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Cent ans après

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 

Une guerre, on sait comment ça commence...
                                                            Innombrables furent les bouleversements géopolitiques qui suivirent l'ébranlement de la Guerre de 14-18.
    Dont nous ne mesurons encore que partiellement les effets, dans l'ère de brutalisation qui s'annonce après l'armistice.
     En Europe bien sûr, dans la recomposition des nations, et dans les effets parfois potentiellement explosifs d'un conflit mal résolu, qu'inaugure le traité de Versailles. La Révolution russe n'a pu se développer - du moins sous la forme connue- que dans un contexte de lassitude, d'effondrement et de lourdes pertes pour le régime tsariste, par exemple, sans vouloir refaire l'histoire.
      Dans les Balkans, rien n'est vraiment .réglé.
    Au MO, la chute et le démantèlement de l'empire ottoman entraînèrent des conséquences en cascades, à la suite notamment des Acoords Sykes-Picot,  dont les conséquences en chaînes et progressives entraînèrent des effets dont les traces sont encore bien visibles aujourd'hui, notamment avec le réveil des nationalismes arabes et de leurs histoires... Des accords dans le sable. De même, la déclaration Balfour n'aurait sans doute pas vu le jour.
       Un MO toujours en chantier.


             Il a fallu attendre le dépeçage de l' Empire Ottoman pour voir émerger secrètement des frontières dessinées par les marchands de tapis anglais et français, qui, quasiment dans le plus pur arbitraire, en fonction des rapports de force du moment et des perspectives d'exploitation pétrolière, instituèrent un nouvel ordre qui allait s'avérer lourd de conséquences jusqu'à aujourd'hui;
      Ce fut l'accord appelé Sykes-Picot, encore mal connu.
                   Un accord mal ficelé et une dee causes majeures du chos actuel.
       Divulgué en novembre 1917par le gouvernement révolutionnaire russe, l'accord Sykes-Picot soulève   l'indignation dans le monde arabe : outre le fait qu'il bafouait le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, il violait les engagements pris, en 1915, par le haut-commissaire britannique en Égypte, sir Henry McMahon (1862-1949), auprès du chérif de La Mecque, Husayn ibn Ali.

Ces promesses, ambiguës et sujettes à des interprétations divergentes, concédaient aux Arabes, en contrepartie de leur aide contre les Turcs, un grand royaume ou leur indépendance dans les territoires délimités par le 37e parallèle, l’Iran, le golfe Persique, l’océan Indien, la mer Rouge et la Méditerranée. Sous certaines réserves – l’exclusion d’Aden, de Mersin et d'Adana (Cilicie) et celle, contestée, des vilayets d’Alep, de Beyrouth et de leurs côtes, la préservation des intérêts britanniques à Bagdad et Bassora –, cet espace devait ainsi englober l’Arabie, la Transjordanie, une grande partie de la Syrie, l’Iraq, voire, selon une autre lecture de la correspondance McMahon-Husayn, la Palestine...

      Il détermina une situation qui fait de Levant et du MO des chantiers permanents et des lieux d'affrontements. 
     La question des frontières devient aujourd'hui plus vive et meurtrière.
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Mieux vaut en rire (aussi...)

Publié le par Jean-Etienne ZEN

       Le malheur des temps, quel qu'il soit,  ne doit pas laisser au dés-espoir la place qu'il pourrait prendre s'il n'y avait certitude de sortie. A peine entrevue, certes, mais à notre portée. En attendant, l'humour, cette "légèreté de l'être" ou cette "politesse du désespoir", comme disait quelqu'un, essaie de se frayer un chemin, avec plus ou moins de bonheur, éclairant le brouillard ambiant, diffusant un peu de lumière sur une route chaotique et pleine d'obstacles

 

 

      Soit par le texte, le bon mot, soit par le dessin évocateur, léger ou plus ou moins grinçant. Même noir parfois. Dans toutes les langues. Bergson serait-il encore d'actualité?

            Mieux vaut en rire que périr...

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Sur Pétain

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 

Et du pétainisme.
                          Mais qu'allait faire le Président dans cette galère mémorielle?
         Dans ce chemin des croix, légitime en soi, qui se transforma souvent en chemin de croix.
             Le rappel simpliste de la figure du général Pétain, qu'il aurait pu s'abstenir d'évoquer tant le personnage est encore clivant dans la mémoire blessée de notre roman national, se transforma en "bourde" présidentielle.

  Que le "vainqueur de Verdun" reçoive un hommage appuyé, moindre que les anonymes qui vécurent une enfer de sang et de boue, n'a pas fait l'unanimité, c'est le moins que l'on puisse dire. L'histoire , surtout encore chaude, doit être évoquée avec prudence quand on est chef d'Etat.
     En faisant l’équilibre entre un Pétain 1 et un Pétain 2, il a repris une ficelle dialectique de ceux qui font la part des choses parce qu’ils jugent en surplomb au-dessus du commun. Insensibles à certaines dimensions, par exemple morales, de la question. Ainsi vont les élites sûres d’elles. Elles le font d’autant plus que leur mode de consécration ou de certification passe par une culture scolaire superficielle en la matière, celle des grandes écoles, où l’on apprend beaucoup de choses, en réalité des mots coupés de la réalité dont ils sont censés rendre compte, des souffrances, des angoisses, des incertitudes.
       Ce que beaucoup d'historiens contestent, c'est les propos réducteurs de Jupiter:
               Dans le récit national, Pétain occupe deux places bien différentes. Il est, d’une part, le « vainqueur de Verdun », général victorieux de la Première Guerre mondiale. Et il est d’autre part l’homme de la poignée de mains de Montoire, le responsable de la politique de Collaboration de l’État français avec l’Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre mondiale.  Il a été présenté très vite comme le « vainqueur de Verdun », au prix d’une réduction considérable de l’histoire de cette bataille, qu’il n’a certainement pas gagnée seul et dont il n’était pas le seul chef militaire.   En réalité, Pétain a bénéficié d’une double conjoncture favorable. D’une part, ayant la réputation d’être économe de ses soldats, il a été favorablement comparé aux responsables des grandes offensives dévoreuses d’hommes de 1915-1916, comme le général Nivelle. D’autre part, il a eu la chance de survivre à toute la génération des chefs de 1914-18, qu’ils soient militaires, comme Foch et Joffre, ou civils, comme Clemenceau. À la fin des années 1930, il ne restait plus que lui à incarner la Victoire.    Pour les nationalistes, il était devenu la seule figure de référence, ce qui explique que cet officier qui, jusqu’en 1914 avait fait une carrière honorable, mais médiocre, a pu devenir l’objet de la campagne nationaliste « C’est Pétain qu’il nous faut »...
          Le Président a alimenté la confusion par ses propos jugés imprudents.
              Faute ou maladresse? En tous cas Jupiter aurait dû s'abstenir pour s'en tenir aux vrais héros anonymes  de la terrible tragédie de quatre ans.
       Mettre en place un savoir et construire une mémoire relèvent de logiques d’action parfaitement différentes. En s’adossant, comme il l’a fait, à un discours savant pour légitimer le maréchal Pétain dans la mémoire, le président de la République a pris le risque de briser cette mémoire nationale, indique l’historien Emmanuel Saint-Fuscien, car « on ne joue pas impunément avec les usages publics du passé ».    Surtout lorsqu’il s’agit de convoquer la figure d’un homme frappé d’indignité nationale en 1945. « C’est même dangereux, poursuit ce maître de conférences à l’EHESS. L’argument qui consiste à revenir sur le Pétain de 14-18 a longtemps été celui de l’extrême droite. Il a déjà été très compliqué d’arriver à un consensus national et à une mémoire patiemment apaisée. »
        Le choix funeste fut évoqué, mais au détour d'une phrase.
  Quand on connaît l'engagement vers la droite nationaliste de plus en plus marqué du général entre les deux guerres, notamment à partir des années 30...
      Le piège du en même temps s'est refermé sur le discours présidentiel, qui a donné ou redonné à des hommes comme Eric Zemmour une sorte de légitimation.
    La critique la plus sévère vint de JM Bourget, qui ne manqua pas d'évoquer l'Etrange défaite de Marc Bloch et les analyses plus contestées de H Guillemin et de Lacroix-Riz.
  L'imposteur de Verdun, comme dit un historien de la Grande Guerre, ne méritait pas tant d'éloges et de vacarme.
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Silence!, on espionne...

Publié le par Jean-Etienne ZEN

        Curiosité illégale.     

                        Chez Ikea- France, on n'y va pas par quatre chemin. On s'instaure surveillant de la main d'oeuvre. On se sait jamais. Mais ce n'est pas anecdotique et ce n'est pas nouveau, même si les moyens on changé et se sont sophistiqués. Aujourd'hui, on peut être observé et suivi sans même le savoir. On n'arrête pas le progrès....Mais c'est verboten: espionner les salariés peut  coûter cher, quelle que soit la manière, quels que soient les moyens. Les droits patronaux ne sont pas illimités. L'information sur la personne salariée ne peut s'exercer que dans certaines limites bien définies.

 

           Chez IKEA, on a des principes, mais...."Plus de neuf ans après le scandale d’espionnage qui a mis dans la tourmente la filiale française du géant suédois du meuble en kit, un procès s’ouvre ce lundi 22 mars au tribunal judiciaire de Versailles. L’entreprise, mais aussi deux anciens P.-D.G., sont jugés aux côtés de douze autres prévenus, tous accusés d’avoir soumis, à différents degrés, des salariés d’Ikea France, mais aussi des clients et des candidats à l’embauche, à une vaste opération de surveillance illégale entre 2009 et février 2012. Ces cibles auraient été épiées, leurs antécédents judiciaires illégalement épluchés, avec l’aide d’un réseau de détectives privés et de policiers..."                         _____Chez AMAZON aussi , la colère ouvrière gronde dans plusieurs pays contre le géant de la distribution, ses conditions de travail et sa "curiosité" concernant son personnel, notamment en Alabama:   "...Depuis plusieurs mois, les membres du syndicat des travailleurs de la distribution RWDSU (Retail, Wholesale and Department Store Union) se relaient à ce croisement, qui mène au parking du gigantesque centre de distribution « BHM1 » d’Amazon, quelques dizaines de mètres plus loin.  Armés de pancartes, ils encouragent les 5 800 employés qui défilent en voiture toute la journée, à voter pour la création d’un syndicat dans le cadre du référendum interne en cours depuis début février. Ces derniers ont jusqu’au 29 mars pour remettre leur bulletin de vote. S’il voit le jour, ce syndicat serait le premier à naître au sein d’un entrepôt d’Amazon aux États-Unis, toutes les autres tentatives ayant échoué jusqu’à présent....Inquiète du risque de contagion syndicale parmi ses 800 000 employés aux États-Unis, l’entreprise a demandé aux autorités locales de raccourcir la durée du feu rouge au carrefour pour éviter que ses employés ne discutent trop longtemps avec les équipes de la RWDSU – Amazon assure que le changement a été fait pour éviter les embouteillages à la sortie du parking. « C’est la plus grosse campagne de l’histoire de notre syndicat », résume Stuart Appelbaum, le président de la RWDSU, fondée en 1937. Ouvert en mars 2020 pour faire face au boom des commandes pendant la pandémie, le centre de distribution de Bessemer est une aubaine économique pour cette région du « Deep South » des États-Unis, pauvre et noire, scarifiée par le déclin de l’industrie et le manque de protections sociales hérité de l’esclavage. Rapidement, il est aussi devenu le symbole des dérives du système Amazon. Face au refus de la direction d’augmenter ses employés, composés à 80 % d’Afro-Américains, en pleine pandémie, une poignée d’employés de « BHM1 » ont rencontré en secret les syndicalistes de la RWDSU l’été dernier pour leur demander de les aider à monter un syndicat. En décembre, quelque 2 000 employés avaient manifesté leur soutien au projet. Le référendum a démarré deux mois plus tard.  Depuis, la campagne bat son plein devant et derrière les murs du bâtiment, où quatre grandes banderoles « Vote » ont été installées sur la façade. Côté Amazon, un consultant anti-syndical a été recruté à prix d’or pour dissuader les employés de voter pour le syndicat – une pratique nommée union busting répandue dans les grandes entreprises américaines.....« Beaucoup des travailleurs d’Amazon ont deux emplois. Ils travaillent 10 heures au centre et ont un autre emploi le week-end car ils ne peuvent pas faire face au coût de la vie. Amazon pense qu’ils leur font une fleur en les payant 15 dollars de l’heure, mais c’est loin d’être suffisant », dit-il, surtout pour les parents qui élèvent leurs enfants seuls.... Pour sa part, Perry Connelly, un employé de « BHM1 » impliqué dans la campagne, dénonce des conditions de travail « déshumanisantes ». Recruté par Amazon en avril, cet Afro-Américain de 58 ans est « water spider » (« araignée d’eau »), un employé chargé de s’assurer que les commandes sont réparties entre les différentes stations de travail pour être traitées. Rencontré dans le local syndical à Birmingham, la grande ville à côté de Bessemer, il évoque le système informatique « ToT » (« Time off Tasks »), qui mesure la productivité des employés..."                                                                                                                        A plus grande échelle et pour des raisons plus stratégiques, Les USA espionnent les grands groupes français en toute impunité, au nom du principe d'exterritorialité qu'ils se sont arrogés unilatéralement. Faut pas se gêner...     _________________________

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Haro sur l'Iran (suite)

Publié le par Jean-Etienne ZEN

(Il y a deux ans...)

 

L'ire de Trump contre les Perses
                                                           Tout se passe comme si on recherchait le conflit latent ou ouvert avec Téhéran, en affaiblissant un pays qui risque de se durcir en abandonnant toute tentative de transformation et de négociation, ce qui ferait le jeu de l'axe du moment entre Washington, Ryiad et Tel-Aviv?


      Manifestement c'est le cas. Trumpus destructor fait fi des difficiles mais prometteuses avancées gagnées sur le terrain, pour renouer des liens depuis longtemps dissous,où l'on avait écarté l'ancien empire perse de la scène internationale et des relations commerciales. 
    Ce que Obama, son équipe  et ses alliés avaient fait, Trump le défait, au nom de ses intérêts pétroliers privilégiés avec le royaume du Golfe, au demeurant excellent acheteur de quincaillerie militaire divers. Il ne faut pas froisser les clients.
   Les relations entre la Maison Blanche et Téhéran ne sont pas un long fleuve tranquille et ce depuis bien longtemps, mais on sentait venir un début d'éclaircie et de normalisation, seules capables de retisser des liens avec un pays économiquement affaibli. Certains dirigeants l'avaient bien compris, désireux de sortir des tensions.
    Mais l'affaire syrienne, du moins du point de vue US, a tout remis en question
       Ryiad  fait tout pour ranimer la flamme d'un vieil antagonisme, jusqu'à brandir la menace militaire. Israel, qui s'accommodait d'une Syrie en guerre et démantelée, change sa stratégie, quitte à faire alliance avec ses rivaux d'hier.
    Les sanctions économiques contre l'Iran n'arrangeront rien et compliqueront les relations géopolitiques du MO.
   . ...Ces sanctions violent les résolutions de l'ONU endossant l'accord nucléaire conclu en 2015 entre l'Iran, les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU (les États-Unis, la Grande-Bretagne, la France, la Russie et la Chine) en plus de l'Allemagne et de l'Union européenne.  Le secrétaire d'État américain Mike Pompeo a effectivement confirmé que Washington, qui a installé et maintenu la dictature du Shah Reza Pahlavi pendant plus de 25 ans de 1953 à 1979, cherche une fois encore à établir une hégémonie incontestée sur ce pays riche en pétrole.   «Tous les efforts visent à donner au peuple iranien non seulement le gouvernement qu'il veut et qu'il mérite», a déclaré l'ancien directeur de la CIA, en employant le langage intimidant et méprisant associé aux opérations américaines de changement de régime dans le monde....
      La vassale Europe se plie au diktat, trop faible pour vouloir résister aux oukazes économiques de l'oncle Sam.
     L'exterritorialité, c'est sacré. Peugeot et d'autres investisseurs, qui se pressaient dans la capitale perse, l'ont compris à leur dépens.
     Les erreurs et les errance internes n'expliquent pas tout et laisser se renforcer le délabrement grandissant un pays potentiellement prospère et cultivé réduira le jeu des réformateurs, comme Rohani, et ne facilitera pas le passage à une certaine normalisation, en créant un climat de tensions dangereuses.
   Mais on ne peut compter sur le pyromane de la Maison-Banche....comme d'autres avant lui
       Les Iraniens ont de la mémoire. Sans remonter jusqu' à Mossadegh...
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Intérêt public et intérêts privés

Publié le par Jean-Etienne ZEN

Des frontières (trop souvent) poreuses

                   Portes-tambour, cumuls, renvois d'ascenseur, affairisme et influences.              Entre les affaires privées, souvent très lucratives, et les affaires publiques, au service de l'intérêt général, le passage devient de plus en plus en plus aisé et habituel pour les représentants de la haute fonction publique, parfois les mieux placés. L'idéologie néo-libérale est passée par là et son principe revendiqué d'affaiblissement de l'Etat, selon la pensée de Reagan et de ses émules, dignes disciples de Hayek et Friedman, de l'école de Chicago.          Les ponts se multiplient, les domaines finissent pas se rejoindre et les frontières s'estompent.   Pas seulement en Angleterre. On peut s'appeler Tony Blair et être un jour Premier Ministre et un autre jour à la direction d'un grand groupe multinational. Les multinationales savent y faire pour étendre leurs zônes d'influences et multiplier leurs relations, au plus haut niveau. Pas par philanthropie.  Une forme de lobbyisme supérieur. Nous avons eu notre Barroso à Bruxelles, en Allemagne Schröder s'est distingué...

 

               Toutes ces pratiques, connues ou non, tendent se généraliser. Un phénomène en progession. Ce n'est pas seulement moralement indécent, c'est politiquement contestable. Quand les intérêts publics et privés se mélangent, c'est la souveraineté qui peut être affectée, pas seulement au niveau économique. Comme le remarque V.Jauvert :"....L’indécent n’est pas que des responsables publics partent dans le privé, mais qu’ils s’occupent des affaires publiques et du lobbying pour le compte de ces entreprises, en monnayant leur connaissance de l’Etat, au lieu de travailler à la création de richesse.   "Nicolas Sarkozy, François Fillon ou Bernard Cazeneuve monnaient leur connaissance de l’Etat dans le privé, et semblent trouver cela normal." Cette pratique concerne d’anciens dirigeants de l’Etat, jusqu’aux plus hauts placés...   Nicolas Sarkozy, qui siège aux conseils d’administration d’Accord et des casinos Barrière, François Fillon, qui travaille pour le fonds d’investissement Tikehau Capital, ou Bernard Cazeneuve, avocat d’affaires au cabinet August-Debouzy, ont expliqué qu’ils arrêtaient la politique. On pourrait donc se dire que leurs nouvelles activités relèvent de leur vie privée. En réalité, ces gens-là monnaient leur connaissance de l’Etat dans le privé, et semblent trouver cela normal. Ce ne sont pas des cas particuliers. Cette mode néfaste à notre démocratie peut expliquer en partie la piètre opinion que les Français ont de leur classe politique.  __ Ces pratiques ne sont pas nouvelles, mais vous soutenez qu’il existe une spécificité macroniste ?  __Oui, le phénomène a pris une ampleur inédite depuis la dernière présidentielle. Je donne, entre autres, l’exemple de Benoît Loutrel, directeur général de l’Arcep, l’autorité de régulation des communications, devenu en 2017 lobbyiste pour Google. Ou encore celui de Dorothée Stik, qui a participé à la campagne de Macron tout en travaillant à la direction du Trésor, partie dans la banque d’affaires de Jean-Marie Messier un mois après la victoire de son candidat.   "Les quatre plus hauts responsables de l’Etat sont des adeptes de ces allers-retours lucratifs."   En l’occurrence, l’exemple vient d’en haut ! Emmanuel Macron, inspecteur des finances, a travaillé chez Rothschild, et Edouard Philippe, membre du Conseil d’Etat, a fait du lobbying pour Areva et a été avocat dans un cabinet anglo-saxon. Le secrétaire général de l’Elysée, Alexis Kohler, et le directeur de cabinet du Premier ministre, Benoît Ribadeau-Dumas, sont eux aussi des énarques qui ont pantouflé dans le privé. Autrement dit, les quatre plus hauts responsables de l’Etat sont des adeptes de ces allers-retours lucratifs. Cette situation inédite a contribué à diffuser cette culture....Le cas du maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc, est incroyable. En 2008, Nicolas Sarkozy l’a nommé au Contrôle général économique et financier (CGefi), un organisme de Bercy où les postes sont extrêmement bien payés, surnommé « le cimetière des éléphants » ! Il cumule donc ce job avec son mandat de maire d’une grande ville à l’autre bout du pays. François Baroin, lui, est à la fois maire de Troyes, président de l’agglomération, président de l’Association des maires de France (AMF), mais aussi avocat à Paris, conseiller de la banque Barclays et membre du conseil d’administration de Sea-Invest Corporation, un opérateur de terminaux portuaires....."                                                                                                 _____Peut-on être à ce point vertueux que l'on résiste à la facile tentation de tout mélanger et de mettre une frontière nette entre deux mondes qui, par essence, sont hétérogènes, mais pas sans relation?  Le lobbying, malgré les règles, pas toujours respectées, restent puissant à Bruxelles comme chez nous, même s'il est invisible. Les influences ne se mesurent pas. Le pantouflage pose souvent problème. Pas seulement dans certains pays d'Afrique. Comment éviter les toujours possibles conflits d'intérêts? Le pantouflage à la française existe bien et n'est pas là seulement pour récompenser les amis...

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Il était une fois le Mexique

Publié le par Jean-Etienne ZEN

Relations compliquées
                                  L'histoire commence mal avec le nouvel occupant du Nord.
                     Le Texas était en jeu.
         Le secrétaire à la guerre de l'ancien président JacksonLewis Cass, indique que « nous ne voulons des Mexicains ni comme citoyens, ni comme sujets. Tout ce que nous voulons, c'est une portion de territoire
   La destinée manifeste de la jeune  nation en pleine expansion devait se réaliser. Comme disait  John L. O'Sullivan : « C'est manifestement notre destinée de nous répandre sur le continent que la Providence nous a alloué pour y assurer le libre développement d'une population qui, chaque année, se multiplie par millions. »
       La phase actuelle des relations  représente un virage, où il est question de mur, comme promis par Trumpus imperator.


   Un retour aux années trente où tant de Mexicains furent expulsés?
        Mais sans la main d'oeuvre du pays du Sud, l'économie des USA ne tournerait pas ou mal, surtout dans le domaine agricole, où les clandestins sont légions. C'est toujours bon pour les salaires.
    Même si le repli s'annonce, les gardes se renforcent aux frontières, le mur devient problématique, la perméabilité existera toujours.
    L'économie avant tout: des relations asymétriques, indispensables et reconduits, à l'avantage du cousin du  Nord, où la langue espagnole s'étend, pour qui le Mexique reste la variable d'ajustement dans de nombreux secteurs. Les maquiladoras à bas salaires restent une aubaine pour les constructeurs automobiles, notamment.
       Le néocolonialisme continue sous d'autres formes.
 Mais l'avenir du Mexique est incertain.
    Obrador est sceptique sur le rôle de tampon migratoire que son pays joue pour les États-Unis », juge Andrew Selee, le directeur du Migration Policy Institute. « Le Mexique expulse aujourd'hui plus de ressortissants de pays d'Amérique centrale que les États-Unis. Va-t-il pour autant changer de politique ? Pas sûr, à moins que les politiques de Trump vis-à-vis des migrants ne placent ce sujet au cœur de l'agenda médiatique au Mexique. »
   Une guerre qui est aussi économique.

       Mais l'interconnexion entre les deux pays n'est pas prête de s'éteindre, Trump ou pas.      
    On attendait le changement... Le narcoétat va-t-il enfin changer de nature, en restaurant l'Etat de droit?
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Un pass nommé désir

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 Un passeport sanitaire pour bientôt? 

                              Qui n'en rêve pas? Pour sortir des contraintes de toutes sortes dans lesquelles nous enserre un virus souvent insaisissable, aux effets rebondissants, aux manifestations sournoises? Certains pays y songent pour favoriser les déplacements internes, les voyages et les échanges dès le début de cet été. Mais l'unanimité n'est pas là. Il y a même des divisions au sein des pays d'Europe, dans cette période faite encore de nombreuses incertitudes. Le manque de vision y est pour quelque chose, tant que l'état sanitaire est ce qu'il est: mouvant, incertain et transfrontalier; autant que le double régime qui pourrait être instauré, entre personnes et entre régions et pays. Le problème porte surtout sur la certitude de l'immunité obtenue véritablement. Pas simple...

 

             Comme le souligne Lise Bernéoud, "..;Le monde se divise désormais en deux catégories : ceux qui sont immunisés et ceux qui ne le sont pas. En parodiant la célèbre réplique du film Le Bon, la brute et le truand, on peut dire que les premiers sont censés résister au virus, voire ne plus le transmettre, les seconds peuvent encore engorger nos hôpitaux et répandre le mal autour d’eux.     Sauf qu’en réalité, dans la vraie vie comme dans le film, les frontières ne sont jamais tout à fait claires. Comment distinguer les uns des autres ? Sur quels critères biologiques peut-on s’appuyer ? Peut-on réellement affirmer que toute personne immunisée ne contaminera plus son entourage ? Et si l’on restreint certains pans de la vie sociale aux personnes non immunisées, quel impact peut-on en attendre sur la dynamique de l’épidémie ? Face aux différents projets de pass sanitaire, passeport vert ou certificat d’immunité, les questions scientifiques restent nombreuses.                                         Immunisé. Tel est donc le nouveau sésame indispensable, celui qui pourrait nous rouvrir les portes d’une vie normale. À l’époque romaine, l’immunitas représentait l’exemption des charges et des obligations imposées aux autres. Des privilèges, des dérogations au droit commun.     Appliquée au domaine biologique, l’immunité représente effectivement un privilège, une dérogation aux lois de la nature, en ce qu’elle nous protège des pathogènes. En temps de pandémie, détenir un certificat d’immunité fait même mieux que nous protéger du virus : comme à l’époque romaine, cela nous donnerait accès à tout un tas d’avantages interdits aux autres, comme le cinéma, les salles de sport, les restaurants, les concerts… Un ticket de sortie de crise, en quelque sorte.     Alors forcément, tout le monde le veut, ce ticket. Là où les choses se compliquent, c’est sur la question de savoir à qui on le distribue. Comment déterminer qui est immunisé et qui ne l’est pas, d’une manière plus juste qu’à l’époque romaine ? À première vue, on pourrait croire cette distinction facile : seuls sont immunisés ceux qui ont été vaccinés ou qui ont guéri d’une infection. Mais lorsqu’on entre dans les détails, on s’aperçoit vite que ce projet de pass sanitaire s’apparente à un casse-tête aux bases scientifiques flottantes.                ____Aujourd’hui, le gold-standard, le test de référence qui permet de juger du statut immunitaire d’une personne, est le taux d’anticorps qui circulent dans le sang. Plus précisément, le taux d’anticorps dits neutralisants, capables de neutraliser le virus. Ces anticorps sont considérés comme la garantie que si des virus commencent à se diffuser dans l’organisme, ils seront repérés puis détruits avant d’infecter nos cellules.     Les études montrent que plus de 90 % des personnes qui ont été infectées ou qui ont reçu un vaccin fabriquent des anticorps qui circulent ensuite dans leur sang les semaines suivantes. Premier problème : peut-on se contenter de détecter la simple présence d’anticorps ou faut-il mesurer leur quantité ?      De fait, la concentration en anticorps dans le sang des convalescents ou des personnes vaccinées varie d’un facteur 100, voire 1 000, selon les personnes ! Elle varie également dans le temps et présente une fâcheuse tendance à diminuer après plusieurs mois, jusqu’à devenir imperceptible chez certains, notamment chez les asymptomatiques. D’après une récente étude publiée dans Science portant sur 188 cas de Covid, 10 % d’entre eux n’avaient plus aucune trace d’anticorps six à huit mois après l’infection.     Faut-il dès lors fixer un seuil minimum, qui serait synonyme de protection effective ? Un tel seuil existe déjà dans le cas de l’hépatite B : l’OMS a fixé un taux d’anticorps appelés anti-HBs au-dessus duquel les personnes sont considérées comme immunisées. « Mais personne ne sait encore quel pourrait être ce taux dans le cas du Covid », fait remarquer Samira Fafi-Kremer, responsable du laboratoire de virologie du CHU de Strasbourg.        Une étude sur des macaques a tenté de fixer ce seuil, en les infectant une première fois puis en les exposant à nouveau au virus. Les chercheurs démontrent qu’en deçà d’un certain seuil, les singes ne sont plus protégés. « Mais ce seuil reste encore à préciser chez l’homme », explique Guy Gorochov, du Centre d’immunologie et des maladies infectieuses (Sorbonne université-Inserm).       « Tant que les techniques sérologiques ne sont pas standardisées entre elles pour qu’on puisse comparer les taux d’anticorps et tant qu’un seuil d’anticorps protecteur n’est pas clairement défini par des études scientifiques, il sera difficile de parler de taux d’anticorps protecteur », ajoute Samira Fafi-Kremer.      Pour autant, force est de constater que les cas de réinfection après des tests sérologiques positifs sont rares. Une étude portant sur 6 614 soignants anglais qui ont eu, entre juin et novembre 2020, un test sérologique positif, n’a observé que 44 cas de réinfection, soit moins de 1 % de l’effectif. Un test d’anticorps positif datant de moins de six mois semble donc un bon critère d’immunité.         En revanche, l’inverse n’est pas forcément vrai : un test négatif ne signifie pas forcément que nous ne sommes pas protégés contre la maladie. « On sait par exemple qu’après une dose de vaccin, 60 % des personnes sont protégées alors qu’elles n’ont pas encore d’anticorps circulants détectables », indique Stéphane Paul, responsable du département d’immunologie du CHU de Saint-Étienne, qui participe au Comité scientifique vaccins Covid.        Si ce n’est par les anticorps, par qui peuvent-elles bien être protégées ? Par d’autres protagonistes de notre système immunitaire. Les anticorps circulants ne sont pas, tant s’en faut, les seuls héros de notre immunité (lire Covid et immunité : des pistes négligées ?).        On peut compter par exemple sur les IgA, des anticorps qui ne circulent pas dans le sang mais dans les muqueuses : ils jouent un rôle important aux premières étapes de l’infection, lorsque le virus s’engage dans le nez ou la bouche.       On bénéficie aussi de l’appui des lymphocytes T, qui traquent quant à eux les virus déjà planqués à l’intérieur de nos cellules et qui semblent efficaces quels que soient les variants du virus (voir notamment cette étude). Ou encore des lymphocytes B à mémoire qui, comme leur nom l’indique, gardent en mémoire le pathogène et sont capables, si le virus se représente un jour, de fabriquer les anticorps spécifiques pour empêcher l’infection.           ____Dans l’étude de Science déjà citée, les chercheurs ont analysé tous ces marqueurs durant six à huit mois pour les 188 cas de Covid. Résultat : « Les simples tests sérologiques de détection d’anticorps anti-Sars-CoV-2 ne reflètent pas la richesse et la durabilité des réponses immunitaires », concluent les auteurs. Ainsi, environ 7 % des individus suivis ne possédaient plus d’anticorps circulants après six mois mais présentaient en revanche des IgA, des lymphocytes T et des cellules à mémoire.               Sont-ils pour autant protégés ? « Il n’est pas possible de tirer des conclusions directes à propos de l’immunité protectrice sur la base de la quantification [des différents acteurs de l’immunité] », préviennent les auteurs de l’étude, tout simplement parce que les mécanismes exacts de protection contre le Sars-CoV-2 ne sont pas encore bien connus. En outre, autant il est facile de tester la présence d’anticorps dans le sang, autant les analyses permettant de repérer les autres acteurs de l’immunité sont plus complexes à réaliser, plus chères et moins reproductibles.                                 _____ Mais il y a autre chose : qu’entend-on exactement par immunité protectrice ? Une protection contre les formes graves de la maladie ? Un bouclier contre l’infection ? Ou carrément une impossibilité de transmettre le virus ? « Les niveaux et le type d’immunité diffèrent selon que l’on considère la maladie, l’infection ou la transmission », explique Alessandro Sette, de l’Institut La Jolla d’immunologie, coauteur de l’étude de Science.         Par exemple, les anticorps, particulièrement ceux dans les muqueuses, peuvent s’attaquer au virus dès son entrée dans l’organisme : en l’empêchant de s’installer, ils préviennent donc sa transmission. À l’inverse, les lymphocytes T détruisent les cellules déjà infectées : ils contribuent donc à limiter la propagation de l’infection à l’intérieur de l’organisme, évitant ainsi les formes graves.                                                   Dans une optique de santé publique, empêcher la transmission interhumaine du virus est bien sûr la forme de protection idéale. Mais pour l’heure, nous manquons encore de données pour distinguer les personnes qui ne porteront plus le virus et ne pourront plus le transmettre à leur entourage. Même pour les vaccins, nous ne savons pas encore exactement à quel point ils empêchent les infections asymptomatiques, et donc la contamination.      Si l’absence de transmission est l’objectif numéro 1, alors les tests PCR ou antigéniques négatifs datant de moins de 48 heures sont l’idéal : c’est la preuve qu’aucune particule virale ne se loge dans nos fosses nasales. Leur utilisation pourrait se généraliser pour pouvoir accéder à des concerts, des événements sportifs ou pour prendre l’avion. Inconvénient : une personne peut s’infecter juste après le test. En outre, il faut répéter ces tests pour chaque événement particulier.        Dernier critère qui pourrait permettre d’obtenir un feu vert immunitaire : un test PCR ou antigénique positif de plus d’un mois, comme confirmation d’une infection passée. « Là, on descendrait d’un cran dans le niveau de preuve », estime Guy Gorochov. De fait, un test positif, on l’a vu, peut révéler de très faibles quantités de virus.         D’où la question : est-ce suffisant pour enclencher une réponse immunitaire efficace ? Récemment, deux études rétrospectives, l’une menée aux États-Unis sur plus de 150 000 personnes et l’autre au Danemark sur quelque 4 millions d’individus, montrent que les personnes qui ont eu un test PCR positif durant la première vague peuvent être réinfectées, mais bien moins fréquemment que les personnes n’ayant jamais croisé la route du virus. La protection offerte par une infection antérieure a ainsi été évaluée à 81,8 % aux États-Unis et à 80 % au Danemark. Cette protection n’était en revanche que de 47 % parmi les Danois âgés de 65 ans.     L’une des limites de ces études, c’est qu’elles ne distinguent pas la nature de la première infection : symptomatique ou asymptomatique. Or cette caractéristique pourrait influencer les résultats. De nombreux travaux vont en effet dans le sens d’une disparition plus rapide des anticorps chez les personnes infectées de manière asymptomatique.    D’après une étude menée en Italie sur 31 sujets exposés au virus sans avoir développé de symptômes, aucun anticorps n’était détectable chez environ 40 % d’entre eux. Ce taux montait à 80 % huit semaines après l’exposition. « Les tests PCR, comme les tests antigéniques, ne reflètent pas directement l’immunité », tranche François Anna, du laboratoire virologie moléculaire et vaccinologie de l’Institut Pasteur.                        Comment faire le tri le plus pertinent parmi l’ensemble de ces marqueurs ? « Il ne faut pas viser l’outil absolu, recommande Antoine Flahault, directeur de l’Institut de santé globale de l’université de Genève. Aucun critère ne permettra de s’assurer d’un risque zéro. L’idée n’est pas de bloquer toutes les infections mais de diminuer les risques. »    L’épidémiologiste français, qui vient de publier un panorama de l’épidémie de Covid-19 (Covid, le bal masqué, aux éditions Dunod), ajoute également que les critères pourraient être adaptés aux niveaux de circulation du virus : « Plus le virus circule, plus vous aurez envie d’un pass qui diminue le risque de manière substantielle et plus vous serez regardant sur les critères biologiques acceptés. ».....__________________________________

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Colères de toutes les couleurs

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 

 Le fisc, voilà l'ennemi?
                        La goutte de gazole qui fait déborder le vase réservoir.
       Gilets verts, bonnets rouges ou chemises vertes..... 
    Les couleurs de la colère sociale varient selon les époques.
         En France, existe une longue tradition de révolte contre des impôts, des taxes diverses, diversement appréciées, parfois durement réprimées. Des taxes qui frappaient souvent les plus démunis.


    Les gilets jaunes, en passant par les bonnets rouges, ne sont pas une première. Des grandes jacqueries au mouvement poujadiste, les révoltes, parfois longues, furent diverses et variées et pouvaient parfois se terminer tragiquement, aux galères. Le sel, produit incontournable, fut longtemps objet de taxes diverses. L'absurde impôt sur les portes et fenêtres fut seulement aboli tardivement. Le poujadisme, à ses origines, correspond à la crainte que fait naître le début de la grande distribution, avant de devenir un mouvement politique momentané.
   Le monde des taxes possibles est illimité.
    On comprend mieux pourquoi toute nouvelle taxe, qui touche souvent indistinctement tout le monde et affecte particulièrement les moins favorisés soient à l'origine de divers mouvements de révolte, organisés ou non.
         Les impôts indirects auxquels nul ne peut échapper sont le plus souvent les plus lourds et les plus injustes. Tout le monde paye la TVA, mais elle n'a pas les mêmes incidences selon que l'on est désargenté ou fortuné. Surtout dans le domaine de première nécessité. Notion qui évolue avec le temps. Ce n'est plus seulement le pain, mais le portable pour celui qui doit être constamment joignable, la voiture pour celle qui ne peut trouver un emploi à moins de trente km et qui ne peut se loger plus près. Les dépenses dites contraintes évoluent avec le temps et alourdissent les diverses taxation, parfois invisibles et supposées non douloureuses.
             ___Pourtant la participation citoyenne à l'impôt public en vue d'une certaine redistribution, de la constructions et les entretiens des infrastructures, d'une politique sociale d'urgence fait bien partie de la vie républicaine, qui inclut la solidarité, contrairement à l'idéologie minarchiste.

Elle est une donnée structurelle de la vie républicaine, dès 1789. « Pour l’entretien de la force publique, et pour les dépenses d’administration, une contribution commune est indispensable. Elle doit être également répartie entre tous les Citoyens, en raison de leurs facultés. » (article 13 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789).
    Aujourd'hui, si une certaine taxe écologique s'avère nécessaire , celle qui nous est présentée semble bien marquée de greenwashing.                           
       Les taxes: un antienne, une complainte, une colère parfois, vieille comme le monde...
   Des souvenirs douloureux pèsent sur les consciences: l'Ancien Régime, qui ne vivait pas de peu, accablait d'impôts ses sujets, avec l'arbitraire que l'on sait..avant que l'impôt républicain ne s'impose comme, théoriquement, un prélèvement généralisé et  proportionnel, au service de l'intérêt général.en vue d'assurer des services collectifs, dans une exigence de solidarité.
______Dans son article 13, la déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789 fonde l’exigence de justice fiscale : la contribution doit être déterminée en fonction des « facultés » de chacun, ce qui implique une progressivité de l’impôt. C’est ce qui permet d’éviter de faire supporter le même taux d’effort à tous. Par exemple, dans le cas d’un impôt proportionnel, payer un impôt au taux uniforme de 15 % de son revenu est en réalité plus douloureux pour un revenu modeste qui servira pour l’essentiel à la satisfaction de besoins vitaux (manger, boire, se loger) que pour un haut revenu qui disposera d’une capacité d’épargne élevée. La progressivité permet de prendre en compte cette différence de facultés et d’aboutir à une situation où on réclamera, dans notre exemple, bien moins de 15% aux revenus modestes mais bien plus aux revenus élevés. Cette redistribution par l’impôt est essentielle pour corriger les inégalités de revenus ou de patrimoines._____
      Les principes sont admirables, mais ses applications ont connu  bien des vicissitudes et ont  rarement été adéquates à ces règles républicaines.
      La  révolution fiscale promise, qui devait revoir complètement un système aussi complexe qu'illisible, n'a pas eu lieu.
                       Aujourd'hui, le ras le bol fical semble atteindre un sommet. 
    En fait, la France ne détient pas le niveau le plus élevé de l'impôt sur le revenu. Si l'inégalité dans l'effort collectif est bien réel, si des réformes de fond n'ont pas eu lieu, si l'impôt indirect reste le plus injuste des impôts, il y a une certaine  démagogie à proclamer que l'impôt est confiscatoire par nature, d'autant plus que les voix les plus fortes, criant à la spoliation, viennent de ceux que le système fiscal épargne le plus, voire absout, de ceux qui échappent à l'impôt par l'exil fiscal, qui profitent de cadeaux fiscaux, qui ne sont pas pour rien dans la dette.  L'optimisation fiscale reste un des fléaux majeurs de notre temps.
   Il y a une part de matraquage médiatique, en cette période, qui s'inscrit dans cette critique généralisée de l'impôt, qui fait partie de la machine de guerre néolibérale depuis une quarantaine d'années, pour qui "l'Etat est le problème", alors que "L'impôt est la base matérielle de l'Etat(J.Schumpeter)
                                          Réhabiliter l'impôt est toujours nécessaire, mais l'acceptation de cette charge ne peut fonctionner que si le système, qui ne peut être parfait, se réforme sans cesse en se rééquilibrant. Le problème de l'égalité devant l'impôt reste entier, comme celui de la résolution de la crise, qui enrichitl es plus grandes fortunes et dont les conséquences ont peu ou pas d'effets sur le train de vie des plus favorisés.  
   Ce n'est pas parce que notre système est devenu brouillé et souvent injuste qu'il faut jeter le bébé avec l'eau du bain. L'urgence de réformes de fond n'en est que plus forte et plus urgente, à l'heure où les plus favorisés le sont aussi par le système fiscal en vigueur.
____________
TVA : 32 milliards d'euros perdus par la France chaque année
Ce n'est pas d'une pause fiscale dont la France a besoin mais d'une véritable réforme de la fiscalité dans son ensemble
- Pour un Grenelle de la fiscalité écologique
- Le plein de sens
- Mais, qui rit jaune?
- L'essence et l'existence
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Electricité à tous prix

Publié le par Jean-Etienne ZEN

C'est le grand marché

        Nous sommes priés instamment de choisir notre "vendeur", pour être éclairé et chauffé. Les marchands se pressent pour nous présenter leurs produits, promesse de baisse à l'appui. Mais nous ne sommes pas éclairés pour autant. C'est plutôt la confusion qui domine. Des marchands qui n'ont le plus souvent rien à voir avec le produit proposé. C'est l'assaut des courriers alléchants, des contrats stimulants pour le porte-monnaie. Des acheteurs-revendeurs sans plus, qui jouent le jeu de la (fausse) concurrence encouragée par Bruxelles, relayé par Paris. Comme si l'électricité était un produit comme un autre. Comme si cette concurrence claironnée en était vraiment une. C'est largement un leurre, quand on y regarde se près:

 

             "...Le mécanisme dit de l’Arenh (Accès régulé à l’électricité nucléaire historique) a été construit depuis près de 15 ans afin de satisfaire les demandes de l’Union Européenne et de créer artificiellement une concurrence dans la commercialisation en France de l’électricité. Il contraint EDF à vendre à ses concurrents de l’électricité nucléaire à des prix artificiellement bas, ces derniers pouvant ensuite la proposer aux consommateurs. Dans les faits, ni EDF, ni le consommateur, ni la transition énergétique ne bénéficient de ce mécanisme absurde. Et c’est aujourd’hui ce qu’affirme haut et fort l’une des principales associations de consommateurs en France, la CLCV (Consommation logement et cadre de vie).  »L’ouverture du marché de l’électricité est un échec qui s’avère nuisible pour le bien-être des consommateurs», affirme-t-elle dans une étude rendue publique mercredi 10 mars et elle demande de mettre fin à la libéralisation du marché et à une concurrence qui n’en est pas une entre fournisseurs. «Attention, nous sommes favorables à cette logique dans beaucoup d’autres secteurs, y compris le gaz, prévient son délégué général, François Carlier, mais pour l’électricité, force est de constater que cela ne fonctionne pas. »  Depuis 2007, EDF a ainsi vu apparaître un nombre incroyable de  concurrents qui l’ont de fait affaibli sur le marché, mais personne n’en a bénéficié. Il existe aujourd’hui pas moins de 43 distributeurs alternatifs selon les chiffres de la Commission de régulation de l’énergie. L’électricien public, qui est par ailleurs fortement endetté et à la veille d’une restructuration majeure controversée et soumise à une approbation très difficile à obtenir des autorités européennes de la concurrence perd 100.000 clients par mois depuis trois ans. La crainte aujourd’hui est même celle d’un démantèlement d’EDF qui est pourtant un outil essentiel de la transition énergétique..."                            _________On a "oublié" le sens du mot service public, qui a tout son sens en cette matière. Cette libéralisation, qui n'a pas empêché une constante montée des prix, a en tous cas contribué à affaiblir un peu plus le producteur historique essentiel, EDF et a débouché sur un panier à crabes, avec des offres alléchantes, mais en trompe l'oeil. On ne peut pas multiplier en la matière des réseaux parallèles et une production autonome.                               ________C'est souvent très bien expliqué, comme dans ce livre.    Difficile de trouver un ouvrage court, clair et abordable sur l'épineuse question de l'énergie, à l'heure où les enjeux se brouillent, l' avenir est plein d'incertitudes, notamment sur la question de la commercialisation/financiarisation, souvent discutée et discutable.

       Ce petit livre de trois auteurs peut y aider beaucoup, malgré certains questionnements problématiques, des approfondissements incomplets. Mais c'est une bonne boussole.     Notamment sur le problème de la privatisation, voie sur laquelle l'Europe s'est engagée avec plus ou moins de bonheur. S'il est un domaine où elle n'a guère de sens, c'est bien dans ce domaine, étant donnée la particularité de la matière produite et consommée.
     Certains et non des moindres annonçaient depuis longtemps que dans ce domaine, la privatisation/déréglementation. mènerait à des impasses, à des surcoûts, voire à des absurdités
  Le dogme européen en la matière a été contesté très tôt même par ceux qui voulaient introduire un peu de souplesse dans l'héritage de l'après-guerre.

       Si les auteurs ne contestent pas la légitimité du marché concurrentiel dans la production en général, le domaine de l'énergie, notamment de l'électricité, est un domaine particulier, spécifique, où la concurrence ne peut être que factice et sans portée positive pour le consommateur, au contraire. A l'encontre des petits pois ou des voitures, les prix de fourniture des gaz et d' électricité suivent une tendance haussière dans de nombreux pays européens, que la production d'électricité à partir d'énergies renouvelables ne fait qu'accentuer (surtout en Allemagne: en 2013, les consommateurs allemands ont payé 20 milliards d'euro pour subventionner les énergies renouvelables). C'est un choix, mais aucun lien avec un processus de libéralisation mal conçu ou une régulation trop permissive des marchés de détail...Un examen rigoureux du marché britannique, considéré comme un modèle à suivre par Bruxelles, révèle que ce marché est dominé par un oligopole de six entreprises verticalement intégrées qui détiennent une part de marché de 95%. Elles exercent collectivement un pouvoir de marché dans la mesure où elles se partagent le marché en l'absence de toute menace concurrentielle crédible....On évoque des ententes sur les prix, dans une demande qui demeure "captive". Les consommateurs sont face à des offres commerciales complexes dont le coût final n'est pas lisible...la concurrence est ineffective..A la rente de monopole s'est substituée une rente de l'oligopole....Cet oligopole énergétique n'était pas prévu par les réformes....
         _______  La financiarisation à outrance doublée d'aventures extérieures aventureuses a conduit EDF à une situation aujourd'hui très problématique et à des perspectives assez sombres.
      Le ciel n'est pas dégagé pour notre fournisseur, qui est dans une situation périlleuse, en essayant de faire la part des variations conjoncturelles, des erreurs stratégiques et des défaillances éventuelles du politique, du régulateur et de l’actionnaire.
              Certains vont jusqu'à parler de possible faillite:
  Le fournisseur affiche un bénéfice net d'1,18 milliard d’euros, en baisse de 68 % par rapport à l’année dernière. Tous les problèmes se sont cumulés en même temps, pour EDF comme pour tous les électriciens européens. En vrac : un effondrement historique du prix du gaz et du pétrole,  entraînant tous les prix en chute libre ; la montée en puissance des énergies renouvelables ; une transition énergétique qui conduit à des économies d’énergie doublée d’une désindustrialisation qui se traduit par une baisse de la consommation ; sans compter un hiver des plus doux. Résultat ? L’Europe de l’énergie, fondée sur la seule concurrence, est en train de boire le bouillon. Les surcapacités de production sont devenues structurelles. Plus aucun producteur ne peut envisager d’investissement ou rentabiliser son exploitation, alors que les prix de marché se sont effondrés.
____En un an, les prix de marché ont chuté de plus de 30 %. Aujourd’hui, ils sont autour de 28 euros le MWh, quand le groupe a bâti son budget autour d’un prix de marché autour de 35 euros, et que le prix du MWh nucléaire est autour de 42 euros. Ouvert au grand vent de la concurrence, EDF voit désormais 70 % de ses ventes exposées au prix de marché. 1 euro de différence sur le prix de marché a un impact de 300 millions d’euros dans ses comptes. C’est dire l’ampleur des enjeux.
Si tous les électriciens européens se trouvent confrontés aux mêmes problèmes, EDF a un avenir encore plus assombri. En réponse à ses impératifs propres, liés à la production et aux demandes en tous sens de l’État, le groupe public a inscrit un programme d’investissement pharaonique, alors que son endettement est déjà de plus de 40 milliards d’euros – l’équivalent de ses fonds propres.
_____Sa participation au sauvetage dAreva et la reprise de l’activité conception des réacteurs nucléaires – Areva NP – va lui coûter au moins 2,5 milliards d’euros. Le chantier de l’EPR de Flamanville, dont la mise en fonction est sans cesse reculée – on parle désormais de 2018 –, est chiffré à 10,5 milliards d’euros. Mais il faut ajouter la participation d’EDF au programme d’enfouissement des déchets nucléaires à Bure (Meuse), estimé à 25 milliards d’euros, le projet d’EDF de construire deux EPR en Grande-Bretagne, évalué en l’état à 25 milliards d’euros. Sans parler du programme baptisé « grand carénage », consistant à assurer la maintenance et la remise à niveau du parc nucléaire français. La Cour des comptes, dans son dernier rapport annuel publié début février, chiffre le coût de ce programme destiné à s’étaler jusqu’en 2030 à 100 milliards d’euros. Sans parler des coûts futurs de démantèlement des centrales, jugés notoirement sous-estimés.
_____Dans le même temps, la Commission européenne attaque les concessions hydrauliques détenues par EDF, au nom de la concurrence, alors qu’il s’agit de l’essentiel de son activité dans les énergies renouvelables, son activité la plus rentable aussi. De son côté, le président d’EDF, Jean-Bernard Lévy, pousse, avec l’assentiment d’une partie de l’État, à l’ouverture du capital de RTE, le réseau de transport et de distribution électrique, colonne vertébrale de tout le système électrique en France, afin de dégager des ressources financières. Si ces deux opérations sont menées jusqu’au bout, EDF se verrait privé d’une partie de ses recettes les plus sûres...
___ Le 22 octobre 2015, les élus du comité central d’entreprise d’EDF, représentant l’ensemble des organisations syndicales, a lancé une première alarme pour dénoncer les menaces qui pèsent sur EDF. Début décembre, ils sont allés plus loin en introduisant une procédure d’alerte auprès de la direction d’EDF, dénonçant la situation critique du groupe. Fin janvier, jugeant que les explications de la direction étaient notoirement insuffisantes, ils ont prolongé leur droit d’alerte et engagé une expertise économique. « Les perspectives de Bruxelles, de l’État français mais aussi celles de la direction d’EDF obèrent à court terme l’avenir de l’entreprise », accusent-ils dans un communiqué. Du jamais vu dans l’histoire d’EDF...
._____ La valse des présidents qui se succèdent à la tête de l’entreprise publique tous les cinq ans, les changements de direction opérationnelle qui s’ensuivent et qui s’apparentent à des mouvements de cabinets ministériels, ont fini par user les meilleures volontés. « Depuis Alphandéry [président d’EDF en 1994], l’État utilise EDF. Il n’y a aucune continuité, aucune transmission de savoir et d’expertise. Les promotions internes n’existent plus. L’aspect social de l’entreprise n’intéresse plus personne. Ce ne sont plus que des jeux de [grands] corps et de cour », résume un cadre dirigeant qui a plus de vingt ans de carrière dans la maison....
 ______Dans son rapport annuel, la Cour des comptes reprend exactement la même analyse que les syndicats d’EDF : « À hypothèses constantes de consommation et d’exportation d’électricité à cet horizon, l’objectif fixé par la loi aurait pour conséquence de réduire d’environ un tiers la production nucléaire, soit l’équivalent de la production de 17 à 20 réacteurs. Seule une augmentation très significative de la consommation électrique ou des exportations serait de nature à limiter le nombre des fermetures. Or, à l’horizon 2030, l’hypothèse d’une telle augmentation n’est pas retenue par les experts. Au contraire, le rapport Énergies 2050 confirme les équilibres actuels. En effet, sur les 21 scénarios de sources diverses qui ont été analysés, 15 considèrent que la demande d’électricité en France se situera, à cette date, entre 500 et 600 TWh, deux seulement considèrent qu’elle sera supérieure », écrit le rapport qui considère qu’EDF doit revoir son programme « grand carénage » pour l’adapter à des critères de production et financiers plus réalistes.... (Merci à Mediapart)
       _____: De plus, l'engagement d'EDFsur l'EPR britannique (sans parler du très onéreux site finlandais) tourne très mal: Hinkley point c’est l’aventure internationale de trop, celle qui pourrait être fatale à l’entreprise publique. « Hinkley Point, c’est un cauchemar. Il faut à tout prix sortir de ce bourbier le plus vite possible. EDF risque d’en mourir, avec leurs conneries », dit un ancien directeur d’EDF. « Il y a urgence de tout arrêter. L’affaire est trop mal engagée. Il n’y a que des coups à prendre », renchérit un cadre dirigeant. « Quand je vois Macron dire qu’il est pour le projet [Emmanuel Macron a apporté son soutien au projet d’Hinkley Point], je me dis qu’il ferait mieux de se taire. Il est irresponsable », surenchérit un proche du dossier. « C’est la première fois dans l’histoire d’EDF qu’un projet industriel fait l’unanimité contre lui parmi les syndicats. Tous sont opposés à Hinkley Point. Même la CGT, qui pourtant soutient traditionnellement ce type de programme, est vent debout contre le projet », relève un autre cadre dirigeant.   _________________________

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