous silence est historiquement absurde.
              ll ne s'agit pas de battre sa coulpe, de sangloter . On se fourvoie à culpabiliser ou à référer son identité à un passé qui ne pèse plus sur nos propres épaules d'héritiers, malgré les faits qui sont têtus et les traces très présentes. Les sanglots de l'homme noirrépondent aussi à ceux du blanc...ce qui n'enlève rien à la cruauté de la colonisation, particulièrement dans l'ex-Congo belge.
Mais, comme le remarque Frantz Fanon, "N'ai-je donc pas sur cette terre autre chose à faire qu'à venger les Noirs du 17° siècle?"       L'écrivain noir Alain Mabanckou, de son côté, refuse de se définir "par les larmes et le ressentiment" 
    Mais il ne faut pas évacuer de notre mémoire historienne un passé qu'on ne peut regarder qu'en face, dont on ne peut être fier, nonobstant P.Bruckner, quasiment chantre d'une colonisation heureuse.    L'excès de mémoire n'aide pas à vivre, mais une bonne mémoire, bien informée, peut favoriser un meilleur dépassement, une meilleure guérison des blessures mémorielles.
         Il s'agit de faire oeuvre d'historien et non de moraliste, pour guérir des passions tristes et des ressentiments. 
  Même si on n'est pas adepte de trop de commémorations officielles, on ne peut éviter de se confronter à une réalité historique incontournable. Rappeler seulement les faits est non seulement sain, mais nécessaire pour un meilleur vécu du présent. Ricoeur avait rappelé utilement l'importance de la bonne mémoire. 
        " ...Ne nous égarons pas dans les faux semblants du débat autour du communautarisme. Ni ceux qui le pratiquent, ni ceux qui le dénoncent n'en éloignent le vrai poison, celui d'opposer une catégorie de citoyens à une autre. Frantz Fanon mettait ainsi en garde ses compagnons de lutte: "quand nous entendons dire du mal d'un juif, tendons l'oreille, on parle de nous." Paraphrasant Fanon, je dirais "quand ils entendent dire du mal d'un autre, en raison de ses origines, de sa couleur de peau, de ce qu'il est, les républicains doivent le savoir: c'est d'eux dont on parle." Et le vrai combat contre le communautarisme : le refus de l'assignation d'une personne à une identité, subie ou choisie... (Y Jego)
      On ne peut le faire que si on examine les causes, le contexte  culturel,  l'organisation économique  qui  engendrent le phénomène esclavagiste.
     Montesquieu avait déjà bien compris le socle économique à la base de l'esclavage.et les justifications idéologiques qui l'accompagnaient:
     "... Le sucre serait trop cher, si l'on ne faisait travailler la plante qui le produit par des esclaves.."
Voltaire aussi: 
.    "...Quand nous travaillons aux sucreries, et que la meule nous attrape le doigt, on nous coupe la main ; quand nous voulons nous enfuir, on nous coupe la jambe : je me suis trouvé dans les deux cas. C'est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe..." 
               C'est donc un système global qu'il faut analyser, avant de le condamner.
   Grotius, lui, l’un des pères de la doctrine libérale au XVIIe siècle, légitime sans réticence l’institution de l’esclavage (« il y a des hommes nés pour la servitude », écrit-il en se réclamant d’Aristote), traite les ressortissants des colonies néerlandaises de « bêtes sauvages » et, qualifiant leur religion de « rébellion contre Dieu », justifie d’avance à leur égard la plus cruelle « punition des coupables ». Il ne s’agit donc aucunement de dérives pratiques : c’est l’idée libérale même qui trahit un aristocratisme anthropologique directement ségrégatif et déshumanisant. Le Français Tocqueville, aristocrate-démocrate, pense lui-même à plus d’un titre de façon fort voisine. Losurdo cite cette déclaration : « La race européenne a reçu du ciel ou acquis par ses efforts une si incontestable supériorité sur toutes les autres races qui composent la grande famille humaine que l’homme placé chez nous, par ses vices et son ignorance, au dernier échelon de l’échelle sociale est encore le premier chez les sauvages..."
     Il s'agit bien d'un système d'exploitation économique lié à un ensemble de justifications idéologiques et à une vision anthropologique propre à une élite dirigeante, profitant du rapport de forces imposé.
        Mais il n'y pas eu que la traite des Noirs, notable par son ampleur et son organisation, dont Nantes et  Bordeaux portent encore les traces.
     Dans le monde arabo-musulman, il régna aussi sous des formes variées et spécifiques qu'on ne peut nier, même s'il reste beaucoup à apprendre et s'il ne s'agit pas de raviver d'absurdes luttes mémorielles.
   Ces formes historiques spectaculaires d'esclavage ne doivent pas nous faire oublier les formes souvent moins visibles d'esclavage moderne, polymorphe et plus diffus, institutionnalisé ou non, dans des contextes  différents. Les diverses formes d'exploitation de la main d'oeuvre infantile ou féminine, de travail forcé en général, devraient occuper nos esprits plus qu'un certain retour culpabilisant et stérile à un passé sur lequel nous n'avons plus prise.

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Dette grecque: bonne affaire...

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 

On dé-graisse encore
                               Ce fut présenté comme un généreux sauvetage, mais imposé par une troïka sans âme et aux ordres.

      Cela est devenu une saignée, qui a déjà rapporté 8 milliards à la BCE. Une paille pour l'institution. Une somme énorme pour Athènes, qui a été réduite au silence et à l'état de quasi-colonisation économique, de vastes secteurs de l'activité ayant été vendus à la découpe, sans qu'on s'interroge outre mesure sur les origines d'une dette minime par rapport à maints autres autres pays aussi touchés par la crise. 
      Une dette largement "fabriquée" et un temps occultée par Goldman Sachs, mettant en difficulté d'imprudentes (?) banques allemandes, françaises... qu'il fallait sauver à tout prix, après leur aveuglement et leur avidité.. Pas le peuple grec, qui, pour l'essentiel, manque encore de tout, à part dans certains îlots de développement, dû essentiellement au tourisme en hausse progressive.
        Financer un pays en crise, ça peut rapporter gros, admet Valeurs actuelles. C'est ce que montre la Banque centrale européenne : mardi, elle a révélé que les intérêts tirés des emprunts d'Etat grecs qu'elle a achetés entre 2012 et 2016 lui ont déjà rapporté 7,8 milliards d'euros. Que va devenir cet argent ? En réalité, il ne reste pas dans les caisses de la BCE mais est reversé aux différentes banques centrales de la zone euro. A l'origine, le programme de rachat de la dette grecque prévoyait que ces intérêts seraient in fine rendus à la Grèce Mais depuis l'arrivée au pouvoir à Athènes du gouvernement d'extrême gauche d'Alexis Tsipras, l'Allemagne, suivie par d'autres pays, a fermé les vannes. Berlin a ainsi engrangé 1,34 milliard d'euros, dont pas un centime n'a pour l'instant été rendu à la Grèce..."
   La "solidarité" européenne a joué, mais pas dans le sens qu'on attendait....
       Un mécanisme immoral , dit-on par ailleurs. Tout crédit génère intérêt certes, mais celui-là était d'un type particulier avec des taux soumis à l'arbitraire: on ne prête qu'aux riches...Yanis Varoufakis (qui semble inspirer aujourd'hui Bercy...) a bien raison d'exprimer sa colère, alors que cette dette structurellement irremboursable devrait être renégociée au plus vite, les tragédies qu'elle engendre compromettant toute issue possible, comme l'a reconnu sur le tard le FMI.
       Le vilain petit canard est devenu une poule aux euros d’or, au coeur de l'affrontement avec les marchands de tapis ultra-léraux de l’Eurogroupe, qui se sont tous ralliés aux diktats de Berlin, qui a pris une grosse part de gâteau sur la terre héllène, après les superprofits de Siemens, Deutsche Bank et Cie. On appelé ça un soutien...
     Mais pour l'enfant fragile de la famille bruxelloise, qui fut adopté in fine par Giscard par pitié et pour l'histoire, dont l'économie ne pouvait lutter contre ses grands frères, le remède s'est révélé être une potion mortelle.
       Une justice inintelligible pour Panagiotis Grigoriou, relevant les propos de Míkis Theodorakis, qui vient de s’exprimer de nouveau, au sujet de notre régime politique très actuel, et aussi de la paupérisation des Grecs :“Aujourd’hui, le gouvernement et les partis ayant accepté le Mémorandum (Troïka) sont pour l’essentiel des esclaves. De par ce fait, ils n’ont plus aucune prise sur l’économie et sur les possibilités du pays. Au contraire, ils acceptent de mettre en œuvre des mesures qui mènent au sous-développement et à la paupérisation du peuple (…)
    C'est plus qu'une sottise de l' Eurogroupe, c'est une faute et c'est se tirer une balle dans le pied.
       Un cynisme qui ne mène nulle part, sinon à un peu plus de détresse et de perte de crédibilité dans l'Eurogroupe, dont Berlin est le chef d'orchestre.
    La dette de Sisyphe   pèsera encore longtemps si aucune initiative courageuse et lucide n'intervient dans la descente aux enfers continuée.. Même si tous les mois, on nous répète que la Grèce va mieux.
Les grands malades connaissent aussi quelques rémissions.
     Dans son ambiguïté permanente, le FMI presse les institutions européennes à revoir cette dette odieuse, ce qui serait dans l'intérêt bien compris de tous.  Combien de fois la dette allemande fut purement et simplement annulée? Combien de pays, et non des moindres, sont considérablement plus endettés que la petite Grèce, au PIB équivalant à celui des Hauts de Seine?..
    Profitant des faiblesses structurelles du pays, en partie explicables historiquement, de l'occasion de la crise, les banques n'ont pas manqué de faire leur beurre là où le laxisme et la corruption, furent des occasions en or.
   Et elles continuent en finançant les privatisations du Pirée, des aéroports...
         Il fallait un exemple... Le départ de Schäuble changera-t-il quelque chose?
                          La bombe grecque n'est pas prête d'être désamorcée.
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Point d'histoire: Jeanne d'Arc

Publié le par Jean-Etienne ZEN

Une Pucelle malmenée 
                                             Affaire non classée 
   Pauvre Jeanne! Tout le monde se l'arrache.
         Tirée à hue et à dia, la pucelle fut et reste instrumentalisée dans les sens les plus divers et parfois opposés. 
   D'un extrême à l'autre: soit elle ne fut pas ce que des documents non fiables disaient d'elles, soit  elle fut pleinement ce qu'attestaient ses contemporains. Les historiens eux-mêmes ont bien du mal à trouver la juste mesure.
     Chacun revendique sa Jeanne, celle qui symbolise au mieux ses idéaux religieux ou/et politiques.
      Certains, du côté d'Orléans, se refusent à participer à la commémoration officielle de celle, qui, dit-on, délivra la ville. L'hérétique proclamé brise des tabous. 
         Derrière le mythe héroïque, qui se cache? que reste-t-il de sa dépouille historique?
A son époque déjà, elle baigne dans la légende.
     Après une longue éclipse, elle connaît une deuxième naissance sous la plume de Michelet,  dans le contexte d'une république qui se cherche des symboles, surtout après la défaite de 70,  d'une Eglise affaiblie, éprise de restauration, qui finit par la canoniser.
      Lavisse la popularisa dans les écoles, sous la houlette de J.Ferry voulant restaurer les grandes figures historiques, "même enveloppées de légende", pour former le citoyen et le futur soldat.
   Dans sa personne héroïsée se polarise une lutte entre l'Eglise et l'Etat laïc.  (*)
Derrière les vernis successifs, les enjolivements, les relectures anachroniques, qui se cache derrière l'icône, devenue le symbole d'une France résistante, pour les patriotes, les nationalistes et ce qui reste de royalistes?
        La guerre des interprétations est toujours en cours...
Les incohérences et les silences des sources permettent les interprétations le plus diverses
                                   Les enjeux politico-religieux semblent aujourd'hui s'affaiblir, du fait des effets de la mondialisation. 
Mais il arrive encore que des politiques se la disputent .
          Naguère, après Clovis, N. Sarkozy, le chanoine du Latran, revendiquait  l'héritage de Jeanne d'Arc, 
pour faire surtout diversion 
                                           Jeanne , , instrumentalisée,.héritage du XIX° Siècle, dans les conflits entre églises et République  est toujours bonne pour la propagande:
            _Maurice Barrès, au moment de l'Union sacrée en 1914, déclarait:
«Chacun de nous peut personnifier en elle son idéal. Êtes-vous catholique? C'est une martyre et une sainte que l'Église vient de mettre sur les autels. Êtes-vous royaliste? C'est l'héroïne qui a fait consacrer le fils de saint Louis par le sacrement gallican de Reims... Pour les républicains c'est l'enfant du peuple qui dépasse en magnanimité toutes les grandeurs établies... Enfin les socialistes ne peuvent oublier qu'elle disait: "J'ai été envoyée pour la consolation des pauvres et des malheureux."»
                                 L' histoire revisitée est toujours intéressante, au sens où elle nous en dit plus sur l'époque qui parle du passé que sur le passé lui-même, transposé en fonction des intérêts et des passions du moment.
   Nos mythes historiques, s'ils fonctionnent moins bien aujourd'hui, restent encore bien présents dans les références populaires, parfois pipolisées, avides d' héroïsme et de merveilleux dans un monde laïcisé et sans relief.
    Qui était finalement Jeanne? L'énigme persiste.
Affaire en cours... 
____ 
                                   "Dites-moi où, n'en quel pays, Est Flora la belle Romaine, La reine Blanche comme un lis Qui chantait à voix de sirène, Et Jeanne, la bonne Lorraine Qu'Anglais brûlèrent à Rouen; Où sont-ils, où, Vierge souveraine? Mais où sont les neiges d'antan?» (François Villon)
    Où sont les mythes d'antan?... 
___________________________ 
(*)    "... Mgr Dupanloup, sénateur réfutant la République et la modernité, qui allait s'élever, en 1878, contre les célébrations du centenaire de la mort de... Voltaire: 
   Ce prélat distingué, en 1855, se lance dans un panégyrique magnifiant le destin providentiel de Jeanne, qui reçut de Dieu la mission de sauver la nation préférée du Créateur: la France.
En 1869, le même Dupanloup écrira au pape pour souligner l'intérêt d'une canonisation, au nom d'une récupération déjà bien comprise: «Il y aurait là une proclamation éclatante de cette vérité, aujourd'hui si méconnue et si nécessaire à rapporter, que les vertus chrétiennes peuvent s'allier admirablement avec les vertus civiques et patriotiques: ce serait une réponse indirecte, mais puissante, aux accusations que les ennemis de l'Église prétendent tirer des justes condamnations portées par le Saint-Siège contre les erreurs contemporaines. Bien des gens que le malheur des temps a éloignés de l'Église seraient forcés de reconnaître la sainteté chrétienne dans les vertus qu'ils admirent; et enfin, très Saint-Père, la popularité du Saint-Siège en France, et dans le monde, en grandirait certainement.»
 
 
        Jeanne est tirée à hue et à dia. Les socialistes et les dreyfusards la revendiquent (Lucien Herr et Jaurès en pincent visiblement pour ce symbole émancipateur). Charles Maurras élucubre à rebours: «Son amour de la paix et son horreur du sang ne la dressaient donc point contre les puissances du monde. La bataille devant être, il fallait que la bataille fût, non pour établir une pandémocratie dans la République chrétienne, mais pour que, sous le Roi du ciel, régnât très régulièrement un Roi de la terre, dans un royaume organisé en vue du minimum de faiblesse humaine et du maximum d'ordre naturel.»
 
 
      L'Histoire coupe la poire en deux (ou en trois voire en quatre), à l'image de cette proclamation de Maurice Barrès, au moment de l'Union sacrée en 1914 (qu'a tenté de singer Nicolas Sarkozy le 6 janvier 2012): «Chacun de nous peut personnifier en elle son idéal. Êtes-vous catholique? C'est une martyre et une sainte que l'Église vient de mettre sur les autels. Êtes-vous royaliste? C'est l'héroïne qui a fait consacrer le fils de saint Louis par le sacrement gallican de Reims... Pour les républicains c'est l'enfant du peuple qui dépasse en magnanimité toutes les grandeurs établies... Enfin les socialistes ne peuvent oublier qu'elle disait: "J'ai été envoyée pour la consolation des pauvres et des malheureux."»
       Jeanne d'Arc, ou l'éternel marchandage et les tractations inachevées... La canonisation de 1920, par Benoît XV, n'échappe pas à la règle. Mgr Galli semble chanter à Rome, ce jour-là, une évidence de fer: «Voici donc venir l'heure que les bons attendent depuis si longtemps. L'autorité de Pierre va sanctionner la vertu universellement suréminente de Jeanne d'Arc. Que l'univers catholique dresse l'oreille et qu'il vénère dans l'héroïne, libératrice admirable de sa Patrie, une splendide lumière de l'Eglise triomphante!»
 
 
                  Toutefois, le maquignonnage est patent autour de la pucelle. En mai 1920, donc, la canonisation offre à la France une sainte patronne. En compensation, dès juillet 1920, la République, bonne fille réac, vote l'interdiction de l'avortement, pénalise la contraception ainsi que toute information diffusée sur le sujet. Jeanne semble définitivement annexée par la droite.
Il faudra le désastre de 1940 pour renverser le cours des choses. La femme du refus de la défaite est dégagée de sa gangue de bondieuserie. Les patriotes retrouvent le sens de cet euphémisme placé dans la bouche de la jeune héroïne par Charles Péguy, dans sa pièce prodigieusement grandiloquente, Le Mystère de la charité de Jeanne d'Arc (1910): «Je crois bien qu'au fond je ne suis tout de même pas lâche.» (A. Perraud_ Mediapart)
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Trop fort! Rochefort...

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 

Il a tiré sa révérence
       Si ça continue comme ça, vous allez voir...ça risque de durer (Jean Rochefort)
            Un homme jeune qui est incapable de faire une folie est déjà un vieillard (Gauguin)
                Il nous manque déjà. L'artiste aux chevaux était resté jeune, parce que toujours un peu fou. Jusqu'au bout. Jusqu'à une dernière évasion.
    Un fou d'une élégance rare, d'un désespoir souriant, facétieux imprévisible,  qui se gardait de se prendre  au sérieux.
    Un humour  parfois sur fond de déprime, une distance souvent désespérée.
  On retiendra de lui quelques bons mots, notamment celui-ci:
  « Quand on veut amuser les autres, on se doit d’être douloureux soi-même. »
    La politesse du désespoir. Telle est la formule qui pourrait s'appliquer à son humour.
     Quel amuseur ne se reconnaîtrait pas dans ces lignes?           Benoît Poelvoorde? Coluche? Muriel Robin? Nombre de "clowns" ont connu la dépression. Plusieurs scientifiques se sont d'ailleurs intéressés au lien qui pouvait unir humour et déprime voire noirceur... Une étude publiée en 2014 dans le British Journal of Psychiatry a montré que les amuseurs et humoristes avaient souvent de nombreux traits de caractère de personnalité psychotique, comme l'introversion, l'impulsivité...
        La gravité lui allait bien, la légèreté aussi. Ses sorties humoristiques impromptues, ses bons mots sont souvent des leçons de vie.
     Une vie vraiment si sérieuse? Spinoza faisait de la joie, de l'allégresse le vrai moteur de l'élan vital dénué de passions tristes, comme Nietzsche plus tard à sa manière, qui fustigeait les ressentiment.
   Hors des conventions, en baskets, Jean savait se faire proche, fuyant les mondanités.
         Son rire est inimitable. Une vraie philosophie de vie, que n'aurait pas démenti l'auteur du  Tractatus philo-comicus (dont on peut lire ici quelques lignes). Je ris donc je pense...Cogito rigolo.
         Si on s'amuse de soi, on n'a pas fini de rire...
                                       Même si c'est de façon un peu noire.
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Les gènes ont bon dos.

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 

Science sans conscience...
                                       La biologie est devenue la science dominante.
Depuis Claude Bernard jusqu'à Jacques Monod, elle a tracé des sillons innovants dans le domaine du savoir, sans toutefois éclaircir l'énigme de la vie, dans sa vertigineuse complexité.
   La génétique notamment a pris une place prééminente, car il est vite apparu qu'elle permettait d'accéder à certains secrets  du vivant.
    Après les tâtonnement de Mendel, les pionniers que furent Watson et Crick, puis Jacques Monod, posèrent les premiers jalons d'une recherche qui ne cessa d'approfondir la logique du vivant, les codes biochimiques de la transimission et du fonctionnement de tout vivant, quel qu'il soit.
    Il arrive qu' on ne jure plus que par la génétique, comme si elle s'approchait du point où elle nous livrerait les ultimes secrets de la vie et nous donnerait les moyens d'en disposer à notre guise, pour modifier les variétés et les espèces ou même créer des formes nouvelles de vie, même pour notre propre espèce...Ce que le génie génétiqueparvient à faire partiellement sur certaines plantes ou certains animaux, pour le meilleur ou pour le pire.
  La génétique contemporaine  nous permet de mieux comprendre certaines maladies humaines, de mettre au point des remèdes adaptés, de poser les bases d'une intéressante médecine prédictive...Et cela n'est qu'un début.  
L'avenir de la recherche en ce domaine paraît sans limites...
                     Mais, comme souvent, l'euphorie d'une recherche très prometteuse est  porteuse de croyances non fondées, de confusions, de dérives, de faux espoirs, de mythes...
    Les gènes paraissent parfois, même dans certains laboratoires, porteurs d'un avenir radieux en tous points, comme des clés universelles, des outils incontournables pour la compréhension de l'essentiel des  phénomènes humains.
     Il arrive que la génétique, bien qu'incertaine et limitée comme toute science, sortant de ses rails, débouche sur des extrapolations indues et des dérives inquiétantes.
      Devenant l'alpha et l'omega de toute explication, la génétique a été invoquée pour rendre compte de la délinquance, de la criminalité, de la  sociabilité, de l'homosexualité, de certains traits de caractère ou de culture.
    On l'a vu récemment lors du mauvais débat sur le genre, au coeur d'une polémique bien orchestrée, mélangeant nature et culture.
                   Au nom des gènes, on va jusqu'à défendre n'importe quel préjugé culturelou justifier tous les partis pris, même les plus contradictoires. On va, ce n'est pas nouveau, mesurer l'intelligence à la lumière de certaines théories fumeuses, déconstruites le lendemain.
      Sans prudence scientifique,  on a vite fait de tout vouloir expliquer par la génétique et on tombe dans de nouvelles formes d'un biologisme idéologique déjà ancien..
  De plus, le mythe promothéen de la toute puissance émerge parfois de certaines recherches mal définies ou orientées vers des projets en quête de Graal ultime.
        Le  tri génétique est à l'horizon de certaines recherches, qu'il importerait  de contrôler, pour ne pas glisser insensiblement vers le meilleur des mondes..sinon l'homme de demain.pourrait bien  être un cauchemar... 
                 Non, la génétique n'explique pas tout et ne peut pas tout.
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Sécurité d'abord?

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 

Une loi qui fait débat
                          La question des rapports entre sécurité et libertés publiques, qui revient régulièrement, surtout dans les périodes troublées ou jugées comme telles, se révèle toujours être une recherche d'équilibre délicat.
      La loi antiterroriste en débat actuellement ne manque pas de susciter des réticences, voire des critiques.  Il n'y a pas à choisir entre sécurité et liberté, mais des juristes estiment qu'un accent trop marqué sur la notion de sécurité est un risque dont on ne mesure pas toujours les conséquences potentielles, surtout dans le grand public 
      Cette nouvelle disposition engendre des réticences même au sein des Nations unies.
           «  Dans le domaine de la lutte antiterroriste, la Cour européenne admet des procédures dérogatoires mais elle condamne toute restriction excessive et disproportionnée des droits et des libertés, précise Nicolas Hervieu. En matière de lutte contre le terrorisme, la CEDH tolère ainsi des gardes à vue plus longues que pour les infractions de droit commun, mais elle n’admet pas la disparition de toute garantie fondamentale. Dans l’affaire Brogan, en 1988, elle a ainsi estimé que le Royaume-Uni avait violé la Convention [européenne des droits de l’homme] en plaçant des Irlandais en garde à vue jusqu’à six jours et seize heures et demie sans les présenter à un juge. »
   Cette recherche d’équilibre est délicate – d’autant plus délicate que, depuis une trentaine d’années, le dispositif antiterroriste ne cesse de se durcir. En France, la première loi date de 1986 : après une vague d’attentats, les textes allongent la durée de la garde à vue à quatre jours, reportent l’intervention de l’avocat à la 72e heure, alourdissent les peines, autorisent les perquisitions domiciliaires sans l’assentiment des suspects, et créent un corps spécialisé de juges d’instruction et de procureurs. Depuis, l’arsenal antiterroriste s’est encore renforcé – allongement de la prescription en 1995, autorisation des perquisitions de nuit en 1996, autorisation de la fouille des véhicules en 2001, allongement de la garde à vue antiterroriste à six jours en 2011, intensificationdu renseignement en 2015.
  Ces mesures répressives ont-elles fini par rompre l’équilibre entre la lutte ­contre le terrorisme et le respect des libertés publiques ? Ont-elles dépassé la nécessaire « proportionnalité » prônée par les juristes ? « Je le crains, affirme Danièle ­Lochak. Avec le développement des écoutes, des surveillances, des assignations à résidence et des perquisitions, la police et la justice ont tissé une énorme toile d’araignée sur l’ensemble de la population – au risque de toucher des personnes qui n’ont rien à voir avec le terrorisme mais qui ont le tort d’être musulmanes. Il suffit de voir les dérives constatées pendant les premiers jours de l’état d’urgence pour s’en convaincre. Je ne suis pas sûre que ces graves atteintes aux libertés nous aient fait beaucoup gagner sur le plan de la sécurité.  »
   Mais la dérive sécuritaire n’est pas uniquement liée à un déséquilibre croissant entre liberté et sécurité. Ce qui inquiète les juristes, c’est surtout le changement de logique pénale engendré par l’intensification de la lutte contre le terrorisme. «  Le tournant a lieu en 2008, avec la loi sur la rétention de sûreté, explique la juriste Mireille Delmas-Marty. Voté dans le climat sécuritaire des années 2000, ce texte permet de priver de liberté, sans limite de temps, un individu qui a été jugé dangereux – même s’il a déjà purgé sa peine. La rétention de sûreté instaure donc une justice prédictive. Elle repose sur une logique de suspicion – fondée sur des pronostics – et non plus sur une logique d’accusation – fondée sur des preuves. C’est grave, car il est impossible de prédire à l’avance tous les comportements humains... »
     Faire de l'état d'exception une norme n'est pas anodin, ne peut être sans risques et peut  être source de nombreux abus, surtout sous un régime qui serait peu regardant sur les libertés publiques.
   De nombreuses associations de défense des Droits de l'homme se posent aussi des questions.
       Ce problème, qui n'est pas de détail, n'a pas fait l'objet d'un débat digne de ce nom. Il fallait du temps, de la profondeur et de la contradiction avant de parvenir à une formule plus équilibrée. Les amendements vont plus loin que les dispositions du texte. Le gouvernement a fait de la surenchère.

    Est-ce vraiment cela une sortie maîtrisée de l'état d'urgence?
        Nos droits essentiels ne valent-ils pas mieux? Les risques de dérives ne sont pas mineurs, sous ce régime ou sous un autre. L'Etat de droit est sérieusement écorné sans que le risque terroriste, réclamant surtout anticipation, surveillance et coordination renforcées soit vraiment réduit.
      "Désormais, au prétexte de motifs aussi flous qu’évanescents, l’Etat pourra décider de persécuter et d’harceler des terroristes potentiels dont la définition pourra allègrement être modifiée selon les circonstances ou le pouvoir en place."
       L'état d'urgence est toujours problématique, même s'il est pour un temps parfois nécessaire.
   Le slogan de la sécurité d'abord peut être lourd de périls futurs. La loi sera-t-elle régulièrement réévaluée, comme promis? La vigilance citoyenne s'impose.

                                 La France n’est-elle pas « malade » elle aussi parce que devenue indifférente à nos libertés publiques ? Mardi a été adoptée dans le silence général la treizième loi antiterroriste en quinze ans. Et celle-ci inscrit dans notre droit quotidien les dispositifs d’exception de l’état d’urgence. Qui a bougé ? Les ONG, associations et autorités indépendantes : elles ont noté d’une même voix – ce qui est rare – combien ces dispositions étaient attentatoires à nos droits fondamentaux. Pour le reste, rien, silence radio : le texte a été adopté à une écrasante majorité.

 

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Europe: nouvelle donne?

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 

 Redessine-moi une Europe... 
                                         En ces temps de campagne molle et morose, l'Europe ne fait plus rêver.
            Des tensions, masquées jusqu'ici, se  manifestent publiquement. Des lignes de fractures se font jour.
     Sur tout l'échiquier politique, on trouve des personnes ou des groupes  mobilisés pour une critique des dysfonctionnement de l'Europe, issus de Maastricht et de Lisbonne, et de sa manière de gérer la crise, révélatrice de vices de forme profonds. L'entêtement néolibéral des élites ne laisse pas entrevoir de nouvelles perspectives. Roosevelt ne les a pas inspirés.
          Erik Wesselius, candidat du Parti socialiste néerlandais va droit au but: « Le budget actuel de l'Union est trop élevé, les dépenses sont mal maîtrisées et de l'argent est gaspillé. La charge est mal répartie entre les pays. Les aides financières apportées à la Grèce et à d'autres ont surtout bénéficié à des banques allemandes ou françaises, sans résoudre le problème de l'endettement. Il faut que les Parlements exercent davantage de contrôle sur la politique. Sur le long terme, déficits et dettes doivent être comblés, mais s'en tenir  strictement à la norme des 3 % prive les Etats de la nécessaire flexibilité pour réagir à des événements économiques. Les Etats doivent aussi préserver leurs compétences en matière de santé, de retraites, d'emploi, de logement, de transports  publics, etc. L'Europe actuelle est d'abord celle des multinationales, des grandes entreprises et des banques. Elle doit être redessinée, rendue plus moderne, plus flexible, moins centralisée. »
       Pendant ce temps-là, les ayatollahs bruxellois non élus s'enferment dans un aveuglement entêté.
  Les pontes du PS escamotent les débats de fond, faisant dans l'incantation habituelle, eurobéats comme toujours, contre une majorité souvent plus critique.
          Mais le très modéré Terra Nova, think tank d'obédience libéral-socialiste, pointe pour une fois les dégâts du consensus de Bruxelles      (Allusion au  Consensus de Washington...qui a longtemps imposé sa logique)
               "... Les auteurs... rappellent... les dégâts considérables engendrés par l’aveuglement économique qui a frappé de Bruxelles à Berlin, en passant par Paris : « La trajectoire suivie par la zone euro est pire que celle connue par les pays européens lors de la Grande Dépression. (…) La Grèce a subi un cataclysme qui ne peut se comparer qu’à la chute de moitié du PIB de la Russie qui a suivi la chute de l’Union soviétique. » Au niveau de l’Union, les résultats  sont pitoyables : à partir de 2010, les salaires réels ont baissé dans 18 Etats sur 27 alors que dans la seule zone euro on compte 7,7 millions de chômeurs, dont 3,5 millions sont directement imputables à l’application de la doctrine bruxelloise. Contrairement au « récit » des multiples think tanks néolibéraux adeptes de l’adage « no pain, no gain » (pas d’efforts, pas de bénéfices), « la souffrance des Européens n’était ni nécessaire ni vertueuse. Elle était évitable et néfaste ». 
                       Si ces prises de conscience parfois tardives, parfois opportunistes, ne restent pas seulement verbales,   une issue possible pourrait se dessiner, si l'on va résolument à contre-sens de la logique libérale dans laquelle l'Europe s'est enfermée.
                                 Certains, aux projets encore flous, veulent donner un nouveau souffle pour l'Europe.
            Ce qui est nouveau c'est que des  eurocrates critiques prônent aussi une mise à plat: 
"... Des voix critiques s'élèvent, depuis le cœur même de la « machine » européenne, pour une autre Europe. Les fonctionnaires européens ne seraient pas aussi moutonniers et dociles qu'on les imagine souvent, depuis la France. Dans un appel que Mediapart publie en exclusivité (il est ici), un collectif de jeunes fonctionnaires, conseillers et diplomates, estime qu'« une autre voie est possible » pour l'Europe, cinquante propositions à l'appui. 
      Ils sont originaires de différents pays de l'Union, sont trentenaires – pour la plupart d'entre eux – et travaillent au sein des institutions (parlement, conseil, commission, BCE) ou encore de représentations nationales auprès de l'Union (les services diplomatiques de chaque capitale à Bruxelles). Tous considèrent que l'on ne débat pas assez de l'Europe, à deux semaines d'élections décisives pour l'avenir de l'UE. La difficulté d'organiser un débat sur le sujet à une heure de grande écoute sur une chaîne de télé française les atterre. Ils ont donc choisi de s'investir davantage dans la campagne. Un site, en plusieurs langues, vient d'être ouvert, afin de relayer l'appel et de mettre en débat leurs cinquante propositions pour repenser le « contrat social européen ». 
« L'Europe n'est pas à la hauteur de ses promesses », reconnaissent d'emblée ces « eurocrates critiques », qui ont choisi de conserver l'anonymat. Le constat qu'ils dressent de l'Union n'est pas reluisant, et tranche avec les discours officiels relayés à longueur de journée par les services de communication des institutions bruxelloises : « Un cercle vicieux s'est installé entre un déficit exécutif empêchant l'Europe d'agir et un déficit démocratique, qui produit chaque jour plus de rejet et de tension. L'intégration européenne risque de ne plus être soutenue par les peuples, appauvris et tentés par le repli national, voire nationaliste. 
... En fin d'année dernière, des universitaires allemands, proches de la CDU et du SPD (les deux partis au pouvoir en Allemagne), connus sous le nom du « groupe de Glienicke », avaient déjà publié un texte allant dans cette direction, jugeant qu'« aucune des crises qui sous-tendent celle de l'euro n'est résolue, ni de près, ni de loin », et s'inquiétant de « la radicalisation du spectre politique » dans les pays en crise. 
     Une initiative symétrique, côté français, orchestrée notamment par l'eurodéputée Sylvie Goulard, a vu le jour en début d'année, sous le nom de « groupe Eiffel ». Des universitaires et journalistes français (Thomas Piketty, Pierre Rosanvallon, Xavier Timbeau, Guillaume Duval, etc.) ont quant à eux publié en février un manifeste pour une union politique de l'euro, partant du principe que « rien ne serait plus faux que de s'imaginer que le plus dur est derrière nous ». 
    Toutes ces initiatives, restées plus ou moins confidentielles, partagent une analyse forte : la crise que traverse l'Union n'est pas seulement économique, mais elle touche aux fondements mêmes de son projet politique (voir les passages en force de la « Troïka », ou le durcissement du régime hongrois). L'appel du groupe Euro2030 est toutefois un peu différent. D'abord parce qu'il émane du cœur de la machine bruxelloise – la démarche est rare. Ensuite parce qu'il veut aller plus loin qu'une simple déclaration politique, et avance des propositions très précises, y compris sur le terrain social, pour sortir du statu quo actuel..."
      Contre-feux produits par la crainte de résultats électoraux catastrophiques ou amorce d'un véritable tournant?
                              On ne tardera pas à le savoir. 
  Cessons d'avoir honte de remettre sur ses pieds une Europe qui marche sur la tête. 
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- Banquiers et autorités n’ont pas tiré les leçons de la crise
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Travailler(ou pas) en GB

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 

(Quasi) paradis libéral
                  Depuis le choc du thacherisme, l'Angleterre, bientôt suivi par d'autres pays, est entrée dans la sphère d'influence de l'école de Chicago et de son libéralisme décomplexé.
 La réduction des missions de l'Etat au strict minimum, aux missions purement régaliennes, était au coeur de la pensée de Hayek et de son disciple Friedman.
 Ce fut le début d'une politique qui allait faire des émules, dans le cadre d'une mondialisation dérégulée et du consensus de Washington.

Les héritiers de la Dame de fer, comme Tony Blair, surent être de fidèles successeurs, qui, avec des hauts et des bas, s'inscrivirent dans la lignée néolibérale.Avec les mutation industrielles et la montée de la prééminence de la finance et de la rente, les conditions de travail ne furent plus un souci pour Downing Street, dont le projet fut essentiellement de livrer la force de travail aux lois du marché. Quitte à laisser se développer un chômage inédit et en le masquant. Des réformes vraiment libérales -(*)En réduisant drastiquement les aides sociales. 
Cameron n'est pas l'Abbé Pierre et favorisa le développement d'une pauvreté vécue de plus en plus comme un statut culpabilisant.

      Des conditions particulièrement restrictives, sous la régime des Job Center aux missions rigidement encadrées.
     Une fin de l'assistanat, qui débouchera presque toujours sur un statut de travailleurs pauvres ou durablement précaires. Voir avec le travail «zéro heure», la magnifique invention des conservateurs, qui semble nous ramener àux workhouse d'une certaine époque, celle de Dickens.
   Selon Challenges, 1,4 million de salariés anglais ont un contrat sans garantie d'heures ni de salaire
       Tandis que la City prospère, que la richesse s'étale sans vergogne dans les beaux quartiers de Londres, que les inégalités, comme ailleurs ne cessent de se creuser, que la retraite à 70 ans est programmée.
   Certes, ce n'est pas la gloire chez nous, mais les pays trop souvent cités en exemple pour leur moindre chômage actuel paient une facture plus lourde socialement;  ...le taux de pauvreté y est bien plus fort qu’en France, s’établissant à environ 17% de la population dans les deux cas, pour un taux de chômage de 5,1% au Royaume-Uni en mars et de 6,1% en mai Outre-Rhin, contre 9,9% en France au deuxième trimestre. Ce paradoxe s’explique par le nombre de travailleurs pauvres : dans ces exemples étrangers, 20% des salariés touchent moins des deux tiers du salaire médian, contre environ 6% en France.  
C'est Challenges qui le dit, pas ATD Quart-Monde. Si les riches sont 64% plus riches, les pauvres sont deux fois plus pauvres. Une pauvreté qui touche les enfants et qui inquiète beaucoup d'Anglais eux-mêmes.
  Une situation qui  ne révolte pas que Ken Loach.
Pourtant, on le dit, les travailleurs ne sont pas plus productifsdans un pays dont la bonne santé économique est souvent proclamée, mais pleine de faux semblants. 
On avance résolument vers la  Big (or thin) Society...
        Alertez la reine!
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 " ...Le gouvernement conservateur ne s’est pas arrêté là. On peut remarquer en particulier sa façon très particulière de simplifier le droit du licenciement et d’en limiter le coût pour les entreprises. Pour contester un licenciement abusif devant les tribunaux du travail, il faut désormais avoir deux ans d’ancienneté dans l’entreprise au lieu d’un an comme c’était le cas auparavant. Résultat: environ 3 millions de salariés sont ainsi privés du droit de formuler un recours contre un éventuel licenciement. Et le montant maximal des indemnités dues par l’employeur a été fortement abaissé: il s’établit désormais à douze mois de salaire ou 74.200 livres et c’est le plus bas de ces deux montants qui s’applique.   Pour couronner le tout, l’accès à cette justice du travail est désormais payant: entre 160 et 260 livres (entre 205 et 330 euros) au moment du dépôt du recours, entre 250 et 950 livres (entre 320 et 1.215 euros) au moment du passage en audience. Ces sommes sont remboursées si le salarié obtient gain de cause, mais, pour les plus modestes, l’effet dissuasif joue à plein: après la mise en place de ce système, le nombre des requêtes a chuté de 64% en un an. On se plaint ici de l’engorgement des prud’hommes: voilà une recette simple et efficace de résoudre le problème…"
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Point d'histoire: Charlemagne.

Publié le par Jean-Etienne ZEN

Sacré Charlemagne!
                                     Comme Clovis, comme Jeanne d'Arc, l'empereur à la barbe fleurie a été malmené par une tradition historique ambigüe.
          Il a été bon à tout faire, à tout justifier.
Tiré à hue et à dia, il a été utilisé pour défendre des causes aussi diverses qu'opposées parfois.
     Dans la fabrique d'une histoire mythique et/ou instrumentalisée, il a incarné des figures diverses, selon les besoins de la cause, les croyances d'époque.
      L'Eglise le sanctifia dès 1165, malgré ses moeurs peu orthodoxes, ou ce que l'on en sait. 
  Il est plutôt hasardeux de reconstituer les traits de personnalité du résident d' Aix-la -Chapelle, là où on retrouve encore des traces de son ancienne grandeur célébrée.
   Sous la plume de V.Hugo puis de Michelet, et tout au long du 19° siècle, on sculpta une figure héroïque, héros national, unificateur éphémère, sans masquer certains des excès, comme le massacre des Saxons.
                    A l'origine du projet européen, la figure de Charlemagne, entre histoire et légende,  a été invoquée et le reste parfois encore, même s'il s'épuise,  comme s'il était, de manière parfaitement anachronique, le père de de l'Europe. 
         Le discours hitlérien l'a récupéré dans le cadre de sa volonté de domination d'une Europe promise à la soumission politique et économique au joug fasciste. Dans sa mythologie fourre-tout, « Hitler considérait Charlemagne comme l'un des plus grands hommes de l'histoire d'Allemagne, car il voyait d'abord en lui l'unificateur des Allemands et le créateur de l'Empire ; il l'approuvait d'avoir, en vue de ce « but national suprême », aussi bien introduit la religion chrétienne dans les pays germaniques que d'avoir agi avec une rigueur impitoyable contre tous ceux qui ne voulaient pas coopérer à l'unification sous l'égide du christianisme. C'était pour cela qu'il ne tolérait pas que l'on pût critiquer les massacres du grand empereur Charles… » (Dr Otto Dietrich, Hitler démasqué)
    Dans cette entreprise, la division Charlemagne, de sinistre mémoire, a combattu jusqu'au denier jour au service du Führer jusqu'à la chute de Berlin... 
   La propagande franco-nazie parisienne  a utilisé cyniquemment  le nom de l'empereur, comme on le voit dans certaines expositions officielles ou affiches de circonstance.(document  ci-joint).
____________Sur les ruines d'une Europe en lambeaux, le projet européen renaissant aspire à une nouvelle unification, pacifique celle-là, en invoquant aussi l'esprit de Charlemagne au  secours de l'Europe  (*).
   L'esprit démocrate-chrétien de la plupart des pères fondateurs utilisa ce mythe utile, comme un moteur de refondation, sans grand souci d' objectivité historique, sans se demander si l'unification voulue aurait la même brièveté historique que l'oeuvre unique mais fragile de Karolus Magnus.

                                   [ Dans ses mémoires, le fondateur du mouvement Paneuropa, Richard de Coudenhove-Kalergi évoque la proposition qu’il aurait faite en 1951 à De Gaulle de lancer à partir de la ville d’Aix-la-Chapelle un appel à la restauration de l’empire carolingien dans l’esprit du XXe siècle. L’idée aurait plu à De Gaulle mais aurait échoué « à cause de ses conseiller nationalistes » (Koudenhove, 1958,340).

En octobre 1952, Mrg Frings, archevêque de Cologne exhortait les jeunes assistant au congrès des Jeunesses catholiques de son diocèse de contribuer à restaurer l’Empire de Charlemagne.] 
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  (*)   "... . Ces précédents en matière d’instrumentalisation du passé expliquent pourquoi la référence à l’empire de Charlemagne était bien adaptée pour fournir l’ancrage historique qui manquait au processus d’intégration européenne à ses débuts.   Le lien établi au cours des dernières décennies entre la symbolique carolingienne et le projet d’unification européenne ne doit toutefois pas cacher que l’Europe n’a jamais été un concept politique ou spirituelle dans la pensée de Charlemagne ou de sa cour (Fried, 2003, 41). Dans le rapport que les sociétés entretiennent avec leur passé, l’amnésie et les lacunes sont, il est vrai, tout aussi importantes que le souvenir et la commémoration . Les références faites à la mémoire collective sont par nature parcellaires et sélectives et passent consciemment sous silence les contradictions possibles entre réalité historique et objectif de l’instrumentalisation, afin de mettre uniquement en avant ce qui sert à mettre en valeur l’unité et l’existence de points communs. Ainsi, dans les discours visant à faire de l’empereur franc un modèle de référence, la polygamie de Charlemagne tout comme le fait qu’il ne savait pas écrire, sont le plus souvent ignorés. [ Dans le discours qu’il prononça à Aix-la-Chapelle le...] 
 En bref, la présentation de Charlemagne en tant que figure tutélaire de l’Europe unifiée est donc des plus subjectives et relève en grande partie du mythe. [ Ce qui n’enlève en rien de son importance, bien au..].      L’importance de Charlemagne comme figure tutélaire de la construction européenne est donc liée tout à la fois à l’émergence de ce qui a longtemps été la forme centrale d’organisation politique en Europe et de son dépassement. On sait en effet aujourd’hui, que le véritable lieu de naissance du complexe féodal - expérience fondamentale pour l’apparition des États-nations - a été l’Europe continentale de l’Ouest, l’ancien territoire des Carolingiens. De là, il s’étendit lentement et inégalement à l’Angleterre, l’Espagne et la Scandinavie, puis, moins parfaitement il gagna l’Europe orientale. [ C’est tout du moins l’analyse que Perry Anderson fait...]  

                 Concrètement, l’instrumentalisation de la figure historique de Charlemagne prend la forme d’un discours sur l’Europe dans lequel la nécessité de l’intégration est étroitement liée au rappel de ses mérites. L’effet ainsi produit a été évoqué de manière paradigmatique par deux membres du directoire du Prix Charlemagne pour qui « l’unification de l’Europe ne se fera certes pas par des discours. Peut-elle cependant être atteinte sans que l’on en parle ? Agir en faveur de l’Europe et l’évoquer sont deux formes de comportement qui s’influence réciproquement » [ Kurt Malangré, maire d’Aix-la-Chapelle, et Hugo Cadenbach,...] .     De telles pratiques discursives associant symboles, références et idées directrices visent, on le voit, à faire émerger ce que l’on peut qualifier comme une communauté d’expression dans laquelle l’identité collective s’exprime, permettant le développement du sentiment pour l’individu de tirer une partie de son identité de son appartenance à un groupe plus grand (Peters, 1993). 
                 L’objectif premier de l’instrumentalisation de la symbolique carolingienne est de susciter une adhésion de type émotionnelle au projet européen.     Pour ce faire, des symboles et des représentations historiques sont mis en relation avec des thèmes politiques contemporains. Grâce à ces connexions explicites ou implicites, les discours en question produisent de la légitimation et peuvent conférer celle-ci au processus d’intégration ainsi qu’aux initiatives proposées par les responsables politiques qui ont recours à ces symboles. L’utilisation de la symbolique carolingienne à des fins politiques est productrice de sens, en particulier grâce à l’accentuation d’événements ou de personnalités historiques qui passent pour incarner certaines valeurs et caractéristiques et qui, pour cette raison, sont proposés comme modèle et point de référence. La condition pour qu’un symbole agisse est qu’il possède une capacité virtuelle d’évocation. La charge affective des symboles a le pouvoir, dans certaines occasions, de déclencher de riches associations, notamment de réactiver une mémoire faite de savoirs engrangés d’émotions éprouvées ou inculquées (Braud, 1996,89)....
      La référence à Charlemagne en relation avec construction européenne est essentiellement le fait d’hommes politiques et non d’intellectuels ou de penseurs. Par ailleurs, il s’avère que les institutions communautaires y ont peu recours.  Un des bâtiments de la Commission européenne porte...] Son utilisation répétée et continue démontre en tout cas que son potentiel politique a été reconnu dès le début du processus d’intégration [ Le fait que la figure de Charlemagne ait été préalablement... ] .          Dans les années 1950 et 1960, elle remporta un grand succès, entre autres par ce que, associée au projet d’unité européenne, la référence à Charlemagne permettait aux Allemands de raviver positivement l’idée d’empire qui avait été sérieusement disqualifié par l’expérience du IIIème Reich et par l’épisode Wilhelminien. Par ailleurs, sa dimension religieuse en faisait une option très attractive pour les tenants de l’idée de chrétienté. Le fait que des catholiques convaincus comme Konrad Adenauer, Alcide de Gasperi et Robert Schuman aient adhéré à l’idée d’Europe carolingienne comme incarnation de l’Europe chrétienne est certainement à mettre en relation avec le paganisme affiché par le bloc communiste (Münkler, 1996,147). Enfin, il se trouve que, du fait de la guerre froide et de la séparation du continent par le rideau de fer, à travers l’action des six pays participant à l’aventure de la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier, les limites de l’intégration en Europe occidentale correspondaient aux frontières de l’empire de Charlemagne.
                 À travers le Prix Charlemagne qui donne l’occasion d’invoquer à intervalles réguliers le souvenir de l’empereur franc, l’instrumentalisation de la symbolique carolingienne a été en quelque sorte institutionnalisée et pérennisée. Cependant, malgré les tentatives répétées de relier la situation actuelle au passé carolingien de l’Europe, au fil des ans, la rhétorique développée autour du symbole de Charlemagne est devenue de plus en plus générale et abstraite ; ce qui restreint sa capacité à susciter une légitimité émotionnelle et limite par la même occasion son effet mobilisateur. La référence à Charlemagne s’éloigne de la réalité historique pour se concentrer sur l’aspect mythique, à savoir son aura d’unificateur, dont la réputation dépassait les frontières de son empire. Il n’en reste pas moins qu’avec l’élargissement à l’Est de l’Union européenne, la figure de Charlemagne n’est plus suffisamment rassembleuse et ne dispose pas d’une dimension pan-européenne suffisante pour être autre chose qu’une vague figure tutélaire.    Même si en Europe centrale et orientale l’instrumentalisation du passé à des fins politiques est encore une pratique courante, la figure de Charlemagne ne trouve que peu d’échos dans la mémoire collective de ces peuples. Là où elle avait un ancrage historique, ce genre de références à un passé lointain a en revanche perdu beaucoup de sa portée. Dans nos sociétés postmodernes, fortement individualistes, rationnelles et utilitaristes, la référence historique ne peut qu’être démocratique et consensuelle et de ce fait limitée au niveau du plus petit dénominateur commun...."
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Petit tour de presse

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 

__ Mauvaise nouvelle pour les abeilles.
                              Pour seulement pour elles. Pour nous aussi.

__ Mais bonne nouvelle pour les rentiers.

__ Palestine: fragile espoir .
                                Mais les désillusions ont déjà été nombreuses.

__ Luxembourg, terre d'accueil. Découvrez ses secrets.
                                        Mais Dublin n'est pas mal non plus.

__  Glyphosate: une désinformation bien organisée.

__ Loi antiterroriste et droits de l'homme : l'ONU met en garde la France.

__ Derrière le fiasco de l’EPR, les errements du Creusot sous la responsabilité de M. Bolloré et d’Areva.
                  Dans l’usine du Creusot, une gestion défaillante.
     Le feuilleton continue, ainsi que les mensonges et les manipulations. 

__ Les USA et leurs chères armes: un contrôle impossible? Une situation mortifère. Le désespoir de certains éditorialistes.
          Mais qui est malade?

                                              « Cet homme est malade, très, très malade », a (aussitôt) twitté Donald Trump, parlant non pas de lui mais de Stephen Paddock, l’auteur de la tuerie de masse qui a fait 58 morts et 527 blessés le 1er octobre à Las Vegas. Cinq jours plus tard, les centaines d’enquêteurs reconnaissent qu’ils n’ont pas la moindre piste quant aux motivations du tueur. Et l’inquiétude grandit : Paddock ne serait qu’une histoire américaine, illustration extrême de tous les maux d’une société engloutie dans la violence, les inégalités, écrasée par le poids des lobbies (lire ici la chronique de l’Américain Thomas Friedman). Qui est « malade » ? Les États-Unis.
La France n’est-elle pas « malade » elle aussi parce que devenue indifférente à nos libertés publiques ? Mardi a été adoptée dans le silence général la treizième loi antiterroriste en quinze ans. Et celle-ci inscrit dans notre droit quotidien les dispositifs d’exception de l’état d’urgence. Qui a bougé ? Les ONG, associations et autorités indépendantes : elles ont noté d’une même voix – ce qui est rare – combien ces dispositions étaient attentatoires à nos droits fondamentaux. Pour le reste, rien, silence radio : le texte a été adopté à une écrasante majorité.
Qui est « malade » ? La justice internationale. Cette magnifique promesse que fut la création de la Cour pénale internationale en 2002 est aujourd’hui trahie. Nos révélations toute la semaine sur les agissements du premier procureur Ocampo et l’équipe actuelle de La Haye achèvent de décrédibiliser l’institution (notre dossier ici). Certains faits que nous révélons pourraient être qualifiés de corruption ou de trafic d’influence.D’autres relèvent de grossières manipulations politiques. Déjà fortement critiquée, la CPI pourrait ne pas se remettre de ce qui est en train de devenir un scandale international.

 

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