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Pudeur

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 

 Brefs jugements et points de vue
                                              La mort n'est rien pour nous disait Epicure. Au sens où se lamenter contre un processus  des plus naturels, faisant partie de la vie, de son fonctionnement et de son renouvellement normal, n'a pas de sens rationnel.
   Et J.Brel chantait: Mourir, la belle affaire, mais vieillir...
 La vie -toute vie- n'existe que parce qu'il y a la mort.
Que cela plaise ou non. Mieux vaut l'apprivoiser, comme le suggérait Montaigne.
        Ce qui pose problème, à nous humains, c'est surtout la mort des autres, la mort des proches.   Surtout dans des circonstances imprévues et dans des conditions parfois dramatiques.
Surtout quand l'incertitude peut demeurer longtemps entre ce que l'on considère comme la sortie de la vie et l'entrée dans l' échéance fatale. C'est un effet, parmi d'autres, du développement d'une médecine de plus en plus performante, qui repousse toujours plus loin certaines limites, autrefois inimaginables.
    Le cas Lambert, comme d'autres, démontre comment des proches peuvent être dans une incertitude  dramatique lorsque des choix cruciaux doivent intervenir autour de celui qu'on appelle encore un vivant. A tort ou à raison. L'"acharnement" peut-il encore avoir un sens dans certains cas? Il y a beaucoup de confusions sur la notion d'euthanasie.
   Tout le monde se sent concerné par l'affaire sur-médiatisée et les avis peuvent diverger sur un cas qui est mal défini, en évitant de céder à l'hystérisation, à la confusion et aux dérives idéologiques, comme on le voit tristement sous nos yeux. Quand la personne devient instrumentalisée pour des causes discutables, voilà le pire. Alors qu'on attendait discrétion et respect.
   Une mère contestée, une épouse effondrée, des medias sur la brèche, des effets de manche,  et voilà tous les ingrédients d'un feuilleton devenu malsain et indécent.
   La complexité de l'affaire est évidente. Il y en aura d'autres.
  La question se repose: faut-il continuer des soins à tout prix, surtout quand on commence à être certain que l'issue heureuse est hautement improbable, que l'acharnement est déraisonnable?
 Les textes qui tournent autour de la fin de vie sont à revoir. On continue à mal mourir en France.

____En raison de l’actualité, M6 a choisi d’avancer ce mercredi 22 mai la diffusion du documentaire “Droit de mourir, un tabou français”, un film dense consacré au droit de choisir le moment de sa mort.
___  Un avis à chaud  de Jean-Luc Romero président de l'ADMD:

 
 
[La cour d'appel de Paris a ordonné la reprise de l'alimentation et l'hydratation de Vincent Lambert à compter du mardi 21 mai...]
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Humeurs et coup de gueule

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 Réactions à chaud

      On trouve parfois, ça et là dans les réseaux sociaux, au milieu de multiples interventions insignifiantes, excessives ou délirantes, quelques remarques de bon sens, non dénuées d'humour. Si certaines réactions d'opposants à certaines mesures, à certaines coercitions, peuvent se comprendre, si les connaissances sont encore bien incertaines, les réactions systématiques et par principe à la contrainte vaccinale, faute de mieux, laissent songeur...Comme certains experts de comptoir, parfois insultants, à qui FB donne le micro sans sourciller...

 

         C'est la recherche du moindre mal qui est en question, avec des erreurs, des tâtonnements et des ajustements inévitables, qui souvent méritent d'être discutées, en fonction de l'évolution du virus et des parades imparfaites que nous fournissons à un moment donné.           ___________ Il est des choix incontournables "...La démocratie sans protection sanitaire n’est qu’une absurdité cynique. La protection sanitaire sans démocratie mène à l’État autoritaire. C’est en unifiant les deux que nous parviendrons à une stratégie ZéroCovid solidaire !..."

 

 

___________ ( Extraits d'intervenants sur FB) "....Ceux qui crient à la dictature et ont envie de se prendre pour des juifs du ghetto de Varsovie parce que la collectivité leur impose de passer 20mn dans un gymnase et d'endurer une piqure au bras de leur choix pour continuer d'aller à disneyland ou au flunch feraient bien de trouver des comparaisons moins insultantes envers la mémoire de tous ceux qui ont réellement subi des traitements insoutenables....Même chose pour les grands "combattants de la liberté et experts scientifiques de comptoir", ne te prends pas pour Jean Moulin parce que tu vas cracher sur un CRS devant une préfecture le samedi camarade...il faut quand même fixer une limite à la beaufitude" (Sam Decarne)

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Curiosité et civisme journalistiques

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 

Informer
                Le travail du journaliste, le vrai, est d'abord d'enquêter.
    Sur une sujet donné, fût-il sensible, aller chercher les sources les plus fiables, les analyser, les recouper, en faire la synthèse avec toute la méthode, la prudence nécessaire, mais aussi avec l'audace qui s'impose, surtout sur des sujets jugés sensibles, voire même interdits.

    Aller au-delà de la censure sur des sujets jugés brûlants parfois, quelle que soit la puissance qui s' oppose à la diffusion de la vérité, dans un domaine ou dans un autre.
   Mettre à jour les ombres entretenues dans des domaines fondamentaux de la vie citoyenne, déceler les pratiques frauduleuses ou dangereuses de telle multinationale, par exemple. Dénoncer les activités illicites de tel responsable politique aussi. Les domaines d'investigations ne manquent pas. Seuls font défaut trop souvent, le manque de professionnalisme ou de courage, d'obstination parfois, le défaut de soutien d'une la presse qui ne remplit pas sa mission..
    Albert Londres reste un modèle à jamais. Lui qui ne voulait pas plaire aux pouvoirs ou flatter les puissants.
     Or l'nvestigation peut toujours être  menacée, comme on s'en rend compte aujourd'hui. On ne parlera pas de Malte ou la Russie, où certains ont payé de leur vie leur "curiosité", leur travail citoyen mais de notre pays où, régulièrement des pressions ou des intimidations s'exercent pour détourner certaines investigations de leur objet. 
    Même quand on est journaliste au Monde, journal très modéré et souvent jugé trop conventionnel, comme Ariane Chemin, enquêtant sur l'affaire Benalla, on peut avoir des soucis avec certains obstacles tendus, parfois subtils et insidieux.
  On conçoit que dans certains domaines, un minimum de secrets soient préservés,
    Dans le domaine politique et militaire par exemple. Mais dans certaines limites seulement. Fallait-il passer sous silence le commerce d'armes avec l'Arabie Saoudite, utilisées au Yemen?
   Le secret défense a parfois bon dos et a pu être utilisé à des fins douteuses. Les affaires sont innombrables.
   De même, dans les secrets dits d'affaires, il y a bien des choses et des pratiques qu'on ne veut pas mettre à jour, dans l'industrie comme dans la finance.
     Informer n'est pas un délit et prendre ses distances avec les pouvoirs est nécessaire. C'est un devoir pour tout organe d'information qui se respecte.
    Si la vérité journaliste est toujours à travailler, la censure demande aussi à être détectée et dénoncée. Sous toutes ses formes.
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-Assange risque 170 ans de prison aux USA...
-Journalistes en danger.
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Billet du dimanche

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 __ Rumsfeld le tueur

 

__ Guéguerre vaticane

 

__On comprend...

__ Déjà en 1926...

__ Secret de polichinelle

__ Un jésuite président?          

__ Le soldat "oublié"

__ Notre ami de Rabat

__ Technologie d'avenir?

__ Virus forever?

__ Europe1: new Fox News?

__ Je m'envoie en l'air, donc je suis...       _______________

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Le cas Assange

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 

Lanceur d'alerte en péril
                                     Une presse (aussi) menacée.
                                                                        Julien Assange n'est pas un journaliste, mais ses recherches ont souvent été très proches du journalisme d'investigation et il a souvent collaboré en complémentarité avec certains organes de presse. Leurs chemins se sont souvent croisés.


     Il fait plutôt partie de la cohorte des lanceurs d'alertes de toutes sortes.
  Malgré toutes les réserves qu'on peut émettre à son égard et les critiques qui ont pu être apportées (à tort ou à raison, de bonne ou mauvaise foi -on a fait beaucoup pour le discréditer dans certains milieux-), on peut considérer que son courage et son obstination ne peuvent être minimisés. Sa mise à jour des exactions de troupes américaines en Irak, pas exemple, reste dans les mémoires....
    Le voilà maintenant en danger,  sans doute extradé sous la pression politique des services de Trump, qui s'était juré d'avoir sa peau.
  Les conséquences, pas seulement pour lui, peuvent être lourdes.
     Après l'annonce de ces nouvelles " les associations de défense des libertés ont immédiatement tiré la sonnette d’alarme. « Pour la première fois dans l’histoire de notre pays, le gouvernement entame une procédure criminelle contre un éditeur pour la publication d’informations véridiques. C’est une attaque directe contre le premier amendement et une escalade inouïe des attaques de l’administration Trump contre le journalisme », s’est inquiétée l’Union américaine pour les libertés civiles (en anglais American Civil Liberties Union, ACLU), une puissante association de défense des droits des citoyens.
        __  "Depuis son arrestation dans l’enceinte de l’ambassade d’Equateur à Londres, le 11 avril dernier, Julian Assange attendait de savoir à quelle sauce il allait être cuisiné, en attendant une extradition inéluctable vers les Etats-Unis, ou la Suède, qui veut l’entendre dans une affaire de viol. Après l’avoir inculpé pour un délit mineur de conspiration informatique, les autorités américaines ont déployé la grosse artillerie hier soir : le fondateur de WikiLeaks a été inculpé de dix-sept (!) chefs d’accusation au titre de l’Espionage Act.(*) Il risque cent soixante-quinze ans de prison. Quoi qu’on pense de l’urticant Australien, cette stratégie de l’administration Trump envoie un signal très inquiétant pour la liberté de la presse. C’est la première fois que ce texte centenaire est utilisé non pas contre la source directe d’une fuite, mais contre un tiers ayant publié des informations classifiées (l’acte d’accusation vise l’année 2010, celle des maxi-publications de WikiLeaks, en collaboration avec de grands médias internationaux)« Le département de la Justice vient de déclarer la guerre au journalisme », a immédiatement réagi le lanceur d’alerte Edward Snowden sur Twitter. Difficile de lui donner tort...."
      (*) En mai 2019, le comité de rédaction de Pittsburgh Post-Gazette a publié un article d’opinion plaidant en faveur d’un amendement permettant une défense d’intérêt public, car "la loi est devenue depuis un outil de répression, utilisée pour punir les dénonciateurs actes répréhensibles et criminalité commis par le gouvernement ". 
      Les réactions sont parfois vives aux USA.   (Notamment) " de la part de la Freedom of the Press Foundation, ONG de défense de la liberté de la presse, qui évoque  « un développement réellement choquant », qui dépasse le simple cadre de WikiLeaks. « Peu importe votre avis personnel sur Assange, ces nouvelles inculpations contre lui sont sans précédent, effrayantes, et un coup porté au cœur du droit fondamental à la liberté de la presse ». Son directeur exécutif, Trevor Timm, évoque même « la menace la plus significative et la plus terrifiante contre le premier amendement au XXIe siècle »....
      [WikiLeaks a mis en ligne 391 832 documents secrets sur la guerre en Irak, portant sur une période du 1erjanvier 2004 au 31 décembre 2009, et révélant, notamment, que la guerre avait fait environ 110 000 morts pour cette période, dont 66 000 civils, et indiquant que les troupes américaines auraient livré plusieurs milliers d'Irakiens à des centres de détention pratiquant la torture]
   Comment va réagir l'indomptable australien, dans les accusations qui lui sont portées?
           Le Daily Beast, un site d’information, a tout résumé en une phrase « Pour la première fois dans l’histoire moderne des États-Unis, le gouvernement a inculpé un éditeur pour avoir révélé des informations classifiées. »

  Jamais, depuis 1917, la loi sur l’espionnage (« Espionage Act »), promulguée aux États-Unis pendant la Première Guerre mondiale pour traquer les communistes, les socialistes et les pacifistes américains, alors considérés comme des traîtres à la nation, n’avait été utilisée pour criminaliser la révélation publique d’informations gouvernementales.
  Leurs sources, des lanceurs d’alerte courageux, en avaient souvent fait les frais, de façon d’ailleurs exponentielle sous les administrations Obama et Trump. Mais si les sources avaient été inquiétées, jamais la publication de ces informations n’avait été comparée à un acte d’espionnage.
   L’« Espionage Act » a toujours été considéré par les défenseurs de la liberté de la presse     américains comme une épée de Damoclès pouvant être un jour dirigée contre les médias. Mais jusqu’ici, aucune administration ne s’était aventurée à l’activer pour punir la révélation d’informations, afin d’éviter toute atteinte au sacro-saint premier amendement de la Constitution américaine, qui garantit la liberté de la presse et la liberté d’expression.
    Le sort désormais réservé à Julian Assange, le fondateur contesté de WikiLeaks, installe un précédent historique. S’il y avait un doute, cette fois c’est très clair : l’administration Trump lui a déclaré la guerre. Et à travers lui, c’est bien toute la presse, américaine mais pas seulement – rappelons qu’Assange n’est pas américain, mais australien –, qui est potentiellement menacée de poursuites, si elle s’enhardit à publier des informations sensibles et secrètes touchant à la sécurité nationale.Jeudi 23 mai, le département de la justice américain a révélé que 17 nouvelles charges judiciaires pèsent sur le fondateur de WikiLeaks, arrêté le mois dernier à     Londres après six ans de confinement dans l’ambassade de l’Équateur.
     Aux termes de son acte d’inculpation révélé dans la foulée de son arrestation après plus d’un an d’instruction secrète, Assange était jusqu’ici visé par un seul chef d’inculpation, passible de cinq ans de prison, pour avoir encouragé l’ancienne militaire américaine Chelsea Manning, alors en poste en Irak, à « craquer le mot de passe d’un ordinateur du gouvernement américain classé secret défense ».    L’opération avait donné lieu à une révélation massive sur la plateforme WikiLeaks, en 2010, de câbles diplomatiques et de documents dévastateurs prouvant les exactions de l’armée américaine en Irak en en Afghanistan.
    Les charges rendues publiques par le département de la justice américaine ce jeudi sont très lourdes (lire ici l’acte d’inculpation)Au titre de la loi sur l’espionnage, Assange, que le Département de la justice refuse de considérer comme un journaliste, est accusé d’avoir sollicité, reçu, obtenu et publié des éléments relevant de la « défense nationale ». Il lui est reproché :d’avoir « encouragé de façon répétée des sources ayant accès à des informations classifiées à les voler et à les fournir à Wikileaks dans un but de révélation » d’avoir « encouragé Chelsea Manning à poursuivre son opération de vol de documents classifiés » ;d’avoir « eu pour objectif de subvertir les restrictions légales concernant les informations classifiées, et de les disséminer publiquement » d’avoir « révélé les noms de sources humaines » [du renseignement américain] ;d’avoir « créé un risque grave et imminent pour leur vie », en sachant que « la dissémination de [leurs] noms mettait ces individus en danger ».Julian Assange risque dix ans de prison pour chacune de ces charges : au total, 170 ans de détention…
   « C'est de la folie, a commenté WikiLeaks, la plateforme d’Assange. C’est la fin du journalisme touchant à la sécurité nationale, et la fin du premier amendement. »     « Pour la première fois dans l’histoire de notre pays, le gouvernement a activé des charges criminelles au nom de l’“Espionage Act” contre un éditeur, à cause de la publication d’une information véridique »estime l’ACLU, la plus grande association américaine de défense des droits de l’homme  .« C’est une agression directe contre le premier amendement. Ces inculpations sont une escalade extraordinaire dans les attaques de l’administration Trump contre le    journalisme », poursuit l’association, en écho aux attaques quotidiennes du président américain contre les médias, qu’il qualifie d’« ennemis du peuple ».
   « Elles établissent un précédent dangereux qui peut être utilisé pour cibler tous les médias qui demandent des comptes aux gouvernements et publient leurs secrets. Les charges portées contre Assange sont également dangereuses pour les journalistes qui révèlent les secrets d’autres nations. Si les États-Unis peuvent poursuivre un éditeur étranger pour violation de nos lois sur le secret, rien n’empêche la Chine ou la Russie de faire la même chose. »   « Ces charges sans précédent contre Julian Assange et Wikileaks sont la menace la plus significative, et la plus terrifiante, contre le premier amendement depuis le début du XXIe siècle »s’alarme la Freedom of Press Foundation....
 « Cette administration décrit la presse comme le parti d’opposition, un ennemi du peuple. Aujourd’hui, ils utilisent la loi comme un sabre et entendent lâcher tout le pouvoir de l’État contre l’institution précisément destinée à nous protéger de tels excès », a réagi dans un communiqué Chelsea Manning, jugée et condamnée par un tribunal militaire, graciée et libérée par Obama, désormais emprisonnée car elle refuse de témoigner à nouveau devant un grand jury.
   Présentateur star de la chaîne libérale MSNBC, Chris Hayes s’inquiète, lui, d’une « attaque frontale et extrêmement dangereuse contre la presse libre ».
   Il y a un mois, lorsqu’un seul chef d’inculpation, mineur au regard des charges d’espionnage, pesait sur Assange, des défenseurs américains de la liberté d’informer s’étaient déjà inquiétés. « Quoi que l’on pense d’Assange, que l’on veuille l’appeler journaliste ou pas, l’acte d’inculpation soulève des inquiétudes plus larges pour la presse en général, car la rédaction est très générale et inclut des pratiques journalistiques quotidiennes »nous disait Caroline DeCell, juriste au Knight First Amendment Center de l’université new-yorkaise Columbia.
   Source du New York Times et du Washington Post dans l’affaire emblématique des Pentagon Papers sous l’administration Nixon, Daniel Ellsberg prévoyait comme un fait certain« une longue série » de charges. « C’est la liberté de la presse qui est en jeu, disait-il. Je pense que tout le monde devrait se rallier autour de son cas. Quoi qu’on pense de sa personne. »
    Ellsberg sait de quoi il parle. En 1973, le lanceur d’alerte, un ancien employé du think tank Rand Corporation, fut poursuivi par l’administration Nixon au nom de l’« Espionage Act », pour avoir révélé à la presse américaine les fameux Pentagon Papers, des documents confidentiels révélant le fiasco de l’intervention militaire américaine au Vietnam. Il risquait alors 115 ans de prison. Les charges à son encontre furent par la suite levées, notamment parce que l’administration Nixon avait jugé pertinent d’ordonner le cambriolage du cabinet de son psychiatreDepuis un siècle, rappelle le journaliste Jeremy Scahill, cofondateur du site d’investigation The Intercept, l’« Espionage Act » a été utilisé comme une « arme pour attaquer la liberté d’expression et les dissidents » : contre l’anarchiste Emma Goldman et le leader socialiste pacifiste Eugene Debs pendant la Première Guerre mondiale, ou encore pour punir les époux Rosenberg, condamnés (et exécutés en 1963) pour espionnage au profit de l’URSS.   Plus récemment, il a été utilisé pour traquer les lanceurs d’alerte et les sources des journalistes, rappelle Scahill.
   « Le département de la justice sous Obama a inculpé huit sources au nom de l’“Espionage Act”, explique Scahill dans la dernière livraison de son podcast, “Intercepted”Plus que tous les présidents avant lui. Parmi ces cas, Chelsea Manning, l’ancien officier de la CIA Jeffrey Sterling [accusé d’avoir divulgué au journaliste James Risen, alors au New York Times, des opérations secrètes contre le programme nucléaire iranien – ndlr], les lanceurs d’alerte de la NSA Thomas Drake et Edward Snowden. Dans certains de ces cas, ces personnes ont été condamnées à de longues peines de prisons. Dans d’autres, le gouvernement a ruiné leur vie. »
   « Trump a pris le pouvoir et a commencé à utiliser les méthodes de son prédécesseur. Il l’a surpassé en seulement deux ans. » La première cible de l’administration fut Reality Winner, une linguiste militaire travaillant pour la NSA, accusée d’avoir transmis à The Intercept des informations sur l’ingérence russe pendant la présidentielle de 2016.
  Il y eut aussi Terry Allbury, un salarié du FBI, à l’origine de révélations sur l’étendue des méthodes de surveillance du FBI.
  Et encore, au début de ce mois, l’arrestation du lanceur d’alerte Daniel Everett Hale, un salarié du département de la justice ayant transmis des documents sur les campagnes d’assassinats ciblés par drones sous la présidence Obama.  En ciblant un responsable de publication, selon des termes qui pourraient très bien, en tout cas en partie, s’appliquer à d’autres journalistes, l’inculpation d’Assange pour espionnage marque une gradation supplémentaire.
   Le New York Times s’inquiète déjà d’une « escalade dramatique de cette administration pour punir les fuites d’informations classifiées », escalade qui constitue une « attaque directe contre les protections du premier amendement pour les journalistes ».
    Il y a un mois, dans un éditorial rugueux, le Washington Post, qui a comme de multiples médias utilisé les informations publiées par WikiLeaks, avait tenu à se démarquer d’Assange, accusé d’avoir « obtenu des documents de façon non éthique »« publié des informations dans le domaine public sans vérifier leur caractère factuel ou donné aux individus une occasion de commenter », et d’avoir « trempé dans un complot d’un régime autoritaire étranger visant à nuire à un candidat à la présidence américaine, au bénéfice de son concurrent », allusion à son rôle trouble dans la présidentielle de 2016.
   Mais dès jeudi soir, le quotidien de la capitale américaine s’est inquiété des « conséquences potentielles » de ces nouvelles inculpations, « pas juste pour [Assange], mais aussi pour tous ceux qui publient des informations classifiées ».    « Elles pourraient modifier la balance, sensible aux États-Unis, entre la liberté de la presse et les secrets du gouvernement. » Les États-Unis doivent notifier d’ici au 11 juin aux autorités britanniques leurs motifs d’extradition. Assange a été condamné à 50 semaines de prison le 1er mai pour ne pas avoir respecté les conditions de sa liberté provisoire. La Suède a par ailleurs rouvert une enquête pour viol le concernant, suspendue depuis 2017. Autant de délais qui pourraient retarder sa confrontation avec la justice américaine...."
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Allemagne: quelle transition énergétique?

Publié le par Jean-Etienne ZEN

L'Allemagne est perplexe. 

                                     Voire plus. Elle est inquiète. L'avenir énergétique ne s'annonce pas bien. En tous cas pas comme elle l'espérait naguère. Sauf révolution à venir. Le tournant radical pris à la suite de la catastrophe de Fukushima était prometteur selon les Grünen, qui pensaient pouvoir assez rapidement passer à autre chose, avec la solution du charbon comme source d'énergie d'appoint purement transitoire.                                                                     _____Mais voilà, l'exploitation des mines à ciel ouvert dure sans que le soleil et l'éolien tienne la place escomptée. Et les besoins en énergie croissent, surtout avec la perspective du développement de la voiture électrique sur laquelle le pays d'Angela veut être un pionnier.     Berlin est encore à un tournant, face à un défi qui ne trouvera pas de solution à court terme par une importation accrue de gaz russe. Certains industriels parlent de fiasco, le prix de l'électricité étant bien plus élevé que chez nous. "...L’Allemagne se voulait pionnière. Elle a dépensé 160 milliards d’euros en cinq ans pour passer aux énergies renouvelables. En pure perte ? En tout cas, les émissions de CO2 n’ont pas diminué et l’éolien terrestre est en panne. Des voix s’élèvent pour contester la décision d’arrêter complètement le nucléaire en 2022.... 675 fonctionnaires de la République fédérale d’Allemagne travaillent chaque jour à sa réussite, dans les ministères et les services subordonnés, dans divers organismes et départements, dans des comités et sous-comités. Ils travaillent pour un monde dont la beauté n’est pas restée simplement une idée mais est ­devenue une réalité… le temps d’une journée ; chez nous, en Allemagne. C’était le 22 avril 2019, le lundi de Pâques. Ce jour-là, le soleil a brillé du matin au soir, le vent a poussé les ­éoliennes à plein régime et, au crépuscule, sans que le moindre petit nuage de gaz à effet de serre se soit élevé dans le ciel, 56 GW (gigawatts) d’énergies renou­velables avaient été produits, ce qui couvrait presque toute la consommation de la quatrième nation industrielle du monde. Ce fut magique, une combinaison parfaite de la nature et de la technique moderne. Malheureusement, cela n’a duré que ce jour-là.   De nombreux autres jours, la réa­lité est sale et grise..." constatent les plus pessimistes.

 

 

       Le charbon tient encore une place trop importante dans le mix énergétique.   Le doute s'installe et les variations d'objectifs et parfois les contradictions ne manquent pas. Les industriels s'interrogent. Le pays ne serait plus un modèle aux yeux de certains et serait en voie de revoir une partie de ses choix...Les successeurs de Merkel décideront. La tâche reste immense.  Mais la transition énergétiques reste un immense défi pour tous les pays.   _______

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Europe: et demain? (suite)

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 

Un avenir problématique.
                          Pour cette institution inaboutie pour les uns ou en faillite pour les autres?
       Les critiques ne manquent pas. On aurait mis la charrue avant les boeufs. et on aurait trop rêvé d'un "machin"  (comme disait De Gaulle) qui ne remplit pas la mission annoncée.
  Dans le nouveau débat sur l'Europe, qui vient de mener aux résultats que l'on sait, les problèmes de fond ne furent que très rarement évoqués, au profit de débats sans profondeur ni consistance, purement franco-centrés, comme le remarque notamment Descartes, qui ne fait pas dans la dentelle, mais qui a raison sur plus d'un point.
   On a affaire à un projet originellement dicté par les circonstances et de plus en plus inspiré par le modèle économique libéral, comme le dit Cauchet;
 ...La construction européenne n'a pas été conçue sur la base d'un projet intellectuel médité, mais, comme il est inévitable dans l'histoire, sous la pression des circonstances. Dans le contexte de la guerre froide, son objectif primordial, au-delà de la fameuse paix avec laquelle on nous bassine et qui nous était de toute façon imposée, était de renforcer par une union économique la capacité de résistance à l'Union soviétique des pays de l'Europe libre. En même temps, ce projet dicté par les menaces de l'heure portait en lui l'héritage le plus précieux de notre histoire, à savoir la vocation de l'Europe à la liberté politique. Mais ce projet a été parasité d'emblée par un dessein fédéraliste qui présentait les institutions européennes comme un embryon d'Etat-nation.....
    Cette idée fédéraliste est en faillite, à supposer qu'elle soit possible un jour,comme le pense un de ses plus fidèles défenseurs à Bruxelles, Jean Quatremer, qui dénonce, avec virulence parfois, les ornières dans lesquelles elle est tombée. Sans se rendre compte que c'était les dérives attendue d'un projet qui n'en était pas un politiquement, hormis l'installation progressive d'un grand marché, plus ou moins harmonisé, de type néolibéral.
  Regis Debray nous livre sur ce point un constat plus que désabusé.
       Le projet européen a déçu sur l'essentiel, mais pouvait-il en être autrement, après les Traités qui ont scellé son sort de manière irréversible?
   De projet politique, point. Comme l'analyse à sa manière Coralie Delaume:
 


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Le suvivalisme...survit toujours

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 Le phénomène n'est pas nouveau

                   Par des temps de crise majeure, on voit régulièrement apparaître dans l'histoire des mouvements, qui croyant voir venir la fin des temps, se préparent au pire en se donnant les moyens de survivre, même de manière minoritaire.  La "fin du monde" n'a pas pris une ride, mais si elle change souvent de visage depuis qu'on en connaît certaines manifestations, remontant aux temps bibliques, et cette issue tragique annoncée, qui peut prendre divers formes, conditionne une manière de vivre dans le présent en retrait par rapport à la vie ordinaire. 

 


____Ce ne sont plus les ravages des pestes d'antan qui peuvent produire ces effets, mais souvent des signes de "décadence" jugées inéluctables...Aux USA, les peurs de la guerre froide déjà avaient donné le ton, mais on retrouve des phénomènes analogues aujourd'hui en France, pas seulement dans certaines sectes, jusqu'à devenir une mode et même un business. La pandémie actuelle relance le mouvement ça et là. Il est vrai que nous vivons une période de transition historique assez problématique, où les repères s'effacent et où la panique comme l'ignorances sont facilement exploitées et diffusées.

 

       ___La fin du monde (ou d'un monde) est à la mode.
                             Mais ce n'est pas la première fois.
    On dira qu'aujourd'hui cette thématique n'est plus liée à des croyances religieuses ou à des thèmes eschatologiques classiques.
   Sauf encore parfois ici et là. Les prédictions furent nombreuses et continuent dans certains milieux sectaires, qui en font leur miel.
    Certaines alertes semblent un plus sérieuses.

      On ne peut plus maintenant sous-estimer les risques majeurs nouveaux auxquels notre époque est confrontée, de plus en plus reconnus ou supposés notamment en ce qui concerne les évolutions climatiques majeures, à moyen terme ou à long terme.  L'irréversibilité semble difficile à envisager, du moins dans certaines parties de la planète. Mais on pouvait le savoir avant le dernier rapport de GIEC.
  Mais le pessimisme absolu, en alimentant la peur et en justifiant l'inaction, est contre-productif, même si la peur, raisonnée, peut être un stimulant pour la réaction.
   Le catastrophisme peut être éclairé. Hans Jonas, avec son principe responsabilité, ouvre des horizons qui nous libèrent de la tentation fataliste.
       Régulièrement, on nous annonce, avec le plus grand sérieux, l'imminence de la fin de notre monde.

   Cela fait la Xème fois depuis le siècle dernier.
    Les survivalistes y croient malgré tout, du moins les plus "orthodoxes", les plus radicaux, les plus convaincus.
    Malgré les démentis. Il ne s'est rien passé en 2012...année supposée fatidique.
  Mais les démentis n'arrêtent pas les croyants, même certains "scientifiques" prétendus.
   Le survivalisme, d'origine surtout américaine, qui a connu un regain pendant la guerre froide, s'est développé dans les pays protestants où l'eschatologie est très présente et où le public apprécie les romans et les films ayant pour thème une grande catastrophe de fin du monde. Bien que les Églises évangéliques intègrent dans leur prédication le temps de la « grande tribulation » et la nécessité de s'y préparer, ceci n'a rien à voir avec la notion de survivalisme. Aucune notion de préparation physique n'est promulguée. L'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours donne consigne aux familles de stocker de la nourriture. La prédiction d'un changement radical en décembre 2012, issue d'une interprétation du calendrier maya, a ravivé également les préparatifs des survivalistes religieux. Plus généralement, cette peur d'une grande catastrophe est celle de la peur de la mort."
     Certains mouvements, même non religieux, issus de cette tendance, ont leur "Bible", avec ses dogmes, ses commandements, ses prophéties, ses conseils pratiques, qui donnent lieu à un marché plein d'imagination, parfois jusqu'au délire. (*)
           Etrange fascination que celle de la fin du monde,...régulièrement annoncée depuis que le monde existe. Il faudra attendre encore un peu...Le catastrophisme a de l'avenir...
 Il ne manque jamais d'arguments.

               Mais il y a des degrés dans ce qu'on appelle le survivalisme, des sens différents aussi.
 S'intéresser aux conditions de survie dans des conditions extrêmes, parfois catastrophiques, naturelles ou non, et s'y préparer le cas échéant, peut avoir un sens.

   Même le gouvernement a un site pour se préparer en toutes circonstances. 
Se préparer, faire face à certaines situations hautement prévisibles, est un signe de bon sens vital. même si le pire n'est jamais sûr.
    En France, des mouvements se développent pour préparer les esprits à s'adapter à des situations extrêmes et à faire preuve de résilience dans des conditions de pénuries aux causes diverses.
  Nos sociétés sont plus fragiles qu'on ne le croit et les périls majeurs peuvent être de tous ordres: crise économique majeure et soudaine, catastrophes technologiques, naturelles, etc...
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    (*) Même des millionnaires de la Silicon Valley se préparent à la fin du monde. C'est très tendance.

       " L’idée survivaliste est à l’œuvre depuis longtemps dans l’imaginaire américain. Il l’est encore plus dans la Silicon Valley, où le libertarisme à l’œuvre est aussi une célébration de l’auto-suffisance (on est content d’aider les autres quand on peut, mais on compte d’abord sur soi). Et puis il y a les films (“Deep Impact”, “Le Jour d’après”…), les séries (“The Walking Dead”…).
      Tout ça activé par le fait que ces gens de la Silicon Valley passent leur temps à imaginer l’avenir - c’est ça le mantra et la réussite de la Silicon Valley, imaginer le monde de demain - et donc dans cette projection, il y a les utopies, mais aussi les dystopies. D’ailleurs, chacun semble osciller entre les unes et les autres. Alors pourquoi faire le choix de se préparer à l’avenir le plus noir ?
    Et si tout ne tenait pas à l’argent ? D’abord parce que ces gens ont tellement d’argent que, même si la catastrophe est une hypothèse statistiquement faible, ça ne leur coûte rien de s’y préparer (avoir des maisons partout et un hélicoptère toujours prêt par exemple). En un sens, ils font donc un calcul rationnel. Mais il y a quelque chose de plus profond. Ces gens ont tellement d’argent que, eu égard au fonctionnement de la société américaine, ils ont tout, ils sont parés à tout. Il faut donc s’inventer une angoisse supérieure, un but ultime....
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       Mais il y a la tentation du pessimisme absolu
                                                     L' anthropologue-économiste P. Jorion est un homme passionnant, complexe et paradoxal.
   Très lucide sur la situation économique actuelle et les dérives financières récentes qui sont loin d'être réglées.
  Il fut un des premiers, avec Roubini et quelques rares autres, à annoncer la crise de 1998 et sa cascade d'ébranlements politico-économiques, qui nous ont amenés là où nous en sommes en nous faisant frôler le pire.
Sans doute parce qu'il n'est pas qu'un économiste pur et issu du sérail formaté et qu'il a aussi l'oeil surplombant et englobant de l'anthropologue.
    Selon lui, l'humanité continue à oeuvrer à sa propre extinction, à la vitesse grand V.  Nous sommes comme des somnambules qui repartons vers de nouveaux désastres, d'une autre gravité.
 Les sociétés et les pouvoirs sont gangrenés par l'argent   depuis que la finance a pris le pouvoir et impose ses paradigmes à toutes les sphères, ligotant les politiques publiques, corrompant aussi les esprits.
  C'est peu dire que l'évolution des faits le conduit au pessimisme, Selon lui, les élites sont frappées de myopie et d'impuissance et ce monde passe en "mode cataclysmique”.
     Et pas seulement pour des raisons économico-financières:
  « Les scientifiques et climatologues, même les plus optimistes, estiment que même si nous maintenons une hausse de 2° d’ici la fin du siècle, ce sera une vraie catastrophe. Or nous semblons plutôt nous orienter vers une hausse de 3° ou 4°. Même en considérant qu’on tienne nos engagements, ce que l’on n’a jamais réussi à faire, les catastrophes semblent inévitables, et les prochaines générations connaitront des ouragans dans l’Atlantique , El Nino pourrait s’arrêter, le niveau des mers augmentera, etc. »
   Selon lui, nous allons collectivement au pire, sauf si...
             Il est urgent de changer nos modes de vie et de consommation. Mais qui nous y incitera vraiment? Les résistances sont faibles et souvent inaudibles, les esprits sont gagnés par le conformisme, l'aquoibonisme, la résignation. Sur le Titanic, on dansait peu de temps avant la catastrophe.
      Notre système s'est enfermé dans une vision à court terme où l’économie s’est faite phagocyter par la spéculation et la recherche sans bornes de profits. « Une finance bien gérée, c’est le système sanguin de l’économie, c’est vital. Une seule de toutes les fonctions de la finance est véritablement létale, c’est la spéculation. Or le pêché originel est d’avoir fait entrer la spéculation dans l’économie en 1885. Pour filer la métaphore, la spéculation est une ponction sanguine. Fatalement, si vous ponctionnez trop, vous risquez de faire face à quelques problèmes ».
   La porte de sortie est étroite, si elle existe.
     Rien de tel qu'une bonne cure de pesssimisme (ou de lucidité) pour se hisser vers les sorties de secours.
   Un nécessaire sursaut philosopho-éthique peut-il être suffisant?
____L'auteur n'est ni oiseau de malheur, ni décliniste, ni astrologue, ni omniscient, ni à l'abri de certaines erreurs d'appréciation qui fausseraient certaines de ses projections.
    Il est aventureux d'extrapoler, même sans vouloir jouer les Cassandre. Il n'en reste pas moins qu'il crée un électrochoc salutaire car certains scénarii décrits pourraient bien se réaliser.
    La question se pose crûment: où va-t-on?
Même si nous savons que notre civilisation est mortelle, aucune preuve ne peut être fournie sur la fin proche d'une humanité incapable de contrôler ses productions et ses orientations à l'échelle planétaire de commencer à se placer dans une perspective de long terme.
       Juste une forte présomption...
 Quand le bateau coule, il n’est plus temps de discuter savamment sur la théorie de la navigation : il faut apprendre à construire un radeau, même très rudimentaire »
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L'Europe, l'Europe!... (suite)

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 

Comme disait De Gaulle ...
                                 que le possible abandon de souveraineté hérissait.
      Faire l'Europe: un rêve pour longtemps?
  Oui, mais quelle Europe? Un espace marchand (ultra)libéral encore élargi, sans doute, pour faire face aux puissances américaine et chinoise? C'est en cours, malgré le manque de solidarité et le règne de la concurrence entre les partenaires.


   Une confédération politique avec des institutions uniques sur les plans diplomatiques, militaires...         On n'en prend pas le chemin.
  Le patronage de Saint-Colomban et de Charlemagne,la référence mariale et l'éventuelle bénédiction papale n'y changeront rien. Les symboles et les accords commerciaux ne seront d'aucun secours pour constituer le début d'une d'union politique digne de nom, même minimale.
   Une fantôme, disait R. Debray. Une idée souvent évoquée, mais sans concrétisation. Du moins dans les conditions actuelles. Le nombre des pays membres l'interdisant d'ailleurs, comme la rigidité des Traités et le mercantilisme ambiant, l'Allemagne menant le bal.
   Les tractations post-électorales en cours donne une idée du degré de complexité d'un système qui échappe à la compréhension du citoyen moyen....
  Quelle nouvelle Europe se dessine, quand la notion de peuple européen pose toujours problème et quand le statut de l'euro divise toujours. Une Europe toujours vassalisée de fait, qui plie toujours devant les puissants intérêts américains.
  Certains encouragements à l'investissement interrogent et une grande tolérance est donnée aux lobbies  . La politique agricole oscille entre les excès.
   Peut-on encore sauver le projet européen, se demandent même certains responsables ou observateurs avertis gardant encore la foi?
  D'autres évoquent les sept péchés capitaux qui auraient vicié le projet dès l'origine...
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                  " D’aucuns voient dans la critique de la gouvernance européenne une aberration par le fait que l’Europe demeure un havre de paix sans équivalent dans le monde (si l’on met à part Japon, Corée, Taiwan, Singapour, Canada, Australie…).

  Mais si l’Europe de l’Ouest jouit d’une aisance enviable, elle ne le doit aucunement à Jean Monnet, Jacques Delors, José Manuel Barroso et Jean-Claude Juncker. Elle le doit à l’effort renouvelé des quarante générations de femmes et d’hommes du précédent millénaire qui ont bâti des communautés nationales fondées sur le droit, la confiance et la solidarité, au contraire de la plupart des autres régions du monde, rongées par l’arbitraire, la défiance et l’instabilité.
    Les inquiétudes actuelles tiennent à la crainte de dilapider ces acquis millénaires dans une Europe à son tour rongée par l’arbitraire, la défiance et l’instabilité. On peut nier ces inquiétudes et traquer les partis politiques qui ont le front de s’en servir, de la même façon qu’on casserait un thermomètre pour ne pas voir une montée en température. C’est une approche « optimiste » mais stérile et vaine.
    On peut aussi poser un diagnostic sans tabous sur la construction européenne et ses dérives, en vue d’en tirer un protocole de soins salvateur. C’est une approche « pessimiste » mais constructive. Engageons-nous donc dans cette voie et demandons-nous quels sont les malentendus à l’origine de la crise européenne. Nous en avons distingué sept, comme les péchés capitaux du catéchisme d’antan : (1)l'Europe a été créée pour faire la guerre (froide), (2) elle s'est soumise à Washington, (3) elle prétend effacer les nations, (4) elle n'a généré aucune solidarité entre les citoyens des différents États, (5) elle s'est construite sur une idéologie (néo)libérale, (6) elle tourne le dos à sa diversité culturelle, (7) elle privilégie l'accessoire à l'essentiel.
    Caressée par maints rêveurs, de Victor Hugo à Aristide Briand, l’idée européenne a été réactivée par Winston Churchill, à Zurich le 19 septembre 1946, et reprise au vol en mars 1947 par le Congrès américain qui se déclara « favorable à la création des États-Unis d’Europe dans le cadre des Nations Unies ».
   On était alors en pleine guerre froide. L’URSS de Staline se dotait de la bombe thermonucléaire. La Chine, l’Indochine et la Corée étaient sur le point de tomber sous sa tutelle. Berlin allait faire l’objet d’un blocus et chacun craignait une troisième guerre mondiale entre les deux Super-Grands, États-Unis et URSS.
    En rapprochant les pays ouest-européens, Washington souhaitait donc allumer un contre-feu face à la menace soviétique. Mais dans une Europe occidentale où les communistes pesaient jusqu’à 25% du corps électoral (France, Italie), on préféra se convaincre que la construction européenne avait avant tout vocation à réconcilier ses peuples. Cette fable innocente prévaut encore aujourd’hui.
      Dans les faits, quand la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA) fut créée le 9 mai 1950, cinq ans après la fin du nazisme, il était bien évident que l’Allemagne meurtrie, honteuse, occupée et divisée était pour plusieurs générations hors d’état de reprendre les armes. Ses voisins avaient tout autant perdu l’envie de replonger dans la guerre. De même que Waterloo (1815) avait inauguré un siècle de paix à peine altéré par quelques guerres brèves et limitées, on pouvait raisonnablement espérer un nouveau siècle de paix avec ou sans union politique de l’Europe.
    C’est à nouveau le contexte international, le soulèvement de Budapest et la crise de Suez (1956), qui ont permis le traité de Rome l’année suivante. En réactivant la menace soviétique et surtout en démontrant la faiblesse de la Grande-Bretagne et de la France face aux deux Super-Grands, ces crises ont levé les objections de la France au projet de Marché Commun.
    La chute du communisme européen en 1989-1991 a remis en question les prémices de l’Europe. La menace soviétique a disparu et la Russie en format réduit qui a succédé à l’URSS s’est montrée soucieuse de seulement protéger les russophones.
    C’est dans ce contexte apaisé que l’OTAN et les pays de l’Union européenne ont pris le parti de faire la guerre pour la première fois de leur histoire, en intervenant en Yougoslavie puis en déstabilisant le Caucase et l’Ukraine.
    On peut y voir la démonstration que c’est la guerre froide qui assurait la paix en Europe… et poussait les Européens à s’unir. Sitôt qu’elle a pris fin, par KO de l’URSS, l’Europe est redevenue une terre de conflits et de tensions.
     La construction européenne a été rendue possible par le soutien des États-Unis et jusqu’à la chute de l’Union soviétique, ce soutien n’a pas fait défaut. Il s’est aussi accommodé de quelques dissidences : le général de Gaulle ne s’est pas privé de dénoncer l’intervention américaine en Indochine et, dans un souci d’indépendance, il a même suspendu la participation de la France au commandement de l’OTAN.
    Il est vrai que l’Amérique flamboyante de l’après-guerre suscitait attirance et fascination jusque chez ses adversaires du camp communiste. Le contexte a changé dans les années 1990 quand s’est effondrée la menace soviétique et que les États-Unis sont apparus comme une économie déclinante face à la percée de la Chine. Misant dès lors sur sa puissance militaire, le gouvernement américain est devenu un facteur d’instabilité : extension de l’OTAN jusqu’aux frontières de la Russie, blocus de l’Irak, déstabilisation de l’Iran etc.
    En 2003, le gouvernement français s’est une dernière fois permis d’apporter la contradiction au gouvernement américain quand celui-ci s’est mis en tête d’envahir l’Irak. Quinze ans plus tard, il n’est plus question de s’opposer à l’Oncle Sam. L’Europe suit les États-Unis quoi qu’ils fassent et quoi qu’il lui en coûte : diabolisation de la Russie, soutien à l’Arabie dans son agression du Yémen... Elle s’est même couchée quand le président Trump a unilatéralement déchiré l’accord de Paris sur le climat et le traité de Vienne avec l’Iran.
     Plus grave que tout, l’Europe s’est soumise au droit intérieur américain en acceptant que soient sanctionnées les entreprises qui viendraient à commercer avec l’Iran. C’est du jamais vu en matière de servitude volontaire de la part d’États naguère indépendants et respectés. « Si nous acceptons que d'autres grandes puissances, y compris alliées, y compris amies dans les heures les plus dures de notre histoire, se mettent en situation de décider pour nous notre diplomatie, notre sécurité, parfois en nous faisant courir les pires risques, alors nous ne sommes plus souverains, » a reconnu Emmanuel Macron à Aix-la-Chapelle, le 10 mai 2018. La conclusion est sans appel et c’est donc le président qui le dit : nous ne sommes plus souverains !...
     En 1914, au sommet de sa puissance, emportée par un orgueil démesuré, l’Europe a sombré dans une effroyable « guerre de Trente Ans ». D’aucuns en ont rendu responsables les États-Nations. C’est oublier que ceux-ci ont permis aux Européens de bâtir en mille ans une immense civilisation, avec la démocratie en prime. Ces États-Nations ont limité les conflits en permettant à chaque communauté de se développer suivant ses usages et ses mœurs, au contraire de l’empire chinois qui a connu de nombreuses guerres civiles à peu près aussi meurtrières que les guerres mondiales, de la rébellion An Lushan (VIIIe siècle) à la révolution culturelle.
     L’Union européenne croit pouvoir faire table rase de son passé, à la différence de la Suisse, par exemple, qui s’est construite dans le respect des différences entre ses cantons. Illustration : en campagne pour la liste présidentielle aux européennes, Nathalie Loiseau plaide pour une « Europe des territoires ». Les territoires ? Des lieux habités par des gens, où les échanges se font avec des billets illustrés par des ponts et des portes sans nom et sans mémoire… 
     Cette dépersonnalisation de l’Europe vise clairement à gommer l’Europe des nations et des citoyens. Sur les murs du bâtiment Berlaymont qui abrite à Bruxelles la Commission européenne, on voit des cartes d’où les États ont pratiquement disparu au profit des circonscriptions administratives. Les fonctionnaires de Bruxelles ignorent ostensiblement les nations mais débordent d’attentions pour les régions, comtés, départements, communes, corporations, associations etc.
     La Commission se fait ainsi un devoir de distribuer à quiconque lui en fait la demande des subventions joliment qualifiées de « fonds européens structurels et d’investissement » (FESI). C’est de l’argent versé à Bruxelles par les différents États et redistribué tous azimuts, pour le financement de ronds-points, de tunnels, de crèches, de musées, d’organisations caritatives etc. Par cette « générosité » faussement innocente et somme toute inutile, l’Union s’immisce dans les politiques nationales et brouille leurs priorités.
    La raison voudrait que les FESI soient simplement versés aux États les plus nécessiteux et que l’on s’en tienne là en laissant aux citoyens de chaque État le soin de décider de l’affectation de leurs ressources
   La construction européenne n’a créé en soixante-dix ans aucune solidarité effective par-dessus les États. En pratique, dans leur vie quotidienne, les Français ne sont pas plus solidaires des Allemands et des Roumains que des Mongols ou des Sénégalais. En matière sociale, fiscale ou civile, les Européens ne partagent strictement rien entre eux et sont même dans plusieurs domaines en concurrence les uns avec les autres.
     Il y a aujourd’hui plus de liens entre un habitant d’un bidonville de Mayotte et un bourgeois de Strasbourg qu’entre ce dernier et son voisin de Fribourg-en-Brisgau, si proches qu’ils soient par les mœurs et le mode de vie. Les Strasbourgeois acceptent sans maugréer de financer des aides sociales à destination des Mahorais. Mais on a vu par contre les Fribourgeois et les autres Allemands se soulever avec colère quand il a été envisagé en 2015 d’aider les Grecs victimes de la crise.
     L’union monétaire et la libre circulation des capitaux ne compensent pas l’absence de solidarités sociales et humaines. Au contraire, elles exacerbent les conflits entre les citoyens des différents États. C’est ainsi que les paysans français encaissent aujourd’hui de plein fouet la concurrence de l’agro-industrie allemande sans pouvoir se défendre et l’actuel président de la Commission européenne a pu gouverner pendant dix-huit ans le Luxembourg en « pompant » à son seul profit les ressources fiscales des groupes américains installés en Europe.
    Notons que les aides aux États les plus pauvres (Roumanie, Bulgarie…), justifiées et nécessaires, ne créent pas davantage de solidarité que l’aide de l’Europe à l’Afrique. Si elles sont mal gérées, elles peuvent induire une situation de dépendance et nourrir les réseaux mafieux et la corruption..
     L’Europe est née en 1950 sur un projet de coopération économique. Rien de plus normal. À mesure qu’elle a grandi, elle a eu soin  d’abattre les barrières douanières et les entraves aux échanges. Normal aussi. Elle s’est aussi associée aux négociations initiées par les États-Unis sous le nom de Kennedy Round(1964-1967) en vue de faciliter les échanges internationaux. Normal également. On est ici dans une démarche pragmatique qui réunit des États souverains également développés.
    Un changement s’est produit à la fin des années 1970, avec d’une part la fin de l’expansion d’après-guerre (les « Trente Glorieuses »), d’autre part l’émergence d’une idéologie néolibérale (Milton Friedmann, Friedrich Hayek…) qui n’a plus rien de pragmatique et soutient mordicus que « l’actionnaire sait mieux que quiconque ce qui est bon pour l’entreprise » (Jack Welch, General Electric), « l’État n’est pas la solution à notre problème, l’État est le problème » (Ronald Reagan, président américain) et « le libre-échange, c’est la paix »(Pascal Lamy, président de l’Organisation mondiale du commerce).
   À la différence des autres dirigeants de la planète (Américains, Chinois, Japonais…), les Européens se sont convertis sans réserve à la nouvelle religion. Ils ont multiplié les accords de libre-échange dissymétriques (Japon, Chine, États-Unis…) en ouvrant leurs marchés et leurs capitaux sans s’assurer de la réciproque. Il s’en est suivi une perte de marchés et surtout de savoir-faire dont le dernier exemple est le rachat du géant allemand de la robotique, Kuka, par une société chinoise inconsistante mais grassement financée par Monsieur Xi (Xi Jinping).
    Fidèles à leur foi, les dirigeants européens ont aussi prohibé toute forme de dirigisme étatique et de coopération intergouvernementale. De fait, depuis la mise en route de l’Acte unique (libre circulation des marchandises et des capitaux) et de la monnaie unique en 1988, l’Europe n’a plus aucune réalisation à son actif, comparable à Airbus (1970), l’Agence spatiale européenne (1975), Erasmus (1985) etc. L’Europe est en panne. Toute son énergie est vouée à la défense de la monnaie unique envers et contre tout, cependant que l’industrie qui a fait la richesse du continent s’étiole, s’évanouit ou s’évade.
    Le néolibéralisme est au libéralisme ce que le marxisme-léninisme fut au socialisme, une extrapolation monstrueuse et mortifère. On n’en sort pas impunément et c’est en vain que certains Européens réclament la « préférence communautaire » sur les importations et les contrats publics. Il faut dire qu’il est plus avantageux à titre individuel d’importer un produit de Chine au prix de 20 et de le revendre 90 plutôt que de le fabriquer en Europe au prix de 50 et de le revendre 100. ...  
      C’est que toutes les références culturelles communes aux Européens viennent aujourd’hui d’outre-Atlantique. Elles sont véhiculées par l’anglais international ou globish« À Bruxelles, c’est le globish qui règne en maître, une forme appauvrie à l’extrême de la langue de Shakespeare qui permet à tout le monde de communiquer sans problème », écrit Jean Quatremer, ex-européiste (Les Salauds de l’Europe). Faut-il s’en féliciter ? « La langue n’est pas neutre, rappelle Jean Quatremer. Elle véhicule des valeurs et des concepts et, surtout, seule la langue de naissance permet de communiquer au plus près de sa pensée : ce n’est pas un hasard si un Américain, un Chinois ou un Japonais ne négocie jamais dans une autre langue que la sienne »
   Faut-il malgré tout se résigner à la domination de l’anglais ? Serait-ce le prix à payer pour la réconciliation des peuples ? Ce serait un bien mauvais calcul...
    Dans quelques années, deux décennies au plus, nous disposerons avec internet d’outils de traduction instantanés d’une extrême fiabilité qui rendront inutile le recours à l’anglais international, y compris à l’oral. Il suffira à chacun de s’équiper d’une oreillette et de tendre son mobile vers son interlocuteur pour que chacun puisse parler et entendre dans sa langue maternelle. L’apprentissage des langues cessera d’être une obligation et redeviendra un pur plaisir. Les Japonais et quelques autres peuples demeurés fidèles à leur langue pourront alors pleinement jouir de leur avantage sur ceux qui auront fait le choix du plus petit dénominateur commun
      L’union fait la force, a-t-on coutume de dire. À condition que tous tendent vers le même objectif, faudrait-il ajouter. Autrement, l’union peut mener à la paralysie. C’est ce qui est arrivé à la Pologne au XVIIIe siècle à cause d’une mesure constitutionnelle d’une rare stupidité, le liberum veto, qui permettait à un quelconque député de la Diète de bloquer une loi. En conséquence, les voisins de la Pologne ne se faisaient pas faute de corrompre tel ou tel député pour affaiblir le pays.
    De la même façon, en Europe, les intérêts égoïstes de tel ou tel pays viennent régulièrement entraver les intérêts de l'Union. C’est en particulier le cas en matière de fiscalité indirecte, de politique commerciale et de politique étrangère, des domaines dans lesquels est requise l’unanimité des États membres.
    En matière de fiscalité indirecte, l’Union est devenue une jungle, chaque État faisant du moins-disant pour attirer chez lui les sièges des grandes sociétés sans qu’il soit possible d’y mettre bon ordre. La Chine a pu bloquer des décisions qui visaient à limiter son pouvoir de nuisance en faisant pression sur la Grèce ou le Portugal, des pays devenus dépendants de ses investissements. Les États-Unis ont pu bloquer la prétention du président Macron de taxer les Gafa (géants de l’internet) en menaçant simplement l’Allemagne de surtaxer ses voitures. Dans la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine, l'Europe, paralysée par ses divisions, figure aux abonnés absents. Le vainqueur ramassera les morceaux.  
     En matière de diplomatie, les divisions sont encore plus nettes. Pendant les guerres de Yougoslavie (1992-1995), l’Allemagne et la France se sont rangées dans des camps opposés, la première soutenant la Croatie, la seconde la Serbie. À l’ONU et sur le terrain, les Européens étalent régulièrement au grand jour leurs divisions sur les enjeux israélo-arabes, africains, russes etc. Ainsi la France est-elle seule à combattre le djihad dans le Sahel cependant que Polonais, Baltes et Suédois préparent fébrilement leur revanche sur la Russie.
    L'immigration et les questions intérieures affectent aussi les relations entre les États, pas seulement entre Européens de l’Est et de l’Ouest. En février 2019, Paris a ainsi rappelé son ambassadeur à Rome, un acte d’hostilité inouï entre deux « alliés » et partenaires aussi proches !
    Là-dessus viennent se greffer les déclarations méprisantes de certains responsables allemands à l’égard de leurs partenaires, qu’il s’agisse de la Grèce ou… de la France. Un vice-chancelier a suggéré que la France renonce à son siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU cependant que la dauphine de la chancelière exige que le Parlement européen quitte Strasbourg pour Bruxelles (pourquoi pas ? Mais à condition que la Banque centrale européenne quitte Francfort pour Strasbourg !).  Démuni face à cet état de désunion, le président Macron détourne l'attention en dénonçant les « nationalismes ». C'est une rhétorique qui date. On la rencontrait déjà sous la plume de l’écrivain collaborationniste Drieu la Rochelle qui opposait le « nationalisme tardif des jeunes peuples » à la « nouvelle Europe ».
    Conscients de leur impuissance dans les domaines régaliens (fiscalité, diplomatie, commerce), les Européens se rattrapent par un surcroît d’activité dans les domaines subalternes : droit civil, droit du travail, environnement, normes etc. Comme si l’uniformisation des règles allait rendre les Européens plus semblables et plus malléables. Cette orientation est en contradiction avec la belle devise de l’Europe : « Unis dans la diversité ». Elle est surtout en rupture avec le principe de subsidiarité inscrit dans tous les traités depuis 1957...
     La subsidiarité signifie qu’une entité ne doit s’occuper que des missions dont les entités de rang inférieur sont incapables. Ainsi l’Union ne devrait-elle s’occuper que de ses relations avec le monde extérieur ainsi que de la protection des frontières. Elle devrait garantir la préférence communautaire concernant les biens et services ainsi que les contrats publics. Enfin, elle devrait veiller à l’équité dans les relations commerciales entre les États membres et sanctionner par exemple les États comme l’Irlande qui pratiquent le dumping fiscal ou les États comme l’Allemagne qui privilégient à tout va leurs exportations en sacrifiant leurs investissements intérieurs et déséquilibrant l’économie des pays clients. Tout le reste, environnement, éducation, droit du travail, droit civil et pénal, sécurité intérieure… ne devrait relever que des États et des citoyens (au moins dans un premier temps). Nous en sommes loin."
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Très grandes oreilles

Publié le par Jean-Etienne ZEN

Un pas de géant dans la cybersurveillance

                                         A des fins surtout politiques et économiques. C'est le bal des hypocrites. Cela fait déjà longtemps que des Etats pratiquent, au su de tous, l'écoute généralisée des données venant de la planète entière. Au première loge, les USA, avec leur système "Echelon", supposé dans un premier temps décrypter les messages concernant la cybercriminalité ou les risques d'attentats éventuels. Mais la NSA écoute depuis longtemps aux portes. C'est très vilain. Il n'y a pas que les données sensibles qui intéressent même nos "alliés", comme le téléphone de Mme Merkel, écouté à Washington via le Danemark, mais des données de pointe en matières industrielles, de marchés ou d'informations.     Evidemment, Moscou et Pékin ne sont pas en reste, surtout ce dernier, qui est en voie de prendre de l'avance. Mais même le petit Israël joue dans la cour des grands et la "start up nation" est en connivence avec un groupe qui tire profit de ventes lucratives à des pays "amis". Là, on monte d'un cran dans le domaine de la sophistication...On entre dans un monde où la cybersurveillance semble ne plus pouvoir connaître de limites...et où les gentils portables, même cryptés, se retournent contre leurs porteurs. C'est plus qu'un cheval de Troyes. C'est une avance de plusieurs coups qui met en émoi ambassades, bureaux d'études industriels et même hautes administrations et salles de presse. Un système devenant hors de contrôle, qu'on voit mal comment pouvoir réguler. Des règles ne suffiront pas.

 

 

___Même les "très sûrs" i-phones sont menacés. La start-up nation a fait fort! L'arme numérique, supposée défensive à l'origine, passe à un stade supérieur, offensif, intrusif comme jamais. C'était juste une question de sécurité, disent-ils à tel Aviv. Un pas de géant vers l'espionnage de masse, dont la Chine nous donne une inquiétante image, avec notamment ses systèmes de reconnaissance faciale. Le problème est mondial et touche aussi l'information et le domaine politique, ce qui est plus grave. Les virus sont dans nos poches et bientôt dans nos têtes. Même Orwell n'aurait pu l'imaginer. L'espionnage du Maroc  à l'égard de ses opposants n'est qu'un exemple.  Les soupçons s'étendent. Ce n'est pas nouveau, mais Pegasus semble bien hors de contrôle. L'air restera-t-il encore respirable dans un monde de contrôle généralisé où le soupçon sera partout, particulièrement paralysant? Les mesures de rétorsions suffiront-elles? On peut en douter, surtout quand on ne peut savoir d'où vient la péril, quand l'ennemi est dans nos smartphones.  La surveillance généralisée est le pire qui puisse nous arriver....

____ "...   Ce « produit signature » capable de récupérer les données, même chiffrées, de n’importe quel appareil mobile n’est autre que le logiciel Pegasus, vendu dans le monde entier et utilisé par plusieurs régimes autoritaires pour espionner opposants et journalistes.  Au mois de novembre 2015, l’agence Reuters donnait même un peu plus de détails en décrivant, toujours sans le nommer, « un logiciel qui cible secrètement les téléphones mobiles des utilisateurs et rassemble les informations, dont les messages, les photos et les données de navigation internet ». L’article insistait par ailleurs sur le caractère « secret » de NSO, une société ayant « changé son nom plusieurs fois, et se faisant appeler plus récemment “Q” ».    Au fil des années, chercheurs, journalistes et associations de défense ont cependant réussi à retracer ses multiples activités. Le logiciel Pegasus est né avec NSO et reste aujourd’hui le produit phare de la société. Selon le Financial Times, en 2019, les trois quarts de ses revenus provenaient des ventes de ce logiciel. 10 % provenaient des ventes d’un van équipé d’un dispositif permettant d’aspirer les données d’une cible. Et 10 % provenaient de celles d’un logiciel permettant de suivre la géolocalisation de téléphones, baptisé Landmark.    Le premier client de NSO semble avoir été le gouvernement du Mexique, dont trois agences fédérales ont acheté dès 2011 la version originelle de Pegasus. Selon un article du New York Times de mars 2019, les autorités mexicaines auraient déboursé 15 millions de dollars pour l’achat de logiciels et de matériels, puis 77 millions de dollars pour la surveillance des cibles.  Car c’est toute une gamme de services que NSO offre à ses clients. Pegasus est en effet un produit dit « modulaire », c’est-à-dire personnalisable en fonction des besoins. Comme l’expliquait une plainte déposée en 2019 par WhatsApp contre NSO, le contrat proposé par la société est un contrat de « licence » qui inclut l’installation, la formation et la surveillance du dispositif. Elle fournit un support technique, par mail et par téléphone et dispose d’un « help desk », un bureau d’aide, depuis lequel ses ingénieurs peuvent régler des problèmes techniques à distance, via un logiciel et un VPN.   Et si besoin, NSO aide ses clients à prendre le contrôle des téléphones des cibles. Le nom Pegasus est en effet une référence au cheval ailé de la mythologie grecque ainsi qu’au cheval de Troie, un terme informatique désignant un logiciel malveillant qui, comme dans le mythe de Homère, se dissimule à l’intérieur d’un programme en apparence banal.   Pendant de nombreuses années, ce cheval de Troie devait être introduit manuellement dans le téléphone de la victime. Pour cela, la solution classique consistait à lui envoyer un message personnalisé contenant un lien la renvoyant vers un site contrôlé par NSO, depuis lequel un logiciel malveillant était injecté dans l’appareil. Pour aider ses clients à créer des messages le plus crédibles possible, NSO leur offrait les services de son département Enhanced Social Engineering Message, spécialisé dans l’ingénierie sociale.    Par exemple, peu après l’assassinat le 15 mai 2017 de Javier Valdez, un célèbre journaliste mexicain qui enquêtait sur le trafic de drogue dans son pays, sa veuve avait reçu plusieurs messages lui demandant de cliquer sur un lien lui promettant des informations sur la mort de son mari.   Peu avant la mort du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, tué puis démembré dans l’enceinte du consulat d’Arabie saoudite à Istanbul, l’un de ses plus proches amis, Omar Abdulaziz, un autre journaliste réfugié au Canada, avait lui reçu un message imitant celui d’une société de transport et lui proposant de cliquer sur un lien pour suivre un colis. Malgré les dénégations de NSO, il semblerait que Pegasus ait joué un rôle direct dans la mort de Jamal Khashoggi, des accusations détaillées dans une plainte déposée par Omar Abdulaziz.   Dans ces deux cas, les victimes, soupçonnant une possible surveillance, avaient transmis leur téléphone au laboratoire canadien Citizen Lab pour expertise. Après, vérification, il s’agissait bien de faux messages conduisant à une très probable infection du téléphone par la version du logiciel alors sur le marché : « Pegasus 2 ».  Une fois le téléphone infecté, la victime se retrouve totalement prisonnière d’un réseau d’ordinateurs et de serveurs appartenant à NSO et utilisé « pour monitorer et mettre à jour la version de Pegasus implantée dans les téléphones des victimes », explique la plainte de WhatsApp. Ce réseau « a relayé le malware, des ordres et des données entre un téléphone compromis », NSO et ses clients. Il constitue un véritable « centre nerveux à travers lequel » la société peut contrôler et entretenir à distance son logiciel.    Durant les années 2016-2017, la sortie de la troisième version de son logiciel, « Pegasus 3 », a marqué un tournant pour NSO. Le Financial Times raconte que, vers le milieu de l’année 2017, des représentants de la société se sont rendus dans un hôtel de luxe à Limassol, sur l’île de Chypre, pour y faire une démonstration, devant des responsables saoudiens, des nouvelles capacités de leur logiciel pour infecter un iPhone à l’aide d’une « technologie zéro clic », c’est-à-dire sans avoir besoin de piéger l’utilisateur avec un lien.    Désormais, l’utilisateur de « Pegasus 3 » peut directement infecter le téléphone de ses cibles. Pour cela, NSO utilise désormais les multiples failles dites « zero day », c’est-à-dire directement exploitables et ne nécessitant aucun travail de la part de l’attaquant, des divers logiciels équipant un smartphone. Ces failles sont nombreuses et se renouvellent à chaque mise à jour ou sortie d’une nouvelle version. Elles font l’objet d’un marché extrêmement lucratif où des hackers vendent leurs découvertes au plus offrant, parfois pour plusieurs centaines de milliers de dollars.     Grâce à cette stratégie, NSO semble disposer désormais d’un éventail de possibilités pour infecter un téléphone sans même que son utilisateur puisse s’en douter. Dans le cas de WhatsApp, détaillé dans un rapport de Citizen Lab et de l’université de Toronto, NSO avait tout d’abord développé un logiciel capable d’imiter le trafic habituel de WhatsApp afin d’y insérer ses codes malveillants et de les envoyer aux cibles. Les codes étaient dissimulés à l’intérieur de protocoles normaux, de ce fait relayés par les serveurs de WhatsApp comme si de rien n’était.   NSO a ensuite fabriqué de faux « messages d’initiation d’appel » au sein desquels son piège était dissimulé, à l’intérieur des réglages. Le code était injecté, même si la personne ne prenait pas l’appel...... ______ 

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