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Economie et myopie

Publié le par Jean-Etienne ZEN

Ça arrive:   
      La science économique peut être myope et même parfois aveugle vis à vis de sa propre démarche et de ses fondements.                                   Jusqu'à se planter.

 

         Nous nous sommes tous trompés, avouaient certains économistes libéraux au lendemain de la soudaine et violente crise de 2008. D'autres, comme Roubini et quelques autres avaient vu venir l'orage, avec un peut plus de recul théorique. 

 

     On a beau être "prix Nobel" de l'économie, on peut s'égarer, en partant de postulats discutables, tout en présentant un aspect de scientificité.

 

    Déjà que, dans les sciences de la nature, un savant confirmé avance avec beaucoup de prudence, sachant qu'il faut toujours être prêt à revoir les connaissances du moment, pour les amender ou les réviser, sur la base de nouvelles hypothèses venues d'observations plus élaborées: la vérité est toujours provisoire, partielle, en marche, malgré la rigueur des outils et des conclusions bien établies et universellement partagées.. Que dire alors de celui qui travaille sur une matière humaine mouvante et souvent imprévisible, multifactorielle, comme le sociologue ou comme l'économiste?

 

    L'économie peut avoir sa rigueur, mais elle oublie trop souvent les postulats dont elle part, la part de choix et d'idéologie qui détermine sa démarche et ses résultats, qui fait qu'il peut arriver qu'elle ne fait qu'alimenter ses présupposés.     Au risque se tromper magistralement, comme l'a reconnu au passage Alain Greenspan, après la crise qu'il avait contribué à stimuler.
    Les économistes rigoureux le savent bien : il faut la jouer modeste en travaillant sur une matière aussi molle et aléatoire, historiquement marquée.

 

            C'est le risque permanent, bien souligné par J. Sapir, qui explique les profondes divergences de points de vue.

 

   On peut être en désaccord plus d'une fois avec les analyses de J.Sapir, mais sur le sujet des limites de la science économique, qui est une science humaine, il est difficile de ne pas le rejoindre sur l'essentiel. Une étude qui n'est pas facile, mais qui décape et remet les choses à leur place, contre le dogmatisme de certains courants économiques inspirant souvent des choix politiques, qui ne sont pas sans conséquences;  l'école libérale de Hayek et de M. Friedman  ont inspiré la pensée libérale de Thatcher et de Reagan, avec leur croyances naïves en la toute puissance du marché et du caractère obsolète des régulations étatiques, dont s'est inspirée la conduite des affaires européennes.

 

    On sait pourtant que l'économie n'est pas une science dure et la crise a bien montré à quel point beaucoup se sont trompés. Elle peut même être une imposture, en fonction de certains choix préalables non interrogés..Son enseignement devrait être revu et il est des présupposés à repenser, un formalisme mathématique qui interdit tout débat de fond...Les maths ne sont qu'un outil, utile mais à manier avec précaution.
     La plupart n'ont rien vu venir, comme certains l'ont reconnu.  Il arrive même qu'on puisse dire tout et le contraire de tout.       Cela relativise un peu...

 

   Dans son étude sur "L'imposture économique",  Steve Keen, remet en cause certaines croyances érigées comme des postulats, des théorèmes, dans la théorie économique néoclassique libérale. Selon cette théorie, les marchés auraient des anticipations parfaites sur tout et auto-réguleraient naturellement l'économie dans une concurrence supposée transparente. Pourtant ces hypothèses sont faussées à la base et la vie économique est bouleversée par des événements non anticipés par les marchés, est ponctuée de crises souvent inattendues, celle de 2008, déclenchée par les subprimes en étant un exemple criant. 
          [ -Krugman fustigeait naguère "la cécité de la profession sur la possibilité de défaillances catastrophiques dans une économie de marché"."Durant l’âge d’or, les économistes financiers en vinrent à croire que les marchés étaient fondamentalement stables - que les actions et autres actifs étaient toujours cotés à leur juste prix"---- M. Greenspan avouait qu’il était dans un état d’ « incrédulité choquée » car « l’ensemble de l’édifice intellectuel » s’était « effondré ». Cet effondrement de l’édifice intellectuel étant aussi un effondrement du monde réel de marchés, le résultat s’est traduit par une grave récession"( P.K.)_« Lorsque dans un pays le développement du capital devient un sous-produit de l’activité d’un casino, le travail est susceptible d’être bâclé», disait Keynes.]
      Bref, une "science" en question, souvent aveugle à ses fondements.
               La cohérence n'est pas toujours au rendez-vous.
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10 ans après

Publié le par Jean-Etienne ZEN

Du drame à l'oubli?

                     L'ONU l'annonce tranquillement: il n'y aurait pas de séquelles graves suite à la catastrophe et l'AIEA se veut assez rassurante. C'est voir les choses un peu vite, d'un peu loin er cavalièrement. On a oublié les dramatiques aveux du premier ministre nippon à l'époque des faits, du sort des populations locales, des problèmes insurmontables du démantèlement encore en cours, pour plusieurs dizaines d'années, du fait que les robots n'on pas encore atteint le coeur du réacteur, en fondant comme neige au soleil... Une histoire presque sans fin assignable.

 

            Les séquelles et le bilan vont au-delà des déclarations générales et superficielles. Le problème du stockage des matières nucléarisées pose des problèmes graves.     Le coût environnemental et humain est oublié ou minimisé. La décontamination suit son cours non sans problèmes. Le désastre est toujours en cours...dans un oubli presque total, au moins chez nous, de ce que l'on n'ose plus appeler catastrophe, dont nous connaissons maintenant une partie de l'histoire, pas très édifiante pour Tepco et l'attitude du gouvernement japonais de l'époque. Qui pose toujours un vrai et terrible paradoxe.

        _____Pour approfondissements, voir mes billets sur le sujet, au fil du temps et des événements                   __________

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Etats et multinationales

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 

Péril démocratique  
                 Des intérêts souvent divergentsDes relations  conflictuelles     (notes de lecture)
                                          Les sociétés, les firmes  à l'échelle transnationales, qu'elles soient de production, d'exploitation ou même bancaires ont des activités qui ne sont pas toujours compatibles avec les intérêts des Etats dans lesquels elles sont implantées. C'est un euphémisme.
     Leur dimension est parfois si grande, leur pouvoir si important, que certains Etats sont obligés de s'aligner, totalement ou partiellement, sur leurs exigences, dont le seul profit est la clé. Surtout si ces Etats sont faibles ou corrompus, perméables aux exigences financières ou matérielles de ce qui peut représenter parfois de véritables mastodontes, à la capacité financière dépassant parfois de loin celui des budgets nationaux.


     Par exemple, que peut le petit Costa Rica face aux exigences de l'United Fruit Company? Que peut la RDC, impuissante et divisée actuellement, contre les intérêts des compagnies qui exploitent notamment, sans trop de scrupules, les stratégiques métaux rares du Nord-Est du pays?..Le chiffre d’affaires de Total, 165 milliards d’euros, est dix fois supérieur à celui du Gabon, et vingt fois supérieur à celui du Bénin. Comment ces États peuvent-ils gérer leurs relations avec des interlocuteurs si puissants ?
   Ce ne sont pas seulement des rapports de force qui sont engagés, les grandes compagnies, qui savent souvent s'organiser pour faire leur propre droit, à la faveur de la mondialisation, jouent subtilement de leurs influences, malgré certaine parades étatiques, qui font rarement le poids, en restant le plus souvent au niveau des déclarations et des textes.
      Par exemple, notre pouvoir sur Total est très relatif, il nous est presque impossible de peser sur BNP-Paribas...
   Dans le domaine des nouvelles technologies, la puissance d'Amazon, de Google, Apple et autres GAFA  est telle, que même au niveau européen, la faiblesse est manifeste pour résister à leurs exigences et à leurs manoeuvres financières. Des mesures réduites et des propos sans portée, qui mettent en péril les régulation nationales et donc les souverainetés en matière de droit et de maîtrise budgétaires.
    Les risques sont multiformes.     L' Observatoire des multinationales donne régulièrement un éclairage sur ce problème évolutif.
   L'asymétrie est manifeste entre des pouvoirs qui ne font pas le même poids. Favorisée parfois par les pouvoirs en place complices d'une mondialisation dérégulée sans foi no loi.
       Les pouvoirs de certaines transnationales sont parfois exorbitants, économiquement et politiquement, intervenant dans le jeu des nations. Intimider les Etats fait partie de leur stratégie, à échelle plus ou moins grande (*) et les paradis fiscaux jouent un grand rôle pour échapper à leurs obligations et pour masquer au moins une partie de leurs transactions pas toujours très claires.
    L'organisation internationale contre les abus constatés ou potentiels n'est que vagissante, alors qu'il est urgent de parer aux abus parfois insoutenables ici ou là.
      Des puissances financières démesurées qui jouent contre l'intérêt des démocraties, mais aussi sur l'évolution de la mondialisation, qu'elles orientent largement.
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(*)  ...La mise sous tutelle des États à travers les mécanismes de résolution des litiges État investisseurs, ou ISDS (pour Investor-State Dispute Settlement, en anglais). L’arbitrage signifie que deux entreprises, en désaccord sur un sujet, soumettent leur litige à un jury commercial, qu’elles désignent elles-mêmes, pour juger laquelle des deux a raison selon les termes du contrat qui les lie. Mais par le même mécanisme les investisseurs peuvent poursuivre un État s’ils estiment avoir été traités de manière inéquitable. Les multinationales se voient ainsi donner le pouvoir sans précédent d’échapper aux lois, à travers une sorte de système de justice privatisée contre lequel aucun appel n’est possible.
        Ainsi, l’Italie est poursuivie devant un tribunal d’arbitrage international par Rockhopper Exploration, une compagnie britannique pétrolière et gazière qui lui réclame des dommages et intérêts. En cause : l’interdiction votée par le Parlement italien en janvier 2016 de toute nouvelle activité d’exploration et de production à moins de 12 mille marins de la côte, soit une vingtaine de kilomètres. Mais attention, la multinationale ne poursuit pas l’État italien devant un tribunal d’arbitrage international pour des dommages concernant des investissements déjà effectués mais pour « des dommages financiers très importants » sur la base de ses potentiels futurs profits et non des investissements passés !....
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Pataquès et amalgames

Publié le par Jean-Etienne ZEN

Le grand embrouillamini  (notes brèves)

                            Comment un esprit assez peu informé peut-il s'y retrouver dans les polémiques, parfois passionnelles, qui agitent certains esprits dans différents contextes, autant journalistiques qu'universitaires? Faute de problèmes bien posés, d'analyses bien conduites, à la lumière de connaissances historiques solides. Ainsi sur la question de l'islam (ou plutôt des pratiques de l'islam) et la question de la laïcité, sur laquelle on finit pas s'égarer trop souvent.               ___  Le débat engagé tous azimuts sur l'islamisme est mal envisagé la plupart du temps. Une notion qui déjà problème la plupart du temps, polysémique à souhait, équivoque et polémique souvent. De même que la la notion d'islamophobie, concept qu'il faudrait abandonner, source de joutes verbales inadéquates, surtout dans le contexte français, de par son passé colonial et des attentats dont elle est l'objet périodiquement... C'est la grande confusion, entretenue par la peur et l'agitation de groupuscules qui ont intérêt à égarer les esprits, à entretenir les haines.  Non l'islam, quoi qu'on en pense, comme  toute religion en général, ne se confond pas avec certains groupes qui se réclament de lui, visant l'hégémonie et confondant le constitution avec les principes supposés d'Allah. Contre d'autres groupes, en désaccord avec cette visée ou les soufistes plus ouverts.                                                                                      __  C'est comme une certaine conception polémique de la laïcité. Les mots ont un sens et peuvent être parfois trompeurs. On joue trop souvent sur le flou et les glissements de sens sont courants. Il n'y a pas de laïcité "ouverte" ou sectaire. Ramenée à son sens et à ses fondements, elle s'impose comme une nécessité sociale, imposée par l'exigence de la tolérance et la protection.  La laïcité, bien comprise, qui n'a rien d'offensif,mais peut être critique, n'est pas autre chose qu' une condition indispensable pour les libertés de conscience. Elle n'interdit rien en matière de croyance religieuse, elle en permet même l'exercice. A condition que l'ordre public ne soit pas menacé, que les croyances restent du domaine de la vie intérieure, de la sphère privée.   La religion ne doit pas empiéter l'ordre civil et politique.                                                      ___ La notion d'islamophobie est une notion chargée d'histoire et d'ambiguités, qu'on ne devrait pas employer. C'est certaines formes d'islam que l'on peut légitimement  redouter, dans leurs idées et leurs pratiques. Notamment, celles issues du wahabisme.

 

              ________Le terme d'islamo-gauchisme, revendiqué dans certaines polémiques, est on ne peut plus équivoque.  Même en plus haut lieu où l'on s'empètre.  Un concept flou.  Comme P. Blanchard le fait justement remarquer L'islam en lui même ne peut être l'objet de critique, même si les croyances de bases peuvent être légitimement et individuellement contestées, comme pour toute religion, mais certaines de ses formes intolérantes et agressives ne peuvent être admises, surtout quand elles veulent coloniser la vie civile, faire de l'entrisme, sans violence apparente, comme le montre JP Obin au niveau de l'EN, démasquant des minorités agissantes, comme celles tournant autour des Frères musulmans ou celles qui revendiquent un pouvoir religieux à la place d'un régime civil. Certaines tendances de gauche ne vont pas jusqu'à défendre ou justifier l'extrémisme, mais ne pas mettre tout le monde dans le même panier.     Mais plus globalement, l’idée d’un "islamo-fascisme", depuis le buschisme,  est critiquée par la plupart des spécialistes pour son ignorance des réalités du monde musulman comme de celles du fascisme.   "...On trouvera notamment une critique plus élaborée dans le Monde diplomatique sous la plume de Stefan Durand. Jean-Yves Camus nous dit ainsi qu’il s’agit d’un "concept [inopérant] pour essayistes, journalistes et paresseux de toutes sortes". Aucune définition du fascisme élaborée par des historiens et des politistes compétents ne recouperait, selon lui, celle de l’islamisme : "Il n'existe notamment aucune volonté, chez les islamistes, de créer un "homme nouveau". Bien au contraire, l'islamisme est une idéologie de l'invariance, de l'a-historicité, du retour à l'âge des origines de l'islam." Il rajoute : "Le problème majeur est que l'esprit occidental, et singulièrement européen, est obnubilé par le fascisme, d'ailleurs confondu avec le national-socialisme. Tout, à notre époque, est fascisme dès lors qu'il n'est pas libéral. C'est une erreur gigantesque car ce qui compte est de définir l'islamisme comme un totalitarisme."   ;...En définitive, force est de constater que ces trois termes déposent un voile opaque sur les enjeux réels auxquels sont désormais confrontés tant les laïques, les révolutionnaires, que les simples citoyens peu au fait de ces arguties intellectuello-militantes. Armes de destruction rhétorique massive, le peu de réflexions profondes qu’ils pourraient susciter se voit aussitôt noyées dans les interminables conflits identitaires dont ils révèlent la prégnance. Certes, il est intéressant de faire des analogies entre totalitarisme fasciste et totalitarisme islamiste, il est pertinent d’observer – et dénoncer le cas échéant – la tolérance d’une certaine gauche envers le cléricalisme islamique, et il est nécessaire de dénoncer le racisme anti-musulman là où il se trouve. Mais ces concepts le permettent-ils efficacement ? Nous sommes en droit d’en douter.  A contrario, ils permettent de réactiver ponctuellement l’opposition gauche-droite sur des bases sociétales, et de jouer l’inlassable lutte centriste contre "les extrêmes". Dans un contexte de déliquescence de l’espace public et de crispation identitaire, le débat politique se résume bien souvent à une confrontation entre "islamophobes" et "islamo-gauchistes", accusés de soutenir les "islamo-fascistes". De surcroît, ils obèrent la réalisation du fait que tout l’horizon politique traditionnel partage une responsabilité dans la légitimation de l’islam politique : le centre gauche, par exemple, n’a cessé, partout en Europe, de flatter le communautarisme et les identités religieuses afin de glaner les voix de populations précarisées, assignées à leur identité présupposée (La tentation obscurantiste, Caroline Fourest). La droite n’a pas été en reste non plus : sa recherche effrénée du profit l’a poussé à conclure de nombreux accords avec certaines théocraties comme l’Arabie Saoudite, laissant de riches pétro-monarques investir dans des pans entiers de la société française tout en soutenant des États ayant financé le terrorisme international. Rappelons aussi que, probablement par conservatisme et par électoralisme, Sarkozy, dès 2004, avait plaidé pour l’encadrement religieux dans les banlieues et les quartiers populaires au nom d’une conception "positive" de la laïcité, et c’est en tant que ministre de l’Intérieur qu’il introduisait les Frères musulmans au sein du CFCM, à travers la participation de l’UOIF..."   ___Le séparatisme, terme mal choisi, n' qu'un valeur polémique, dans le contexte préélectoral d'aujourd'hui.   _________________________

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Manque de temps?

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 

Un constat et une plainte
                                            "Pas le temps"!: une antienne  bien connue.
 Une formule répétée à l'envi ou un sentiment souvent ressenti.
    Sentiment d'urgence. Parfois jusqu'au stress. Même dans les loisirs. Sentiment diffus de toujours manquer quelque chose.
      Curieux et symptomatique vécu, propre à notre temps, où la vitesse est érigée en valeur parfois suprême. Une injonction d'ordre largement culturel, effet d'un mode de production particulier, qui affecte divers aspects de la vie.
    Prendre son temps et perdre du temps semblent devenus obsolètes.   Sauf pour quelques sages ou quelques philosophes, incitant à ralentir le pas, à ne pas se laisser happer par un piège qui nous fait passer à côté de nos baskets, de notre vie. Une vie brève, dont on  s'aperçoit trop tard qu'elle est fugace et sans densité, comme un songe. L'instant (mal) vécu est toujours reporté.

 ....Au cœur de ce constat, il y a deux grands phénomènes. Le premier est économique. Il a été décrit par Gary Becker. Avec lui, le temps apparaît comme un actif économique, un capital fini amené à devenir de plus en plus rare. Le deuxième est d’ordre sociologique et a été développé par Hartmut Rosa qui propose de relire l’histoire moderne à l’aune du concept d’accélération sociale.   Ces deux phénomènes se renforcent l’un l’autre. Plus nos sociétés accélèrent, plus notre capital-temps se raréfie et prend de la valeur. Cette combinaison forme un processus d’une puissance inouïe, qui se situe au cœur du grand bouleversement de nos sociétés et défie la possibilité même de l’action politique dans sa capacité à transformer l’ordre des choses.
     Des psychologues diront que le manque de temps, ça se soigne. Ce qui n'est pas entièrement faux. On peut toujours donner des conseils
     Mais le problème est largement collectif, culturel. C'est de la maîtrise de notre temps intérieur, vécu, dont il est question, même si certaines conditions de travail et de sa gestion, les rythmes sociaux et la frénésie consommatrice ne favorisent pas le recul nécessaire.  
       Comment ne plus avoir à courir après le temps, en voulant tout maîtriser?   Comment retrouver une sagesse du temps?   Ce n'est pas seulement un syndrôme, ce peut être une phobie. Lâcher prise est la première des conditions pour retrouver relative sérénité et estime de soi
            Le temps n'est pas seulement de l'argent, n'en déplaise à Taylor.
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Point d'histoire

Publié le par Jean-Etienne ZEN

Et de culture

         Dès le début de la guerre de 14, la mobilisation soudaine et massive des hommes fit que les femmes se retrouvèrent en première ligne pour assumer, dans les campagnes comme dans les villes, l'essentiel des tâches qui leur était dévolues. La propagande joua un rôle massif dans cette mutation provisoire imposée par les circonstances cruelles. Les effets furent ambigüs: d'une part, les femmes purent se sentir investies de nouveaux pouvoirs, essentiellement économiques mais, d'autre part, elles furent confrontées à des tâches d'une grande pénibilité et les bénéfices partiels de l'émancipation forcée ne se firent sentir que beaucoup plus tard, comme le droit de vote, par exemple.                                                           _______________"...Si les femmes ont toujours travaillé, en tout cas à la campagne et dans les milieux populaires, le premier conflit mondial constitue néanmoins un moment particulier dans l’histoire du travail féminin : entre 1914 et 1918 en effet, les femmes ont remplacé « sur le champ du travail » les hommes partis combattre sur le front. Elles ont investi des domaines jusque-là majoritairement, voire exclusivement masculins, notamment les industries d’armement qui voient alors apparaître la célèbre figure de la munitionnette.     Ces remplaçantes fascinent tout autant qu’elles inquiètent : si cette main-d’œuvre féminine contribue au bon fonctionnement de l’arrière et se révèle donc indispensable à l’effort de guerre, ne faut-il pas avoir peur de l’inversion des rôles sexués qui semble s’opérer à la faveur de ce remplacement ? Cette crainte se renforce au cours des grandes grèves féminines du printemps 1917 : en cessant de fabriquer des obus, c’est tout le destin du pays que les ouvrières tiennent entre leurs mains.

Catherine Valenti

Affiche publiée en 1917 : le ramassage des pommes de terre dans le département de l'Oise. En agrandissement, des ouvrières peignent des obus de 75 mm dans un atelier de la fabrique, 31 mai 1917, Fort d’Aubervilliers, Seine-Saint-Denis, Ministère des Armées.

Femmes au travail pendant la guerre : des remplaçantes

Le 3 août 1914, l’Allemagne déclare la guerre à la France. Rien qu'en France, plus de 3,7 millions d’hommes vont être appelés sous les drapeaux dès ce premier mois de guerre, désorganisant totalement l’économie : avec les nombreuses fermetures d’ateliers et de boutiques, ce sont 60% des emplois qui disparaissent du jour au lendemain.  La situation dans les campagnes est tout aussi critique, car les hommes sont mobilisés juste au début des moissons, moment le plus crucial de l’année dans cette France de petits exploitants agricoles, où 56% de la population est encore rurale en 1914, et où l’agriculture reste la principale activité économique.

Femmes aux champs en Auvergne pendant la Grande Guerre, carte postale. En agrandissement, femmes s'occupant des labours, Paris, BnF, Gallica.

       Dès le 6 août 1914, deux jours seulement après que le président de la République Raymond Poincaré a enjoint les Français à mettre leurs divisions de côté pour se rassembler dans une « Union sacrée » indispensable à la victoire future, le président du Conseil René Viviani lance un appel solennel aux femmes françaises, les invitant à « remplacer sur le champ du travail ceux qui sont partis sur le champ de bataille ».

Appel aux Femmes Françaises lancé par le gouvernement de René Viviani le 6 août 1914 afin de mobiliser les femmes des campagnes pour assurer les moissons et les vendanges.Ce faisant, Viviani inaugure dès les premiers jours du conflit la mobilisation des femmes, parallèle à celle des hommes, différente par sa nature mais tout aussi nécessaire à l’effort de guerre. L’appel de Viviani s’adresse d’abord et avant tout aux paysannes : les hommes ayant massivement rejoint le front dès le 3 août, c’est aux femmes qu’il appartient de mener à bien la tâche cruciale de la moisson.  « Le départ pour l’armée de tous ceux qui peuvent porter les armes laisse les travaux des champs interrompus », s’inquiète Viviani ; la moisson est inachevée, alors que déjà se profile le temps des vendanges. Même si la guerre est censée être courte – on pense alors qu’elle durera quelques semaines tout au plus –, il faut rassurer les hommes partis combattre : « Préparez-vous à leur montrer demain la terre cultivée, les récoltes rentrées, les champs ensemencés ! »    Répondant à l’appel du président du Conseil, les paysannes s’attellent dès le début du mois d’août 1914 aux corvées traditionnellement dévolues aux hommes, sortant ainsi de leur « domaine réservé », celui de la ferme et de tout ce qui s’y attache : entretien de la maison, nourriture des hommes et des animaux de basse-cour.     Le labeur des paysannes est rendu d’autant plus difficile que les animaux ont été réquisitionnés au même titre que les hommes : les quelques photos d’époque qui témoignent de cette moisson si particulière de l’été 1914 montrent ainsi des femmes directement attelées à la charrue, remplaçant non seulement les hommes, mais aussi les animaux de trait.

Les moissons sans animaux, cartes postales.

        Les premières lettres des soldats font état de leur inquiétude : les femmes sauront-elles mener à bien ces lourds travaux qui nécessitent de la force physique dont elles sont en théorie dépourvue ? Les femmes s’y attellent sans regimber, conscientes que leur investissement participe de l’effort patriotique : René Viviani n’a-t-il pas affirmé qu’en ces heures graves où la patrie est menacée, il n’y a pas « de labeur infime », et que « tout est grand qui sert le pays » ?

La Française en temps de guerre, affiche de G. Capon, Washington, Library of Congress. En agrandissement, conductrice de tramway à Toulouse en 1914-1918, Paris, BnF.Mais l’absence des hommes ne se fait pas seulement sentir à la campagne : c’est aussi tout le secteur du commerce et des services qui pâtit de la mobilisation masculine. Tout comme les paysannes, les femmes de petits commerçants et artisans prennent elles aussi le relais de leurs maris, s’initiant à des missions autres que celles qui leur étaient habituellement dévolues – essentiellement la vente, éventuellement la comptabilité – pour faire tourner la petite entreprise familiale.     À l’arrière, de façon générale, les emplois désertés par les hommes, bien malgré eux, sont progressivement investis par les femmes, qui deviennent ainsi factrices, livreuses, gardes-champêtres, boulangères – fabricant le pain et ne se contentant plus de le vendre – ou encore conductrices de tramways : dans un article du 14 mai 1916, Le Figaro, évoquant « la conduite par des femmes de nos tramways parisiens », s’extasie devant « la souplesse avec laquelle nos femmes françaises s’ingénient à suppléer à la main-d’œuvre masculine si atteinte par les nécessités de la guerre ».

Le rôle des femmes pendant la Grande Guerre, Carte postale de 1915. Agrandissement : Le 1er juin 1917, dans le 10ème arrondissement de Paris, les premières factrices sortent du bureau de poste pour aller distribuer le courrier, Paris, BnF, Gallica.

Dans l’enseignement, les institutrices remplacent les instituteurs, dont la moitié sont mobilisés, tandis que pour la première fois, des femmes vont professer dans des lycées de garçons.

Le petit Journal illusré, 26 novembre 1916. En agrandissement, Mesure des obus, dessin de Tony Minartz, 1916, musée de Reims.Il est un domaine cependant où cette inversion des rôles traditionnels est perçue comme une véritable révolution : celui des industries d’armement. Les femmes françaises n’ont pas tout de suite été sollicitées pour venir travailler dans les usines de guerre : dans les premiers mois de conflit, on espère encore que la guerre sera courte et que l’industrie française produira suffisamment de canons et d’obus pour venir facilement à bout de l’ennemi.

C’est quand la guerre s’installe dans la durée, à partir de fin de 1914 et du début de l’année 1915, que se fait jour la nécessité de mobiliser toute l’économie et de faire tourner à plein régime les usines de métallurgie et d’armement. Le recours aux femmes n’est pas immédiat toutefois, car il implique une transgression des genres : il y a traditionnellement dans l’industrie des secteurs « masculins » – justement la métallurgie et l’armement – et des secteurs « féminins » tels le textile ou l’agro-alimentaire.   Dans un premier temps, des ouvriers donc sont mobilisés « sur place », secondés par des travailleurs coloniaux – en particulier des Indochinois, considérés comme peu aptes au combat et donc employés à l’arrière plutôt qu’au front. Mais cela ne suffit pas ; aussi en 1915 paraissent les premières circulaires ministérielles incitant les industriels à recourir à de la main-d’œuvre féminine : ainsi est née la « munitionnette ».

La fabrication de masques à gaz Michelin (1915), bibliothèque du Patrimoine de Clermont Auvergne Métropole.

Indispensable à l’effort de guerre, le travail des munitionnettes est particulièrement pénible, ainsi que le soulignent alors nombre d’observateurs. L’ouvrière qui travaille dans les usines d’armement étant une figure nouvelle, elle intrigue et suscite la curiosité, et de nombreux reportages lui sont consacrés.   La munitionnette est donc une manière d’héroïne – le général Joffre lui-même n’a-t-il pas déclaré dès 1915 que « si les femmes qui travaillent dans les usines s’arrêtaient vingt minutes, les Alliés perdraient la guerre » ? Mais si on admire en général ces ouvrières, on a pu aussi en avoir peur, notamment au moment des grandes grèves de mai-juin 1917.

Chaque jour, soulever 5 000 fois 7 kilos

Entre novembre 1917 et janvier 1918, la journaliste féministe Marcelle Capy se fait embaucher anonymement dans une usine d’armement, et en ramène un reportage paru dans le magazine La Voix des femmes où elle raconte le quotidien des munitionnettes :
Munitionnettes fabricant des obus, Le travail des femmes autrefois, Roger Colombier, éd. l'Harmattan, 2012.« L'ouvrière, toujours debout, saisit l'obus, le porte sur l'appareil dont elle soulève la partie supérieure. L'engin en place, elle abaisse cette partie, vérifie les dimensions (c'est le but de l'opération), relève la cloche, prend l'obus et le dépose à gauche. Chaque obus pèse 7 kg. En temps de production normale, 2 500 obus passent en 11 heures entre ses mains. Comme elle doit soulever deux fois chaque engin, elle soupèse en un jour 35 000 kg. Au bout de ¾ d'heure, je me suis avouée vaincue. J'ai vu ma compagne toute frêle, toute jeune, toute gentille dans son grand tablier noir, poursuivre sa besogne. Elle est à la cloche depuis un an. 900 000 obus sont passés entre ses doigts. Elle a donc soulevé un fardeau de 7 millions de kilos. Arrivée fraîche et forte à l'usine, elle a perdu ses belles couleurs et n'est plus qu'une mince fillette épuisée. Je la regarde avec stupeur et ces mots résonnent dans ma tête : 35 000 kg. »

Munitionnettes fabricant des obus, Le travail des femmes autrefois, Roger Colombier, éd. l'Harmattan, 2012.

Ouvrières en grève : le tournant de 1917

Certains contemporains n’ont pas manqué de s’effrayer de l’apparente féminisation de l’arrière, voire de l’inversion des rôles sexués dont elle paraissait témoigner. Le travail féminin, et notamment le remplacement des hommes dans certains secteurs qui n’étaient pas ou peu féminisés avant la guerre, est donc un facteur d’angoisse. Aussi cherche-t-on à tout prix à se rassurer, et la presse en particulier s’efforce de minimiser le bouleversement que constitue la figure de l’ouvrière employée en usine de guerre.

Les munitionnettes à la Une de l'Excelsior.Le terme même de « munitionnette », inventé pendant le conflit, est un mot qui se veut rassurant, avec son suffixe diminutif qui renvoie à la féminité. La façon dont les journaux de l’époque décrivent ces ouvrières d’un genre particulier est également significative : les munitionnettes « tricotent des munitions », elles « enfilent les obus comme des perles », etc. : ce sont là autant de métaphores qui renvoient les femmes à leurs activités traditionnelles, comme les travaux de couture, ou à leurs attributs spécifiques, avec l’assimilation des armes à des bijoux.   Conscientes de leur importance stratégique dans l’effort de guerre, les munitionnettes se sentent en position de force pour faire valoir leurs droits, face à des patrons qui souvent déduisent de leurs salaires les coûts engagés pour adapter les usines à la production massive d’obus et de munitions.  Si des mouvements de mauvaise humeur se manifestent de façon sporadique au cours de l’hiver 1916-1917, c’est au printemps 1917 qu’éclate un mouvement social de grande ampleur, mené principalement par des femmes. Celles-ci, en première ligne, ont sans doute moins à perdre que leurs homologues masculins. Les hommes qui travaillent dans les usines de guerre sont en effet des « affectés spéciaux », ouvriers mobilisés sur place qui échappent ainsi à l’enfer des tranchées : plus souvent qu’à leur tour qualifiés d’embusqués, ils ont tout intérêt à rester discrets.  Les grèves de la première moitié de l’année 1917 sont ainsi surprenantes à plus d’un titre : essentiellement féminines, elles n’ont absolument pas été anticipées par les syndicats, traditionnellement peu enclins à soutenir les revendications portées par les femmes ouvrières, ces dernières étant par ailleurs beaucoup moins syndiquées que les hommes.

Les Midinettes : Une du journal Les Hommes du jour, 26 mai 1917. En agrandissement, la une Sur le Vif, 2 juin 1917.De plus, la CGT, principal syndicat français, s’est ralliée en 1914 à l’Union sacrée, et son secrétaire général Léon Jouhaux travaille en bonne entente avec le ministre de l’Intérieur Louis-Jean Malvy afin de maintenir la paix sociale tant que durera la guerre.     Gouvernement et syndicats sont donc pris au dépourvu par ces grèves de femmes, qui surgissent dans un contexte bien particulier, celui de la flambée des prix qui se produit au printemps 1917 : la « vie chère » devient la principale préoccupation des classes populaires, et en particulier des femmes qui en tant que mères de famille sont concernées au premier chef par l’augmentation du prix des produits de première nécessité.   Le mouvement social qui éclate au mois de mai 1917 est donc totalement spontané et n’a été précédé par aucun signe avant-coureur : aussi n’a-t-il pas été possible de le désamorcer en amont, comme cela avait été le cas jusque-là.  Les grèves toutefois ne débutent pas dans le milieu des munitionnettes, mais dans celui des « midinettes », ces ouvrières de la couture qui peinent à subsister avec leur maigre salaire : les petites apprenties couturières gagnent à peine un franc par jour, ce qui en 1917 leur offre seulement la possibilité d’acheter un litre de lait ; les ouvrières plus aguerries ne sont guère mieux loties, le salaire des plus anciennes culminant à 5 francs par jour à peine....". (Merci à Hérodote. net-réservé aux abonnés)    _________________

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L'Allemagne m'inquiète

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 

L'Allemagne m'inquiète.
                       A l'heure où à Berlin on semble à la croisée des chemins, où la relative stabilité tant vantée ne semble plus d'actualité, où la culture du compromis est profondément affectée par un remodelage du paysage politique, où les piliers de la vie politique des dernières années semblent s'effriter, la montée d'une droite parfois extrême, minoritaire jusque là, dans le contexte d'une montée de ce qu'il est convenu d'appeler les populismes européens, beaucoup d'observateurs et de connaisseurs de la vie politique allemande s'interrogent sur le devenir de la Bundesrepublik et les conséquences sur l'édifice créé par Adenauer et ses héritiers.

       Difficile, dans le contexte mouvant et évolutif d'aujourd'hui, de tirer des plans sur la comète, mais de nouveaux contours politiques se dessinent qui ne manquent pas d'inquiéter.   Beaucoup d'Allemands se sentent aussi désemparés. Certains tentent d'y voir plus clair, en cherchant les causes proches ou plus lointaines de ce qui apparaît comme un ébranlement profond. qui met en péril les années tranquilles de la chancelière, menacée de  disparition.
   Les rouages traditionnels sont bel et bien grippés et les soucis européens ne semblent plus d'actualité. La montée de l'ambiguë, très ambiguë AfD le confirme.
     On est à la croisée des chemins, peut-être historique.Pour le meilleur ou pour le pire. En réalité, la contestation interne n'a jamais cessé depuis des années, surtout depuis celles d'une réunification souvent contestée dans ses formes et de la crise, même si elle restait minoritaire. Et la fin de l'épisode schröderienne a laissé des traces.
       Certains observateurs s'efforcent de comprendre les dessous de ce qui nous apparaît d'ici comme chaotique. (*)
  L'Allemagne se réveillera-t-elle de son sommeil dogmatique, entre alignement atlantiste et intérêts russo-chinois? Et comment?
______
              (*) ....En Allemagne, à Chemnitz puis dans la petite ville de Köthen, on a vu se produire plusieurs manifestations d’extrême-droite suite au meurtre d'un jeune homme imputé à des migrants. Que se passe-t-il outre-Rhin? La situation peut-être devenir hors de contrôle ?

         Il faut se rappeler que lorsqu'on a redonné sa souveraineté à l'Allemagne après la guerre, on l'a fait avec beaucoup de précautions. Tant en RFA qu’en RDA on écrivit dans la Constitution l’obligation de combattre les idéologies issues de l’extrême-droite. Dès que l’extrême-droite donnait des signes de renouveau, les chancelleries réagissaient. Au milieu des années 80, les « Républicains » (Die Republikaner), menés par un ancien Waffen SS, remportèrent des sièges dans des parlements régionaux de l'Ouest. Les autres pays firent les gros yeux, menaçant l'Allemagne de ne pas être accommodants sur certaines de ses revendications en Europe si elle ne maîtrisait pas le problème. Pendant le processus de réunification, on fit également les gros yeux lorsque des ratonnades aboutirent à la mort de migrants en ex-RDA, à Rostock par exemple.
     Mais après la création du marché commun puis de marché et de la monnaie uniques, le choix fut progressivement fait de ne plus surveiller l'Allemagne. En Allemagne, le travail sur la mémoire n’a pas empêché, selon le travail fascinant de Harald Welzer, de disculper « Papi qui n’était pas nazi ». En France, entre 2000 et 2015, toute évocation de la résurgence de l’extrême-droite allemande était rejetée comme « germanophobe » ou relativisé par la comparaison des scores de l’extrême-droite française. Dans nos deux pays, il y a eu un processus dissociant l’Allemagne de la guerre de l’Allemagne actuelle.
     Pourtant, des signes d’un tsunami en devenir étaient visibles. Dans la décennie 2002-2012, le NPD remporta des succès électoraux en étant ouvertement sympathisant du neonazisme. Une procédure d’interdiction échoua parce que l’imbrication des services secrets allemands dans la direction était telle qu’il était impossible de déterminer si les actes illégaux reprochés étaient issus du NPD, ou provoqués par les agents infiltrés des services secrets, indicateurs ou agents, placés jusqu’à la direction nationale du NPD. 
        Ces succès du NPD coïncident avec deux autres événements. En 2006, c’est la coupe du monde de football en Allemagne, où les Allemands issus de générations sans connexion directe à 1933-1945, découvrent la joie de fêter leur équipe nationale, leur drapeau, leur fierté innocente d’être Allemands. La même année, la presse s’interroge sur une mystérieuse « d'infirmière fantôme » tueuse de la mafia turque, qui aurait assassinée une demi douzaines de petits commerçants d’origine turque et grecque, et posé une bombe dans un quartier d’immigration de Cologne, faisant 200 blessés. Ce n’est qu’en novembre 2011 que l’on découvrira que ces meurtres n’étaient en rien liés à « la mafia turque », construction raciste n’existant que dans l’esprit des enquêteurs allemands, mais à un groupe terroriste néonazi, la NSU, qui filmait ses actes et diffusait ses vidéos de propagande dans les réseaux clandestins de l’extrême droite allemande. Neuf migrants et une policière furent ainsi assassinés. Dès la découverte, fortuite, de cette cellule terroriste, les services secrets allemands engagèrent immédiatement ... la destruction complète de leurs archives concernant les membres de ce groupe... 
       L'année 2011 marque aussi une césure dans le recensement des actes de violence de l’extrême-droite en Allemagne. A partir de cette date, le nombre d’actes de violence motivée par l’extrême-droite va doubler chaque année dans l’indifférence générale, jusqu’à atteindre plus de 2000 actes, soit 10 fois plus que l’extrême-gauche et 25 fois plus que les islamistes, chaque année. Cependant, la médiatisation est modérée. L’attention des politiques comme des services secrets se porte sur l’islamisme et sur l’ultra-gauchisme après les manifestations contre les réunions du G8 en 2007 dans la campagne du Mecklembourg, puis du G20 en 2017 à Hambourg. Dans le même temps, l’attrait électoral pour l’extrême-droite croit selon un modèle très simple à suivre : d’abord, l’électeur perd confiance dans les institutions démocratiques et passe par une phase apathique d’abstention. Ensuite, dans certaines régions, un parti alibi sert à rompre des résistances profondes dans le comportement électoral. C’est ainsi que l’ovni politique du Parti Pirate devient le réceptacle d’une poussée populiste non cristallisée, faisant des scores entre 6 et 15% des voix et entrant dans 9 parlements régionaux. Partout où les Pirates sont forts - et cela s’observe jusqu’au niveau des bureaux de vote - le NPD est faible. Mais les Pirates étaient un feu de paille et n'ont existé qu'entre 2011 et 2013.
    A partir de 2013, un nouveau parti en Allemagne est prêt à recueillir les braises dans le foyer, l'AfD, qui, de parti élitaire anti-euro, se transforme peu à peu en synthèse allemande de l'UKIP britannique, du FN et de la Lega italienne. Aujourd’hui, les sondages donnent l'AfD à égalité avec le SPD à 17%, et des dirigeants de la droite parlementaire évoquent des alliances avec elle.
     Les émeutes de Chemnitz n'arrivent donc pas comme un coup de tonnerre dans un ciel serein. Elles instrumentalisent la question des réfugiés, devenue critique dans l’opinion allemande après septembre 2015, mais la genèse est ancienne. D’ailleurs, le cadre théorique et idéologique d'un parti islamophobe tel Pegida, a été posé dès 2008 par ... un ancien dirigeant du SPD, Thilo Sarrazin, ancien responsable des finances de la ville de Berlin, puis membre du directoire de la Bundesbank, dès la publication de son livre « L’Allemagne s’auto-dissous », suivi depuis par un livre tous les 18 mois.  
      Les émeutes de Chemnitz furent extrêmement bien préparées. Déjà, en 2017, la fachosphere de Saxe avait lancé des rumeurs d’agressions de femmes allemandes par des migrants en marge de la fête populaire de la ville mais la campagne n’avait pas pris. Dans la préparation de la fête de Chemnitz de 2018, les associations de lutte contre le racisme prévoyaient une nouvelle action des réseaux clandestins de l’extrême-droite, sans cependant pouvoir prédire le fait divers dramatique à son origine – dans une rixe à 3h du matin un réfugié tue d’un coup de couteau un germano-cubain - ni son exploitation politique. Depuis, le procureur fédéral d'Allemagne a annoncé fin septembre le démantèlement d’une cellule terroriste néonazie planifiant des meurtres de réfugiés et d’élus de gauche. Ce groupe a utilisé les manifestations de Chemnitz pour tester ses modes opératoires en vue d’enlever et d’assassiner des réfugiés. Il a été démantelé alors qu’il se procurait un arsenal pour passer aux assassinats.
     Ne nous leurrons pas : le rejet de l’islam par Pegida sert de cache-nez à la résurgence d’idéologies très allemandes. A Chemnitz, un restaurant casher au nom hébraïque a été ravagé par une foule criant « Judensau raus » - (porcs de Juifs dehors). A Dortmund, dans deux défilés néonazis, l’un des slogans était « qui aime l‘Allemagne est antisémite ». On le voit, il n’y a pas d’ambiguïté ni de détour par une rhétorique anti-Israël. C’est de l’antisémitisme pur, recyclant les mots mêmes du nazisme.
      Un dernier groupe de la malheureusement très importante fachosphère allemande mérite d’être mentionné : ce sont les « Reichsbürger » ou « Citoyens de l'Empire ». Ces derniers refusent toute légitimité institutionnelle à la République fédérale, considérant que l'Empire n’a pas été dissous de manière légale en 1918. Ils battent leur propre monnaie, arborent leur drapeau, refusent de payer l’impôt ou de reconnaître l’autorité légitime de la police. Cela peut paraître folklorique mais ils sont armés et ont tué plusieurs policiers ces dernières années, et la dernière estimation publiée évalue leur nombre à ... 50 000.
    L'Europe a décidé en toute conscience de fermer les yeux et de faire confiance à l'Allemagne pour étouffer ces vieux démons. Elle a tort : l'Allemagne doit être surveillée et rappelée à ses devoirs particuliers. Malheureusement, l’idéologie de « l'Europe, source de paix », dénuée de fondement, est aussi construite sur l’idée d’une Allemagne enfin démocratique et apaisée au cœur de l'Europe. Dénoncer son extrême-droite est suspect de « germanophobie ». C’est mal. C’est ce qui explique l’effet de surprise et de sidération en France. Mais le phénomène de la montée de ces nouvelles extrême-droites était visible et prévisible. D’ailleurs, à mon humble niveau, je l’annonçais et la dénonçais déjà il y a dix ans.
    Alors est-ce que ces mouvements sont de nature à renverser l’ordre constitutionnel allemand ? Non. Pas encore. Mais l‘Allemagne ne va pas s’en sortir seule, et doit comprendre qu’il est important pour ses partenaires qu’elle agisse enfin.
    Köthen se situe dans le Land de Saxe-Anhalt et Chemnitz en Saxe. La Saxe est également le lieu de naissance du mouvement Pegida, et l'ex Allemagne de l'Est est l'endroit où le parti AfD réalise ses meilleurs scores électoraux. La Réunification allemande est-elle inachevée, ainsi que l'écrit le sociologue Italien Vladimiro Giacche ?
    Lorsque je suis arrivé en Allemagne, le premier livre dédicacé qu'on m'a offert était un recueil d’articles et de discours de Wolfgang Thierse, ancien fondateur du SPD de l'Est, puis président du Bundestag entre 1998 et 2005. Ce livre s’appelle « Parler de sa propre voix » et décrit le processus extrêmement violent et traumatisant d’une réunification vécue comme une colonisation par l'Ouest. Certains parlent même aujourd’hui d’une « annexion », et si le terme peut paraître exagéré en droit, il décrit pourtant le ressenti de nombreux allemands de l'Est. D’ailleurs, cette souffrance reste un thème d’actualité, qui, à l’occasion de la fête de la Réunification de cette année, a même trouvé son chemin dans des discours d’hommes politiques conservateurs de l‘Ouest.
     Dans les mois ayant précédé la Réunification, Helmut Kohl a prononcé une phrase essentielle : il a promis à la RDA, qui menait ses premières élections libres, « des paysages florissants » et une prospérité sans égale. Vingt-huit ans après, la réalité est bien différente. Près de trois millions d’Allemands de l'Est ont migré vers l'Ouest, vidant les campagnes et les villes moyennes. Les régions les plus pauvres d‘Allemagne, les cantons aux salaires les plus faibles sont à l'Est. Le nombre des foyers dépendant du minimum social appelé « Harz 4 » est deux fois plus important qu’en Bavière. Le centre des villes dynamiques de l'Est - Dresde, Leipzig, Iéna - voient arriver de nombreux cadres de l’Ouest qui achètent des biens immobiliers pas chers et travaillant en semaine à Berlin, Nuremberg où Munich.
     Cependant, si l'AfD fait 22% en Saxe, elle atteint aussi ce score dans certains coins de l'Ouest, par exemple en Rhénanie, dans certaines villes autrefois bastion du SPD. Si les émeutes en Saxe ont défrayé la chronique, deux cortèges de néonazis criant « qui aime l'Allemagne est antisémite » ont pu défiler le même jour à Dortmund avec une police dépassée incapable de mettre fin à ce trouble à l’ordre public. C'est en partie lié à la crise sociale, qui touche aussi l'Ouest. Il y a beaucoup de contradictions dans une société qui se vante de sa croissance, de son équilibre budgétaire, de son plein emploi, de ses excédents commerciaux, mais qui est incapable d’expliquer à 40% de sa population pourquoi son pouvoir d’achat est inférieur à ce qu'il était en 1996, pourquoi 17% d'Allemands vivent sous le seuil de pauvreté, pourquoi les inégalités de patrimoine ont retrouvé le niveau de ... 1910.
     Ces fractures, avec 40% de personnes qui souffrent, 30% qui jouissent et 30% qui ont peur de souffrir tout en rêvant de jouir, expliquent d’ailleurs le vote des législatives de septembre 2017, qui a été toutes les analyses en catégories socioprofessionnelles ou en niveau de revenu le démontrent, un vote de classes. Les 40% qui souffrent ont majoritairement voté Die Linke ou AfD, les 30% qui vont bien ont voté Libéraux et Verts, et les 30% d’inquiets, dont beaucoup de retraités, CDU et SPD.
     Ce qui est vraiment inquiétant, c’est la perte de confiance dans l’ordre démocratique comme ordre garantissant la prospérité du plus grand nombre, et l’échec tant de l’économie sociale de marché des conservateurs, que de la social-démocratie de marché du SPD.
     Il semble que la situation échappe peu à peu à une Angela Merkel de plus en plus fragilisée. Est-il possible que la chancelière ne termine pas son mandat ? Qu'est-ce qui pourrait venir ensuite ?
     J’ai parié en février 2018 que Merkel ne serait plus chancelière fin octobre, après les élections régionales en Bavière. Ça se rapproche, et elle a déjà failli chuter à deux reprises en juin et en septembre, après avoir eu besoin de six mois pour former un gouvernement après les élections de septembre 2017.
     C’est là où le concept de « Weimarisation » de la vie politique européenne que je développe depuis cinq ans trouve sa confirmation. La « Grande coalition » ne pèse plus que 56% des électeurs. Elle en pesait 70% il y a onze ans. Dans les sondages récents, elle ne serait même plus capable de constituer une majorité parlementaire à 44%. Si le SPD semble avoir atteint un plancher à 16%, la droite - constituée de deux partis, la CDU de Merkel et la CSU en Bavière - s’est encore effondrée et a enregistré son plus mauvais score dans un sondage depuis ... 1949 : à 27% des intentions de vote.
     Merkel voit également sa popularité s’effondrer. Les observateurs constatent d’ailleurs son impuissance croissante au sein même de son cabinet, de sa propre majorité. La semaine dernière, le groupe parlementaire CDU-CSU devait élire son président de groupe. L'homme de confiance de Merkel, qui occupait la fonction depuis treize ans, a été battu par un député quasiment inconnu et ne disposant d’aucun appui d'importance dans la hiérarchie des deux partis. La candidature « de témoignage » de Brinkhaus a rassemblé plus de trente députés de plus que l’homme de Merkel.Cette dernière n’est donc même pas majoritaire au sein de son groupe. Paradoxalement, à l’heure actuelle, le groupe parlementaire le plus soucieux de faire durer la chancelière est ... le SPD !
     Tout cela survient après deux crises initiées par le ministre de l’intérieur, Horst Seehofer, également président de la CSU bavaroise. Les deux crises ont eu pour toile de fond la politique migratoire, notamment la gestion de l’ouverture des frontières irresponsable car complètement improvisée, en septembre 2015. Depuis cette date, Seehofer est sans cesse en opposition à la chancelière. En mars 2018, elle a accepté qu’il entre dans le cabinet de la nouvelle Grande coalition en espérant ainsi le contrôler. C’est l’inverse qui se produit : il sape autant qu’il peut son autorité.
      Le 14 octobre auront lieu les élections régionales de Bavière. La CSU pourrait perdre sa majorité absolue, voire devoir s’allier à un ennemi - idéologique autant que de classe-, les écologistes, montés à 18%. La CSU a déjà laissé entendre à quoi elle imputerait un éventuel désastre : c’est la politique nationale. Merkel tentera sans doute de faire sauter le fusible Seehofer, mais il est probable que l’aile conservatrice de la CDU, menée par le ministre de la Santé Jens Spahn, lance une offensive avec la CSU contre la chancelière.
     Le 28 octobre, la région de Hesse, un bastion de la CDU, votera à son tour. Le président sortant, le très conservateur Bouffier, gère avec ... les Verts. En cas de défaite ( là non plus les sondages ne sont pas bons)  il pourrait, vu son âge, servir de chancelier de rechange et de transition. Ça laisserait le temps de choisir à quel moment revenir devant les électeurs et avec quel leader de la droite de long terme. En effet, une chute éventuelle de Merkel ne signifie pas forcément de nouvelles élections car il existe d'autres options institutionnelles. En 1982, lorsque Helmut Schmidt a perdu un vote de confiance suite au ralliement de son partenaire de coalition à l’opposition, Helmut Kohl devint par exemple chancelier sans élection. Wolfgang Schauble, aujourd'hui président du Bundestag, a également évoqué la possibilité d’un gouvernement minoritaire de droite au cas où le SPD quittait la coalition. En tout état de cause, Merkel a compris que la bataille de succession occupe tout le monde dans son camp. Elle espère encore pouvoir l’organiser elle-même. Elle a en notamment intronisé une possible dauphine (Annette Kramp-Karrenbauer, surnommée AKK, ancienne présidente de la région de Sarre et secrétaire générale de la CDU), et souhaite se présenter en décembre  à la présidence de la CDU sans doute pour être maîtresse du rythme de son éviction. Toutefois, l’aile droite de son parti lui a déjà demandé de renoncer à se présenter....
     L'une des conséquences de tout cela, c’est que depuis septembre 2017, l'Allemagne s’occupe de son nombril. Toute initiative française pour relancer « le moteur franco-allemand » en Europe est ainsi assimilable à vouloir faire du vélo en tandem avec un invalide. L'attitude française témoigne d’ailleurs d'une profonde méconnaissance de l'Allemagne, qui n'est pas en mesure et ne désire pas aller plus loin dans la voie de l'intégration européenne.
     La presse française s'applique à décrire la fondation d'une nouvelle gauche qu'elle qualifie « d'anti- migrants ». Son chef de file  serait la députée Sahra Wagenknecht, qui vient de fonder « Aufstehen » . Que vous en semble ?
    C’est de la propagande pure et simple, qui vise à limiter le paysage politique européen à deux forces antagonistes uniquement : d'un part un populisme nationaliste et xénophobe liant la critique sociale à un discours de bouc émissaire, d'autre part un néolibéralisme décomplexé exprimant les intérêts de classes supérieures désireuses d'assumer sans entrave leur domination économique, culturelle et sociale, au détriment des autres groupes sociaux et économiques au nom de leur supériorité morale. On souhaite évacuer l'existence d'une troisième option : une gauche radicale renouvelant sa critique du capitalisme financier et des excès du néolibéralisme européen à la lumière des évolutions réelles des deux dernières décennies.
     La biographie de Sahra Wagenknecht rend peu crédible le fait qu'elle soit « anti-migrants », car elle est binationale (allemande et iranienne). Au delà de ça, le texte de son mouvement ne parle quasiment pas de migration. Et quand il en est question, voilà mot pou mot ce qui est proposé : « Aide aux personnes dans le besoin : garantir le droit d'asile aux personnes persécutées, arrêter les exportations d'armes vers les zones de tension et mettre fin aux pratiques commerciales déloyales, aider les réfugiés de guerre et climatiques, lutter contre la pauvreté, la faim et la misère sur le terrain et créer des perspectives dans les pays d'origine ». Ce que Aufstehen met bien en cause en revanche, ce sont les mécanismes de concurrence salariale au sein de l'Union Européenne, dont l’un des instruments est la libre circulation des personnes dans un espace de sous-investissement dramatique et de chômage de masse.
     Aufstehen est un danger évident pour les autres formations politiques. En effet, 35% des Allemands sont intéressés par ce mouvement d’après un sondage du magazine Focus d’août 2018. Par ailleurs, le mouvement revendique déjà plus de 150 000 inscrits sur sa plate-forme en un mois d’existence. Le niveau de calomnie va donc augmenter au fur et à mesure qu'il montera en puissance.
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Glané ça et là

Publié le par Jean-Etienne ZEN

__ Gazoduc de la discorde

 

__ Banques et Etat: nouvelle done?

 

__ Mutations nécessaires à la vie

__ Que faire de Buffet?  

__ La pilule

__ Tragédie et minimisation

__ Arréter de geindre 

           * Revue de presse.        __________________    

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Explosif

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 

 On dit qu'il pourrait bientôt se réveiller de son (relativement) long sommeil.
                                                        Mais que veut dire "bientôt" à l'échelle géologique?
    En tous cas, il attire l'attention de beaucoup de vulcanologues sur le terrain et de par le monde.
      Il dort sous la surface de plusieurs Etats américains, et on observe certaines manifestations symptomatiques de la future colère du géant. Mais pour quand?
   Car il est un des plus puissants de sa catégorie, dans la grande famille des volcans,  le long de la ceinture de feu du Pacifique, du nord au sud.
   Peut être les premiers signes du réveil d'un des plus puissants de sa catégorie, après plus de 600000 ans de vie tranquille.


  Yellowstone, la bien nommée. où le soufre montre sa présence disséminée au milieu des sources chaudes et des geysers.
   Parmi les-supervolcans, il est sans doute celui qui détient la palme de la puissance potentielle et de la dangerosité dévastatrice.
    ...Enfouis sous la Californie et le Wyoming, deux volcans en hibernation, dont le Yellowstone, sous le parc du même nom, pourraient un jour se réveiller avec une fureur difficile à imaginer. S’ils entraient en activité, ils enseveliraient sans doute la moitié Ouest des États-Unis sous une couche de cendres de deux mètres d’épaisseur en quelques heures. Cela s’est déjà produit au moins à quatre reprises lors des deux derniers millions d’années. Ces volcans dévastateurs sont nommés supervolcans.

L’éruption d’un supervolcan libère une énergie de l’ordre de un milliard de tonnes de TNT, l’équivalent de celle dégagée par l’impact d’un astéroïde de plus de 300 mètres de diamètre sur la Terre… et elle survient plus souvent. Une telle explosion est potentiellement l’une des catastrophes naturelles les plus dangereuses pour l’humanité ! Outre une destruction immédiate due à la libération de cendres brûlantes, les supervolcans perturbent notablement le climat global durant des années à cause des gaz qu’ils émettent.

      Cela peut peut paraître terrifiant, mais n'a peut-être pas grand sens à l'échelle de plusieurs générations humaines. Cela ne nous concerne pas dans un proche avenir. Quoique...
   Envisager le volcanisme sous son seul aspect (temporairement et localement) destructeur n'est pas raisonnable. Il est à l'origine de plus d'une formations terrestres et on se doute qu'il a quelque chose à voir avec les origines de la vie.et son développement.
      Sans eux, nous ne serions sans doute pas là pour en parler.
  L'immense caldeira intrigue depuis peu les spécialistes, qui y voient, derrière les fumerolles tranquilles du lieu, une véritable bombe à retardement.
  Malgré le conditionnel d'usage, nous ne serions peut-être pas loin de sa spectaculaire manifestation et c'est la terre entière qui serait affectée, ne serait-ce que par le long hiver qui s'en suivrait.
     Mais il n'y aurait pas lieu de s'affoler.
        Certains, dans leur rêve de puissance, rêve déjà de maîtrise du phénomène. Pourquoi ne pas changer un peu l'orbite de la terre pour neutraliser le réchauffement climatique, tant qu'on y est?..
  Nous avons été capables d'aller sur la lune, mais un fantasme de cette ampleur est proprement prométhéen.
    Le catastrophisme est déjà assez exploité comme cela. Pas la peine d'être survivaliste.
       De toute façon, le fatalisme tranquille s'impose. Nous n'avons pas le choix. Au lieu de considérer les volcans comme nos ennemis, on peut aussi se mettre  à les aimer, par seulement à cause de leur splendeur éruptive, mais aussi comme une nécessité dans l'histoire de la terre, de notre histoire, qui débute à peine, mais qui ne sera pas sans fin. Notre espèce est de passage, comme tant d'autres qui ont disparu.
     Et nous avons les moyens de nous détruire de notre propre fait, bien avant sans doute que le méga-volcan nous réveille de nos rêves de maîtrise, de nos fantasmes de toute-puissance....
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Vérité mise à mal

Publié le par Jean-Etienne ZEN

Vérité mise à mal

                       Bernays avait été un pionnier dans le domaine de la "propagande", c'est à dire dans l'art, parfois subtil, de faire valoir un produit, de lui donner une valeur quasi indispensable pour le consommateur. Toute une technique où les ruses du langage sont mobilisées pour atténuer le sens critique, entraîner la séduction et donc l'acte d'achat le plus impulsif possible. Dans l'intérêt des fabricants et des industriels, qui ont absolument besoin de publicité, de plus en plus élaborée, pour vendre à tous prix.   


                                                                               Arte a diffusé récemment un document  s'intéressant aux techniques actuelles visant dans ce domaine à présenter des produits comme utiles, voire nécessaires, qu'elle qu'en soit la valeur intrinsèque. "Tromper le client", comme on disait autrefois, le séduire, dirait-on aujourd'hui, en masquant soigneusement les inconvénients ou parfois les effets nocifs, que ce soit une cigarette, un produit alimentaire ou phytosanitaire.       __La stratégie est de maintenir l'ignorance, autant que possible et d'entretenir le doute, quand c'est nécessaire, contre l'avis des experts et de la science avérée. Une ignorance tout à fait stratégique. Il arrive parfois que certains scientifiques entrent dans le jeu des intérêts des fabricants, non de manière désintéressée, comme on l'a vu en matière pharmaceutique.  Le détournement de la science est aussi devenu un grand classique. Distiller le doute aussi, quand les critiques se font trop fortes, ".. pour contrer une vérité dérangeante, car susceptible d’entraîner une réglementation accrue au prix de lourdes pertes financières, l’industrie imagine alors en secret une forme particulière de désinformation, qui se généralise aujourd’hui : susciter, en finançant, entre autres, abondamment des études scientifiques concurrentes, un épais nuage de doute qui alimente les controverses et égare les opinions publiques..."         Non pas que le doute soit à rejeter, au contraire, mais ici il s'agit d'un doute calculé, stratégique.      Le doute, qu'il soit cartésien, méthodique ou plus modeste et circonscrit, est toujours une attitude qu'il importe de valoriser en toutes circonstances. Que soit dans la vie quotidienne, dans la recherche d'informations, ou dans celui de la recherche ou des débats scientifiques.

     Le doute est libérateur quand il est animé par le désir de sortir d'un dogmatisme trompeur,  de rechercher une vérité plus satisfaisante, d'oser penser par soi-même, comme disait Kant. C'est toujours possible, à des degrés divers, toujours libérateur.
    Mais le doute peut être instrumentalisé, utilisé à dessein comme un moyen d'instiller un soupçon, de faire naître une résistance vis à vis de connaissances pourtant bien ou assez bien établies. Parce qu'elles gêneraient, remettraient en question des vérités qui dérangent, qui mettent en péril des intérêts bien établis, un business fructueux, contestés par des esprits suffisamment éclairés et indépendants.
     C'est le cas bien connu des défenseurs du business de l'amiante, ce poison qui n'a pas fini de faire des ravages et dont les dangers ont été signalés dès le début du XX° siècle.
   C'est le cas, tout aussi connu du lobby des cigarettiers, toujours en action, qui dépensent des sommes pharaoniques pour produire des rapports à l'aspect "scientifique" pour justifier la poursuite de leurs affaires très juteuses, au détriment de la santé publique.
   Le plus insidieux, c'est lorsque une industrie, aux productions dûment contestées pour leurs méfaits, soudoient des "experts" complaisants pour susciter des questions là où il n'y a plus lieu d'en poser, pour relancer des recherches biaisées, pour éviter que le dernier mot de soit donné à ceux qui  ont fermement établi la nocivité de produits devenus d'un usage commun. 
    Au niveau politique, local ou plus large, des firmes savent aussi y faire pour influencer les débats sur les questions sur les réglementations ou des interdictions. Parce qu'elles ont de puissants moyens.
  C'est ce que montre bien, et depuis des années, certaines enquêtes, comme celle sur les produits à base de glyphosate,la molécule la plus utilisée au monde.
    Le dossier est déjà lourd. Les études de Marie-Monique Robin sur le sujet sont décisives, mais pas uniques.
    Ce qu'on a appelé la manufacture du doute dans différentes productions contestées, dont le monde rapidement grandissant des perturbateurs endocriniens.
   Parfois des questions légitimes peuvent encore se poser, mais il est des points qui ne peuvent plus être contestés sans être partisans intéressés.
   Mettre la science à l'abri des pressions de certains intérêts privés, dont le but est de distiller le doute, est aujourd'hui plus qu'hier un projet nécessaire, un combat permanent.       _________

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