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Ces services qu'on dit (encore) publics

Publié le par Jean-Etienne ZEN

Petit à petit, le reagano-thatchérisme fait son lit

                L'ultralibéralisme des années 80, sous impulsion anglo-saxonne, poursuit son chemin. Le problème, c'est l'Etat, disait Ronald; "Il n'existe que des individus", répétait Maggie. Tous deux bons disciples de l'école de Chicago, de Hayek et de Friedman.                                                                                                    Si quelques corrections sont intervenues ca et là, s 'il y a souvent des lenteurs et parfois des résistances, l'esprit de Chicago n'a pas changé, du côté des économistes en vogue et de décideurs politiques de premier plan. Les services publics sont pour eux dépassés et il est temps d' "ouvrir le capital", comme disait pudiquement L.Jospin, pour privatiser sans vraiment le dire, au détriment des intérêts des citoyens, devenus surtout consommateurs, Les services tendent à devenir des marchés. Un processus de sabotage s'est installé. ".... Les gouvernements successifs ont fait le choix d’importer les normes du privé dans l’espace public. Ils ont été encouragés par des traités et directives de l’Union européenne (UE) favorables à la dérégulation. La rentabilité et la concurrence sont devenues des maîtres mots. Un contresens total pour des services qui ont vocation à satisfaire les besoins de la population, à servir l’intérêt commun, à mettre à l’abri des dynamiques inégalitaires.Des vagues de privatisations aux scandales des Ehpad ou des crèches, le dogme s’est installé au sommet de l’Etat : le privé ferait mieux que le public. Comme si les mécanismes du privé avaient une capacité d’organisation supérieure...."   On a vu..

              ll serait temps de faire à nouveau l'éloge du service public.    Car, de plus en plus, pas seulement en France, des secteurs d'activité d'intérêt général sont réduits ou sacrifiés sur l'autel des intérêts privés, directement ou indirectement, au nom d'un marché prétendument régulateur et facteur de progrès. Même au niveau de certaines missions ministérielles (recours à des cabinets privés.)  La doctrine reaganienne est passée par là...  jusque dans les couloirs de l'hôpital, des laboratoires pharmaceutiques et de projets d'école...   


                                                                                                        "...Qui veut la peau des services publics? Comment s’en sortent les agents qui ne parviennent plus à faire leur métier du fait des réorganisations incessantes, du management par les indicateurs et le reporting ? Quel impact cela a-t-il sur les usagers ? C’est à toutes ces questions que Claire Lemercier, historienne, Julie Gervais, politiste, et Willy Pelletier, sociologue, ont répondu au terme d’enquêtes au long cours, dans La valeur du service public (La Découverte, 2021). A partir de nombreux témoignages, ils montrent les conséquences des politiques mises en œuvre par une nouvelle noblesse d’Etat, qu’ils nomment la « noblesse managériale public-privé », formée dans les nouvelles écoles du pouvoir et coupée des réalités du terrain. Entretien avec Claire Lemercier et Willy Pelletier...."                                                              Il a raison, Jacques. C'est tout Bon...Même si ses constats viennent un peu tard et qu' il ne suffit pas de le proclamer. Et il n'est pas le premier.  C'est le constat sur le terrain de pas mal d'élus locaux depuis quelques années.

 

     ____Les services publics reculent, à tous les niveaux, se dégradent et engendrent une fracture qui ne peut que s' accentuer, si rien n'est fait. (*)
     C'était une des thématiques récentes des gilets jaunes de province. Il existe de plus en plus de zônes grises, de quasi-déserts administratifs, médicaux, etc...qui, comme un cercle vicieux, entraînent une perte de substance, en même temps qu'un sentiment d'abandon, reléguant de plus en plus de gens en seconde zône,  surtout quand se sont envolés les emplois industriels locaux.
  Une France à deux vitesses. On en prend le chemin, quand ce n'est pas déjà accompli. Il suffit de visiter les Ardennes ou la Meuse.
   Et il n'y a pas que la poste ou les centres de soins locaux qui sont concernés.
     C'est tout le lien social qui est affecté.
  La numérisation des données ne va pas remédier à ces choix le plus souvent faits hors concertation. Il faut être équipé, connecté, formé et la majorité vieillissante de la population rurale se trouve exclue d'emblée de certains services.
      La fracture numérique renforce de fait les inégalités.
  On a voulu  moderniser, financer le présent à court terme, privatiser de plus en plus, donner le pas aux conurbations urbaines, faire de la voiture le moyen d'aller plus loin se faire soigner, remplir une démarche administrative, etc...

    On a voulu réduire la voilure d' l'Etat, jugé trop obèse, sous l'influence de la pensée néolibérale de Hayek, devenu un dogme indiscuté. Maggie a montré le chemin.
   On a progressivement porté atteinte  aux  services publics, sous des prétextes les plus fallacieux.
    Le dégraissage fut à l'ordre du jour et se poursuit. On en voit les effets.
     Pendant ce temps, on fermait les yeux sur l'évasion ou la fraude fiscale, on réduisait les impôts des plus favorisés, on  soutenait de grandes entreprises sans le moindre contrôle, on se lançait sans frein dans des investissements problématiquement productifs, etc....
____________

  (*)    "....Ces maux ne datent pas d’hier et « renvoient souvent à des problèmes plus profonds, d’ordre systémique. Ils constituent les “signaux faibles” émis par la société française, souvent “invisibles” des responsables politiques et administratifs nationaux, faute d’être appréhendés de manière globale ». La réduction du périmètre des services publics, les réductions budgétaires d’un côté et la progression de la pauvreté et de l’exclusion de l’autre ont des effets dévastateurs sur la cohésion sociale. Résultat, « en 2018, le Défenseur des droits a constaté, une fois encore, (…) les effets néfastes de l’évanescence croissante des services publics sur les personnes pour lesquelles ils constituent souvent le principal recours ».       Cette évanescence est tout d’abord le fruit d’une réduction du « périmètre des services publics » par « la privatisation des services organisés en réseau, tels que la poste, les télécommunications, l’eau, le gaz, l’électricité, les services urbains ou les transports publics ».       Parallèlement à cette privatisation, l’État s’est également déchargé de ses obligations en déléguant « certains services publics, en particulier dans le domaine de l’action sociale et de l’aide à domicile des personnes en perte d’autonomie » à « des associations à but non lucratif de plus en plus mises en concurrence avec des sociétés privées dans le cadre de procédures d’appel d’offres où les critères financiers s’avèrent prédominants ».       Les services publics restant sous le giron de l’État ont quant à eux été « confrontés à une restriction de leurs moyens budgétaires, y compris dans le domaine social, couplée à une transformation de leurs modes d’intervention appelés à être plus efficients ».         Affaiblis par la réduction de leur périmètre et de leurs budgets, les services publics ont cependant dû faire face « au développement des inégalités, de l’exclusion de la pauvreté », explique le rapport. « Les personnes “exclues” sont apparues massivement dans les services publics : non seulement aux guichets des services sociaux et des organismes de logement, mais également dans les services de santé, d’éducation, dans la justice, etc., tous sont confrontés à la multiplication de situations d’urgence. »       Et beaucoup d’administrations n’ont pas les moyens de faire face à l’afflux de demandes. « Confrontés à l’essor de la pauvreté, les services publics, en particulier sociaux, ont tenté de faire face à l’afflux des demandes en développant le traitement de masse de dossiers, explique le rapport. La standardisation des modes de traitement des demandes de prestation d’allocations ou de pensions, alliée au souci de performance des différents opérateurs évalués à partir d’objectifs quantifiables et statistiques, fait obstacle au traitement individualisé des dossiers. Or les situations individuelles des personnes les plus précaires, qui constituent des cas d’urgence majeurs, sont souvent complexes. »      Le rapport cite particulièrement l’exemple « des réformes successives des régimes de retraite mises en œuvre à partir de 1993. Les évolutions législatives se sont enchaînées à un rythme soutenu. Elles ont systématiquement entraîné une augmentation du nombre de départs à la retraite et des demandes de pension que de nombreux organismes n’ont pas été en mesure de gérer dans des délais raisonnables (…). Des personnes assurées sont ainsi restées dans l’attente de la liquidation effective de leur avantage vieillesse plusieurs mois après leur cessation d’activité, ce qui, pour celles à revenus modestes, a pu poser des difficultés insurmontables ».        Le rapport du Défenseur des droits s’inquiète également d’une « répartition géographique des services publics décorrélée des besoins des usagers »« Derrière la logique budgétaire et le souci de rationalisation qui conduisent à la fermeture de guichets de services publics dont dépend l’accès aux droits des personnes les plus précaires, se profilent de nombreuses situations individuelles », prévient-il...."   ____________________________

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Climato-scepticisme en question (2)

Publié le par Jean-Etienne ZEN

  Une année dans les annales                                                                                                                                       Même si des années exceptionnelles connues sont nombreuses. Notamment, celles de sécheresses intenses et durables. 1976 est restée dans les mémoires. Donc, rien d'inédit. Sauf que le débat sur les causes profondes et  la longue durée s'est approfondi, malgré ses limites. Avec ses polémiques et ses dénégations, engendrant des approches souvent brouillées. Ces catastrophes ne sont plus seulement considérées comme "naturelles".  On le sait mieux depuis les premiers rapports du Giec.        Malgré les oppositions des industries fossiles, on ne peut contester l'essentiel des conclusions du Giec, même établies sur une période relativement courte historiquement.  Trump est aujourd'hui à l'avant garde de la dénégation.

 

[On comprend mieux...]

 

 

 

                          _ Malgré les confirmations répétées du Giec et l'évidence des faits accumulés, on pourrait croire qu'il n'y a plus de doute à avoir sur ce qui pour de nombreux spécialistes est devenu un quasi-évidence: les données climatiques, dûment mesurées et confirmées, convergent toutes vers une certitude partagée: il existe une transformation rapide du climat vers un réchauffement généralisé, dû largement à l'activité humaine galopante, surtout industrielle, surtout notamment depuis ses débuts. Il y a bien un large consensus sur ce constat.

 

      ___________Mais une frange non négligeable de personnes er d'institutions contestent encore ce constat, attribuant les transformations climatiques à des causes (surtout) naturelles, comme les très nombreux changements qui ont affecté l'histoire de la terre. Une remise en question liée encore à l'ignorance ou au déni, mais aussi à l'intérêt, au refus de remise en cause de pratiques, industrielles ou agricoles notamment,  qui sont soupçonnées être des  facteurs d'accélération et d'aggravation du climat local ou général. C'est ce appelle parfois le  grand déni, qui domine encore dans plusieurs pays du monde, notamment aux USA, dans les milieux industriels et conservateurs. Il fut un temps où en France Claude Allègre se faisait le champion de cette cause, au nom de données prétendument scientifiques. On ne l'entend plus. Mais une vague médiatique continue la même musique en France et même au sein d' institutions européennes. Diverses formes de climato-scepticisme continuent à se manifester.  Aux USA, c'est plus généralisé et affiché, souvent sans complexe, au service d'intérêts affirmés. Business first!  Au nom du " libre marché". Refusant les évidences et ramenant tout à un éco-pessimisme punitif et catastrophiste.   Comme dit Naomi Klein « c’est peut-être au moment du désastre ou juste après, qu’il est possible de reconstruire autrement. »


______________________ 

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Climato- scepticisme en question

Publié le par Jean-Etienne ZEN

Question de croyance?

 

[On comprend mieux...]

                           Malgré les confirmations répétées du Giec et l'évidence des faits accumulés, on pourrait croire qu'il n'y a plus de doute à avoir sur ce qui pour de nombreux spécialistes est devenu un quasi-évidence: les données climatiques, dûment mesurées et confirmées, convergent toutes vers une certitude partagée: il existe une transformation rapide du climat vers un réchauffement généralisé, dû largement à l'activité humaine galopante, surtout industrielle, surtout notamment depuis ses débuts. Il y a bien un large consensus sur ce constat.

 

      ___________Mais une frange non négligeable de personnes er d'institutions contestent encore ce constat, attribuant les transformations climatiques à des causes (surtout) naturelles, comme les très nombreux changements qui ont affecté l'histoire de la terre. Une remise en question liée encore à l'ignorance ou au déni, mais aussi à l'intérêt, au refus de remise en cause de pratiques, industrielles ou agricoles notamment,  qui sont soupçonnées être des  facteurs d'accélération et d'aggravation du climat local ou général. C'est ce appelle parfois le  grand déni, qui domine encore dans plusieurs pays du monde, notamment aux USA, dans les milieux industriels et conservateurs. Il fut un temps où en France Claude Allègre se faisait le champion de cette cause, au nom de données prétendument scientifiques. On ne l'entend plus. Mais une vague médiatique continue la même musique en France et même au sein d' institutions européennes. Diverses formes de climat-scepticisme continuent à se manifester.  Aux USA, c'est plus généralisé et affiché, souvent sans complexe, au service d'intérêts affirmés. Au nom du " libre marché". Refusant les évidences et ramenant tout à un éco-pessimisme punitif et catastrophiste.   Comme dit Naomi Klein « c’est peut-être au moment du désastre ou juste après, qu’il est possible de reconstruire autrement. » ______________________       

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Climato-scepticisme en question

Publié le par Jean-Etienne ZEN

https://marcelthiriet.blogspot.com/2024/01/climato-scepticisme-en-questtion.html

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Chaos informationnel

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 La citoyenneté et sa formation en péril     [Bis repetita]

                                   Dans la vague populiste montante, il devient de plus en plus difficile pour le citoyen moyen, surtout s'il  lit peu et ne dispose que de peu de moyens d'information relativement sérieux, de culture minimale et d'esprit critique un peu exercé, de se forger une relative bonne opinion de la la marche du monde et de ses implications dans le réseau des actions politiques et économiques. De s'informer, quoi! Même si une presse totalement objective n'existe pas au sens strict. Pas plus qu'un relai télévisuel, même non orienté, non marchandisé ou non partisan. Ce qui n'exclut pas des ligne éditoriales différentes.               Ne parlons pas des réseaux dits sociaux, qui véhiculent le meilleur et le pire, jusqu'aux fake news les plus grossiers. C'est aujourd'hui au niveau mondial que se pose le problème. Les ados sont particulièrement visés, mais pas seulement. La confiance est ébranlée sur les sujets les plus discutés, où les esprits se crispent, enracinés dans leurs idées préconçues, leurs parti-pris. La polémique domine. Les échanges critiques fondés et argumentés se réduisent au profit d'opinions le plus souvent non vérifiées ou seulement affectives ou partisanes, voire passionnelles.                                                             "... Les conditions de l'indépendance  de l’information sont les premières à avoir été balayées. Dès la fin de la décennie 2020, les grandes entreprises du numérique ont définitivement capté le marché de la publicité. L’assèchement des recettes publicitaires a conduit tous ceux qui en dépendaient, même partiellement, à la faillite. Plusieurs acteurs de l’information autrefois essentiels sont devenus une cible de choix pour ceux-là mêmes qui les ont privés de cette source de revenus. Certains ont été intégrés, dans une logique de concentration horizontale, à ces grandes firmes du numérique qui contrôlent désormais toute la chaîne de valeur, des matières premières aux terminaux en passant par l’infrastructure. Les autres sont réduits à un rôle de sous-traitants, fournisseurs de données dites « propres ». Dotée jadis d’une valeur commerciale directe (par la publicité, la vente au numéro ou à l’abonnement), l’information n’a plus, pour ces grands acteurs du numérique, qu’une valeur indirecte. Au premier rang desquelles l’information résumée à sa plus stricte expression, sa plus stricte valeur d’usage : de la data – et encore : de la data moins qualifiée que celle récoltée directement par ces entreprises de la tech auprès des publics, en aspirant leurs données (émotionnelles, de santé, communication, travail, consommation, etc.) du berceau à la tombe. L’information indépendante d’intérêts économiques n’existe donc plus.  C’est ensuite la vérification qui est devenue impossible. La désintermédiation initiée par les réseaux sociaux au début du XXIe siècle, couplée aux progrès de l’intelligence artificielle générative a donné naissance à une industrie du faux sans précédent. Parler de « faits », de « vrai » qui serait opposé au « faux », est, depuis le début des années 2030, devenu impossible. Au-delà des tentatives de manipulations géopolitiques, au-delà de son exploitation par des acteurs politiques internes, ce sont finalement les publics eux-mêmes qui ont donné le coup de grâce à la notion de vérification, en décrochant de l’information. Ils ont tout simplement fini par s’en détourner complètement, démunis devant le coût de plus en plus élevé de vérification leur incombant en bout de chaîne. Pris en étau entre le déluge d’informations et l’indistinction des contenus, les citoyens ont fait un choix radical : celui de l’évitement..."               Et le ludique finit par primer sur le théorique. Comprendre est devenu trop compliqué et fatigant, à l'heure de l'homme pressé   .   La démocratie en pâtit.    C'est le choc des opinions sans modération.  "Comprendre est souvent devenu superflu. Les avis ou les prises de parti se donnent à l'état brut.        Une certaine "brutalisation" des débats se généralise, les mots devenant des armes, les réponses jaillissant avant la réflexion, comme si vaincre valait plus que convaincre.                                                         Le débat sur la labellisation qui agite certains responsables est biaisé.   L'heure n'est pas à un contrôle plus ou moins officiel de l'information , mais à un réalignement des organes qui se veulent encore d'information sur leurs fondamentaux et sur la fidélité à la déontologie journalistique, souvent si mal respectée.   Personne ne devrait y échapper. Y a du boulot!       ________________                                                                                            

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Un risque majeur

Publié le par Jean-Etienne ZEN

Où l'on reparle de l'A et de son développement   (Perspectives et hypothèses)                                                                                                                                                          Une avancée fulgurante dans le domaine industriel er de services.  Une course en avant qui donne le tournis, tant les enjeux sont énormes, aussi bien en interne qu'au niveau international. La concurrence est et sera féroce entre les grandes puissances. Chine en tête, qui ne lésine pas sur les moyens et les investissements.  Là est surtout le risque, signalé de plus en plus par quelques chercheurs, se voulant lanceurs d'alerte, souvent même à l'origine de ce nouvel outil fascinant, qui n'est encore qu'au berceau, mais destiné à devenir vite une "arme de destruction massive" non maîtrisée, si rien n'est anticipé.  Certains tempèrent, en relativisant et en faisant confiance à la raison industrielle, capable de s'autoréguler, d'autres n'y croient guère et préfèrent se faire lanceurs d'alerte dès maintenant, entrevoyant des scénarios très négatifs à l'échelle de l'humanité, dans un temps qui peut être très rapproché.    Une logique de concurrence qui pourrait ne pas être maîtrisée....                                                                Comme le signale notamment Dario Amadei, qui va jusqu'à employer la notion de destruction possible par emballement incontrôlé dans un contexte de guerre économique féroce. Une analyse prédictive qui mérite d'être tempérée, mais qui ne peut être balayée d'un revers de main. Comment construire une IA responsable, digne de confiance, se demandent d'autres, voyant le danger d'emballement non maîtrisé? Nous ne sommes qu'au tout début d'un processus dont nous ne pouvons entrevoir les limites, ce qui rend impératif et urgent de se préparer, malgré les incertitudes.  Une analyse à prendre au sérieux. Le cas Geoffrey Hinton, au coeur de la recherche, mais qui ne crache cependant pas dans le soupe, devrait interpeler.  Que faire des nouveaux pouvoirs engendrés par cette technologie, impensable il y a peu encore, un outil pour le bien commun?   Le débat est serré en haut lieu... 


                                                                                       "...   Dario Amodei, CEO d’Anthropic, montre dans son article le potentiel de l’IA. Dario a travaillé auparavant chez OpenAI et Google Brain et a apporté d’importantes contributions à la recherche sur l’IA. Bien qu’il publie rarement, il est une personnalité importante dans le monde de l’IA. Il a récemment publié ‘Machines of Loving Grace – How AI Could Transform the World for the Better’, un article à lire absolument, car il offre une évaluation précise de l’état actuel de l’IA et de son évolution possible.

 

Le débat sur l’intelligence artificielle (IA) tourne souvent autour des risques. Cet article met en évidence le potentiel de transformation de l’IA et montre comment un monde meilleur peut être créé. La minimisation des risques est essentielle pour exploiter pleinement le potentiel positif de l’IA.

Gérer les risques pour permettre un avenir positif

Dario explique qu’une approche responsable des opportunités et des risques est importante pour rendre l’IA positive. Mettre unilatéralement l’accent sur les avantages peut rapidement ressembler à des relations publiques et empêcher toute discussion sérieuse.

Une vision pour un monde meilleur avec l’IA

Machines of Loving Grace décrit cinq domaines dans lesquels l’IA pourrait avoir un impact positif : Santé, santé mentale, développement économique, paix et travail. Les exemples incluent la guérison des maladies, l’amélioration de la qualité de vie et la transparence des structures gouvernementales.

Trouver un équilibre : Au-delà de la science-fiction

Dario souligne l’importance d’avoir une vision pratique et réaliste de l’avenir avec l’IA, plutôt que de se fier à des fantasmes de science-fiction irréalistes. Les discussions fréquentes sur l’IA sont marquées par des idées telles que des cerveaux téléchargés, des voyages dans l’espace et d’autres scénarios utopiques, qui constituent souvent un obstacle à la prise au sérieux du potentiel réel de l’IA. Dario explique que ces visions exagérées peuvent être fascinantes, mais qu’elles peuvent aussi conduire à méconnaître les possibilités réalistes et les défis réels de l’IA.

Au lieu de cela, Dario se concentre sur les avantages concrets et réalisables de l’IA. Il parle de l’impact positif potentiel dans des domaines tels que les soins de santé, où l’IA pourrait non seulement contribuer à guérir des maladies, mais aussi rendre les soins de santé plus accessibles à tous. Il voit également un énorme potentiel dans le domaine de la santé mentale, dans la lutte contre la pauvreté grâce au développement économique et dans l’amélioration de la gouvernance en rendant l’IA plus transparente et plus efficace. Ces applications pratiques contrastent avec les attentes exagérées de la science-fiction et montrent comment l’IA peut réellement changer positivement la vie de nombreuses personnes.

Dario continue d’argumenter qu’il est important de créer une vision qui soit tangible et qui inspire les gens à voir l’IA comme un outil pour le bien commun. C’est la seule façon d’obtenir la large acceptation nécessaire pour exploiter pleinement les opportunités de la technologie tout en minimisant les risques. Tout l’art consiste à trouver un équilibre : entre la reconnaissance des risques et la mise en avant des opportunités, sans dériver vers des visions d’avenir exagérées et irréalistes.

Un appel à l’espoir et à l’action

À la fin, il est souligné qu’en plus de la peur, il faut aussi de l’espoir et une vision claire. L’IA offre la possibilité d’améliorer la vie de tous et nous devons saisir cette opportunité.

Nous recommandons vivement de lire l’article original, car nous pensons qu’il donne un très bon aperçu de la situation actuelle de l’IA et de la direction qu’elle pourrait prendre.

 

Vous pouvez lire l’essai en entier en cliquant sur le lien suivant :

https://darioamodei.com/machines-of-loving-grace     (traduction: clic droit ) 

  

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Au début était le rire

Publié le par Jean-Etienne ZEN

   Du sérieux au rires multiformes

           Le rire, cette attitude humaine jugée souvent peu sérieuse, divertissante, légère, parfois objet de condamnation pendant une période où il fut fustigé, voir diabolisé: qu'on songe au Nom de la rose de U.Eco, où l'auteur reprend une certaine tradition monacale où le rire était banni, souvent perçu même comme "diabolique". Une perception que n'avait pas le monde grec, où la notion de péché était exclue, ce qui n'excluait pas le tragique. L'humour avait sa place dans le monde gréco-romain. Plus qu'on ne le pensait. L'"innocence" du monde et de la destinée humaine, jugée sans jugement final, donnait, selon Nietzsche, une légèreté particulière, sans culpabilité.           


                                                                                                                              Le rire grec était considéré comme "sagesse". L'autodérision avait même sa place, contre l'esprit de sérieux. Une certaine légèreté de l'être, comme aurait dit Kundera. Pas de tristesse chez Proclus. Aristophane s'autorise tout:  "...Le théâtre d’Aristophane n’épargne personne, il s’attaque aussi bien aux hommes politiques qu’aux philosophes, comme Socrate qui devient le « pontife des subtils radotages ». Le comique grec va jusqu’à mettre en dérision les emblèmes religieux de la communauté grecque en parodiant l’épopée et en ridiculisant à la fois le sacré et le profane. Aristophane s’en prend aussi au peuple, dans sa comédie Les Banqueteurs, le dramaturge met en scène deux jeunes gens de mœurs opposées : l’un vertueux, l’autre débauché. Cette pièce représente sans nul doute le début de la comédie de mœurs qui se développe lors du XVIe siècle, mais le sujet qui suscite davantage l’intérêt d’Aristophane et qui l’inspire profondément dans son art demeure le sujet politique. L’auteur s’oppose rigoureusement à la politique de certains démagogues comme Cléon, et ne peut s’empêcher d’exprimer ouvertement son opposition sur la scène du théâtre. Dans Les Babyloniens, Aristophane dénonce la politique de Cléon, le démagogue athénien et successeur de Périclès. Cette pièce valut à Aristophane une condamnation, il est alors accusé de haute trahison et sa comédie est publiquement diffamée.....   À la fin du Ve siècle, pendant cette période de crise qui se caractérise par la déchéance de la démocratie, mais aussi celle des croyances religieuses, Aristophane se permet de bafouer et les dieux et les athées. Fidèle au rire archaïque de Dionysos, le dramaturge grec refuse de se plier aux exigences des politiciens et offre à son rire une liberté démesurée..."                                       

 


                         L'impertinence était déjà au rendez-vous. Comme elle l'était finement chez David Lodge.  L'humour, cette légéreté de l'être, avait sa place. Discret ou appuyé. Sans atteindre cependant les sommets shadokiens.                  Ou l'humour noir de notre époque tragique.                                                                                     Sérieux, les Anciens? Pas toujours....    

 

      Rabelais:   il « vaut mieux de rire que de larmes écrire », reprenant une idée déjà présente chez les Anciens comme Aristote.    _________________

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Echos de la Silicon Valley

Publié le par Jean-Etienne ZEN

FB: les aventures continuent

            La célèbre plate-forme  fait toujours parler d'elle. A l'insu de la plupart de ses usagers. M. Zuckerberg a bien des soucis. Il fut même récemment conspué par des élus américains. Sans grandes conséquences pénales, il faut dire. A Washington, on adore faire la morale aux enfants terribles. Sa repentance  publique en fit rire plus d'un. Sa complicité (pour ne pas dire son implication) dans l'émission de messages toxiques lui est reprochée: "...Facebook et sa petite sœur Instagram privilégiaient les contenus viraux, fussent-ils toxiques et violents, pour augmenter la collecte de données et donc les profits. Et ce, en pleine connaissance de cause : c’est ce que montrent les études internes que cette Américaine a transmises à la presse en 2021. Ces 22 000 pages de documents, les « Facebook files », ont sérieusement entaché l’image de l’entreprise et lui valent des déboires judiciaires aux États-Unis...."                                                                                                        _             Business first.  Un problème pour les enfants, les institutions, la démocratie. En acteur innocent, il se défausse; c'est pas moi, c'est les autres...  Et pourtant, les preuves sont accablantes. En apparence naïf et gentil, le  patron de la célèbre plate-forme à l'ascension fulgurante et à l'immense fortune, est pour le moins ambigü, parfois assez cynique, comme le soulignes maintes critiques.


                                               

 

           La régulation du système tarde à venir...    "... Au printemps 2021, lorsque les médias publient les « Facebook Files », Frances Haugen se fait connaître comme l’ancienne employée à l’origine de la fuite de dizaines de milliers de documents de l’entreprise. Elle témoigne devant le Congrès, parle à la presse, s’assure que tout le monde comprend ce que les documents révèlent : non seulement Facebook a défini son algorithme pour favoriser l’extrémisme, mais le réseau social savait que ses utilisateurs se servaient de la plateforme pour répandre la haine, les fake news et les violences misogynes.    La Vérité sur Facebook est un récit exaltant et terrible, l’histoire d’une femme qui s’est construite à contre-courant et dont le destin l’a menée à faire trembler l’un des géants d’Internet. C’est aussi, pour la première fois, la révélation au grand jour de la culture d’entreprise et des pratiques terrifiantes de Facebook. "  

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Vers une atrophie cognitive?

Publié le par Jean-Etienne ZEN

  IA: question de dosage, de feeling et de raison

    Devant ces nouveaux moyens encore au berceau, concernant les IA génératives, mais à l'évolution galopante, comment se situer? Adopter l'enthousiasme naïf de Laurent Alexandre, qui fait de l'IA une nouvelle religion, dénigrant toute formation universitaire jugée désuète? Ou garder une distance prudente et critique, car ce sont certaines de nos fonctions essentielles qui sont en question, des facultés qui peuvent en pâtir, par effet rétroactif.  Le deskilling guette...                                                                                                   Il existe un grand risque :" ...Moins de trois ans après le lancement de ChatGPT, 42 % des jeunes Français utilisent déjà les IA génératives quotidiennement1. Des études commencent cependant à pointer l’impact négatif de ces technologies sur nos capacités cognitives...L’utilisation massive d’Internet et des réseaux sociaux a déjà fragilisé notre rapport au savoir. Bien sûr, ces outils ont des applications formidables en termes d’accès à l’information. Mais contrairement à leurs promesses, ils opèrent moins une démocratisation des connaissances qu’une illusion généralisée du savoir. Je ne crois pas exagéré de dire qu’ils poussent globalement à une médiocrité intellectuelle, émotionnelle et morale. Intellectuelle parce qu’ils favorisent une surconsommation de contenus sans véritable analyse critique, émotionnelle parce qu’ils occasionnent une dépendance toujours plus profonde aux stimulations et au divertissement, et morale, parce que nous sommes tombés dans une acceptation passive des décisions algorithmiques....                                                       En 2011 déjà, une étude avait mis en évidence l’ « effet Google » : quand nous savons qu’une information est accessible en ligne, nous la mémorisons moins bien. Or, lorsque l’on n’entraîne plus sa mémoire, les réseaux neuronaux associés s’atrophient. Il a également été prouvé que les notifications, alertes et suggestions de contenus incessantes sur lesquelles s’appuient massivement les technologies digitales réduisent considérablement notre capacité de concentration et de réflexion. Moins de capacités de mémorisation, de concentration et de réflexion conduisent à une pensée appauvrie. Je crains fort que l’usage massif des IA génératives n’améliore pas la situation...des travaux3 menés par des chercheurs qataris, tunisiens et italiens indiquent ainsi qu’un usage massif des LLM fait courir le risque d’un déclin cognitif. Les réseaux neuronaux impliqués dans la structuration de la pensée, dans la rédaction de textes, mais aussi dans la traduction, dans la production créative, etc. sont complexes et profonds. Déléguer ces efforts mentaux à l’IA conduit à une « dette cognitive » cumulative : plus l’automatisation progresse, moins le cortex préfrontal est sollicité, laissant présager des effets durables en dehors de la tâche immédiate                                                                                                Les IA génératives ont tout pour nous rendre dépendants : elles s’expriment comme des humains, s’adaptent à nos comportements, semblent avoir réponse à tout, ont un fonctionnement ludique, relancent sans arrêt la conversation et se montrent extrêmement complaisantes à notre égard. Or, la dépendance est nocive non seulement parce qu’elle potentialise les autres risques mais aussi en elle-même. Elle peut engendrer un isolement social, un désengagement réflexif (si une IA peut répondre à toutes mes questions, pourquoi apprendre ou penser par moi-même ?), voire un sentiment d’humiliation profond face à l’incroyable efficacité de ces outils. Rien de tout cela n’est très enthousiasmant pour notre santé mentale..." 


                                                                             L'essentiel est donc de garder la  maîtrise. C'est un immense défi qui se présente à nous. Un défi anthropologique. "...à terme, une préoccupation plus subtile pourrait émerger. L'IA pourrait se mettre à répondre trop vite, à résoudre trop de problèmes et à exercer une influence trop marquée. Au lieu d'aider l'utilisateur à explorer ses propres pensées, le modèle pourrait finir par remplacer ce processus. En matière de soutien psychologique, une aide efficace ne se limite pas à fournir des réponses. Il s'agit aussi d'aider les gens à développer leurs propres capacités d'adaptation, leur conscience émotionnelle et leur aptitude à prendre des décisions. C'est pourquoi nous devons évaluer non seulement la sécurité de l'IA, mais aussi sa capacité à préserver l'autonomie humaine...."                                                                                                                                      Il reste encore beaucoup à apprendre sur ce sujet hautement sensible, qui est peut-être le débat du siècle...                                                                                                                                    Notes:   : 1 __ 2 __3              ___________

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La (nouvelle) peste

Publié le par Jean-Etienne ZEN

es PESTicides et autres produits dits phytosanitaires.

                             Depuis longtemps déjà, ce qui n'était qu'un soupçon ou une hypothèse est devenu une certitude, réfutée seulement par ceux qui, à différents niveaux, ont intérêt à la poursuite de ses usages variés et parfois encore massifs. Sans parler de la pratique de certains pays comme le Brésil, dont nous importons maints produits agricoles. On sait que l'on a affaire à une bombe à retardement. Mais les perturbateurs endocriniens ne perturbent pas trop les Monsanto-Bayer et les autres, qui en font commerce et parfois usage massif, malgré les interrogations et les scrupules qui se font jour ça et là. Les effets sur la santé, commencent à inquiéter plus d'un producteur, dans la logique commerciale dans la quelle ils se trouvent insérés, gros céréaliers, betteraviers ou viticulteurs. Rendement oblige. Les enjeux économiques, à l'échelle internationale, étouffent la voix des chercheurs ou on minimise le risque, en revenant sur les engagement pris. Le fameux "plan écophyto" notamment se voit remis en cause, contre les engagements de l'Etat.                                                                                                       Cette annonce s’inscrit à rebours des engagements pris, des objectifs du plan Écophyto et des attentes de la population. ____« La réduction de l’usage des produits phytopharmaceutiques (c’est-à-dire les pesticides dans le langage courant, ndlr) constitue une attente citoyenne forte et une nécessité pour préserver notre santé et la biodiversité », peut-on ainsi lire sur la page dédiée du ministère de l’agriculture. Les organisations non gouvernementales (ONG) de défense de l’environnement déplorent, de leur côté, « le signal désastreux » envoyé par la suspension du plan Écophyto.  Nombre d’ONG et d’associations militent, en particulier, pour la reconnaissance des effets sanitaires liés à l’exposition aux pesticides chez les agriculteurs et au sein de leurs familles".                                                                                                                           Nos belles campagnes françaises ne sont pas seulement comme marginalisées, trop souvent loin des avantages des services publics, ou de qu'il en reste. La paysannerie, de plus en plus réduite en nombre, sur des terres de plus en plus concentrées, subit, quand elle ne reste pas traditionnelle ou semi-traditionnelle, des pressions fortes pour s'insérer dans le monde des multinationales ou de l'industrie alimentaire locale, qui ont souvent une puissance insoupçonnée, non seulement pour fixer les prix de production sans négociation, mais aussi pour imposer l'achat  des produits phytosanitaires et des intrants. C'est le monde de l'agrobusiness, qui fait beaucoup de perdants, sous la pression de puissants lobbies, qui se sont installés jusque dans le monde des coopératives agricoles, avec l'appui de syndicats puissants, au nom du "progrès". Un système qui s'est imposé, notamment en Bretagne, qui produit ses winners et trop souvent ses loosers, quand le poids des dettes se fait trop fort et que la course au rendement produit des effets délétères.                   ____ L'accoutumance à l'emploi encore systématique du glyphosate, notamment, est devenue persistante, malgré les mises en garde, les études qui aujourd'hui ne permettent plus de douter de leur nocivité pour la santé des utilisateurs et de l'environnement, sans parler de la qualité des sols. Que ce soit des produits de Bayer-Monsanto ou d'un autre. Leurs effets nocifs sur le système endocrinien sont maintenant bien connus, surtout après les études sur le sujet, en France ou ailleurs, notamment les travaux de Marie Robin. Malgré les dénégations des vendeurs ou le doute constamment instillé.       


                                                                                                                             "...Il faut arrêter d'emmerder le monde agricole!...Le 22 septembre dernier, 250 agriculteurs, emmenés par la FNSEA, le principal syndicat agricole, bloquent les Champs-Élysées en étalant de la paille. Ils dénoncent la position du gouvernement français sur le glyphosate – l’herbicide le plus utilisé au monde, ingrédient actif du Roundup, produit phare de la firme Monsanto, et classé cancérogène probable par l’Organisation mondiale de la santé. Le gouvernement français envisage alors de ne pas voter la proposition de la Commission européenne d’autoriser à nouveau le glyphosate pour les dix prochaines années [1]. A Bruxelles, la FNSEA fait front commun avec le lobby des pesticides pour montrer qu’une interdiction du glyphosate provoquerait, selon eux, une baisse de la production de céréales. Comment expliquer l’attachement du syndicat agricole majoritaire à ce désherbant jugé cancérogène par plusieurs études indépendantes ?     Pour le comprendre, prenons la direction de Landerneau, en Bretagne. C’est ici que siège Triskalia, la plus grande coopérative agricole de la région. Elle emploie 4800 salariés et fédère 16 000 agriculteurs adhérents, pour 280 sites en Bretagne. Son conseil d’administration est géré par des agriculteurs membres de la FNSEA [2]. En 2016, Triskalia a réalisé un chiffre d’affaires impressionnant, à hauteur de 1,9 milliards d’euros. « Ils vendent des aliments pour le bétail, du lait... mais quand on regarde les bilans annuels, l’activité la plus rentable est la vente de produits phytosanitaires » observe Serge Le Quéau, de l’union régionale Solidaires. La vente de pesticides constitue, avec l’alimentation destinée aux animaux d’élevage, le principal levier de profits de Triskalia, sans commune mesure avec ce que lui rapporte la commercialisation de véritables produits agricoles (lait, céréales, œufs...). La stratégie de la coopérative va donc se concentrer sur ce marché des produits chimiques : Triskalia s’appuie sur 120 techniciens spécialisés pour apporter des conseils aux agriculteurs adhérents.... tout en faisant la promotion des produits commercialisés par la coopérative. « Sur le terrain, des techniciens vont de ferme en ferme, vendre des semences de plus en plus productives mais aussi de plus en plus sensibles. Ils fournissent dans la foulée des produits chimiques, au lieu de faire de la prévention, et de proposer des méthodes alternatives », déplore René Louail, ancien conseiller régional Europe Écologie-Les Verts en Bretagne et membre du Collectif de soutien au victimes des pesticides de l’Ouest. Cette pratique est commune à nombre de coopératives gérées par des représentants de la FNSEA. Interdire le glyphosate, c’est se priver de plusieurs centaines de millions d’euros de chiffre d’affaires.     Résultat : alors que les gouvernements successifs cherchent, avec le plan Ecophyto, à réduire par deux l’usage des phytosanitaires – l’appellation officielle des pesticides – d’ici 2018, leur épandage ne cesse d’augmenter. Le dernier bilan du plan Ecophyto 2 révèle un échec total, avec une augmentation de l’usage des pesticides de 6 % entre 2011 et 2014 [3]« Il y a d’un côté l’affichage politique, et de l’autre côté des pratiques commerciales exactement inverses, observe Serge Le Quéau. Les commerciaux employés par les coopératives ont des objectifs de vente qui prévoient une hausse des produits phytosanitaires, et subissent une forte pression managériale. » La rémunération des techniciens au sein des coopératives agricoles reste souvent liée à la quantité de pesticides vendus, même si la pratique « tend à disparaître »...                                                                                        La France compte à ce jour 2600 entreprises coopératives agricoles [6]. Bien loin des premières coopératives paysannes initiées par des agriculteurs à la fin du 19e siècle, les coopératives actuelles connaissent une très forte concentration : 10 % d’entre elles réalisent les trois quarts du chiffre d’affaires global, évalué à près de 86 milliards d’euros. Outre InVivo et Triskalia, figurent dans le top 20 le groupe sucrier Tereos, la coopérative laitière Sodiaal, ainsi que les semenciers Limagrain et Maisadour. « Ceux qui siègent dans les conseils d’administration de ces coopératives ont des leviers politiques et financiers très puissants », note Serge Le Quéau. « C’est un État dans l’État, ils sont incontournables. »...                                                                                                    ... Un réseau de fermes (« Déphy ») a été créé avec pour mission de démontrer qu’il est possible de réduire sa consommation de pesticides sans que les fermes ne sombrent. Rotation des cultures, décalage des dates de semis, réduction des labours... Lors de notre enquête en mars 2015, des céréaliers conventionnels confiaient utiliser entre 40 et 60 % de phytosanitaires en moins que leurs voisins, tout en modifiant progressivement leurs façons de travailler. Selon le ministère de l’Agriculture, 2800 exploitations agricoles sont à ce jour engagées volontairement dans une démarche de réduction de l’usage des pesticides [12]. Eux ne se sont probablement pas « roulés dans la paille » avec la FNSEA. [Lire à ce sujet : Comment sortir des pesticides, en sept leçons__ Une autre agriculture est possible]....."          __________________

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