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Liberté et obéissance (1)

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 

Histoire de moutons...et d'autres animaux.
                        On peut en dire beaucoup par le détour de la fable.
                                      Comme Alain, dans ses Propos sur les pouvoirs (13 avril 1923):
                                                Le mouton est mal placé pour juger; aussi voit-on que le berger de moutons marche devant, et que les moutons se pressent derrière lui; et l’on voit bien qu ’ils croiraient tout perdu s’ils n’entendaient plus le berger, qui est comme leur dieu. Et j’ai entendu conter que les moutons que l’on mène à la capitale pour y être égorgés meurent de chagrin dans le voyage, s’ils ne sont pas accompagnés par leur berger ordinaire. Les choses sont ainsi par la nature; car il est vrai que le berger pense beaucoup aux moutons et au bien des moutons; les choses ne se gâtent qu ’à l’égorgement; mais c’est chose prompte, séparée, et qui ne change point les sentiments. Les mères brebis expliquent cela aux agneaux, enseignant la discipline moutonnière, et les effrayant du loup. Et encore plus les effrayant du mouton noir, s’il s’en trouve, qui voudrait expliquer que le plus grand ennemi du mouton, c’est justement le berger. « Qui donc a soin de vous? Qui vous abrite du soleil et de la pluie? Qui règle son pas sur le vôtre afin que vous puissiez brouter à votre gré? Qui va chercher à grande fatigue la brebis perdue? Qui la rapporte dans ses bras? Pour un mouton mort de maladie, j ’ai vu pleurer cet homme dur. Oui je l’ai vu pleurer. Le jour qu ’un agneau fut mangé par le loup, ce fut une belle colère; et le maître des bergers, providence supérieure et invisible, lui-même s’en mêla. Il fit serment que l’agneau serait vengé; il y eut une guerre contre les loups, et cinq têtes de loup clouées aux portes de l’étable, pour un seul agneau. Pourquoi chercher d ’autres preuves?            Nous sommes ses membres et sa chair. Il est notre force et notre bien. Sa pensée est notre pensée; sa volonté est notre volonté. C’est pourquoi, mon fils agneau, tu te dois à toi-même de surmonter la difficulté d ’obéir, ainsi que l’a dit un savant mouton. Réfléchis donc, et juge-toi. Par quelles belles raisons voudrais-tu désobéir? Une touffe fleurie ? Ou bien le plaisir d ’une gambade? Autant dire que tu te laisserais gouverner par ta langue ou par tes jambes indociles. Mais non. Tu comprends bien que, dans un agneau bien gouverné, et qui a ambition d ’être un vrai mouton, les jambes ne font rien contre le corps tout entier. Suis donc cette idée; parmi les idées moutonnières, il n’y en a peut-être pas une qui marque mieux le génie propre au vrai mouton. Sois donc au troupeau comme ta jambe est à toi. » 
          L’agneau suivait donc ces idées sublimes, afin de se raffermir sur ses pattes; car il était environné d ’une odeur de sang, et il ne pouvait faire autrement qu’entendre des gémissements bientôt interrompus; et il pressentait quelque chose d’horrible. Mais que craindre sous un bon maître, et quand on n’a rien fait que par ses ordres? Que craindre lorsque l’on voit le berger avec son visage ordinaire et tranquille ainsi qu ’au pâturage? A quoi se fier, si l’on ne se fie à cette longue suite d ’actions qui sont toutes des bienfaits? Quand le bienfaiteur, quand le défenseur reste en paix, que pourrait-on craindre? Et même si l’agneau se trouve couché sur une table sanglante, il cherche encore des yeux le bienfaiteur, et le voyant tout près de lui, attentif à lui, il trouve dans son cœur d ’agneau tout le courage possible. Alors passe le couteau; alors est effacée la solution, et en même temps le problème.
    On relira aussi la Ferme des animaux de Georges Orwell, qui illustre pour tout public les rapports ambigüs des hommes avec le pouvoir, Un auteur que beaucoup redécouvrent aujourd'hui aux USA en particulier.
     On n'oubliera pas le génial La Fontaine et cette fable particulière.
                                                                     Obéir: une notion ambiguë.
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Jupiter et le sultan

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 Alerte en Méditerranée...

                    Ou simple occasion de montrer ses muscles?          Rien ne semble arrêter le maître d'Istamboul, dans sa marche vers la puissance perdue de l'empire ottoman et l'hégémonie disparue dans le domaine religieux .   L'ombre du grand sultan plane encore sur l'aventure actuelle.   Mais aussi de nouvelles ambitions sur le plan économique: les ressources potentielles en hydrocarbure et la consolidation d'un pouvoir qui est en perte de vitesse sur ses propres terres.     Une bonne dose de nationalisme et quelques accents guerriers visent à resouder le peuple turc.   Coups de menton et défis deviennent la règle...jusqu'au jour où il faudra bien négocier, faute de pouvoir accomplir ses ambitions, malgré les avancées en Syrie et en Lybie.   

                         Les avions promis à la Grèce ne sont là que pour intimider.        C'est le gaz qui est le véritable acteur de ces tensions, qui pourraient un jour mal tourner.    A cette occasion, la question des frontières revient opportunément au premier plan ainsi que le souvenir ravivé du démantèlement de l'empire ottoman après le premier conflit mondial. Les vielles blessures se rouvrent et les nostalgies d'antan refont surface pour l'occasion.    L'instrumentalisation des vielles plaies sert bien le régime.   La restriction de l'espace maritime d'Ankara est un thème utilement exploité dans la rivalité resurgit avec Athènes, pourtant aussi membre de l'OTAN.   Sur ce point, il faudra renégocier le problème de l'espace maritime et revoir des traités obsolètes. Celui de Sèvres notamment et ceux qui ont suivi:  "...le traité de Kars, conclu en  avec la Russie soviétique, lui permet de récupérer le territoire de Kars perdu en 1878 par les sultans et de bénéficier de l'armement soviétique dans sa lutte contre les Arméniens, les Grecs et la Triple-Entente. Les traités de Kars et de Lausanne sont en revanche désastreux pour l'Arménie, ainsi partagée à nouveau entre Turquie et Russie, et pour la Grèce. Cette dernière qui, après s'être émancipée de la protection obligatoire que les grandes puissances lui avaient imposée à la suite de la guerre d'indépendance grecque et après avoir été à deux doigts de réaliser sa Grande Idée, perd tous ses acquis et doit, en plus, accueillir un million et demi de réfugiés grecs d'Asie mineure (tandis que plus de 300 000 autres, notamment dans la région du Pont et en Cilicie, doivent se convertir à l'islam et passer à la langue turque pour survivre)5 : c'est ce que les Grecs appellent la « Grande Catastrophe ...».

 

        Quelle autre solution qu'une vaste négociation permettra de sortir du bourbier dans lequel on s'enfonce en Méditerranée, qui n'est plus mare nostrum par les temps qui courent? Il faudra bien y arriver. Le plus tôt sera le mieux, avant d'éventuels dangereux dérapages                           ___ Malgré ses faiblesses, Erdogan avance ses pions, profitantdes faiblesses et des divisons européennes. Aujourd'hui en Méditerranée, il déploie ses forces, faisant de mare nostrum son domaine réservé, jusqu'en Libye. . Au risque de tensions sérieuses avec la Grèce et sous le regard plus ou moins réprobateur de l'Europe, divisée sur l'attitude à prendre vis à vis de celui qui sait utiliser la corde du chantage.

 Dans ces tensions, l'Europe, sans unité, essaie de ménager la chèvre et le choux après avoir souvent cédé au chantage de l'homme fort d'Ankara se sachant en péril.
  Les discours martiaux contre la Grèce se multiplient. La provocation est constante. Mare nostrum est devenue celle de possibles affrontements.      Les interventions d'Erdogan dans la Libye exsangue n'a rien d'humanitaire, pas plus que ses pressions sur les Kurdes. Ses visées portent loin. Une affaire de famille
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Pédaler plus

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 

 Elle revient!
             Je sais, c'est du recyclage...
      Mais c'est le top pour entretenir et même prolonger son moteur sans péter une durite ou couler une bielle: 
       Pédaler plus...Pour vivre plus.  Voilà la solution
                                           Parfois, pour gagner plus...

         Que des avantages! plus l'évasion, d'air pur, d'horizons, de liberté, de forme....
    Mouliner des gambettes un peu tous les jours peut sauver des vies,  ou retarder l'échéance fatale.
      Ce n'est pas moi qui le le dit.
  Cette drogue douce est le meilleur des Prozac
    L'amour du vélo vient en roulant, comme une certaine cyclattitude.
  Une pratique pas si dangereuse  que ça, quoi qu'on dise.
       Le vélo est roi, la petite reine est reine à Copenhague, la ville mutante, où la voiture commence à se faire rare.

  Capitale européenne du vélo, elle se distingue et présage un avenir possible.
    Comme Münster en Allemagne ou Amsterdam en Hollande...
        Comme Strasbourg ou La Rochelle.
    Mais les villes ne sont pas seulement concernées.
              Quelle histoire, la bicyclette!  
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Sur le pied de guerre?

Publié le par Jean-Etienne ZEN

       La Suisse et ses navions.
                                             Nos voisins helvètes, que l'on dit pacifistes et neutres, sont sur la voie d'une militarisation renforcée, ou renouvelée. Il faut une nouvelle quincaillerie.
     Fini le fusil d'un autre âge, que l'on gardait à la maison au cas où l'ennemi oserait franchir les frontières sacrées, mais bien ouvertes aux pacifiques transactions financières.
   Fini aussi les coûteux abris atomiques qu'il fallait intégrer dans les constructions neuves.
 On va maintenant passer à une phase plus offensive: l'achat d'avions de chasse est programmée, pour contrer toute agression potentielle. Au cas où...Les voisins ne sont pas toujours sûrs par les temps qui courent et la menace peut venir de plus loin.
  Ainsi en Suisse, après la votation, on pourra dormir encore plus tranquille, dans ce décor de carte postale qui fait rêver les touristes.
   Nos amis helvètes ne manquent pas de sens des affaires, sauf qu'un citoyen bien tranquille de la fédération a donné de la voix pour dénoncer un franc gaspillage. Mais à quoi pourraient servir ces joujoux si coûteux dans un si petits pays? Ils seraient inévitablement condamnés à rester au sol, à moins que l'on achète aussi des missiles et des missiles anti-missiles. Ce qui ne ferait pas l'unanimité chez ce peuple si pacifique, qui a renoncé depuis longtemps à envoyer des mercenaires à travers l'Europe. Le Vatican en a même gardé. Fini le temps de la pauvreté. Les capitaux de tous bords, de tous pays et de toutes natures font là-bas florès.
   Cette initiative a bien fait rire nos voisins belges, qui ont la frite, mais aussi quelques avions tout de même. A Monaco ou au Lichtenstein, une telle initiative est pout l'instant écartée.
     Où est-il le temps où l'armée suisse faisait reposer sa défense sur des vélos spécialement équipés?
Le conseiller Daniel Brélaz a bien mis en évidence, de façon bonhomme mais assurée, l'absurdité d'un tel  investissement, sans se démonter. Mais en démontant les "bonnes raisons" mises en avant officiellement:
   « Le prochain avion de combat restera en service jusqu’aux années 2050-2060 », souligne le rapport du groupe d’experts sur l’avenir de la défense aérienne qui ont travaillé pour le Conseil fédéral. Pour eux, « nul ne peut prévoir quelle sera l’évolution dans l’environnement sécuritaire ». Le rapport note par exemple : « Dans la mesure où le contraste Est-Ouest s’accentue à nouveau suite à l’annexion de la Crimée par la Russie (…), la propension de la Suisse à défendre son espace aérien gagne en importance. »
  On trouve toujours de bonnes raisons... C'est Dassault qui va peut-être se réjouir.
     Comme quoi il reste encore un peu de bon sens au bord du lac Léman, par la voix d'un modeste élu local, malgré les folies spéculatives des banques florissantes mais discrètes.
         Ne rions pas! Prenons-en de la graine...
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Penser à penser

Publié le par Jean-Etienne ZEN



Penser ne nuit pas à la santé
                                        Penser pas soi-même autant que possible aide à vivre les yeux ouverts et est un processus sans fin, parfois inconfortable, surtout quand il faut le faire à rebours des préjugés personnels et ambiants, pour une plus grande autonomie. Mais il est toujours émancipateur, souvent exaltant.
    Aujourd'hui, la tendance, le tropisme commun est devenu: je clique, donc je pense.
   Pas d'accord  aurait dit Descartes, qui ne connaissait pas Bill Gates et sa drôle de machine à cliquer, mais qui fut contemporain de Pascal, inventeur d'une géniale machine à calculer et prédécesseur de Leibnitz et de son intérêt pour la logique.formelle, pouvant à ses yeux investir le champ du langage, de Turing, traçant la voie à la machine à souris d'aujourd'hui. 

      On clique pompe beaucoup trop, même dans les universités 
         Surtout si on est danois..
  Pourquoi se fatiguer à penser quand tout nous est offert sur un plateau... numérique. Le meilleur et le pire. Mais souvent le moins digéré.
 Certes, on ne peut se constituer un savoir sans l'héritage des anciens et des références reconnues, mais il est toujours possible de l'assimiler de la manière la plus personnelle possible.    L'information (même exacte) n'est pas la réflexion. Kant le disait mieux que d'autres.
       Eduquer un  enfant par le moyen de l’ordinateur finit par le rendre dépendant de la logique binaire de la machine. Une manifestation de cet asservissement est une « fuite en avant où chaque innovation technique en appelle une autre » de sorte que nous sommes « entraînés dans un mouvement incessant » en accélération constante 
   Il faudrait penser à penser...plutôt que de penser par délégation wikipedienne ou autre.
        L'intelligence artificielle est sans doute prometteuse dans certains domaines, mais est encore au berceau et ne pourra se substituer à la pensée vivante et multifonctionnelle.
   Penser n'est pas que calculer.
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Dette: mythe ou réalité?

Publié le par Jean-Etienne ZEN

Vive la dette?

     Elle revient sur le premier plan de la réalité, en cette période où domine la doctrine du quoi qu'il en coûte. Nous n'avons pas le choix et nous ne voyons pas le terme de ce qu'il faudra comme moyens, pas seulement financiers, pour sauver nos économies.    Il s'agit bien sûr de la dette d'Etat, des sommes engagées aujourd'hui et demain pour sortir l'économie de ce qui est plus qu'un  marasme, la relancer, la sauver.

 

 

        Le débat, jugé interdit, voire tabou, revient sur le premier plan, vu les circonstances   On ne parle pas de la dette privée, qui pose évidemment plus de problèmes.      Selon la Tribune, qui analyse divers points de vue:     "...De plus en plus de voix, respectées, relayées au plus haut niveau, s'élèvent pour souffler que l'endettement public n'est pas forcément nocif. Face à cela, s'élève toujours un discours modérateur... attention au retour de flamme si les taux venaient à remonter... Mais le sermon rigoriste, n'a plus la même fougue.    A vrai dire, le message véhiculé par Olivier Blanchard, Lawrence Summers et bien d'autres, est bien plus mesuré et élaboré que ne le suggère ma première formulation. Sa force tient au fait qu'il tire sa légitimité d'une lecture orthodoxe de l'économie, et qu'il ne s'agit pas seulement d'un propos opportuniste, appelant à profiter du prix cassé de la dette...    Pour Olivier Blanchard, c'est d'abord le contexte de taux d'intérêt inférieur au taux de croissance qui est mis en avant. C'est historiquement la norme note-t-il. Et cette configuration fait que l'accroissement de la dette, ne nécessite pas forcément le recours à une augmentation future des impôts pour stabiliser le taux d'endettement. De surcroît, au  niveau où se situe le coût de financement de l'État, la balance coût/avantage de la dette est positive même si elle n'est pas à la hauteur de celle d'un investissement privé (pour simplifier à l'extrême la formulation) et nous sommes dans une conjonction économique, qui majore l'effet multiplicateur des dépenses publiques...   Bref, l'augmentation de la dette publique, n'est peut-être pas optimale, mais c'est un moindre mal. Et Summers ajoute à cela, que dans le cas américain, l'urgence réside aujourd'hui dans le sous-investissement social et celui dans les infrastructures, la priorité ayant été donnée jusqu'ici aux baisses d'impôts. Or il est plus urgent de combler aujourd'hui le sous-investissement social et infrastructurel que de stabiliser la dette. D'autant que les marchés seront prompts à déclencher l'alarme s'ils sont préoccupés par la dette... tandis qu'aucune alarme ne signale le sous-investissement chronique.    Il ne s'agit pas à proprement parler d'une apologie de la dette. Plutôt d'un discours mesuré pour dire qu'elle n'est pas nécessairement mauvaise. Avec en arrière-plan, un diagnostic sur la nature des déséquilibres contemporains ..."

      L'économiste Fitoussi, entre autres, livre son point de vue sur la question, qui peut paraître iconoclaste, mais qui a déjà été maintes fois formulé.   Il est temps de sortir des mythes.

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Economistes en déroute

Publié le par Jean-Etienne ZEN

(C'est encore plus vrai aujourd'hui...)

 

Faire confiance aux économistes?
                                                       Dans le contexte macroéconomique actuel, toujours aussi incertain, ils donnent de la voix
     Mais pas de la manière la plus optimiste.
      Dix ans après le séisme de 2008, parti de Wall Street et de la crise des surprimes, une ou de nouvelles crises se profileraient à l'horizon, si l'on en croit le diagnostic de certains, l'essentiel des problèmes, surtout financiers, bancaires, n'ayant été réglé essentiellement que de manière esthétique.
  Selon Roubini, qui avait vu venir la tempête dans son pays, la ruée vers les Bitcoin serait la plus grande bulle de l’histoire de l’humanité . C'est possible, quoique on ne sache pas grand chose sur cette e-monnaie, totalement dématérialisée et pas définition  opaque. Mais l'opacité est aussi grande dans le secteur bancaire, surtout dans sa partie masquée (shadow banking)
  Les nuages s'amoncellent sur le monde de la finance, qui ne s'est pas réformée en profondeur.
    Selon la banquier Naulot, un effondrement financier est toujours possible.
A contre-courant de ceux qui officient régulièrement sur nos antennes et qui ne voient pas de problèmes, souvent conseillers bancaires et semblant atteints de myopie.
    Il y a économistes et économistes...
 La discipline, nécessaire mais parfois imprudente, semble à un tournant.
             Les débats sont plus vifs qu'ils n'ont jamais été au sujet de la compréhension de la connaissance économique et de ses présupposés.
     Les effets de la crise, qui a pris (presque) tout le monde au dépourvu,, y compris l'ancien directeur de la Fed, Alan Greespan, y sont pour qielque chose.
     Certains découvrent enfin naïvement que l'économie n'est ni une science neutre, ni une science dure, ni une connaissance de type scientifique classique, mais qu'elle participe des sciences humaines, malgré certains de ses aspects économétriques, auxquels elle ne peut se ramener. La quantophrénie a régné trop longtemps, au détriment de la prise en compte de l'aspect qualitatif des phénomènes observés et de la critique des présupposés du moment.
     Les dogmes de l'économie néo-classique, à dominante mathématique, ont amené ses adeptes à se fourvoyer, comme la crise l'a mis en évidence. (*)
    Sa capacité d'anticipation a été prise de cours et son optimisme de base sur l'exubérance des marchés a été mise en défaut. Mais ne c'était pas la première fois. La capacité d'oublier, le manque de prudence méthodologique lié à l'appât du gain financier se sont  une nouvelle fois manifestés.
    L'économie néo-classique s'est fourvoyée, en suivant des présupposés et des dogmes qui subissent aujourd'hui des démentis cinglants, notamment les croyances à l'existence d' individus rationnels et du marché spontanément autorégulé.
     La pensée de Hayek et de Friedman, imposée comme indépassable, vulgarisée et appliquée par M. Thatcher et R.Reagan sont à l'origine du tournant néolibéral des années 70, de la financiarisation tous azimuts de l'économie devenue mondialisée, au détriment des pouvoirs régulateurs étatiques.
   Le capitalisme actionnarial, c'est-à-dire le primat de la rentabilité financière, n'est pas seulement injuste et inefficace. Il engendre la souffrance au travail, il tue des gens et détruit notre écosystème. L'analyse économique dominante n'est pas simplement discutable, elle est souvent absurde. Et les politiques anticrises aggravent les crises ! Tout cela est à la fois stupéfiant, incroyable, stupide...
   Il n'est donc pas étonnant que l'on parle de la faillite des économistes, que l'on évoque une.crise de la science économique et de son enseignement.
      Comme si le débat critique et la confrontation des idées ne devaient pas être la norme en ce domaine, qui touche de si près aux choix politiques majeurs, comme Keynes et la politique économique de Roosevelt l'ont si bien démontré en leur temps.
      Les économistes classiques sont à la peine et beaucoup le reconnaissent, comme Krugman et Stiglitz,, surtout depuis la déroute de 2008. Mais certains, accrochés aux dogmes pourtant déconsidérés, peinent à le reconnaître encore
     Les dits prix Nobel ne changent rien...
        L'économie est l'affaire de tout homme cultivé, qui peut en comprendre l'essentiel.
 :Une certaine imposture économique n'a pas fini de vouloir s'imposer 
     Les modèles mathématiques ,si en vogue, ne sauveront pas une discipline déconsidérée par ses pratiques récentes.qui étaient tout, sauf neutres.
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(*)  ... Thomas Philippon, auteur du Capitalisme d'héritiers (Ed. du Seuil, 2007), pointe du doigt la «trop forte segmentation de la recherche académique». Faute d'«économistes généralistes», personne, ou presque, n'a pu observer la propagation de la crise, surgie d'un coin obscur du droit immobilier américain (le contrat subprime) pour se propager à l'économie réelle, passant par les dernières innovations de la finance (les mécanismes de «titrisation» et de crédit dérivés). «Il aurait fallu plusieurs cerveaux dans la même tête pour voir venir les choses», résume Philippon.
   Gilles Raveaud, professeur d'économie à l'Institut d'études européennes de l'université Paris-8, reprend l'argument, pour le pousser un peu plus loin: «Depuis des années, on a assisté à un morcellement du savoir économique terrifiant, avec l'apparition de spécialistes très pointus, ici sur le travail, là sur le commerce international... On se retrouve à l'université avec des thésards très calés sur leur sujet, mais dénués de toute culture générale en économie!»
____Et Raveaud, qui connaît bien la recherche américaine pour avoir enseigné deux ans à Harvard, de s'inquiéter de ces manquements: «Un économiste peut traiter du chômage, sans rien connaître aux marchés boursiers ou aux banques... C'est conforme à la théorie de l'équilibre général, selon laquelle on peut analyser le fonctionnement d'un seul marché pris séparément, celui du travail par exemple, puisqu'on suppose que les autres sont naturellement à l'équilibre. Mais cela ne tient pas!»
___En fait, la macroéconomie des dix dernières années a subi de lourdes transformations. Vexés de ne pas pouvoir prétendre au statut de scientifiques purs et durs, la plupart des économistes ont versé dans un formalisme mathématique effréné, sur les conseils de Milton Friedman et ses collègues monétaristes. Profusion de courbes, modèles et équations, qui ont éloigné les chercheurs du monde «réel». Les maths sont devenues une fin en soi.
___Aveu de Thomas Philippon: «Nous étions devenus des enfants gâtés, puisque nous n'avions pas connu de vraie crise depuis longtemps. Sous la présidence Clinton, la politique monétaire était devenue répétitive. Notre intérêt pour le réel s'est donc logiquement atténué.»
___Une enquête étonnante, réalisée auprès des doctorants en économie des grandes facs américaines (téléchargeable ici), confirme ces propos. Plus de la moitié des personnes interrogées (51%) estiment que «connaître l'économie de façon approfondie» est «sans importance»... Et à peine 9% des thésards se disent convaincus du contraire («connaître le réel est très important») !...
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L’indice de la peur plane sur Wall Street ... "Dès 2009, les banques, les assurances, les fonds et les hedge funds ont découvert les merveilles financières cachées du VIX. Les acteurs financiers, recourant à toutes les potentialités des algorithmes, des mathématiques quantiques, du trading à haute fréquence, ont commencé à multiplier les produits (ETP, pour exchange traded products, instruments financiers qui ont pour seul objectif de reproduire la performance d'un indice comme les fonds indiciels) basés sur le VIX.
    Mais ils en ont totalement dévoyé la finalité. Ces produits sont devenus de purs outils de spéculation sur les hausses et les baisses futures du marché. La volatilité en elle-même, avec l’aide de l’ingénierie financière, est devenue un actif négociable sur les marchés au même titre que les actions ou les obligations. En un mot, il s’agit de parier sur le comportement, les attentes ou les états d’âme des acteurs financiers dans un avenir plus ou moins proche. On en arrive au stade ultime de la financiarisation et de la cupidité : celui d’un monde financier qui fonctionne en circuit fermé, pariant sur ses attentes modélisées en algorithmes.
   Des centaines de fonds indiciels, de produits dérivés de dérivés du VIX ont ainsi été créés. Personne n’est capable d’évaluer les montants en jeu, tant le nombre de produits cotés ou non cotés (over the counter) ont fleuri ces dernières années. Certains parlent de 500 milliards, d’autres de plus de 1 000 milliards de dollars investis.
   Certains servent encore à se couvrir au cas où la volatilité exploserait, annonciatrice de risques de marché importants, en constituant en miroir des investissements jugés peu risqués ou des réserves d’argent. Mais la plupart parient sur une baisse tendancielle de la volatilité. Dans le langage de Wall Street, ils sont « short ». En d’autres termes, ils pensent que les marchés vont rester calmes, ce qui leur permet d’amasser en contrepartie des actifs très risqués à haut rendement, couverts par des produits indexés sur le VIX. Comme la finance n’est jamais en reste dans la recherche de complexité, ces mécanismes résumés rapidement ont été accompagnés de multiples outils de dérivés, d’effets de levier, de structuration financière...."
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Pour prolonger:
Lettre ouverte à Pierrot la Science
 Faillite des économistes.
Pourquoi les économistes n'ont pas su prévoir la crise de 2008.
L’objectivité en économie est-elle possible ? 
Quelle théorie économique après la crise? 
« L’imposture économique » Jean Gadrey
L'économie est-elle une science ?
Le rôle des mathématiques en économie 
La prochaine crise financière est annoncée 
Trop de capital dans le monde ?
- Prochaine crise financière 
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Dictateur du bonheur

Publié le par Jean-Etienne ZEN

  Le bonheur: un mythe?   (Bis repetita)    

Il peut sembler paradoxal de faire une critique de cette notion tant proclamée, si souvent revendiquée, si valorisée à tous propos.    Surtout aujourd'hui dans la sphère médiatico-publicitaire où le bonheur est présenté comme à portée d'achat, même pour la présentation d'une nouvelle cuisine où d'un voyage exotique...qui vont changer votre vie. Le bonheur est censé être là devant nous, à notre portée.

 C'est comme une injonction de tous moments, contre toutes les souffrances et les frustrations qui nous habitent régulièrement.
   Un thème rémanent, qui semble plutôt frustrant lui-même, comme un horizon qui fuit sans cesse, une nostalgie sans fin, un objectif jamais accompli, d'autant plus qu'on y investit trop de nos rêves et de nos fantasmes.
   Et pourtant il reprend toujours de la vigueur jusqu'à devenir un objet de marché.
     Soyez heureux! c'est plus qu'un conseil, c'est devenu une injection forte, un impératif, parfois  un ordre.
   Il y a des spécialistes pour cela, gourous ou coachs en tous genres chargés de vous indiquer les voies  du bonheur, les moyens d'y accéder à coup sûr.
        Certes, ce n'est pas nouveau, mais c'est devenu plus systématique et obsessionnel, organisé dans l'univers marchand qui est le nôtre, jusqu'à saturation. Il faut des thèmes accrocheurs pour vendre envers et contre tout, même le plus futile, voire le plus inutile. Le hameçons ordinaires finissent pas s'user très vite et il ne faut pas faire dans le prosaïque, même pour vendre un yaourt.
     La nouvelle happynesindustry a ses codes et ses règles, quitte à se contredire et à ne pas aboutir à ses objectifs et à ses recettes pourtant déclarées sûres.
           La maximisation du moi est d'actualité, dans un monde de plus incertain et précaire.
Son développement jusqu'à l'obsession est devenu un thème dominant, dans tous les domaines, jusqu'à prendre le contrôle de notre vie de plus en plus américanisée.
    Jusqu'à devenir un soft-instrument de contrôle des esprits.
 Certains se rendent vite compte de l'insatisfaction qu'elle produit, jusqu'à devenir parfois toxique
  Etre moins obsédé par soi-même serait le meilleur moyen de ne pas tomber dans le piège de ce mirage obsédant, pour une plus grande sérénité, en revoyant l'ensemble de nos valeurs.
       Tout incite à se méfier de ceux qui prétendent posséder les secrets du bonheur....
             Kant n'en faisait qu'un concept indéterminé. 
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     ....Dans la bouche de celles et ceux qui les élaborent et les commercialisent, les emodities seraient devenus les outils les plus efficaces de réussite ou, plus modestement, les soutiens indispensables pour se maintenir à flot dans un contexte socioéconomique dégradé, imprévisible, menaçant et terriblement anxiogène.   La thèse d’Happycratie est que les marchandises émotionnelles sont effectivement celles dont la philosophie sous-jacente possède le plus d’affinités avec les nouvelles exigences de flexibilité qui caractérisent le monde du travail et la vie en société.    Dans la période post-crise 2008, durant laquelle les inégalités se creusent, les chances de mobilité sociale s’amnuisent, le fonctionnement du marché du travail se durcit, l’appel à faire preuve d’enthousiasme, de positivité et d’autonomie contribue à faire porter sur les individus la responsabilité de tout ce qui dysfonctionne.   Des phénomènes structurels lourds comme les variations du taux de chômage ou la dette des États peuvent passer au second plan ou même être occultés au profit de l’encouragement à devenir l’entrepreneur de soi-même, à rebondir et à faire de ses échecs des opportunités –autant de maximes qui forment un néo-bouddhisme absurde, une «pornographie émotionnelle» que les adeptes des fils d’actualité du réseau Linkedin ne connaissent malheureusement que trop bien.
       La manière positive d’envisager la vie serait devenue notre façon adaptative de survivre à la nouvelle donne économique, mais également une forme d’obéissance et de conformisme, écrivent les sociologues, qui prendrait «la forme d’un travail sur le moi et d’une maximisation de ce moi»....    «Alors même que les populations n’ignorent en rien cette instabilité et cette précarité générales, les forces structurelles qui façonnent les existences individuelles restent à leurs yeux pour l’essentiel illisibles, incompréhensibles»..._______________________________________

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Out of Africa

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 

Nos ancêtres les migrants
                                    Migrants d'hier, migrants d'aujourd'hui
     Le propre de l'homme, surtout avant de se sédentariser, avec l'apparition de l'agriculture , est d' être un migrant, un voyageur sans but assigné. Bien plus tôt qu'on ne le croyait.
     Des migrations lentes, d'abord, dont les raisons ne nous sont connues que par hypothèses.
  On trouve des traces de ces premières migrations de l'histoire de l'humanité, à partir de son berceau  africain, l'origine commune, de mieux en mieux établie, mais encore pleine d'incertitudes.
   Faire une histoire de ces mouvements lents ou plus rapides à travers l'histoire relève du défi. On peut juste en donner quelques éléments.
    Déjà homo erectus, sans doute pour des raisons surtout alimentaires, se déplaça d'Afrique vers d'autres contrées, à une époque où la configuration de la terre était assez différente.

   Parler de sortie d'Afrique pour les premiers hominidés place d'emblée les origines de la lignée humaine sur le continent africain. C'est logique mais cela va mieux en le disant ! En effet, tous les plus anciens fossiles d'hominidés ont été retrouvés en Afrique. On peut bien sûr citer Toumaï (-7 millions d'années), Orrorin (-6 millions d'années), Lucy (-3,2 millions d'années), ou encore, plus récent Australopithecus sediba (-1,95 millions d'années). Jusqu'à preuve du contraire, c'est-à-dire une nouvelle découverte de fossile hors du continent africain, nos plus lointains ancêtres se trouvaient en Afrique. 
  Pascal Picq donne une idée des recherches actuelles.
   L'histoire humaine est donc consubstantielle aux migrations.
     Que l'on songe seulement, plus tard, à l'origine des Celtes
       Pour ce qui est des migrations plus récentes, beaucoup d'entre nous sont des descendants de peuples dits barbares, puis plus tard, quand les nations se constituèrent, de Belges, d'Italiens, de Polonais....Comment se sont élaborés les pays jeunes comme les USA?
   Aujourd'hui, le phénomène est d'une autre nature, mais est loin d'être massif, bien que spécifique.
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Deux mots sur un mot

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 

Le retour des sauvages?
                                Il est des mots qui sont loin d'être innocents, qui sont chargés de sous-entendus et de présupposés, conscients ou non. Les arrières pensées qui les accompagnent ne manquent pas de produire des effets et des polémiques parfois passionnelles.


   C'est le cas du mot sauvage, exclu maintenant du vocabulaire des ethnologues, mais qui refait surface de temps en temps pour désigner certains peuples qui ne vivent pas comme nous ou des comportements qui sortent de la norme, qui peuvent choquer par leur aspect jugés parfois excessifs ou violents. La notion de barbarie, qui est associée à ensauvagement, exclut celle de culture. Ce qui est un non-sens.
   La notion d'ensauvagement revient sur le devant de la scène, de certains discours politiques, visant à produire un certain effet passionnel, voire racoleur. 
  Selon certains milieux, ce serait devenu "orange mécanique" dans le beau pays de France. La violence exploserait comme jamais. L'ensauvagement fait le tour du PAF et circule dans certains milieux depuis longtemps, mais revient au premier plan comme une évidence pour qualifier un certains nombre de comportement individuels ou sociaux souvent amalgamés. 
   De "sages", des Français seraient devenus "sauvages"? Comme si les "blousons noirs", comme si la "pègre" n'avaient pas existé Il faudrait s'interroger sur l'emploi de ce mot qui n'est pas nouveau, depuis la chienlit de De Gaulle jusqu'aux sauvageons de Chevènement. Un mot qui a une histoire.
« Il prend en 1806 le sens de “personne qui par ses actes de sauvagerie évoque les peuplades primitives” et finalement celui “qui échappe aux règles établies”, depuis 1960. C’est à partir de ces derniers sens que le substantif “ensauvagement”, dans son emploi actuel, a été forgé », relève Aude-Wirth-Jaillard.
   C'est mal connaître l'histoire et avoir peu de notions de ce que sont les statistiques et de la manière dont elles sont produites. C'est aussi confondre l'insécurité et le sentiment d'insécurité, qui peut être aisément instrumentalisé dans certaines circonstances. Non pas que certaines formes de violence ne posent  pas problème, ne méritent pas d'être analysées et sanctionnées, malgré le manque de présence policière  dans les endroits sensibles et les défaillances de notre justice qui manque notoirement de moyens.
   L'effet loupe de certains comportements fait illusion et donne à croire à une montée en puissance d'un phénomène sans cesse croissant. Il est sûr que le civisme n'est pas en progrès, que l'individualisme prend souvent le dessus, que l'éducation a souvent failli.     Mais est-ce seulement un phénomène d'aujourd'hui? Et puis, il faudrait s'interroger sur les causes de ces dérives. Se demander aussi si du côté de ceux qui utilisent l'ensauvagement comme une arme, ils ne sont pas eux-mêmes à désigner par le même vocable. On connaît les comportements d'une droite décomplexée (le kärcher de Sarkozy) ou d'une extrême droite sans états d'âme dans certaines circonstances...
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