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Comme des défauts

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 

Retraites
              Failles  ou  faillite?
       De jour en jour, de nouveaux éclairages permettent de faire mieux le point sur le caractère brouillon, hâtif et quasi improvisé des mesures actuellement en débat, engageant un avenir par définition incertain.
   Quelques questions restent en suspens.
      Que ce projet relève de la doctrine néolibérale sans le dire relève de l'évidence. Comme ailleurs, chez nos voisins allemands ou suédois.

 Même à la très modérée Cfdt, il y a du tangage au sujet d'une réforme qui fait un peu désordre. Une déroute intellectuelle, disent certains.
  Un renversement de logique, dont les principaux mécanismes échappent encore aux esprits attentifs. 
  La fiabilité des chiffres pose problème et remet en question un pacte social plus que fragilisé.
   L'implicite prend une telle place qu'il est aventureux de négocier sur des bases parfois opaques, les question de l'avenir n'étant guère envisagée.
  La question du financement de ce projet reste encore une question discutée.
        Une réforme de trop, sans aucun doute où la fébrilité côtoie l'improvisation, où les députés "play mobil" sont priés de suivre, bon gré mal gré. Les futures ordonnances ne vont rien arranger, les réduisant à des exécutants.
  La pénibilité n'est pas prise en compte sérieusement
    Bref, le doute est installé et profond, pas seulement dans l'opinion.
 Pour clore ces remarques, les déclarations du Conseil d'Etat, qui n'est pas un organisme gauchiste, laissent le projet tel qu'il est avec un goût d'inachevé.
   Le flou est dominant.Le clair-obscur continue. Les point aveugles abondent. Le brouillard s'épaissit....
  Le retrait du projet n'est-il pas la seule voie raisonnable? Quand certains pays ont mis dix ans pour réfléchir sur un sujet si fondamental.    
  Il faut toujours écouter les sages:
      "... Tant qu'on n'a pas réglé le problème du chômage, dans notre pays, franchement, ce serait assez hypocrite de décaler l'âge légal. Quand, aujourd'hui, on est peu qualifié, quand on vit dans une région qui est en difficulté industrielle, quand on est soi-même en difficulté, qu'on a une carrière fracturée, bon courage déjà pour arriver déjà à 62 ans...Mais on va dire: "Maintenant il faut passer à 64 ans?...Vous ne savez déjà plus comment faire après 55 ans. Les gens vous disent: les emplois ne sont plus bons pour vous. C'est ça la réalité.. ...On doit alors gagner ce combat avant d'aller expliquer aux gens: "Mes bons amis, travaillez plus longtemps." Ce serait hypocrite...." (E.Macron, conf. de presse, 25 avril 2019)
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Vers l'Etat digital?

Publié le par Jean-Etienne ZEN

               En route vers l'Etat plate-forme

                                   Des projets bien ficelés sont en place pour accélérer la digitalisation des services publics. L'accélération de la numération tous azimuts se met en place vitesse grand"V", au détriment des laissés pour compte.  Déjà des jeunes connaissent des difficultés. Ne parlons pas des anciens, de ceux qui sont le plus dans le besoin.   Le tout-numérique avance à grands pas, sous prétexte de simplification, de modernisation....                                                                

Dans la start up nation, l'Etat se dématérialise à grande vitesse.

      Tous les actes administratifs, à quelque niveau que ce soit, devront vite passer pas le numérique (*)
                    A vos ordis!


     Même les non et les faiblement connectés, ceux qui n'ont pas d'ordinateurs ou qui ne savent et ne sauront jamais s'en servir, les analphabètes du clavier, les nombreux anciens qui ne s'y mettront jamais...
      La plupart des services publics ne seront accessibles que pour les familiers du net, que pour une partie de la population, surtout aisée, cultivée, urbaine.
     Près de 60% des personnes se disent démunis face à l'utilisation de l'ordinateur pour des tâches un peu élaborées. Ne parlons pas des plus âgés.
     L'exclusion numérique n'est pas rare. L'inclusion numérique ne favorise que ceux qui sont déja outillés et formés.
    Le pass numérique ne suffira pas, surtout à l'horizon 2022. et certains technophobes ou e-résistants ne franchiront pas le pas de si tôt.
   La e-administration va vite montrer ses limites. La modernité, c'est bien beau, mais elle risque de laisser beaucoup de monde au bord de la route, pour des démarches qui ne sont pas anodines.
Et quelques clics ne suffiront pas dans des démarches complexes.
Et s'il s'agissait d'abord de faire des économies, sans autre considération que la rentabilité immédiate?
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   (*)   "  .....Incomplets , mélangeant des types de démarches à exécuter très hétérogènes (consultation, télédéclaration, ouverture de compte, information), ces recensements laissent en particulier dans l’ombre deux éléments pourtant majeurs du processus de dématérialisation engagé.
    D’une part, ne sont pas précisés pas quels « services » ne sont aujourd’hui accessibles qu’en ligne : demandes de bourses étudiantes, Prime d’activité, demande de logement social, inscription à pôle emploi, la liste serait longue des démarches qui ont basculé dans le « tout numérique », n’offrant aucune autre alternative aux administrés. Selon la typologie d’Albert Hirschman (1970), il n’y a ici pas de possibilité d’exit  : le rapport à l’offre doit nécessairement se faire par l’intermédiaire d’une interface numérique. Le Défenseur des droits a formulé plusieurs avis [5](2016) enjoignant aux services publics et administrations de proposer une offre de contact alternative au numérique, restée à ce jour lettre morte.
      D’autre part, ces tableaux ne rendent pas compte de la dématérialisation de la relation administrative, au-delà des procédures de demande de droit ou d’accès à des formulaires administratifs. Une part grandissante des échanges se déroule aujourd’hui par voie électronique (mail, sms, boîte de dialogue/ chat box), et on assiste à une généralisation de la prise de rendez-vous physique par internet (préfecture [6]CAF, Pôle emploi, etc.) couplée à l’impossibilité d’avoir un contact physique avec un agent pour les premiers contacts, les inscriptions, les démarches d’entame des procédures. De plus en plus, les usagers se voient orientés vers une interface en ligne pour prendre attache avec les administrations, ou obtenir des informations ou explications. Incidemment, la relation administrative devient ainsi majoritairement numérique, le contact « humain » (téléphonique ou physique en face à face) constituant une voie seconde et complémentaire des démarches en ligne. Ce virage de la dématérialisation de la relation apparaît d’autant plus fort qu’il s’est fait concomitamment à une réduction des accueils physiques et des autres modes de contact, renforçant la perception d’une déshumanisation du contact avec les administrations....
 
    En l’état actuel, l’obligation administrative à se connecter demeure très inégale entre les individus : une personne bénéficiaire de droits sociaux soumis à déclaration de ressources trimestrialisées a mécaniquement davantage l’obligation de se connecter qu’une personne ne percevant pas de prestations sociales. La connectivité étant socialement distribuée, l’on assiste ainsi à une double peine (Credoc 2016) : les individus les plus précaires, aussi bien économiquement que sur le plan de l’isolement social (Défenseur des Droits 2017) sont moins connectés alors que, dépendants davantage de droits et prestations sociales, ils ont davantage l’obligation de le faire.
     Davantage que d’exclusion numérique, qui renverrait à un manque de compétences d’individus qui ne seraient pas à l’aise avec le numérique, cette inégale exposition à l’obligation de connexion conduit à parler d’exclusion par le numérique : ce sont prioritairement les normes implicites de la dématérialisation qui rendent ici les usagers incapables de demander leurs droits...."
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Statistiques à tout faire

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 

Critique de la raison statistique
                                Du vrai, du faux et de l'approximatif.
   Les stats, c'est comme la langue d'Esope, c'est pour le meilleur ou pour le pire.
    L'outil statistique, omniprésent dans tous les domaines de recherche, aussi bien dans les sciences humaines que dans celle de la nature, peut avoir sa valeur et son utilité, pour mettre en évidence un certain ordre quantifiable dans ce qui apparaît d'abord comme aléatoire et irrationnel. Par exemple, en microphysique, où il joue un rôle déterminant.
  Mais utilisé dans les sciences humaines, sa fonction est plus discutée. Parfois même contestée, quand il prend une place démesurée, quand il prétend épuiser le réel, avoir une valeur absolue, quand il déborde de sa fonction de pur moyen, imparfait et relatif.
  Il peut être hautement discutable, surtout comme outil de mesure sociale, en sociologie, en économie et surtout aux mains de certains politiques, qui ont besoin de faire parler les chiffres en leur faveur.
   Une lecture critique s'impose pour analyser les présupposés de certaines données statistiques. La prudence rationnelle doit être de règle, car elles sont le produit de convention de mesure, de choix, de non-dits, de perspectives implicites et orientées. Comme dans certaines courbes de chômage ou les données de Pisa.
   Et la quantification, parfois excessive, que Gurvitch nomma la quantophrénie, peut être un instrument politique au service d'une idéologie, un outil d'influences, voir de propagande. Les chiffres impressionnent et parfois mystifient. Le qualitatif  souvent s'efface au profit d'un quantitatif démesuré et envahissant. En dehors même des enquêtes-bidon aux fins purement commerciales.
      ...La question (pour nous) est (plutôt) celle de trouver les données les plus pertinentes et de savoir les interpréter… notamment en nous penchant sur la méthodologie des auteurs...
Calculer n'est pas comprendre et certaines données chiffrées sont parfois utilisées pour fausser le jugement ou le conditionner.
  Les nombres n'ont pas de valeur en soi et peuvent être utilisés ou détournés pour une cause discutable.
   On peut les faire parler de bien des manières.
 La tyrannie des nombres et la fétichisation du chiffre ne sont pas des risques mineurs à l'heure où le grand nombre n'a pas le recul méthodologique nécessaire et surévalue les données chiffrées, cédant à la fascination du nombre.
 Les données mathématiques peuvent être malmenées, en tant qu'outils ambigüs. Comme on dit parfois," on peut leur faire dire ce que l'on veut.". A  des fins de manipulation parfois.
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En passant....

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 __ Guerre de chefs

__ Secrets suisses

 

__ République ou France

 

 __ Du charbon et des hommes       

__ L'homme de l'ombre

__ Démocratie et inégalités

__ Pouvoir d'achat

__ Le sol et l'homme

__ L'agriculture et le politique

__ Le scandale Schröder

____________ Ça s'est passé un  27 février ...         _________________________________

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Le virus et le politique

Publié le par Jean-Etienne ZEN

A l'heure de la mondialisation. Surveiller et guérir.
                                   L'ennemi intime.
                                             Monde global et urgence sanitaire.
                        "....Sans remonter jusqu’à « la peste d’Athènes » de 430 avant notre ère relatée par Thucydide, sans retracer les épidémies médiévales ni les différents épisodes du choléra accompagnés de « peurs bleues » jusqu’au XIXe siècle, la crise actuelle du coronavirus, quelles que soient ses incertitudes initiales (son origine, sa transmission...), renvoie à un événement formidable – au sens étymologie : qui effraie et sidère –, survenu voilà un peu plus d’un siècle.
     Ce fut, en 1918-1919, la grippe espagnole – qui fit entre 30 et 100 millions de morts sur cette terre, selon les estimations. La France en guerre commença par baptiser « grippe allemande » l’épidémie, qui prit une dénomination ibérique dans la mesure où c’est dans la presse du royaume d’Espagne, alors non belligérant, que circulaient des informations ailleurs censurées. Hommage précurseur au droit de savoir...Pourtant, comme l’indique Frédéric Vagneron, historien des crises sanitaires à l’Ehess, « il y a une dimension impérialiste et coloniale » dans la vision occidentale des épidémies, forcément venues d’Orient, ainsi que le serinait une médecine tropicale ayant longtemps eu partie liée avec la conquête des pays d’outre-mer.
    La grippe espagnole a ainsi d’abord, naturellement et traditionnellement, trouvé officiellement son origine en Chine (soldats supplétifs des forces britanniques), ou en Indochine (contingents venus en renfort de l’armée française). Une autre théorie est allée chercher la source de l’épidémie à Funston, un camp de recrutement américain du Kansas. Mais à la fin du XXe siècle, précise Frédéric Vagneron, une équipe  de microbiologistes d’outre-Manche a proposé une dernière hypothèse : le virus aurait muté d’une souche aviaire, créant un réassortiment transmissible à l’homme, dans l’immense camp britannique d’Étaples (Pas-de-Calais), qui mêlait des milliers d’hommes et d’animaux.
    Freddy Vinet, géographe spécialiste de la gestion des catastrophes à l’université Montpellier III, nous détaille comment, il y a 102 ans, on se regardait en chiens de faïence, au-dedans comme au-dehors. Les civils soupçonnaient la troupe d’être une fois de plus un agent contaminateur (comme pour la syphilis ou le typhus), tandis que les militaires se défiaient des pékins infectés dont il fallait se préserver. Par ailleurs, la France caressa l'idée de fermer la frontière suisse, par laquelle transitaient les prisonniers libérés par l'Allemagne.
     Mais rien n’y fit, remarque Freddy Vinet : « Même les Inuits ont été touchés. Seuls furent épargnés des espaces lointains, isolés, confinés – Sainte-Hélène, Samoa, voire certaines oasis sahariennes. Le monde était déjà mobile. La diffusion par bateau a été rapide, au Cap, à Bombay, aux États-Unis d’Amérique. Les pouvoirs publics, impuissants, ont été discrédités, en particulier dans les colonies. Gandhi, par exemple, trouva là une occasion supplémentaire de se dresser contre l’occupation britannique. Et les Samoa occidentales, plus que décimées – 22 % de la population périt de la grippe espagnole –, contestèrent pour leur part la puissance mandataire néo-zélandaise. »
    Rien ne protège alors plus de rien : mes microbes, tes microbes ! Patrick Zylberman, professeur d’histoire de la santé, rappelle les vaines militarisations des frontières : que ce soit celle du Vietnam avec la Chine lors de l’épidémie de SRAS en 2003, ou celle entre l’empire des Habsbourg et les possessions turques en Europe à l’époque moderne. Aucune séparation géopolitique n’a jamais fait l’affaire.
De surcroît, pointe Patrick Zylberman, « la barrière des espèces a cédé à certains endroits ». Et de citer l’appropriation de territoires par les humains, au Népal par exemple, où des élevages de porcs côtoyant la faune sauvage servirent de traits d’union pour la contamination entre animaux et humains. Sans oublier cette source de propagation et de transmission par excellence que sont les oiseaux.
  Pour Anne-Marie Moulin, dont la compétence impressionne – à la fois philosophe et médecin, habituée des amphis comme du terrain –, la notion de « barrière des espèces » apparaît contestable. Depuis les temps préhistoriques et les premières domestications, la promiscuité physique entre bêtes et gens eut comme rançon l’apparition de maladies d’origine animale, rappelle-t-elle.
   Et la parasitologie – sa spécialité – montre bien que les cycles et les phases de développement d’un parasite le font passer, en fonction de son état embryonnaire ou de sa forme adulte, alternativement d’un hôte humain à un hôte animal : « La barrière des espèces est donc un leurre. »
   Anne-Marie Moulin soumet cette proposition : « Il faudrait associer, pourquoi pas dans des universités communes, médecins et vétérinaires. J’ai toujours apprécié ces derniers, qui font face à des malades muets aux organismes si différents – du chien de compagnie aux volatiles, en passant par les ruminants. Leur domaine de compétence est considérable. »
     Première conclusion : une pandémie brouille les cartes et pousse à concevoir globalement l’organisation humaine et la nature, quand la politique, à courte vue, va souvent dans le sens contraire. La grippe espagnole a secoué dans son entier une planète fracturée par un premier conflit mondial consistant à creuser des tranchées. Le coronavirus frappe une puissance chinoise sourcilleuse quant à ses prérogatives nationales et, dans la foulée, un monde tenté par les retranchements, l’isolationnisme, les murs et les fermetures.
    La pandémie, mondialisation malheureuse, agit donc telle une piqûre de rappel stupéfiante : personne n’est seul ni à l’abri sur notre globe, qui n’a jamais été aussi total, intégral, global…       La première victime de la guerre, c’est la vérité. De même, la première victime d’une épidémie, c’est la vie démocratique. La lutte contre l’ennemi microbien prend le pas sur tout le reste, avec cet invariant que constate Frédéric Vagneron : « Une certitude tenace hante les autorités, y compris dans les pays les plus développés, qui se persuadent que la panique des populations serait pire que la maladie elle-même et qu’il faut donc contrôler, voire limiter l’information afin que les citoyens ne flanchent pas ; de même qu’il ne fallait pas que l’armée lâche pied en 1918, à l’occasion d’une épidémie d’abord traitée comme une simple grippette… »
   La tentation est donc de museler mais aussi d’enchaîner ce « qui circule dans le peuple » (epidêmos en grec). Aujourd’hui, l’informatique prend le relais des entraves de jadis : « Pendant l’épidémie de SRAS, en 2003, Singapour avait placé des webcams dans les habitations des citoyens confinés », relève Patrick Zylberman.
    Anne-Marie Moulin se souvient de médecins militaires, lors de ses études dans les années 1970, qui expliquaient le plus sérieusement du monde qu’en cas d’épidémie de choléra, il faut encercler les malades et prévoir des soldats prêts à tirer sur qui veut s’échapper !
    La philosophe et clinicienne rappelle que l’OMS favorise désormais ce qu’il est convenu d’appeler « l’isolement communautaire », c’est-à-dire la relégation à domicile et en famille de cas suspectés ou avérés. Ce n’est pas sans poser problème (quid du ravitaillement, du travail – donc du salaire ?), mais nous sommes loin de mesures prises autoritairement dans certains pays.
    En Égypte, que connaît bien Anne-Marie Moulin, au moment de l’épidémie de grippe aviaire de 1999, on évaluait la température d’un quidam à l’aéroport ou dans d’autres lieux publics. Si le moindre état fiévreux était décelé, le malheureux (qui avait omis de prendre de l’aspirine en prévention) était envoyé manu militari à l’isolement dans un hôpital, d’où il ne songeait comme ses prédécesseurs qu’à s’échapper en soudoyant ses geôliers ou grâce à l’universel piston.
    Le médecin François Broussais (1772-1830), républicain fidèle à la Révolution française – même s’il fit carrière sous la Restauration –, explique Anne-Marie Moulin, « était anticontagionniste, c’est-à-dire qu’il voulait intervenir sur le malade lui-même en fortifiant ses défenses, plutôt que de le mettre en quarantaine, mesure jugée médicalement inutile ainsi que politiquement répressive et antipopulaire ».
    Hélas ! Si c’était politiquement bien vu, c’était scientifiquement faux. Un siècle avant ceux qui préférèrent avoir tort avec Sartre (mort à l’hôpital… Broussais) plutôt que raison avec Raymond Aron, certains aimèrent à s’illusionner avec Broussais, au lieu d'ouvrir les yeux avec Laennec.
 
Nouveau coronavirus: réalité et incertitudes © Hopitaux Universitaires de Genève
 
   En 2020, qu’en est-il de l’action publique au temps du coronavirus ? L’apparition du sida, dans les années 1980, a brisé l’illusion occidentale quant à l'éradication des grands fléaux – dont le point culminant fut la disparition de la variole« Un tel sentiment de sécurité était trompeur, affirme Frédéric Vagneron. Après 1945, les puissances industrielles se sont persuadées que les machines allaient remplacer les bêtes dans les campagnes ; ou que le bétail allait devenir objets de consommation standardisés. »    Frédéric Vagneron poursuit : « Les puissances industrielles se sont également persuadées que l’arsenal thérapeutique allait faire disparaître les maladies infectieuses. Or non seulement on a découvert de nouvelles maladies, en particulier virales – dont certaines étaient d’origine animale, comme la grippe –, mais on s'est en plus aperçu que les productions en batteries de poulets ou de cochons, promues par l’agriculture “moderne”, participaient à la multiplication des bactéries résistantes aux antibiotiques – du fait de l’usage de ces substances en élevage. »   
       Pour sa part, Freddy Vinet insiste sur notre « perte de culture épidémique. Aujourd’hui, les gens crachent à nouveau dans la rue – est-ce l’influence des footballeurs dans les stades ? –, ce qui aurait été impensable il y a 50 ans, à cause du souvenir de la tuberculose. Sans parler de la défiance qui s’exprime de plus en plus ouvertement envers les vaccins.      Une telle inconscience se télescope, analyse Patrick Zylberman, avec une menace diffuse de terrorisme bactériologique, avivée par l’attentat au gaz sarin dans le métro de Tokyo perpétré en 1995 par la secte Aum, puis par les attaques au bacille de charbon (improprement appelé anthrax) sur le sol américain, dans le sillage des attentats du 11 septembre 2001.   Les grandes peurs semblent à la fois distantes et terriblement réactivables, ainsi que l’illustre la désignation actuelle de boucs émissaires en France et ailleurs – ces faciès asiatiques auxquels sont attribués des torts ou des dangers fantasmagoriques – au Moyen Âge, les Juifs, repérés par leurs habits et leurs habitudes, tinrent ce rôle de victimes expiatoires lors des épidémies de peste.     Alors les États, pour garder la main sur la poursuite des événements, dramatisent, amplifient et parfois bluffent. Pour Freddy Vinet, la « surréaction » de la France, avec le confinement des rapatriés de Wuhan à Carry-le-Rouet, près de Marseille, s’avère « une manière pour les autorités de tester le matériel, les hommes, les procédures, les dispositifs » et d’observer comment se comportent les premiers concernés, ainsi que l’opinion publique. 
     Quant à la Chine, elle joue gros, rédimant le fiasco de sa gestion du SRAS en 2003, mais imposant surtout, aujourd’hui sous nos yeux, l’ardeur performative de la seconde économie mondiale qui se voit déjà la première. D'où cette « opération de com », selon Freddy Vinet, de la construction d’un hôpital en deux semaines à Wuhan, filmée en direct par la chaîne de télévision CGTN.       
     Pékin semble n’avoir qu’un mot d’ordre : surveiller et guérir. Le cauchemar panoptique revivifié par la reconnaissance faciale n’apparaît plus comme un repoussoir mais tel un modèle exportable, le temps d’une épidémie. Celle-ci joue alors son rôle révélateur, exploré par Albert Camus et tant d’autres écrivains : quand un événement biologique devient une catastrophe politique…    Les démocraties en crise, dont les peuples déboussolés réclament un pouvoir énergique, ne vont-elles pas être happées par le côté obscur de la force chinoise, capable de transformer la pandémie en vitrine d’une efficacité systémique ? Qu’en est-il de la contagion des imaginaires politiques, en nos temps d’urgence sanitaire et climatique ?    Anne-Marie Moulin aura le mot de la fin : « À l’ère numérique et avec des outils flambant neufs, on en revient au vieux débat sur le despotisme éclairé. Or si l’autoritarisme est toujours au rendez-vous, les lumières se font généralement attendre… » (Merci à Mediapart)
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Frères ennemis

Publié le par Jean-Etienne ZEN

Le retour de la brutalité   (notes de lectures)

                                Sidération à Kiev

             La surprise aura été totale. L'intervention musclée des armées du nouveau tsar laisse sans voix. Contre toute attente, mais aussi contre toute logique (même de guerre), mais aussi contre les intérêts à terme de Moscou. Avec les risques toujours possibles d'emballement. Une guerre, on sait toujours comment ça commence, mais....Le Rubicon est franchi; quels scénarii pour demain?   Alea jacta est...  La propagande fonctionne à fond, sans surprise.               __ Une histoire compliquée après une longue histoire commune. Une Ukraine écartelée. Des "alliés" sans voix. Un jeu dangereux qui a mal tourné.

                                         " ...La sensation de vives un dangereux moment de bascule se fonde sur plusieurs éléments objectifs. Tous vont dans le sens de la concrétisation brutale d’une ère nouvelle dans les relations internationales.  Ce n’est pas la première fois que la guerre éclate sur le sol européen depuis la fin du second conflit mondial. Durant les années 1990, le Vieux Continent a été ensanglanté par les guerres de l’ex-Yougoslavie. Mais il s’agissait d’une guerre civile qui s’est internationalisée, pas d’une invasion d’un État voisin par une grande puissance militaire et nucléaire, avec pour objectif affiché de renverser son gouvernement, sans que ce dernier l’ait provoqué militairement.    Certes encore, la Russie a déjà transgressé le principe d’intangibilité des frontières dans le Caucase et en Ukraine même, en soutenant les républiques séparatistes du Donbass et surtout en annexant la Crimée à son territoire en 2014. Mais l’ampleur de  l’offensive fait cette fois-ci la différence.     Olivier Schmitt, professeur à l’université du Danemark du Sud, l’explique à Mediapart : « Jusque-là nous avions affaire à des opérations limitées. Or l’opération actuelle combine des moyens terrestres, maritimes et aériens, d’une importance telle qu’on peut raisonnablement supposer que l’objectif est Kiev, la capitale. On assiste à la double volonté d’une modification des frontières et d’un changement de régime. »   Même à une échelle historique et spatiale plus large, indiquait récemment le journaliste du New York Times David Leonhardt, peu de cas sont similaires. Durant la guerre froide, l’URSS a bien envahi l’Afghanistan, la Tchécoslovaquie et la Hongrie ; et les États-Unis ont bien envahi le Panamá, renversé un gouvernement au Guatemala. Plus tard, ils ont lancé des guerres en Irak. Mais « les plus grandes puissances mondiales ont rarement utilisé la force pour étendre leurs frontières ou mettre en place des “États-clients” dans leur propre région », écrit David Leonhardt.      En plus du type d’attaque lancée par Vladimir Poutine, la manière dont elle a été décidée va dans le sens d’un effet de seuil inédit. Jusqu’à présent, le président russe habillait ses interventions d’un vernis de légitimité, en prétendant notamment protéger des citoyens russes et/ou des minorités russophones en danger. Cette fois, les objectifs de « démilitarisation » et de « dénazification » invoqués par Poutine s’inscrivent dans un recours à la force qui s’accommode de justifications délirantes.       C’est l’une des différences avec la guerre d’Irak lancée par les États-Unis en 2003, sur la base de mensonges et sans mandat des Nations unies. « Jusqu’au bout, confirme Olivier Schmitt, le régime de George W. Bush a tenté d’obtenir une légitimité par ce biais, en s’inscrivant dans un jeu multilatéral. Ayant échoué, il a ensuite accumulé les arguments spécieux pour arguer de cette légitimité, par exemple en expliquant que les États-Unis et les pays ayant suivi représentaient une grande part de la richesse mondiale. Cette fois, Poutine n’en a rien à f… »      De fait, le président russe prouve là son mépris pour le droit international, et n’essaie de l’habiller d’aucune manière. Au passage, plusieurs principes endossés par l’État russe sont bafoués. En 1994, la Russie avait signé le mémorandum de Budapest, un protocole diplomatique par lequel elle s’engageait à respecter la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’Ukraine, en échange du renoncement de celle-ci aux armes nucléaires qui avaient été stationnées sur son territoire. La Russie avait également confirmé son adhésion aux accords d’Helsinki signés par l’URSS en 1975, incluant le droit des États à choisir librement leurs alliances.       La force de l’événement d’aujourd’hui se lit aussi dans la perturbation des routines intellectuelles qu’il produit. De fait, toutes celles et ceux qui estimaient improbable une invasion générale du pays ont été démenti·es par les faits. Au fur et à mesure de son déroulement, la crise ukrainienne a d’ailleurs suscité des analyses appelant à appréhender différemment que par le passé le comportement de Vladimir Poutine.      Dans un texte informé publié sur le site Le Rubicon, Céline Marangé, chargée de recherches au Service historique de la Défense, écrivait le 10 février dernier : « Jusqu’à présent, j’avais toujours souscrit à l’idée que les dirigeants russes étaient mus par un fort complexe de déclassement lié au traumatisme de l’effondrement de l’Union soviétique et qu’ils déployaient de ce fait une stratégie fondamentalement défensive se traduisant par des actions offensives. ».....                                                                        ____ Point de vue: Les grilles de lectures habituelles ont été pulvérisées.    La force de l’événement d’aujourd’hui se lit aussi dans la perturbation des routines intellectuelles qu’il produit. De fait, toutes celles et ceux qui estimaient improbable une invasion générale du pays ont été démenti·es par les faits. Au fur et à mesure de son déroulement, la crise ukrainienne a d’ailleurs suscité des analyses appelant à appréhender différemment que par le passé le comportement de Vladimir Poutine.       Dans un texte informé publié sur le site Le Rubicon, Céline Marangé, chargée de recherches au Service historique de la Défense, écrivait le 10 février dernier : « Jusqu’à présent, j’avais toujours souscrit à l’idée que les dirigeants russes étaient mus par un fort complexe de déclassement lié au traumatisme de l’effondrement de l’Union soviétique et qu’ils déployaient de ce fait une stratégie fondamentalement défensive se traduisant par des actions offensives. »      ________De nombreux éléments l’ont cependant conduite à formuler « une autre hypothèse qui […] consiste à penser qu’à ces enjeux de rang et de sécurité vient désormais s’ajouter – et non se substituer – une forte dimension identitaire. [Vladimir] Poutine pourrait en plus poursuivre un grand dessein : celui d’étendre les frontières du pays en rassemblant, par différents moyens directs et indirects, des “terres russes” considérées comme ancestrales ».     Une fois l’invasion déclenchée, des prises de conscience spectaculaires – quoiqu’un peu tardives – ont été exprimées par des responsables politiques, par exemple par l’ancienne ministre allemande de la défense, Annegret Kramp-Karrenbauer,  affirmant être « en colère contre nous-mêmes pour notre échec historique. […] Nous n’avons rien préparé qui aurait réellement dissuadé Poutine ».      « Il y a un effet de sidération, constate Olivier Schmitt. Beaucoup de gens, y compris parmi les élites, comprennent qu’il se passe quelque chose de différent de d’habitude. Ils découvrent surtout qu’après avoir passé des décennies à dire que les solutions étaient politiques et pas militaires, il faut faire l’effort intellectuel de ne pas séparer ainsi les deux aspects. Parfois, le militaire crée les conditions pour une solution politique. »       Un tel défi lancé aux États-Unis confirme, s’il en était besoin, que l’âge d’un monde unipolaire, organisé autour de leur hégémonie, est bien achevé. Pour les Occidentaux, y compris ceux qui étaient critiques de cette domination, s’habituer à une nouvelle ère de rivalité des grandes puissances va être coûteux. C’est tout l’enjeu du futur impossible à prédire, mais selon toute évidence moins confortable intellectuellement et matériellement qui nous attend.       Nous entrons donc dans une nouvelle ère. De quoi sera-t-elle faite ? Nul ne le sait exactement, même pas Vladimir Poutine lui-même. Une fois l’agression militaire de l’Ukraine posée, la suite ne dépend plus tant du président russe lui-même que du comportement de son entourage, de ses soldats, des Russes qui le soutiendront ou non dans sa décision… et, au-delà, de la réaction du reste du monde à cette attaque.      Le président russe a fait sans aucun doute chanceler l’histoire. Mais comment elle va retomber reste une question en partie ouverte. Quelques certitudes émergent toutefois.      D’abord, l’onde de choc sera mondiale. « Les effets déstabilisateurs du conflit pourraient bien se propager bien au-delà de l’Ukraine – en Europe centrale, dans les Balkans (où une paix fragile commençait à se fissurer, avant même cette nuit), jusqu’en Asie centrale et même dans le Pacifique », énumère le magazine britannique New Statesman – considéré comme l’une des voix de la gauche britannique.     En Asie, l’invasion risque de fait de « compliquer davantage les postures du Japon et des États-Unis face à la Chine » et les tensions militaires russo-américaines, déjà importantes, « risquent fort de s’aiguiser sur le théâtre de l’Extrême-Orient russe »analyse le site Asialyst.    Surtout, poursuit le New Statesman, les prochains jours vont fixer des précédents à propos de « ce qui est acceptable dans les relations internationales du début et milieu du XXIsiècle et ce qui ne l’est pas » – précédents qui dessineront les contours des décennies.        Certains observateurs craignent ainsi que les visées impérialistes russes en Ukraine – et l’incapacité européenne et étasunienne à les dissuader – n’influencent les prochaines décisions chinoises concernant Taïwan. Pékin s’en défend pour le moment formellement. « Si les puissances occidentales ne réussissent pas à répliquer à la Russie, elles renforcent la vision chinoise de ce qu’il faut faire avec Taïwan »avertissait pourtant début février Lai I-chung, un ancien cadre du Democratic Progressive Party taïwanais.       Deuxième certitude : le rapport à la violence, à la guerre et à la sécurité d’un grand nombre d’Européen·nes va changer. Pour beaucoup d’entre eux, français en particulier, la guerre cessera d’être une perspective lointaine et théorique. À long terme, ce conflit aux portes de l’Europe affectera leur portefeuille et leur niveau de vie, annonce Olivier Schmitt à Mediapart.        Il imposera aussi de changer nos manières de comprendre le monde, et en particulier nos cultures politiques et leur « aversion pour la radicalité » qui nous empêchent de comprendre la manière de fonctionner de l’exécutif russe, relève sur Twitter la chercheuse à l’université Paris Nanterre Anna Colin Lebedev.      « Nous ne croyons pas que le pire est possible. Sur un autre continent, peut-être, mais pas chez nous : “La Russie ne va quand même pas NOUS attaquer ?” Le pouvoir russe actuel ne raisonne pas en termes de coûts et d’avantages. Il raisonne en termes de mission majeure. […] Attaquer un pays de l’Otan serait suicidaire pour Poutine ? Ne l’excluons pas pour autant » développe-t-elle...."

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Trou noir financier

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 

Abus de liquidités
                         Bonne ou mauvaise nouvelle?
      Le liquide, c'est du solide, pense-t-on parfois. Des espèces sonnantes et trébuchantes en poche autrefois rassuraient.Mais jusqu'à un certain point seulement et dans une optique purement individuelle et domestique.


     Tout semble dans l'ordre à première vue et parfois intéressant pour certains.
    Mais il faut sortir de la vision à court terme et élargir le point de vue au niveau  macroéconomique, celui des échanges internationaux, des marchés financiers, de la spéculation en général et interbancaire en particulier. là où se joue le sort de la monnaie.
  Là, si, après Draghi, Mme Lararde est sur ses gardes, plus d'un économiste s'inquiète d'un phénomène atypique, qui rassure certains mais en inquiète d'autres.   Un phénomène largement ambigü et à terme inquiétant.

 
    Comme le dit Jacques Ninet:
     " ... Les politiques monétaires non conventionnelles (taux d’intérêt négatifs ou nuls et quantitative easing) sont à la fois le fruit des désordres structurels de l’économie mondialisée et financiarisée et la seule réponse apportée à ses crises récurrentes.
  A partir des années 1980, l’économie mondiale a adopté un modèle de croissance fondé sur la maximisation de la richesse actionnariale. Or ce modèle a deux faiblesses majeures : il est par construction générateur d’un accroissement des inégalités (de revenu et de patrimoine) ; il conduit les détenteurs du capital à arbitrer entre les différents moyens d’augmenter la valeur actionnariale, sur des horizons courts, en privilégiant fréquemment les opérations de fusions-acquisitions avec LBO (Leveraged buy-out, achat à effet de levier) et les rachats d’actions plutôt que l’investissement productif, dans une optique de maximisation du RoE (Return on equity, rendement sur le capital investi).
  Ces deux éléments pèsent sur la croissance, le premier en freinant la demande globale (car les détenteurs de la richesse ont une faible propension à consommer), le second en limitant les gains de productivité faute d’investissements suffisants dans l’innovation, d’où l’idée de stagnation séculaire avancée par certains économistes.
  L’augmentation de l’endettement global (ménages, entreprises, états) est la conséquence inéluctable de ces faiblesses. Cette dérive conduit inévitablement à des crises périodiques, financières et économiques, via le système bancaire ou les marchés financiers.
   Comme aucune remise en cause du modèle économique global n’est intervenue, les politiques monétaires accommodantes ont été le seul palliatif, crise après crise, le remède apporté à chaque crise devenant la source de la suivante. Dans un contexte mondial désinflationniste du fait de l’ouverture des marchés du travail « à bas salaire », les taux d’intérêt n’ont alors cessé de baisser, jusqu’à franchir la barre du taux zéro en Europe et au Japon...."
       Mario Draghi voulait surtout contribuer à désendetter les Etats et les banques et relancer l'économie. Il a crée un "monstre" économique en incitant à la création de taux d'intérêt les plus bas possibles, mais ce faisant, il a posé les bases d'un jeu dangereux qu'on lui a même reproché à Berlin. Les investissements  n'ont pas suivi.
   Voulant relancer l'économie réelle, il a surtout fourni des armes à la spéculation.
     Certains voient dans ce processus comme une anticipation du pire, une annonce de nouveaux désordres monétaires.
  Les conséquences peuvent inquiéter. On sait trop où mène la spéculation financière, dans certaines conditions.
 C' est comme le monde à l'envers par rapport à son fonctionnement "normal".
  L'abus de liquidité n'est pas  un phénomène rassurant, contrairement à ce que pourrait croire le sens commun. Ce remède nuit à la santé économique.

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L'impôt et les fourches

Publié le par Jean-Etienne ZEN

                         Ce serait presque attendrissant. Voilà que de très grosses fortunes de par le monde demandent humblement d'être taxés davantage qu'il ne sont actuellement. Quand on sait que beaucoup le sont proportionnellement moins que leur femme de ménage, on peut comprendre...Déjà lors de la crise de 2008, un groupe de philanthro-capitalistes  demandaient au pouvoir d'être imposés en rapport avec leurs revenus stratosphériques. Mais ce ne fut pas suivi d'effets, ils le savaient, et ils se firent ensuite plus discrets, craignant peut-être une nouvelle époque à la Roosevelt, qui pendant la crise de 29 les mit sérieusement à contribution..               Certains cependant persévérèrent à Davos. Cela sentirait-il le sapin ou la révolte, fourches en avant? Les châteaux seraient-ils menacés? La peur pourrait-elle être le commencement de la sagesse?  Ils passent aux aveux, avec parfois quelques accents se sincérité: "...«La plupart d'entre nous peuvent dire que, alors que le monde a traversé d'immenses souffrances au cours des deux dernières années, nous avons en fait vu notre richesse augmenter pendant la pandémie –mais peu d'entre nous, voire aucun, peuvent honnêtement dire que nous payons notre juste part d'impôts», écrivent les signataires. Le groupe soutient que le système fiscal international a créé un manque de confiance entre les gens ordinaires et les élites, ces dernières étant les «architectes de ce système».

 

                                      Mais pas de suite à ces élans de civisme....comme on s'y attendait. L'héroïsme contributif n'a pas la cote au pays des ultra-riches. Et pourtant le temps est venu de combler l'immense fossé qui se creuse entre les extrêmes, ne serait-ce que pour sauver l'économie réelle, en mettant fin au règne des rentiers improductifs.                     ______ "...La confiance – en politique, dans la société, entre nous – ne se construit pas dans de minuscules pièces annexes accessibles uniquement aux plus riches et aux plus puissants. Elle n’est pas bâtie par des voyageurs spatiaux milliardaires qui font fortune grâce à une pandémie, mais ne paient presque pas d’impôts et offrent des salaires médiocres à leurs employés. La confiance se construit par la responsabilité, par des démocraties bien huilées, justes et ouvertes qui fournissent de bons services et soutiennent tous leurs citoyens.    Et le socle d’une démocratie forte est un système fiscal équitable. Un système fiscal équitable.    En tant que millionnaires, nous savons que le système fiscal actuel n’est pas équitable. La plupart d’entre nous peuvent dire que, si le monde a connu d’immenses souffrances au cours des deux dernières années, nous avons en fait vu notre richesse augmenter pendant la pandémie – mais peu d’entre nous, voire aucun, peuvent honnêtement dire qu’ils paient leur juste part d’impôts.    Cette injustice, inscrite dans les fondements du système fiscal international, a créé un manque de confiance colossal entre les peuples du monde et les élites qui sont les architectes de ce système…      Pour le dire simplement, pour rétablir la confiance, il faut taxer les riches. Le monde – tous les pays qui le composent – doit exiger que les riches paient leur juste part. Taxez-nous, les riches, et taxez-nous maintenant.    Aggravée par la pandémie de coronavirus, la montée en flèche de l’inégalité des revenus et des richesses a été au cœur des récents mouvements de protestation de masse en Amérique du Sud, au Moyen-Orient, en Europe, aux États-Unis et ailleurs – des soulèvements populaires qui se sont souvent heurtés à une répression policière brutale.     « Il est temps de corriger les erreurs d’un monde inégalitaire. »       Mais peu d’actes réels ont été faits ces dernières années pour inverser la tendance de plusieurs décennies d’une accumulation de richesses stupéfiantes au sommet et d’une baisse du niveau de vie pour de larges pans de la population mondiale.    Selon une analyse d’Oxfam publiée en début de semaine, les dix hommes les plus riches du monde ont vu leur fortune cumulée augmenter de plus de 1,2 milliard de dollars par jour depuis que la pandémie de coronavirus a frappé il y a deux ans, alors que des dizaines de millions de personnes dans le monde ont sombré dans la pauvreté.  Les défenseurs et les législateurs progressistes soutiennent depuis longtemps que l’augmentation des impôts sur les riches – bien qu’elle soit loin d’être une panacée pour les maux profonds de la société – contribuerait à réduire les inégalités croissantes et à générer des revenus que les gouvernements pourraient consacrer à la réduction de la pauvreté, à la fourniture de soins de santé universels et à la satisfaction d’autres besoins fondamentaux.     Gemma McGough, une entrepreneuse britannique et membre fondatrice de Patriotic Millionaires UK, a réitéré cet argument dans une déclaration mercredi.   « Une valeur commune à la plupart des gens est que si quelque chose n’est pas juste, alors ce n’est pas bien. Mais les systèmes fiscaux du monde entier intègrent l’injustice, alors pourquoi les gens devraient-ils leur faire confiance ? a déclaré McGough, l’un des signataires de la nouvelle lettre. On leur demande d’assumer notre fardeau économique commun encore et encore, alors que les plus riches voient leur richesse, et leur confort, continuer à augmenter. » « Il est temps que nous redressions les torts d’un monde inégalitaire, ajoute McGough. Il est temps de taxer les plus riches."                        ____Certains hyper-privilégiés sentiraient-ils passer le vent du boulet et finiraient-ils par comprendre qu'il est dans leur intérêt de mettre la main à la poche?... quitte à renoncer à l'achat d'un deuxième yacht ou d'une troisième résidence de luxe.              _____________________

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Autrefois l'Amazonie

Publié le par Jean-Etienne ZEN

Début de la fin d'un mythe.
                            C'en est fini de certains fantasmes concernant cette immense forêt, qui ne fut pas toujours si vierge. Ce ne fut pas toujours l'enfer vert.
              Les déforestations ont parfois un côté inattendu, en permettant des découvertes improbables..
  L'Amazonie est en train de perdre son aura de mystère et de devenir un terrain de recherches infini, ouvrant la porte à l'exploration de nouvelles civilisations passées.
   La photographie aérienne a fait beaucoup évoluer les découvertes archéologiques.
      Le poumon de la planète n'a pas fini de nous étonner.
   Plusieurs millions de personnes vivaient dans cette contrée, avant l'arrivée des conquérants européens, depuis 10000 ans sans doute, le plus souvent sédentarisées, à la culture élaborée.
Levi-Strauss ne pouvait s'en douter.
 Les microbes européens ont eu raison des populations qui vivaient dans cette vaste contrée, de manière très organisée.
    Il reste beaucoup à découvrir et à connaître dans l'univers amazonien (pas celui-ci, l'autre...)
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                ".... William Woods, géographe à l'Université du Kansas, au sein d'une équipe étudiant les géoglyphes d'Acre, estime que « si l'on veut recréer l'Amazonie précolombienne, la plupart des forêts doivent être enlevées et remplacées par des habitats et des cultures intensives. Je sais que cela passera mal auprès des fervents écologistes... mais que peut-on dire d'autre ? »

Les géoglyphes, motifs géométriques gravés dans la terre, sont devenus de plus en plus visibles avec la déforestation de l'Amazonie, New York Times, 2012, DR.
   Denise Schaan, archéologue à l'Université fédérale du Pará au Brésil, a dirigé des recherches sur les géoglyphes et procédé à des tests au radiocarbone. Elle a ainsi mis en lumière que leurs constructions remontent de 1000 à 2000 ans, parmi lesquels certaines pourraient même avoir été reconstituées à plusieurs reprises au cours de cette période.
    Dans les années 2010, les chercheurs en sont venus à penser que ces géoglyphes avaient une importance cérémonielle, sans pouvoir établir aucune certitude cependant. Le mystère est d’autant plus profond que ces géoglyphes n’ont pas de rapport évident avec les autres colonies pré-colombiennes découvertes ailleurs en Amazonie. Et de grandes lacunes touchant aux peuples autochtones de cette aire géographique persistent.
    Dans un article du New York Times daté du 14 janvier 2012, le paléontologue brésilien Alceu Ranzi compare ces réalisations aux célèbres lignes de Nazca dans le sud du Pérou (note). Ces découvertes viennent remettre en question la version d’une Amazonie peu habitée, confirmant du même coup les thèses du journaliste américain Charles C. Mann.
    Dans son livre, 1491, Nouvelles révélations sur les Amériques avant Christophe Colomb (note), issu des recherches scientifiques sur l’Amérique précolombienne, il explique que certaines parties de l'Amazonie étaient « beaucoup plus peuplée qu'on ne le pensait » et que « ces gens ont volontairement modifié leur environnement de façon durable ».
Des artefacts précolombiens, trouvés près de certains des géoglyphes de l'État d'Acre, offrent des indices sur leur origine, New York Times, 2012, DR.   Il semble maintenant probable que l’arrivée des Européens a aussi provoqué une multiplication des conflits. Que ce soit pour fuir les Blancs et les risques d’esclavage ou pour s’en rapprocher afin de contrôler l’accès au commerce, les Amérindiens de la région semblent être devenus plus nomades qu’avant, d’autant que les agglomérations les plus importantes, le long de l’Amazone, ont été les plus touchées par le choc microbien et ont totalement disparu.
Un autre élément a joué un rôle essentiel dans ces transformations : l’introduction du métal. Les outils de pierre étaient peu efficaces pour déboiser, ce qui aurait plutôt incité les habitants de la région à exploiter les parcelles de manière prolongée, au prix d'importants efforts collectifs.     Les haches en métal, au contraire, ont permis à des populations décimées par le choc microbien de pratiquer les cultures sur brûlis qui ne seraient donc pas à interpréter comme une technique immuable mais au contraire comme une innovation technologique et agricole majeure. Le contrôle des approvisionnements en métal auprès des Blancs devient alors un enjeu essentiel qui engendre des tensions et affrontements.
    Toutes les certitudes sur le régime alimentaire et l’agriculture précolombienne ont été remises en cause et avec elles, celles sur le rapport des habitants et de leur environnement. Alors qu’on considérait jusque-là que le manioc constituait la nourriture de base de l’ensemble des habitants de l’Amazonie, l’absence de toute trace de sa production (alors que sa préparation nécessite de nombreux outils) sur la plupart des sites découverts a contraint à remettre en cause cette certitude : il était bien cultivé par divers groupes, mais non par tous, de loin           
    L'abondance des plantes domestiquées en Amazonie prouve l'existence de la grande variété des régimes alimentaires entre les tribus. Ainsi, des arbres fruitiers ont été sélectionnés et croisés entre eux, comme le palmier-pêche, extrêmement prolifique. Ananas sauvage, noix diverses, baies… ont aussi été plantés pour permettre de nourrir les populations et vont à l'encontre de l'idée reçue d’une « générosité » spontanée de la forêt.     La densité de la forêt amazonienne, comparable à celle des forêts européennes, semble du reste s'accroître dans les zones peuplées par les populations précolombiennes, où l'on retrouve des espèces cultivées en abondance. De plus, cette forêt est traversée de nombreux chemins, routes, canaux, de sols surélevés dans les zones inondables, ainsi que de nombreux aménagements et terrassements, qui n’ont pour certains été que très récemment été identifiés comme étant le fruit de l’action humaine. Leur ampleur demeure largement méconnue : il reste encore à repérer les structures érigées par l’homme.
    S’il est encore impossible de proposer une description précise des modes de vie, lesquels ont du reste varié pour s’adapter aux changements de la végétation dus aux évolutions du climat, la diversité linguistique et culturelles ne doit pas être sous-estimée : certaines tribus vivaient au sein de véritables villes alors que d’autres étaient des chasseurs-cueilleurs, et d’autres encore semi-sédentaires...    Désormais, considérer que la région amazonienne aurait été un « enfer vert » où des populations auraient péniblement survécu au sein d’un écosystème qui les aurait dépassés, pourrait relever de l'aberration. Pour vivre et se pérenniser, elles ont dû s'adapter aux évolutions et changements récurrents de leur environnement.      Mais que la forêt amazonienne ne soit pas aussi primitive et intacte qu’on le croit volontiers n’implique naturellement pas qu’elle soit moins précieuse pour l’avenir de l’humanité.."      (Merci à Hérodote. net)
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Paradis suisse

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 Petits et grands secrets helvètes

                   Vous avez dit "transparence"?  Comme le Luxembourg, mais en plus grand, le pays des Helvètes est un lieu plein de charmes, qui fait un peu bande à part, mais qui connaît une prospérité qui ne se dément pas. On le comprend. Ce ne sont pas seulement les paysages de carte postale qui attirent. C'est aussi certaines grandes firmes multinationales, mais surtout les très nombreuses mais discrètes banques, ayant pignon sur lac ou non. Des maisons honorables, bien sous tout rapport, qui strockent et lessivent sans bruit. Une vieille tradition. Déjà à l'époque de Voltaire. Un paradis très accueillant pour toutes sortes de capitaux venus de toutes parts et de tous milieux. Il faut de tout pour faire une banque...

 

 

 

  ____  Pourtant on nous avait dit que les paradis fiscaux c'était fini, à l'issue de la crise de 2008, où leurs pratiques avaient été fortement critiquées, même en plus haut lieu. N. Sarkozy l'avait répété: plus jamais ça! Les USA, non sans arrière-pensées, avaient obligé le petit pays alpin à changer de pratiques, notamment sur l'anonymat des comptes bancaires. Une régulation minimale. Mais le petit pays est resté comme un gruyère, où on pouvait entrer sans trop de formalités, quelle que soit la "propreté" des fonds déposés.              ___On vient de l'apprendre, du moins en partie, certaines banques étaient trop accueillantes, "négligentes" (!) pas toujours regardantes. De l'argent sale, comme on dit, circulait dans les tuyaux des machines à produire de la propreté. Du beau monde venait se réfugier sous le ciel du lac Léman, séduit par le généreux slogan de la maison de Zürich: "L'avenir vous appartient". Comment ne pas céder?     Sauf que c'était en marge de toute légalité. Schön, aber schmutzig!    ...La pratique banale de tous les paradis discaux de par le monde, pour qui l'argent n'a pas d'odeur. La maison connaît donc des "déboires" (sic!), comme dit le Figaro.  L'ancien député de Genève avait raison: la blancheur et la transparence ne sont pas, malgré l'apparence, des qualités suisses...                                                ___ Qui a dit que les paradis fiscaux étaient l'enfer des pauvres?   __________

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