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America first?

Publié le par Jean-Etienne ZEN

[C'était hier...]


 Vers un retour à une nouvelle forme d'isolationnisme?
                                             Tout pays est d'abord tourné vers la conservation et la défense de ses propres intérêts.
    Mais à des degrés divers selon les époques et la politique du moment, l'économie et le libre échange plus ou moins restreint jouant un rôle de premier plan.
     Par exemple, au 19°siècle, la doctine Monroe a fourni aux USA un cadre non interventionniste, malgré des entorses, nombreuses, malgré le rôle impérial qu'il commençait à vouloir jouer.
  Comme le font remarquer maints observateurs, la guerre a dominé la politique étrangère d'un pays cherchant à repousser toujours plus loin sa mythique frontière et ses influences.
   Mais il y a des oscillations, selon les circonstances. Il semble que nous soyons entrés dans une phase de repli, après des aventures étrangères malheureuses et coûteuses, depuis Kennedy jusqu'à Bush.
           C'est un des slogans favoris de Donald Trump, jouant sur les frustrations réelles ou imaginaires d'une Amérique qu'on dit sur le déclin et dont le jeu politique usé détourne des masses souvent désemparées par les effets d'une mondialisation qui a produit  des effets ravageurs et des inégalités qui vont croissantes.
   Trump n'est pas seulement un démagogue trompeur. Il est, jusqu' à la démesure et la caricature souvent calculée, l'expression, le symptôme du désarroi profond,des masses et du doute des élites, sinon on ne s'expliquerait pas son succès relatif mais durable dans cette campagne  électorale atypique.  Il surfe sur les peurs les plus archaïques, tout en les instrumentalisant, aux limites de la bouffonnerie...Il semble amuser la galerie. Et ça marche, malheureusement.
     Aux antipodes de l'ouverture et des projets de simple bon sens d'un Sanders. qui devient finalement inaudible. Mais l'intelligence n'est pas le critère pour concourir à la Maison-Blanche. Trump  n'est pas un clown, comme le dit Jean-Michel Quatrepoint, malgré une défaite programmée.
Peut-être seulement un bouffon utile, comme disent certains Américains lucides.
    Le système politique élitiste et affairiste est à bout de souffle comme l'analyse John Mc Arthur
                       Une fin d'empire, comme l'estime Paul Kennedy?
         Obama met la pédale douce. Seulement Leading from behind?..
                         S'agit-il d'un vrai repli isolationniste ou d'une stratégie provisoire?                          :   Maya Kandel (directrice du programme sur les Etats-Unis à l'IRSEM, l'Institut de recherche stratégique de l'Ecole militaire) s’interroge dans un article très complet du dernier numéro de Diplomatie consacré à la politique étrangère d’Obama. « Le Conseil national du renseignement, qui produit périodiquement de très bons rapports de prospective sur l’évolution du monde et son impact pour les Etats-Unis, considère pour la première fois dans son dernier rapport l’activisme ou le retrait américain du monde comme l’une des variables-clés d’évolution des relations internationales (http://publicintelligence.net/global-trends-2030/) La question semble loin d’être résolue à Washington ».
   Maya Kandel cite également la dernière étude sur ce sujet du centre Pew parue en décembre dernier (http://www.pewresearch.org/fact-tank/2013/12/04/americans-put-low-priority-on-promoting-democracy-abroad/) « qui montre le scepticisme croissant du public américain vis-à-vis de l’action internationale de leur pays, et le décalage croissant avec des élites qui demeurent beaucoup plus interventionnistes que la population ». Et les deux partis, républicain et démocrate, sont eux aussi traversés par ce nouveau clivage entre engagement et isolement.
    Quand 90 % de la population américaine vit moins bien qu’au début des années 70, il  ne faut pas s'étonner des tendances actuelles de l'électorat (du moins ceux qui votent).
____Les USA ont ont toujours oscillé entre ouverture et repli, L'isolationnisme relatif, depuis Thomas Jefferson, surtout entre les deux guerres, où le mouvement America first flirta même avec des tendances pro-fascistes.
    Trop d'intérêts économiques mondiaux sont engagés, ne serait-ce qu'avec la Chine, pour que ces tendances isolationnistes aillent bien loin...
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Travailler plus...

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 

Qui travaille plus?
                           Travailler plus: on connait le slogan, qui depuis Sarkozy hante certains discours officiels.
     La situation de notre pays, globalement moins favorable que d'autres au niveau de l'emploi et de l'investissement viendrait d'un déficit de quantité de travail moyen, qu'il suffirait d'augmenter pour se hisser au niveau des pays apparemment plus favorisés.


      Nous sommes là devant un grand flou, parfois dénoncé par certains économistes, qui souhaiteraient qu'on utilise d'autres lunettes et d'autres intruments de mesure, la situation de chaque pays étant spécifique, surtout après la crise violente de 2008
     Comparaison n'est pas raison. Si on en reste au niveau du PIB, sept des dix pays ayant le plus haut PIB sont aussi classés parmi ceux travaillant le plus faible nombre d'heures. En plus de la Norvège et du Luxembourg, on y compte la Suisse, les Pays-Bas, l'Allemagne et la Suède.
    On sait que ces pays bénéficient en particulier soit d'une population réduite, soit de pratiques d'optimisation fiscale très favorable, d'un système éducatif plus performant, d'un chômage réduit ou masqué, de conditions de salaires plus ou moins encadrées (comme l'Allemagne fonctionnant sur ce point à deux vitesses), etc...
     Définir un temps moyen travaillé (avec quelle productivité?) dans une période donnée, dans une société donnée, avec tel mode de production est une opération des plus complexes qui soit. Tout juste peut-on donner des approximations, sachant que les situations économiques sont évolutives.
   Que sera la prétendue faiblesse du chômage de l'UK, à la productivité si peu flamboyante, après le Brexit? En Allemagne, colosse au pieds d'argile, si les marchés exportateurs continuent de se rétrécir?
    Que prétend-on mesurer? Le quantitatif n'étant ni suffisant ni déterminant en matière sociale.
   Sur le papier, on voit assez bien de quoi on parle, mais on renvoie à une multitude d'autres dimensionsassociées.
      Déclarer que la France travaille beaucoup moins que ses voisins relève de la désinvolture politique, de l'affirmation gratuite.
        Elle est plutôt au-dessus de la moyenne européenne.
  Et l'on ne tient pas compte de tous les aspects, parfois masqués, du travail.
       Bref, il importe de démystifier les chiffres lancés sans précaution ni analyse, de sortir des slogans, en tenant compte des contextes spécifiques. 
    Les Français seraient-ils donc paresseux?                                   
                                                    Selon l'économiste Jean GADREYl’idée qu’un pays est d’autant plus riche que ses habitants travaillent plus en quantité d’heures pour 1000 habitants (ou pour 1000 habitant de 15 à 64 ans selon les cas) a deux grandes limites. La première est purement économique : si la valeur produite par heure de travail (la productivité en valeur) est supérieure dans un pays A, le volume de travail peut y être inférieur à celui de B alors que la richesse économique totale de A reste supérieure. Or la France figure parmi les pays développés où cette productivité est la plus élevée.
  La seconde limite est bien plus sérieuse : la vraie richesse des nations n’est pas dans leur PIB ou PIB par habitant. Peu m’importe que le PIB par habitant des Etats-Unis soit supérieur de 35 % à celui de la France, comme résultat, notamment, d’un volume de travail (par personne de 15 à 64 ans) supérieur de 30 %, si je sais par ailleurs que l’espérance de vie est très inférieure aux Etats-Unis, que les inégalités, la pauvreté, les violences et les homicides y atteignent des proportions sans commune mesure avec ce que nous connaissons en France (où pourtant…), et que les émissions de gaz à effet de serre par habitant y sont TROIS FOIS supérieures !
Je termine en citant deux très bonnes critiques du slogan « En France on travaille moins que partout ailleurs »...
  La première critique, par les « décodeurs » du Monde (18 septembre 2014), s’intitule « La France, pays où l’on travaille le moins ? » et elle désintègre proprement cette idée avancée imprudemment par Hervé Mariton : « On est le pays où l’on travaille le moins dans la semaine, dans l’année et dans la vie ».
La seconde est celle de Guillaume Duval. Elle date du 13 janvier 2012 et s’intitule : « Temps de travail : faux scoop et vraies erreurs ». 
            Je recommande vivement la lecture de ces deux exercices salutaires, loin de la propagande du MEDEF relayée par les Rivaton, Godet et consorts....
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T. Jefferson: sur la démocratie

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 

[Simples notes]    
            Dans l'Amérique improbable des débuts, qui se construisait pièce par pièce, au gré des achats,  des associations et des conquêtes, la figure du troisième Président-fondateur tient une place particulière. Surtout en tant que co-édificateur de l'Indépendance et rédacteur principal de la Constitution.des treize Etats d'alors, inaugurant les prémisses d'un puissance qui ne s'imaginait pas encore.
      Thomas Jefferson ne fut pas un Président-bâtisseur des USA ordinaire
  Cultivé, l'esprit encyclopédique, francophile, ouvert aux Lumières, démocrate dans l'âme, comme on pouvait l'être à l'époque, dans le sillage de Locke, Condorcet...de tous les philosophes majeurs qu'il avait côtoyés lors de son séjour français.
    Un des premiers inspirateurs de la démocratie américaine, élu deux fois président.
 Intransigeant sur l'idée d'égalité, malgré son ambiguïté sur la question de l'esclavage.
                              Rafraîchir la Constitution tous les vingt ans, ce fut une des idées que la postérité oublia...
      Il se distingua notamment par son souci d'instaurer un certain contrôle bancaire, dont il percevait la nécessité.
                   ______Il est toujours utile de relire quelques-une de ses déclarations, dont certaines restent d'une brûlantes actualité.
__A propos de la liberté. Lettre de Jefferson à Isaac Tiffany du 4 avril 1819:
         La vraie liberté est un acte libre qui s’accorde à notre volonté, dans les limites de la liberté et de l’égalité des autres. Intentionnellement, je ne dis pas «dans les limites de la loi» parce que la loi n’est souvent rien d’autre que la volonté du tyran, et donc viole souvent le droit d’un individu.
__Sur les banques comme étant la plus grande menace envers la liberté. Lettre de Jefferson à John Taylor du 28 mai 1816.
         Si jamais le peuple américain permet aux banques de contrôler l’émission de leur monnaie, d’abord par l’inflation, puis par la déflation, les banques et les sociétés qui grossiront alors, le privera de tous ses biens jusqu’à ce que leurs enfants se réveillent sans abri sur le continent dans lequel leurs pères habitaient. Le pouvoir d’émettre de l’argent devrait être enlevé aux banquiers et restauré au Congrès et au peuple auquel il appartient. Je crois sincèrement que les institutions bancaires ayant le pouvoir d’émettre de l’argent sont plus dangereuses pour la liberté qu’un pouvoir militaire. 
__Sur la domination des banques. Lettre de Jefferson à James Monroe du 1er janvier 1815.
              La domination que les institutions bancaires ont sur l’esprit de nos citoyens […] doit être brisée, ou c’est elle qui va nous briser.
__Sur les banques centrales. Lettre de Jefferson à Albert Gallatin du 22 juin 1803.
          Cette institution (la banque des États-Unis) est l’une de des plus mortelles menaces existantes contre les principes et la forme de notre Constitution […] une institution comme celle-ci, en pénétrant par ses branches dans toutes les parties de l’Union, en agissant aussi autoritairement, peut, dans un moment critique, renverser le gouvernement. 
__Encore sur les banques centrales. Lettre de Jefferson à Albert Gallatin du 19 juin 1802.
         Le monopole d’une seule banque est diabolique. 
__Sur l’impression d’argent. Lettre de Jefferson à John Taylor du 28 mai 1816.
         Le fait de dépenser de l’argent remboursé par la postérité, sous l’excuse du financement, n’est rien d’autre qu’une arnaque à grande échelle sur le futur.
__Sur la menace que représentent les banques. Lettre de Jefferson à John Taylor du 28 mai 1816.
           Le système bancaire, que nous avons toujours inlassablement réprouvé, je le vois comme une tache sur la constitution (de nos États) qui, si elle n’est pas corrigée, se terminera par leur destruction.
__Sur les membres du Congrès possédant des actions. Lettre de Jefferson à Gallatin du 22 juin 1803.
    Mon souhait était de voir les deux Chambres du Congrès nettoyées de toutes les personnes impliquées dans une banque ou possédant des actions et, une fois assuré de la pureté des législateurs, je serai toujours prêt à accepter leurs délibérations, même si elles sont contraires à mes propres opinions; car je souscris au principe, que la volonté de la majorité, honnêtement exprimé, fait acte de loi.
__Sur la Banque mania et l’aristocratie vendue. Lettre de Jefferson à J.B. Stuart du 10 mai 1817.
              La banque mania est un danger. Elle crée dans notre pays une aristocratie vendue qui a déjà défié le gouvernement, et même si celle-ci a été obligée de lâcher du lest après cette première tentative de coup de force, elle recommencera encore et encore.
__Sur le danger des sociétés financières. Lettre de Jefferson à George Logan du 12 novembre 1817                  J'espère que nous tirerons la leçon et écraserons dans l’œuf l’aristocratie de nos sociétés financières, qui osent déjà défier notre gouvernement et défier les lois de notre pays.
__Sur l’argent papier et les métaux précieux. Lettre de Jefferson à John Eppes en 1813.
             L’utilisation du papier monnaie, comme médium bon marché ou pour son utilisation pratique, ne pèse rien face aux avantages des métaux précieux […] il est susceptible d’être abusé, l’a déjà été et le sera dans tous les pays où il est autorisé.
__Lettre de réponse de John Adams à Thomas Jefferson du 25 aout 1787.
              Toutes les perplexités, la confusion et la détresse en Amérique viennent non pas de défauts dans la Constitution ou la Confédération, ni d’un manque d’honneur ou de vertu, mais de l’ignorance totale sur la nature de l’argent, du crédit et de sa mise en circulation.
_Sur la nécessité d’une petite révolte de temps en temps. Jefferson à James Madison à Paris le 30 janvier 1787.
       Je crois qu’une petite révolte de temps en temps est une bonne chose, aussi nécessaire dans le monde politique que le sont les tempêtes dans le monde physique. Il est vrai que les rébellions échouées justifient une réduction du droit des peuples qui les ont fomentées. Une observation de cette vérité devrait rendre les gouverneurs républicains honnêtes, doux dans leur punition, pour ne pas trop les décourager. C’est un médicament nécessaire à la bonne santé du gouvernement.
__Et même si ce n’est pas son anniversaire, voici en bonus deux déclarations de James Madison du 28 juin 1787. 
          Une force militaire permanente, avec un exécutif trop puissant ne seront pas longtemps des compagnons de la liberté. Les moyens de défense contre un danger extérieur ont toujours été des instruments de la tyrannie domestique. Chez les Romains, c’était déjà un moyen de pousser à la guerre, chaque fois qu’une révolte a été matée. Partout en Europe, les armées mises en place sous le prétexte de les défendre ont asservi les gens.
__Et sur le pouvoir de gouvernement sans contre-pouvoir.
             Depuis qu’existe la civilisation, je crois qu’il y a eu plus de cas de suppression de la liberté des peuples par empiétements progressifs et silencieux par ceux qui tiennent le pouvoir, que par usurpations violentes et soudaines.
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Nouvelle guerre du pétrole

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 

Du pétrole et des hommes.
                                   La guerre du pétrole continue, sous une autre forme, moins soft.
     Cette matière stratégique vient, de nouveau à point nommé
 pour la Maison Blanche.

   Bien qu'inattendue il y  quelques années, une nouvelle source de carburants vient prendre une place dominante, donnant à Donald Trump, pour un moment, un atout majeur: à grands frais, avec de nouveaux moyens, une nouvelle sorte de pétrole assure une prééminence diplomatiquement bien venus, avec des prix provisoirement plus réduits.
      Le pétrole de schistes ne sauvera pas l'Amérique, (pas plus que l'exploration en eaux toujours plus profondes), mais représente, malgré ses inconvénients et ses retombées négatives sur la nature, un atout inespéré pour D.Trump, notamment dans ses relations conflictuelles avec l'Iran et le Vénézuéla et dans l'influence qu'il pourra avoir sur les pays du Golfe pour déterminer les prix qui lui conviennent à un moment donné. Il contribue à redistribuer les cartes géopolitiques de la production et devient une arme pour la politique du moment,
       Une production décuplée en 10 ans
  C'est une nouvelle ruée vers l'or noir, qui change beaucoup de choses dans le contexte actuel, mais qui a peu de chances de durer et qui pourrait bien être à double tranchant.
    Les effets négatifs d'une production si massive ne pourront pas ne pas avoir d'impacts notamment sur la nature.
   Mais le court-termisme est l'horizon du président et notamment sa future réélection.
 Il s'agit de faire plier l'Iran en dressant la population contre ses élites. Un calcul déjà fait par ailleurs sans succès.El l'Iran n'est pas le Chili.
    Avec l'arme tout puissante de l'exterritorialité, les USA, en même temps, se donnent les moyens exorbitants de sanctionner tous les partenaires commerciaux  actuels et potentiels de ce pays.
....un saut juridique a eu lieu avec le vote, par les États-Unis, de lois extra-territoriales (comme les lois Helms-Burton ou d’Amato-Kennedy, votées en 1996, sous la présidence Clinton). Ces lois permettent, entre autres, de sanctionner tous les États, toutes les entreprises ou tous les individus qui commercent avec des États-parias (Iran, Cuba, Corée du Nord, Venezuela…), et qui, dans leurs transactions, utilisent le dollar ou vendent des produits qui ne comprennent ne serait-ce qu’un boulon ou une ligne de programme issus des États-Unis...
             Il s'agit de suivre l'odeur du pétrole pour voir où veut en venir la Maison-Blanche, à court terme comme à plus long terme.
   Tant qu'il y aura du pétrole...
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Réhabiliter Maurice Allais?

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 

Et si Allais n'avait pas eu tort? 
                                           L'économiste qui nous a quitté il y a quelques années, à la pensés souvent complexe et technique, n'est pas d'un abord toujours  simple ni à l'abri de criques. Mais il fut aussi caricaturé et instrumentalisé.
     On retiendra surtout de lui sa critique de la pensée néolibérale et du Consensus de Washington, produits politiques et économiques de l'école de Hayek, de Friedman et de leurs disciples, notamment R. Reagan, M. Thatcher et de leurs épigones..
    Sa pensée commence, à la faveur d'une crise qu'il pronostiquait, à être considérée comme prémonitoire sur de nombreux points. Elle est en tous cas stimulante. 
         Notamment concernant une certaine forme de mondialisation, menée notamment sous la houlette de l'OMC, qu'il lui semblait nécessaire de réformer..
     Naguère, certains, et non des moindres; finissaient par reconnaître la nécessité d' une mondialisation régulée.
   Car la libre concurrence, dans une mondialisation sauvage et sans principes, faisant une confiance aveugle aux marchés, est source de déséquilibres et de crises. (La Crise mondiale aujourd’hui)
     L’idéologie que j’appelle « libre-échangiste mondialiste » a déjà fait d’innombrables victimes dans le monde entier. Pour une raison simple, empiriquement vérifiée : la mondialisation généralisée des échanges, entre des pays caractérisés par des niveaux de salaires très différents, entraîne finalement partout, dans les pays développés comme dans les pays sous-développés, chômage, réduction de la croissance, inégalités, misères de toutes sortes. Or, cette mondialisation n’est ni inévitable, ni nécessaire, ni souhaitable.
       Même à l'intérieur de l'Europe, la concurrence sans convergence ni cohérence, sans protections extérieures minimales, ouverte à tous les vents, favorable à toutes sortes de délocalisations, mène aux impasses que nous connaissons, mettant en péril une construction mal pensée.
       Maurice Allais s'est fait le critique sans concession de la politique économique menée à Bruxelles depuis des décennies et avance des arguments souvent proches du bon sens. 
.       ..Ceux qui, à Bruxelles et ailleurs, au nom des prétendues nécessités d’un prétendu progrès, au nom d’un libéralisme mal compris, et au nom de l’Europe, veulent ouvrir l’Union Européenne à tous les vents d’une économie mondialiste dépourvue de tout cadre institutionnel réellement approprié et dominée par la loi de la jungle, et la laisser désarmée sans aucune protection raisonnable ; ceux qui, par là même, sont d’ores et déjà personnellement et directement responsables d’innombrables misères et de la perte de leur emploi par des millions de chômeurs, ne sont en réalité que les défenseurs d’une idéologie abusivement simplificatrice et destructrice, les hérauts d’une gigantesque mystification...

___ Les adversaires obstinés de tout protectionnisme, quel qu’il soit, commettent une seconde erreur : ne pas voir qu’une économie de marchés ne peut fonctionner correctementque dans un cadre institutionnel et politique qui en assure la stabilité et la régulation.   Comme l’économie mondiale est actuellement dépourvue de tout système réel de régulation et qu’elle se développe dans un cadre anarchique, l’ouverture mondialiste à tous vents des économies nationales ou des associations régionales est non seulement dépourvue de toute justification réelle, mais elle ne peut que les conduire à des difficultés majeures
  .__Le véritable fondement du protectionnisme, sa justification essentielle et sa nécessité, c’est la protection nécessaire contre les désordres et les difficultés de toutes sortes engendrées par l’absence de toute régulation réelle à l’échelle mondiale.__Il est tout à fait inexact de soutenir qu’une régulation appropriée puisse être réalisée par le fonctionnement des marchés tel qu’il se constate actuellement.__Si on considère, par exemple, le cas de l’agriculture communautaire européenne, l’alignement de ses prix sur des prix mondiaux qui peuvent rapidement varier de un à_ deux en raison d’une situation toujours instable n’a aucune justification....Depuis deux décennies une nouvelle doctrine s’est peu à peu imposée, la doctrine du libre-échange mondialiste impliquant la disparition de tout obstacle aux libres mouvements des marchandises, des services et des capitaux....Cette doctrine a été littéralement imposée aux gouvernements américains successifs, puis au monde entier, par les multinationales américaines, et à leur suite par les multinationales dans toutes les parties du monde, qui en fait détiennent partout en raison de leur considérable pouvoir financier et par personnes interposées la plus grande partie du pouvoir politique....La mondialisation, on ne saurait trop le souligner, ne profite qu’aux multinationales. Elles en tirent d’énormes profits.... 
     Une mondialisation généralisée des échanges entre des pays caractérisés par des niveaux de salaires très différents aux cours des changes ne peut qu ’entraîner finalement partout dans les pays développés : chômage, réduction de la croissance, inégalités, misères de toutes sortes. Elle n’est ni inévitable, ni nécessaire, ni souhaitable.  Une libéralisation totale des échanges et des mouvements de capitaux n’est possible, et elle n’est souhaitable que dans le cadre d’ensembles régionaux groupant des pays économiquement et politiquement associés et de développement économique et social comparable. 
    Il est nécessaire de réviser sans délai les Traités fondateurs de l’Union Européenne, tout particulièrement quant à l’instauration indispensable d’une préférence communautaire. Il faut de toute nécessité remettre en cause et repenser les principes des politiques mondialistes mises en oeuvre par les institutions internationales, tout particulièrement par l’Organisation mondiale du commerce (OMC).  Au regard de l’ensemble de l’évolution constatée de 1974 à 2004, soit pendant trente ans, on peut affirmer aujourd’hui que cette évolution se poursuivra si la politique de libre-échange mondialiste de l’Organisation de Bruxelles est maintenue.    En fait, toutes les difficultés pratiquement insurmontables dans lesquelles nous nous débattons aujourd’hui résultent de la réduction d’au moins 30 % du Produit national brut réel par habitant d’aujourd’hui. La prospérité de quelques groupes très minoritaires ne doit pas nous masquer une évolution qui ne cesse de nous mener au désastre.  L’aveuglement de nos dirigeants politiques, de droite et de gauche, depuis 1974 est entièrement responsable de la situation dramatique où nous nous trouvons aujourd’hui.  Comme le soulignait autrefois Jacques Rueff : « Ce qui doit arriver arrive. »  Toute l’évolution qui s’est constatée depuis 1974 résulte de l’application inconsidérée et aveugle de l’Article 110 du Traité de Rome du 25 mars 1957 constamment repris dans tous les traités ultérieurs... 
         Pierre Mendes-France s'était lui-même montré, de manière presque prémonitoire, très critique  à l'égard du Traite de Rome le 18 janvier 1957, premier jalon d'un processus mal réfléchi. 
     L'idée d'un protectionisme raisonnable  fait son chemin. Mais comment changer le poids des dogmes et le cours des choses? La prise de conscience de quelques uns est bien faible et bien tardive...
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Billet dominical

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 

- Vidéosurveillance: une technologie limitée.

Travailleurs (vraiment) indépendants?

- Subventions au chateau.

- Niche fiscale masquée.

- Autoroutes: irrégularités.

-  Affaire Assange:
                             Le paradoxe – et même le scandale – de l’affaire Assange est qu’au départ, le fondateur de Wikileaks révèle des faits scandaleux, immoraux, illégaux commis par les Etats-Unis (par exemple la tuerie gratuite de plusieurs personnes, en Irak, par des pilotes d’un hélicoptère). C’est un scandale du même type que celui qui voit le dénonciateur d’une fraude fiscale être poursuivi par les banques ou les officines qui aident à dissimuler cet argent : on ne punit pas le malfaiteur mais celui qui dénonce le méfait ! Cela me rappelle le tableau qui m’avait tant frappé lorsque, adolescent, je l’avais vu pour la première fois : Les porteurs de mauvaises nouvelles, de Lecomte du Nouÿ (1871). On y voit, sous un auvent, un pharaon à l’air sombre, le regard rivé sur l’horizon, et, à ses pieds, trois corps dénudés et inertes, baignant dans leur sang. Le pharaon a châtié les messagers…
    Mais souvent, les États coupables de ces méfaits ont conscience de l’irrégularité de leur action : ils la nient ou la dissimulent. Toutefois un saut juridique a eu lieu avec le vote, par les États-Unis, de lois extra-territoriales (comme les lois Helms-Burton ou d’Amato-Kennedy, votées en 1996, sous la présidence Clinton). Ces lois permettent, entre autres, de sanctionner tous les États, toutes les entreprises ou tous les individus qui commercent avec des États-parias (Iran, Cuba, Corée du Nord, Venezuela…), et qui, dans leurs transactions, utilisent le dollar ou vendent des produits qui ne comprennent ne serait-ce qu’un boulon ou une ligne de programme issus des États-Unis...

- Brexit:  facile à comprendre...

 

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Course au moins-disant social

Publié le par Jean-Etienne ZEN

(Il y a peu...)

 

Loi El Khomry: gestation problématique
                                                Le feuilleton arrive son stade terminal.  
           Au bout d'un long chemin, après nombre de tergiversations et de reculs réels ou simulés,  d'aménagements et  de toilettages variés, le texte est arrivé devant la représentation nationale.
   Dans quel état en sortira-t-il et dans quelles conditions l'accouchement aura-t-il lieu?
   Cette loi, très contestée dans certaines de ses dispositions  est loin de faire l'unanimité à gauche, malgré quelques modifications.de la copie initiale. 
    Des brèches inquiètent, concernant l'inversion de lahiérarchie des normes. 
       Des textes discutés même parmi les plus modérés, sur des points importants.
    La simplification et la modernisarion, arguments verbaux et récurrents, ont bon dos, la compétitivité n'ayant pas été analysée dans ses causes structurelles.. 
                                L'auteur de l'esprit de Philadelphie donne son point de vue de juriste sur cette question:
               "... En régime démocratique, la loi exprime la volonté générale et procède donc d’une délibération de nature politique, qui fixe les conditions d’intérêt général sous lesquelles chacun sera libre de poursuivre ses intérêts particuliers. Dans le libéralisme à l’ancienne, les calculs économiques étaient ainsi placés sous l’égide de la loi. Le propre du néolibéralisme est de renverser cette hiérarchie et de faire de la loi l’expression de calculs d’utilité économique. La loi El Khomri est une manifestation parmi d’autres de ce renversement. Elle procède de calculs de certains économistes, selon lesquels une moindre protection des droits des salariés engendrerait mécaniquement une baisse du chômage. Ces calculs sont contestés par d’autres économistes, mais pas la logique selon laquelle le droit du travail serait une affaire de calcul d’utilité. On parle aujourd’hui indifféremment de réforme du marché du travail ou du droit du travail, comme si le marché s’identifiait au Droit. Et les experts convoqués dans les médias pour débattre de droit du travail sont essentiellement des économistes. La science économique ne se présente plus comme un instrument d’intelligibilité du monde tel qu’il est, mais comme le fondement légitime de ce qu’il devrait être. À vrai dire, considérer ainsi la société comme un objet calculable et gérable scientifiquement n’a rien de neuf. C’était déjà la position d’Engels prophétisant la substitution de l’administration des choses au gouvernement des personnes et l’extinction de l’État…
     L’Organisation internationale du travail a été créée en 1919 afin qu’aucun État ne puisse « faire obstacle aux efforts des autres nations désireuses d'améliorer le sort des travailleurs dans leurs propres pays ». C’est cette disposition constitutionnelle internationale qui est à la base de ce qu’on peut en effet appeler une « police sociale de la concurrence ». Elle répond à une idée simple : la concurrence est bénéfique si elle encourage l’ingéniosité et l’amélioration des produits et services. Elle est néfaste en revanche si elle incite à surexploiter les hommes et la nature. L’une des fonctions du droit du travail est donc d’empêcher que les pays et les entreprises ne s’engagent dans une course au « moins-disant » social et environnemental. Pour canaliser ainsi les forces du marché, on peut recourir à la loi ou à la négociation collective de branche. Cette dernière a la nature juridique d’une entente entre les entreprises appartenant à cette branche. Elles s’accordent sur un statut social commun, qui leur permet de mutualiser leurs efforts pour disposer d’une main-d’œuvre qualifiée et motivée.
    Ce ne sont pas les « mini-jobs », mais bien plutôt cette mutualisation qui explique la qualité de la formation professionnelle et des produits industriels en Allemagne, ainsi que l’attachement de ce pays à la négociation de branche. Dès lors qu’elle est émancipée de la hiérarchie des normes, c’est-à-dire qu’elle permet de se soustraire à la force normative de la loi ou de la convention de branche, la négociation d’entreprise a l’effet exactement inverse. Elle attise la course au moins-disant social, l’entreprise qui parvient à arracher, par un accord ou par référendum, les pires conditions de travail se dotant par là même d’un avantage compétitif sur ses concurrentes.
... Depuis trente ans, contrairement aux poncifs sur l’aversion française aux réformes, toutes les potions néolibérales censées doper la croissance et l’emploi ont été administrées à notre pays : la Corporate Governance, le New Public Management, la déréglementation des marchés financiers, la réforme des normes comptables, l’institution d’une monnaie hors contrôle politique, l’effacement des frontières commerciales du marché européen… Et bien sûr, la déconstruction du droit du travail, objet d’interventions législatives incessantes et source première de l’obésité (réelle) du code du travail. Il serait sage de faire le bilan de ces réformes. La déréglementation des marchés financiers a conduit à leur implosion en 2008, suivie de l’explosion du chômage et de l’endettement public. La Corporate Governance, en indexant les intérêts des dirigeants des grandes entreprises sur le rendement financier à court terme, a précipité ces dernières dans un temps entropique incompatible avec l’action d’entreprendre, l’investissement productif et donc… l’emploi. Quant à la monnaie unique, qui devait faire converger toute l’Europe sur le modèle ordolibéral allemand, elle a conduit tout au contraire, faute d’avoir pris la mesure de la diversité des modèles nationaux, à exacerber les divergences. Voilà autant de chantiers prometteurs pour les fameuses « réformes structurelles ».
    ... La flexicurité envisage l’être humain comme un matériau souple qu’il faut mener à la limite de la rupture. Cela conduit à raisonner en termes de flexibilité, d’efficacité économique, de marché, de capital humain et d’employabilité. L’état professionnel des personnes envisage au contraire le travailleur comme un être libre, dont la vie s’étend sur un temps long, différent de celui du marché. Cela conduit à raisonner en termes de liberté, de justice sociale, de Droit, de travail et de capacité. Dans un cas, le droit du travail est conçu comme un instrument d’adaptation des hommes aux besoins des marchés. Dans l’autre, comme le cadre institutionnel le plus favorable à l’expression par chacun de son génie propre, ce qui suppose un statut au long cours, combinant liberté, sécurité et responsabilité...
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Jupiter: un virage...

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 

...En ligne droite?
                       Disent les esprits critiques, ceux qui ont n'ont pas été convaincus par les propos trop généraux,  équivoques ou défaillants du Maître des horloges.


     D'autres diront: attendons de voir et voyons si Jupiter a compris certains messages venus des ronds-point et d'ailleurs. La com', parfois brillante,était là, mais,  pour le fond, qu'en sera-t-il des orientations annoncées. La politique est l' art du possible, mais le possible n'est pas défini à l'avance, dans une démocratie vivante et peu dépasser les schémas incrustés.
   On regrette, entre autres choses,  (mais est-ce un oubli?) la référence à l'écologie, problème majeur des temps qui viennent.Pas un mot par exemple sur le fiasco de Flamanville, qui semble compromettre des choix énergétiques anciens.
    Le problème de l'emploi a été évoqué cavalièrement, avec les poncifs d'usage. Dans un monde qui change rapidement, l'essentiel n'a pas été traité. Le problème du temps de travail, si débattu, a été caricaturé.
    La question de la concentration toujours plus grande de la richesse et de ses causes ont été écartées, alors que ce problème revient même aux USA....
   On peut se demander si Jupiter ne peut quitter le mythe du self made man et du cadre des réseaux qui l'ont aidé à conquérir le pouvoir dans un contexte si singulier, marqué par la KS. (*)
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        (*) Si l'on croit l'étude de Marc Edenweld, ...   Presque deux ans d’exercice du pouvoir n’ont pas suffi à percer le mystère Macron. Dans le Grand Manipulateur (publié chez Stock), c’est un portrait peu flatteur de l’actuel chef de l’Etat que brosse le journaliste Marc Endeweld, quatre ans après l’Ambigu Monsieur Macron(Flammarion). Dans cette enquête fouillée, il s’intéresse en particulier à la manière dont Emmanuel Macron, conseiller de l’ombre puis jeune ministre, candidat vierge de tout mandat et enfin président sans expérience, s’est appuyé sur de forts anciens réseaux, bien loin des slogans, pour lancer et faire aboutir sa conquête élyséenne comme pour accompagner ses premiers pas au pouvoir. Des personnalités souvent âgées et ayant servi ou sévi sous d’autres quinquennats ou même septennats. Extraits.

«Le Grand Manipulateur» de Marc Endeweld.«Tout s’est joué au cours de la campagne présidentielle. Certes, l’ambitieux a bénéficié d’une chance insolente. Mais pour gravir la plus haute marche du pouvoir sans carrière politique, ni même un parti derrière lui, Emmanuel Macron a utilisé tous les réseaux de la République. Si les communicants ont réussi à le présenter dans les médias comme "le candidat des start-up", le candidat du "nouveau monde" a, en réalité, utilisé de nombreux canaux du "vieux monde". Celui qui prétend n’avoir aucun compte à rendre, et qui s’est fait, selon lui, "tout seul", n’a pas eu grand mal à trouver de l’aide dans son ascension.» […]
  «Les communicants de l’Elysée peuvent bien affirmer que le Président "veut absolument rompre avec la République des intermédiaires, notamment en Afrique", cette mythologie cache mal une autre réalité. En l’absence d’un parti politique constitué, le candidat Macron a fait appel à de vieux réseaux, plus ou moins avouables, qui, jusqu’alors, avaient travaillé pour les deux grands partis traditionnels. Ces réseaux qu’on présente pudiquement comme "transversaux" se sont épanouis dans le "ni droite ni gauche" macronien. Grand commerce international, Françafrique, industrie d’armement, services de renseignement mais aussi boîtes de sécurité privées, ou encore entreprises qui travaillent pour l’Etat, dans le BTP, les utilities ou les télécoms. Ces "intermédiaires" sont inconnus du grand public.»Parti d’une feuille blanche ou presque – même si le soutien et l’amitié du mécène de la deuxième gauche Henry Hermand, décédé en 2016, fut décisif –,
avec une poignée de fidèles plus jeunes que lui, Emmanuel Macron a d’entrée de jeu pioché à gauche, jusque dans les restes de la mitterrandie mais aussi chez les ex-fabiusiens, les ex-strauss-kahniens ou les radicaux de gauche, et en même temps à droite, sans distinction. Il a également traité les milieux d’affaires et ses intermédiaires. Le tout, avec un art consommé du cloisonnement, un affect limité et une volonté en acier. Très loin des envolées empathiques de la campagne où son supposé libéralisme sociétal avait largement masqué que son projet de démantèlement social était en fait du Fillon à peine light. «Ironie du sort pour ces soutiens, Macron n’est ni Obama ni Trudeau. Le président est beaucoup plus conservateur et bonapartiste que son image de campagne ne pouvait le laisser penser», souligne Endeweld, qui a placé en exergue de son ouvrage cette citation du Portrait de Dorian Gray : «Agissant en hypocrite, il avait revêtu le masque de la vertu.»
    «Cette nouvelle enquête cartographie l’ensemble de ces réseaux divers qui ont contribué en 2017, et quelques mois avant, à la victoire du jeune président. Mais aussi de comprendre pourquoi, à tous les échelons, des hommes de l’ombre sont revenus à l’avant-scène, dans la plus pure tradition de la Ve République des "cabinets noirs", et autres polices parallèles, après un quinquennat Hollande qui s’était d’abord construit contre le système Sarkozy. "Ils ont réussi une synthèse entre les pires turpitudes de la Sarkozie et de DSK", flingue un ancien camarade de l’ENA de l’actuel président.»
     Dans cette success story politique sans équivalent sous la Ve République, on le savait mais le livre vient le confirmer, le rôle politique de Brigitte Macron a toujours été majeur, compliquant sa relation avec le conseiller politique officiel du ministre, du candidat puis du chef de l’Etat, le jeune Ismaël Emelien, qui a depuis quitté l’Elysée sur fond d’affaire Benalla.
   «Des tensions apparaissent entre Brigitte Macron, omniprésente et influente, et le jeune conseiller spécial du Président, Ismaël Emelien. Une situation ancienne en réalité, ces deux-là ne se sont jamais appréciés. Pour l’un comme pour l’autre, les enjeux politiques et affectifs de la relation avec Emmanuel sont tels que ça fait des étincelles : "Qu’est-ce qu’il lui trouve à Emelien ?" se désole régulièrement Brigitte Macron auprès de ses proches.»
   S’il ne fait pas de révélations sur son influence dans la conduite du pays, Marc Endeweld souligne combien son destin à lui s’est nourri de l’ambition qu’elle nourrissait pour eux. Il détaille aussi les larges réseaux qu’elle a tissés – de Bernard Montiel à Bernard Arnault – bien avant que son mari ne devienne ministre. Autant de leviers qu’elle a mobilisés quand cela a été nécessaire, en poussant, comme Hermand, pour que son champion se lance dès 2017.
     «C’est lors d’un dîner chez Alain Minc, à l’été 2014, que la future première dame a estimé que son mari devait se jeter dans le grand bain de la présidentielle dès 2017, et ne pas attendre 2022, comme de nombreuses personnes lui conseillaient alors, car son âge, disait-elle, deviendrait un handicap indépassable pour le couple : "On ne peut pas attendre 2022. Car on a un énorme problème. Le problème, c’est moi, c’est ma gueule. Donc il faut accélérer."» […]
     «A l’été 2016, alors que la machine En marche est lancée et que le ministre de l’Economie est sur le point de démissionner, le doute s’insinue en lui : "Est-ce que j’y vais maintenant, et je gagne en six mois ? Ou est-ce que j’attends pour gagner plus tard ?" C’est alors Brigitte qui le convainc de présenter sa candidature dès cette présidentielle.»
   Dans la description du système Macron, Marc Endeweld consacre bien sûr de nombreuses pages à Alexandre Benalla qui restera une des figures du quinquennat. Loin d’en faire un simple Rambo adepte du coup de poing, l’auteur documente le fait que celui qui faisait physiquement partie du premier cercle au moment de la mise sur orbite du candidat Macron a tout vu et tout entendu. Au QG d’En Marche, lors des sorties privées de l’ancien ministre, mais aussi lors des déplacements et des levées de fonds à l’étranger qui ont précédé le lancement de la campagne.
      On retrouve aussi Benalla lors du récit d’un voyage présidentiel en Algérie, en décembre 2017. La présence du sulfureux intermédiaire dans des contrats d’armement, Alexandre Djouhri, proche de Villepin comme de Sarkozy et sous le coup d’un mandat d’arrêt international émis par deux juges français, lors d’une réception en présence du chef de l’Etat à l’ambassade avait été révélé par le Canard enchaîné et suscité la colère de Macron. Mais Marc Endeweld raconte comment Djouhri a de nouveau tenté d’entrer en contact avec le président de la République le soir même lors d’un dîner officiel offert par le Premier ministre algérien.
        «Au Canard enchaîné, l’Elysée a d’ailleurs expliqué à l’époque : "Il a été invité par l’ambassade […] ce n’est pas la première fois que ce monsieur tente de croiser le Président […] [Cette insistance] a mis [Macron] en colère." La version que nous avons recueillie auprès de plusieurs diplomates du Quai d’Orsay, dont certains en poste à l’ambassade d’Alger, est pourtant très différente : tous assurent que les deux listes, celle du déjeuner comme celle de la soirée, ont bien été envoyées au protocole de l’Elysée. Et c’est Alexandre Benalla, chargé des déplacements, qui les a validées ! Devant les policiers, l’ambassadeur Driencourt nuancera la version délivrée à chaud par l’Elysée, en précisant qu’à l’origine, c’est le secrétaire général du Quai d’Orsay, Maurice Gourdault-Montagne, 64 ans, ami personnel d’Alexandre Djouhri, qui lui a demandé d’inviter ce dernier à cette soirée. Gourdault-Montagne est une figure au Quai. Ancien directeur de cabinet d’Alain Juppé à Matignon, puis conseiller diplomatique de Jacques Chirac de 2002 à 2007, il a été propulsé par Emmanuel Macron – ce fut l’une de ses premières décisions – secrétaire général du Quai d’Orsay à Paris.»
      Si Marc Endeweld raconte par le menu les luttes d’influence qui ont eu lieu au sein de la police, avec les sarkozystes à la manœuvre, et dans le monde du renseignement après l’élection d’Emmanuel Macron, il décrit aussi au fil des pages une organisation singulière du sommet de l’Etat déjà mise en lumière par la commission d’enquête sénatoriale sur l’affaire Benalla. Au-delà du cabinet officiel dirigé par Patrick Strzoda, l’auteur décrit comment un quarteron de jeunes fidèles emmenés par le secrétaire général, Alexis Kohler, lequel a la haute main sur le régalien, constitue la vraie garde rapprochée du Président. Certains ont un rôle bien officiel, mais d’autres sont des chargés de mission aux missions floues ou travaillent à la «task force» mise en place par Macron pour centraliser et coordonner la lutte antiterroriste. Une équipe bis dont certains ont quitté le château mais sans rien renier de Macron.
      Au final, une question demeure. Comment François Hollande, si fin politique, a-t-il pu à ce point manquer de lucidité et même de clairvoyance en mettant sur orbite ce jeune ambitieux qui, au moins autant que Manuel Valls auquel il était censé faire office de contrepoids, a savonné la planche du président sortant à son profit. S’il a fait entrer le loup dans la bergerie, c’est que celui-ci ne manquait pas de références, avec Jean-Pierre Jouyet et Jacques Attali comme parrains :
     «Autre connexion d’influence à inscrire au palmarès de Brigitte Macron, Jacques Attali, qu’elle fait rencontrer à Emmanuel. C’est elle aussi qui demandera personnellement à l’ancien conseiller de François Mitterrand de présenter son jeune mari à François Hollande.»
      Une ambition de couple, qui vient de très loin, portée par des barons d’hier, des capitaines d’industrie et de jeunes loups avides de pouvoir. Où comment des seniors ont largement contribué à la victoire d’un trentenaire pour faire la nique à des quinquas...
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Heureusement qu'il y a le pape!

Publié le par Jean-Etienne ZEN

[déjà deux ans...]

 

        Heureusement qu'il y a le pape!
                                                             Angela,  Donald,  Jean-Claude, Martin, Mario, Frederica,  Felipe  et les autres...ont pris leur bâton de pèlerins et sont allés en enfants de choeur coeur en pèlerinage à Rome, médaille en main, dévotement, dans l'esprit des pieux Schuman, Adenauer, de Gaspéri...
   Il s'agissait de sauver l'Europe. Rien que ça! Faut croire que ça va mal. Une tentative  ultime, d'où pourrait sortir un miracle refondateur?. 
  La veille femme stérile est déboussolée.
        François n' a pas fait dans la dentelle vaticane et a montré le nord en faisant la morale:
  Il faut oser un changement radical! En retrouvant l'audace des Pères fondateurs
   Sortir des injustices et du néolibéralisme .         Y a du boulot!
  On cherche encore un peuple européen, dans une UE non vassalisée, qui ne joue pas contre elle-même.
    Heureusement qu'il restent les valeurs. 
        Mais ça ne mange pas de pain. Cette rhétorique éculée n'a pas fait ses preuves... 
               On murmure qu'un miracle pourrait se produire à Bruxelles, suite à cette démarcheinspirée autant que désespérée.
    Sinon, certains verraient bien François à la tête de l'institution européenne, pour lui rappeler sesracines....Ah! Sacré Charlemagne! 
                        Prions mes frères!
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Le silence est d'or

Publié le par Jean-Etienne ZEN


Ecouter le silence...
                             Paradoxe: le silence, on le recherche ou on le fuit. C'est selon.
  Le bruit, que nous attire parfois, nous fatigue et nous épuise.
Il arrive que le silence nous pèse et nous angoisse.
    Ce n'est pas seulement une question de tempérament,de culture ou d'éducation.
Le silence imposé peut être une torture.
     Le bruit peut finir par nous anéantir.
   Il est des silences pesants, voire oppressants et des silences pleins et féconds. 
   Qui ressourcent et libèrent, dans notre civilisation où dominent le bruit permanent, la saturation des ondes, les bavardages incessants, futiles ou plus ou moins savants.
  De toute manière, le silence n'est que relatif et ne peut être que provisoire.
   Si je fais silence dans la nature,  d'infimes bruissements me surprennent et mille bruissements m'habitent..
                   Le silence n'est pas seulement une absence de bruit. Il peut être plein de sens dans certaines occasions. Il constitue un élément structurant de la parole et de la musique. Il est des silences éloquents.
   Alain Corbin, spécialiste des petits riens, de la vie qui souvent nous échappe, historien du sensible et du silence, a célébré et réhabilité l'odorat.
  Le voilà qui se penche sur le silence, ses formes, ses modalités culturelles. Une recherche peu banale, mais féconde.
     Il s'intéresse aux archives du silence, notant qu'aujourd'hui «La société enjoint de se plier au bruit afin d’être partie du tout.» Il y a une peur du silence «liée à l’effroi de se trouver face à soi» 
     C'est dire qu'il y a un rapport étroit entre la qualité du silence et l'état intérieur.
              Pour certains, les yeux peuvent être des oreilles.
                        Mais place au silence... 
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