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Histoire malmenée

Publié le par Jean-Etienne ZEN

De toutes les manières.

                      Ce n'est pas nouveau, mais cela prend un tour particulier et intentionnel aujourd'hui: l'histoire se retrouve au coeur d'une bataille idéologique. Il ne s'agit pas d'ignorance, mais de prise de parti. Certes l'histoire n'est pas une science dure, seulement une science humaine, qui, malgré sa rigueur et ses méthodes éprouvées, comporte toujours des marges d'incertitude, soit au niveau des faits, parfois mal établis, soit surtout au niveau de l'interprétation, qui donne sens à une période historique, brève ou longue. Aujourd'hui certains tentent intentionnellement d'interpréter les faits dans le sens qui leur convient, du point de vue de leurs a priori, jusqu'à les déformer, pour justifier des choix contestés. L'histoire justifie ce que l'on veut, comme disait Valéry, si on ne respecte pas les faits qui font consensus chez les chercheurs et les interprétations fondées que l'on en dégage. Comme une certain Zemmour, qui ne se gêne pas pour tordre les faits pour les besoins de sa cause, même contre tout bon sens. Plus que jamais le présent éclaire la lecture qu'on peut donner du passé. Comme ici. Ou là. Même de manière ludique.

 

 

      "...Dans le Puy du faux : enquête sur un parc qui déforme l’histoire, paru en mars 2022, quatre historiens se sont penchés sur le cas du Puy du Fou, parc à thème créé en Vendée par l’homme politique Philippe de Villiers, qu’ils accusent de falsification historique, notamment pour sa défense de la thèse d’un «génocide vendéen». Philippe de Villiers, ex-compagnon de route du parti d’Eric Zemmour, Reconquête, n’a d’ailleurs jamais caché faire de la «métapolitique» pour faire passer ses idées. Alors que le premier film produit par Puy du Fou, Vaincre ou Mourir sort en salles ce mercredi, Guillaume Lancereau, historien spécialiste de la Révolution française et coauteur de l’ouvrage, revient sur les thèses défendues par le film..."    _________________
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Guerres de l'information

Publié le par Jean-Etienne ZEN

                        La rivalité entre les grandes puissances n'a pas qu'un caractère politique et/ou économique. Elle est aussi - et de plus en plus- informationelle. Ce n'est pas nouveau, cela prend juste une ampleur nouvelle, avec des moyens sans commune mesure avec ce qui pouvait exister il y a seulement un siècle. Marc Bloch dans son essai Réflexions d'un historien sur les fausses nouvelles de la guerre publié en 1921, avait déjà soulevé le problème. Il faut dire que rumeurs et propagande avaient été intenses pendant la guerre de 14-18, de divers côtés.                                             La manipulation des esprits par tous les canaux disponibles reste une constante. Les fake news sont aujourd'hui à l'oeuvre, comme les nouveaux canaux de communication, ajoutant souvent à la confusion des esprits. Les moyens sont surmultipliés aujourd'hui et se développent même hors conflit. Les moyens donnés par l'IA ajoutent à la confusion parfois, comme on le voit aujourd'hui.     


                                                                                                                                                                   La galaxie trumpienne représente  un sommet jamais égalé dans la fabrication et la manipulation de l'information          ___   "...Aux États-Unis, l’espace informationnel de 2026 n’a plus rien à voir avec celui de 2016 ni même de 2020. L’administration Trump a construit ses propres canaux de communication vers le public, attaque les médias traditionnels et sape toute capacité indépendante à documenter des faits....avec un nouvel objectif : le pourrissement du débat grâce à la fabrication d’une véritable infrastructure de propagande. Cette sorte de monde parallèle consolide la « réalité alternative » trumpiste, où le milliardaire a gagné l’élection 2020 contre Joe Biden, où l’attaque contre le Capitole le 6 janvier 2021 était une manifestation pacifique, et où toute critique ne peut être qu’un complot d’une gauche « terroriste ».     Peter Baker, correspondant du New York Times à la Maison-Blanche, décrit bien le nouveau rapport aux médias des membres de l’administration Trump II : « Ils ne considèrent pas la salle de presse comme un moyen de transmettre des informations. Ils ne la considèrent même pas comme un moyen d’influencer les journalistes. Pour eux, c’est un théâtre pour le public Maga [« Make America Great Again – ndlr]. »     En 2025, le département de la sécurité intérieure (DHS) a dépensé 51 millions de dollars dans la production de vidéos YouTube mettant en scène les arrestations menées par les agents de l’ICE (Immigration and Customs Enforcement). Le budget pour les affaires publiques de cette police de l’immigration a explosé en 2025 grâce à la « grande et magnifique loi » budgétaire pour devenir une machine médiatique dont le but est d’inonder les réseaux sociaux.  L’équipe travaille comme une agence d’influenceurs professionnels, utilisant des outils payants de suivi des réseaux pour évaluer ses publications, classées par nombre d’impressions et de taux d’engagement. L’administration Trump défend volontiers cette opération : « C’est ce que veulent les Américains, la preuve visuelle que Trump tient sa promesse d’expulser des millions d’immigrants à travers le pays. »                                                                                                                                           Un écosystème médiatique alternatif s’est consolidé très rapidement, avec des plateformes vidéo et des réseaux sociaux financés et dominés par les conservateurs, parmi lesquels le propre réseau de Donald Trump, Truth Social. Le rachat de Twitter par Elon Musk, en 2022, a amplifié cet écosystème en assurant l’interconnexion de l’ensemble.                                                                                                                 ...Donald Trump a eu, pendant plusieurs décennies, une relation symbiotique avec les médias traditionnels, inséparable de sa carrière de promoteur puis de star de la téléréalité, et enfin d’homme politique. Mais il est passé d’une dépendance mutuelle à un affrontement direct, exigeant la soumission sous peine de destruction.   Donald Trump n’a désormais plus besoin des médias pour atteindre son public. Il les attaque, les poursuit en justice, menace leur crédibilité et, in fine, leur modèle économique. Le Congrès (à majorité républicaine) a par ailleurs validé l’essentiel des coupes budgétaires dans les médias publics, menacés de disparition.              Dès son retour aux manettes, Donald Trump a aussi favorisé les nouveaux supports médiatiques loyaux, transformant la composition de la salle de presse de la Maison-Blanche. Parmi les personnes accréditées, on trouve par exemple Brian Glenn, de Real America’s Voice, une chaîne fondée en 2020 qui retransmet tout ce que fait Trump sans commentaire. C’est Brian Glenn qui, en février 2025, a reproché à Volodymyr Zelensky de ne pas porter de costume-cravate lors de sa rencontre avec Donald Trump et J. D. Vance dans bureau Ovale...."    ___________

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La mer, une poubelle?

Publié le par Jean-Etienne ZEN

La mère de toute vie en souffrance.

                             Que la mer soit devenue une sorte de grand déversoir, où s'accumulent, parfois de manière invisible, un grand nombre de produits, parfois dangereux, rejetés par les activités humaines de toutes sortes, est devenu une évidence. La Méditerranée n'est pas épargnée. Les microplastiques sont partout, comme les polluants chimiques, qui ne sont pas sans effets sur la biodiversité marine.                                                                                                                                                  Mais il y a pire! La mer Baltique, notamment, a servi de déversoir pour tout un matériel de guerre pendant des années. sans parler des déchets nucléaires. Une poubelle inquiétante.          La mer qu'on voit danser, le long des golfes clairs♪♫♪...nous cache bien des richesses, mais aussi bien des déchets dont beaucoup ne sont pas neutres et sans effets toxiques à venir. On trouve tout dans le fond des océans, ces masses aquatiques vitales pour la vie sur terre.  Pas seulement des plastiques qui se voient ou ne se voient plus, sous forme de microéléments que peut ingérer la faune marine. Pas seulement les épaves de toutes sortes, anciennes ou récentes, dont les contenus parfois douteux ou suspects doivent nous alerter.  Des milliers de conteneurs sont perdus chaque année. Leurs cargaisons sont une source de pollutions multiples dont les autorités n’ont pas pris la mesure, sans parler des déchets radioactifs.                                                                                                                           De sérieux risques sont à venir, quoi qu'en disent certaines langues de bois irresponsables:  ..."De 1946 à 1983, la communauté scientifique a jugé que déposer des déchets radioactifs sur les fonds marins était une « solution sûre », « car la dilution et la durée présumée d’isolement apportées par le milieu marin étaient suffisantes », retrace l’Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs). Cet établissement public à caractère industriel et commercial, chargé de la gestion des déchets radioactifs en France, réalise régulièrement l’inventaire national des matières et déchets radioactifs. Jusqu’en 1977, les états ont été libres de superviser eux-mêmes leurs opérations d’immersion. Puis le Conseil de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) a obligé les pays membres à se soumettre aux directives et à la surveillance de l’Agence pour l’énergie nucléaire (AEN). En 1972, la convention de Londres interdit l’immersion de déchets fortement radioactifs. Un moratoire sur l’immersion des déchets est adopté en 1983, dans l’attente d’un examen global de la question. En 1993, les pays signataires décident d’interdire l’immersion de déchets radioactifs dans la mer, « davantage pour des raisons morales que scientifiques », ajoute Émilie Grandidier, chargée de communication à l’Andra, qui assure que tout débat sur d’éventuelles immersions futures est définitivement clos...." (sic) !!!

 

                Dans la Baltique et la mer du Nord notamment, des quantités d'explosifs, de véritables bombes chimiques risquent de faire disparaître à terme toute vie marine. Il y a pire, on a déversé il n'y a pas si longtemps des déchets radioactifs, qui constituent une menace encore plus grave. Au large du Cotentin, par exemple, la corrosion des fûts radioactifs se poursuit. Sans parler du rejet dans l'océan de l'eau radioactive à Fukushima et dans dangers potentiels de nos stockages nucléaires dans la Manche, notamment dans la fosse des Casquets. La récupération des déchets, nucléaires ou toxiques, dans ces zônes notamment est devenue pratiquement impossible. Mais qui en parle?   __________________

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Petit billet du dimanche

Publié le par Jean-Etienne ZEN

__ Confusion

__ Porosité

__ Bétonnage?

__ Exosquelettes

  __ Nanoparticules   >>                                         

 

__ Crise de l'eau?

__ Fausse fiction

__ Mieux qu' Harvard

__ Brebis galeuse

__ Légende trumpienne

__ Balle dans le pied

__ Simple "exhortation"

__ La hantise de Sterin

__ Rêves de Dubaï?

__ Scénario noir 

__ Pompe africaine

__ Applications néfastes

__ Une honte américaine

__Fusion nucléaire: quel avenir?

         ___________________   Retour de flammes _________

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David et Goliath

Publié le par Jean-Etienne ZEN

Résistance  [Notes de lecture]

       Vietnamienne engagée, Tran to Nga eut à subir dans sa chair les effets de l'"agent orange", hautement toxique, qui fut abondamment utilisé par l'armée américaine pour défolier les forêts du Vietnam, à des fins militaires, et cela pendant plusieurs années. Comme beaucoup des siens, elle eu à subir, comme une de ses enfants les effets terribles de ces substances larguées du ciel, produites par des firmes comme Mosanto-Bayer.  Elle ne renoncera pas ...                                "... Des études américaines l'ont largement prouvé. Des effets qui durent encore. Ce qui fut à l'origine de son combat judiciaire.  ___ "...Il fut ensuite utilisé pour empêcher les résistants vietnamiens de se cacher dans les forêts du Sud-Vietnam, pour détruire leurs récoltes, mais aussi afin de dégager les abords des installations militaires américaines et y prévenir les attaques. Des essais concluants au Vietnam ont lieu dès 1959 sous la présidence de Dwight David Eisenhower.Ces opérations de guerre chimique débutèrent en 1961, le premier épandage ayant lieu le 10 août dans la province de Kontum au centre du pays. Le programme, intitulé opération Hadès puis rebaptisé opération Ranch Hand, débuta ensuite progressivement avec le feu vert du président John F. Kennedy en  jusqu'à atteindre son apogée en 1965..." (Wiki)

 

 

"Parmi les grands crimes contre l'humanité impunis du XXème siècle, on trouve la guerre coloniale des USA au Vietnam. La puissance impérialiste tout entière mise en œuvre pour soumettre le peuple vietnamien : un tapis de bombe d'une intensité inégalée, des déluges de Napalm brûlant tout, végétations, animaux et humains, des modifications du climat pour noyer les routes, mais aussi l'usage massif de produits chimiques toxique sur les forêts. L'armée américaine a même sérieusement envisagé d'envoyer des bombes nucléaires sur le pays !
Le bilan à la fin de l'invasion US était effroyable : 1,7 million de morts, trois millions de blessés et de mutilés et 13 millions de réfugiés. Mais les conséquences de cette guerre ne se sont jamais arrêtées, car les produits déversés par les USA continuent d'empoisonner des générations d'enfants.
Le 10 août est la journée de commémoration des millions de victimes de l'agent orange-dioxine, puissant défoliant mis au point par l'industrie agrochimique américaine. Aujourd'hui 22 août, c'est pourtant l'une de ces victimes qui s'est vue déboutée par la Cour d'appel de Paris, jugeant irrecevable l'appel de Tran To Nga. Sur le banc des accusés, des poids lourds de l'industrie agrochimique comme Dow Chemical ou Bayer-Monsanto, habitués des procès. Rappelons qu'à l'heure actuelle, Bayer-Monsanto est impliqué dans pas moins de 40.000 procès à travers le monde.
Tran To Nga a 24 ans en 1966. Elle est alors journaliste et résistante, et couvre la guerre impérialiste que les États-Unis ont lancé au Vietnam. Comme des millions de Vietnamiens, mais aussi de Laotiens et de Cambodgiens, elle subit l'épandage de l'agent orange-dioxine, dont les États-Unis font usage en masse – environ 100 millions de litres seront déversés entre 1961 et 1971 – afin de détruire les forêts dans lesquels les combattants et les combattantes se cachent, et les affamer. 20% des forêts du sud du Vietnam sont détruites. Aujourd'hui encore les zones touchées sont toujours contaminées. Il s'agit sans doute du premier écocide délibéré de l'histoire.
On estime aujourd'hui à 5 millions le nombre de personnes contaminées par l'agent orange. La perversité de ses effets est qu'ils se transmettent de génération en génération, avec des conséquences terribles sur les enfants qui naissent aujourd'hui. Depuis la fin des années 1960, des bébés naissent sans bras ou sans jambes, avec de graves malformations cardiaques ou des handicaps mentaux lourds. De nombreuses photos prises dans les hôpitaux vietnamiens et rapports médicaux en témoignent. Il en est ainsi pour les enfants de Tran To Nga, dont la première fille est décédée à 17 mois d'une malformation cardiaque grave. Ses deux autres filles, ainsi que ses petits-enfants souffrent également de graves pathologies, toutes liées à l'agent orange.
La bataille juridique de Tran To Nga a démarré il y a 10 ans contre l'armada d'avocats de Bayer-Monsanto et compagnie. En 2021, le tribunal judiciaire d'Evry reconnaissait "l'immunité de juridiction", autrement dit admettait que les industriels n'auraient eu aucune marge de manœuvre et auraient simplement obéi aux ordres de l’État américain. On en connaît d'autres qui ont tenté de nier leur participation à un crime contre l'humanité sous le fallacieux prétexte de "l'obéissance aux ordres"...
Si ces entreprises étaient vierges de tout soupçon, pourquoi auraient-elles accepté de dédommager des vétérans américains également touchés par l'agent orange ? Le deux poids deux mesures entre les victimes des pays occidentaux et les victimes des autres pays est criant. William Bourdon, l'un des avocats de Tran To Nga, indiquait de son côté : "la dioxine n'est pas le fruit d'une contrainte, mais du zèle des laboratoires pour plaire à l'administration du Pentagone". En effet, la toxicité de l'agent orange était connue depuis 1957. Pire, la dioxine aurait été volontairement surdosée par les fabricants accusés, pour provoquer le maximum de dégâts.
Aujourd'hui, la Cour d'appel de Paris a donc confirmé l'impunité des géants de l'agrochimie, mais Tran To Nga ne compte pas s'arrêter là et va faire appel de la décision. "
---Pour aller plus loin, suivez le Collectif Vietnam Dioxine de Tran To Nga : http://vietnamdioxine.org
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Varia

Publié le par Jean-Etienne ZEN

__ Lassitude

__ Résister?

__ Contradictions

__ Sharp Power                                 

 

__ Inacceptable

__ Chiisme

__ Presse libre?

__ Harvard en justice

__ Calcul trumpien

__ Désarroi libanais

__ Le pire scénario

__ National capitalisme

__ Obsession cubaine

__ Nettoyage ethnique

__ Le prix de l'eau

__ Matière à penser

__ Mensonges de Musk

__ Irresponsabilité d'Etat

__ IA générative en question

__ Fusion nucléaire: espoir?

                     _________   (Libre) revue de presse ____________

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Résurrection

Publié le par Jean-Etienne ZEN

Il était une fois une ville

        La crise économique de 2008 a laissé des traces durables dans l'industrie américaine, surtout dans certaines régions où, notamment, la construction automobile avait un passé glorieux. Notamment la ville de Détroit était un pôle majeur de l'aventure commencée par Ford, qui y fonda son empire industriel.  "...Lorsque le groupe commence à délocaliser massivement ses usines à l'étranger, dans les années 80, le chômage s'installe. Ce mouvement s'est accéléré avec la crise financière de 2008, qui a entraîné dans une quasi faillite les principaux groupes automobiles américains. La ville comptait en 1950 1,9 millions d'habitants. En 2014, ils n'étaient plus que 700 000. Les ouvriers au chômage ont quitté leurs logements, dont ils ne pouvaient plus payer les traites, faute de salaire. Dans le quartier résidentiel de East of Hamtramck, les ronces ont envahi les terrains des maisons délaissées. Mais Ford avait senti venir la tempête : le groupe a emprunté en 2005, deux ans avant la crise, 20 milliards de dollars aux banques pour relancer son activité. Portée par des investissements lourds de l'Etat, l'activité repart à Détroit et dans les alentours. Aujourd'hui, 500 personnes travaillent à la chaine dans l'usine Ford du Michigan, d'où sortent chaque jour plusieurs centaines de Focus et de C-Max..."                                                                                    En partie grâce à l'aide massive de l'Etat, Ford a repris le dessus, ce qui contribua à faire renaître en partie une ville moribonde, pour certains quartiers, totalement abandonnée.              Comme nous les signalions en 2015,   Des villes qui ont régressé ou ont été laissées à l'abandon, il y en a eu dans l'histoire...Détroit ne disparaître pas, elle, mais elle est devenue l'ombre d'elle-même...La crise et l'incurie des gouvernants est passée par là...Un vestige du rêve américain?                                                                                                                 L'écrivain Thomas B. Reverdy donne à imaginer et à penser Détroit  dans son dernier roman:

  ... Dans Detroit en putréfaction, la mort frappe souvent, indistinctement. Les bodybags encombrent la morgue, clos sur les corps d'adultes et d'enfants qui ne seront jamais identifiés. Mais, dans Il était une ville, Thomas B. Reverdy, ne fait pas que le sombre constat d'une enfance meurtrie par une société que ce fou de Taylor n'a pas su totalement rationaliser et qui produit l'abondance de la violence et du malheur. La glissade à toute blinde, ce vertige qui fascine les mômes, ne conduit pas toujours au pire et le bas d'une pente peut aussi révéler l'autre côté du possible, la résurgence de la vie.....

Ghost City

       Vestige du rêve américain, Détroit fascine et effraie.
    Oui, une ville peut mourir (et pas une petite!) ou presque..
La ville symbole est une des plus touchée par la crise, même si elle tente de se relever péniblement, par une renégociation d'une dette abyssale, aux conséquences sociales traumatisantes.
  En 2008, c'est la crise immobilière et les banqueroutes de General Motors et Chrysler, pendant que Ford met ses actifs en gage. Donnés pour morts, les constructeurs automobiles ont été sauvés par le gouvernement et sont désormais bénéficiaires. Mais cela s'est fait au prix de concessions qui remettent en cause le concept même de classe moyenne ouvrière. (Mediapart)
      Soixante ans de déclin ont amené cette cité dans l'état où on peut la voir aujourd'hui:
             Cela fait soixante ans que Detroit agonise lentement, sur fond de déclin industriel. « La ville n'est plus en mesure de générer suffisamment de revenus, explique Yan Cimon, professeur de stratégie à l'université de Laval à Québec. Elle voit sa population constamment diminuer et ses coûts d'entretien, notamment d'infrastructures, exploser. Donc c'est une ville qui a lentement décru, avec l'industrie automobile américaine. A mesure que les trois grands ont perdu des parts de marché, ils ont déménagé beaucoup d'usines notamment vers le sud des Etats-Unis donc ça a laissé Detroit sans base industrielle pour lui permettre de se renouveler ».
      Les trois grands, ce sont les constructeurs Ford, Chrysler et General Motors. A mesure qu'ils ont délocalisé, la ville s'est dépeuplée passant de 2 millions d'habitants dans les années 60 à seulement 700 000 aujourd'hui. Elle a troqué son surnom d'autrefois, Motor city, pour Ghost city, la ville fantôme. « Aujourd'hui, l'équivalent de Manhattan est inhabité à Detroit. Pour une ville de cette taille, c'est énorme », conclut Yan Cimon.

                    Les géants de la construction automobile  s’étaient mis, de 1941 à 1945, à produire chars, avions et munitions, ce qui avait valu à la ville le surnom d’"arsenal de la démocratie". Aujourd’hui synonyme de déclin, de ruine, de criminalité, la ville a vu fondre sa population progressivement, passant de 1,8 million d’habitants en 1950 à 700 000 aujourd’hui. Désormais, un tiers des habitants vit dans la pauvreté et 20% environ sont au chômage.
         Une "résurrection" commence à avoir lieu, longue, coûteuse et douloureuse. La reconstruction reste problématique. L'Etat a été plus généreux avec les banques.
      Même si aujourd'hui, la ville n'est plus officiellement en faillite, les blessures sont profondes et multiples.
La Motor City est toujours sous tutelle. Jusqu'à quand et à quel prix?
____________________________________        Détroit ne disparaître pas, elle, mais elle est devenue l'ombre d'elle-même...La crise et l'incurie des gouvernants est passée par là...
.           L'écrivain Thomas B. Reverdy donne à imaginer et à penser Détroit  dans son dernier roman
  ... Dans Detroit en putréfaction, la mort frappe souvent, indistinctement. Les bodybags encombrent la morgue, clos sur les corps d'adultes et d'enfants qui ne seront jamais identifiés. Mais, dans Il était une ville, Thomas B. Reverdy, ne fait pas que le sombre constat d'une enfance meurtrie par une société que ce fou de Taylor n'a pas su totalement rationaliser et qui produit l'abondance de la violence et du malheur. La glissade à toute blinde, ce vertige qui fascine les mômes, ne conduit pas toujours au pire et le bas d'une pente peut aussi révéler l'autre côté du possible, la résurgence de la vie.....

Ghost City

       Vestige du rêve américain, Détroit fascine et effraie.
    Oui, une ville peut mourir (et pas une petite!) ou presque..
La ville symbole est une des plus touchée par la crise, même si elle tente de se relever péniblement, par une renégociation d'une dette abyssale, aux conséquences sociales traumatisantes.
  En 2008, c'est la crise immobilière et les banqueroutes de General Motors et Chrysler, pendant que Ford met ses actifs en gage. Donnés pour morts, les constructeurs automobiles ont été sauvés par le gouvernement et sont désormais bénéficiaires. Mais cela s'est fait au prix de concessions qui remettent en cause le concept même de classe moyenne ouvrière. (Mediapart)
      Soixante ans de déclin ont amené cette cité dans l'état où on peut la voir aujourd'hui:
             Cela fait soixante ans que Detroit agonise lentement, sur fond de déclin industriel. « La ville n'est plus en mesure de générer suffisamment de revenus, explique Yan Cimon, professeur de stratégie à l'université de Laval à Québec. Elle voit sa population constamment diminuer et ses coûts d'entretien, notamment d'infrastructures, exploser. Donc c'est une ville qui a lentement décru, avec l'industrie automobile américaine. A mesure que les trois grands ont perdu des parts de marché, ils ont déménagé beaucoup d'usines notamment vers le sud des Etats-Unis donc ça a laissé Detroit sans base industrielle pour lui permettre de se renouveler ».
      Les trois grands, ce sont les constructeurs Ford, Chrysler et General Motors. A mesure qu'ils ont délocalisé, la ville s'est dépeuplée passant de 2 millions d'habitants dans les années 60 à seulement 700 000 aujourd'hui. Elle a troqué son surnom d'autrefois, Motor city, pour Ghost city, la ville fantôme. « Aujourd'hui, l'équivalent de Manhattan est inhabité à Detroit. Pour une ville de cette taille, c'est énorme », conclut Yan Cimon.

                    Les géants de la construction automobile  s’étaient mis, de 1941 à 1945, à produire chars, avions et munitions, ce qui avait valu à la ville le surnom d’"arsenal de la démocratie". Aujourd’hui synonyme de déclin, de ruine, de criminalité, la ville a vu fondre sa population progressivement, passant de 1,8 million d’habitants en 1950 à 700 000 aujourd’hui. Désormais, un tiers des habitants vit dans la pauvreté et 20% environ sont au chômage.
         Une "résurrection" commence à avoir lieu, longue, coûteuse et douloureuse. La reconstruction reste problématique. L'Etat a été plus généreux avec les banques.
      Même si aujourd'hui, la ville n'est plus officiellement en faillite, les blessures sont profondes et multiples.
La Motor City est toujours sous tutelle. Jusqu'à quand et à quel prix?
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Quel journalisme pour demain?

Publié le par Jean-Etienne ZEN

A la croisée des chemins

                                   Jamais encore la presse d'information n'avait été confrontée à de tels défis. L'introduction de plus en plus rapide de l'IA, sous des formes variées, dans le secteur de la presse, représente un tournant majeur, trop rarement évoqué et anticipé. Surtout quand on se rappelle ce qui doit constituer l'essentiel de la notion d'information, qui n'est pas la simple présentation des faits, mais leur interprétation la plus objective et honnête qui soit. Faire l'opinion est toujours le résultat d'un processus complexe et collectif, dans lequel la responsabilité est engagée.     


                                                                                                         La question de certains usages actuels et potentiels des outils dérivés de l'IA devient de plus en plus une préoccupation, partagée par les meilleurs spécialistes de la question. Des menaces pèsent sur le travail et  l'indépendance de la presse, même dans ses formes actuellemen les plus élaborées. On a vu le monde du cinéma s'insurger contre certains usages de l'IA, qui remettent en question leur travail et leur talent. Un risque qui n'a rien d'imaginaire. C'est le risque de la "robotisation" de la culture en général, qui peut affecter d'autres domaines culturels, où la créativité pourrait être réduite ou abolie...   Pace à l'érosion de la presse digne de ce nom et du développement anarchique des plae forme en tous genres, la question n'est pas mineure.   Nous sommes à la croisée des chemins....                                                                                                                                                               "...Le lancement de ChatGPT en novembre 2022 et l’avènement des chatbots ont soulevé une nouvelle vague de captation des audiences. Ces moteurs de réponse produisent des résumés d’actualité qui dissuadent les usagers de consulter la presse : pourquoi lire un article journalistique sur un conflit quand une intelligence artificielle en synthétise des dizaines en une seconde ? Conséquence : depuis le lancement par Google du moteur de réponses AI Overview en mai 2024, les sites de presse ont, aux États-Unis, perdu un quart de leur trafic tandis que la proportion de recherches de nouvelles sur des chatbots n’occasionnant aucun clic vers des sites de presse passait de 56 % à 68 % (5). Cette réorientation se traduit par une évaporation des revenus publicitaires et une fragilisation des modèles économiques des médias et des agences.                 Si le lecteur souhaite aller plus loin ou vérifier l’information fournie par le chatbot, la machine lui propose certains liens. Mais ces sources sont six à dix fois moins nombreuses que celles fournies, par exemple, par Google Actualités, ce qui réduit d’autant la possibilité de consulter, voire de découvrir, des médias d’information. OpenAI a choisi de ne pas publier les critères utilisés par son automate pour sélectionner des sources de presse. Les éditeurs ne peuvent donc pas mettre en place des stratégies susceptibles de favoriser la sélection de leurs articles. Dans cette mécanique du pire, la dépendance des éditeurs aux géants du numérique s’accroît. Ainsi, l’absence de l’Agence France-Presse (AFP) parmi les sources que référencent les principaux agents conversationnels appauvrit cette dernière en limitant sa visibilité, alors que les journaux, qui subissent la même attrition, peinent de leur côté à payer leurs abonnements à l’agence.                                                                         Cette asphyxie des médias n’est pas un simple effet collatéral de l’innovation : elle marque une reconfiguration géopolitique de l’information. La compétition pour la visibilité s’internationalise car l’oligopole de la Silicon Valley offre une prime démesurée aux industries médiatiques anglo-saxonnes. OpenAI (qui commercialise ChatGPT) et ses concurrents privilégient un noyau restreint de titres globaux, tels que le New York Times, le Guardian ou CNN, et relèguent les autres au rang de figurants (6). La presse indépendante et/ou rédigée dans une autre langue que l’anglais n’a pas les faveurs des algorithmes.                                                                                        En France comme dans de nombreux pays, cette dépendance s’est construite en deux décennies dans un rapport de forces inégal. Dès 2003, Google Actualités reprenait des contenus sans rémunérer quiconque au nom d’une prétendue neutralité technique. Dix ans plus tard, l’État français misait sur l’autorégulation et favorisait la création d’un fonds de financement privé qui substituait la charité au respect du droit d’auteur. Parallèlement, le plus célèbre moteur de recherche nouait des partenariats avec certains titres et insérait dans son algorithme un classement des sources fondé sur des critères comme la taille et la productivité des rédactions.  La loi de 2019 reconnaît enfin les « droits voisins » : elle impose à Google et aux autres plates-formes de rémunérer les éditeurs lorsqu’ils reprennent leur production. Mais l’application concrète dépend d’accords souvent opaques : Le Monde perçoit au titre des droits voisins des sommes cent fois plus élevées que La Voix de la Haute-Marne. La logique du « winner takes all » (« le gagnant prend tout ») a éclipsé celle de la péréquation d’après-guerre. Avec l’IA, les accords de rémunération bénéficient majoritairement aux grands médias capables de négocier des compensations importantes, tandis que les titres locaux et indépendants se contentent de sommes dérisoires (7). En 2024, OpenAI a ainsi conclu des accords avec les groupes Le Monde, Axel Springer, Condé Nast, News Corp…, qui profitent à la fois des largesses financières prodiguées par le créateur de ChatGPT et du renvoi de trafic. Selon les données de SimilarWeb, la part des visites sur le site LeMonde.fr reçues depuis ChatGPT atteint 10 %, soit dix fois plus que les médias d’information concurrents. « Une citation du Monde dans un article de ChatGPT nous permet de convertir, en abonnements payants, vingt fois plus qu’un article du Monde sur Facebook et cinquante fois plus sur Google Discover », explique M. Louis Dreyfus, président du directoire du groupe Le Monde (8).                                                                                              Le journalisme se transforme-t-il en une classe d’actifs pour les industriels de la tech qui, après avoir capturé la distribution, investissent la production du sens ? Au fond, l’intrusion des géants de l’IA dans les rédactions constitue moins une rupture que le prolongement du processus amorcé dès le milieu des années 2000 avec le choix du tout-numérique. Pour être bien référencé par les plates-formes, les médias doivent réagir constamment à l’actualité et donc publier plus, plus vite, plus court. Les journalistes « web » rédigent quotidiennement de nombreux « contenus » alors que leurs confrères du « print » (l’« imprimé ») disposent généralement d’un ou de plusieurs jours pour rédiger un article ; mais voici les seconds vivement invités à rattraper la cadence des premiers. Ainsi, une stratégie initialement destinée à doper la diffusion transforme peu à peu la production. Et contribue à la modification des habitudes de lecture dont se prévalent ensuite les autres éditeurs pour justifier de mettre le doigt dans l’engrenage.   Cette accélération a encore renforcé la part du journalisme « assis », dont l’activité consiste moins à collecter des nouvelles originales sur le terrain ou à porter un regard critique sur le monde qu’à retraiter une information préfabriquée (dépêches d’agence, communiqués de presse…) (9). En 2017, une étude révélait que 64 % du contenu des articles publiés en ligne était copié-collé à partir de textes rédigés par des humains (10). Avant même l’arrivée de l’IA, une part significative du métier se réduisait ainsi à une série de tâches répétitives et quantifiables évaluées à travers des indicateurs de performance. En devenant une simple opératrice de flux, la profession s’est rendue d’elle-même automatisable. À présent, Internet se trouve submergé d’informations synthétiques. En novembre 2024, le volume des contenus générés par l’IA atteignait 55 % (11). Des sites d’information dépourvus de toute rédaction humaine se multiplient tandis que des images artificielles de médiocre facture saturent les réseaux sociaux.                                                                            Un avenir se dessine. Au sommet, quelques grands groupes ayant tiré leur épingle du jeu produisent une information de qualité à destination d’un public privilégié et parviennent à équilibrer leurs comptes grâce aux accords conclus avec les majors de l’IA. En dessous, un marécage numérique où les articles synthétisés automatiquement à partir de posts d’usagers sur les réseaux ou d’autres contenus créés artificiellement défilent sous les yeux du grand public. Les gouvernements n’ignorent rien de ce scénario : en misant sur l’autorégulation, ils en ont écrit le script. "  [Merci au Monde diplo: Olivier Koch & Nikos Smyrnaios. Respectivement maître de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’université Sorbonne Paris-Nord et professeur dans la même discipline à l’université de Toulouse, auteur de L’Espace public sous l’emprise du capital. De la presse bourgeoise aux géants de la Silicon Valley, Le Bord de l’eau, Bordeaux, 2025._ souligné par moi _]                                                                                                                                       __ « Avec l’IA, des licenciements transformés en arguments marketing », entretien avec Antonio Casilli, L’Humanité, Saint-Denis, 29 janvier 2026.

 

(4) Nikos Smyrnaios, Les Gafam contre l’Internet. Une économie politique du numérique, Institut national de l’audiovisuel (INA), Bry-sur-Marne, 2017.

(6) Olivier Koch, « Comment ChatGPT choisit ses sources pour vous répondre sur l’actualité », La Revue des médias, INA, 24 septembre 2025.

(7) Charis Papaevangelou, « De l’internet à l’IA, bis repetita entre médias et géants du numérique ? », La Revue européenne des médias et du numérique, n° 71, Paris, automne 2024.

(8) « Comment l’IA bouleverse-t-elle notre manière de nous informer ? », émission « La Fabrique de l’information », France Culture, 5 septembre 2025.

(9) Sophie Eustache, Bâtonner. Comment l’argent détruit le journalisme, Éditions Amsterdam, Paris, 2020.

(10) Julia Cagé, Nicolas Hervé et Marie-Luce Viaud, L’Information à tout prix, INA, coll. « Médias et humanités », 2017.

(11) Jose Luis Paredes, Ethan Smith, Gregory Druck et Bevin Benson, « More articles are now created by AI than humans », Five Percent.      

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Au-delà du manichéisme (2024)

Publié le par Jean-Etienne ZEN

Tout s'aggrave à Gaza.

                L'obstination de Netanyahou, objet de critiques de plus en plus vives en externe comme en interne, mène à une impasse. Des figures juives de premier plan prennent la parole. Le cercle vicieux des destructions et des catastrophes risque de préparer des jours encore pires. Pour longtemps.                                                                                                                              Les réactions à cette situation nous touchent de près. Certaines actions et réactions récentes sont des réponses aveugles et absurdes à des problèmes mal posés et à une confusion trop répandue: celle qui identifie antisémitisme et critique légitime d'un Etat, qui lui-même entretient l'amalgame.  Point de vue:                                                                                                                       " Samedi 24 août, la synagogue Beth-Yacoov à la Grande Motte dans l'Hérault a été visée par une attaque antisémite. Un individu drapé dans un drapeau palestinien, un keffieh sur le visage, a allumé un incendie sur les portes de l'édifice et brûlé des voitures dans l'enceinte du bâtiment.

Il s'agit d'un attentat antisémite d'une violence et d'une stupidité sans limite, et il faut le condamner sans réserve. Non seulement par solidarité avec les juifs et juives visés, mais aussi pour rappeler que l'antisémitisme est fondamentalement incompatible avec l'anti-colonialisme et la solidarité internationale. La pensée de Frantz Fanon nous le rappelle avec force. Frantz Fanon était un militant noir, écrivain, médecin anti-colonialiste. Né en Martinique et mort prématurément, il a pris parti dans les grands combats de son époque. Résistant pendant la seconde guerre mondiale, il rejoint les indépendantistes pendant la guerre d’Algérie. Il fut aussi psychiatre, métier qui l’a amené à analyser les traumatismes intérieurs provoqués par la colonisation. Il laisse derrière lui plusieurs ouvrages de référence sur le colonialisme et le racisme, notamment «Les Damnés de la terre».
Frantz Fanon écrivait : «De prime abord, il peut sembler étonnant que l’attitude de l’antisémite s’apparente à celle du négrophobe. C’est mon professeur de philosophie, d’origine antillaise, qui me le rappelait un jour : “Quand vous entendez dire du mal des Juifs, dressez l’oreille, on parle de vous.” Et je pensais qu’il avait raison universellement, entendant par-là que j’étais responsable dans mon corps et dans mon âme, du sort réservé à mon frère. Depuis lors, j’ai compris qu’il voulait tout simplement dire : un antisémite est forcément négrophobe.» En France et ailleurs, la parole anti-juive se libère sur fond d’atrocités commises à Gaza. D'un côté, l'extrême droite, le grand courant antisémite fait désormais bloc derrière Israël par haine des arabes et des musulmans tout en rêvant d'un «choc des civilisations», de l'autre, certains mélangent le soutien légitime et essentiel au peuple palestinien avec les pires relents antisémites.
Ne confondez jamais la communauté juive et l’État colonial. Depuis des mois et des années, partout dans le monde, des juifs et juives protestent contre les bombardements israéliens et sont même parfois arrêtés pour cela. En France les collectifs Tsedek et UJFP sont en première ligne des mobilisations de soutien à la Palestine. Les propagandistes pro-israéliens tentent d’entretenir volontairement la confusion. L’État israélien se proclame comme le porte-parole de la communauté juive dans le monde, afin d’assimiler la judéité à l’État d’Israël. Les médias français font de même, en ne donnant la parole qu’à des voix juives pro-israélienne ou presque, en hiérarchisant les victimes de la guerre et en qualifiant d’antisémite les propos contre les bombardements en cours. Ne tombons pas dans leur piège !
L’antisémitisme est un racisme européen pluriséculaire. Il s’agit d’un racisme parmi d’autres, mais pas comme les autres : la figure du juif a la particularité d’être construite, par les antisémites, comme dominante en secret. La figure du juif est, dans l’Europe médiévale, la figure par excellence de l’altérité, symbole de l’étranger apportant la corruption, le malheur, la maladie. Le juif ne mérite pas d’être défendu car il serait coupable par nature, il serait indéfendable. Ainsi, au Moyen-Âge, les juifs sont persécutés, accusés d’empoisonner les puits, de répandre les épidémies comme la peste, puis torturés par l’Inquisition. En Europe de l’Est, ils subissent des pogroms, véritables défoulements racistes collectifs qui conduisent à des massacres. Les fantasmes judéophobes sont alimentés par des théories complotistes, comme le fameux «Protocole des sages de Sion» écrit en réalité par la police politique du Tsar pour accréditer l’hypothèse d’une «conspiration israélite». Aujourd’hui encore ce texte alimente les délires des négationnistes.
Au XIXème siècle, l’antisémitisme est un mal répandu y compris à gauche : une partie des courants socialistes diffuse l’imaginaire du capitaliste juif, du spéculateur. Par exemple Proudhon, théoricien anarchiste, entretient une violente haine des juifs. Il n’est pas isolé. Certains révolutionnaires se battent néanmoins pour l’égalité politique des juifs, obtenue pendant la Révolution française en 1791. Un siècle plus tard, l’affaire Dreyfus (1894-1906) bouleverse la société française. Un capitaine juif est accusé à tort de trahison. Cette affaire est une rupture dans l’échiquier politique et l’histoire française. Une partie de la gauche rejoint les rangs des anti-dreyfusards ou choisissent le confort de l’absence de réaction. Mais Dreyfus compte malgré tout parmi ses défenseurs la gauche de Jaurès, d’Allémane, ou celle des anti-autoritaires (anarchistes). Les anti-dreyfusards vont former les rangs réactionnaires, pré-fascisants, partisans d’un nationalisme du sang, d’un «nationalisme intégral» (Maurras). Il existe même à l’Assemblée un «parti anti-juifs». L’antisémitisme est alors qualifié de «socialisme des imbéciles» par le socialiste allemand Bebel. À partir de Dreyfus, la gauche commence à comprendre que l’antisémitisme est un leurre et un poison.
Selon l’historien Zeev Steernhell, le fascisme puise ses sources en France, et non en Italie ou en Allemagne. À la fin du XIXème siècle, on voit en France émerger une droite qui n’est ni monarchiste, ni bonapartiste, une droite «subversive», autoritaire, antisémite, souvent violente. C’est une droite “anti-système” qui sera le creuset du fascisme. C’est également en France, grande nation colonialiste, qu’est théorisée «scientifiquement» la hiérarchie des races, la suprématie des européens blancs sur les autres peuples considérés comme «sous-développés» et inférieurs – notamment par le «scientifique» Gobineau. Tout ce climat va imprégner la société et nourrir les futurs fascismes. L’antisémitisme fait partie de la palette des racismes de l’Homme blanc occidental et colonialiste.
Quelques décennies plus tard, la France va collaborer étroitement avec l’occupant nazi et même anticiper ses demandes, notamment lors de la rafle du Vel’d’Hiv : la police française arrête et déporte des milliers de juifs et juives, y compris des enfants, pour le compte du Troisième Reich. Des hauts fonctionnaires et des intellectuels français sont animés d’un antisémitisme enragé, et le traduisent en acte.
Après-guerre, l’antisémitisme est d’avantage camouflé, après l’horreur des camps de la mort, mais il ne disparaît pas totalement. On le retrouve dans les rangs des néo-nazis, des Poujadistes ou même du côté du Front National, créé dans les années 1970 par des fripouilles nostalgiques du pétainisme, dont Jean-Marie Le Pen. Ce vieil antisémitisme ne disparaîtra jamais totalement, et s’il se cache, il resurgit par vagues, que ce soit sur le plan des idées avec la négation du génocide nazi, ou que ce soit en actes à travers des attentats, des profanations, des crimes. Lors de la campagne présidentielle 2022, le candidat Eric Zemmour a même tenu des propos ouvertement révisionnistes et s’est entouré de néo-nazis, tout en étant massivement médiatisé. Le gouvernement n’aide pas à installer un climat serein, et en premier lieu Emmanuel Macron qui citait Maurras et rendait hommage au Maréchal Pétain en 2018 ou qui nommait Gérald Darmanin Ministre de l’Intérieur en 2020, ancien proche de l’Action Française, une organisation royaliste et antisémite. En 2023, ce sont ces personnes, de Macron à Zemmour, qui s’inscrivent dans la filiation de l’antisémitisme français, qui font bloc derrière Israël. L'extrême droite a toujours détesté les juifs en tant que peuple qu'elle considérait comme déraciné, sans État, déloyal, vu comme potentiellement révolutionnaire et impossible à assimiler. C'est cette même extrême droite qui adore Israël en tant qu'État militarisé et raciste. Il n'y a aucune contradiction même si cela parait déconcertant : les fascistes sont antisémites pour les mêmes raisons qu'ils sont pro-Israël !
Ainsi, l'attaque d'une synagogue à la Grande Motte s'inscrit dans cette longue histoire de l'antisémitisme, meurtrier et stupide. L'auteur n'a pas visé les entreprises qui arment Israël, ni agi pour aider les palestiniens : il a visé la communauté juive. C'est un acte d'extrême droite qui souille la cause palestinienne et alimente les confusions. D'ailleurs, cet acte a été immédiatement instrumentalisé par les défenseurs d'Israël pour diffamer la gauche, et en particulier la France Insoumise. L'incendiaire antisémite ne pouvait pas leur faire un plus grand cadeau. ____Répétons-le : l’antisémitisme est l’ennemi absolu des mobilisations pour la paix. Il est fondamentalement incompatible avec le combat pour la liberté des peuples. L’État israélien est un État d'extrême droite, colonialiste, militariste et génocidaire : c’est à ce titre qu’il faut le combattre. Pas en attaquant nos frères et sœurs en humanité de confession ou de culture juive. Ils n’en sont pas responsables.
Méditons toujours l’adresse de Frantz Fanon envers les peuples colonisés : «Quand vous entendez dire du mal des juifs, dressez l’oreille, on parle de vous» [Contre-Attaque]
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De tout

Publié le par Jean-Etienne ZEN

__  Fin du mythe automobile en Allemagne?                                                                                                                                                             C'était prévisible. Berlin a donné à Pékin des verges pour être fouetté

__ Le coût de la guerre trumpienne                                                                                                                                                                              Qui ne sera pas que financier.

__  Bulle de  l'IA                                                                                                                                                                            Une pyramide de Ponzi?

__ Face au Chiisme                                                                                                                                                                            Une doctrine iranienne

__  Evangéliser, disent-ils                                                                                                                                                                         Dans le sillage d' Olivier Stérin 

__ Choc pétrolier                                                                                                                                                                          Et ses conséquences

__ Peter Thiel, grand lecteur de René Girard                                                                                                                                                          Une instrumentalisation qui n'est pas sans effet

__ Retraites polonaises et vieillissement allemand

__ Racisme décomplexé                                                                                                                                                                            Comme disait Frantz Fanon : « Le Blanc ne voit jamais le Noir. Il voit ce qu’il projette sur lui. La peur. Le désir. Le fantasme. La menace. »

__ Guerre comme porte de sortie pour Netanyahou.                                                                                                                                                         " Finir le job", disait-il...

__ Ecoles du commerce: usines à diplômes?                                                                                                                                                                     La question se pose

__ Reconnaissance faciale: dérives inquiètantes                                                                                                                                                                Elle ne pose pas seulement problème en Chine, mais aussi dans la police française:

" Sous l’œil bienveillant du Ministère de l’Intérieur et en dehors de tout cadre légal, la police se sert de la reconnaissance faciale pour surveiller et réprimer –Le ministère de l'Intérieur le jurait : il n'y a pas de reconnaissance faciale en France. Dans une enquête abondamment documentée, le média d’investigation Disclose révèle l’existence de méthodes policières dystopiques. À la croisée d’une multitude de dispositifs de surveillance, dont la reconnaissance faciale, la police surveille et réprime dans une impunité totale. Les élections municipales, massivement désertées par la population, ont été ces dernières semaines le théâtre d’une surenchère sécuritaire caricaturale. De l’armement létal des policiers municipaux à la vidéo surveillance algorithmique, en passant par les lampadaires «intelligents», les candidats de tous bords se sont rués dans une avalanche de propositions toujours plus inefficaces et dangereuses pour nos libertés. Au-dessus de ce néant politique, Disclose révèle cette semaine des pratiques policières orwelliennes qui durent depuis des années en toute opacité, et qui devraient attirer notre attention. Depuis 2022, la police nationale est ainsi autorisée à pratiquer le «rapprochement par photographie», une fonctionnalité disponible sur «les tablettes et smartphones» dont sont équipés l’ensemble des effectifs, police comme gendarmerie. Cette mesure a été instaurée sous l’impulsion de Céline Berthon, à l’époque directrice centrale de la sécurité publique et aujourd’hui patronne de la DGSI – les services de contre-espionnage. Concrètement ce gadget, présenté comme un simple outil numérique, permet non seulement la lecture automatisée des cartes d’identité et des plaques d’immatriculation, mais donne aussi accès à un système de reconnaissance faciale. Une technologie qui, comme l’enquête de Disclose le démontre, est directement connecté au TAJ, pour «traitement des antécédents judiciaires». Cet autre outil policier, consulté 1 million de fois en 2024, contient environ 17 millions de fiches sur des personnes mises en cause dans une enquête, mais aussi 48 millions de victimes. Autrement dit, quasiment toute la population adulte. On y trouve à la fois le prénom, le nom, l’adresse et la date de naissance de l’individu, mais aussi des informations personnelles très sensibles telles que l’appartenance politique ou religieuse.... Une simple photo prise lors d’un contrôle, avec ou sans le consentement de la personne, donne donc accès en «temps réel» à cette quantité de donnés informatiques titanesques, et ce en-dehors de tout cadre légal. Dans son enquête, Disclose indique que les usages abusifs de la reconnaissance faciale sont massifs et généralisés à toute la police. Pourtant, la loi est on ne peut plus claire : une circulaire du ministère de l’intérieur interdit explicitement l’usage de la reconnaissance faciale lors «d’une opération de contrôle d’identité». Plus grave, seuls des des agents «individuellement désignés et spécialement habilités» sont supposés y avoir accès, et uniquement dans le cadre d’une enquête criminelle, d’une infraction ou d’un délit. Dans les faits, il est très fréquent de voir des policiers prendre en photo des manifestant·es avec des smartphones..." Le site d’investigation énumère les multiples usages de cet outil de surveillance de masse : contrôles d’identité, contestations ou encore évacuations de squats, tout est bon pour dégainer l’appareil. Plusieurs victimes racontent les pratiques dystopiques des fonctionnaires. En plus de photos prises à l’insu des personnes contrôlées, voire de force, le sentiment d’impunité est tel que des fonctionnaires assument tranquillement, devant des caméras, s’en servir en-dehors du cadre précisément défini par la loi. Encore plus délirant, un rapport de l’IGPN indique que ces pratiques illégales sont connues et signalées depuis 2023. Le service d’inspection, pourri jusqu’à l’os, écrit noir sur blanc que le TAJ est «très fréquemment utilisé sur la voie publique lors des contrôles d’identité» et évoque des «consultations injustifiées» en augmentation. Alors que l’utilisation illégale du TAJ est punie de 5 ans de prison et 300.000 euros d’amende, les policiers ne sont presque jamais poursuivis et s’en servent régulièrement pour leur intérêt personnel. Malheureusement, comme l'a montré l'histoire récente, quand la police utilise illégalement de nouvelles méthodes de contrôle et de répression, non seulement elle est impunie, mais c'est la loi qui s'adapte à la police. En clair, le pouvoir vient «régulariser» après coup certaines pratiques policières opaques ou interdites, comme cela a été le cas pour l'usage d'armes à feu ou de moyens de surveillance. Il est donc probable, suite aux révélations sur la reconnaissance faciale, qu'une loi vienne valider et officialiser a posteriori l'usage massif de l'outil actuellement utilisé sous le manteau, plutôt que de l'interdire....Pour que 1984 reste éternellement une fiction, ..." La résistance citoyenne s'impose.

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