Overblog Tous les blogs Top blogs Humour
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité

Désindustrialisation: une fatalité?

Publié le par Jean-Etienne ZEN

En France  ________________

                                                       Il semblerait que quelques signes de réindustrialisation se manifestent, sans convaincre tout le monde, malgré le volontarisme et les déclarations affichés en haut lieu. Quoi qu''il en soit, on revient de loin...Le dogme de la mondialisation libérale semble tout de même en voie d'érosion. et des velléités de retour à une certaine souveraineté économique émergent ça et là...                                                                                                                                 Depuis plus de vingt ans, la France a perdu de nombreux atouts en matière industrielle, par  laxisme ou par conviction néolibérale naïve. Le contexte idéologique de la "mondialisation heureuse", l'impact des croyances à la vertu des marchés et à la valeur des services ont favorisé des abandons de souveraineté que nous payons encore cher aujourd'hui, notamment en matière d'emploi et de formation. Malgré un volontarisme épisodique, comme les appels de Montebourg, la barre n'a pas été redressée, même si l'époque post-covid laisse entrevoir un rebond et des prises de conscience salutaires. Mais nous continuons à payer cher nos erreurs. Nous avons souvent regardé passer les trains et le France fut trop souvent "vendue à la découpe"....avec l'inertie ou la complicité des élites.  Le tournant de 1983 fut un moment clé pour comprendre le virage qui marque encore nos choix.  Cette période et celles qui l'ont précédée et suivie, sont assez complexes à analyser et quelques rappels sont nécessaires:  ____

 

 

Point de vue

                                         "... La France est affectée depuis un quart de siècle par une désindustrialisation massive. Dans La désindustrialisation de la France, 1995-2015 (Odile Jacob, juin 2022), Nicolas Dufourcq, directeur général de la BPI (Banque Publique d’Investissement), s’interroge sur les causes du phénomène et donne la parole à des témoins de premier plan : entrepreneurs, économistes, hauts fonctionnaires.    Ce livre passionnant et dense redonne vie à tout un pan de l’Histoire contemporaine. Il nous invite à bâtir notre opinion à partir des avis souvent opposés des intervenants...     En 2020, la France (68 millions d’habitants) compte 5,3 millions d’ouvriers contre 7 millions il y a 40 ans. Ce sont essentiellement des hommes. 40% seulement d’entre eux, soit environ deux millions, travaillent dans l’industrie. Les autres sont chauffeurs routiers, agents de maintenance, garagistes, etc         Un siècle plus tôt, la France (40 millions d’habitants) comptait six millions d’ouvriers. Ils travaillaient essentiellement dans l’industrie et dans ces années-là, leur nombre dépassait celui des agriculteurs en activité. Il y a un siècle et demi enfin, sous le Second Empire, ils étaient environ deux millions et demi – dont une proportion notable de femmes et d’enfants - pour une population similaire.  .......Ces chiffres illustrent le tête-à-queue de l’industrie française. On voit en effet que son poids relatif dans la population et l’économie est retombé en quarante ans à ce qu’il était à l’aube de la révolution industrielle.                    Les Français prennent conscience de la désindustrialisation à partir de 2008. C’est l’année où la crise des subprimes venue d’Amérique frappe le Vieux Continent. Plusieurs groupes prestigieux ont déjà disparu : « Alstom, mis à terre par l’acquisition ratée des turbines d’ABB en 2003, Pechiney, abîmé par l’acquisition d’American Can, puis racheté par Alcan en 2005, et Arcelor, racheté par Mittal en janvier 2006 ». À ces noms s’en sont ajoutés bien d’autres depuis : Technip, passé aux Américains en 2016, Lafarge repris par le Suisse Holcim en 2015, etc.            Pour le reste, les groupes français font très vite le choix de délocaliser leurs usines sur les marchés émergents (Chine, Brésil) et dans les pays à bas coût (Tunisie, Maroc,…). Ils entraînent avec eux, bon gré mal gré, leurs principaux sous-traitants, ainsi que l’attestent les entrepreneurs interrogés par Nicolas Dufourcq. Ils profitent aussi de la délocalisation pour construire des usines dernier cri qui à Tanger, qui à Wuhan, de sorte que lorsque surviendront des difficultés, ils fermeront en premier lieu les usines françaises, sous-équipées et vétustes !        Les constructeurs allemands délocalisent également mais avec une différence capitale que souligne Nicolas Dufourcq : ils transfèrent en Europe orientale et ailleurs les activités bas de gamme et la sous-traitance ordinaire tout en conservant leurs meilleures machines et leurs activités haut de gamme dans l’usine-mère, où elles sont assurées de disposer d’une main-d’œuvre fidèle et qualifiée.       Du coup, phénomène insuffisamment souligné, « la proportion des capacités industrielles hors du territoire d’origine est aujourd’hui beaucoup plus élevée en France qu’en Allemagne, en Italie ou en Espagne : le poids des ventes des filiales de groupes français à l’étranger représente 2,5 fois la valeur ajoutée industrielle de la France contre 1,3 fois pour l’Allemagne, 1 fois pour l’Italie et 0,5 fois pour l’Espagne. »                       Selon l’auteur Nicolas Dufourcq, libéral bon teint, « tout commence dans les années 1970 » : le premier choc pétrolier est suivi d’une rigidification du droit du travail sous le septennat de Valéry Giscard d’Estaing. L’élection de François Mitterrand en 1981 n’arrange rien : 39 heures, lois Auroux, nationalisations, augmentation des charges patronales, contrôle des prix… « Le modèle social français pèse de tout son poids sur les entreprises ». Les dévaluations permettent de sauver malgré tout leur compétitivité, la dernière intervenant en 1987.       Vient alors le tournant libéral de 1983. Le président Mitterrand choisit de renforcer l’intégration européenne vaille que vaille. « Décidés sans grand débat national, la suppression du contrôle des prix et l’Acte unique de 1986 préparent le marché unique de 1992. (…) C’est aussi l’époque où le concept de politique industrielle prend une coloration péjorative partout en Europe. »                                              Notons qu’en 1994, le Premier ministre Édouard Balladur réunit une commission sous l’égide d’Alain Minc pour réfléchir à la France de l’An 2000. Nicolas Dufourcq en est le rapporteur. Le document final prône l’adaptation du pays à la mondialisation par une politique d’austérité salariale. Jacques Chirac s’engouffre dans la brèche et dénonce la « fracture sociale » qui risque de s’ensuivre. Il sera élu à la présidence de la République.               Jean-Baptiste de Foucauld, commissaire au Plan et véritable âme du rapport Minc, reconnaîtra que le rapport a peut-être péché par trop d'assurance. Il ébauchera une distinction qui n'y était pas : « Dans l'industrie, où les machines coûtent plus cher que les hommes, c'est normal qu'on augmente les salaires ; mais, dans les services, la main-d’œuvre constitue la principale charge. Dans ces secteurs, c'est en allégeant le coût salarial que l'on créera des emplois. » (Libération, 20 avril 1995). C’est peu ou prou la politique que mettra en œuvre en 2003-2005 Peter Hartz… en Allemagne.                                      La fin du siècle est marquée par une forte reprise de la croissance en France. Tous les indicateurs se mettent au vert malgré une hausse des taux d’intérêt due à l’endettement massif de l’Allemagne, qui doit financer la réunification de l’Est et de l’Ouest après la chute du Mur de Berlin. Le gouvernement de Lionel Jospin en profite pour instaurer la semaine de travail de 35 heures (4 heures de moins sans baisse de salaire).        Bien que plébiscitée par les Français, l’initiative arrive au plus mauvais moment. Elle provoque un charivari dans les entreprises et les administrations, cependant que la monnaie unique ouvre la France à la concurrence européenne. Dans le même temps, l’entrée de la Chine dans l’Organisation mondiale du commerce (OMC) la plonge dans le grand bain de la mondialisation.          Pour ne rien arranger, les entreprises de taille intermédiaire (ETI), généralement à caractère familial, se voient gravement pénalisées par l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) et les droits de succession. Pour payer leurs impôts, les actionnaires familiaux se voient obligés soit de pressurer l’entreprise pour dégager davantage de dividendes, soit de vendre leurs parts à des groupes étrangers. Il faudra la loi Dutreil de 2003 pour alléger leur fardeau.    Dans cette conjoncture pour le moins compliquée, la palme de l’inconscience est sans conteste remportée par Serge Tchuruk, Pdg d’Alcatel, l’un des fleurons nationaux (120 sites industriels, 150000 salariés dans le monde, numéro un mondial de la fibre optique). Il annonce en 2001 vouloir faire de l’équipementier télécoms une « entreprise sans usines » (fabless) ! Il ne va que trop bien y arriver. Aujourd’hui, l’entreprise n’existe plus.  L’Allemagne, ragaillardie après l’épreuve de la réunification, profite du marché unique et de l’euro pour exporter à tout va.  « À partir de 2003, les parts de marché allemandes à l’export hors de la zone euro explosent littéralement, à un rythme qu’on n’avait jamais vu. (…) Le déficit commercial avec la France se creuse dans la foulée des pertes de parts de marché à l’export. (…) En vingt ans, notre déficit commercial ne va plus cesser de se creuser. Il tangente aujourd’hui les 100 milliards d’euros annuels. Il est de 17 milliards d’euros par an sur le seul franco-allemand depuis quinze ans, dont une part écrasante en biens manufacturiers. » La perte de savoir-faire industriel va de pair avec ce déficit commercial toujours croissant.             Louis Gallois (77 ans) est le dernier des grands patrons qu’a connus la France. Après un passage à la Direction Générale de l’Industrie et dans les cabinets ministériels, aux côtés de Jean-Pierre Chevènement, il a dirigé la Snecma et Aérospatiale avant d’être appelé en catastrophe à la SNCF en 1996 pour sortir celle-ci d’une crise existentielle. En 2007, il a assumé la co-présidence d’EADS. Porté enfin en 2014 à la présidence du conseil de surveillance de PSA Peugeot Citroën, il contribue à sauver le groupe automobile d’une mort assurée.    Nicolas Dufourcq a eu la bonne idée de lui confier la conclusion de son ouvrage en dépit d’une opposition politique et idéologique assumée.       Louis Gallois admet des erreurs dans la politique industrielle de 1981-1983 (échec des plans sectoriels : machines-outils, électronique). Mais il rappelle aussi que les nationalisations ont sauvé de la faillite plusieurs champions français alors très mal en point. Elles leur ont permis de se refaire une santé, avant que les privatisations hasardeuses de 1986 et 1995 ne les remette à l’épreuve.          Mais le virage essentiel est celui de 1983, dit-il : « Mitterrand estimait que la voie du programme socialiste était une impasse et qu’il fallait un nouveau projet. Ce projet était l’Europe. Pour moi, c’était une rupture du contrat. C’était surtout une fuite en avant vers une Europe libérale à l’allemande. Je savais que si on sortait du SME [système monétaire européen], ce serait rugueux et qu’il faudrait mettre tout de suite en place une politique de rigueur à la Trichet, avant Trichet. Il fallait faire une dévaluation interne en plus de la dévaluation externe. C’était coûteux, mais c’était le prix du respect des engagements pris devant les électeurs. Mitterrand a préféré l’Europe, car il a cru qu’elle lui épargnerait cet effort. Ensuite, la décision d’aller vers le marché unique (Acte unique) est passée en douce. Aucun débat n’a eu lieu, ni au Parlement, ni au gouvernement, sur le démantèlement de l’essentiel de la réglementation économique française. »         De manière logique suite à ce virage, la droite libérale l’emporte aux législatives de 1986 et veut en finir avec la politique industrielle. « Quand Madelin est nommé ministre de l’Industrie, il déclare que les industries manufacturières ne sont pas sa tasse de thé, » se souvient Louis Gallois. Le ministre n’en fera que trop la démonstration. L’industriel déplore également les erreurs de l’attelage Chirac-Jospin (1997-2002) : les 35 heures qui ont désorganisé les entreprises et mobilisé les énergies à un moment où elles auraient été nécessaires ailleurs ; l’entrée dans l’euro à une parité trop élevée.  Il affirme très clairement la responsabilité de l’euro dans la désindustrialisation. « Chez Airbus, on vendait nos avions en dollars avec des coûts en euros. (…) Entre 2005 et 2009, au plus haut cours de l’euro, on ne tenait plus. (…) Pour moi, l’euro fort avantage les forts et affaiblit les faibles. » De fait, avec la monnaie unique, on se prive de la fonction d’équilibre que joue une monnaie nationale en sanctionnant tant les excédents que les déficits commerciaux.                                                            Nicolas Dufourcq, qui a pris la direction de la BPI en 2012, veut croire que la désindustrialisation est désormais derrière nous, du fait de quelques mesures correctives sur la fiscalité, les successions, etc. Du fait aussi de la fin de la « mondialisation heureuse » (Alain Minc) illustrée par la pandémie de Covid-19 (pénuries de composants chinois). Du fait enfin de l’action de sa banque. Les chiffres semblent attester de la recréation d’emplois industriels en France. Mais « une hirondelle ne fait pas le printemps. »      Les pénuries de main-d’œuvre, les carences abyssales du système éducatif, autrefois réputé l’un des meilleurs du monde, la démotivation de la jeunesse après la pandémie, l’argent gratuit et le « quoi qu’il en coûte » nous rendent pour le moins sceptiques sur la solidité de cette « réindustrialisation ».  [ Merci à André Larané_____Souligné par moi_]____________

Partager cet article
Repost0

Publicité

Article publié depuis Overblog

Publié le par Jean-Etienne ZEN

Partager cet article
Repost0

Crises de l'eau

Publié le par Jean-Etienne ZEN

A l'échelle planétaire

                           Près du quart de la population mondiale n'a pas accès à l'eau ou difficilement et nous la gaspillons trop souvent, nous qui pourtant commençons à avoir un accès problématique à des réserves qui tendent régulièrement à s'épuiser, du fait des évolutions climatiques problématiques qui nous affectent. De plus, dans les régions plutôt favorisées, l'accaparement et la marchandisation de l'eau, directe ou non, met en péril l'avenir de cette ressource cruciale, au risque d'affrontements et d'utilisations conflictuelles, comme à Gaza.   Y a-t-il un  bien commun plus fondamental?       


                                                                                                             L'eau, c'est la vie: une banalité?

 

                             Quand elle est là, à notre disposition, en toutes circonstances, on n'y pense pas. Comme à l'air qu'on respire. Des biens fondamentaux, qui sont à l'origine de la vie pour notre planète comme individuellement.. Des banalités qu'il est bon de rappeler quand elle vient à faire défaut ou que sa qualité se dégrade. Quand près de 50% de la population mondiale est ou sera exposé à des pénuries d'eau, il y a urgence. L'histoire nous donne des indices de conflits humains autour de l'eau. Parfois aussi de débats, de tractations, pour le répartir et la distribuer équitablement quand elle se fait rare. Comme encore aujourd'hui dans des zônes désertiques du Maghreb ou déjà en Andalousie. Mais parfois ce sont des conflits qui sont chargés de préserver ou de conquérir la ressource devenue rare. Et on peut craindre qu'ils prennent de l'ampleur quand elle se fera encore plus rare, comme en Palestine aujourd'hui où l'essentiel des ressources aquatiques est captée par la puissance occupante. Un cas où le conflit n'est pas seulement (parfois) armé.                                                                                                                                                       Déjà dans la haute Antiquité, on trouve des traces de conflits autour de l'eau.                                                    "...Pas d'eau, pas de vie... Voilà un moyen efficace de mettre fin à un conflit ! Supprimer les ressources en eau d'une place-forte, d'une ville voire d'une région fait partie des stratégies les plus implacables pour fragiliser l'ennemi. Athènes ainsi en fit les frais lorsque, pendant la 2e guerre du Péloponnèse, Sparte se décida à polluer les réservoirs de la cité au mépris des règles qui géraient alors officieusement les conflits.

Grand puits du fort de Joux (Franche-Comté) créé par Vauban au XVIIe siècle sur une profondeur de 147 m. Agrandissement : Puit de la forteresse de Königstein dominant de 240 mètres la courbe de l'Elbe à 30 km au sud-est de Dresde en Allemagne.Pour les forteresses du Moyen Âge, l'approvisionnement est un tel enjeu que l'on n'hésite pas à y consacrer la moitié de l'argent nécessaire à la construction de tout le bâtiment : il faut absolument en effet que les assiégés puissent avoir à disposition un « grand puits » plongeant jusqu'à une nappe phréatique.

Le temps passe mais les méthodes restent puisqu'en puisqu'en 1991 l'Irak fit de la destruction des usines de dessalement du Koweit un objectif prioritaire ; quelques années plus tard, les Serbes entreprirent de faire plier Sarajevo en fermant les robinets de sa station d'épuration (1995). Simple mais plus réaliste que le détournement de l'Arno envisagé au XVIe siècle par Nicolas Machiavel et Léonard de Vinci pour soumettre Pise...

Le fleuve Arno à Florence, Chronique de Nuremberg, 1493. Agrandissement : Leonard de Vinci et la dérivation de l’Arno, carte conservée à l’intérieur des collections royales de Windsor.

Mais avoir accès à l'eau n'est pas suffisant, encore faut-il qu'elle soit potable ! Choléra, dysenterie et autre typhoïde ont longtemps décimé les armées, faisant plus de dégâts par exemple pendant la guerre de Crimée que les combats eux-mêmes. Heureusement, en 1915 est créé en France le Service des eaux aux armées qui s'emploie à encadrer l'approvisionnement et surveiller la qualité de l'eau.  Aujourd'hui, si des unités mobiles de traitement peuvent apporter un début de solution, procurer 10 litres d'eau par homme chaque jour reste une priorité et un défi logistique pour toute nation en guerre....                                                                                                 Si aucun conflit ne s'est encore officiellement déclenché à cause de problèmes d'accès à l'eau, des désaccords existent, exacerbant les relations entre États. Comment l'Égypte pourrait-elle rester indifférente à la construction, en Éthiopie, du grand barrage de la Renaissance sachant qu'elle est totalement dépendante des eaux du Nil ?De la même façon, les pays d'Asie centrale ne peuvent se passer de l'eau de l'Amou-Daria, de plus en plus exploité par l'Afghanistan, tandis que le Pakistan est tributaire du cours de l'Indus qui prend sa source au Tibet...."      (Herodote.net)                                      _________________________________

Partager cet article
Repost0

Pour l'amour de la langue

Publié le par Jean-Etienne ZEN

   ___ La langue: héritage fragile mais vivante

Qui mérite d'être défendue comme élément fondamental de notre identité commune

Un rêve fou?

 

 La langue, notre bien commun, est un combat. Et les priorités?

     François Ier a consacré une pratique, établi un usage officiel.

       

 .
                   Une langue parfois mise à mal.
                                            Ce n'est rien de le dire...
  Sans vouloir dramatiser à outrance, sans passer pour un taliban de la langue, qui évolue sans cesse, il faut bien constater que le niveau de langue s'érode,  que l'expression devient de plus en plus approximative, que la grammaire n'est plus intériorisée (ce qui n'est pas sans conséquences au niveau logique), que le vocabulaire s'appauvrit et que la colonisation  par le globish est de plus en plus rapide. C'est plus qu'un emprunt occasionnel, c'est devenu une marotte ridicule. Même mon coiffeur s'y met.
    C'est l'effet de multiples causes, culturelles et économiques bien sûr, mais renforcé par l' abandon progressif d'un enseignement digne de ce nom, où le ludique a souvent supplanté les bases linguistiques fondamentales  et la nécessaire rigueur. Une langue mérite d'être travaillée, au-delà de son aspect utilitaire. Les vrais amoureux de la langue se font rares.
    Si encore il ne s'agissait que de l'orthographe,... C'est l'expression de la pensée qui est trop souvent malmenée. On peut le voir jusque dans nous universités et nos écoles d'ingénieurs, où la pensée souvent pâtit d'un manque de rigueur. Par ex, la confusion entre le futur et le conditionnel n'est pas anodine. C'est par la langue que l'on pense.
    La pauvreté du langage constitue un enfermement, souvent peu ressenti comme tel.
    Malgré les déclarations d'intention et les réformes qui ne changent rien (combien d'heures de français reste-t-il aujourd'hui dans nos collèges?), y a -t-il encore place pour un sursaut?
    Celui qui maîtrise (mieux) sa langue peut maîtriser tout le reste.
        Si déjà les préconisations de la loi Toubon étaient respectées....
_____
                  Manifeste méritant d'être diffusé:

« A chaque fois qu’affleure, d’une manière ou d’une autre, la question de la langue, cela signifie qu’une série d’autres problèmes est en train de s’imposer : la formation et l’élargissement de la classe dirigeante, la nécessité d’établir des rapports plus intimes entre groupes dirigeants et la masse nationale-populaire, c’est-à-dire de réorganiser l’hégémonie culturelle ». Antonio Gramsci, Cahiers de prison.
« Il ne restait de ce pays que son langage. Un beau langage qui servait à tout. Vous savez, comme on a chez soi une chose précieuse qui est là depuis si longtemps qu’on en use à n’importe quoi, à empêcher la fenêtre de se fermer, et le petit la prend comme une règle pour dessiner, et c’est un presse-papier si commode ! Qui donc se souciait que ce fût un pays, ce pays, et il est indiscutable que c’est un grand progrès que de perdre ce sens de la jalousie, cette haine du voisin, cet orgueil de son toit, un grand progrès sur les ténèbres, un grand progrès sur le néant ». Louis Aragon, poète et résistant.
             Accompagnant la casse néolibérale et euro-atlantique du cadre national, des services publics et des conquis sociaux, une politique destructive de substitution systématique du « globish » à la langue française (pourtant « langue de la République » au titre de la Constitution…) affecte tous les aspects de la vie sociale en France. Entre mille exemples : Carrefour-Market lance une campagne intitulée Act for food ! ; Renault, Airbus et PSA basculent toute leur documentation technique à l’anglais ; des centaines de grandes entreprises, voire de « startup », obligent illégalement leurs salariés francophones à ne plus travailler qu’en anglais, pendant que la Poste lance « Ma French Bank », que la SNCF en voie de privatisation promeut ses Ouigo (lire we go), qu’EDF invite ses « clients » à « pulser », et que, plus grave encore, la contre-réforme Blanquer du lycée s’ajoute à la loi Fioraso et aux pratiques délétères de la direction de la Recherche pour faire de l’anglais, de la maternelle au Supérieur en passant par le CNRS, non pas une langue enseignée en France, mais une langue d’enseignement concurrençant et évinçant systématiquement le français (et se substituant de fait à toute autre langue étrangère !).
          Il est clair qu’à terme, si ces pratiques continuent de se généraliser en France et en Europe (au détriment de l’allemand, de l’espagnol, de l’italien, du portugais, du russe, de l’arabe, du turc, du chinois, etc.), il n’y aura bientôt plus qu’une langue de prestige, celle de l’Oncle Sam et de Wall Street, ce qui portera un coup gravissime à la diversité culturelle qui fut toujours un aliment vital des échanges et de la culture. Le mauvais exemple est donné par Macron, qui ne perd jamais une occasion de jargonner en Globish devant les grands patrons et de promouvoir l’anglais comme langue internationale unique, non seulement à l’étranger mais en France même… Même si les intéressés n’en ont pour la plupart pas conscience parce qu’elle suit la mode, par mimétisme ou par « modernisme branché », cette invasion de la langue française par des mots ou des expressions d’origine anglosaxonne a contaminé jusqu’aux milieux populaires, voire militants : le tract n’est-il pas trop souvent devenu un flyer ? Il y a peu, des chercheurs en lutte défilaient derrière une banderole portant l’inscription Academic Pride…
        Il faut dénoncer ces pratiques faussement anodines car elles sont le symptôme de l’allégeance sournoise à l’impérialisme occidental qui génère guerres et inégalités entre les hommes et entre les peuples. Du reste, des phénomènes identiques d’acculturation au détriment des langues nationales se déroulent en Europe orientale ou en Afrique, partout où l’impérialisme occidental est prégnant, économiquement et politiquement. Et nous sommes solidaires de tous ceux qui, en Roumanie, au Sénégal, etc. luttent pour la défense de leur langue et de leur culturel.
      En France, derrière cette manœuvre antipopulaire de grande envergure et totalement soustraite au débat démocratique, on trouve le MEDEF : son ex-président, le baron Sellières, clamait ainsi en 2004 que l’anglais doit désormais « devenir la langue (sous-entendu : unique) de l’entreprise et des affaires » ; pratiquant de fait une « préférence nationale » inavouée, le CAC-40 n’embauche déjà plus guère que des « English Mother Tongue » (anglais langue maternelle) comme cadres supérieurs, pendant que l’OTAN a fait de l’anglais, y compris en France, la langue de travail unique des armées.
        Quant à l’UE, elle ne craint pas, en plein Brexit et alors que l’anglais n’est plus la « langue officielle déposée » d’aucun Etat-membre, de promouvoir l’idée qu’il faut faire de l’anglais la langue officielle unique des institutions bruxelloises au détriment des autres langues nationales d’Europe. L’enjeu de cette politique de casse et de classe est énorme : il s’agit de renforcer le « marché unique » cher aux monopoles, de préparer la future « Union transatlantique » sous la houlette de Washington et de faciliter la mise en place des traités néolibéraux transcontinentaux (du type CETA, UE/Mercosur ou TAFTA).
      En instituant la langue unique, les maîtres du grand capital rêvent de mettre en place un hypermarché continental et mondial de la force de travail qui, tout en humiliant les peuples non anglophones, en affaiblissant décisivement les nations existantes, en dévaluant les travailleurs actuels et futurs qui ne maîtriseraient « que » leur langue nationale (ou une langue étrangère autre que l’anglais), accentuerait brutalement la concurrence acharnée et le moins-disant social et salarial entre les prolétaires d’aujourd’hui et de demain : énormes avantages pour le grand patronat sur tous les terrains, social, politique, culturel…
(Il s'agit de) ...combattre vigoureusement la POLITIQUE DU TOUT-anglais : c’est-à-dire la politique oligarchique et antidémocratique tentant à imposer une langue unique continentale, voire mondiale.

Nous appelons donc à : · exiger des autorités, du patronat, des services publics et des collectivités publiques le respect et le renforcement de la législation visant à protéger le français ; · promouvoir un véritable apprentissage des langues étrangères dans leur pluralité dans le cadre de l’Education nationale (avec des maîtres qualifiés), y compris des principales langues de l’immigration de travail (ainsi que des langues régionales là où une demande significative existe) ; · ; non dans un esprit de « purisme » ou de fermeture aux autres cultures, mais pour favoriser un dialogue et une coopération égalitaires entre toutes les nations, toutes les langues et toutes les cultures nationales d’Europe et du monde. c’est-à-dire l’anglo-américain managérial…"

              ___                    Parles-vous globish?        ______________________________

Partager cet article
Repost0

Publicité

Varia

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 __ Surdité

__ Xénophobie

__ Convoitises

__ Foodisation

__ Répression

__   Roman et IA >>               

 

__ Fait divers?

__ Chères niches

__ Dysfonctionnements

__ Déserts médicaux

__ Grosse fatigue

__ Tragédie à Rafah

__ IA et apprentissage

__ Immigration sélective

__ Anhédonie musicale

__ Dérives sécuritaires                 

__ T'as ti  tes tongs?                _________________

Partager cet article
Repost0

Oct. 2023: Nasse meurtrière

Publié le par Jean-Etienne ZEN

Désespérant!                                                                                                                                                                        Stupeur, effroi et incrédulité. Un "conflitpas comme les autres. Un conflit qui tend fou...comme le dit Monat Chollet.                                                                                                                                                             Une situation insoluble dans l'état actuel des choses. On a mis trop longtemps la poussière sous le tapis, avec le silence ou la complicité des grands et la passivité/impuissance de l'ONU. Une explosion volcanique se préparait, pour les esprits avertis.   Jabaliya n'est qu'une phase tragique dans un déluge de feu. L'idée d'une paix juste devient problématique et celle de deux Etats, un mirage.  Malgré des protestations, même en Israël.    Paroles de Juif français...                                                                                                                                                                                                               On ne voit pas d'issue...Une impossible stratégie. Cela semble consacrer l'échec d'une utopie, devenue une chimère...La vengeance ne fera qu'amplifier le malheur et Netanyahou met en péril son peuple. (Voir ici). Malaise à gauche... __Atterré!

 

 

                   ______ Point de vue  [Merci à Mediapart __ Photos choisies par moi]

                                                       . "...Colère, accablement face à l’accumulation des souffrances insoutenables qui défilent sur nos écrans, sentiment d’injustice torturant, panique devant le déferlement de la propagande de guerre, angoisse mortelle devant ce cataclysme et ses probables répercussions : ces deux dernières semaines, rivée aux informations en provenance d’Israël-Palestine, j’ai eu plusieurs fois l’impression – comme beaucoup, je crois – de perdre la têteIl y a d’abord ce télescopage permanent entre deux grilles de lecture contradictoires, qu’on pourrait appeler la grille « héroïque » et la grille « coloniale ».

En Europe et aux États-Unis, l’État israélien reste perçu au seul prisme de la Shoah, comme le refuge des victimes de l’antisémitisme européen, de sorte qu’un halo d’innocence inamovible, systématique, irréel, entoure toutes les actions de son appareil gouvernemental et de son armée. Quoi qu’il puisse faire, cet État est le héros ou la victime, il incarne la vertu, et toute critique à son encontre ne peut se comprendre que comme une manifestation d’antisémitisme.

. En revanche, le monde arabe – qui n’est pour rien, lui, dans le génocide des juifs d’Europe – et le Sud en général voient Israël tel qu’il est aussi. C’est-à-dire, plus prosaïquement : un État surarmé, soutenu inconditionnellement par la première puissance mondiale, fondé sur le colonialisme, sur le massacre ou l’expulsion, en 1948, d’une grande partie des Palestiniens ; un État qui occupe illégalement la Cisjordanie et Gaza en ignorant les résolutions de l’ONU et qui y mène une politique d’apartheid (« développement séparé ») en multipliant les exactions et les confiscations de nouvelles terres, de nouvelles maisons.

Si terrible qu’elle ait été, l’attaque du Hamas n’a rien changé à ce rapport de forces radicalement déséquilibré entre occupant et occupé (lire notre entretien avec Michel Warschawski).   La mémoire du colonialisme – et non la solidarité religieuse – est déterminante dans le soutien des pays arabes aux Palestiniens (c’est le cas en Algérie, en particulier). Ce soutien s’explique aussi parfois par une expérience directe, concrète, des conflits du Proche-Orient. Il y a quelques années, une de mes amies, une artiste libanaise qui vit en France et qui a gardé un stress post-traumatique des années de guerre, avait été invitée à participer à un festival en Israël. Elle m’avait demandé pensivement : « Est-ce que tu crois que je peux leur dire que je leur en veux quand même un peu d’avoir bombardé ma maison ? »

Comme le résume le chercheur Gilbert Achcar, « en dehors du monde occidental, on ne voit pas les Israéliens – je ne parle pas des juifs en général, mais bien des Israéliens – comme des héros ou des victimes, mais comme des colons, protagonistes d’un colonialisme de peuplement ».                                               La grille de lecture du Sud est partagée en Occident par de nombreuses personnes qui font elles-mêmes l’expérience du racisme et/ou qui portent une mémoire familiale du colonialisme et, plus largement, par des militants politiques de gauche – dont de nombreux juifs. Tous ces gens sont sensibilisés à l’injustice que vivent les Palestiniens, mais ils sont conscients aussi de ce que la politique menée jusqu’ici a de désastreux, y compris pour les Israéliens.

Encourager ces derniers à s’accrocher à la grille de lecture héroïque, c’est en effet les pousser à se fourvoyer toujours plus, comme un voyageur à qui on donnerait une carte délibérément tronquée du pays qu’il est amené à traverser. Ce n’est pas du « soutien », c’est un cadeau empoisonné. En 2001, sous le titre « Ils ne font pas le lien », la journaliste israélienne dissidente Amira Hass avait rapporté une anecdote très parlante.

À un checkpoint, en Cisjordanie, un de ses amis palestiniens, en voiture avec son fils de dix ans, avait été interpellé par un soldat qui lui avait lancé en agitant son arme : « Voulez-vous la paix ? Voulez-vous la paix ? » Surpris, l’homme avait balbutié : « Oui, évidemment. » Avant qu’il ait eu le temps d’expliquer ce qu’il entendait par « paix », le soldat lui avait répliqué : « Alors pourquoi ton fils me regarde avec autant de haine ? »

Effectivement, on ne peut pas comprendre le regard de haine d’un jeune garçon, si on se perçoit comme l’innocence incarnée alors qu’on est un soldat d’une armée d’occupation qui terrorise et humilie toute une population.

Pour l’Occident, cependant, la grille de lecture « héroïque » est une aubaine. Elle permet de faire coup double, voire triple : en soutenant fanatiquement la politique israélienne, les Européens délèguent à cet État le rôle – sacrément risqué – de gardien de leurs intérêts au Proche-Orient ; ils se dédouanent (ou croient se dédouaner) à bon compte de leur culpabilité dans la Shoah ; et, à l’abri de cet écran vertueux, ils peuvent donner libre cours à leur refoulé colonial sans aucune limite, à travers leur perception et leur traitement des Palestiniens.                                                                                                                                      La vision idyllique d’Israël, combinée à un racisme anti-Arabes phénoménal, conduit ses alliés occidentaux à mépriser ou à diaboliser les Palestiniens, et à justifier – voire à approuver – leur écrasement, perçu comme de la légitime défense de la part de l’occupant. À les écouter, on a l’impression que c’est la Palestine qui occupe Israël, et non l’inverse. Alors qu’il y avait déjà à Gaza le triple du nombre des victimes israéliennes de l’attaque du Hamas, alors qu’une population prisonnière subissait un blocus impitoyable et un déluge de bombes, la présidente de l’Assemblée nationale française, Yaël Braun-Pivet, parlait encore du « droit d’Israël à se défendre », affirmant le 22 octobre : « Il y a un attaquant et des attaqué

Les Palestiniens se retrouvent ainsi piégés dans une sorte de trappe de la conscience occidentale. « Nous sommes les victimes des victimes, les réfugiés des réfugiés », constatait en 1999 l’intellectuel américano-palestinien Edward Saïd – une formule amère restée célèbre. Dans un effort désespéré pour les libérer de cette trappe, pour dessiller les yeux de l’Occident, les tenants de la grille de lecture coloniale sont parfois tentés de jeter sur la place publique les atrocités commises par l’armée israélienne ou par les colons                                                                                                                              Lors des bombardements sur Gaza de 2008-2009, le quotidien communiste  L’Humanité, soutien historique des Palestiniens, avait ainsi mis à sa une (7 janvier 2009) la photo de la tête d’une fillette tuée, reposant au milieu des gravats, maculée de poussière et de sang. Un choix sensationnaliste et indéfendable, mais révélateur. « Nous restons éveillés la nuit, à la lueur vacillante de nos téléphones, cherchant la métaphore, la vidéo, la photo qui prouvera qu’un enfant est un enfant, écrit aujourd’hui l’autrice américano-palestinienne Hala Alyan. Quelle est l’image qui marchera finalement ? Celle de cette moitié d’enfant sur un toit ? Celle de cette petite fille croyant reconnaître le corps de sa mère parmi les morts ? »

Cependant, ces efforts sont interprétés par ceux qu’ils voudraient convaincre comme le signe d’un acharnement, d’une fixation antisémite et d’une volonté malsaine de diaboliser Israël. Ils produisent donc l’effet inverse à celui qui était recherché : ils renforcent encore la grille de lecture héroïque. Un cercle vicieux parfait. 

Quand ils ne sont pas diabolisés, perçus comme une horde indistincte et barbare, congénitalement violente et « terroriste », les Palestiniens sont traités comme quantité négligeable. Leur invisibilisation vient de loin ; elle vient du mensonge premier, du slogan des débuts du sionisme : « Une terre sans peuple pour un peuple sans terre ». 

L’accusation d’antisémitisme systématique contre les défenseurs des Palestiniens dit aussi cela : ceux qui la profèrent n’imaginent même pas qu’on puisse sérieusement se soucier de ces gens ; la critique d’Israël ne peut donc s’expliquer que par l’antisémitisme. Le mur de séparation en Cisjordanie et la clôture high-tech de Gaza traduisent de la manière la plus concrète le refus de les voir, de les prendre en compte, d’admettre leur existence.

Starhawk et l’effacement complet des Palestiniens

Au cours des années 2000, la militante de gauche américaine et « sorcière néopaïenne » Starhawk a mené de nombreuses actions de solidarité en Palestine. Juive « de naissance et d’éducation », dit-elle, elle est venue au monde en 1951, peu après la Seconde Guerre mondiale. Dans un texte écrit lors des bombardements sur Gaza de 2008-2009, elle se souvenait du récit mythologique de la création d’Israël qui avait bercé son enfance. Et elle commentait : « C’est une histoire puissante, émouvante. Elle ne présente qu’un seul défaut : elle oublie les Palestiniens. Elle doit les oublier, parce que, si nous devions admettre que notre patrie appartenait à un autre peuple, elle en serait gâchée. […] Golda Meir disait : “Les Palestiniens, qui sont-ils ? Ils n’existent pas.” » 

Une affirmation que le ministre des finances actuel, Bezalel Smotrich, l’un des chefs de file de l’extrême droite israélienne, qui vit dans une colonie de Cisjordanie, a réitérée en mars dernier à Paris, créant un petit scandale.

Le 18 octobre dernier, Starhawk a publié une version remaniée de son texte de 2008, et elle y a ajouté cette remarque : « Quand un peuple entier est effacé du récit, la tentation devient irrésistible de l’effacer complètement. » Et, en effet, l’invisibilisation des Palestiniens, nécessaire à la préservation du mythe national, rend possible une logique génocidaire.

Les Gazaouis sont aujourd’hui massacrés d’une telle manière que de plus en plus de voix prononcent le mot « génocide » : le philosophe Étienne Balibar en France, le Centre américain pour les droits constitutionnels, l’organisation américaine If Not Nowdes experts de l’ONU, un journaliste britannique qui a couvert le génocide rwandais, une ministre espagnole, la philosophe américaine Judith Butler (membre du bureau de Jewish Voice for Peace), le président brésilien

Ce qui définit un génocide selon la Convention des Nations unies pour la prévention et la répression du crime de génocide, ce sont des actes commis « dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel ». Le massacre d’environ huit mille hommes par l’armée serbe à Srebrenica, en Bosnie-Herzégovine, en juillet 1995, est ainsi considéré comme un génocide.

Ici, le fait de priver toute une population d’eau, de nourriture, d’électricité, le vocabulaire déshumanisant utilisé par le ministre de la défense israélien, Yoav Galant, qui disait le 9 octobre : « Nous nous battons contre des animaux humains », la déclaration du président Isaac Herzog rejetant, le 12 octobre, l’idée que les civils gazaouis soient innocents, ainsi que les mots du porte-parole de l’armée Daniel Hagari, le lendemain, selon lesquels ce qui était recherché était « les dégâts et non la précision » – une franchise tout à fait nouvelle –, pourraient indiquer qu’on se trouve dans ce cas de figure. Le 24 octobre, 42 % des habitations de Gaza avaient été détruites.

Les mêmes éléments de langage repris ad nauseam

Dans un XXIe siècle hyperconnecté, exterminer – ou laisser exterminer – une population oblige à investir autant dans la communication que dans les armes, afin de persuader l’opinion occidentale de l’approuver, ou au moins de l’accepter sans broncher. Cela implique de persuader les spectateurs qu’ils ne sont pas réellement en train de voir ce qu’ils sont en train de voir. Un article du site Arrêt sur images rappelle que « pour étouffer le récit d’occupation gazaoui, l’État israélien dispose d’un véritable arsenal technique et humain dédié aux “psyops”, la guerre psychologique et informationnelle ». Les utilisateurs de YouTube et de X-Twitter en ont eu un aperçu quand des bannières « publicitaires » se sont invitées sur leurs écrans pour justifier les bombardements sur Gaza en soulignant l’horreur de l’attaque du Hamas – quitte à trahir la mémoire de certaines des victimes, qui étaient des militants pour la paix.

Alors même qu’elle pilonne des civil·es, l’armée israélienne est présentée comme une bande de braves gars pleins de bonne volonté et de combattantes valeureuses et sexy ; des journalistes français relaient sans aucun recul la parole de ses représentants, toute déontologie jetée aux orties.

Les discours affirmant la supériorité civilisationnelle de l’Occident (« C’est un combat des enfants de la lumière contre les enfants des ténèbres », a déclaré Benyamin Nétanyahou le 16 octobre) sont particulièrement pénibles, alors même que la soif de vengeance indistincte qui s’exprime partout, en Israël, aux États-Unis ou en France, reproduit précisément la logique animant les membres du Hamas. 

Comme lors des précédentes campagnes de bombardements intenses sur Gaza, en 2008-2009, puis en 2014 – ce que les généraux israéliens appelaient « tondre le gazon » –, les mêmes éléments de langage sont repris ad nauseam, leur absurdité étant compensée par leur matraquage illimité. Cette fois, la puissance de ce rouleau compresseur est encore décuplée, en France, par la bollorisation du paysage médiatique (les chaînes d’information en continu, en particulier), et plus généralement par l’extrême-droitisation accélérée du climat politique.

Les arguments censés justifier la destruction des vies palestiniennes ont été pulvérisés par l’humoriste égyptien Bassem Youssef (marié à une Gazaouie) dans une prestation face à Piers Morgan sur Sky News devenue virale.                         « Israël a la seule armée du monde qui avertit les gens avant de les bombarder. Qu’est-ce que c’est mignon ! C’est tellement sympa de leur part ! » ; « Hassan, le cousin de ma femme, c’est un bon à rien, il n’arrive jamais à garder un boulot, il a raté l’entretien pour devenir bouclier humain » ; « Est-ce que chacun des quatorze mille civils déjà tués ou blessés dissimulait une cible militaire ? Parce que, si c’est le cas, ça fait beaucoup d’armes. Le Hamas est blindé ! » ; « Oh, alors ce sont des “dommages collatéraux” ? Très bien, dans ce cas, pas de problème. Ça se défend. »

La vision des Gazaouis en Occident, un « effet “Homeland” »

Dans un précédent billet, j’ai écrit qu’il était plus facile pour les Occidentaux de s’identifier aux Israéliens, au mode de vie très semblable au leur, qu’aux Palestiniens. J’aurais dû préciser que toute identification avec ces derniers était activement découragée par le discours gouvernemental israélien.

Il y a vingt ans, l’entourage d’Ariel Sharon martelait déjà cet argument pour justifier son refus de négocier avec l’Autorité palestinienne : « Il faut prendre la mesure de ce que représente un attentat en Israël. Quarante morts là-bas, c’est comme s’il y en avait quatre cents en France. » À l’époque, le journaliste de Politis Denis Sieffert faisait observer qu’on ne tentait jamais le même rapport avec les Palestiniens : « Plus de deux mille morts sur trois millions d’habitants en deux ans, cela n’équivaut-il pas à quarante mille en France ? » (Télérama, 15 janvier 2003)

Même invisibilisation, même déshumanisation, il y a quelques jours, quand le compte X-Twitter d’Israël a admonesté Greta Thunberg, qui venait de clamer son soutien aux Gazaouis bombardés, en lui répondant que les jeunes Israéliens fauchés par le Hamas lors du festival de musique auraient pu être ses amis. C’est vrai, bien sûr. Mais pourquoi n’aurait-elle pas aussi pu être amie avec les jeunes Gazaouis tués ? 

Il y a, dans la vision méprisante qu’on se fait généralement des Gazaouis en Occident, ce qu’on pourrait appeler un « effet Homeland ». En 2015, l’épisode 2 de la saison 5 de cette série d’espionnage américaine avait suscité l’atterrement ou l’hilarité dans le monde arabe. Il était censé se dérouler à Beyrouth, mais la capitale libanaise avait été représentée comme un dédale de ruelles poussiéreuses, une succession de gargotes et de gourbis louches – là où, dans la réalité, il y avait plutôt des Starbucks. 

De la même manière, loin des fantasmes, il se trouve que, en dehors du fait qu’ils sont parqués sur une étroite bande de terre, entre la Méditerranée et une clôture barbelée, et qu’ils sont gouvernés par le Hamas, ce détestable produit de l’occupation, les Gazaouis sont des gens ordinaires, ni plus ni moins « modernes » que d’autres sociétés.

Si les États-Unis avaient forcé Israël à mettre fin à l’occupation il y a trente ans...

Dans le même temps, en France, le soutien à la politique israélienne semble permettre, ou accompagner, une grande décharge non seulement du refoulé colonial, mais aussi du refoulé antisémite. Comme le rappelle le collectif Tsedek !, en France, ces dernières années, le gouvernement d’Emmanuel Macron a multiplié les hommages aux figures historiques de l’extrême droite (le maréchal Pétain, Charles Maurras, Jacques Bainville) ; un ministre – Gérald Darmanin – a écrit pour l’Action française et relayé les thèses antisémites de Napoléon.        _La semaine dernière, Charlie Hebdo a publié une caricature représentant les otages israéliens du Hamas avec des nez crochus. L’un des succès de la rentrée littéraire 2023 est un livre présentant une collabo ayant dénoncé ses voisins juifs pendant la guerre comme une « femme libre ».

Une bonne partie de l’extrême droite se range derrière le gouvernement israélien, et certains juifs de France acceptent son soutien, ce qui, comme le résumait bien l’humoriste Waly Dia dans une chronique, est à peu près aussi prudent que de « faire du bouche-à-bouche à un cobra ».                                              On a le vertige en pensant à la quantité de violence qui aurait pu être évitée si les États-Unis avaient obligé Israël à mettre fin à l’occupation il y a trente ans. Maintenant, il est peut-être trop tard. Il est bien possible que les « soutiens » d’Israël aient condamné les Palestiniens à subir de manière définitive le même sort que les Amérindiens, parqués dans des réserves, décimés, diabolisés, méprisés, et les Israéliens à devenir les nouveaux cow-boys de ce nouveau Far West, des geôliers éternels – un destin sordide qui marquerait un échec historique terrible.

________________Et la violence risque de se répandre dans le reste du monde : déjà la guerre menace de gagner le Liban ; le risque terroriste se renforce ; les agressions et incidents antisémites et islamophobes se multiplient. Les partisans d’une paix juste – une paix qui ne soit pas celle des cimetières – vont devoir s’accrocher plus que jamais." [Mona Chollet___Désolé pour les liens du texte, défectueux...Mytère de la transcription?..]

 

Espérer encore?... __________________________________
Partager cet article
Repost0

La famine n'est pas une opinion

Publié le par Jean-Etienne ZEN

Mais un fait maintenant bien établi. Une tragédie

              Contrairement à ce que l'on prétend dans certains cercles qui ont intérêt à minimiser ce qui continue de se dérouler à Gaza, la situation réelle des populations en souffrance. Que ce soit à Jerusalem ou à Paris. Contre toute évidence, certains, non dénués d'arrière pensées, crient au mensonge ou à la propagande, alors qu'il y a une quasi unanimité sur ce sujet de la part dejournalistes de tous pays, du moins ceux qui ont survécu sur le terrain, pour reconnaître qu'une terrible famine s'y déroute.                                                                                                                                                 A Jérusalem, on nie, contre toute évidence. Depuis octobre 2024, combien de journalistes tuès? La famine est déniée par Netantahou, instillant le doute ou la dénégatiion.  La logique mortifère  qui continue à 'exercer ne peut plus être niée. Sauf dans la logique de Ben Gvir and Co.   Le gouvernement israélien accélère sa fuite en avant génocidaire et suicidaire , malgré son isolement, qui s'accentue . Et il y a la Cisjordanie...

 

 

Sur la colonisation de la zone E1, Smotrich déclare hier: "Nous sommes en train d'effacer l'État palestinien. Pas avec des slogans mais avec des actions. Les Européens hypocrites n'auront plus rien à reconnaitre en septembre". • Mobilisation de 130.000 réservistes israéliens pour l'opération "Chars de Gédéon 2" (à l'échelle de la population française cela correspondrait à 1,3 millions de mobilisés). À propos de cette offensive Smotrich déclare hier : "Nous allons conquérir, purifier, et rester. En chemin nous allons anéantir tout ce qui reste. Nous allons briser Gaza et la réduire à un tas de décombres. Une destruction totale, sans précédent dans l'histoire du monde". • 65% des Allemands approuvent l'embargo sur les armes décidé le 8 août par le chancelier, contre 19% qui désapprouvent. Du jamais vu en Allemagne. • 58% des Américains approuvent la reconnaissance de l'État palestinien, contre 33% qui désapprouvent. La bascule est là encore très nette, et très rapide, en particulier chez les moins de 40 ans. • Même les représentants de la communauté juive australienne accusent Netanyahu de "faire directement le jeu des opposants à Israël et des antisémites". • Hier Emmanuel Macron a dénoncé "l'analyse erronée et abjecte" de Netanyahu à propos de l'antisémitisme en France, et a annoncé que cela "ne restera pas sans réponse". Quelques jours plus tôt, le ministre des affaires étrangères israélien a menacé de fermer le Consulat général de France à Jérusalem (ouvert en 1843). > C'est l'heure de vérité. Pour stopper Netanyahu il faudra bien plus que des "condamnations" ou des promesses de reconnaissance. Seules des sanctions immédiates, concrètes et crédibles seront efficaces. Les opinions publiques l'ont compris, elles seront en soutien. Les dirigeants doivent agir maintenant, avant qu'il ne soit trop tard, car si l'avenir du monde se joue en ce moment en Ukraine, il se joue aussi à Gaza.

 

 

De plus en plus s'intellectuels israëliens n'hésitent pls à franchir le pas de la condamnation, devant l'horreur des faits constatés.. Comme David Grossman, grande figuree de la littérature:           • David Grossman, immense écrivain israélien, leader du camp de la paix dans les années 1990, qui a perdu son fils lors de la guerre de 2006 au Liban (Une femme fuyant l’annonce, Le Seuil 2008) tente de nommer l'innommable dans la Repubblica: "Je veux parler comme une personne qui a fait tout ce qu'elle pouvait pour ne pas qualifier Israël d'Etat génocidaire. Maintenant, avec une douleur immense et le coeur brisé, je dois constater que c'est ce qui se passe devant mes yeux. Un génocide. C'est un mot avalanche: une fois que tu l'as prononcé, il ne fait que grossir, comme une avalanche". • "La malédiction d’Israël trouve son origine dans l’occupation des territoires palestiniens en 1967. Nous sommes devenus très forts militairement et nous sommes tombés dans la tentation générée par notre pouvoir absolu et l’idée que nous pouvions tout faire. L’occupation nous a corrompus". • "Je reste désespérément fidèle à l'idée de deux États, la Palestine et Israël, parce que je ne vois pas d'alternative. L'initiative d'Emmanuel Macron est une bonne idée et je ne comprends pas l'hystérie avec laquelle elle a été accueillie en Israël" ________________________

Partager cet article
Repost0

Europe sur la sellette

Publié le par Jean-Etienne ZEN

Questions et hypothèses. Nouvelle donne.                                                                                                                                                                 On reparle d'un nouvel élargissement. Comme si la gestion actuelle d'une entité aussi hétérogène ne posait déjà pas assez de problèmes, économiques et surtout politiques. Surtout à l'heure des retours de souveraineté. Il y  a comme un retour de balancier, à l'heure où la "mondialisation heureuse" est remise en question, où des conflits imprévus minent les solidarités et introduit des clivages nouveaux. La situation économique de l'Allemagne n'incite pas à l'optimisme. Elle tend à faire  cavalier seul, Ce qui n'est bon pour personne; il n'y a pas lieu de s'en réjouir                                                                                                                                        Certains sont très pessimistes sur l'avenir d'une entité qui bat de l'aile. Les crises de nerfs se multiplient. Une révision s'impose en tout cas. Des promesses n'ont pas été tenues. Certains, qui y croyaient, pestent contre ses infidélités et ses défaillances. Le fédéralisme, en tous cas, est bien mort.   Des  "mesures radicales" suffiront-elles?                  Cette vieille idée prometteuse a-t-elle encore une chance, après tant de propos sans objet ou de timides tentatives inabouties?

    On peut en douter  à l'heure où l'idéal européen des pionniers a du plomb dans l'aile, où les intérêts se déchirent, ou les alliances se délitent, où beaucoup d'Etat n'ont pas la moindre velléité de rompre avec l'OTAN et les intérêts géostratégiques des USA.
    A l'heure où Macron tente de nouvelles relances, ce projet est-il encore crédible, tant que de profondes transformations ne sont pas visibles au niveau des pays, unis surtout comme un marché aux intérêts peu convergents?
    Un improbable consensus.
         Ou ,dit plus sévèrement et plus explicitement:
                                     ...L’échec de la communauté européenne de défense (CED) : une idée française rejetée par la France...En été 1950, pressé par la menace communiste concrétisée par le déclenchement en juin de la guerre de Corée, Jean Monnet, commissaire général du Plan français et inspirateur du plan Schuman, envisage d’organiser la défense de l’Europe dans un cadre supranational comparable à celui contenu dans la proposition Schuman. Dans le même temps, les États-Unis demandent à leurs alliés de préparer le réarmement de la RFA. Jean Monnet présente son projet à René Pleven, président du Conseil français et ancien ministre de la Défense, qui le soumet à l’Assemblée nationale le 24 octobre 1950. Le projet envisage la mise en place d’une armée européenne permettant d’intégrer les futures unités allemandes dans un ensemble placé sous une autorité européenne unique, militaire et politique. Ce projet suscite de très vifs débats en France. Accepté par la plupart des États occidentaux, le projet de Communauté européenne de défense (CED) est rejeté en août 1954 par l’Assemblée nationale française. Finalement, le refus de l’Assemblée nationale française de ratifier le traité instituant la CED entraîne également automatiquement l’abandon du projet de Communauté politique européenne dont il est le corollaire institutionnel. La consternation est générale en Europe occidentale et aux États-Unis. La France, qui s’était fait le champion de la cause européenne depuis plusieurs années, est sérieusement discréditée par cet abandon. La déception est immense et appelle une réaction rapide3
             Dès l’automne 1954, au lendemain du rejet par les parlementaires français de la Communauté européenne de défense (CED), certains dirigeants des pays du Benelux s’appliquent à relancer un projet communautaire qui propose des solutions aux problèmes spécifiques de l’intégration économique. Traumatisés par l’échec de la CED, ils refusent de laisser l’unification européenne s’enliser. Négociés à Val Duchesse depuis juin 1956 au sein de la conférence intergouvernementale pour le Marché commun et l’Euratom, les traités instituant la Communauté économique européenne (CEE) et la Communauté européenne de l’énergie atomique (CEEA) sont signés le 25 mars 1957 par les représentants des six pays membres de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA), respectivement la République fédérale d’Allemagne (RFA), la Belgique, la France, l’Italie, le Luxembourg et les Pays-Bas. Ainsi débute l’aventure de la Communauté économique européenne (CEE) qui se transformera en Union européenne (UE) le 1er novembre 1993 après la ratification du traité de Maastricht (il prévoit l’union économique et monétaire, grâce à une monnaie unique européenne qui sera ultérieurement appelée l’euro). De Six membres, elle passe en 2018 à 28 membres, 27 après le départ du Royaume-Uni.
   Rappelons les institutions mises en place sur les questions de défense au lendemain de la Seconde Guerre mondiale ! Elles expliquent, en grande partie, la problématique actuelle.   Le Traité de collaboration en matière économique, sociale et culturelle et de légitime défense collective, signé à Bruxelles le 17 mars 1948 par la France, le Royaume-Uni, la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg. Il entre en vigueur le 25 août 1948. Bien que ce traité ne prévoie qu’une « coopération » entre les parties contractantes « qui s’exercera notamment par le Conseil Consultatif prévu à l’article 7 » et qu’il ne stipule pas la création d’une organisation internationale, dans les faits, l’organisation issue du traité sera appelée « Organisation du traité de Bruxelles » ou « Union occidentale ». Elle se transformera plus tard en « Union de l’Europe occidentale » (UEO)4 et sera définitivement absorbée par l’Union européenne. De profundis !
    Plus important dans le domaine de la défense européenne est ce qui se passe Outre-Atlantique. Le 4 avril 1949, douze ministres des Affaires étrangères signent à Washington le traité instituant l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN). Aux Cinq du pacte de Bruxelles (pays du Benelux, France et Grande-Bretagne) s’ajoutent les États-Unis, le Canada, le Danemark, l’Islande, l’Italie, la Norvège et le Portugal. En réalité, l’explosion, en septembre 1949, de la première bombe atomique soviétique et le déclenchement, en juin 1950, de la guerre de Corée ont accéléré la mise en place de la structure militaire intégrée de l’OTAN. Après la chute du mur de Berlin, l’OTAN va absorber les anciens État membres du Pacte de Varsovie, à l’exception de l’ex-URSS avec laquelle est mise en place un organe de consultation qui a pour nom Conseil OTAN-Russie (COR). L’Alliance atlantique comporte 28 États membres, le Monténégro l’ayant rejoint en 2017.
     A partir de 1998, avec le sommet franco-britannique de Saint-Malo, pour sa part, l’Union européenne a engagé le processus d’élaboration d’une politique européenne de sécurité et de défense. Moteur de cette évolution avec pour objectif la création d’une véritable Europe de la Défense, la France s’emploie à promouvoir un rôle accru de l’Union européenne dans le domaine de la défense et à appuyer le développement de la politique de sécurité et de défense commune (PSDC, depuis 2007), qui, en pleine cohérence avec les autres instruments européens d’action extérieure, apporte une réelle valeur ajoutée à la gestion des crises5.
    Les objectifs de la PSDC sont définis par l’article 42 du traité sur l’Union européenne (TUE). Celui-ci stipule que l’UE peut avoir recours à des moyens civils et militaires en dehors de l’Union « afin d’assurer le maintien de la paix, la prévention des conflits et le renforcement de la sécurité internationale conformément aux principes de la charte des Nations unies ». Sans remettre en cause le caractère spécifique des politiques de sécurité et de défense de chaque État membre (notamment dans le cadre de l’OTAN dont 22 des 28 pays de l’Union sont membres), la PSDC poursuit également l’objectif, à terme, d’une défense commune (art. 42 TUE). Plusieurs structures permanentes participent à la PSDC : constitué de représentants des États, le Comité politique et de sécurité (COPS) exerce, sous l’autorité du Conseil et du Haut-représentant, le contrôle politique et la direction stratégique des opérations de gestion des crises. Il reçoit des conseils et des recommandations du Comité militaire de l’UE (CMUE). L’État-major militaire de l’UE (EMUE) planifie, exécute et met en œuvre les décisions. La capacité civile de planification et de conduite (CPCC) assure la direction des opérations civiles. Enfin l’Agence européenne de défense (AED) vise à améliorer les capacités militaires des États membres. 
                   Voici pour la théorie. Qu’en est-il de la pratique depuis la fin du siècle dernier à l’année 2018 ? Le moins que l’on puisse dire est que le fossé est abyssal entre la parole et les actes si tant est que les intentions des uns et des autres aient identiques.
    Si la problématique de la mise en place d’une authentique défense européenne relève encore aujourd’hui du vœu pieu, c’est qu’elle est toujours l’otage d’un désaccord intellectuel récurrent et d’une absence de volonté politique d’une immense majorité des 27/28.
    « On connaît dans les grandes cours, un autre moyen de se grandir, c’est de se courber » nous rappelle utilement ce grand maître de la diplomatie française que fut Talleyrand ! Et, c’est justement de cela dont il s’agit lorsque l’on parle de « défense européenne », vocable générique destiné à désigner la volonté (ou l’absence de volonté) des Européens de concevoir leur défense de manière autonome, souveraine, indépendante de celle de l’OTAN, dominée par les États-Unis. D’abord, tous nos partenaires récusent, depuis le départ de la construction européenne, l’idée purement française d’une « Europe puissance ». Le général de Gaulle parlait d’une « Europe européenne », ce qui en creux signifiait une Europe indépendante des États-Unis, y compris dans le domaine de la défense. Faute d’écho de ses partenaires, il en a tiré les conclusions qui s’imposaient pour la France : développement d’une force de dissuasion nucléaire et retrait de la structure militaire intégrée de l’OTAN en 1966. Ensuite, nos partenaires ont toujours considéré le principe même d’une défense européenne comme n’allant pas de soi, pour ne pas dire qu’ils y étaient purement et simplement opposés. La raison est simple : l’OTAN (en d’autres termes les Américains) leur fournit une assurance tout-risque peu onéreuse alors qu’une défense européenne ne serait qu’une simple assurance au tiers peu efficace et très dispendieuse. Sous-jacente est l’idée qu’il ne faudrait surtout pas fâcher l’Oncle Sam, très à cheval sur la question. En un mot comme en cent, la défense de l’Europe est du ressort des Américains et certainement pas des Européens. Ce qui signifie le rejet d’une Europe puissance et indépendante à la française au profit d’une Europe grand marché et soumise aux caprices de Washington6. Tel est le défi insurmontable de la France à Bruxelles lorsqu’elle met et remet sur la table son projet de défense européenne non subordonnée à l’OTAN, faire boire un âne qui n’a pas soif !7 Un remake du mythe de Sisyphe8. Nous en avons des exemples quotidiennement avec les rebuffades qu’essuie Emmanuel Macron avec son projet de refondation de l’Europe (Cf. son discours lyrique de la Sorbonne), en général et avec son projet « d’armée européenne » (Cf. sa déclaration sur Europe 1 du 6 novembre 2018) en particulier. Le problème se corse encore plus lorsque fait défaut au sein de l’équipe Europe le désir de jouer collectif, l’affectio societatis9.
      « Le volontarisme en diplomatie comme en d’autres domaines est efficace étant bien entendu que les objectifs sont clairement définis et que tous les moyens pour y parvenir sont mobilisés »10. Il va sans dire, mais cela va mieux en le disant, que le volontarisme, la pugnacité de tous les présidents de la République française pour faire avancer leur double projet d’une Europe puissance et son corollaire, une défense européenne s’est heurtée et se heurte toujours au mieux à un mur d’incompréhension, au pire à un rejet pur et simple. La seule exception tient aux actions dites de développement des « capacités civiles » (le mou à l’Europe et le dur à l’OTAN) et de quelques « capacités militaires » (amélioration de la projection des forces en opération, renforcement de l’information et du renseignement spatial, de la protection des forces et de leurs moyens et de leur efficacité en opération, de l’interopérabilité)11. Mais, il y a pire avec la pire décision prise par Nicolas Sarkozy en 2007 pour la crédibilité de la France sur la question de la défense européenne.
    En effet, il faudra attendre l’arrivée au pouvoir en 2007 pour que « Sarko l’américain » brise le tabou en reprenant en 2009 le chemin perdu du Saint des Saints en se rangeant sous la coupe du Pentagone. Les Américains décident, les Français exécutent comme des idiots utiles. En échange, nous recevons un commandement à Norfolk en Virginie (SACT ou Commandement Suprême Allié de la Transformation). Tout est bien qui finit bien pour la France ! Le président de la République multiplie les attentions à l’endroit de ses interlocuteurs américains. Mais, contrairement à ce qu’il escomptait (ceci ne relevait-il pas de la vulgaire farce ?), les Américains et autres Britanniques ne font pas le moindre pas en direction de la politique européenne de sécurité et de défense. L’argument est imparable en période de restrictions budgétaires, pourquoi faire mal au Berlaymont ce que l’on fait parfaitement à Evere !
    C’est le règne du circulez, il n’y a rien à voir. Quant à François Hollande qui avait critiqué la décision de Nicolas Sarkozy alors qu’il était le chef de l’opposition, il n’y trouve rien à redire dès qu’il prend ses fonctions à l’Élysée. Il fait même rédiger un rapport par Hubert Védrine qui souligne les inconvénients d’un nouveau départ de la structure intégrée12.      Tout est bien qui finit bien. Jupiter écrase la main de Donald Trump mais essuie ses avanies successives sur les questions de défense européenne, y compris à l’occasion des cérémonies commémoratives du centième anniversaire de la fin de la Première Guerre mondiale.  C’est dans ce contexte qu’il convient de replacer le débat (même si le mot est un peu fort) sur la défense européenne relancé à plusieurs reprises par le président de la République, Emmanuel Macron, y compris à travers son idée récente – peu populaire à Washington – d’une « armée européenne ».
      Au tropisme jupitérien d’une défense européenne indépendante pouvant aller jusqu’à la constitution d’une « armée européenne », s’oppose toujours celui des autres Européens – avec quelques légères nuances pour l’Allemagne – d’une défense européenne reposant sur une armée américaine.
    La formule un peu abrupte d’Emmanuel Macron (« Nous devons nous protéger à l’égard de la Chine, de la Russie et même des États-Unis d’Amérique », précitée du 6 novembre 2018), qui se situe dans le droit fil de ses déclarations antérieures va dans le même sens, à savoir celui de « sa volonté de reprendre le leadership d’une Europe indépendante, y compris dans le domaine de la défense »13. Le 10 novembre 2018, dans un entretien accordé à CNN, il revenait sur sa priorité donnée à l’Europe de la défense : « Je ne veux pas voir les pays européens augmenter le budget de défense pour acheter des armes américaines ou autres… », visant explicitement l’acquisition récente d’avions de combat américains F-35 au détriment d’équipements européens. En visite sur le porte-avions Charles-de-Gaulle, dans la nuit du 13 au 14 novembre 2018, Emmanuel Macron a de nouveau plaidé pour une défense européenne plus « autonome » vis-à-vis de l’allié américain. Reconnaissons à Emmanuel Macron le mérite de la constance en ce domaine ! Il est peut-être le seul à être cohérent sur ce sujet au sein de l’Union à 27/28. Force est de reconnaître que s’est piégé à Bruxelles en refusant de jouer le jeu institutionnel. Les idées françaises ne s’y imposent pas comme par miracle. Elles doivent être soumises à nos partenaires, discutées, convaincre. Le cavalier seul qu’Emmanuel Macron pratique sur le plan national échoue sur la scène européenne. Cette énorme bourde ne s’explique-t-elle pas par la méconnaissance de la chose européenne par ses collaborateurs. Ce qui est d’autant plus incompréhensible que son conseiller diplomatique, Philippe Etienne est un ancien du circuit bruxellois. De deux choses l’une, ou bien c’est un incompétent notoire, ou bien il n’a pas l’oreille de Jupiter. Tout ceci est inquiétant !
      Ceci étant dit, cet activisme sur la question de la défense européenne mérite d’être replacé dans un contexte plus large et plus électoraliste, celui des prochaines élections au Parlement européen du 26 mai 2019. Le moins que l’on puisse dire est que les choses ne se présentent pas sous les meilleurs auspices pour la République en marche à coup de verticalité et d’arrogance dans un contexte de jacquerie fiscale (Cf. le mouvement des « gilets jaunes »). Compte-tenu de ce qui précède, Jupiter tente de donner des gages aux proeuropéens en leur proposant de faire l’Europe, « y compris l’Europe de la défense » et aux souverainistes (qu’il avait vilipendés jusqu’ici) en leur disant « mais une Europe indépendante ». Ce que l’on appelle la diplomatie du en même temps qui connait vite ses limites sur la scène européens ! C’est qu’au fil du temps et de sa compréhension de la France d’en bas, Emmanuel Macron a évolué sur sa conception de l’Europe. Après avoir opposé de manière caricaturale les « progressistes » et les « nationalistes », il essaie désespérément de les concilier en évoquant une « Europe qui protège davantage les travailleurs »14. Il fait appel à l’ancienne garde des Républicains pour tenter de sauver les meubles15. Il est vrai que son approche manichéenne lui revenait en boomerang au lieu de le conforter dans son grand dessein européen. La constance est un gage de succès, la diplomatie du fil de l’eau et de la godille est le gage de l’échec.
     « En diplomatie, les seuls traités durables seraient les traités conclus entre les arrière-pensées » nous rappelle le Comte de Saint-Aulaire en 1953. Et sur la question de la défense européenne, les arrière-pensées ne manquent pas tant du côté de nos partenaires que du côté de Jupiter. 
     Nos partenaires européens évoluent entre diplomatie de l’exclusion et diplomatie du dos rond. Même s’ils commencent à prendre conscience des limites de l’engagement américain en Europe (« l’OTAN est obsolète » de Donald Trump, l’appel à meilleur partage du fardeau du président américain, ses diatribes contre l’Union européenne, l’Allemagne et plus récemment contre la France…) et des risques que fait peser Washington sur le multilatéralisme (retrait de l’accord nucléaire iranien, de l’accord sur le climat conclu lors de la COP21, du traité FNI, de plusieurs accords commerciaux, retrait de l’UNESCO, critique sévère du fonctionnement de l’OMC…). Ils commencent à prendre conscience que l’Union européenne doit en finir avec ses prudences de gazelle et changer de pied pour être un interlocuteur qui compte sur le grand échiquier international. Mais, à ce jour, rien de concret sur le plan des actes tant l’atlantisme est profondément inscrit dans leur A.D.N.. Depuis son élection, Emmanuel Macron tente de relancer une Europe de la défense moribonde. En un mot, le constat est partagé : des risques nouveaux menacent la sécurité du continent. Mais les pays européens sont en désaccord sur à peu près tout. Et une large partie d’entre eux s’en remettent d’abord, voire exclusivement, à l’OTAN16. Quelle ligne rouge faudra-t-il que Donald Trump franchisse pour que l’électrochoc produise tous ses effets ? Nous n’en sommes pas encore à ce stade. Du côté allemand, en dépit des déclarations de la chancelière en faveur d’une coopération avec la France, les milieux allemands de la Défense considèrent la création d’une « armée européenne » comme irréaliste et contre-productive. Ce rapprochement se heurte à des cultures politiques, stratégiques et industrielles différentes des deux côtés du Rhin17. Du côté britannique, le secrétaire d’État à la défense, G. Williamson évoque « une idée complètement folle » qui « menacerait la paix et la sécurité à long terme ». Même si le propos est excessif, il n’en traduit pas moins une pensée répandue chez nos partenaires.
     Les arrière-pensées françaises sont également légions. Sur la question de la contribution de l’OTAN à la défense européenne, nos dirigeants pratiquent le grand écart permanent entre l’indépendance d’une Europe de la défense et la prééminence de l’Alliance atlantique (Cf. les déclarations du président de la République et de sa ministre des Armées, Florence Parly surnommée idéfix18). Rappelons que, dans son discours sur la refondation de la Sorbonne, il se prononce pour une défense européenne en concertation avec l’OTAN, le membre de phrase qui tue. Ce qui signifie en clair que tout change pour que rien ne change ! La servitude volontaire a encore de beaux jours devant elle. En réponse au tweet de Donald Trump sur ses propos « insultants » (Amérique vue comme un ennemi potentiel au même titre que la Chine et la Russie, proposition d’armée européenne…), Emmanuel Macron s’empresse de dire que son projet viendrait renforcer l’Alliance. Que et qui doit-on croire ? La défense européenne relève-t-elle du gadget électoraliste ou bien d’un projet d’envergure de refondation de l’Europe : refonte de l’euro pour en faire une monnaie d’échange international, taxation des GAFAM, réciprocité en matière d’extraterritorialité du droit américain ?
     Nous ne sommes qu’à moitié rassurés en apprenant que l’ex-secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale, Louis Gauthier (magistrat de la Cour des comptes, toujours les mêmes rapports rédigés par les membres de la Caste), doit remettre son rapport sur la défense européenne d’ici à la fin de l’année au président Emmanuel Macron. Il enfonce quelques portes ouvertes : « Les Européens sont sous le coup de plusieurs électrochocs qui ont eu lieu ces dernières années : invasion de la Crimée par la Russie, en 2014, attentats djihadistes, en 2015, cyberattaques WannaCry et NotPetya, en 2017… Ce qui relevait, dans nos rapports, de l’analyse prévisionnelle est devenu un constat : l’Europe est fragile »19. Et d’en remettre une couche quelques jours plus tard : « Louis Gauthier : 2019 sera une année cruciale pour la défense européenne »20. Encore un membre des grands corps qui excelle dans la pratique de l’enfoncement des portes ouvertes. Nous sommes encore moins rassurés en découvrant les propos stupides de notre incompétente ministre en charge des Affaires européennes, Nathalie Loiseau au JDD du 18 novembre 2018 à propos des résultats qui sont remis au président de la République sur le millier de consultations citoyennes européennes tenues en France21. On y découvre que les Français veulent que l’Europe les protège. Quel scoop ! Toujours les mêmes méthodes de gouvernement : commande de rapports insipides à des membres des grands corps (« La Noblesse d’État ») et de sondages aussi inutiles mais toujours aussi coûteux (Cf. ceux qui valent quelques problèmes aux anciens collaborateurs de Nicolas Sarkozy à l’Élysée).

     « L’Europe cherche, avec raison, à se donner une politique et une monnaie communes, mais elle a surtout besoin de se donner une âme », nous rappelle fort justement André Frossard. D’âme, elle n’en a toujours pas en dépit des propos rassurants d’Emmanuel Macron devant le Bundestag (18 novembre 2018). De volonté, elle n’en a toujours pas en dépit des déclarations lénifiantes de nos fédérastes indécrottables, meilleur carburant des « populistes ». De cap, elle n’en a toujours pas en dépit des incantations jupitériennes (passablement affaibli sur la scène intérieure depuis l’affaire Benalla et les manifestations des « gilets jaunes » comme sa collègue Angela qui se rapproche de plus en plus de la sortie). De la confusion ne peut naître un nouvel élan salvateur en Europe. « À ceux qui rappellent qu’il n’est pas de démocratie sans souveraineté des peuples, il (Emmanuel Macron) répond donc par un concept magique : la souveraineté européenne… [Guillaume Berlat] __________________________

Partager cet article
Repost0

Publicité

Exil fiscal

Publié le par Jean-Etienne ZEN

Des paradis qui coûtent cher

                  Dans le débat qui s'éternise et qui s'enlise au Palais Bourbon, où les  petites chapelles se déchirent sans fin sur des détails, de noyaux de cerise, faisant plus de la morale  que de la politique et n'évoquant que trop rarement les problèmes de fond, de structures, il serait bon de revenir à quelques problèmes éludés, loin de la soupe moralisante que nous sert Matignon et qui n'a pour effet que d'irriter sans convaincre. Revenir aux sources profondes de la dette est une tâche prioritaire, bien sûr même si cette analyse perturbe trop d'intérêts dominants.  Ce serait déjà un point important  que ne ne pas occulter cet aspect, même si cela ne sera pas suffisant. L'Etat n'est pas un arbitre neutre et l'Assemblée doit retrouver ses droits dans cette quasi monarchie en lambeaux qui temporise...Lutter vtaiment contre l'optimisation fiscale serait déjà un point positif, en faisait sauter les verrous de Bercy et la corruption, entre autres. Et il y a encore beaucoup à faire...                                                                                                                                                                   L'exil fiscal reste encore d'actualité

 

 

                                  Même si certains promettent d'y remédier....Par le mauvais temps qui court surtout, un apport dans les caisse des Etats, qui ont besoin de soutenir à bout de bras une économie chancelante, ne serait pas un luxe. Et ce ne serait pas un don, mais un juste retour de ce qui était dû dans le cadre du simple devoir fiscal. Les promesses de ceux qui ont laissés faire ou ont parfois encouragés ces pratiques restent du vent. L'"optimisation fiscale"et autres subterfuges pour échapper à la rigueur du fisc restent largement verbales pour l'essentiel, malgré les promesses et les mesurettes.              ___Les très grands fraudeurs peuvent encore dormir tranquilles, à côté de chez nous ou du côté des Caraïbes. Ce ne sont pas des millions qui manquent dans les caisses de l'Etat, mais plusieurs dizaines de milliards, qui font le bonheur des paradis fiscaux, grands et petits. C'est au niveau européen que le problème se pose surtout, au niveau mondial aussi: "...L’évasion fiscale dans le monde, de la part d’entreprises ou de particuliers, coûte chaque année 427 milliards de dollars aux Etats, au profit de paradis fiscaux ou de pays peu regardants, révèle vendredi 20 novembre l’organisation non gouvernementale (ONG) Tax Justice Network. L’ONG a passé au crible l’évasion fiscale pays par pays dans un rapport qu’elle présente comme le premier du genre et qui tente d’éclairer des flux financiers réputés pour leur opacité..."          ___Les études de Vincent Peillon le confirme, jamais démenties.  La lutte contre la covid serait facilitée financièrement par cette manne qui s'envole.

 

La grande évasion continue, elle qui devait être jugulée, aux dires de nos responsables. 

 

   Mais c'est environ 300 milliards d'évasion de toutes natures que l'on peut encore comptabiliser. C'est à peu près le  budget de l'EN qui nous échappe tous les ans. Et Jupiter parle de "putain de pognon" à propos des dépenses sociales...
   A Bercy, on se félicite de progrès réalisés. Sur certains points comme le secret bancaire dans certains cas, oui, en partie. Pour le reste...on est loin du compte. Il n'y a pas que la fraude en interne.   
 La  lutte est d'autant plus difficile que les paradis sont parfois des géants et que les moyens investis pour des enquêtes approfondies sont dérisoires, comme le rappelait Eva Joly.     Le chemin est encore long...     On croyait tout savoir (ou presque) à l'occasion des dernières révélations livrées par les Panama Papers, les Paradies papers...en attendant d'autres qui pourront encore surprendre.      On imaginait les mal nommés "paradis fiscaux", ou plutôt les enfers pour les Etats et les contribuables, confinés dans des espaces exotiques et plus ou moins lointains, dans le lointain Pacifique ou dans le petit Delware.    Mais pas du tout. Il y a une richesse cachée aussi tout près de chez nous, qui échappe aux comptes des Etats, aux investissements productifs, aux services publics, pour s'investir surtout dans l'espace financier mondialisé à des fins essentiellement spéculatives. Ce que Zucman, entre autres, a parfaitement montré:   .... Le montant des avoirs détenus dans les paradis fiscaux a continué à croître, explique Gabriel Zucman , qui a actualisé ses données pour cette nouvelle édition, à peu près au même rythme que le patrimoine financier. Ce montant atteint aujourd’hui 7 900 milliards d’euros, soit 8 % du patrimoine financier des ménages, et représente une perte de recettes fiscales, pour l’ensemble des Etats, que celui-ci estime à 155 milliards d’euros par an. Ce qui peut sembler relativement faible, mais cette évasion fiscale internationale (car cette estimation ne prend pas en compte la fraude fiscale qui se limite au cadre national) est surtout, et même de plus en plus, l’affaire des très riches, pour lesquels elle représente une part de leur patrimoine nettement plus importante... l’évasion fiscale internationale est de plus en plus réservée aux ultra-riches....

       Ils ont donc bien des raisons d'aimer les paradis, les gros comme les petits, pour "optimiser", détourner, voire blanchir. Ils sont excellents pour échapper au devoir commun de redistribution, voire aux sanctions pour criminalités en tous genres. L'offshore, c'est super pour beaucoup et plus besoin de valises pour transférer petits ou gros trésors à mettre à l'ombre. Quelques clics suffisent.
     On découvre que, tout près de chez nous,  au coeur de l’Europe, qui se proclame solidaire, nos voisins bataves encouragent ce sport qui ne peut que léser ses voisins et les autres, comme le fait aussi Dublin."Officiellement, le "pays des tulipes" ne figure pas sur la "liste noire" de l’Union européenne. Pourtant, à y bien regarder, les Pays-Bas constituent bel et bien LE royaume de l’optimisation fiscale, autrement dit : de l’évasion fiscale légale. Comme le Luxembourg ou l’Irlande, les Pays-Bas ont fait de cette activité une véritable industrie, comme l’explique Lison Rehbinder..."
    Une place forte de l'évasion fiscale disent certains. Ou le saint Graal de l'évasion fiscale jugent d'autres.
        Les paradis fiscaux, c'est fini, disait il y a huit ans Nicolas Sarkozy.
                      Il avait juste parlé un peu trop vite....ou était mal informé. A moins que ce ne soit une bien grossière dénégation.

Iles enchanteresses...

        Les paradis, on y tient,, pensent certains fortunés. L'enfer, c'est le fisc! La TVA, c'est Tu Vas te faire Arnaquer!
   L'île de Man, à deux pas de la GB, offshore à nos portes, est un petit bijou;: on peut y trouver la Rolls-Royce de la finance offshore.
   Les Caïmans, c'est un peu plus risqué, mais c'est si exotique!
       Pas seulement pour les riches particuliers (ils le valent bien!) et les opulentes sociétés méritantes, mais aussi pour les groupes bancaires, même en péril.
   Par exemple, la Société Générale qui réalise 22% de ses profits dans les paradis fiscaux mais n'y emploient que 4% de ses salariés pour réaliser 10% de son chiffre d'affaires.
  Ce n'est pas mal!
      Plus près de nous, le verdoyant Luxembourg du bon Mr Juncker , plus conventionnel, mais discret. Ou le pays du Gouda. Accueil cordial assuré. Comme à la City d'ailleurs, so serious! indeed... Elisabeth II, Donald Trump, Justin...
      Après  Panama, il y a de quoi faire. Les voyages optimisent les capitaux.
         Placement illégal? vous plaisantez. L'argent est fait pour circuler, pour voyager. Il n'y a pas de mur. Et l'industrie financière doit tourner un max. On lave plus blanc...et Total-ment
        Un danger pour nos démocraties?  Faut pas pousser! Il y a toujours assez de gens modestes pour payer des impôts. Pourquoi pas un scandale mondial  tant qu'on y est?       
     Et on peut toujours couper dans les dépenses publiques, ce n'est pas un problème.
  L'état impécunieux peut toujours trouver des solutions: un petit million par ci, un gros milliard par là. La politique de l'essuie glace, connue à l'Elysée. On peut toujours trouver des solutions pour compenser les 60 milliards qui manquent annuellement à la France.
   Un peu d'évasion exotique ne nuit pas. C'est devenu la routine du système.
        Xavier Harrel en avait déjà parlé longuement. Antoine Peillon aussi, de manière très  chiffrée.
                               Des révélations? Pas vraiment. Le client est roi, nonobstant P.Moscovici
      On va donc continuer à optimiser en rond, chacun pour soi.
               A Malte ou ailleurs__________________
_______________- (*) Nous nous engageons à prendre des actions pour parvenir à un système fiscal internatilanl  moderne et juste à l’échelle internationale. »
      Pour 2070?... C'est (pas) dans l'air...
                            ____La richesse cachée des nations
                                                                                   Nous sommes riches et nous ne le savons pas...

Partager cet article
Repost0

Le fléau

Publié le par Jean-Etienne ZEN

Il renaît de ses cendres, plus  offensif que jamais, sous des formes diverses, pas toujours détectables pour un esprit non averti..  L'antisémitisme vient de loin, lui qu'on voit hélas! refleurir dans la rue, dans la presse, sur les ondes. Comme un virus qui resurgit périodiquement, notamment à l'occasion de crises confessionnelles ou/et politiques. Un phénomène récurrent dont on peut faire la triste histoire depuis l'Antiquité jusqu'à nos jours et dont on peut analyser les ressorts et les causes, malgré son aspect largement irrationnel. C'est en lisant très jeune Alfred Memmi que j'ai découvert l'ampleur de ce problème, de cette hydre qui revient en ces temps bouleversés, lui qui sévissait sous une forme des plus barbares en 1943: "....« L’antisémitisme bat son plein parmi les Français. Si c’est cet état d’esprit qui s’impose en France après la guerre, nous sommes foutus. À moins qu’une réaction ne vienne de la France même » (Journal, 13 juin) ..."                                         Une forme de racisme, qui revient périodiquement et qui peut servir bien des intérêts, souvent inavoués, Il n'est pas toujours proclamé, érigé même comme doctrine d'Etat. Dans le cadre de la théorie du bouc émissaire, très bien décrit par A. Girard. L'antisémitisme n'est pas constant, mais on en trouve déjà des prémisses dans l'Antiquité. Un phénomène multicausal, qui trouvera son apogée dans le programme génocidaire du Reich. On peut en suivre les aspects et les vicissitudes à travers des documents maintenant abondants.                                                     Aujourd'hui, dans les circonstances tragiques que nous traversons,, les formes d'expression raciste plus ou moins informelles tendent à exploser, parfois dangereusement<;. Sans oublier le racisme anti-arabe dans certaines sphères françaises et dans l'aile d'extrême-droite du Likoud. Elles viennent des deux côtés. Les extrêmes s'attisent. la politique d'extrême-droite actuelle de Netanyahou encourage les extrêmes. et entretient la terrible confusion entre antisémitisme et critique politique (légitime) de son régime. Un véritable piège. Qui marche malheureusement trop souvent. Le conflit actuel brouille la mémoire de l'holocauste... E.Traverso "..Tout en dénonçant la terreur du 7 octobre, il appelle à ne pas tomber dans le piège tendu par le Hamas et par l’extrême droite israélienne, qui conduirait à la destruction de Gaza et à une nouvelle Nakba. « On peut manifester pour la Palestine sans déployer le drapeau du Hamas ; on peut dénoncer la terreur du 7 octobre sans cautionner une guerre génocidaire menée sous prétexte du “droit légitime d’Israël de se défendre” »...

   Faut-il encore le répéter?  l'antisémitisme est à condamner sans ambiguïté. Sous toutes ses formes, anciennes ou contemporaines. Chez nous et ailleurs.

    C'est récurrent en France. Mais pas seulement. Certains s'obstinent à amalgamer antisémitisme et antisionisme, du moins antisémitisme et une certaine critique d'un sionisme, mis en cause par un certain nombre de Juifs eux-mêmes, qui refusent les formes prises par la politique israëlienne;  alignée plus ou moins explicitement sur les principes déjà anciens du sionisme de Herzl et de Jabotinsky.
     Le gouvernement actuel d'extrême droite de Tel Aviv ne perd pas une occasion de pratiquer l'amalgame; toute critique de la ligne Netanyaou, après Sharon surtout, dans ses rapports avec la colonisation continue de la Cisjordanie, doit selon lui être considérée comme antisémite.  Si Israël doit être reconnu de droit, dans les limites définies pas l'ONU, la volonté d'extension non dite mais effective et continue, à la faveur des conflits armés ou pas, mérite d'être contestée.
   La résolution LERM récente divise jusque dans les rangs de juifs, croyants ou pas

          "...Chez LREM, moins de la moitié du groupe a pris part au vote : 84 députés ont voté pour, 26 contre, 22 se sont abstenus. Les Républicains (LR) ont apporté 46 voix.  C’est peu de dire que la résolution de Sylvain Maillard fracture la majorité. Soutenu à bout de bras par Gilles Le Gendre, président du groupe au Palais-Bourbon, et Stanislas Guerini, délégué général du mouvement, le texte voté par les députés indique que « critiquer l’existence même d’Israël en ce qu’elle constitue une collectivité composée de citoyens juifs revient à exprimer une haine à l’égard de la communauté juive dans son ensemble ». En clair : la définition de l’antisémitisme est élargie à l’antisionisme......Le même jour, c’est une autre tribune, cette fois-ci signée par 127 intellectuels juifs, et toujours publiée dans Le Monde, que plusieurs élus de la majorité s’étaient transmise. « Nous prions l’Assemblée nationale de ne pas soutenir une résolution qui assimile à tort l’antisionisme à l’antisémitisme, affirment les signataires, avec force arguments. Ne soutenez pas une résolution qui approuve la définition politisée de l’antisémitisme par l’IHRA, d’autant plus si elle le fait sans se distancier des exemples problématiques de la définition qui concernent Israël
    Autrement dit il serait interdit de critiquer Israël, sa politique extensive et coloniale du moment, maites fois condamnée.. C'est le suggère Esther Benbassajuive laïque parlementaire. Comment sortir de ce piège?  
   L'exclusion de l'autre, sous toutes ses formes, est une valeur bien partagée. Hélas!  ______      
             Depuis des temps indéterminés. A certaines époques plus qu'à d'autres. De l'ethnocentrisme diffus au racisme institutionnel, il y a bien des degrés dans le rejet psychologique, culturel, parfois physique de l'autre.  L'antisémitisme, en particulier, ne date pas hélas! d'aujourd'hui.
   Le dénoncer sous toutes ses formes est un devoir autant moral que civique  L'affaire est entendue. Comme toutes les autres formes de racisme, qui ne se limite pas à cet aspect.
   Ses formes le plus virulentes se développent le plus souvent sur un terreau favorable, quand la peur sociale domine, souvent amplifiée par des crises diverses, exploitée parfois politiquement pour détourner des colères, des frustrations. La théorie du bouc émissaires est maintenant mieux identifiée. 
  Mais se pose la question du comment. Comment protester au mieux, collectivement, sous forme de pétitions, par exemple. Sans tomber dans les approximations, les confusions, les amalgames, la polémique discutable.
    L'Appel récents des 300, à cet égard, s'est attiré nombre de critiques, certains ayant dû signer sans avoir lu le texte ou l'ayant seulement survolé.
   Il est des démarches qui peuvent être contre-performantes et, en mélangeant le vrai au faux, se retourner contre leurs auteurs en ne jouant pas dans le sens désiré.
      Surtout quand le sujet est sensible et déclenche trop d'erreurs historiques, d'a priori, de parti-pris, de polémiques masquées.
   Des amalgames aussi, basées sur trop d'approximations et de généralisations.
   Malgré les tensions récentes très médiatisées, parfois imprudemment, il semble que, s'il y a autant de préjugés (ce qui est difficilement mesurable), les actes de racisme en France ont plutôt tendance à diminuer et à être catalogués comme tel trop rapidement, comme dans le cas très litigieux de Mme Knoll.
  Il faut rester prudent et méfiant vis à vis des chiffres qu'on fait parler trop vite, sans tenir compte du contexte.
    Sans contester les véritables dérives, qui ne sont pas que salafistes, il faut tenir compte de l'arrière-plan politique auquel certains font référence sans le dire clairement.  Il y a une prise de parti et une confusion manifeste entre une cause noble et la défense d'une politique qui l'est moins. Des officines de Netanyahou au Crif, l'amalgame est largement diffusé; la critique de la politique sioniste actuelle serait une forme moderne de l'antisémitisme. 
    Il faut rappeler que  l’antisionisme n’est pas un antisémitisme réinventé. Beaucoup de Juifs eux-mêmes, religieux ou non, savent faire la distinction, en Israël ou ailleurs, entre l'Etat actuel sans frontières définies  et colonisateur et la politique menée depuis dix ans surtout pas l'équipe actuellement au pouvoirComme disait de manière raccourcie Esther BenbassaLa thèse de l’antisémitisme a été utilisée comme une arme pour rehausser l’image d’Israël et défendre sa politique. 
   L'histoire est souvent oubliée. Un certains nombre de Juifs européens, comme Buber ou Einstein, furent opposés déjà au mouvement sioniste naissant, dans toute sa rigueur initiale.
   Qu'il soit déjà ancien, de 610 à 1492, plus récent, de1300-1800 notamment, ou cruellement moderne, l'antisémitisme est une constante épisodique en l'Europe, sur fond historique de doctrine chrétienne ostracisante. Les problèmes de la Palestine et du “rêve brisé”   comme dit Charles Enderlin sont encore vifs.
     La grande confusion risque encore de durer, alimentée par un conflit qui s'éternise, de même que des amalgames et les non-dits.
        ...Amalgame entre antisionisme et antisémitisme qui assimile la contestation de la politique coloniale et raciale d’Israël à l’égard des Palestiniens (sans oublier les discriminations à l’égard des Falachas juifs d’Ethiopie et de la récente émigration africaine, commises notamment par les courants ultra-orthodoxes) à la dite « volonté de destruction des juifs » par des mouvements extrémistes au Proche-Orient. En oubliant que l’Etat israélien s’autoproclame « Etat juif » et s’arroge le droit de parler au nom des juifs du monde entier. Amalgame dont plusieurs personnalités « hors de tout soupçon »  ont fait les frais (Maspero, Charles Enderlin et tant d’autres) lorsque l’on a cherché à les faire condamner par la justice comme antisémites ou en les empêchant de continuer à exercer leur métier. De même pour tous ceux et celles, juifs et juives, qui ont subi diffamations ou calomnies publiques comme par exemple l’ex-ambassadeur et ancien déporté Stéphane Hessel, auteur du manifeste «  Indignez-vous », Edgar Morin ou l’ancien président du CRIF, Théo Klein dés qu’ils refusèrent de cautionner inconditionnellement la politique l’Etat d’Israël. Et dernièrement, l’actrice Natalie Portman, traînée dans la boue parce qu’elle avait refusé de participer aux cérémonies du prix Genésis ne voulant soutenir ni la politique de Netanyahou ni « la violence, la corruption, les inégalités et l’abus de pouvoir ».
     Il ne faut pas pour autant négliger, dans les prisons comme dans les quartiers que la République française nomme de « non droits », la progression d’idéologies salafiste et wahhabite, qui reprennent la « théorie du complot juif », revisitée par l’extrême-droite et relayée par les réseaux sociaux. Il faut rappeler que cette même république a été sourde aux appels de travailleurs sociaux – laïques et musulmans (mais pourquoi définirait-on certains citoyens par leur appartenance religieuse ?) pour lutter contre les prêches de ces imams. Cette même république a été sourde également aux études des anthropologues et des sociologues sur la montée des mouvements religieux servant de rempart ou de colmatage socio-éducatif au retrait des services publics et des pouvoirs régaliens dans certaines périphéries paupérisées. Les attaques contre la pensée critique, appelée par le manifeste pensée de la « gauche radicale »  réduisent les analyses des phénomènes de paupérisation et de ségrégation sociale – conjugués à la montée du consumérisme et au ressentiment de ne pas être du bon côté de la fracture – à une position idéologique. Les détracteurs de la pensée critique, eux, pensent si bien qu’ils parlent d’épuration ethnique pour désigner la fuite des quartiers paupérisés vers des quartiers plus « sécurisés » et gentrifiés de certaines fractions de la population juive. Quand, dans l’Afrique du Sud post-apartheid, des fractions aisées de la population noire ont quitté les townships pour des quartiers blancs, et que les Blancs ont déserté ces mêmes quartiers a-t-on parlé d’une « épuration ethnique..?____

      Contre l’antisémitisme, avec détermination et sang-froid ______________________
Partager cet article
Repost0