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De la mesure...

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 

   ...Dans la mesure... qui peut mener à la démesure
                                                                     De la mesure en toute chose, disait Horace, héritier d'une pensée grecque, qui était passée du mythe à la pensée rationnelle et aux premiers fondements des mathématiques. Il faut savoir raison garder face à l'hubris, à l'excès des passions , mais aussi à l'ivresse du calcul, qui peut tout envahir, dans ses tentatives légitimes d'éclaircissement, de mise en ordre du réel , surtout depuis Galilée et son fameux slogan, qui allait fonder la science moderne, la nature est écrite en langage mathématique. Sous toutes ses formes les mathématiques ont bien été (et restent) les outils indispensables de la compréhension du monde, jusqu'en biologie.
  

   Mais le souci de la mesure, si indispensable dans le domaine de la pensée rigoureuse, scientifique, peut finir par devenir tellement illégitime et obsessionnel dans certaine domaines, qu'il finit par dénaturer les faits observés, la gestion de la réalité, même humaine, en sortant de son champ, en fonctionnant comme un alibi.
   C'est le règne du calcul qui prend une place démesurée et illégitime, surtout dans des domaines où il n'a rien à y faire, même sous ses formes algorithmiques. Les fervents du web n'y échappent pas, avec sa logique souvent binaire.. (*)
 La raison mathématique rencontre ses propres limites internes, mais la quantophrénie de certains chercheurs virent parfois à la dénaturation des faits, comme le reconnaissait Gurvitch dans les sciences humaines, comme le soulignait aussi Levi-Strauss, qui parfois formalisait, mais très peu.. Un peu , mais pas trop et dans certaines limites légitimes seulement.
   Le qualitatif et le quantitatif finissent par se confondre, jusqu'à l'absurdité parfois. La vague mesurante tend à investir des secteurs où le qualitatif doit rester la norme, surtout dans la gestion des hommes.
    Dans le positivisme du XIX° siècle, certaines théories de Galton, sous prétexte de scientificité, ont donné lieu à mains dérapages, à des confirmations de préjugés non analysés. Il connut des émules.
        Dans les questions de l'évaluation, souvent étroitement comptable, on voit jusqu'à quelles démesures et quelles dérives certaines méthodes de calcul myope peuvent mener.
     Une certaine folie évaluatrice a beaucoup à voir avec le système qui la produit, avec les intérêts dominants.
     La logique purement comptable prend le pas sur les critères qualitatifs, que l'on perd de vue.
_______
(*)  ...Le stimulant petit livre du professeur d’histoire de l’université catholique d’Amérique, Jerry Z. Muller(@jerryzmuller), The Tyranny of Metrics (La tyrannie des métriques, Princeton University Press, 2018, non traduit) (qui) se révèle être un très bon petit guide pour nous inviter à prendre un peu de recul sur notre obsession pour les chiffres.

    Le propos de Jerry Muller relève pour beaucoup du simple bon sens.
« Il y a des choses qui peuvent être mesurées. Il y a des choses qui valent d’être mesurées. Mais ce que nous pouvons mesurer n’est pas toujours ce qui vaut d’être mesuré ; ce qui est mesuré peut n’avoir aucune relation avec ce que nous voulons vraiment savoir. Le coût de la mesure peut-être plus fort que ses bénéfices. Les choses que nous mesurons peuvent nous éloigner des choses dont nous voulons vraiment prendre soin. Et la mesure nous apporte souvent une connaissance altérée – une connaissance qui semble solide, mais demeure plutôt décevante. » 
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Il y treize ans, Karina

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 

 Des catastrophes et des hommes
                                                Il y a dix ans, les digues cédaient sous les forces déchaînées de ce phénomène naturel au doux nom de Katrina.
    Mais aussi les secours, l'organisation, la gestion locale et fédérale de cette catastrophe d'une ampleur exceptionnelle.
     Quand les digues cèdent, faute d'entretien, c'est le chaos et la desolation 

Une gestion discutable

          L’ouragan Katrina, l’un des plus violents de toute l’histoire des Etats-Unis, déferle sur la côte sud des Etats-Unis le 29 août 2005 et fait plus de 1.800 morts, dont la plupart à La Nouvelle Orléans. Environ 80% de la ville est submergée. Des digues mal entretenues cèdent sous la pression et le niveau de la mer monte de jusqu’à six mètres. L’inondation est si fulgurante de beaucoup d’habitants périssent noyés dans leurs maisons.
   Comme dit une journaliste présente sur les lieux,  j’ai perdu toute confiance dans les institutions gouvernementales, et ma colère ne retombe pas quand je pense à tous ceux qui sont morts ou qui ont souffert à cause de l’inefficacité des pouvoirs publics pour faire face à cette catastrophe. Mais ma foi en l’humanité a aussi été renforcée grâce à tous les actes de courage, d’abnégation et de gentillesse auxquels j’ai assisté. Comme cet homme qui a passé des jours à transporter sur son bateau ses voisins pour les mettre à l’abri hors des zones inondées, et qui n’avait pas une minute à consacrer à une journaliste.
      L'hyperpuissance américaine a révélé ses failles et les fractures de la société américaine apparurent au grand jour.
     Les stigmates d'une catastrophe annoncée  sont  toujours visibles 10 ans après.
         Le populations noires, les plus pauvres, furent les plus touchées et ce fut l'occasion de vider la ville de ses pauvres

... Alors que La Nouvelle Orléans comptait près de 450 000 habitants avant Katrina dont deux tiers de noirs américains, aujourd’hui la population est d’environ 180 000 habitants dont seulement la moitié de noirs.
  Les quartiers les plus vite reconstruits sont évidemment les quartiers riches. La ville a même décidé que beaucoup de logements sociaux – dont certains qui n’ont même pas réellement été abîmés pendant l’inondation – seraient détruits prochainement, puis les terrains vendus à des entrepreneurs privés qui construiront à la place du « mix-housing » pour mélanger les populations. Malheureusement les plus pauvres ne peuvent pas payer les loyers des mix-housing...
    Finalement, pour beaucoup de décideurs – économiques et politiques – américains, Katrina est l’occasion de vider la ville de ses pauvres et de sa population noire (souvent les mêmes. C’est ainsi qu’un leader républicain louisianais confiait à des affairistes de Washington : « Enfin, les cités de La Nouvelle Orléans ont été nettoyées. Ce que nous n’avons pas su faire, Dieu s’en est chargé » Katrina est l’occasion de faire grimper l’immobilier, d’investir dans les nouvelles entreprises de La Nouvelle Orléans en reconstruction... En reconstruction ? Pour une ville plus riche, plus blanche, plus sûre, plus rentable, plus attractive pour les investisseurs, pour une ville dominée par le secteur privé... pour une ville sans solidarité, sans justice, sans unité, sans ses anciens habitants, chassés par l’ouragan Katrina puis par celui du capitalisme dans son visage le plus brut. C’est ce qu’on appelle le capitalisme de catastrophe. Rien de tel qu’une bonne catastrophe pour faire de l’argent rapidement....

       La nature et ses humeurs violentes ont bon dos ..
                      La catastrophe naturelle est aussi souvent politique.
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