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Ces catastrophes dites naturelles

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 

Amnésie. 
             Par- delà les drames humains, la stupeur, l'accablement, c'est l'étonnement qui étonne.
   Dame nature, là comme ailleurs, suit son cours. Elle n'a aucune fin qui lui soit d'avance fixée, comme le disait Spinoza. Ses mécanismes suivent des déterminismes de plus en plus connus.
Elle se moque de la négligence des hommes et de leurs intérêts. A eux de composer avec elle, le plus intelligemment. On en est loin...
Certes, la nature, notre matrice, est finalement la plus forte, comme on dit. Elle aura le dernier mot.
Mais elle a parfois bon dos, quand elle semble ne pas se plier à nos désirs. On le répète à chaque fois, depuis tant d'années: à Nîmes, Vaison-la-Romaine, etc...C'est l'homme qui se met le plus souvent en situation de risques. La nature ne se venge pas, elle exerce ses lois. Aveuglément. Des banalités à répéter.
        L’urbanisation inconsidérée, dans certaines régions et dans certains lieux, a été maintes et maintes fois montrées du doigt, comme hier soir.
        Comme le dit un intervenant sur Mediapart: "...C'est une une région conçue par des fous. 
Je connais bien l’endroit. C’est une épouvante, ce pays. Entre Grasse, Cannes, Mandelieu, Sofia-Antipolis, Opio, Antibes et Biot, il n’y a rien. Rien de compréhensible. Il y a des villes, et entre les villes, des centres commerciaux, des bureaux, des pépinières, des entreprises et des villas palissadées. Il y a des routes qui cheminent comme elles peuvent et sont heureuses de trouver des ronds points pour faire demi-tour. Il y a un urbanisme sans plan, sans unité architecturale, sans cohérence. Il n’y a dans ce pays nulle colonne vertébrale à laquelle l’homme ordinaire projeté innocemment ici peut se soutenir : ici est-il perdu, car il n’existe aucun repère ordinaire. Et il est seul, angoissé, car ici est le domaine de la grosse voiture. Rien ne se peut sans elle. Cette région n’a pas été conçue par des êtres vivants mais par le prix du foncier et la bêtise de l’héliotropisme. La mer rend con, surtout quand elle est au soleil...." 
     Le bétonnage effréné, l'urbanisation forcenée, l'occupation des sols irréfléchie, la perte de mémoire, le faux sentiment de sécurité au sein d'une nature oubliée ou artificiellement envisagée, réduite à un décor...Autant d'éléments qui entrent en jeu, en proportions diverses, dans des débordements naturels, vite rangés dans le domaine de l'oubli ou du déni. On revient sur les bords fertiles d'un volcan, comme près de Naples, on n'entretient plus les cours d'eau ou on les canalise à outrance, on continue à désertifier une terre fragile ou à assécher des marais ....On oublie les épisodes cévenoles réguliers, les cycles volcaniques périodiques, etc... 
     Le risque de forts orages en cette saison est connu. Sur le site de l’Observatoire français des tornades et orages violents, il est ainsi écrit que «la journée du 3 octobre compte parmi les jours à risque orageux marqué sur la France, […] avec une probabilité d’orage sévère de 27%». Mais surtout, ce qui est noté et pointé du doigt par les météorologues interviewés par différents médias, c’est l’impact de l’urbanisation. Notre aménagement urbain n’est pas du tout adapté à une montée brutale des eaux.
... Magali Reghezza-Zitt, géographe spécialiste de l'Environnement et des villes, fait le même constat: «Ces inondations sont les conséquences directes de l'urbanisation du littoral français. À un moment, les canalisations ne sont plus capables d'absorber le trop-plein d'eau et ça déborde.» 
     Une analyse qui est loin d’être nouvelle. En 2012, un rapport sénatorial s’était penché sur deux épisodes rapprochés de crues dans le Var. Ses auteurs concluaient que, «à strictement parler, les inondations et leurs conséquences ne sont pas des catastrophes “naturelles. En effet, si le fait déclencheur est bien un phénomène météorologique, parfois hors norme [...], il s'applique à un territoire de longue date remodelé par l'homme, ce qui en diminue ou en aggrave les conséquences».
    La catastrophe est rarement seulement naturelle.
          L'erreur humaine et une certaine urbanisation sont en cause.
              Katrina est un exemple dramatique, prenant une ampleur politique
__________________________..
______             (*)  Seule une gigantesque dose de naïveté ou de malhonnêteté politique peut faire dire que la catastrophe qui vient de se produire dans les Alpes-Maritimes et ses victimes sont le fait d’une inondation violente non prévisible. Il y a déjà plusieurs années que nombre d’études de géologues et chercheurs de différentes disciplines (1) montrent de manière indiscutable que depuis trente ans, ce genre de désastres et d’autres sont devenus plus fréquents et plus dévastateurs, en France comme en Italie, en Europe et dans le monde entier (même si nous n’avons pas les cyclones, les tornades ou les tsunamis habituels sur d'autres continents).
    Selon les données disponibles, les inondations ont provoqué en France plus de 397 morts de 1990 à aujourd’hui, presque autant que dans les autres pays comparables – sans compter toutefois les morts dus aux «effets collatéraux». Les dommages matériels sont énormes et les coûts supportés par la population elle-même, par les collectivités locales et par les Etats sont impressionnants; le plus souvent, ceux-ci font l’objet d’un business acharné aux dépens des gens qui n’ont pas de relations privilégiées avec les élus et le monde des affaires ; on peut même dire que dans nombre de cas, ce sont les acteurs du business de la gestion des catastrophes et de l’après celles-ci qui ont intérêt à leur reproduction.
    Les gouvernements qui se sont succédé depuis les années 1980 n’ont presque jamais adopté de sérieux programmes d’assainissement du territoire indispensables pour mettre au point des dispositifs de prévention efficaces. Il est connu en effet que les catastrophes dites «naturelles» se sont aggravées tout d’abord à cause du bétonnage du territoire, de la déforestation, surtout dans les hauteurs, bref en raison de la spéculation immobilière et des grands travaux, le tout sans aucun souci pour les conséquences désastreuses que ces œuvres provoquent. Encore plus graves sont les désastres silencieux, à savoir les désastres sanitaires directement liés à la pollution découlant de substances ou déchets toxiques allant jusqu’à produire une vaste diffusion de cancers. Assez souvent, on ignore que les inondations ne font qu’amplifier cette contamination.
    Or, force est de constater que depuis trente ans (encore plus qu’auparavant), les élus locaux et les gouvernements de tous les pays ne font pas grande chose pour faire face aux risques de ces catastrophes. Les agences de contrôle sont souvent affaiblies, privés de moyens suffisants et parfois une partie de leurs personnels est corrompue. Une partie de la population elle aussi est complice, notamment quand elle vote pour tel élu ou tel député qui lui donnera l’autorisation de construire même dans des sites à risque ou provoquant des risques. La logique commune qui s’est imposée est de privilégier le bâti, tout comme l’industrie et les grands travaux, malgré les risques et même aux dépens de la santé publique, souvent à travers le travail au noir de néo-esclaves (immigrés irréguliers fort utiles) et à travers les pots-de-vin et la corruption des contrôleurs.
    ....Pour les tenants du sécuritarisme néo-libéral, les morts dus aux catastrophes et les cancers liés à la pollution industrielle, nucléaire et militaire, même s’ils sont chaque jours des milliers, ne comptent pas. Ainsi, la res publica à laquelle un gouvernement effectivement démocratique devrait subordonner toute son œuvre a été totalement bafouée. Cela veut dire que face aux risques d’inondation, il est absolument nécessaire d'adopter un programme d’assainissement du territoire. Et cela n’est pas du tout un investissement à perte ; non seulement il permet de créer une très grande quantité d’emplois, mais il permet aussi de créer les conditions pour un futur de développement sain et durable.
    Bien évidemment, cela est le contraire de la logique du profit maximum hic et nunc et sur la peau de quiconque. Et c’est aussi le contraire d’une autre trouvaille néo-libérale : celle qui propose aux gens (individualisés) qui vivent dans les situations à risques de développer leur résilience, d’apprendre à s’arranger, à vivre avec, à se débrouiller. C’est ce nouveau mot magique que les autorités européennes et des pays dits occidentaux ont mis à la mode, selon une approche psychologisante qui de toute évidence reporte sur les populations à risque les coûts des catastrophes provoquées par la gouvernance néo-libérale. Il y a là une sorte d'éternel retour d'une certaine psychologie ancillaire des dominants, qui de facto cherche à renouer le darwinisme social sinon la thanatopolitique, voire l’élimination de ceux qui ne sont pas capables de se doter des moyens de faire face aux risques (voir le sort des pauvres après Katrina à La Nouvelle Orléans). Ainsi, les questions du développement, voire du futur même de l’humanité (qui devraient être discutées aussi prochainement à l’occasion de COP21 à Paris) n’entament en rien les orientations de la gouvernance de la sécurité, lesquelles continuent à ignorer la vie et le futur de l’humanité,.. 
       (1) Voir entre autres les actes du colloque Catastrophes, vulnérabilités et résiliences dans les pays en développement, les livres Le gouvernement des catastrophes, dirigé par S. Revet et J. Lagumier, Kathala, 2013; La mondialisation des risques, dirigé par Soraya Boudia et Emmanuel Henry, PUR, 2015; Governance of Security and Ignored Insecurities in Contemporay Europe, Ashgate, 2016
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Hyperpuissance américaine

Publié le par Jean-Etienne ZEN

Quelques aspects.
                       Le Général de Gaule mettait à son époque en garde contre les pouvoirs et les pressions des USA, qui n'avaient souvent cure de la souveraineté des Etats et de leur gestion politique et économique, malgré  les apparences, qui savaient imposer leur intérêts d'abord, au détriment de toute solidarité.
   Les dires de Mitterrand à la fin de sa vie vont dans le même sens, du point de vue essentiellement diplomatique.

   Ce n'est pas le peuple qui est en question , mais les pouvoirs successifs, surtout depuis leur hégémonie mondiale de fait, surtout depuis le fin de la guerre de 14.
    Ce n'est pas seulement letrumpisme qui pose problème, qui n'est qu'une inflexion sur une ligne qui ne change guère sur le fond. Business first!
    Les pays européens se sont vite retrouvés dans des liens de vassalité de fait, notamment sur un plan monétaire autant que militaire, par rapport à Washington.
     Le principe, le droit d'extéritorrialité s'impose toujours, qui fait encore de l'Amérique, comme on dit, le gendarme du monde, de manière "pacifique" ou indirecte ou de manière frontale et violente.
              Michel Cabirol, dans La Tribune recense à sa manière les quelques "recettes" qui expliquent l'hégémonie de cette puissance impériale:

                                Les Etats-Unis, l'hyperpuissance à qui rien ne résiste ou presque. Avec Donald Trump, Washington assume aujourd'hui complètement ce rôle de gendarme du monde. L'actuel président américain ne fait pourtant qu'utiliser un arsenal judiciaire mis en place depuis longtemps par ses prédécesseurs comme les lois Helms-Burton et d'Amato adoptées en 1996. Elles pénalisaient les transactions commerciales réalisées respectivement avec Cuba, la Libye et l'Iran. Les précédents présidents américains n'ont jamais hésité eux non plus à se servir de cet arsenal.   En conséquence, entre 2009 et 2016, les banques européennes ont par exemple versé environ 16 milliards de dollars de pénalités infligées pour violations des sanctions internationales américaines et/ou de la législation anti-blanchiment aux administrations américaines, dont  8,97 milliards pour BNP Paribas. Ces sanctions entraînent "aussi, inévitablement, des interrogations sur un possible ciblage des entreprises européennes et sur la loyauté de certaines pratiques des administrations américaines", avaient d'ailleurs estimé en février 2016 les auteurs d'un rapport sur l'extraterritorialité de la législation américaine, les députés Pierre Lellouche et Karine Berger. ...
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Optimisation fiscale: la fête est finie?

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 Vraiment?
                          L'optimisation fiscale, sous tous ses aspects, si coûteuse pour les finances publiques, semble mise enfin en question.
   Bonne nouvelle! C'est 600 milliards par an, selon Antoine Peillon, qui rentreraient en France dans les caisses caisses de l'Etat et qui ne migreraient plus vers les banques les plus accueillantes ou les pays les plus complices,,même au coeur de l'Europe, où la convergence reste un leitmotiv plutôt vide de sens.
    La guerre des picsous arriverait-elle enfin à son terme?
Plus jamais ça! C'est fini! clamaient certains chefs d'Etat en plein G20. Les tombeurs de paradis fiscaux se sont vite retrouvés  sans voix.
            L'OCDE, elle, va-t-elle enfin mettre un terme à des pratiques qui concernent les multinationales en premier plan.
  Les premières tentatives d'Obama seront-elles suivies, prolongées et systématisées, comme le proclamaient des politiques, la main sur le coeur?
    Les ambitions de l'OCDE méritent d'être saluées. On semble enfin (peut-être) assister à un tournant historique (
                        Mais ce projet aboutira-t-il à une meilleure transparence fiscale, même si on peut douter que les juteuses incitations financières de certains pays européens aux entreprises les plus lucratives puissent se réduire ou cesser tout à fait. Le scandale des paradis fiscaux va-t-il cesser et les mesures décidées ne vont-elles pas se heurter à des obstacles ou à des détournements?
     La transparence annoncée a ses limites et les résistances de certains Etats, de certaines mutinationales, ainsi que les casse-têtes juridiques ne manqueront pas. De plus, le texte semble bien avoir été édulcoré:
...Malgré tous les efforts déployés par le monsieur fiscalité de l’OCDE, Pascal Saint-Amans, qui espère que ce plan siffle « la fin de la récréation », le lobbying des boîtes et surtout des Etats aurait pesé sur le texte final du plan en 15 actions dévoilé ce lundi – en jargon OCDE, on appelle ça la lutte contre l’érosion de la base d’imposition et le transfert des bénéfices, résumée sous l’acronyme anglais de BEPS. Les ONG spécialistes du sujet, comme Oxfam, CCFD-Terre solidaire et Anticor, ont poussé un gros coup de gueule contre les coups de gomme passés ici ou là...
      Malgré des succès déjà obtenus, il importe de suivre les applications concrètes et effectives des brèches entamées par l'OCDE.
                     Dossier à suivre... 
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Démocraties en péril

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 

 Un système si fragile...
                          Oui, la démocratie peut mourir, faute d'en entretenir la flamme si faible, toujours trop faible..
   Certains épisodes de l'histoire récente l'ont bien montré, cette flamme peut s'éteindre ou devenir extrêmement ténue, jusqu'à s'éteindre.. Au nom de la démocraie, on peut même en inverser les valeurs.


        Par les temps qui courent, il semble que nous soyons entrés dans une sorte de somnambulisme politique.
  La montée de tendances de repli identitaire, quel que soit le nom qu'on donne à ces phénomènes nouveaux de nationalismes autocratiques, qui voit l'émergence de partis qui ne manquent d'inquiéter, parfois avec d'effrayantes régressions, ne semble pas soulever de grandes protestations.   Parfois, au contraire, on se précipite dans le bras de ceux qui prétendent vouloir notre bien, aveuglés par une démagogie qui stimulent les peurs, les frustrations, en jouant sur l'ignorance et la vue à court terme, en flattant les désirs les moins nobles. En jouant aussi sur les insuffisances et les fautes des régimes ou gouvernements précédents.
     On connaît hélas! la chanson. Elle semble se répéter, de Washington à Budapest, de Rio à Ankara.
        Tocqueville avait en son temps, à sa manière, décrit les symptômes des défaillances possibles d' institutions qui demandent une vigilance de tous les instants.  
             Le plus grand danger pour la démocratie est de se croire acquise.
    Rousseau allait jusqu'à dire qu'il il n'y aura jamais de véritable démocratie, qu'on ne peut atteindre qu'imparfaitement, si on la définit strictement, qu'elle est sans cesse améliorable, ceci étant l'affaire de tous, et pas seulement en période électorale.
  Oui, on peut en perdre jusqu'à la notion, du moins pour un temps.
     Il y a tant de précédents!  Là, il y a péril en la demeure. Certaines évidences démocratiques sont  parfois bafouées depuis longtemps, par des impératifs économiques néolibéraux, qui tentent de coloniser l'Etat et de dénaturer les institutions à leur profit.
    Dès lors qu'on ne défend plus ses principes ou que l'on se contente de quelques apparences, c'est déjà le début de la fin.
  Le crépuscule démocratique ouvre la voie à tous les populismes, quels que soient leurs formes..Surtout en période de forte précarité pour une majorité et d'inégalités galopantes. La relative égalité des conditions et des chances est en régression un peu partout. Les Etats sont de plus en plus soumis aux marchés aux intérêts financiers à court terme/  
      Par exemple, la sous-représentation des classes modestes et défavorisées dans les assemblées parlementaires et les degrés supérieurs de l'enseignement est devenue patente. Une régression spectaculaire.
    Un certaine privatisation de la politique nous entraîne vers l'agonie de l'intérêt public, et des notions de relative égalité, de service publics, valeur fondatrice de la République. Depuis que l'Etat est le problème, comme disait Reagan, nous filons dans ce sillage de désengagement des institutions publiques et de libéralisation jusqu' au coeur des institutions. 
   Les élections sont devenues trop souvent des processus truqués reposant sur de faux choix.
Certains désignent cette dénaturation, devenue parfois une caricature, souvent désertée,et en soulignent les périls.
« Contre les élections » : le titre provocateur donné, en 2014, à son essai par le Flamand David Van Reybrouck, (est là) pour souligner le fait que non seulement le vote n’était pas une garantie de démocratie, mais qu'il pouvait même miner celle-ci de l’intérieur, prend une nouvelle lumière aujourd’hui.
    En effet, avec le virage en tête d’un candidat nostalgique de la dictature au Brésil, qui succède à la prise de fonction d’un Donald Trump, ce sont les deux pays les plus peuplés d’Amérique, représentant plus de 500 millions d’habitants, qui se proclament déterminés à remettre leur destin, sans coup de force, à des adeptes d’une politique autoritaire et d’une économie inégalitaire.
   Même si on sait, depuis au moins les élections législatives allemandes de 1932, que le fait de voter n'amène pas nécessairement des démocrates au pouvoir, les élections d’hier aux États-Unis, d’aujourd’hui au Brésil ou de demain en Europe, produisent un vertige inédit.
   En effet, ces votes, à l’instar des diplômes qui valident et réifient des inégalités sociales qu’ils sont censés combattre, légitiment et pérennisent des dangers qu’ils sont censés prévenir. Dans des sociétés aussi divisées et inégalitaires, socialement et racialement, que le Brésil ou les États-Unis, la démocratie réduite à sa façade électorale est en train de se retourner contre elle-même.
    Nous sommes de plus en plus confrontés, en ces temps périlleux, à la question cruciale; disparition ou changement en matière démocratique? Eclipse ou renouveau? Sommeil ou sursaut?
 Mais qui donnera le signal de ce sursaut? Il n'y aura pas d'homme providentiel sans la réaction des peuples eux-mêmes, attachés au libéralisme politique, tel qu'on le définissait déjà chez Montesquieu.
    Face à cette situation où les effets du néolibéralisme entachent les promesses du libéralisme historique et où la démocratie libérale n’est plus défendue que par ceux qui en ont trahi les aspirations en la livrant définitivement aux plus puissants, la tentation peut sembler forte, pour une partie de la gauche, de renoncer à défendre la démocratie libérale, tant les démocraties néolibérales contemporaines se sont désintéressées de la question sociale.   Le risque est pourtant élevé, en voulant se débarrasser de l’eau sale du bain néolibéral, de verser au tout-à-l’égout les principes du libéralisme, indissociables des droits individuels. Et de se priver ainsi d’un vaccin contre les dérives autoritaires, xénophobes ou réactionnaires de certaines majorités ou coalitions politiques.    La façon dont le Mouvement Cinq Étoiles, né d’aspirations légitimes au renversement d’une vie politique corrompue et confisquée et dont le programme originel était fortement marqué à gauche, s’est allié à l’extrême droite italienne et lui a servi de piédestal, est un rappel récent de la nécessité de puissants contrepoisons.
    Le surgissement d'un populisme vertueux peut seul inverser les courants qui nous mènent à l'impasse, ou pire encore.


   Il est déjà bien tard, au vu des dérives auxquelles nous assistons et qui ne nous épargneront peut-être pas, si nous ne sortons pas du sommeil démocratique dans lequel nous nous sommes mollement installés, en tant que consommateurs infantilisés.
   La démocratie (la chose, pas le mot) sera toujours à construire et à reconstruire, toujours imparfaite, parfois trahie ou menacée.
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Où est la violence?

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 

Déchirer ou mouiller sa chemise?
                                              Ils furent choqués ou scandalisés, la plupart des présentateurs de JT, outrés, certains intervenants dits autorisés.
      Sans rien remettre dans le contexte, sans faire la genèse des événements, en ne prenant en compte que ce qui était visible...et médiatiquement marquant.
    Certaines violences sociales sont autrement traitées: on peut rappeler, par exemple, l’incendie du Parlement de Bretagne, en 1994, par des pêcheurs en colère, et les dizaines de blessés des affrontements qui précédèrent, ou bien ce souvenir le traumatisera-il ? Faut-il évoquer la destruction catastrophique d’un chantier TGV, au début des années 2000, par des agriculteurs en colère, ou plus près de nous, en 2014, les incendies de Morlaix par des légumiers furieux, et les commentaires qui suivirent, notamment à droite et à l’extrême droite ?
Ces actes étaient qualifiés de « condamnables », certes, mais de « logiques », et le patron de la FDSEA locale, Thierry Merret, engagé auparavant dans les célèbres Bonnets rouges, connus pour leur mesure et leur délicatesse, était encore plus catégorique : « Je tire un coup de chapeau à ceux qui ont osé faire ce qu’ils ont fait, il faut relativiser, il n’y a pas eu mort d’homme. »
   Alors qu’à Air France, assurément, il y a eu mort de chemise, ce qui est quand même beaucoup plus grave…
     On peut comprendre, à l'heure où les syndicats sont inexistants ou marginalisés et la négociation rarissime ou formelle, que certains travailleurs soient en  colère , parfois désespérés, face à de telles menaces de licenciement au sein d'une entreprise aux desseins peu lisibles, aux virages non négociés.
   Une colère explosive et inadaptée, certes, mais justifiée et non inouïe dans l'histoire du mouvement ouvrier.
      Le top management hors sol, sans cohérence et à courte vue, crée les conditions de l'explosion.
     La violence serait-elle si nouvelle et se définirait-elle seulement par deux chemises déchirées par quelques sans-culottes mal identifiés.    Pourquoi parle-t-on si peu de la violence si peu visible, mais profonde et durable du chômage, et de ses conséquences parfois tragiques, humaines, familiales, sociales. sanitaires...
  Le chômage, surtout de longue durée, est lourd de détresses humaines.
       Il y a violence et violence...Il n'y a pas que des chemises mises à mal, il y a des vies déchirées (*) 
    "S'il y a lynchage, il est social: ce sont les milliers d'emplois supprimés", a tweeté le conseiller régional d'Île de France. "9000 vies brisées contre 2 chemises déchirées"...
     Sans doute la culture et les idées du PDG. ne sont-elles pas pour rien dans le climat de cette grande entreprise. Comme le raconte le reportage de Martine Orange (Le PDG d’Air France divague sur les acquis sociaux), Alexandre de Juniac ne remet pas seulement en cause « les acquis sociaux », il cite son homologue de Qatar Airways qui se fait fort d’envoyer les grévistes en prison, et s’interroge même sur l’idée de faire travailler les enfants, car « qu’est-ce qu’un enfant ? » se demande-t-il tout haut, devant des instances du Medef ? (**)

A priori, ces conceptions ne sont pas jugées violentes et paraissent ne choquer personne. C’est bien simple : deux cadres supérieurs qui se retrouvent sans chemise, c’est insupportable, mais deux mille neuf cents personnes qui se retrouvent en caleçon, c’est la mondialisation
        L'hypocrisie est grande. Elle vient aussi de cette sorte de fausse surprise devant la dureté des rapports sociaux en entreprise. On a construit depuis quelque temps une idée irénique de cette dernière, la décrivant comme un espace qui serait débarrassé des luttes, dans lequel les salariés pour l’essentiel auraient renoncé à se battre, et où un management bienveillant et socialement responsable serait à l’œuvre. C’est ce que proposent les tenants de la vision dite «post-politique» : l’exode intérieur des salariés, le détachement émotionnel du travail, la recherche de sens en dehors de la sphère proprement économique…feraient de l’entreprise un lieu politiquement neutre. Peut-être. Mais quand il s’agit de perdre son emploi, la donne est différente, le désespoir n’est jamais loin. Les aspérités du social n’ont jamais été gommées du monde entrepreneurial, bien au contraire. L’entreprise reste un lieu où l’autorité de certains façonne et guide le destin des autres. Cette violence-là ne se montre guère devant les caméras.
              Certes la cause ultime de ce dégraissage annoncé est la lutte sauvage entre compagnies aériennes, dans des conditions où la concurrence est particulièrement faussée. Les compagnies low cost sont encouragées et parfois aidées, malgré leurs méthodes parfois douteuses, et la tendance est à la rapide concentration par ailleurs.
      Le problème dépasse la compagnie française.  L'essor rapide des compagnies du Golfe,  qui siphonnent les passagers, inquiète pour l'avenir, et pas seulement Air France, car elles ne jouent pas dans la même cour. Leur concurrence déloyale risque de mettre sérieusement en péril les grandes compagnies classiques.
__________________
_____(*)  « Le patronat n’a pas besoin, lui, pour exercer une action violente, de gestes désordonnés et de paroles tumultueuses ! Quelques hommes se rassemblent, à huis clos, dans la sécurité, dans l’intimité d’un conseil d’administration, et à quelques-uns, sans violence, sans gestes désordonnés, sans éclats de voix, comme des diplomates causant autour du tapis vert, ils décident que le salaire raisonnable sera refusé aux ouvriers ; ils décident que les ouvriers qui continuent la lutte seront exclus, seront chassés, seront désignés par des marques imperceptibles, mais connues des autres patrons, à l’universelle vindicte patronale. [...] Ainsi, tandis que l’acte de violence de l’ouvrier apparaît toujours, est toujours défini, toujours aisément frappé, la responsabilité profonde et meurtrière des grands patrons, des grands capitalistes, elle se dérobe, elle s’évanouit dans une sorte d’obscurité. »
[Jean Jaurès, discours devant la Chambre des députés, séance du 19 juin 1906]
_____(**)   "C'est quoi l'âge d'un enfant, de nos jours ? Est-ce que c'est 16, 18 ou 20 ans ? On pense à donner le droit de vote à des enfants qui ont 16 ans ? Est-ce que ce sont des enfants, je ne sais plus... Est-ce qu'il faut les faire travailler, pas travailler ? Pas sûr. (…) La durée du temps de travail, qui, paraît-il, est un acquis social, qu’est-ce cela veut dire pour un ingénieur qui a une tablette et un smartphone et qui travaille chez lui ? (…) Est-ce que cela a un sens de fixer l’âge de la retraite ? (…) Comme le disait mon homologue de Qatar Airways, hier, à propos de la grève, 'Monsieur de Juniac, chez nous, ce ne serait pas possible, on les aurait tous envoyés en prison'." Alexandre de Juniac, PDG d'Air France, discours aux rencontres patronales des Entretiens de Royaumont, 18 mars 2015
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Tour d'horizon

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 

__ Conflits d'intérêts? C'est embêtant...
                                                 Retour des vieilles habitudes?

__ Rayanair: retour des bonnes vieilles pratiques.


__ Les routiers,surtout polonais,sont sympas.

__ C'est viral.

__Solidarité des vers.

__ Brésil: vers une véritable fascisation?

__L'Algérie racontée à Jupiter.

__ Il y a 100 ans, en Argonne.

__ Prédateurs à l'affût.

__ Copie à revoir pour le nouveau plan santé.

__ 1933: quand la presse se taisait 

__ Francophonie ou globishmanie?
                                           Un français qui file à l'anglaise.

__ Nos amis du Golfe:
                               « Lutter contre le terrorisme en faisant affaire avec les Saoudiens, c’est comme combattre le nazisme en allant serrer la main d’Hitler », dit le comédien Simon Abkarian. La France l’aura finalement fait. Le 8 octobre dernier, un décret a entériné l’accord de partenariat avec le royaume des Saoud pour le développement culturel et touristique d’Al-Ula, une oasis de la province de Médine riche de sites nabatéens. Au programme : la construction d’infrastructures touristiques, hôtelières, routières et ferroviaires, mais aussi de deux importants musées. Coût total de l’opération : entre 20 et 50 milliards d’euros, selon Le Quotidien de l’art. De quoi redorer le blason du pays qui a exporté son radicalisme religieux dans l’ensemble du monde musulman avec les conséquences que l’on sait, aujourd’hui engagé dans une lutte sans merci avec le Qatar pour le contrôle de la région, et également partie prenante dans la guerre civile qui ravage le Yémen. Sans parler de l’absence totale de liberté d’expression qui règne en Arabie saoudite, illustrée cette semaine encore par la disparition du journaliste saoudien Jamal Khashoggi. Ni même de la situation des femmes, généreusement autorisées à conduire depuis peu, mais jamais à l’abri d’une lapidation. De tout cela, la France d’Emmanuel Macron, visiblement, n’a que faire. ....
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Climat et histoire

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 
 
Au delà de l'événement
                                             A première vue, on voit mal ce que le climat a à voir avec le déroulement de l'histoire et particulièrement avec le déclenchements de conflits.
   Les vicissitudes météorologiques ont tout à voir avec la nature tandis que les événements historiques  semblent ne relever que de la volonté, des désirs, des passions humaines et des concours de circonstances.
  Mais ces deux aspects du réel ont plus de rapports qu'on ne le croit.
                        La nouvelle histoire, depuis Braudel, a mis l'accent progressivement sur les interactions entre nature et histoire, notamment Leroy Ladurie.
  On a émis et confirmé l'hypothèse de l'importance d'un phénomène climatique majeur comme un des éléments déclencheurs de la Révolution Française. 
 L'historien du climat ne s'intéresse pas seulement au climat mais à ses conséquences humaines. Les aléas climatiques ont souvent des incidences sur l'histoire des hommes.Pour remonter aux origines africaines, cela relève de l'évidence.
  Les émeutes de la faim des dernières années  sont multicausales. Mais les variations aberrantes des marchés ne sont pas seules en cause..
     La climatologie donne des lumières, mais qui ne peuvent pas être suffisantes, quand elles interviennent.
Pas de causalité directe, mais des corrélations parfois évidentes
    Le climat ne peut être considéré comme une cause mécanique, uniquement déterminante, mais comme une donnée incontournable pour comprendre certains changements de fond, par exemple au niveau de l'agriculture et des habitudes alimentaires, donc des progrès futurs, mais aussi des événements qui ont changé le cours des choses , comme le passage des Huns sur le Rhin gelé ou la défaite de l'armée allemande confrontée à l'hiver russe...
_________          Dans le cas syrien, des études récentes ont montré que:
      Entre 2006 et 2011, la Syrie a connu la plus longue sécheresse et la plus importante perte de récoltes jamais enregistrée depuis les premières civilisations du Croissant fertile . Au total, sur les vingt-deux millions d’habitants que comptait alors le pays, près d’un million et demi ont été touchés par la désertification , ce qui a provoqué des migrations massives de fermiers, d’éleveurs et de leurs familles vers les villes . Cet exode a attisé les tensions provoquées par l’afflux de réfugiés irakiens qui avait suivi l’invasion américaine de 2003. Pendant des décennies, le régime baasiste de Damas a négligé les richesses naturelles du pays, subventionné des cultures de blé et de coton nécessitant beaucoup d’eau et encouragé des techniques d’irrigation inefficaces. Surpâturage et hausse démographique ont renforcé le processus. Les ressources hydriques ont chuté de moitié entre 2002 et 2008.
    L’effondrement du système agricole syrien résulte d’un jeu complexe de facteurs dont le changement climatique, une mauvaise gestion des ressources naturelles et la dynamique démographique. Cette « combinaison de changements économiques, sociaux, climatiques et environnementaux a érodé le contrat social entre les citoyens et le gouvernement, catalysé les mouvements d’opposition et irréversiblement dégradé la légitimité du pouvoir d’Assad », estiment Francesco Femia et Caitlin Werrell, du Centre pour le climat et la sécurité . Selon eux, l’émergence de l’Organisation de l’Etat islamique et son expansion en Syrie et en Irak résultent en partie de la sécheresse. Et celle-ci ne relève pas seulement de la variabilité naturelle du climat. Il s’agit d’une anomalie : « Le changement du régime des précipitations en Syrie est lié à la hausse moyenne du niveau de la mer dans l’est de la Méditerranée, cumulée avec la chute de l’humidité du sol. Aucune cause naturelle n’apparaît dans ces tendances, alors que la sécheresse et le réchauffement corroborent les modèles de réponse à la hausse des gaz à effet de serre », estime la revue de l’Académie des sciences américaine .
        Autre exemple: ....Dans l’est de la Chine, durant l’hiver 2010-2011, l’absence de précipitations et les tempêtes de sable, qui ont conduit le gouvernement de M. Wen Jiabao à lancer des roquettes dans l’espoir de déclencher des pluies, ont eu des répercussions en cascade, bien au-delà des frontières du pays. La perte de récoltes a en effet contraint Pékin à acheter du blé sur le marché international. La flambée du cours mondial qui s’est ensuivie a alimenté le mécontentement populaire en Egypte, premier importateur mondial de blé, où les ménages consacrent couramment plus du tiers de leurs ressources à la nourriture. Le doublement du prix de la tonne de blé, passé de 157 dollars en juin 2010 à 326 dollars en février 2011, a été fortement ressenti dans ce pays très dépendant des importations. Le prix du pain a triplé, ce qui a accru le mécontentement populaire contre le régime autoritaire du président Hosni Moubarak.
      Dans la même période, les récoltes de blé, de soja et de maïs de l’hémisphère Sud ont été frappées par la Niña, un événement climatique sévère qui a déclenché une sécheresse en Argentine et des pluies torrentielles en Australie. Dans un article de la revue Nature, Solomon Hsiang, Kyle Meng et Mark Cane établissent une corrélation entre les guerres civiles et le phénomène El Niño Southern Oscillation (ENSO), qui, tous les trois à sept ans, provoque une accumulation d’eaux chaudes le long des côtes de l’Equateur et du Pérou, ainsi qu’un renversement des alizés du Pacifique, associés à d’importants bouleversements météorologiques à l’échelle mondiale. Pour Hsiang et ses collègues, la probabilité de conflits civils double durant le phénomène ENSO. C’est la première démonstration du fait que la stabilité des sociétés modernes dépend fortement du climat global.
    Le changement climatique est devenu un « multiplicateur de menaces » et modifie le cours des relations internationales. A la hard security héritée de la guerre froide succède la natural security, concept forgé par les militaires américains rassemblés au sein du Center for a New American Security. Ce think tank a été créé en 2007 pour contrer le climato-scepticisme des néoconservateurs et identifier les menaces globales émergentes.
    Les sources de l’insécurité environnementale ne peuvent plus se réduire à des éléments purement exogènes et naturels comme les éruptions volcaniques, les tsunamis ou les séismes. Les activités humaines, l’accélération des cycles productifs et leur globalisation concourent à déstabiliser le climat. Le néologisme « anthropocène » désigne cette empreinte démesurée des sociétés industrielles sur le système terrestre.
   En Arctique, où les glaces pourraient avoir complètement fondu d’ici à la fin du siècle, et où les effets du réchauffement global sont deux fois plus intenses qu’ailleurs, la revendication de nouvelles frontières terrestres et maritimes ravive les tensions entre pays circumpolaires. La Russie, qui explore l’Arctique depuis des siècles, est la seule nation à posséder une flotte de brise-glaces nucléaires. Un modèle géant, en cours de construction sur les chantiers navals de Saint-Pétersbourg, sera achevé en 2017.
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Explosif!

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 
 
 On dit qu'il pourrait bientôt se réveiller de son (relativement) long sommeil.
                                                        Mais que veut dire "bientôt" à l'échelle géologique?
    En tous cas, il attire l'attention de beaucoup de vulcanologues sur le terrain et de par le monde.
      Il dort sous la surface de plusieurs Etats américains, et on observe certaines manifestations symptomatiques de la future colère du géant. Mais pour quand?
   Car il est un des plus puissants de sa catégorie, dans la grande famille des volcans,  le long de la ceinture de feu du Pacifique, du nord au sud.
   Peut être les premiers signes du réveil d'un des plus puissants de sa catégorie, après plus de 600000 ans de vie tranquille.

  Yellowstone, la bien nommée. où le soufre montre sa présence disséminée au milieu des sources chaudes et des geysers.
   Parmi les-supervolcans, il est sans doute celui qui détient la palme de la puissance potentielle et de la dangerosité dévastatrice.
    ...Enfouis sous la Californie et le Wyoming, deux volcans en hibernation, dont le Yellowstone, sous le parc du même nom, pourraient un jour se réveiller avec une fureur difficile à imaginer. S’ils entraient en activité, ils enseveliraient sans doute la moitié Ouest des États-Unis sous une couche de cendres de deux mètres d’épaisseur en quelques heures. Cela s’est déjà produit au moins à quatre reprises lors des deux derniers millions d’années. Ces volcans dévastateurs sont nommés supervolcans.
L’éruption d’un supervolcan libère une énergie de l’ordre de un milliard de tonnes de TNT, l’équivalent de celle dégagée par l’impact d’un astéroïde de plus de 300 mètres de diamètre sur la Terre… et elle survient plus souvent. Une telle explosion est potentiellement l’une des catastrophes naturelles les plus dangereuses pour l’humanité ! Outre une destruction immédiate due à la libération de cendres brûlantes, les supervolcans perturbent notablement le climat global durant des années à cause des gaz qu’ils émettent.
      Cela peut peut paraître terrifiant, mais n'a peut-être pas grand sens à l'échelle de plusieurs générations humaines. Cela ne nous concerne pas dans un proche avenir. Quoique...
   Envisager le volcanisme sous son seul aspect (temporairement et localement) destructeur n'est pas raisonnable. Il est à l'origine de plus d'une formations terrestres et on se doute qu'il a quelque chose à voir avec les origines de la vie.et son développement.
      Sans eux, nous ne serions sans doute pas là pour en parler.
  L'immense caldeira intrigue depuis peu les spécialistes, qui y voient, derrière les fumerolles tranquilles du lieu, une véritable bombe à retardement.
  Malgré le conditionnel d'usage, nous ne serions peut-être pas loin de sa spectaculaire manifestation et c'est la terre entière qui serait affectée, ne serait-ce que par le long hiver qui s'en suivrait.
     Mais il n'y aurait pas lieu de s'affoler.
        Certains, dans leur rêve de puissance, rêve déjà de maîtrise du phénomène. Pourquoi pas changer un peu l'orbite de la terre pour neutraliser le réchauffement climatique?
  Nous avons été capables d'aller sur la lune, mais un fantasme de cette ampleur est proprement prométhéen.
    Le catastrophisme est déjà assez exploité comme cela. Pas la peine d'être survivaliste.
       De toute façon, le fatalisme tranquille s'impose. Nous n'avons pas le choix. Au lieu de considérer les volcans comme nos ennemis, on peut aussi se mettre  à les aimer, par seulement à cause de leur splendeur éruptive, mais aussi comme une nécessité dans l'histoire de la terre, de notre histoire, qui débute à peine, mais qui ne sera pas sans fin. Notre espèce est de passage, comme tant d'autres qui ont disparu.
     Et nous avons les moyens de nous détruire de notre propre fait, bien avant sans doute que le méga-volcan nous réveille de nos rêves de maîtrise, de nos fantasmes de toute-puissance....
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Noir c'est noir

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 

D'un monde déglingué à un humour désespéré                  [remaking]
                                                                   De l'humour noir...
                        L'humour est un art délicat

Sans humour, le sérieux tue. Pas d'élégance d'esprit, de légèreté d'être.
Mais trop d'humour tue l'humour.
         Le bon dosage n'est pas facile.(*)
Il y l'humour lourd, dont on se lasse vite, et l'humour subtil, ni blessant, ni répétitif. 
      Il y a aussi l'humour noir, permettant souvent la plus efficace des critiques sociales.
On l'a appelée parfois la politesse du désespoir  
       Un genre difficile à manier. Mais par sa radicalité et son traitement judicieux de la répulsion-dérision, du sentiment d'horreur, de désespoir , à la limite de l'acceptable, il peut parfois, mieux que des discours édifiants ne suscitant pas de réaction, créer un choc émotionnel permettant une prise de conscience salutaire, parfois un plaisir purement esthétique neutralisant l'horreur (de la mort, le plus souvent), parfois une révolte nécessaire.
-"...Dans un monde sans Dieu, sans morale, sans haut ni bas, l'humour noir est la « politesse du désespoir », l'outil par lequel l'homme « polit » la conscience de son propre néant. Cette conception de l'humour noir se retrouve, à la fin du siècle, dans l'œuvre de Dominique Noguez : de toutes les couleurs de l'humour qu'il identifie dans L'Arc-en-ciel des humours, le noir semble bien être la couleur primaire, primordiale, dont toutes les autres ne sont que des reflets. Pour Freud, l'humour sert avant tout à déplacer ou rejeter l'affect douloureux ; mais, comme le dit Noguez, « le malheur se venge » : l'humoriste est un être profondément mélancolique, qui ne peut rire sans pleurer, et dont les larmes, en un cercle vicieux mais esthétique, sont à la source de son rire..."
______"Apprendre à mourir! Et pourquoi donc? On y réussit très bien la première fois." (Chamfort)
-"Je tiens beaucoup à ma montre, c'est mon grand-père qui me l'a vendue sur son lit de mort" (W.Allen)____
___________________*_Jonathan Swift, l'auteur de Gulliver, est un exemple célèbre d'auteur pratiquant l'humour noir radical, avec un sérieux et un détachement parfois glaçants.
       -Dans un monde soumis à l'exclusion et à la famine, il suggère de réinsérer les pauvres dans le cycle économique, puisqu'ils sont des bouches inutiles qui coûtent cher, donc de "rationaliser la mendicité" ("Projet d'attribution d'insignes distinctifs aux mendiants...")
-Dans sa "Modeste contribution..", il suggère aux riches de consommer la chair de bébés, de toute manière en surnombre . En supprimant les enfants, on leur évite la fatale plongée dans la misère et le crime... "J'admets qu'il s'agit d'un comestible assez cher, et c'est pourquoi je le destine aux propriétaires terriens: ayant sucé la moëlle des pères, ils semble les plus qualifiés pour manger la chair des fils."
"Un altruisme dévorant ", en quelque sorte...(Tordjman)
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                                     * Aujourd'hui, où on constate l'augmentation spectaculaire de l'espérance de vie , donc des problèmes liés au vieillissement , à leur coût social et à la question épineuse du paiement des retraites, la question peut se poser de l'"utilité" des vieux..
Ne pourrait -on pas, là aussi, envisager des solutions radicales?
__Bonne question pour s'interroger sur la valeur de la vieillesse et sa valeur sociale: Supprimer les vieux?...
                                     * Les appels à la sagesse écologique semblent très peu entendus, du moins à l'échelle de la planète et sur les problèmes les plus cruciaux. Les solutions apportées semblent si dérisoires et si tardives par rapport aux enjeux que l'on peut se demander si l'humanité ne compromet pas l'existence de la vie sur terre par détérioration irréversible des écosystèmes.
     D'où le titre provocateur:-L'Humanité disparaîtra, bon débarras!
______________________ 
              Pas facile de définir l'humour noir...
-"...la Modeste proposition rappelle davantage d'autres textes du XVIIIe siècle, produits de l'autre côté de la Manche, et qu'on ne songerait pas raisonnablement à classer dans la famille de l'humour, des textes comme Candide ou les pages de L'Esprit des lois consacrées à l'esclavage. De tels rapprochements montrent la frontière parfois mince entre humour noir et ironie (et entre humour et ironie en général) : mais lorsque la fonction pragmatique d'une page réside dans la dénonciation, l'analyse doit renoncer à l'étiquette humoristique.
La Modeste proposition, quoique remarquablement noire par l'alliance de son sujet et du ton détaché de son narrateur, reste en deçà de la sphère spécifique de l'humour noir. On lui préférera, comme exemples plus satisfaisants, des textes comme De l'assassinat considéré comme l'un des beaux-arts de De Quincey, ou « L'appareil pour l'analyse chimique du dernier soupir » de Villiers de l'Isle-Adam . Ce dernier texte a un fonctionnement relativement similaire à celui de la Modeste proposition, puisqu'il s'agit d'une sorte de traité publicitaire parodique, vantant les bienfaits de la dite machine pour habituer les enfants à l'idée de la mort, et finalement éradiquer les désagréments liés au deuil et à la peur du néant dans la société moderne.
Mais alors que les pages de Swift aspiraient à avoir une efficace politique immédiate, celles de Villiers de l'Isle-Adam, si elles dépeignent une idéologie peu reluisante, fonctionnent néanmoins de manière plus gratuite et ne visent pas principalement à dénoncer. L'humour noir y trouve une certaine autonomie poétique, qu'il serait peut-être vain de chercher avant le XIXe siècle. Si l'énonciateur d'un propos ironique et celui d'un propos relevant de l'humour noir se ressemblent à bien des égards, c'est à cause de l'apparent détachement qu'ils affichent tous deux face à leur sujet (on songe encore une fois au condamné à mort de Freud, mais aussi au narrateur de Candide).
La différence fondamentale, encore une fois, réside dans la visée pragmatique du discours : l'ironie en a une, l'humour peut-être pas. Tout au plus dira-t-on avec Freud que l'attitude « pince-sans-rire », « flegmatique », de l'humoriste, joue un rôle dans un processus de désinvestissement affectif : une personne usant d'humour noir le ferait avant tout pour elle-même. En somme, une définition satisfaisante de l'humour noir devrait se faire à la croisée du thématique et du psychologique. La notion de désinvestissement doit pouvoir être généralisée : Freud en parle uniquement à propos du sujet qui ferait preuve d'humour face à son propre malheur, ce qui semble exclure l'humour noir « gratuit », celui d'un De Quincey par exemple. Mais peut-être peut-on parler dans de tels cas d'effet de désinvestissement dans les textes littéraires : l'humour noir fonctionne parce que le lecteur perçoit ce désinvestissement, non seulement chez le narrateur (comme dans certains récits d'Ambrose Bierce) mais aussi chez l'auteur, ou du moins l'implied author (ce qui exclut du champ un texte comme la Modeste proposition, où le lecteur perçoit clairement, sous le calme au premier degré du narrateur, l'iron
ie indignée qui perce). .." (P.Moran)__________________[-André Breton « Anthologie de l'humour noir ».-Pourquoi j'ai mangé mon père-Manuel du savoir-mourir-Le charme discret de la bourgeoisie - Luis Bunuel-Grand Prix de l'humour noir]


...A l'humour très noir: 
                                   On recrute en Arabie Saoudite. 
    Ce cher royaume a ses habitudes
      Il a aussi des prétentions humanitaires. 
Bon salaire.Emotifs, s'abstenir.
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Où va l'Allemagne?

Publié le par Jean-Etienne ZEN

L'Allemagne m'inquiète.
                       A l'heure où à Berlin on semble à la croisée des chemins, où la relative stabilité tant vantée ne semble plus d'actualité, où la culture du compromis est profondément affectée par un remodelage du paysage politique, où les piliers de la vie politique des dernières années semblent s'effriter, la montée d'une droite parfois extrême, minoritaire jusque là, dans le contexte d'une montée de ce qu'il est convenu d'appeler les populismes européens, beaucoup d'observateurs et de connaisseurs de la vie politique allemande s'interrogent sur le devenir de la Bundesrepublik et les conséquences sur l'édifice créé par Adenauer et ses héritiers.

       Difficile, dans le contexte mouvant et évolutif d'aujourd'hui, de tirer des plans sur la comète, mais de nouveaux contours politiques se dessinent qui ne manquent pas d'inquiéter.   Beaucoup d'Allemands se sentent aussi désemparés. Certains tentent d'y voir plus clair, en cherchant les causes proches ou plus lointaines de ce qui apparaît comme un ébranlement profond. qui met en péril les années tranquilles de la chancelière, menacée de disparition.
   Les rouages traditionnels sont bel et bien grippés et les soucis européens ne semblent plus d'actualité. La montée de l'ambiguë AfD le confirme.
     On est à la croisée des chemins, peut-être historique.Pour le meilleur ou pour le pire. En réalité, la contestation interne n'a jamais cessé depuis des années, surtout depuis celles d'une réunification souvent contestée dans ses formes et de la crise, même si elle restait minoritaire.
       Certains observateurs s'efforcent de comprendre les dessous de ce qui nous apparaît d'ici comme chaotique.
  L'Allemagne se réveillera-t-elle de son sommeil dogmatique, entre alignement atlantiste et intérêts russo-chinois? Et comment?

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