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Israël, le dos au mur

Publié le par Jean-Etienne ZEN

(En avril 2015)

 

L'aveuglement et la victoire de la peur
                                 Jamais encore la société israélienne ne s'était trouvée dans une telle situation.
            La réélection de Netanyahou a créé les conditions d'une crispation et d'une impasse inédites.
              Tout espoir de négociation semble définitivement compromis, de l'aveu même de Netanyahou (*)
  C'est le Likoud, allié à l'extrême  droite, qui liquide l' idée d'Etat Palestinien,  sur les décombres géographiques qui ont été intentionnellement élaborées.
  La Palestine n'attendra pas..elle n'a rien à attendre; .elle n'existerait même pas, selon les récents propos de Bibi, qui fait ensuite des contorsions pour faire semblant de se rétracter. Elections obligent...
    L'idée même d'un seul Etat, la pire des solutions dans les conditions actuelles, semble exclue
La droite israëlienne, poussée par ses extrêmes, mène le pays au pire inconnu. Elle sait qu'elle peut compter sur la passivité des USA, malgré les récentes critiques d'Obama. L'Europe suit.
C'est la peur, distillée et instrumentalisée depuis des années, qui l'a emporté.
 Une stratégie calibrée: "...une grande majorité de l'électorat israélien a le regard tournée vers sa droite, qu'il s'agisse des nationalistes, des colons ou des ultra-orthodoxes, et privilégie les questions de sécurité ou celle de la pérennisation des colonies de peuplement au détriment des questions économiques. 
"En Israël, la politique de l'identité est très forte", souligne Gideon Rahat, qui explique que l'appartenance à tel ou tel courant religieux ou nationaliste supplante celle de la classe sociale.
"Le soutien au Likoud est fondé sur l'identité, la peur du changement et l'idée selon laquelle Netanyahu est le seul à avoir l'expérience requise"
      Le mandat de trop, sans aucun doute...
Dans ce pays aux deux visages (qui n'est pas vraiment une nation et qui se met souvent hors jeu du droit international, faisant fi des résolutions de l'ONU, déchiré par de profondes inégalités, des dissensions sont déjà anciennes et profondes.
     L'Israëlien Marius Schattner l'avait analysé, comme beaucoup d'éditorialistes de Haaretz. 
On peut parler de deux Israël et même de fractures dans le sionisme.
   Donc le pays est condamné à l' occupation  sans fin et à de nouvelles fuites en avant, si les USA, fournisseurs en tous genres détenant les clés de l'avenir, ne prennent pas des initiatives fortes, pour dépasser les limites et les duperies d' Oslo.
   Le régime électoral et la composition de la Knesset, où certaines forces sont sous-représentées, empêchera l'émergence d'un homme comme Rabin, capable de décisions courageuses et porteuses d'avenir. 
Le racisme ordinaire  et institutionnel a toutes les chances de durer encore longtemps...
Obama s'empêtre dans sa nouvelle ligne géopolitique.
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- Charles Enderlin: Au nom du temple .
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Albion (suite)

Publié le par Jean-Etienne ZEN

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Un libéralisme despotique
       Bentham revendique de surcroît le pouvoir «d’appréhender toute personne, valide ou non, n’ayant ni biens visibles ou cessibles, ni moyens de subsistance honnêtes et suffisants, et de les détenir et les employer jusqu’à ce qu’elle trouve un employeur.» Il y a là, semble-t-il, une contradiction entre le libéralisme de Bentham et cette mesure coercitive. Mais la contradiction n’est qu’apparente et la clé a été fournie par Michel Foucault quand il écrit que «l’exercice du pouvoir consiste à “conduire des conduites” et à aménager la probabilité [18].»
Christian Laval explicite cette formule très synthétique de la manière suivante: «la proximité de Foucault et de Bentham tient au fait que, chez l’un et chez l’autre, la relation de pouvoir ne se limite pas à une action directe d’un individu sur un autre, mais qu’elle est pensée aussi comme une façon plus indirecte et diffuse d’influencer autrui par la mise en place d’un cadre fait d’incitations et de désincitations à l’intérieur duquel l’individu doit calculer “librement”[19].»
      Cette remarque pointe un des aspects essentiels du néo-libéralisme: contrairement à une conception naïve, ce dernier ne se caractérise pas par un désinvestissement de l’Etat, mais par une intervention qui tend à modeler le cadre dans lequel s’exercent les choix individuels. Cette intervention s’exerce notamment sous la forme d’un «guidage» des comportements individuels par l’utilisation des leviers dont dispose la puissance publique. Ainsi, la «peine» associée à la réduction des allocations allouées aux chômeurs ou aux sanctions qui leur sont infligées vont les «désinciter» à s’installer dans le «confort» des «trappes à inactivité» et donc les «inciter» à accepter un emploi en baissant leurs exigences. Mais ils restent «libres» de leur choix. De la même manière, la baisse des impôts sur le capital va «inciter» les détenteurs de capitaux à les rapatrier en fonction d’un calcul comparant les coûts et avantages (les «plaisirs et les peines»); mais là encore, ils sont libres de ne pas le faire.
    Beaucoup des politiques de l’emploi actuelles, sinon toutes, sont fondées sur des études et des pratiques qui évoquent celles des entomologistes. En plaçant des obstacles (peine) ou des récompenses (plaisir) ces derniers observent comment est modifié le «libre choix» des fourmis confrontées à ces (dés-)incitations. Et le dispositif d’observation des entomologistes est «panoptique», comme l’est aussi celui des économètres de l’emploi. L’héritage de Bentham est donc bien présent au sein de pratiques très contemporaines, même si elles ne vont pas aussi loin que ses recommandations qui s’apparentent à une forme de totalitarisme très peu respectueux des libres individualités.
    Les projets de Bentham en ce qui concerne les enfants sont assez effarants. Comme il l’écrit lui-même, son plan serait «incomplet si la génération montante en était exclue.» C’est pourquoi il prévoyait que les enfants nés dans les maisons d’industrie (la «génération montante») devraient y rester, de telle sorte qu’au bout de 21 ans, leur population («la classe indigène») aurait doublé et conduirait à la construction de 250 nouvelles maisons. Ces dernières accueilleraient donc un million de personnes pour une population évaluée à 9 millions. Notons au passage que cette augmentation souhaitée de la population allait à l’encontre des thèses de Malthus.
   Les enfants devraient être mis au travail, car Bentham n’y voit aucun inconvénient: «j’ai entendu dire qu’il y avait un peu de cruauté à enfermer les enfants dans une manufacture, surtout à un âge tendre. Mais à moins d’un confinement inutile, il n’y a pas de cruauté dans cette situation; la cruauté serait de ne pas le faire.»
   A son époque, les enfants pouvaient travailler à partir de 14 ans et Bentham pensait sans doute qu’ils pouvaient commencer à le faire à partir de 4 ans, pour éviter de perdre dix ans: «dix précieuses années où rien n’est fait! Rien pour l’industrie! Rien pour le développement, moral ou intellectuel [20].»
    Les enfants ne pourraient parler avec leur père qu’en présence «d’un officier ou de deux ou trois tuteurs plus âgés», afin de les «préserver de la corruption». De manière générale l’objectif de Bentham est d’inculquer aux enfants les sains principes d’une «frugalité systématique.» Et leur éducation aussi devrait être «frugale.»
Dans un manuscrit, Bentham applique son fameux calcul utilitariste des peines et des plaisirs [21] (pains and pleasures) à l’éducation des enfants et explique pourquoi elle devrait être minimale: «Les exercices de l’esprit ont un désavantage particulier», parce qu’ils impliquent «des peines et seulement des peines» et qu’il faut attendre longtemps avant qu’ils procurent «quelque chose qui ressemble au plaisir.» La poésie n’est que «tromperie débitée au mètre»; l’art oratoire une «tromperie visant à l’exaltation»; la philosophie, «absurdité et chicanes sur les mots». L’étude des langues fait passer les mots avant les choses et l’histoire «ne sert à rien sauf aux hommes politiques».
  La «colonie domestique» des maisons d’industrie aurait dû procurer à Bentham un autre «plaisir»: celui d’en être le maître d’œuvre et le dirigeant. Mais son «utopie» (c’est le terme qu’il emploie à propos de son projet) tournera court, comme celui qu’il caressait à propos de sa prison panoptique. C’était d’ailleurs dans son esprit un seul et même projet puisqu’il parlait des deux branches du Panopticon: la «branche prison» et la «branche indigents» (pauper branch).
    Peu de temps avant sa mort, Bentham réglera ses comptes avec George III qui avait fait obstacle à son projet de prison. Il rédige un livre (qui sera édité en partie à tirage confidentiel), au titre étonnant: Histoire de la guerre entre Jeremy Bentham et George III par l’un des belligérants. Bentham y exprime tout son ressentiment: «Sans George III, tous les prisonniers du pays auraient, il y a longtemps, été sous ma responsabilité. Sans George III, tous les prisonniers en Angleterre auraient, il y a des années, été sous ma direction.»
    On présente souvent les côtés progressistes de Bentham en matière de mœurs et c’est après tout le fondateur de l’utilitarisme qui est l’une des sources de l’économie dominante. Quand son principe de base – le calcul des peines et des plaisirs – est appliqué au travail, on constate que les individus cherchent à obtenir le maximum de ressources au moindre coût. Par conséquent, les systèmes d’aide aux pauvres doivent être minimalistes afin de les inciter au travail: sinon, ils seraient incités à l’oisiveté. Le même raisonnement fonde aujourd’hui le discours sur les mérites de «l’activation des politiques d’emploi»: il faut introduire un différentiel entre les prestations sociales dont bénéficient les chômeurs et le revenu d’un salarié du bas de l’échelle.
    Bentham va plus loin et illustre les possibles dérives de l’utilitarisme, avec ses abominables projets consistant, ni plus ni moins, à enfermer près d’un dixième de la population dans des conditions indignes. Si l’on y ajoute sa cupidité (mal assumée), sa névrose classificatoire et sa boursouflure, on arrive à un portait odieux, à tel point que des auteurs libéraux ont pris soin de se démarquer d’un auteur qualifié de «despotique, totalitaire, collectiviste, behavioriste, constructiviste, panopticiste [sic] et paternaliste [22].»
    Pour avoir une idée complète du personnage, il suffit peut-être de consulter son autoportrait (son épitaphe?) consignée dans une note du 16 février 1831, un an avant sa mort: «J.B. [Jeremy Bentham] le plus philanthropique des philanthropes: la philanthropie comme fin et instrument de son ambition. De limites, il n’en a pas d’autres que celles de la terre [23].»
   Enfin Bentham est aussi, d’une certaine manière, un précurseur du transhumanisme. Dès l’âge de 21 ans, il rédige un premier testament qui offre son corps à la science [24]. Quelques mois avant sa mort, ses dernières volontés vont encore plus loin: cette fois il demande à être intégralement momifié et transformé en «auto-icône [25]». Il aura ainsi fait «une contribution au bonheur humain, plus ou moins considérable» et souhaite que son exemple soit suivi par d’autres afin «d’éveiller une curiosité vertueuse» et de créer «des musées entiers d’auto-icônes.» Pour la petite histoire, la tête, un peu ratée, sera remplacée par une figure en cire, mais cette dernière et l’ensemble de la momie dûment vêtue et assise sur un fauteuil seront exposés à l’University College London.
   Dans un article récent du Guardian, Jeremy Seabrook, par ailleurs auteur d’un passionnant ouvrage sur la pauvreté [26], souligne avec ironie que «les pauvres ont souvent été convoités par les entreprises, car ils représentent un groupe apparemment durable dans la société, dont il doit sûrement être possible, d’une manière ou d’une autre, de tirer des profits.» C’est chose faite en Angleterre, où ce sont des entreprises privées qui sont chargées de surveiller les condamnés placés sous surveillance électronique, mais aussi de repérer les «faux chômeurs.» Pour Seabrook, il ne s’agit pas d’une approche «innovante» de la pauvreté. Ce mode de gestion ne fait que s’inspirer d’un «passé punitif» qu’il fait justement remonter à Bentham: «moins d’une personne sur cent est incapable de tout emploi. Pas un mouvement d’un doigt, pas un pas, pas un clin d’œil, pas un murmure qui ne puisse être sollicité en vue d’un profit» écrivait-il dans Pauper Management Improved.
   L’idée a traversé la Manche et est arrivée en France. Les centres Pradha (programme d’aide à l’hébergement des demandeurs d’asile) seront gérés par une filiale de la Caisse des dépôts sous contrôle du ministère de l’Intérieur, et en partie financés par le privé, grâce à un fonds d’investissement dédié [27]Et ce rude précepte a été pris au pied de la lettre par Atos, l’une des entreprises privées sous-traitantes chargées de faire le tri entre les «employables» et les autres. Elle a réussi à classer aptes à l’emploi des personnes en phase terminale, dont certaines sont mortes quelques jours après avoir été déclarées employables.
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Albion et ses pauvres (1)

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 

Pauvreté et indigence en Angleterre:
                                                             Toute une histoire...
   Dans une Union en pleine désunion et sans boussole, Jeremy Corbyn va-t-il, peut-il changer la donne?
    Pour l'instant, les Conservateurs sont en crise et le Parti travailliste de Corbyn en plein essor
          Bientôt à Downing Street?   Rien n'est joué.

  Le problème n'est pas seulement politique, la question sociale est un vrai problème. Si le chômage a officiellement reculé, la précarité s'est imposée un peu partout. Une stratégie contre le chômage qui a fait bondir le nombre de travailleurs pauvres. Les banques alimentaires ne se sont jamais si bien portées.

    Les contrats zéro heure font un bond en avant.
 Bref, un petit paradis libéral, où les inégalités se creusent toujours plus. Beaucoup n'en ont aucune idée.
   La caméra de Ken Loach en a suggéré certains aspects.
      Le Royaume Uni a déjà une longue expérience historique dans le management et la législation sur les pauvres, depuis les débuts de l'industrialisation:
                                        ....Les lois sur les pauvres ont existé depuis longtemps en Angleterre, puisque William Quigley [5] les fait remonter au Statute of Laborers de 1349 [6]. Elles ne seront vraiment abolies qu’en 1948 avec le National Assistance Act. Mais on peut commencer ce survol avec les lois promulguées par la reine Elisabeth: la «loi pour l’aide aux pauvres» (Act for the Relief of the Poor) de 1597 et surtout, deux ans avant sa mort, le Poor Relief Act de 1601 [7].

       Son premier objectif est de «mettre au travail tous les enfants que leurs parents ne seront pas en état d’élever, ainsi que toutes personnes, mariées ou non, qui n’ont ni ressources ni gagne-pain». Ces emplois seront financés par «une taxe sur tous les habitants et propriétaires terriens de la paroisse, destinée à leur permettre de se procurer le lin, le chanvre, la laine, le fil, le fer et toutes autres matières premières pour faire travailler les pauvres.» Une autre partie de ces ressources sera consacrée à l’assistance aux «boiteux, handicapés, vieillards, aveugles, et de manière générale à tous les pauvres inaptes au travail.
     L’assistance aux «pauvres» (indigents, chômeurs, mendiants, voleurs et vagabonds) est mise à la charge des 15 000 paroisses (parish) d’Angleterre et du Pays de Galles. C’est un point important: il s’agit de fixer les vagabonds et l’Act of Settlement de 1662 (loi du domicile) viendra durcir cette règle. Adam Smith en montrera toute l’injustice et l’absurdité: «il n’existe pas en Angleterre un seul pauvre ouvrier, parvenu à l’âge de quarante ans, qui n’ait eu à éprouver, dans un moment ou dans un autre de sa vie, des effets excessivement durs de cette oppressive et absurde loi du domicile [8]». Plus tard, Karl Polanyi [9] parlera de «servage paroissial» (parish serfdom).
Une image (idéalisée) de la St James Workhouse, Londres, vers 1800
Toutes les lois sur les pauvres se sont accompagnées d’une volonté classificatoire. C’était déjà le cas avec la loi de 1601 qui prenait grand soin de distinguer trois catégories de «bénéficiaires». Les impotents incapables de travailler (handicapés, boiteux, aveugles et vieillards) sont accueillis dans des hospices ou dans des orphelinats. Les vagabonds et les pauvres clairement identifiés comme fainéants (idle poor) doivent être détenus dans des maisons de correction ou en prison. Restent les pauvres physiquement aptes (able-bodied) qui peuvent être mis au travail dans un atelier de travail (House of Industry). Mais, au moins au début, l’aide est dans la mesure du possible apportée à domicile, éventuellement sous forme de matières premières: «lin, chanvre, laine, fil, fer et autres articles nécessaires» comme le précise la loi de 1601.
    Les lois ultérieures modifieront la nomenclature des pauvres. Ainsi le Poor Relief Act de 1722 établit des «maisons du travail» (workhouses) et réserve l’assistance aux seuls pauvres qu’y acceptent d’y entrer. La distinction est ainsi établie entre l’assistance fournie à domicile (outdoor relief) et l’assistance conditionnée à la présence dans la workhouse (indoor relief). Elle sera renforcée en 1782 par une nouvelle loi, le Gilbert’s Act qui réserve les maisons de travail aux seuls vieillards et impotents.
         Pauvreté et indigence
     Cette volonté classificatoire est sous-tendue par une distinction fondamentale, entre indigence et pauvreté. Elle sera théorisée par Patrick Colquhoun, un disciple de Jeremy Bentham (et par ailleurs responsable de la police de l’Est londonien). Il y aurait d’un côté les pauvres qui reçoivent un faible salaire et d’un autre côté les indigents: cette typologie montre que les catégories de pauvres et de chômeurs se recouvrent en partie.
Pour Colquhoun, «la pauvreté est un ingrédient nécessaire et indispensable à la société, sans lequel les nations et les communautés ne pourraient pas exister dans un état de civilisation. (…) Sans pauvreté il n’y aurait pas de travail, et sans travail il ne pourrait y avoir aucune richesse, aucun raffinement, aucun confort.» Il s’agit donc ici d’une «pauvreté laborieuse» constitutive du statut de travailleur, et bénéfique. L’indigence est autre chose: «c’est l’état de quiconque est dépourvu des moyens de subsistance, et est incapable de travailler pour l’obtenir» et «c’est donc l’indigence et non la pauvreté, qui est le mal [10].» Et l’indigence est condamnable moralement comme «l’une des plus grandes calamités qui puisse affliger la société civile, puisque, à quelques exceptions près, elle engendre tout ce qui est nocif, criminel et vicieux dans le corps politique [11].»
Bentham et la gestion privatisée de la pauvreté
     Colquhoun était un disciple de Jeremy Bentham, le théoricien de l’utilitarisme qui est aussi connu dans le monde francophone – grâce à Michel Foucault [12] – pour son projet de prison idéale, le panoptique. Mais Bentham ne se bornait pas à soupeser «les peines et les récompenses» et partageait le pessimisme social de son disciple: «Dans le plus haut état de prospérité sociale, la plus grande masse des citoyens n’aura d’autre ressource que son industrie journalière, et par conséquent sera toujours à côté de l’indigence, toujours prête à tomber dans ce gouffre [13].» Bref, les pauvres sont utiles et il y en aura toujours.
     Tous les écrits de Bentham sont marqués par une manie classificatoire (sans doute liée à sa formation de juriste) qui le conduit à dresser un tableau détaillé des candidats à l’assistance [14]. Il distingue d’un côté les facteurs individuels (infirmité, âge, inaptitudes provisoires – sauf le décès – et refus du travail de la part des «mains paresseuses») et de l’autre les «conditions externes» (perte d’emploi, impossibilité d’accéder à l’emploi, perte de propriété). Rien n’est laissé au hasard: ainsi, parmi les handicapés mentaux, Bentham distingue les idiots (idiots «absolus» ou simples d’esprit) et les lunatiques qui se décomposent à leur tour en lunatiques légèrement atteints, espiègles, méchants, délirants ou mélancoliques.
     En 1796, Jeremy Bentham publie un grand projet [15] pour la «gestion du paupérisme». Le titre anglais (Pauper Management) illustre bien la distinction entre les pauvres (poor) et les indigents (pauper). Le plus frappant dans ce programme est qu’il entend privatiser le système mis en place par les lois sur les pauvres: Bentham propose la création d’une «compagnie nationale de charité» (National Charity Company) qui prendrait en charge la construction d’une chaîne de 250 «maisons d’industrie» pouvant accueillir chacune environ deux mille personnes. Elles seraient structurées selon le même plan que la prison «panoptique» (un plan suggéré par son frère Samuel, qui était architecte) conformément au fier principe selon lequel «plus nous sommes strictement surveillés, mieux nous nous comportons» (the more strictly we are watched, the better we behave) [16].
    L’esquisse de Bentham fournit un nouvel exemple de son souci névrotique des détails. Pour ne prendre qu’un exemple, voici comment il décrit les conduits d’aération de la future maison: «soupirail de forme ronde, couvert d’un abat-jour, et percé depuis le haut jusqu’en bas, excepté aux endroits où se trouvent l’escalier et les deux étages de la galerie environnante [17].»   Mais le plus intéressant est sans doute le modèle économique de la future compagnie. Elle serait fondée sur des «principes mercantiles» et gérée sur le modèle de la Compagnie des Indes orientales, avec à sa tête un conseil d’administration élu par les actionnaires. Le financement proviendrait en effet des ressources tirées de la taxe pour les pauvres et du produit du travail fourni par les «résidents», mais aussi d’un capital «levé par souscription.» Les gestionnaires des maisons devraient être intéressés aux résultats, parce que, selon Bentham, «tout système de gestion fondé sur le désintérêt, prétendu ou réel, est pourri (rotten) à la racine, susceptible d’une prospérité momentanée au départ, mais assuré de périr dans le long terme.»........
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BCE en question

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 

Au coeur de la polémique         
                                     Dans l'usine à gaz des institutions européennes, la  Banque centrale européenne  représente une IFMI (une institution financière mal identifiée).
       Les récentes manifestations de la coalition Blockupy à Francfort, au pied du nouvel immeuble au coût pharaonique, rappellent aussi les critiques faites à l'égard de ses attributions, de son fonctionnement, de sa gestion technocratique et de l'idéologie qui l'inspire, de type ordolibéral..            ___ Critiques qui viennent même parfois de certains membres de l'institution elle-même et de ses propres salariés.
      Mario Draghi ne fait pas l'unanimité, c'est le moins que l'on puisse dire. Les tensions sont vives avec la Bundesbank notamment, obsédée par la culture de l'épargne et tétanisée par un risque même mineur d'inflation. 
   On a beaucoup reproché à Super Mario, l'ancien de chez Goldman Sachs, de s'être comporté en magicien , en injectant une masse considérable de liquidités pour relancer l'activité économique en Europe. Or, l'investissement ne se décrète pas.
                    C'est, a-t-on dit, comme si la BCE continuait à arroser le désert
   Certes, elle n'est pas seule responsable de la politique d'austérité qui freine l'économie, mais elle y contribue fortement et ses décisions parfois erratiques brouillent sa perception. Et une banque communautaire ne peut avoir de sens que dans un cadre fédéral (objectif inatteignable?), pas dans le contexte de pays en concurrence entre eux,  sans réelle solidarité ni volonté de convergence fiscale, salariale, sociale.
  ___________Comme le dit Edwin Le Heron: "La BCE devrait avoir des comptes à rendre":
 "...L'ordolibéralisme et la pensée économique dominante considèrent, à tort selon moi et selon toute vraisemblance, que la monnaie est neutre à long terme sur l'économie, que la monnaie n'impacte que l'inflation et que donc elle peut être confiée à des économistes technocrates. Or la monnaie, qui est un bien public, est essentielle pour le financement de l'économie, particulièrement pour les PME qui n'ont pas accès aux marchés financiers, pour l'innovation, pour gérer les relations sociales et en particulier la répartition des revenus et enfin pour financer l'Etat. Confier la monnaie à une autorité indépendante qui n'a aucun compte à rendre aux autorités politiques est donc en effet non seulement un énorme déficit démocratique, mais également une énorme erreur économique car dès lors les politiques économiques (monétaire, budgétaire,...) ne sont plus coordonnées avec toutes les implications que nous constatons aujourd'hui.    D'ailleurs, la BCE affirme aujourd'hui que les politiques non conventionnelles avaient pour objectif de relancer la croissance économique, c'est bien l'aveu que la monnaie n'est pas neutre. Cette conception européenne est d'ailleurs considérée comme un non sens aux États-Unis ou le président de la Fed se considère pleinement investi d'une mission politique. Je pense que le président de la BCE doit toujours être désigné par l'exécutif, donc le Conseil européen. Par contre, la BCE devrait avoir des comptes à rendre, et non seulement rendre compte, devant le Parlement européen sur le modèle de la Fed. De plus comme tout pouvoir législatif, le Parlement européen devrait définir le mandat de la BCE et pouvoir sanctionner son président en cas de non respect du mandat....
...Il est impossible de partager une monnaie commune sans avoir plus de solidarité, notamment financière, entre les États. L'ordolibéralisme, c'est-à-dire en caricaturant à peine que tout le monde se comporte comme l'économie allemande, n'est pas viable. Déjà parce que tous les pays ne peuvent avoir par définition un excédent commercial. La course à la compétitivité par la baisse des salaires effondre la demande et est mortifère pour l'Union européenne. Soit on ira vers plus de fédéralisme, soit l'euro disparaîtra dans sa composition actuelle....
  La BCE a sa responsabilité dans ce désenchantement des européens vis-à-vis de la construction européenne. Elle vante une vision technocratique de la monnaie focalisée sur l'inflation, éloignée des préoccupations des gens. Paradoxalement, lorsqu'elle a pris des mesures qui clairement favorisaient l'emploi, elle a refusé de communiquer dessus de peur qu'on lui reproche de s'occuper de ce qui ne la regarde pas. C'est dommage! Car l'absence de coordination est aujourd'hui surtout le fait des gouvernements européens entre eux, plus que de la BCE, plus à l'écoute qu'on ne le pense de la situation économique...."
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Questions du jour

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 

__ Pour l'honneur?
          Ils sont légion à l'avoir reçue, souvent pour des raisons assez floues, voire discutables.

  Cela mérite qu'on s'interroge sur ce hochet de la République.
   Devenu un banal outil d'influence, on comprend que certains aient pu le refuser.

__ Les lois sur l'immigration font grincer bien des dents.
          Des gens à envoyer à la poubelle?
    Même certains ne marchent plus, comme Jean-Michel Clément: "La loi asile-immigration de Collomb sera plus répressive et ne va rien régler":
               Non, vraiment rien.

 ___    Netanyahou, en difficulté, se crispe un peu plus.
                           Le dernier rapport de Amnesty International  concernant en autres la situation à Gaza ne risque pas de calmer l'ultra-droite.
  Il ne fait pas bon critiquer la ligne actuelle du régime. Certains, Juifs ou non juifs, l'apprennent à leurs dépends.
  Un débat le plus souvent piégé, où l'instrumentalisation continue, critiquée à l'intérieur comme à l'extérieur, par des Juifs eux-mêmes..
     Parfois au plus haut niveau.
             Le dernier Manifeste ajoute à la confusion, oubliant que la discrimination, pas seulement des Noirs et des arabes, existent en Israël.
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Godin, un pionnier

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 

 Une utopie réalisée? 
                                  Plus de cent ans après, le phénomène Godin intrigue encore.
  Ce patron autodidacte et innovant, ouvrier à ses débuts, fervent lecteur de Fourier, de Owen...de tous les défricheurs de la pensée sociale au coeur de la condition ouvrière du XIX° siècle, a laissé plus qu'un nom, une marque.  Des traces.
    Faire un détour par Guise, au bord de l'Oise, ne manque pas d'intérêt. Plus que du tourisme. Visiter l'ancienne usine Godin et son familistère rénovés est passionnant, surtout quand on refait une plongée dans l'histoire économique et sociale de l'époque.

       _______________________ Le familistère de Guise témoigne d'un époque de fer, où le monde ouvrier était partagé entre fatalisme et espoirs. 
    Godin, loin du patronat de droit divin si courant à l'époque, a voulu créer le meilleur pour ceux sans lesquels son capital d'innovation serait resté sans aboutissement: une sorte de "palais social, selon l'expression de Fourier, à l'époque ou l'habitat ouvrier et les conditions de vie étaient à peine imaginables pour nous. Une sorte de laboratoire, où devait se construire une nouvelle forme d'humanité, avec de nouveaux modes d'organisation de travail et d'habitat, de vie sociale, d'éducation.    La concrétisation de ces idées d'avant-garde, encore bien visibles sur place, laisse rêveur, quand on songe aux conditions de vie ouvrière de l'époque décrites par Zola, notamment, qui n'est pas sans connaître les innovations de Godin.
  Il note à ce sujet qu'il s'agit de "la seule association inté€grale du capital et du 
travail sur les doctrines phalanst€ériennes. "  
Un peu comme pour la Verrerie d'Albi, qu'il connaît bien, il met en lumière toutes les expériences sociales en cours pour humaniser le travail:  les caisses de retraites et de secours, la limitation des heures de travail, la prise en charge des accidents,  la  bourse  du  travail,  l'ƒoffice  du  travail,  les habitations  bon  marché€, les associations coopérative de production et de consommation, la participation aux b€éné€fices, les syndicats, etc...

    Certes, l'expérience de Godin, toute innovante  qu'elle fût et fascinante qu'elle reste, malgré ses réussites louées souvent à l'étranger, ne fut pas exempte de tâtonnements et de d'ambigüités, mais en évitant les pièges du paternalisme.de l'époque.
        Si l'on en croit cette étude, les efforts de Godin, sans doute trop isolé dans le monde patronal, au coeur d'un système productif qui le dépassait, d'une expérience trop singulière et trop isolée, se heurtèrent à des obstacles comme ceux de l'impréparation des esprits à  une telle aventure sociale et politique, qui perdit peu à peu son âme après lui:
    "...Contrairement au paternalisme ordinaire et philanthropique de ce temps, Godin veut instaurer « une répartition équitable des fruits du travail . Conformément à la doctrine de Fourier, il veut répartir les bénéfices de l’entreprise en raison de trois facteurs : travail, capital et talent (5/12 pour le travail, 4/12 pour le capital, 3/12 pour les talents). Mais sur quelle base et selon quelle procédure accorder les primes au mérite ? Godin est partisan de le faire par un vote des travailleurs. Il en organise plusieurs selon des procédures diverses. Ce sont des échecs répétés : quelle que soit la formule, les ouvriers ont tendance à voter pour eux-mêmes ou à s’entendre pour voter pour les moins payés de façon à réduire les inégalités de salaires… Ainsi Godin constate que les essais de démocratie industrielle se heurtent à « l’instinct profondément égalitaire du prolétariat ». Cela conduira Godin à une nouvelle prise de distance avec Fourier : sa trilogie devient : Nature, Capital, Travail. 

     Godin reste cependant persuadé comme Fourier que seul le régime de l’Association permettra d’engendrer « bien, amour d’autrui et fraternité » et de « transformer chaque travailleur en sujet actif capable de gouverner le monde industriel ». Pour cela, il faut « que chacun puisse se constituer un groupe d’affinité » et donc que s’organisent, sur la base du volontariat, des « groupes élémentaires » que chacun puisse choisir et qui se donneront des objectifs de travaux communs. En fait c’est un nouvel échec : un petit tiers de l’effectif (34 % des hommes et 4,5 % des femmes) répond à l’appel de Godin ; ce sont en fait des « groupes de papier » puisqu’aucun travail effectif n’a suivi l’élection des bureaux de ces groupes. Celle-ci ne bouscule pas les hiérarchies de l’usine : les responsables de groupes sont élus parmi « les salariés les plus haut placés dans la hiérarchie professionnelle de l’usine ». Marie Moret, la seconde épouse et collaboratrice de Godin, dénonce, dans un rapport, « l’apathie intellectuelle et le manque de culture préparatoire des ouvriers » et même « leur manque d’amour humanitaire et social, leur égoïsme » .
    Cela n’empêche pas Godin de créer en 1980 « L’Association du capital et du travail » avec des statuts (200 pages) « conforme à son idéal socialiste ». Il s’agit, ni plus ni moins, « d’éteindre le paupérisme en donnant aux classes laborieuses les garanties nécessaires à son existence ». Pour cela, le partage des bénéfices se fera de façon proportionnelle entre quatre catégories hiérarchisées : les Associés (versant plus de 500 francs au Fonds social), les Sociétaires (entre 250 et 500F), les Participants (moins de 250F) et les Intéressés (les autres). Chacun reçoit ainsi un titre lui permettant d’acquérir une part du capital social. Le bénéfice net de l’usine (après amortissement, subventions et intérêts) est réparti ainsi (p. 302) : un quart au Fonds de réserve et la moitié au capital et au travail (dividendes selon les parts et épargne salariale selon le salaire). Mais Godin ne parvient pas à persuader ses ouvriers de le suivre sur cette voie : après l’échec de la reconnaissance du mérite par le vote et celui de la mise en place des « unités élémentaires » sur la base du volontariat, la création de l’Association fortement hiérarchisé et segmenté « fait grincer des dents » . Un an après la mort de Godin en 1887, les Associés rétablissent l’ancienneté en remplacement du mérite. Ils deviendront, au cours des années, des membres d’une caste dirigeante gestionnaire « classique » du travail.
   C’est un point crucial : le travail ne change pas, pas plus que son organisation : « l’ouvrage est dur, épuisant, usant », le système professionnel séparant un « noyau dur d’ouvriers qualifiés » (ici les mouleurs et le personnel d’entretien) payé au mois et une grande majorité d’ouvriers payés à la pièce s’impose là comme ailleurs. Les Associés dénoncent la flânerie des ouvriers de base. Le taylorisme n’est pas loin… La transformation du travail apparaît bien ainsi comme une utopie : « pas question de laisser aux ouvriers la liberté d’exercer le travail qu’ils voudraient ni même de supporter une trop grande alternance entre les tâches » . La prime au rendement apparaît vite comme l’incitation la plus payante pour accroître la productivité. Si le succès industriel des produits Godin est au rendez-vous, celui du discours utopique de son créateur reste très modeste ! Un exemple significatif : en 1929, une grande grève est décidée chez Godin : les Associés rappellent « qu’il est moralement interdit de faire grève dans l’entreprise ». Que l’utopie semble loin !.."
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Secrets des affaires

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 

...Et affaires secrètes                                               
.                                          Personne n'a à y mettre son nez.
 Sauf que...il y a affaires et affaires..
     La notion de secret des affaires recouvre des aspects variés et parfois contradictoires.
       Le risque est grand quand on l'invoque de tout mélanger: le légitime et le moins légitime.
  Il est nécessaire de répéter qu'un certain nombre d'affaires d'Etat ne doivent pas, du moins pour un temps, devenir publiques et exigent même parfois un secret absolu. Certains secrets d'Etat ont leur valeur. Comme dans certaines dispositions secrètes dans la lutte antiterroristes, certaines négociations diplomatiques cruciales...A condition que ces dits secrets ne servent pas d'alibis à certaines pratiques privées qui n'ont rien à voir avec l'intérêt général ou à des manoeuvres discutables et des pratiques douteuses...     
   De même pour les secrets industriels de fabrication et de pratiques des entreprises, dont il faut préserver le contenu contre intrusions, espionnages et piratages, dans un contexte de concurrence non faussée..
   Mais il est des pratiques dans le domaine économique qui nécessitent d'être portées au grand jour, pour un fonctionnement plus normal, plus légal des affaires. Il est sain de pouvoir dénoncer pratiques douteuses, ententes sur les prix, corruptions, etc...
Les journalistes sont  contre la loi, telle qu'elle est. contre l'omerta sur certaines pratiques frauduleuses internes ou externes de certains groupes financiers ou industriels. Il importait de faire la lumière sur certaines pratiques bancaires génératrices de crises, de certaines firmes dont les produits sont nocifs à la santé, etc.  Les victimes de l'amiante, notamment, apprécieront. Les exemples surabondent.  Informer n'est alors  pas un délit. C'est souvent le contraire.
  Les lanceurs d'alerte désintéressés, intérieurs ou intérieurs, se révèlent souvent nécessaires pour mettre à jour certaines pratiques déloyales ou frauduleuses, parfois savamment voilées.  La loi est une une menace pour eux. Pour nous. Pour l'intérêt général. Surtout quand le Sénat durcit le texte.
La loi des plus forts risque fatalement de s'imposer sur des plans hautement sensibles.
      C'est là toute l'ambiguïté de la directive sur le secret des affaires.
   Au sens strict, sans cela, pas de Panama papers, pour ne citer que la dernière affaire mise à jour.
 On comprend donc les réticences et les oppositions devant un texte vague ou biaisé, favorables à certains milieux où l'on préfère la chape de plomb à la lumière trop crue. 
      Telle qu'elle était déjà, la directive sur le secret des affaires menaçait les lanceurs d'alerte:
 ...Michel Barnier, le commissaire au marché intérieur de l’époque, s’est laissé convaincre et a proposé, en novembre 2013, une directive sur le secret des affaires, une législation a minima qui autorise les Etats à aller plus loin s’ils le souhaitent. Ce projet ayant été largement inspiré par des cabinets d’avocats grassement rémunérés par les multinationales, comment s’étonner que sa première version permettait d’interdire aux journalistes de faire leur métier et de baillonner les lanceurs d’alerte ? En effet, le « secret des affaires » aurait concerné l’ensemble de la société et plus seulement les concurrents commerciaux : « de facto, on passe d’un cadre juridique de concurrence déloyale à quelque chose qui se rapproche de la propriété intellectuelle, sur le modèle américain où le secret des affaires en est une catégorie », explique Martin Pigeon de Corporate Europe Observatory: « l’intention concurrentielle n’est plus requise ».
       Les alertes dites "éthiques" risquent d'être sérieusement entravées, vois réprimées.
           Les hommes qui en savaient trop sur certaines affaires doivent être protégés.
     La loi française a un peu progressé sur ce sujet, et reste équivoque et parfois contradictoire.
 Malgré la volonté de création d'un statut unique de protection de tous les lanceurs d'alerte, le dispositif pénal était vague et formel. Il l'est maintenant beaucoup moins...
    Le Conseil d'État a émis un avis défavorable jeudi dernier au dispositif de «convention de compensation d'intérêt public» (CCIP) aussi appelé «transaction pénale». La mesure a donc été retirée de la loi Sapin 2. Cette proposition très symbolique, entendait permettre aux entreprises soupçonnées de corruption de payer une amende -plafonnée à 30% de leur chiffre d'affaires moyen sur les trois dernières années-, sur le modèle américain du «plaider coupable», plutôt que de s'engouffrer dans des procédures judiciaires lourdes, longues et qui n'aboutissent jamais à des sanctions en France.
      Il reste bien du chemin à faire pour progresser contre la pression des lobbies et ne pas tomber dans la répression légale, comme aux USA, dans l'affaire Bradley Manning, qui nous apprend beaucoup sur la justice militaire américaine et le droit à l'information. 
        "...Toute cette affaire, tant le déroulé du procès que le verdict, inquiète de nombreuses associations. Pour l’ACLU, « il semble clair que le gouvernement cherche ainsi à intimider quiconque ayant en tête de révéler des informations de grande valeur dans le futur ». Même son de cloche chez Reporters sans frontières, déclarant que « le verdict sert d’avertissement à tous les lanceurs d’alerte, contre lesquels l’administration Obama est en train de mener une offensive sans précédent, en ignorant l’intérêt public de leurs révélations » (ici). 
« Cela menace aussi le futur du journalisme d’investigation, qui risque de voir sa source s’assécher », poursuit l’association. Elle estime que Manning a révélé de « graves abus » commis sous l’administration Bush, en témoigne la vidéo montrant un hélicoptère de l’armée américaine ciblant et tuant une douzaine de personnes dont deux photographes de l’agence Reuters, en 2007, rendue publique par WikiLeaks en avril 2010..."
              L'information est un combat.
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Allemagne: nach Osten

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 

 De Berlin à Shanghaï
                                  C'est vers l'Est aussi que regarde de plus en plus Berlin...
              ...Qui a la tête le porte-monnaie ailleurs. 
  Vers une redistribution des cartes, une recomposition des alliances?
            Depuis la réunification et l'ère Schröder, l' Allemagne, malgré ses failles, amorce à bas bruit un changement de cap économique et géostratégique, une sorte de  lent glissement de plaques géo-économico-politiques. Un Drang nach Osten progressif et pacifique, celui-là, une offensive mercantile guidée en coulisse par les grands groupes industriels allemands, inspirateurs de la nouvelle voie allemande, qui modifie peu à peu  ses rapports au monde de l'Ouest dictés par l'après-guerre. 
    Avec Poutine se dessine, malgré les vicissitudes, une convergence d'intérêts.
  Avec la Chine, un partenariat très avantageux et sans doute durable est engagé 
________On a ainsi pu parler d'une Allemagne devenant progressivemnt post-occidentale
                                       On peut lire à ce sujet le blog de Coralie Delaume, qui  renvoie à un article de Hans Kundnani, paru dans la revueForeign affairs de janvier-février 2015. Hans Kundnani est un spécialiste de la politique étrangère allemande et officie notamment au sein d'un Think Tank, le Conseil européen pour les relations internationales:  
                                      ( Extraits)   "... La réponse germanique à la crise ukrainienne doit être replacée dans le contexte d'un affaiblissement de long terme de ce qu'on nomme la Westbindung, c'est à dire l'arrimage du pays à l'Ouest, en vigueur depuis l'après-guerre. La chute du mur de Berlin et l'élargissement de l'Union européenne ont libéré le pays de la dépendance à l'égard des États-Unis que lui imposait l'impératif de se protéger contre l'Union soviétique. Dans le même temps, l'économie allemande, très dépendante aux exportations, est devenue plus tributaire de la demande des marchés émergents, notamment du marché chinois. 

  Le pays a beau rester attaché à l'intégration européenne, ces facteurs permettent tout à fait d'imaginer une politique étrangère allemande post-occidentale. Un tel changement a des enjeux de taille. Étant donnée la montée en puissance de l'Allemagne au sein de l'UE, les relations du pays avec le reste du monde détermineront dans une large mesure celles de tout l'Europe...
    Après la Seconde Guerre mondiale, l'Allemagne de l'Ouest participe à l'intégration européenne, et, en 1955, elle rejoint l'OTAN. Pour une bonne quarantaine d'années, la Westbindung conduit l'Allemagne à prendre des initiatives de sécurité conjointes avec ses alliés occidentaux, ce qui représente pour elle une nécessité existentielle l'emportant sur tout les autres objectifs de politique étrangère. Le pays continue de se définir comme une puissance occidentale tout au long des années 1990. Sous le chancelier Kohl, l'Allemagne réunifiée décide d'adopter l'euro. À la fin de la décennie, elle semble même se réconcilier avec l'utilisation de la force militaire pour s'acquitter de ses obligations de membre de l'OTAN. Après le 11 septembre 2001, Gerhard Schröder promet aux États-Unis une « solidarité inconditionnelle » et engage des troupes en Afghanistan.
 
    Toutefois, au cours de la dernière décennie l'attitude de l'Allemagne envers le reste du monde occidental change. Dans le débat sur l'intervention en Irak en 2003, Schröder évoque l'existence d'une « voie allemande », qui se distingue de la « voie américaine ». Et depuis lors, la République fédérale n'a cessé d'affermir son opposition à l'usage de la force armée. Après son expérience en Afghanistan, elle semble avoir décidé que la meilleure leçon à tirer de son passé nazi n'était pas « plus jamais Auschwitz » - l'argument précisément invoqué pour justifier la participation à l'intervention l'OTAN au Kosovo en 1999 - mais « plus jamais la guerre ». D'un bout à l'autre de l’échiquier politique, les responsables allemands définissent désormais leur pays comme unFriedensmacht , une « puissance de paix »...
  L'une des raisons pour lesquelles l'Allemagne a négligé ses obligations envers l'OTAN est que la Westbindung n'apparaît plus comme une nécessité stratégique absolue. Après la fin de la guerre froide, l'Union européenne et l'OTAN se sont élargies aux pays d'Europe centrale et orientale, ce qui fait que l'Allemagne est désormais « entourée d'amis» et non plus d'agresseurs potentiels, comme l'a dit un jour l'ancien ministre de la Défense Volker Rühe. Elle est donc bien moins dépendante des États-Unis pour sa sécurité. 
     Dans le même temps, son économie est devenue plus dépendante des exportations, notamment en direction de pays non-occidentaux. Durant la première décennie de ce siècle, alors que la demande intérieure restait faible et que les entreprises gagnaient en compétitivité, l'Allemagne devenait de plus en plus accro aux débouchés extérieurs. Selon la Banque mondiale, la part des exportations dans le PIB du pays a bondi de 33% 2000 à 48% en 2010. Ainsi, à partir de l'ère Schröder, l'Allemagne commence orienter sa politique étrangère en fonction de ses intérêts économiques et plus particulièrement en fonction des besoins de son commerce extérieur.
      Un autre facteur a également contribué à cette réorientation. Il s'agit de la montée d'un sentiment anti-américain dans l'opinion publique. Si la guerre en Irak a rendu les Allemands confiants dans leur capacité à se montrer autonomes vis à vis des États-Unis sur les questions militaires, la crise financière de 2008 a fait naître l'idée qu'ils pouvaient également s'autonomiser dans le domaine économique. Pour beaucoup d'Allemands, la crise a mis en évidence les lacunes du capitalisme anglo-saxon et validé le bien fondé d'une économie sociale de marché comme la leur. En 2013, les révélations relatives aux écoutes de la NSA y compris sur le téléphone portable de Merkel, ont encore renforcé ce sentiment anti-américain. Désormais, beaucoup d'Allemands disent qu'ils ne partagent plus les mêmes valeurs que le États-Unis. Certains avouent même qu'ils ne les ont jamais partagées....
       La politique russe de l'Allemagne a longtemps été basée sur l'échange politique et sur l'interdépendance économique. Lorsque Willy Brandt devient chancelier de la RFA en 1969, il essaie de contrebalancer la Westbindung en recherchant une relation plus ouverte avec l'Union soviétique. Il inaugure une nouvelle approche devenue célèbre sous le nom d'Ostpolitik (ou « politique orientale »). Brandt pensait que l'approfondissement des entre les deux puissances pourraient éventuellement conduire à la réunification allemande, une conception que son conseiller Egon Bahr baptisa Wandel durch Annäherung: le « changement par le rapprochement ». 
    Depuis la fin de la guerre froide, les liens économiques entre Allemagne et Russie se sont encore renforcés. Invoquant le souvenir de l'Ostpolitik, Schröder entreprit lui-même une politique de Wandel durch Handel , ou « changement par le commerce ». Les responsables politiques allemands, en particulier les sociaux-démocrates, se sont faits les hérauts d'un « partenariat pour la modernisation », au titre duquel l'Allemagne fournirait à la Russie la technologie pour moderniser son économie - puis, idéalement, ses pratiques politiques.
    L'existence de ces liens aident à comprendre la réticence initiale de l'Allemagne à l'idée d'imposer des sanctions après l'incursion russe en Ukraine en 2014. Avant de décider si elle emboîterait ou non le pas aux États-Unis, Mme Merkel a subi les pressions de puissants lobbyistes de l'industrie, emmenés par le Comité pour les relations économiques en Europe de l'Est...
 La forte dépendance allemande à l'énergie russe a également conduit Berlin à redouter les sanctions. Après la catastrophe nucléaire de Fukushima en 2011, la République fédérale a en effet décidé de sortir du nucléaire plus tôt que prévu, ce qui a rendu le pays plus dépendant encore au gaz russe. En 2013, la Russie fournissait environ 38% de son pétrole à l'Allemagne et 36% de son gaz. L'Allemagne pourrait certes diversifier ses sources d'approvisionnement, mais un tel processus prendrait des décennies. Dans l'immédiat, elle se montre donc réticente à toute perspective de contrarier Moscou....
  Les industriels allemands ont eu beau accepter les sanctions, ils n'en ont pas moins continué à faire pression sur Merkel pour les assouplir. En outre, l'Allemagne a clairement fait savoir qu'aucune option militaire n'était sur la table. Au moment du sommet de l'OTAN au Pays de Galles en septembre, Merkel s'est opposée au projet d'établir une présence permanente de l'Alliance en Europe orientale, et a fait valoir qu'une telle initiative constituerait un viol de l'acte fondateur OTAN-Russie 1997. Pour le dire autrement, la République fédérale n'a aucune volonté de mener une politique de containment de la Russie.
 
                              Le pivot vers la Chine
     L'Allemagne s'est également rapprochée de la Chine, un indice encore plus probant de l'amorce d'une politique étrangère post-occidentale. Comme avec la Russie, les liens sont de plus en plus étroits. Durant la décennie écoulée, les exportations vers la Chine ont augmenté de façon exponentielle. En 2013, elles sont montées jusqu'à 84 milliards de dollars, presque le double du montant vers la Russie. L'Empire du Milieu est devenu le deuxième plus grand marché pour les exportations allemandes hors de l'UE, et pourrait bientôt dépasser les États-Unis pour devenir le premier. Il est d'ores et déjà le principal marché pour Volkswagen et pour la Classe S de Mercedes-Benz....
     Pour l'Allemagne, la relation est essentiellement économique, mais pour la Chine, qui souhaite une Europe forte pour contrebalancer la puissance américaine, elle est également stratégique. Pékin voit l'Allemagne comme une clé pour obtenir le type d'Europe qu'elle désire, d'abord parce que la République fédérale semble être de plus en plus puissante au sein de l'Union européenne, mais peut-être aussi parce que les tropismes allemands semblent plus proches des siens que ne le sont ceux, par exemple, de la France ou du Royaume-Uni. 
      Le rapprochement Berlin-Pékin intervient cependant que les États-Unis adoptent une approche plus dure envers la Chine dans le cadre de ce qu'on appelle leur pivot vers l'Asie. Ceci pourrait poser un problème majeur à l'Occident. Si Washington venait à se trouver en conflit avec la Chine sur des questions économiques ou de sécurité, s'il venait à y avoir une « Crimée asiatique » par exemple, il y a une possibilité réelle que l'Allemagne demeure neutre. Certains diplomates allemands en Chine ont déjà commencé à prendre leurs distances avec l'Ouest. En 2012 par exemple, l'ambassadeur d'Allemagne à Pékin, Michael Schaefer, déclarait dans une interview: « je ne pense pas qu'il y existe encore une chose telle que l'Occident ». Compte tenu de leur dépendance croissante au marché chinois, les entreprises allemandes seraient encore plus opposées à l'idée de sanctions qu'elles ne le furent contre la Russie. Le gouvernement allemand serait d'ailleurs plus réticent à en prendre, ce qui creuserait encore les divisions au sein de l'Europe, puis entre l'Europe et les États-Unis.
..
 ...    L'Allemagne se trouve à présent dans une position plus centrale et plus forte en Europe. Pendant la guerre froide, la RFA était un État faible et quasi marginal de ce qui est devenu l'Union européenne. A l'inverse, l'Allemagne réunifiée est aujourd'hui l'une des plus fortes, si ce n'est la plus forte puissance d'Europe. Ceci étant donné, une Allemagne post-occidentale pourrait emporter à sa suite nombre d'autres pays, en particulier les pays d'Europe centrale et orientale dont les économies sont profondément imbriquées avec la. Si le Royaume-Uni quitte l'UE, comme il est en train de l'envisager, l'ensemble sera encore plus susceptible de s'aligner sur les préférences germaniques, en particulier pour tout ce qui concerne les relations avec la Russie et la Chine. Dans ce cas, l'Europe pourrait se trouver en opposition avec les États-Unis – et une faille pourrait s'ouvrir au sein du monde occidental, pour ne jamais se refermer..." (Merci à Coralie Delaume)_______________________________
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LU

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 

__ De quelques arguments discutables
            Sur l'ISF, le pouvoir d’achat, la SNCF 
                   Des contre-vérités aussi. Sait-on vraiment où l'on va?
                     Voir ce que sont devenus les chemins de fer britanniques.
                  Des calculs effectués en 2017 par le Trade Union Congress, la plus grosse centrale syndicale de Grande-Bretagne, ont montré que les Britanniques dépensaient en moyenne 14 % de leur salaire pour se rendre en train sur leur lieu de travail, contre 2 % pour les Français et 3 % pour les Allemands et les Espagnols....    C'est souvent peu dit.
                             Un contre-modèle, aux dires d'une Britannique.
         
__ Frappes en Syrie :  démentis d'autres pays

 

__ Système de santé britannique: bien plus malade que le nôtre.

__ La barbe: un symbole viril? chic et choc.


__ De drôles de bêtes

__ ll y a douleur et douleur.

__ Pour un new deal européen? oui, mais...

__ Le néo-sionisme israëlien vu par l'ex-ambassadeur israélien en France

__ Mauvaise nouvelle venue d'Allemagne pour Macron
                        "Le parti conservateur d'Angela Merkel en Allemagne a pris nettement ses distances lundi 16 avril avec les projets de réforme de la zone euro d'Emmanuel Macron, à la veille d'un discours du chef de l'Etat français au Parlement européen. L'Union démocrate-chrétienne (CDU) de la chancelière a notamment émis des critiques sur l'idée de création d'un budget propre à la zone euro pour aider les investissements. "Je ne pense pas que cela soit une bonne idée" d'avoir un deuxième budget distinct de celui qui existe déjà pour l'Union européenne dans son ensemble, a indiqué à la presse la secrétaire générale et numéro deux du mouvement, Annegret Kramp-Karrenbauer, une très proche d'Angela Merkel..."
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Rêves de Berck

Publié le par Jean-Etienne ZEN

Berckofolies____________________________________________________________________

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