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De la mesure

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 

   ...Dans la mesure... qui peut mener à la démesure
                                                                     De la mesure en toute chose, disait Horace, héritier d'une pensée grecque, qui était passée du mythe à la pensée rationnelle et aux premiers fondements des mathématiques. Il faut savoir raison garder face à l'hubris, à l'excès des passions , mais aussi à l'ivresse du calcul, qui peut tout envahir, dans ses tentatives légitimes d'éclaircissement, de mise en ordre du réel , surtout depuis Galilée et son fameux slogan, qui allait fonder la science moderne, la nature est écrite en langage mathématique. Sous toutes ses formes les mathématiques ont bien été (et restent) les outils indispensables de la compréhension du monde, jusqu'en biologie.
 

   Mais le souci de la mesure, si indispensable dans le domaine de la pensée rigoureuse, scientifique, peut finir par devenir tellement illégitime et obsessionnel dans certaine domaines, qu'il finit par dénaturer les faits observés, la gestion de la réalité, même humaine, en sortant de son champ, en fonctionnant comme un alibi.
   C'est le règne du calcul qui prend une place démesurée et illégitime, surtout dans des domaines où il n'a rien à y faire, même sous ses formes algorithmiques. Les fervents du web n'y échappent pas, avec sa logique souvent binaire.. (*)
 La raison mathématique rencontre ses propres limites internes, mais la quantophrénie de certains chercheurs virent parfois à la dénaturation des faits, comme le reconnaissait Gurvitch dans les sciences humaines, comme le soulignait aussi Levi-Strauss, qui parfois formalisait, mais très peu.. Un peu , mais pas trop et dans certaines limites légitimes seulement.
   Le qualitatif et le quantitatif finissent par se confondre, jusqu'à l'absurdité parfois. La vague mesurante tend à investir des secteurs où le qualitatif doit rester la norme, surtout dans la gestion des hommes.
    Dans le positivisme du XIX° siècle, certaines théories de Galton, sous prétexte de scientificité, ont donné lieu à mains dérapages, à des confirmations de préjugés non analysés. Il connut des émules.
        Dans les questions de l'évaluation, souvent étroitement comptable, on voit jusqu'à quelles démesures et quelles dérives certaines méthodes de calcul myope peuvent mener.
     Une certaine folie évaluatrice a beaucoup à voir avec le système qui la produit, avec les intérêts dominants.
     La logique purement comptable prend le pas sur les critères qualitatifs, que l'on perd de vue.
_______
(*)  ...Le stimulant petit livre du professeur d’histoire de l’université catholique d’Amérique, Jerry Z. Muller(@jerryzmuller), The Tyranny of Metrics (La tyrannie des métriques, Princeton University Press, 2018, non traduit) (qui) se révèle être un très bon petit guide pour nous inviter à prendre un peu de recul sur notre obsession pour les chiffres.

    Le propos de Jerry Muller relève pour beaucoup du simple bon sens.___________
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Inde en révolte (suite)

Publié le par Jean-Etienne ZEN

La mobilisation paysanne ne faiblit pas.                 [notes de lecture]

               Depuis des mois, la mobilisation ne faiblit pas autour de la capitale indienne, où des masses de paysans en colère squattent les accès principaux, mangeant, dormant et parfois mourant sur place, souvent très loin de chez eux et de leur exploitation.                    Une occupation pas toujours tranquille, mais déterminée, comme on l'a rarement vu.  C'est contre une vraie révolution en projet, pour l'instant gelée, que s'oppose la masse des paysans venus des quatre coins du pays.  La "révolution verte" a été une impasse, mais la libéralisation envisagée risque de mettre sur la paille une quantité considérable de petits agriculteurs, qui iraient rejoindre la masse des plus démunis dans de pays, dans un pays de criantes inégalités

 

 

                    150 millions de paysans se sentent menacés directement par le risque de l'abrobusiness à grande échelle:  "..La politique agricole du gouvernement actuel, dirigé par le Bharatiya Janata Party (BJP), telle qu’elle est exposée au travers de cette promulgation constitue un tournant décisif qui donne à voir la volonté de ce gouvernement de renforcer la part du capitalisme agro-industriel et de renforcer la centralisation du contrôle sur l’agriculture en Inde.  L’opposition à ces projets de loi est venue de trois groupes : premièrement, des organisations d’agriculteurs qui craignent que la prise de contrôle du secteur agricole par les grands groupes agroalimentaires menace la survie des communautés paysannes ; deuxièmement, des gouvernements des États régionaux qui redoutent une intrusion croissante du pouvoir central dans les droits fédéraux des États sur l’agriculture ; et troisièmement, des partis régionaux qui craignent que ces projets de loi ne viennent renforcer les multiples attaques centralisatrices de ce gouvernement contre les identités et les aspirations régionales...."                                                                                                 _     ___"...Les pauvres risquent la pénurie, et les autres consommateurs une hausse des prix de détail. « Cette loi ne joue pas seulement contre les paysans, mais également contre “l’homme ordinaire” de ce pays. C’est un feu vert à l’inflation », soulignait le ministre en chef de l’État de Delhi et dirigeant du Parti de l’homme ordinaire (AAP), M. Arvind Kejriwal, lors d’un discours le 14 décembre (7). Sa formation soutient la mobilisation paysanne, tout comme le Parti du Congrès et le Parti communiste d’Inde (marxiste) (8).   Ces trois lois comprennent également une série de dispositions réduisant les possibilités de recours des citoyens auprès de l’administration en cas de contentieux avec un quelconque acteur privé. Enfin, elles ne s’attaquent pas aux coûts sociaux et environnementaux du modèle hérité de la « révolution verte » (9). Pas plus qu’elles ne se soucient des travailleurs agricoles sans terre, qui, selon les régions, forment jusqu’à un quart de la population active rurale.  Ouvrant la voie à la baisse des subventions publiques, elles forment un ensemble cohérent, qui livre l’agriculture aux puissants groupes de l’agroalimentaire et de la distribution. D’où la colère des paysans, qui ont riposté dès juin 2020, sous la bannière des syndicats régionaux...."                               ___"...A l’origine du conflit, on trouve trois projets de loi : la loi sur le commerce des produits agricoles, la loi sur l’accord de garantie des prix et des services agricoles, et la loi sur les produits essentiels. Ensemble, ces lois prévoient la suppression des protections gouvernementales en place depuis des décennies à l’endroit des agriculteurs, notamment celles qui garantissent des prix minimums pour les récoltes. Si les agriculteurs protestent contre ces trois projets à la fois, ils sont particulièrement préoccupés par le Farmers’ Produce and Commerce Bill, qui habilite les entreprises à négocier l’achat des récoltes directement avec les petits agriculteurs. Pour ces derniers, ce serait une catastrophe, la plupart d’entre eux n’ayant ni les compétences ni les ressources nécessaires pour faire face aux multinationales. Les paysans de tout le pays craignent donc que leurs moyens de subsistance ne soient décimés et qu’ils s’endettent encore plus.   Etant donné le poids considérable du secteur agricole dans l’économie indienne, les conséquences de ces lois s’annoncent énormes. Les petits agriculteurs et leurs familles représentent près de la moitié des 1,35 milliard d’habitants de l’Inde : selon le recensement national de 2011, près de 60 % de la population active indienne, soit environ 263 millions de personnes, dépendent de l’agriculture comme principale source de revenus. Pour beaucoup d’entre eux, ces nouvelles lois viennent confirmer ce qu’ils craignaient le plus : que les petites exploitations agricoles ne soient plus un moyen de subsistance rentable ou durable en Inde. Au cours des dernières décennies, les paysans ont vu leurs marges bénéficiaires se réduire et leurs dettes augmenter. Une récente étude de l’économiste Sukhpal Singh, de l’université agricole du Pendjab, montre ainsi que les ouvriers agricoles du Pendjab sont endettés à hauteur de quatre fois leur revenu annuel...."                                                                                                 ____Un système qu'il fallait réformer, sans aucun doute, mais certainement pas de cette manière, sans concertation, à la faveur du choc du covid, dans le sens d'un plus grande concentration, libéralisation  et de perte d'autonomie de producteurs déjà trop portés sur le suicide pas désespoir.   ____________________________

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Seuls ensemble

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 

Solitude d'hier et d'aujourd'hui.
                             La solitude n'est pas un concept simple à analyser.
                                        Il en existe bien des formes.
  Elle peut d'abord être subie, comme un poids au milieu de relations humaines dont on se sent exclu. ou marginalisé, pour des raisons diverses, mais elle peut aussi être recherchée comme un moyen de se retrouver dans certaines circonstances, même au milieu des foules. 
   Il peut y avoir des moments de solitude heureuse, Mais on peut être ensemble et se sentir esseulé. Jeunes ou vieux.


    Ce n'est pas seulement une question de gestion personnelle des attitudes, de tempérament ou d' affects. C'est aussi une question de civilisation, de rapports sociaux, de contexte économico-social.
     Dans le contexte de crises multiformes que nous vivons aujourd'hui, jamais peut-être on ne s'est senti aussi seul, malgré les liens familiaux qui se relâchent. Une forme d'individualisme généralisé s'empare de nos sociétés, dans le contexte qui est le nôtre, façonnée par une une idéologie et des pratiques libérales, qui font s'estomper les solidarités et le sens de chaque vie.
    L'homme sans qualité, annoncé par Musil, tend à devenir la norme.
 Nous somme sommés de "prendre soin de nous", quitte à oublier l'entourage, même les proches dans le désarroi. Chacun est plus ou moins sommé de réussir.
  Chacun pour soi. Le narcissisme a été érigé en norme de vie. Le tissu des relations devient peau de chagrin, quand il existe encore, même sur le même palier. La solidarité est une valeur en baisse et le nomadisme institué atomise et fragilise des personnes. Les liens se dissolvent. La citoyenneté est entamée par le consumérisme, comme le décrivait B. Barber.
  C'est la solitude néolibérale qui gagne, celle que prônait Ayn Rand. Dont on veut faire un business. Une solitude, qui peut être entrecoupée d'élans de solidarité occasionnelle,  qui n'est pas sans effets:
      « L’économie est le moyen. L’objectif est de changer les âmes », avoua un jour Margaret Thatcher, qui disait aussi: La société n'existe pas (Il n'y a que des individus et la marché 
    D’un certain point de vue, Thatcher a raison : les rapports sociaux définis par le néolibéralisme façonnent l’âme humaine, induisent la naissance d’une nouvelle économie psychique dont tous les spécialistes s’accordent à dire qu’elle se distingue par un sentiment inédit de solitude.
    D’après l’OMS, la dépression serait la quatrième cause mondiale de handicap, et la deuxième dans les pays industrialisés aujourd’hui soumis aux gouvernementalités néolibérales. En 2020, elle pourrait devenir, à l’échelle planétaire, la première cause de maladie chez la femme et la deuxième chez l’homme. Un constat partagé pour les psychiatres et les psychologues cliniciens, notamment ceux qui exercent dans des établissements publics et qui accueillent chaque jour, au plus près de la vie, des gens en souffrance morale grave, des gens proches de s’en aller.
                 ___« L’individualisme est la pire ou la meilleure des choses selon qu’il s’apparente au destin du grain de sable ou à celui du brin d’herbe. Le grain de sable n’a pas d’attaches, il est libre comme le vent, mais aussi bien le vent l’emporte où il veut pour en faire un atome anonyme au milieu d’une masse. Le brin d’herbe a des racines dans la terre…et dans le ciel, par la photosynthèse; il est immobile, mais il résiste au pied qui l’écrase comme au vent qui le soulève et avec les brins d’herbe voisins, il forme un peuple. »
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En vitesse

Publié le par Jean-Etienne ZEN

__ Bébés pour la Chine 

__ Transgenres au MA

 

__ En attendant Lula

 

__ Premiers de corvée

__ La vieille dame a du plomb dans l'aile

__ Et la culture?

__ Soft power vaccinal?

__ USA: épidémie spécifique     ______________

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Douze ans après...

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 

C'était au temps où Wall Street plongeait...♪♫ (sur un air bien connu)
                                                                                Roubini (et quelques autres) l'avait annoncée. Sans être cru. Ou du moins on ne voulait pas voir les nuages qui s'accumulaient à l'horizon.
    La crise arriva comme un ouragan dévastateur. Mais, pas de génération spontanée,  le processus était enclenché depuis des années, notamment depuis que Clinton, sous la pression des banques, signa le fameux traité qui allait ré-initier l'euphorie, la folie et la descente aux enfers, les grandes banques trouvant leur secours dans l'aide de l'Etat, de l'argent public, engagé dans un processus où la dette allait peser lourd dans les finances publiques. Nous n'en sommes pas sortis.


      Rien n'est sur le fond réglé. La finance mondiale, dérégulée à la marge seulement, continue à prospérer hors-sol aux dépens de l'économie réelle, la séparation bancaire, pourtant annoncée comme nécessaire pour protéger les épargnants, n'a pas eu lieu 
     Les pronostics de Roubini sont accablants pour les années à venir. Aurait-il une nouvelle fois raison?

 “...;;Des gens irresponsables se sont bercés d’illusions en se disant que cette crise ne concernait que les subprimes. Or nous avons aussi des problèmes avec les cartes de crédit, les prêts étudiants, les prêts automobiles, les crédits hypothécaires commerciaux et résidentiels, la dette des entreprises et les emprunts qui ont financé les rachats d’entreprises, rappelle-t-il. Ce n’est pas seulement notre marché hypothécaire qui est à haut risque, mais notre système financier dans son ensemble.”
Nouriel Roubini soutient que la plupart des pertes dues à ces créances insolvables n’ont toujours pas été épongées, et qu’à elle seule la facture des crédits hypothécaires commerciaux douteux pourrait contribuer à jeter des centaines de banques locales dans les bras de la Federal Deposit Insurance Corporation [qui assure une partie des dépôts des particuliers]. “Un bon tiers des banques régionales ne s’en sortiront pas”, prédit-il. Ces renflouements alourdiront à leur tour de plusieurs centaines de milliards de dollars une dette fédérale déjà colossale, et il va bien falloir que quelqu’un, quelque part, finance cette dette, ainsi que celle accumulée par les consommateurs et les entreprises. “Nos plus gros bailleurs de fonds sont la Chine, la Russie et les Etats du Golfe, souligne Roubini. Ce sont des rivaux, non des alliés.” Les Etats-Unis s’en sortiront probablement tant bien que mal, mais c’est un pays différent qui émergera de la crise, et il occupera une place différente dans le monde. “Dès lors que vous avez une balance courante déficitaire, vous dépendez du bon vouloir des étrangers”, rappelle-t-il. “C’est peut-être le début de la fin de l’empire américain”, conclut-il d’un air résigné....
   On comprend qu'il soit peu populaire aux USA, où l'on n'aime guère les prophètes de malheur, même quand la menace plane encore. Les mêmes causes produisent les mêmes effets.
       Depuis la chute incroyable de Lehman Brothers et la folie hypothécaire, ce fut l'explosion en chaîne,qui toucha l'Europe par le biais des tricheries interbancaires, la foire aux produits douteux, les grandes banques se considérant toujours comme too big to fail.
  Pendant ce temps-là, en Europe,  Trichet trichait, en faisant semblant de faire croire qu'il avait vu le danger. La Grèce ne serait pas dans l'état où elle est sans les manoeuvres de Goldman Sachs.
Marge de manoeuvre.
     La crise financière menace toujours, avec de nouvelles dérégulations en perspective, malgré les faibles mesures de mise en ordre. La finance de l'ombre continue comme avant et l'argent sale prospère comme jamais dans des paradis, qui sont plutôt des enfers pour les contribuables supportant le poids de la dette et les dérégulations en chaîne.
   La question se pose toujours:que faire des banques? Surtout quand on observe la mauvaise santé de certaines en Italie notamment ou comme la Deutsche bank, dont on tait la situation réelle, surtout à la chancellerie. Et Trump veut revenir sur les maigres régulations arrachées...
   Les loups de Wall Street seraient-ils de retour? Le fantôme de L. Brothers plane encore sur ce qui fut autrefois les places boursières, aujourd'hui complètement dématérialisées, livrées au jeu des algorithmes et fonctionnant à court terme.
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__ Pour comprendre, dix ans après.
__ Les bulles financières en question.
__ Vers une autre régulation?
__ Il était une fois...
__ Du lundi noir à ses conséquences.
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Fukushima (suite...et quelle fin?)

Publié le par Jean-Etienne ZEN

  Une suite hautement problématique

                        On n'a pas fini de parler de la catastrophe nipponne, qui aurait pu beaucoup plus mal se passer, si les vents avaient été différents ces jours-là. Savoir que l'on est passé à deux doigts d'un drame national, comme le répète le premier ministre de l'époque, donne à réfléchir et le fait que le directeur de la centrale ait désobéi aux ordres d'évacuation pour arroser à tout prix et par tous les moyens les décombres hautement radioactifs  souligne un peu plus que l'on est passé à deux doigts d'une tragédie immense, qui aurait nécessité au moins l'évacuation de la mégapole de Tokyo.        Il reste à "gérer", au moins pour trente ans encore le site, en vue d'un démantèlement ruineux et problématique. Le moins que l'on puisse dire est que Tepco n'avait rien anticipé et avait sous-évalué les risques sur la base de rapports caviardés et dans un optimisme technologique d'une singulière naïveté.          __L'aveuglement a été grand et le paradoxe de l'événement ne cesse encore de frapper, de nous interroger. Fukushima a profondément affecté les politiques nucléaires dans le monde, particulièrement en Allemagne, qui a entamé un virage radical et a forcé la France à commencer à prendre des mesures drastiques mais très onéreuses pour renforcer la sécurité de ses centrales. Il y a du travail jusqu'en 2035 pour (re)mettre aux normes un ensemble déjà vieillissant. 

 

           ________L’histoire de la plus grave catastrophe du début du XXIe siècle est loin d’être écrite.  "..;Dix ans après, l’accident de Fukushima continue. Il n’a jamais cessé en réalité : de l’eau doit encore être injectée en permanence sur trois des réacteurs de la centrale nucléaire
 pour stabiliser leur température – ainsi que de l’azote, pour éviter une explosion d’hydrogène. Cet arrosage permanent génère 150 mètres cubes d’eau contaminée chaque jour – soit l’équivalent d’une piscine olympique toutes les trois semaines. Tepco, l’exploitant de l’installation, se donne encore dix ans pour récupérer tous les combustibles usés entreposés dans les piscines des six réacteurs – qui elles aussi doivent être constamment refroidies.  Les eaux souterraines en périphérie de la centrale sont pompées et déversées dans la mer, pour éviter qu’elles n’entrent en contact avec la radioactivité dans les bâtiments. Le sol est congelé en permanence sur une profondeur de 30 mètres pour former un « mur imperméable » et empêcher les radioéléments de se propager en dehors de la centrale. Le gouvernement a autorisé le retour des habitant·e·s dans des zones où la dose annuelle de radioactivité peut atteindre les 20 millisieverts (mSv) – un millième de sievert, l’unité qui sert à évaluer l'effet biologique produit par une dose sur un organisme vivant. Pourtant la Commission internationale de protection radiologique (CIPR) fixe à 1 mSv la limite de dose annuelle, en dehors des expositions médicales et naturelles – voir à ce sujet cet entretien vidéo avec Yves Lenoir, président de l’association Enfants de Tchernobyl Belarus, et auteur de La Comédie atomique. Dans le cas japonais, cette même commission a considéré acceptable d’élever la fourchette du taux de radiation pour tout citoyen, et de fixer le seuil maximal à 20 mSv.     Dix ans après l’accident, le taux de retour des résident·e·s dans la zone de décontamination n’est que de 22 %. En juin 2020, Shinzō Abe, l’ancien premier ministre japonais a annoncé la réouverture à l’habitat de l’ensemble de l’ancienne zone évacuée, « sans obligation de décontamination, générant une nouvelle vague de colère et d’incompréhension » décrit la sociologue Cécile Asanuma-Brice dans un autre livre tout juste publié, Fukushima, dix ans après. Sociologie d’un désastre (Maison des sciences de l’homme).     Cette mesure s’accompagne du paiement de 2 millions de yens (16 000 euros) par foyer pour les familles qui accepteraient de venir vivre dans l’ancienne zone évacuée au moins durant cinq années, ainsi que du paiement de 1,2 million de yens (9 500 euros) pour celles, en provenance d’autres préfectures, qui consentiraient à venir vivre dans le département de Fukushima, ajoute la chercheuse. Depuis février 2020, il n’y a plus de restriction sur la pêche et la vente d’espèces marines pêchées à proximité des côtes de la préfecture de Fukushima...." _____________

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Pauvre justice!

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 

Notre scandale.
                   Dire que la justice en France manque de moyens est un euphémisme.
                             De moyens humains et matériels.
    Depuis Badinter, le problème est régulièrement signalé, mais les actions sont minimes par rapport aux besoins criants.

    Il ne faut pas s'étonner si les dossiers s'empilent, que les affaires traînent, que ça ne tourne pas rond dans le tribunaux. Et que les prisons soient surencombrées.
    Nous sommes montrés du doigt par le Conseil de l'Europe.
       Quand les Allemands dépensent presque 120 euros par citoyens, nous plafonnons à 70  à peine. Dans un système des plus chargés.Nous nous classons en queue de peloton. Nous sommes maintenant derrière l'Azerbaïdjan et l'Arménie...
   La justice est au bord de l'asphyxie, signale-t-on ici où là, malgré de investissements devenus urgents
  A bout de souffle, affirme-t-on, au vu de certains besoins minimaux non satisfaits.
   Il faudrait doubler le budget pour se mettre au niveau européen.
     On ne s'étonnera pas des nombreux dysfonctionnements, qui ne sont pas tous le fait d' un budget défaillant, mettant en exergue une organisation à revoir.
  Moins de quatre minutes en moyenne .pour juger une affaire de garde à vue.
    Comment ne pas mettre en cause le manque de moyens dans certaines affaires mal traitées?

          Une justice injustement traitée...
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Derrière les murs

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 De mur en mur   (bis repetita...)

                     Aucun mur ne va jusqu'au ciel et ne dure une éternité.
  La chaîne Histoire a rediffusé un document non orthodoxe (du point de vue de Tel Aviv) sur les enjeux du plus grand mur, de 700km construit entre Israël et la Cisjordanie, pour des raisons "officielles" de sécurité.
    Des barrières physiques, politiques et psychologiques, concrétisation d'un conflit qui dure, sans dire son nom. Un mur d'incompréhension érigé de sang froid, illégalement. Des villages et des familles palestiniennes sont enclavées, en situation de survie économique.
  Dans le pur esprit de Vladimir Jabotinsky __(1)
_______
 Certains murs finissent par cèder, d'autres durent, de nouveaux s'érigent (*)
        Beaucoup n'ont pas d'oreilles, sourds à la détresse.
            Il en reste tant  dans le monde aujourd'hui,
                                                                 Beaucoup à abattre.
__________25 ans après, celui de Berlin  reste dans les mémoires (**)
     Le mur de la honte est toujours là. Destiné à tomber, comme tous les autres...
   Il sont toujours symbole de repli et de faiblesse.
                Ne parlons pas des murs d'incompréhension.
                   Il y en aurait pour des années...
    Non, les vrais murs, de béton ou de barbelés, les murs-frontières, ceux qui tomberont aussi un jour...comme les enceintes fortifiées et les citadelles d'autrefois. Qui n'excluent pas les frontières.
        Comme le remarque V.Hugo:
    « Autour de cette ville, la monarchie a passé son temps à construire des enceintes, et la philosophie à les détruire. Comment ? Par la simple irradiation de la pensée. Pas de plus irrésistible puissance. Un rayonnement est plus fort qu’une muraille. »
       La muraille de Chine, le mur d'Hadrien n'ont pas résisté, pas plus que les barrières, plus ethniques, de l'apartheid...
__________
  (**) - Toute une histoire...partiellement secrète.
       - Une chute  programmée?
  -Relire le passé... Les conséquences.
_________
(*) "...L’installation de nouveaux murs apparaît caractérisée par une variété de situations et de configurations. Ils sont construits pour renforcer les frontières entre des États ainsi que pour séparer des morceaux de territoire au sein d’un même État – ou d’une ville. Il peut s’agir de tenir en dehors ou d’expulser des groupes ou populations « indésirables », « dangereuses », ou bien d’instituer un territoire sécurisé pour un établissement résidentiel séparé, une enclave, comme le sont les gated communities, les gated towns et autres enclaves. Il faudrait encore ajouter ces autres territoires sécurisés par des murs de béton aussi bien que par des clôtures, des barbelés et, paraît-il, des fossés, où s’installent les établissements de l’industrie extractive globalisée. Il faut relever la variété des matériaux de construction et des formes qui caractérisent ces barrières ; qui sont d’autre part accompagnées par un répertoire de dispositifs de surveillance électronique ou armée, de check points, de zones tampon. Mais le fait d’énumérer cette variété ne réduit pas l’impression qu’il y a là, dans ces « concrétions », des éléments communs, un air de famille, qu’il faut mettre en lumière et étudier. Wendy Brown dans son livre sur les nouveaux murs – jusqu’ici la recherche la plus complète sur ce phénomène – y voit une concrétisation de la mise en question par la mondialisation de la souveraineté des états nationaux, laquelle est devenue « poreuse » ; elle y voit à l’œuvre, dans cette variété, un format commun de construction de l’espace et d’organisation d’une collectivité qui suggère un principe d’ordre différent de celui de la souveraineté. Alain Supiot y a relevé plutôt des indices du principe de suzeraineté. Partant de cela, on peut spécifier et articuler la question de ce qu’ont en commun ces « nouveaux murs ».
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C'est l'histoire d'une banque...

Publié le par Jean-Etienne ZEN

Deux ou trois choses
                       Sur une banque peu ordinaire
                            Devenue la quatrième du monde en importance
                                                                             Mais en eaux troubles
              Maintenant une banque en ligne...de mire.
     FR3 a eu la bonne idée de diffuser (mais pourquoi à une heure si tardive?) un document sur l'histoire et les pratiques d'une institution bien de chez nous, mais aux activités et ramifications mondiales, dont le grand public connaît peu de choses.

   Les auteurs, dont Harel, un bon connaisseur de la chose bancaire et des paradis fiscaux dont elles usent et abusent, diffusent des informations qui dérangent et qui pronostiquent de nouveaux risques.           Non, l'ivresse spéculative bancaire, dont on connaît les effets, qui n'ont pas fini de se faire sentir, n'est pas terminée et, malgré certains démentis faussement rassurants, rien d'essentiel n'est réglé. Les vieilles habitudes reviennent. Surtout tant que la séparation entre banques d'affaires et banques de dépôts ne sera pas une obligation, ce que Roosevelt avait imposé en son temps.
     Comme le signale l'ancien banquier Naulot, il est temps de revenir aux fondamentaux, de retrouver les bons rails, car la situation est de nouveau préoccupante.
    La BNP était une simple et tranquille de dépôts et de prêts aux entreprises locales, Paribas se consacrait surtout aux activités spéculatives. Le mariage des deux organismes à produit un monstre, qui,  à la faveur de la mondialisation et de la spéculation de haut vol depuis plus d'une trentaine d'années, peut mettre en péril les économies des épargnants.
    La quatrième banque mondiale, lit-on dans Télérama commentant le documentaire filmé, affiche un bilan de plus de 2 000 milliards d’euros, plus lourd que le PNB (produit national brut) de la France ? ...;, ce « too big to fail »qui a pris tout le monde en otage et dicte ses solutions. Car ce sont bien les choix des responsables bancaires qui seront retenus, sans délibération démocratique, dans la gestion de la crise de 2008. Et c’est du président de BNP Paribas, que le pouvoir politique attend alors des remèdes.Cette puissance, BNP Paribas l’a acquise en à peine trente ans, à la faveur de la financiarisation et de la mondialisation de l’économie, mais porté aussi par l’ambition de fer de Michel Pébereau, qui a présidé l’établissement de 1993 à 2011. Avant lui, BNP était une banque de détail, une banque qui osait déjà dire « votre argent nous intéresse », mais qui restait au contact de ses clients, des entreprises, comme témoigne une des dernières salariées de cette période. Tout a changé avec la privatisation de la banque, décidée par Édouard Balladur en 1993. Michel Pébereau est alors désigné par le gouvernement pour présider l’établissement, le changer.
La vraie transformation viendra six ans plus tard, en 1999 lorsque BNP s’empare de Paribas, aux termes d’une bataille féroce avec la Société générale. Bizarrement, le documentaire passe sous silence ce conflit qui mit le capitalisme français à feu et à sang, appelant le pouvoir à trancher entre les ambitions des deux banques...
     BNP Paribas, Etat dans l'Etat, a absolument tout verrouillé, si bien qu'il est difficile de mener une information et que subsistent des zônes d'ombre. Un constat froid et non contesté de certaines pratiques bancaires d'institutions, parfois en péril, comme la Deutsche Bank, pour ne citer qu'un autre mastodonte, qui donne des cheveux blancs à A.Merkel et aux grands financiers, à cause de son caractère systémique et du risque de glissade avec effets dominos.
   Mais pourquoi Jupiter n'en parle pas, lui qui est passé chez Rothschild, qui doit bien connaître le dossier?
       Un véritable monstre bancaire s'est créé, qui fait la pluie et le beau temps, auquel n'est pas étrangère la dette de nombreux pays, dont le nôtre, dont la gestion ne peut pas ne pas avoir d'incidences sur la ligne financière et les choix budgétaires majeurs des gouvernements successifs. Si on a voulu "sauver" la Grèce, c'est d'abord pour sauver les banques qui y avaient beaucoup investi, dont BNP-Paribas, entre autres. Sur ce point, on attend des recherches et des analyses qu'il reste à mener.
       Même Capital évoque l'affaire, dont la diffusion publique embête sérieusement l'institution visée par une enquête de deux ans, forcément partielle, des auteurs. La Tribune parle de certaines "carences"...à propos de certaines pratiques bancaires.
      On peut aller jusqu'à dire qu'elle dirige la France. Le patron, prêt à financer les plus grands projets moyennant certaines conditions, a ses entrées à Bercy et le jeu de chaises musicales  n'est pas exceptionnel entre le ministère et le siège du Bld des Italiens.
    Les scandales, ébruités ou pas, ne sont pas rares et il est arrivé à la banque de se faire épingler pour quelques menues affaires...
        Mais il y a plus grave. L'argent n'a pas d'odeur dit-on.
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Pouvoir des banques   Séparation bancaire.  - Nouveaux risques bancaires.  - Pouvoir des banques et paradis fiscaux.  - Dix ans après.  Contrôler les banques et les réguler.  Roosvelt, la crise et les banques. - Comment ne pas couler?  -  Bruxelles et la finance.   -Procès UBS:les 700 milliards qui manquent à la France.
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Hommes(femmes) et pouvoir

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 Une conquête encore inachevée 

            Elles ne furent pas si nombreuses, les femmes qui militèrent pour l'émancipation de leurs consoeurs, depuis le XVII ° siècle en France et en Europe. Pour les aider à sortir de l'état de minorité et de subordination dans lequel elles se trouvaient, dans le fil d'une longue et prégnante tradition. De Olympe de Gouges à Gisèle Halimi, en passant par quelques autres, dont Simone de Beauvoir, qui fut une figure profondément inspirante à l'époque où les femmes gagnaient enfin en France le droit de voter.   Cela dans la tradition patriarcale qui a profondément marqué l'histoire de l'Europe.      Mais il n'en fut pas ainsi dans la préhistoire et chez d'autres peuples, comme l'histoire et les études ethnologiques le montrent. Le problème de l'égalité formelle des droits n'a pas suffi à établir une égalité de fait, au niveau des destins, des statuts comme des comportements. Le mythe de la "femme libérée" reste encore à interroger. Le masculin et le féminin sont à étudier en parallèle, vu l'interdépendance de leurs statuts et de leurs représentations.


.        Les études de Eliane Viennot le montrent avec clarté, notamment dans la dernière sur L’âge d’or de l’ordre masculin,  « La France, les femmes et le pouvoir », dans une traversée de l’histoire de France à partir du Ve siècle sous un angle précis, celui de la domination masculine, en commençant – ce fut la première étape –, par « L’invention de la loi salique", ouvrage paru en 2006 et qui court du Ve au XVIe siècle.     Vinrent ensuite l’exploration des « résistances de la société » (2008), du règne d’Henri IV à la fin de l’Ancien Régime, puis en 2016 une troisième approche sous le titre « Et la modernité fut masculine », qui montrait comment, aux premières années de la Révolution marquées par des avancées en matière d’égalité des sexes, a bien vite succédé une « mise au pas » des femmes, lesquelles, pour reprendre la formule d’Olympe de Gouges, ne purent pas « monter à la tribune », mais en revanche à l’échafaud.                                                                              _ Du code Napoléon à la première bachelière.Le quatrième ouvrage commence là où le précédent s’était arrêté, en 1804, année de la proclamation du Premier Empire et du code Napoléon, pour s’achever en 1860. Pourquoi 1860 ? Parce qu’un an auparavant, en juin 1859, l’institutrice Julie-Victoire Daubié remporte le premier prix du concours de l’Académie des sciences, belles-lettres et arts de Lyon pour un essai sur La Femme pauvre au XIXe siècle. Et parce qu’un an après, en 1861, elle sera la première femme à s’inscrire au baccalauréat et à y être reçue.  Changement considérable et effet d’une lutte acharnée menée par des femmes qui, au long des décennies précédentes de leur siècle, durent affronter un « ordre masculin » chaque année davantage consolidé.                                                            Le fil tiré par l’historienne prend le contrepied de ce qu’elle nomme une doxa et qu’elle attribue largement à « l’école de la République » (p. 7), selon laquelle l’époque contemporaine débuterait avec la Révolution française, la suite, c’est-à-dire la modernité, n’étant alors qu’une histoire de progrès sociaux et politiques. Pour les femmes aussi ? Non, pas pour les femmes, répond Éliane Viennot, quel que soit, au long des six décennies regardées, le régime en place, empire, monarchie, république. C’est qu’il s’agissait, décennie après décennie, de « contenir les femmes », de les « écarter des cercles du pouvoir », de « les rendre dépendantes des hommes, légalement, matériellement, sexuellement », de « les dénigrer sans discontinuer » (p. 345).  L’intérêt, immense, du travail ici conduit réside d’abord dans la mise en évidence de cette continuité, avec un détricotage, maille après maille, de la construction et de la légitimation de la domination masculine dans de multiples domaines.    Construction et légitimation qui, idéologiquement, reposent sur un intégrisme différentialiste qui justifie le séparatisme entre les femmes et les hommes. Mais la différence des sexes est sans cesse reconduite pour masquer le véritable enjeu, à savoir celui de la perpétuation d’un pouvoir masculin et du refus d’un partage de ce pouvoir, quel que soit son domaine de déclinaison et d’exercice : la famille, la politique, l’enseignement, la médecine, la littérature, la science, etc. Pouvoir du père, du mari, de l’empereur, du roi, du député, du professeur, du savant, de l’écrivain…L’organisation de la sujétion des femmes:  Acte décisif au début du siècle, l’organisation juridique de la domination des hommes et de la sujétion des femmes avec le Code civil promulgué en mars 1804, quelques semaines avant la proclamation de l’Empire. « Camisole juridique pour les femmes » (p. 46) aussi bien dans le domaine privé que public, il institutionnalise la toute-puissance du mari et du père.   Cette sujétion va se jouer aussi dans bien des aspects de la vie sociale et intellectuelle que Viennot parcourt, par exemple l’éducation. Si la première partie du XIXe siècle est riche « de progrès pour l’enseignement masculin », il n’en va pas de même, souligne-t-elle, pour les filles. Le « désinvestissement de l’État est total d’un régime à l’autre (p. 57), à l’exception des « maisons d’éducation de la Légion d’honneur » créées par Napoléon et destinées aux filles pauvres de ceux qui ont « mérité de l’Empire ». Sinon, l’éducation des filles, et encore d’un petit nombre d’entre elles, est laissée à des initiatives privées, majoritairement religieuses, jusqu’en 1836, où les communes sont invitées, mais sans obligation stricte, à ouvrir des écoles de filles. Et en 1860, c’est illégalement que Julie Daubié s’inscrira à l’examen qu’est le baccalauréat.   Sujétion aussi dans le domaine du travail, qui voit « la concentration des femmes dans les emplois déqualifiés du secteur social » (p. 61), celui de l’enseignement, où les femmes n’ont ni le statut, ni les salaires, ni la reconnaissance, ni la formation dont bénéficient leurs collègues masculins, ou encore celui de la garde des enfants en bas âge.   Sujétion dans le domaine de la politique : « deux empereurs, trois rois, un président de la République et la brochette d’hommes figurant le gouvernement provisoire de 1848 » (p. 25), mais le même horizon est bouché pour les femmes. La révolution de 1848 élargit la citoyenneté à tous les hommes, ce qui est un incontestable progrès, mais laisse les femmes en dehors du droit de vote et en dehors de l’universel, le suffrage ainsi qualifié n’étant que masculin. La fraternité porte bien son nom, étant en effet celle des frères.                              ____La légitimation de la sujétion des femmes:  Organiser avec des constitutions, des lois, des règlements, des institutions la sujétion des femmes ne suffit pas. Il faut aussi la légitimer. Et nombreux sont ceux qui s’y mettent. L’on trouve dans l’ouvrage d’Éliane Viennot un recensement précis des diverses contributions, qu’elles émanent de juristes, médecins, anatomistes, linguistes, historiens, philosophes, écrivains, critiques littéraires, éditeurs, une « classe intellectuelle à la manœuvre » pour « justifier la répartition des rôles et des pouvoirs » (p. 131). L’axe de légitimation de cette répartition est la différence des sexes, une différence naturalisée, essentialisée, incontournable donc.  La femme, c’est le corps d’abord. Il faudrait même dire l’utérus d’abord : par leur sexe et par leur ventre, les femmes sont nées pour le mariage, pour la maternité, pour le « foyer domestique », pas pour « la vie publique » (sauf pour les prostituées), encore moins pour « un effort de l’esprit » (p. 90) par exemple celui que requiert la philosophie comme le souligne, parmi beaucoup d’autres, Eugène Lerminier, professeur au Collège de France. Ou encore sous la plume de Proudhon, pour qui chez la femme, il y a « au cerveau comme dans le ventre certain organe incapable par lui-même de vaincre son inertie native et que l’esprit mâle est seul capable de faire fonctionner, ce à quoi il ne réussit même pas toujours » (p. 116).  La différence des sexes justifie les inégalités, les hiérarchies, les disqualifications. Impossible de tout détailler ici, mais arrêtons-nous un instant sur la principale cible visée : les « femmes de lettres ». « Les femmes les plus maltraitées dans les discours du XIXe siècle sont celles qui publient leurs écrits, quelque genre qu’elles pratiquent » (p. 84). Pourquoi ? Parce qu’elles osent s’aventurer sur un terrain que des hommes considèrent comme étant le leur et, surtout, qu’elles peuvent de surcroît y réussir.   Germaine de Staël, Félicité de Genlis, Louise Colet, Marie d’Agoult, George Sand sont les figures les plus connues. Mais il y en a bien d’autres, citées au fil des pages par Éliane Viennot, qui fait là un considérable travail de visibilité aussi bien des femmes qui sont parvenues à faire publier leurs écrits que des auteurs de textes misogynes, sexistes et antiféministes qui vont de la « vitupération des romancières » à la fabrication de la « bas-bleu », soit la femme qui écrit et qui par conséquent n’a jamais connu l’amour, selon Jules Janin, car « l’amour a eu peur de ces lèvres pincées qui vomissent incessamment les rimes des deux sexes ; l’amour a reculé devant ces affreux doigts tachés d’encre… » (p. 100) Mais il n’y a pas hélas que les critiques d’un Jules Janin ou d’un Gustave Lanson. D’autres s’y emploient aussi, et l’on s’emplit de tristesse à devoir citer les noms de Balzac, de Lamartine, de Stendhal. Oui, Stendhal, qui dresse de si belles figures de femmes dans ses romans, mais qui n’est pas, selon Viennot, l’un des moins actifs dans l’entreprise.                                                                                                                              ___La part des féministes:   Un peu de respiration cependant, avec le dernier chapitre du livre, celui qui se tourne du côté de celles qui résistent à « l’extraordinaire offensive menée au XIXe siècle contre l’éventualité de l’égalité des sexes, c’est-à-dire contre les femmes » (p. 263) : les féministes, encore peu nombreuses, mais néanmoins opiniâtres combattantes, écrivaines, institutrices, ouvrières, militantes politiques, qui affrontent mépris, opprobres, injures, violence des mots et des gestes, emprisonnement même parfois.   Mais elles sont là, de plus en plus décidées. Elles s’organisent, elles créent des clubs, tels l’Athénée des Dames, ou le Club de l’émancipation des femmes, ou encore le Club fraternel des lingères. Elles lancent des appels, créent des journaux pour se faire entendre, La femme libre, La tribune des femmes, Le journal des femmes, La Gazette des femmes, etc. Comment ne pas penser, en lisant ces pages, à la floraison de journaux et de revues que leurs descendantes créeront des décennies plus tard, dans les années 1970, ou à celles des blogs, sites, podcasts réalisés par les féministes actuelles !   Alors il faut citer les noms, outre ceux des écrivaines ci-dessus mentionnées, de ces inlassables militantes, Claire Démar, Jeanne Deroin, Flora Tristan, Eugénie Niboyet, Désirée Gay, Pauline Roland, Reine Guindorf, Suzanne Voilquin, Fanny Richomme. Toutes dénoncent le pouvoir donné aux hommes dans le mariage, l’exclusion des femmes de la citoyenneté, ou encore « la dévalorisation qu’entraîne l’étiquette femme auteur », à l’instar de la jeune sœur de Balzac, Laure de Surville (p. 284).   Mais toutes revendiquent d’abord et avant tout le développement de l’instruction des filles. Si les filles seront presque autant scolarisées au niveau primaire que les garçons au cours de Second Empire, il faudra encore attendre bien des années pour qu’il en soit de même aux niveaux secondaire et supérieur.   À celles et ceux qui se plaisent aujourd’hui à présenter la France comme une « patrie féminine » ou qui affirment que l’égalité entre les femmes et les hommes est une composante essentielle de l’identité française, on ne peut que conseiller la lecture de ce livre. Elle leur permettra de comprendre d’où nous venons et surtout pourquoi il a fallu tant d’années et de combats pour que l’égalité et la liberté des femmes soient conquises – une conquête encore inachevée...."   [Éliane Viennot, L’âge d’or de l’ordre masculin. La France, les femmes et le pouvoir]   ______________________________

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