Overblog Tous les blogs Top blogs Humour
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité

La sale guerre de Bibi (2024)

Publié le par Jean-Etienne ZEN

On le sait. On le dit aujourd'hui plus ouvertement. An coeur des événements tragiques qui se déroulent au Proche-orient, Netanyahou est l'objet de toutes les critiques. Pas seulement de la part de ses adversaires politiques modérés, mis aussi d'une grande partie de l'opinion israëlienne éclairée, qui est descendue pendant de longues semaines dans les rues pour exprimer son opposition à ses projets de déconstruction démocratique, puissamment soutenu pas une droite extrêmes dont il a favorisé la montée au pouvoir. Ses calculs politiques visant à favoriser depuis longtemps le Hamas, reconnus par lui-même, sont maintenant bien connus dans son pays. Il est donc en sursis et l'on comprend mieux ses tentatives de faire durer une guerre de plus en plus critiquée au niveau international. Mais qui prendra sa place, pour mettre en oeuvre une politique vraiment novatrice, radicalement différente, dans l'esprit de Rabin?


                                                                                                            Point de vue: "...Benjamin Nétanyahou le sait déjà. Le jour où s’achèvera la guerre de Gaza, ce sera aussi le commencement de la fin de sa carrière politique. Cela arrivera dans quelques semaines, comme le souhaite Washington, ou pas avant « plusieurs mois », comme l’annonce Yoav Gallant, le ministre de la défense israélien.     C’est même, selon ceux qui le connaissent – en dehors des considérations tactiques et opérationnelles, d’ordre strictement militaire – l’une des raisons pour lesquelles le premier ministre israélien n’est pas pressé de voir son pays sortir de l’état de guerre, dans lequel il vit depuis plus de deux mois, pour retrouver un fonctionnement institutionnel et politique normal.                                                                                  ___Benjami Nétanyahou le sait déjà. Le jour où s’achèvera la guerre de Gaza, ce sera aussi le commencement de la fin de sa carrière politique. Cela arrivera dans quelques semaines, comme le souhaite Washington, ou pas avant « plusieurs mois », comme l’annonce Yoav Gallant, le ministre de la défense israélien.    C’est même, selon ceux qui le connaissent – en dehors des considérations tactiques et opérationnelles, d’ordre strictement militaire – l’une des raisons pour lesquelles le premier ministre israélien n’est pas pressé de voir son pays sortir de l’état de guerre, dans lequel il vit depuis plus de deux mois, pour retrouver un fonctionnement institutionnel et politique normal.  « Ça sera une longue guerre qui n’est pas près de finir », a déclaré Nétanyahou lundi 25 décembre, après s’être rendu à Gaza. Il a annoncé une nouvelle intensification des frappes – incessantes depuis deux jours, suscitant la profonde inquiétude de l’ONU. Selon un dernier bilan du ministère de la santé palestinien, contrôlé par le Hamas, 20 674 personnes ont péri dans les opérations militaires israéliennes, en majorité des femmes, des enfants et des adolescents, et près de 55 000 personnes ont été blessées.   Pour Nétanyahou, la fin des combats signifierait une reprise possible des mobilisations massives de la société civile contre ses projets de réforme « démocraticides » et aussi contre sa gestion désastreuse de la question des otages, surtout si ceux qui sont encore détenus ne sont pas sortis vivants entre-temps de Gaza. Il signifierait aussi un retour probable devant les tribunaux pour y répondre des accusations de corruption, fraude et abus de confiance qui pèsent sur lui depuis plus de cinq ans.                                                           ____ Mais surtout, ce moment sera pour le premier ministre celui où son arsenal de communication cessera de le protéger. Celui de la confrontation avec la vérité. Car, il le sait, il devra s’expliquer devant la commission d’enquête qui ne manquera pas d’être constituée pour examiner les conditions dans lesquelles le Hamas a pu, sous les yeux des services de renseignement israéliens – réputés parmi les meilleurs de la planète –, concevoir, planifier, préparer et perpétrer l’épouvantable tuerie du 7 octobre, plongeant le pays dans l’un des pires traumatismes de son histoire.                                               Compte tenu de la défiance qui existe depuis des années entre le premier ministre et les magistrats, notamment ceux de la Cour suprême, et de la tradition de confier au président de la Cour la présidence des commissions d’enquête, comme ce fut le cas avec Shimon Agranat en 1973 pour la guerre du Kippour, puis avec Yitzhak Kahane, en 1982, pour le massacre de Sabra et Chatila, à Beyrouth, on imagine que Nétanyahou n’est pas enthousiaste à l’idée de répondre aux questions d’Esther Hayot – ou de celle ou celui qui lui succédera, car elle doit prendre sa retraite et personne n’a encore été officiellement désigné pour occuper sa fonction.D’autant que la longévité du premier ministre au pouvoir – plus de quinze ans à la tête du gouvernement, soit deux ans de plus que David Ben Gourion –, loin de lui faciliter la tâche, alourdit un peu plus son fardeau, c’est-à-dire ses responsabilités historiques.                                                                                                                                     La Maison Blanche parle dans le vide. La grande majorité des options stratégiques et des décisions politiques aventureuses qui ont rendu possible l’opération terroriste du Hamas ont été choisies par ses gouvernements. Souvent à son initiative. Il devra notamment indiquer dans quelles conditions et guidé par quelles convictions idéologiques il a décidé, il y a une dizaine d’années, de soutenir activement le Hamas au détriment du Fatah et de l’Autorité palestinienne. Il devra aussi révéler pour quelles raisons, et avec quelles garanties, il a accepté que le Qatar fournisse, avec l’assentiment de son gouvernement et au rythme de 30 millions de dollars par mois, plusieurs milliards de dollars au Hamas. Dont une partie au moins a été utilisée pour acheter ou produire des armes qui ont tué des Israéliens.   On comprend que face à ces épreuves annoncées et confronté au bilan, atroce pour les Palestiniens, décevant pour l’armée israélienne, des deux premiers mois de guerre contre le Hamas, Nétanyahou ait fait la sourde oreille non seulement aux demandes de cessez-le-feu des Nations unies ou de Paris, mais même aux requêtes de Washington qui souhaite que la guerre « cesse dès que possible », accompagnées de mises en garde de Joe Biden, déplorant qu’Israël « perde ses soutiens internationaux à cause du caractère indiscriminé de ses bombardements, dans lesquels des milliers de civils palestiniens ont été tués ».                                                                          Bien que les États-Unis versent chaque année 3,8 milliards de dollars d’aide militaire à Israël, la Maison Blanche a du mal à faire entendre sa voix aux dirigeants israéliens. Au président américain qui demandait au gouvernement israélien d’adopter « d’ici trois semaines des tactiques plus précises et de se concentrer sur les moyens d’épargner les civils », le ministre de la défense, Yoav Gallant, a répondu que la « destruction du Hamas [était] essentielle pour la sécurité de son pays » et que « cette campagne militaire [prendrait] plus de quelques mois ».   La proportion de civils tués a atteint 61 % dans la bande de Gaza, alors qu’elle n’avait jamais dépassé 42 % dans les quatre opérations étudiées depuis 2012.  Quant à Nétanyahou, il n’a pas été plus réceptif aux suggestions de Jake Sullivan, conseiller pour la sécurité de Joe Biden. Quand celui-ci a invité le premier ministre israélien à impliquer l’Autorité palestinienne pour imaginer « l’après-Hamas » à Gaza, mais aussi à « évoluer », « car on ne peut continuer à dire non à un État palestinien », il a répondu, sans égards superflus : « Je vais être clair : je ne veux pas qu’Israël répète l’erreur d’Oslo. Je ne permettrai pas […] l’introduction à Gaza de gens qui enseignent le terrorisme, qui soutiennent le terrorisme, qui financent le terrorisme. Gaza ne sera ni un Hamastan, ni un Fatahstan. »                                                                                                                                    Cette ingratitude à l’égard de leur protecteur historique a récemment conduit Joe Biden à rappeler à « Bibi » que l’opération israélienne à Gaza a déjà consommé des dizaines de milliers de bombes et d’obus made in USA et qu’il lui a fallu utiliser une procédure d’urgence pour contourner les réticences du Congrès et reconstituer les stocks israéliens, en attendant l’approbation incertaine d’un nouveau programme d’aide de 14 milliards de dollars au bénéfice d’Israël. Ce qui, selon le président américain, pourrait poser un problème en cas d’ouverture d’un second front avec le Hezbollah au nord.  Autre signe d’agacement américain : l’administration Biden a décidé de « retarder le transfert » vers Israël de vingt mille fusils d’assaut M-16, car elle redoute qu’ils ne soient distribués par le ministre de la sécurité nationale, le raciste messianique Ben Gvir, aux milices de colons dont il soutient les attaques contre les Palestiniens de Cisjordanie. Attaques dont la multiplication est dénoncée par Washington qui demande, en vain pour le moment, à Nétanyahou d’y mettre un terme.   Entre Nétanyahou et les présidents démocrates, des années de tensions..; Avec Barack Obama, les relations ont été, dès le départ et pendant huit ans, désastreuses. Le premier ministre israélien, qui ne supportait pas la volonté du quarante-quatrième président de relancer les négociations avec les Palestiniens, a tout tenté – en vain – pour l’empêcher de conclure l’accord international sur le nucléaire iranien. Et cela contre l’avis de nombre de responsables de l’armée et des renseignements.                                                         Pour Biden, aider Israël à punir les responsables du 7 octobre et à dissuader d’autres groupes de les imiter ne se discutait pas. C’est pourquoi son soutien militaire, diplomatique, financier a été massif et immédiat. Mais la nature de la guerre, la doctrine de combat adoptée, son caractère aveugle et dévastateur appellent de la part d’Israël à un changement de stratégie dont la nécessité est pour Washington indiscutable. Ne serait-ce que pour laisser entrer l’aide humanitaire dont les Gazaoui·es, dans le plus profond désarroi et aujourd’hui en proie à la famine, ont un besoin vital. Comme le montre une étude du sociologue Yagil Levy, spécialiste des questions militaires à l’Open University d’Israël, l’armée israélienne a décidé, pour accroître sa puissance de destruction face au Hamas, de renoncer à la distinction entre civils et combattants lors de ses frappes. La proportion de civils tués a atteint 61 % dans la bande de Gaza, alors qu’elle n’avait jamais dépassé 42 % dans les quatre opérations étudiées depuis 2012.  Ce n’est donc pas seulement pour ménager l’électorat démocrate favorable à la cause des Palestiniens, ou parce que 153 membres de l’ONU sur 193 (avec 10 votes contre, dont celui des États-Unis) ont réclamé le 12 décembre un cessez-le-feu, que Joe Biden a décidé d’augmenter la pression sur Nétanyahou. Sans donner pour autant des armes à Trump, et aux partisans fanatiques d’Israël, un an avant le scrutin présidentiel, ce qui ne facilite pas son entreprise.                                                             Dans les prochaines semaines, aux « opérations à haute intensité » (actuelles) devraient succéder des raids ciblés, des frappes aériennes de précision, voire des exécutions individuelles de responsables du Hamas. C’est en tout cas le contenu du message communiqué lors de sa dernière escale à Tel-Aviv par le secrétaire à la défense américain, Lloyd Austin, à ses hôtes israéliens. « Protéger les civils palestiniens à Gaza est à la fois un devoir moral et un impératif stratégique », a-t-il plaidé.                                             Paris, Berlin et Londres ont réclamé, de leur côté, un cessez-le-feu stable. Pour la phase suivante – l’après-guerre –, Biden entend, sur les conseils du département d’État, ménager les alliés arabes de Washington et exploiter le retour du dossier palestinien sur la scène diplomatique internationale, après le séisme du 7 octobre pour réamorcer le dialogue israélo-palestinien, rejeté par Nétanyahou. Des suprémacistes comme derniers alliés.   Ce n’est pas un secret : le « parapluie stratégique » américain assure avec l’inavouable mais bien réelle arme nucléaire dont dispose Israël, le dispositif de dissuasion qui protège le pays. Nétanyahou peut-il, pour préserver cette « assurance-vie » nationale, accepter, au moins en paroles, les requêtes de Washington ? La Maison Blanche paraît en douter. Et la figure de « héros national » capable de résister même à Washington pour empêcher la naissance d’un État palestinien que dessinent depuis des années ses communicants accrédite ces doutes. « Nétanyahou est un partenaire exceptionnellement difficile », a confirmé la semaine dernière un confident de Biden à CBS.  « En fait, les buts de guerre ont été inversés, constate Alon Pinkas, ancien diplomate israélien aux États-Unis et ex-conseiller politique de Shimon Peres et Ehud Barak, devenu analyste diplomatique. À l’origine, l’objectif était de détruire le Hamas militairement, tout en admettant qu’il pourrait conserver un pouvoir politique résiduel. Aujourd’hui, le Hamas est toujours militairement actif, quoique affaibli, mais son aptitude à gouverner est désormais inexistante. Ce qui laisse un vide qu’Israël affirme ne pas vouloir occuper, tout en refusant que l’Autorité palestinienne s’y installe, comme le proposait Washington. La guerre va encore évoluer, poursuit Pinkas. Mais Biden sait désormais que Nétanyahou n’est pas un partenaire digne de confiance pour l’après-guerre à Gaza. »  C’est aussi l’avis de l’ancien rival du chef du Likoud, l’ex-général, alors travailliste, Ehud Barak, qui lui a succédé à la tête du gouvernement en 1999, après son premier passage au pouvoir. Dans une tribune parue fin novembre à Haaretz, il se demandait si « Nétanyahou [était] capable de diriger Israël pendant cette guerre », avant de conclure, au terme d’une démonstration documentée assez cruelle qu’il n’en était pas capable, et qu’« il devrait quitter ses fonctions avant que les conséquences de ses faiblesses deviennent irréversibles ». Ce jugement est aujourd’hui largement partagé et soutenu par l’opinion publique. Un an après son retour au pouvoir, sa popularité et celle de son parti sont aujourd’hui au plus bas.  La popularité de Benyamin Nétanyahou risque d’atteindre des profondeurs inexplorées si une commission d’enquête indépendante voit le jour.    Tamir Idan, chef du conseil régional de Sdot Negev, frontalier de la bande de Gaza, a déchiré sa carte du Likoud en direct à la télévision. Si des élections avaient lieu demain, le Likoud s’effondrerait, passant de 39 à 17 députés (sur 120) à la Knesset et la coalition au pouvoir volerait en éclats. « Jamais depuis que nous avons commencé en 2003 à évaluer la confiance que les citoyens placent dans le gouvernement, constate une étude d’Israel Democracy Institute, un centre de recherches politiques indépendant, nous n’avons obtenu un chiffre aussi bas : 18 %. »                                                                                                                             Dans ce contexte, les suprémacistes juifs Ben Gvir et Smotrich demeurent ses derniers alliés. Pour l’heure. Car eux aussi ont manifesté la semaine dernière quelques réserves. Ils ont dénoncé comme une concession laxiste la décision de Nétanyahou de laisser entrer chaque jour dans l’enclave deux camions-citernes de carburant… pour 2,3 millions d’habitants. Le rejet massif du premier ministre par ses concitoyens, on le devine, a des explications diverses. À côté de ceux qui ont manifesté chaque week-end, pendant des mois, contre un premier ministre délinquant qui cherchait à domestiquer la justice dans un régime « illibéral » pour ne pas avoir à l’affronter, il y a désormais aussi aujourd’hui, les parents, amis et soutiens des quelque 130 ou 140 otages encore détenus à Gaza. Ce sont parfois les mêmes.                                                                       On sait en effet aujourd’hui que, tout en cogérant le conflit israélo-palestinien avec le Hamas pour ne pas avoir à le résoudre, Nétanyahou avait fait construire, sur la frontière de l’enclave, un ruineux « mur-barrière » en partie souterrain de 65 kilomètres, composé de 140 000 tonnes de béton et d’acier. Jalonné de tours de surveillance équipées de caméras et de radars anti-intrusion, ce dispositif comportait aussi des mitrailleuses automatiques qui se déclenchaient dès qu’un « écho » était détecté dans la « zone interdite » de 300 mètres, instaurée le long de la barrière. Ce dispositif, qui en disait long sur la confiance de Nétanyahou dans ses partenaires du Hamas, était destiné à empêcher toute infiltration de terroristes en territoire israélien.....              L’attaque du 7 octobre – 1 200 morts israéliens et près de 250 otages enlevés et emmenés à Gaza par les combattants islamistes – a démontré la vulnérabilité de cette « bordure protectrice » que les attaquants ont enfoncée avec des bulldozers, après avoir « aveuglé » caméras et radars et détruit les mitrailleuses avec des grenades ou des charges explosives larguées par des drones.   On sait aussi, par les témoignages de soldats – et surtout de soldates, très nombreuses dans les équipes de surveillance de l’unité de cyberguerre 8200, chargées d’observer, lire et écouter ce qui se passait à Gaza –, que des messages d’alerte ont été transmis à l’état-major avant l’attaque du 7 octobre sans être pris en compte, voire en étant dénigrés par « l’échelon politique ». On sait aussi que les ballons d’observation, utilisés pour surveiller l’enclave, étaient en panne depuis des semaines et que les demandes de réparation étaient restées sans réponse...                                                                                                                                                  L’architecte de cet ensemble sécuritaire étant Nétanyahou, qui n’a pas l’habitude d’admettre ses erreurs, les militaires sont devenus les boucs émissaires du premier ministre. Discipliné et respectueux de la hiérarchie, des pouvoirs, l’état-major mène pour l’instant sans protester une sale guerre dont les objectifs politiques, le calendrier et la méthode de conduite n’ont toujours pas été clairement définis par le gouvernement.    Combien de temps encore la société civile israélienne, qui a déjà démontré sa capacité de mobilisation et d’indignation, va-t-elle accepter d’être dirigée par un politicien dont les discours ont contribué à provoquer, il y a trente ans, l’assassinat d’un premier ministre et dont les choix politiques et stratégiques irresponsables viennent d’exposer Israël à l’un des pires traumatismes de son histoire et la population de la bande de Gaza à un carnage barbare ?  [Merci à  René Backmann et à Médiapart]                                                     ____________________________

Partager cet article
Repost0

Publicité

IA générative: de l'euphorie aux interrogations

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 A la suspicion et à la crainte                                                                                                                                                                   Naguère, c'était un enthousiasme partagé, malgré quelques mises en garde concernant les mésusages potentiels de ces nouveaux outils informationnels, qui devaient développer spectaculairement la recherche et les formes diverses d'avancées dans tous les domaines. Pour un avenir radieux.      _   Puis quelques têtes pensantes commencèrent à semer le doute et à relativiser les perspectives envisagées par les plus enthousiastes et les plus intéressés par les nouvelles promesses pharaoniques de ce nouvel acquis potentiellement sans limites assignables.    Mais non seulement l'IA ne tient pas lieu d'intelligence, mais des dysfonctionnements commençaient à être signalés. D'abord timidement, puis de manière plus insistante, certains envisageant même le risque de dérives majeures, pouvant même être la source de problèmes existentiels. Certains chercheurs demandent même une vigilance extrême, au vu des périls qui s'annonceraient.     Une question devenue morale et politique, face à un développement par nature potentiellement indifférent à tout problème humain. Ce ne serait pas un fantasme...analogue à celui de Frankenstein.
                                                    Les risques ne semblent pas imaginaires. "..Sur le réseau social d'Elon Musk
puis dans le quotidien détenu par Jeff Bezos, Jacob Coxon, 27 ans, a annoncé qu’il démissionnait de son poste chez Anthropic et qu’il ne travaillerait plus pour les entreprises d’IA générative. Le chercheur en mathématiques, spécialisé dans l’entraînement de nouveaux modèles, avait précédemment travaillé chez OpenAI. Et il a un message limpide : ces entreprises « jouent à la roulette russe avec nos vies ».  « Ces systèmes deviendront bientôt surhumains, capables de pirater n’importe quoi, de révolutionner n’importe quel domaine du jour au lendemain et d’acquérir un pouvoir et des ressources réels », alerte-t-il. « Les personnes qui construisent l’IA croient sincèrement qu’elle pourrait nous tuer tous d’ici la fin de la décennie », « aucune autre activité humaine ne pose un tel niveau de danger », martèle-t-il.  Pour le jeune chercheur, le but déclaré d’OpenAI et d’Anthropic, développer une IA en mesure d’atteindre l’équivalent de l’esprit humain dans une large diversité de tâches (ce qu’on qualifie d’intelligence artificielle générale, AGI), ne peut être atteint de manière « responsable ». Il doit être régulé, pour parvenir à un ralentissement dans la cadence des progrès techniques..."                                                                                        Il serait urgent de ralentir avant de perdre le contrôle, préconisent certains. D'autres expriment leurs craintes en privé.  Pour des raisons justifiées.  Des problèmes de fond se posent déjà.  J.Pachocki  prévient: "...Nous ne pensions pas aux scores spectaculaires, aux produits ou aux résultats scientifiques que cette technologie allait rendre possibles ; nous essayions plutôt d’encaisser une évidence qui donne le vertige : nous verrions de notre vivant des machines nettement plus intelligentes que nous, et nous en distinguions déjà les contours. Nous nous demandions comment faire prendre conscience de l’importance de tout cela...."                                                                                                                                                           ___ Peut-on raisonnablement penser à une telle perspective, qui vient jeter un caillou dans le mare, jouer les trouble-fêtes?    

 

Peut-on même parler de risque existentiel   La question est sur la table...

 

                       ___________________

Partager cet article
Repost0

Electricité: fluctuations étonnantes

Publié le par Jean-Etienne ZEN

Bienheureux celui qui s'y retrouve!

            Le domaine de l'énergie est devenu un vaste chantier, avec ses annonces, ses promesses, ses revirements, ses confusions. Au vu de ce qui se passe et des déclarations changeantes, on pourrait qualifier les décisions, souvent prises dans ce domaine, de bricolage. Beaucoup de zônes d'ombre dans les déclarations qui se veulent rassurantes et définitives. Beaucoup de questions à se poser aussi.  Allez comprendre... Comment le consommateur moyen peut-il s'y retrouver?  A quoi joue EDF?                                                                                                                                                                                Que celui qui a tout compris lève le doigt!... Dans les méandres du grand marché énergétique européen, on perd vit le fil. Surtout en ce moment où le système semble sombrer dans des variations de prix irrationnelles, pas seulement à cause du grain de sable ukrainien.  ___Sortir ou s'en sortir?  Le marché se déglingue et certains responsables politiques appellent à une révision de l'ensemble de ce capharnaüm ( à commencer, timidement, par Mr Lemaire) et de la "loi du marché", qui peut valoir pour la vente des petits pois, mais qui n'a pas sa place dans un domaine aussi "immatériel", stratégique et évolutif que l'électricité, où la souveraineté des pays doit être restaurée, étant donnée la diversité des histoires de chaque pays, de ses ressources propres, ce qui n'interdit pas des échanges régulés .               On veut bien essayer de comprendre le fonctionnement de ce marché si particulier, de l'ajustement aux prix de gros au sein de l'UE, on est vite amené à s'interroger sur ce système irrationnel, qui est en partie un marché de dupes..." L'architecture actuelle du marché de gros n’est pas adaptée à une production massive d’énergie renouvelable intermittente et subventionnée de façon maladroite à l’image des autres incitations à l’énergie bas.." 


                                                                                                                                   __    Bref la situation est électrique, notamment avec l'alignement sur le coût du gaz, maintes fois critiqué. ___Il serait utile de relire les critiques faites naguère par l'ancien directeur d'EDF: «Je ne pensais pas que cela arriverait, que les autorités européennes de la concurrence auraient une vue si dogmatique et voudraient appliquer la concurrence dans le secteur de l'électricité où pourtant cela s'applique très mal... Emportée par le courant des idées, la France a mis fin au monopole d’EDF et ouvert l’électricité aux disciplines du marché. La pression de la concurrence devait améliorer la gestion, dynamiser les équipes, faire baisser les prix du courant. Une dizaine d’années plus tard, telle la poule qui a couvé un canard, la France ébahie se dépêtre de ses paradoxes, le problème n’est plus de faire baisser les prix, mais d’accepter ou non de les laisser monter pour s’aligner sur ceux du marché européen. On avait ouvert l’électricité à la concurrence pour baisser les prix et il faudrait aujourd’hui les élever pour permettre la concurrence »__(Marcel Boiteux (ancien président d'EDF)                                                  ___L' aboutissement logique du rapport Champsor.  "Les fournisseurs profiteront de la manne nucléaire sans aucun investissement. On a vu ce que cela a donné il y a plusieurs années en Californie avec la grande panne électrique. Là-bas comme ailleurs, l’Etat s’est réapproprié le secteur. Quant à nous, nous privatisons à tour de bras !" "C’est dans la nuit du 24 novembre que l’Assemblée Nationale a voté le texte définitif. Depuis début juin 2010, les parlementaires ont entre les mains l’avenir du service public de l’électricité. Les 27, 28 et 29 septembre, le Sénat avait adopté le projet de loi. _Du jamais vu : obliger une entreprise, dans le monde de la concurrence libre et non faussée, à céder une partie de ses atouts à des concurrents qui produisent peu ou pas du tout d’électricité. Cette loi est une étape supplémentaire vers la déstructuration complète du secteur électrique, sous le prétexte fallacieux de permettre la sacro-sainte concurrence, qui dans le domaine de l'électricité, tout le monde le constate désormais, fait augmenter les prix."                                                                                         _La Nouvelle organisation des marchés de l'électricité: "baptisée loi Nome, vise à assurer la concurrence entre les différents acteurs du marché de l'électricité. Elle s'appuie sur un constat: malgré l'ouverture des marchés à la concurrence, EDF conserve la clientèle de plus de 95% des ménages français. Selon le dogme actuel, si les clients restent chez EDF, c'est parce qu'il y a une distorsion de la concurrence, d'où l'idée de légiférer pour augmenter la concurrence. En ligne de mire, les tarifs réglementés d'EDF, que Bruxelles veut supprimer. Dans le même temps, la commission exige qu'EDF vende sa production électrique nucléaire à ses concurrents à un tarif inférieur au prix du marché, en clair à un tarif "régulé".___Curieuse façon de voir l'économie: on exige la suppression des tarifs régulés pour les particuliers et leur création pour les concurrents d'EDF... Etonnamment, Bruxelles n'a pas cherché à obliger les producteurs à faire des gains de productivité. N'aurait-il pas été plus logique de demander aux producteurs autre qu'EDF de faire des efforts pour produire moins cher? De les obliger à passer à des centrales plus performantes?"            __Une curieuse concurrenceorganisée au frais des consommateurs , dans l'esprit de la lettre de la commission_europeenne ..."...On peut débattre de la rente supposée liée à la production d'électricité d'origine nucléaire dans notre pays mais il n'y à aucune raison d'en faire bénéficier les nouveaux entrants sans que ceux-ci soient concernés par les charges à venir. En procédant ainsi, on ne les incite pas à innover en investissant dans des unités nouvelles de production d'électricité. Et comment pourras-t-on vérifier que cette électricité achetée à un « prix discount » ne sera pas revendue plus cher à l'étranger par ces mêmes opérateurs ? Au final, c'est le consommateur qui sera pénalisé. Il y a quelques jours, on apprenait que Bercy autoriserait une nouvelle hausse de 3% des tarifs de l'électricité au début de l'année prochaine, après une augmentation identique le 15 août dernier destinée au financement des énergies nouvelles. La loi Nome provoquera à nouveau une hausse importante des prix de la part d'EDF dans les années à venir qui répercutera à ses clients le manque à gagner du discount fait à ses concurrents sans aucune contrepartie positive, bien au contraire..."                                                ___L'économiste libéral Elie Cohen a catalogué d'aberrante  la libéralisation de l'électricité, ce soir, dans l'émission C'est dans l'air sur la 5. ___________________________

Partager cet article
Repost0

La "bête immonde": le retour?

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 A Magdebourg

              Malgré l'incrédulité de certains, la stupéfaction des autres, le fatalisme de certains, les faits s'imposent d'eux-mêmes, qu'il convient d'analyser: comment ce glissement vers l'AfD a t-il été possible? Depuis longtemps déjà, des voix s'élevaient Outre Rhin et ailleurs redoutant un amplification fatale, se basant sur une tendance qui n'a fait que s'accentuer. Jusqu'où ira la contagion? Difficile de répondre à ce stade. Les causes de ce phénomène restent à mieux analyser et à hiérarchiser. Mais le pays est au pied du mur, face au péril de l'extension progressive d'une extrême-droite d'un type particulier, affichant clairement des objectifs si extrêmes, que le RN s'en est démarqué par opportunisme.                             La question du retour parfois explicite à un passé qu'on croyait dépassé pose le problème de la résurgence de thèmes du III° Reich les plus vilipendés en 1945. Une piqûre de rappel s'impose, ainsi que quelques rappels historiques, à l'égard de ceux qui minorisent le danger. Les félicitations trumpiennes devraient aussi nous alerter. Il n'y a pas de fatalité, mais....

 

 

   Point de vue:

Nous avons manqué de vigilance. Pourtant nous étions prévenus. Et de longue date. « Le ventre est encore fécond, d’où a surgi la bête immonde » : c’est ainsi que fut longtemps traduit le dernier vers de La Résistible Ascension d’Arturo Ui, pièce de théâtre écrite en 1941 dans son exil finlandais par Bertolt Brecht (1898-1956). Pour décrire la mécanique de l’avènement du nazisme, le dramaturge allemand y transforme Adolf Hitler en gangster de Chicago, chef mafieux aussi grotesque qu’impitoyable. « L’Arturo Ui, a-t-il résumé, est une parabole, conçue dans le but de détruire le respect habituel et dangereux devant les grands tueurs. »   Le choix par Brecht d’un décor nord-américain n’est pas innocent. Le 31 octobre 1936, dans un discours prononcé quelques jours avant sa réélection, le président Franklin Delano Roosevelt (1882-1945) s’en était pris aux « vieux ennemis de la paix » que sont « le monopole industriel et financier, la spéculation, la banque véreuse », avant de poursuivre ainsi : « Ils avaient commencé à considérer le gouvernement des États-Unis comme un simple appendice de leurs affaires privées. Nous savons maintenant qu’il est tout aussi dangereux d’être gouverné par l’argent organisé que par le crime organisé. »    Voici donc le ventre fécond, dont l’évocation souligne notre actuelle mafiosisation du monde : ce capitalisme criminel, hors la loi, qui, pour survivre, est prêt à jeter aux orties les oripeaux de démocraties affaiblies et déclinantes. Mais, largement popularisée, au point d’être devenue une expression courante, cette traduction bien connue est quelque peu infidèle.                             Nulle « bête immonde » dans le texte original brechtien. « Car ce terreau putride est encore fécond ! », propose la plus récente des traductions françaises, qui la fait disparaître. « Le ventre est encore fécond d’où ça sort », suggérait celle qui l’a précédée, chez le même éditeur.

        Avec son « ça », pronom indéfini, cette variante rejoint le cœur du propos de Brecht : ce mal politique radical ne nous est pas inconnu, il ne nous est ni étranger ni extérieur. D’ailleurs, vous le savez pertinemment, lance-t-il au public dans le sous-titre de sa pièce : « Ce grand hold-up que vous connaissez bien. »                                              Bref, l’arrivée au pouvoir de forces autoritaires qui piétinent les droits, musèlent les libertés, discriminent les minorités et congédient l’idéal démocratique, en somme de ces ennemis de l’égalité que nous nommons « extrême droite » et dont les habits mondiaux sont infiniment variés, n’est jamais une fatalité.  Loin d’une catastrophe imprévisible, inimaginable et impensable, elle est le produit d’un processus durant lequel, bien avant qu’elle n’advienne, des indifférences et des aveuglements, des renoncements et des compromissions, des abandons et des capitulations, l’ont accompagnée et facilitée. C’est le sens de ce « résistible » du titre d’Arturo Ui, adjectif auquel Brecht renoncera dans la version du texte postérieure à la Seconde Guerre mondiale, tant l’ascension s’était, hélas, révélée irrésistible.                       « Que les choses continuent comme avant, voilà la catastrophe », glisse dans son Livre des passages Walter Benjamin (1892-1940), cet autre antifasciste allemand. De lucidité autant que de désespoir, son suicide à Portbou, en Espagne, le 26 septembre 1940, mit fin tragiquement à son échappée hors de l’Europe nazifiée qui devait lui permettre de retrouver, aux États-Unis, son ami exilé Theodor W. Adorno (1903-1969) avec lequel il n’avait cessé de correspondre.    C’est de ce « comme avant », de cette genèse du désastre, des habitudes et des accommodements qui font le jeu et le lit de la catastrophe, que nous parle Le Nouvel Extrémisme de droite, texte prophétique d’Adorno, issu d’une conférence prononcée en 1967 à Vienne, en Autriche, aujourd’hui réédité par la collection de poche « Champs » des éditions Flammarion, dans une traduction d’Olivier Mannoni.                         Nous nous sommes rassurés à trop bon compte. À mesure que les générations suivantes en prenaient conscience, l’incommensurabilité des crimes nazis, au premier chef le génocide des juifs d’Europe, a fait écran, endormant nos vigilances. Face à la monstruosité de la Shoah, le « plus jamais ça » est devenu un « rien ne ressemble, rien ne ressemblera à cela », entraînant une lecture de la catastrophe par la fin, dans l’oubli, voire l’ignorance de l’ordinaire qui l’avait fait advenir.                                                                              Ainsi dévitalisés, comme s’ils avaient été vidés de leurs mécanismes intérieurs, les mots « fascisme » et « nazisme » sont devenus des entraves à la lucidité. On les conjure officiellement pour mieux s’aveugler sur leurs renaissances. Encalminés dans l’époque qui les contextualise et les documente, ils ont fini par appartenir à un passé figé dont les commémorations sont autant de mises à distance, qui les enferment dans les vitrines d’une « histoire antiquaire », pour reprendre la formule de Nietzsche dans ses Considérations inactuelles.                            Une exigence de ressemblance a servi d’alibi à l’aveuglement : si ce n’est pas tout à fait pareil, s’il n’y a pas de bandes armées comme les sections d’assaut du parti national-socialiste, de croix gammées et de saluts nazis, c’est qu’il n’y a pas de risque de récidive.  Et c’est ainsi, dans la certitude d’avoir conjuré le danger épidémique d’une nouvelle peste brune, que nos gouvernants et nos médias, ces dernières décennies, se sont accommodés de mots et d’actes, d’idéologies et de politiques – notamment sur l’immigration et la sécurité –, faisant la courte échelle aux nouveaux fascismes de ce XXIe siècle dont la progression semble, de nouveau, irrésistible..."     [ Merci à E. Plenel]

______________

Partager cet article
Repost0

Publicité

Vous avez dit "libre échange"?

Publié le par Jean-Etienne ZEN

Manque de lait en France? 

                     Du lait, des carottes de Nouvelle- Zélande, ça vous dit?

              Bruxelles élargit encore le libre marché mondial, après l'Amérique du Nord, le Mercosour, etc... On élargit encore l'espace du libre-échange, devenu un dogme incontournable, bien au-delà de l'espace européen, quitte à mettre en péril des pans entiers de notre économie, en l'occurrence de notre agriculture. Il n'est pas question de défendre un protectionnisme économiquement ravageur, mais de résister au dogme néolibérale du commerce mondial supposé être économiquement toujours positif.  Une certaine ouverture des frontières aux produits étrangers est nécessaire certes, mais d'une manière réfléchie et maîtrisée, non pas comme un dogme aveugle qui met en question notre souveraineté économique, surtout dans les domaines où nous sommes autosuffisants. Les critiques grandissent à l'égard du dogme d'une concurrence aveugle au niveau mondial, surtout quand on sait que les règles ne sont pas appliquées ou le sont peu dans certains pays, en matière de normes, de qualité, de traitement et de coût de la main d'oeuvre. On connaît les critiques légitimes à l'égard de la qualité du soja et du poulet brésiliens, de la viande de porc allemande, du boeuf canadien, etc... des conditions de production de produits du SE asiatique... partenariat privilégié ou pas.                                                                                                                                 L'Europe se réveillera-t-elle? Faut-il une crise sanitaire et économique majeure pour arriver à des prises de conscience bien tardives et revenir à du simple bon sens économique. Le libre échange, c'est bien, comme on le pense depuis A. Smith, mais le libre échange à tout va, érigé en norme internationale et en principe absolu, c'est mortel pout beaucoup d'économies qui finissent par perdre leur substances, dans un système libre et faussé. L'OMC joue double jeu.                                                   Nombre d'économistes orthodoxes sortent des dogmes établis surtout à partir des années 80, surtout sous l'influence reaganienne, du fait du poids de la réalité qui se fait sentir durement aujourd'hui, mettant en évidence nos fragilités et nos erreurs. Ils auraient écouter le vieux Ricardo qui donnait quelques principes simples: « C’est seulement chez des peuples semblables, que les restrictions commerciales en vue de créer et de soutenir une industrie manufacturière peuvent être légitimes ; elles ne le sont que jusqu’à ce que cette industrie devienne assez forte pour ne plus craindre la concurrence étrangère » Friedrich List (1789-1846). 

 

            La notion de protectionnisme éducateur n'a pas perdu de sa pertinence. Un juste retour à la souveraineté économique semble une nécessité dans les domaines stratégiques et d'avenir. Pas seulement en matière politique. Certes, le protectionisme a été longtemps vilipendé comme facteur de nationalisme, voire de guerre. Celui de Trump, du moins en parole, semble une prise de conscience bien tardive, quoique excessive et électoraliste. Civiliser la mondialisation est une tâche urgente. Maîtriser un processus qui mène beaucoup à le dépendance et à l'appauvrissement est une nécessité, en redéfinissant de nouvelles règles.  Il est toujours intéressant de relire Maurice Allais qui, sur ce point, a eu raison avant les autres:

                L'économiste qui nous a quitté il y a quelques années, à la pensés souvent complexe et technique, n'est pas d'un abord toujours  simple ni à l'abri de criques. Mais il fut aussi caricaturé et instrumentalisé.
     On retiendra surtout de lui sa critique de la pensée néolibérale et du Consensus de Washington, produits politiques et économiques de l'école de Hayek, de Friedman et de leurs disciples, notamment R. Reagan, M. Thatcher et de leurs épigones..
    Sa pensée commence, à la faveur d'une crise qu'il pronostiquait, à être considérée comme prémonitoire sur de nombreux points. Elle est en tous cas stimulante.
         Notamment concernant une certaine forme de mondialisation, menée notamment sous la houlette de l'OMC, qu'il lui semblait nécessaire de réformer, comme la place trop belle laissée à des multinationales de plus en plus puissantes mettant de plus en plus les Etats au service de leurs intérêts...
     Naguère, certains, et non des moindres,  finissaient par reconnaître la nécessité d' une mondialisation régulée.
   Car la libre concurrence, dans une mondialisation sauvage et sans principes, faisant une confiance aveugle aux marchés, est source de déséquilibres et de crises. (La Crise mondiale aujourd’hui)
     L’idéologie que j’appelle « libre-échangiste mondialiste » a déjà fait d’innombrables victimes dans le monde entier. Pour une raison simple, empiriquement vérifiée : la mondialisation généralisée des échanges, entre des pays caractérisés par des niveaux de salaires très différents, entraîne finalement partout, dans les pays développés comme dans les pays sous-développés, chômage, réduction de la croissance, inégalités, misères de toutes sortes. Or, cette mondialisation n’est ni inévitable, ni nécessaire, ni souhaitable.
       Même à l'intérieur de l'Europe, la concurrence sans convergence ni cohérence, sans protections extérieures minimales, ouverte à tous les vents, favorable à toutes sortes de délocalisations, mène aux impasses que nous connaissons, mettant en péril une construction mal pensée.

            Maurice Allais s'est fait le critique sans concession de la politique économique menée à Bruxelles depuis des décennies et avance des arguments souvent proches du bon sens, que Pascal Lamy et les autres ne voulaient (ou ne pouvaient) entendre..
.       ..Ceux qui, à Bruxelles et ailleurs, au nom des prétendues nécessités d’un prétendu progrès, au nom d’un libéralisme mal compris, et au nom de l’Europe, veulent ouvrir l’Union Européenne à tous les vents d’une économie mondialiste dépourvue de tout cadre institutionnel réellement approprié et dominée par la loi de la jungle, et la laisser désarmée sans aucune protection raisonnable ; ceux qui, par là même, sont d’ores et déjà personnellement et directement responsables d’innombrables misères et de la perte de leur emploi par des millions de chômeurs, ne sont en réalité que les défenseurs d’une idéologie abusivement simplificatrice et destructrice, les hérauts d’une gigantesque mystification...

___ Les adversaires obstinés de tout protectionnisme, quel qu’il soit, commettent une seconde erreur : ne pas voir qu’une économie de marchés ne peut fonctionner correctement que dans un cadre institutionnel et politique qui en assure la stabilité et la régulation.   Comme l’économie mondiale est actuellement dépourvue de tout système réel de régulation et qu’elle se développe dans un cadre anarchique, l’ouverture mondialiste à tous vents des économies nationales ou des associations régionales est non seulement dépourvue de toute justification réelle, mais elle ne peut que les conduire à des difficultés majeures
  .__Le véritable fondement du protectionnisme, sa justification essentielle et sa nécessité, c’est la protection nécessaire contre les désordres et les difficultés de toutes sortes engendrées par l’absence de toute régulation réelle à l’échelle mondiale.__Il est tout à fait inexact de soutenir qu’une régulation appropriée puisse être réalisée par le fonctionnement des marchés tel qu’il se constate actuellement.__Si on considère, par exemple, le cas de l’agriculture communautaire européenne, l’alignement de ses prix sur des prix mondiaux qui peuvent rapidement varier de un à_ deux en raison d’une situation toujours instable n’a aucune justification....Depuis deux décennies une nouvelle doctrine s’est peu à peu imposée, la doctrine du libre-échange mondialiste impliquant la disparition de tout obstacle aux libres mouvements des marchandises, des services et des capitaux....Cette doctrine a été littéralement imposée aux gouvernements américains successifs, puis au monde entier, par les multinationales américaines, et à leur suite par les multinationales dans toutes les parties du monde, qui en fait détiennent partout en raison de leur considérable pouvoir financier et par personnes interposées la plus grande partie du pouvoir politique....La mondialisation, on ne saurait trop le souligner, ne profite qu’aux multinationales. Elles en tirent d’énormes profits.... 
     Une mondialisation généralisée des échanges entre des pays caractérisés par des niveaux de salaires très différents aux cours des changes ne peut qu ’entraîner finalement partout dans les pays développés : chômage, réduction de la croissance, inégalités, misères de toutes sortes. Elle n’est ni inévitable, ni nécessaire, ni souhaitable.  Une libéralisation totale des échanges et des mouvements de capitaux n’est possible, et elle n’est souhaitable que dans le cadre d’ensembles régionaux groupant des pays économiquement et politiquement associés et de développement économique et social comparable. 
    Il est nécessaire de réviser sans délai les Traités fondateurs de l’Union Européenne, tout particulièrement quant à l’instauration indispensable d’une préférence communautaire. Il faut de toute nécessité remettre en cause et repenser les principes des politiques mondialistes mises en oeuvre par les institutions internationales, tout particulièrement par l’Organisation mondiale du commerce (OMC).  Au regard de l’ensemble de l’évolution constatée de 1974 à 2004, soit pendant trente ans, on peut affirmer aujourd’hui que cette évolution se poursuivra si la politique de libre-échange mondialiste de l’Organisation de Bruxelles est maintenue.    En fait, toutes les difficultés pratiquement insurmontables dans lesquelles nous nous débattons aujourd’hui résultent de la réduction d’au moins 30 % du Produit national brut réel par habitant d’aujourd’hui. La prospérité de quelques groupes très minoritaires ne doit pas nous masquer une évolution qui ne cesse de nous mener au désastre.  L’aveuglement de nos dirigeants politiques, de droite et de gauche, depuis 1974 est entièrement responsable de la situation dramatique où nous nous trouvons aujourd’hui.  Comme le soulignait autrefois Jacques Rueff : « Ce qui doit arriver arrive. »  Toute l’évolution qui s’est constatée depuis 1974 résulte de l’application inconsidérée et aveugle de l’Article 110 du Traité de Rome du 25 mars 1957 constamment repris dans tous les traités ultérieurs... 
         Pierre Mendes-France s'était lui-même montré, de manière presque prémonitoire, très critique  à l'égard du Traite de Rome le 18 janvier 1957, premier jalon d'un processus mal réfléchi.
     L'idée d'un protectionisme raisonnable  fait son chemin. Mais comment changer le poids des dogmes et le cours des choses? La prise de conscience de quelques uns est bien faible et bien tardive.
..________________
Partager cet article
Repost0

Des cartes et des hommes

Publié le par Jean-Etienne ZEN

Adieu Mercator!

                     Place à une représentation plus équitable du monde...                                 Essentiellement pour des raisons géopolitiques. Même si certains pays y perdront en dimension apparente. Trump ne s'en remet pas...Pas simple de mettre à plat une terre qui s'obstine à rester ronde. Question de convention...Il y avait quelques injustices à réparer...                             L'Onu a tranché, non sans résistance des USA, trop valorisé sur la planisphère. La convention du génial Mercator aura été d'une grande aide pour les navigateurs depuis le 16° siècle et le commerce qui s'envola à cette époque..("mercator" veut dire marchand). Tant pis si L’Europe (9,7 millions de kilomètres carrés) semblait plus étendue que l’Amérique du Sud, pourtant près de deux fois plus grande (17,8 millions de kilomètres carrés).  Cela permettait de naviguer à la boussole.  Mais il est compliqué de transformer une sphère en plan.                   Eckert IV prendra la place, mais ne sera pas encore la perfection, de toute façon impossible. Toute représentation du monde est arbitraire et a une signification politique


                                                                                                                               Là-dessus se greffe le problème des frontières, issues d'une histoire qui n'est pas prête de les stabiliser. Des frontières sont toujours ambivalentes. La cartographie sera toujours à repenser. On touche là au domaine de la géopolitique, où s'imbriquent l'histoire et le territoire...                                                                                                                                          Fin de l'histoire de la cartogaphie? Certainement pas... _______

Partager cet article
Repost0

E-intrusions

Publié le par Jean-Etienne ZEN

James Bond en aurait rêvé

       Orwell n'a pas pu y  penser

                                On n'arrête pas le progrès...si l'on peut dire. Ce n'est pas de la fiction. Il est possible aujourd'hui d'entrer dans le coeur du portable de n'importe quoi pour en subtiliser des données, parfois les plus sensibles.. Certains chefs d'Etat en ont fait l'expérience, comme Mme Merkel. N'importe qui peut être confronté à ce problème, pour diverses raisons. Il est possible de géolocaliser une personne qu'on veut suivre à la trace, pour des raisons parfois non avouables. Nous voilà entrés dans une sphère du numérique et de l'IA qui pose vraiment problème, dans les domaines les plus divers: privé, commercial, industriel, politique.      Les logiciels espions font merveille, en profitant de toutes les failles. Et les particuliers s'y mettent, aux dépends de la vie privée. Une application de surveillance suffit.                                                                Le système Pegasus, a déjà fait ses preuves, provoquant des remous diplomatiques. On peut le qualifier d'arme de guerre.                                                                                                                                                            Dans le domaine de la cybersécurité, comme dans celui de la cybersurveillance, si poreux l'un et l'autre. Pour le meilleur et pour le pire. La complexification et l'extension rapide de certains cyber-outils sont tels que ça en est fascinant, mais aussi, par un autre côté, inquiétant, étant donné la quasi-absence de contrôle qui préside à leurs usages. Les usages domestiques, techniques et thérapeutiques de l'intelligence artificielle, par exemple, ne posent pas de problèmes majeurs. Ce sont souvent même des outil positifs. Mais il y a toutes les applications à des fins de surveillance individuelle, sociale et politique, qui peuvent inquiéter à bon droit, voire même alarmer les individus et les Etats. Le cas du Maroc est exemplaire. La vie privée peut être mise en question ainsi que des documents stratégiques, des données essentielles, techniques, ou politiques. 


                 ___   Pegasus fait partie de cette innovation qui donne des sueurs froides aux décideurs mais aussi aux politiques, parfois suivis à la trace. Des scandales récents qui mettent en évidence la sophistication et la perversité de  ce nouvel outil ont été sur le devant de la scène. La surveillance individuelle et institutionnelle atteint des sommets. Gare à vos smartphones! Ce logiciel espion, qui s'infiltre partout, n'est pas seulement politique. Sans aucun doute, c'est le plus sophistiqué de tous. Pour l'instant. "Le projet Pegasus montre à quel point le logiciel espion de NSO Group est une arme de choix pour les gouvernements répressifs qui cherchent à réduire au silence les journalistes, à s’en prendre aux militants et à écraser l’opposition, mettant ainsi d’innombrables vies en péril."   Même le gouvernement américain, par intérêt, a mis ce logiciel espion au ban de la société. La Chine, en pointe pour la surveillance de masse, aura sans doute moins de scrupules ou de retenue.   ____

 

                 *  __ Amnesty International ; Forensic Methodology Report: How to catch NSO Group’s Pegasus ; juillet 2021.    __Berthier, Thierry ; Derrière Pegasus : le mode d’emploi d’un logiciel espion ; The Conversation; juillet 2021.____Cheminat, Jacques ; Comment fonctionne le logiciel espion Pegasus ? ; Le monde informatique; juillet 2021.___Forbidden Stories ; The Pegasus Project ; Online.___Guardian, The ; Pegasus Project; Series ; The Guardian, online.__Leloup, Damien ; Untersinger ; « Projet Pegasus » : nos journalistes Damien Leloup et Martin Untersinger ont répondu à vos questions sur le système d’espionnage des téléphones ; Live ; Le Monde.____Leloup, Damien ; Untersinger ; « Projet Pegasus » : révélations sur un système mondial d’espionnage de téléphones ; juillet 2021.___Monde Europe ; Logiciel espion Pegasus: le ministre israélien de la Défense se rend à Paris (officiel) ; Le journal de Montréal ; juillet 2021.___Radio-Canada; Des diplomates américains visés par le logiciel espion Pegasu s; décembre 2021.___Reporters sans frontières; Pegasus : “un outil répugnant et sordide, prisé par les prédateurs de la liberté de la presse” ; RSF ; juillet 2021.   ______________________________________

Partager cet article
Repost0

Nouvelle question allemande

Publié le par Jean-Etienne ZEN

De nouveau au premier plan?

                                                       L'Allemagne inquiète, à une croisée des chemins inédite.  Devant une  mutation problématique et un contexte géopolitique incertain. Le virage de l'économie de guerre, suite à la défection US pose question . L'AfD est aux portes du pouvoir à Magdebourg. Quelles perspectives?  On ne peut que faire des hypothèses pour l'instant, étant donné que l'on n'est qu'au début d'un processus à multiples inconnues                                                                                                Point de vue  et hypothèses ...Approche géopolitique 

 "...Nous sommes à la veille d’une élection qui semble historique. Depuis la Seconde Guerre mondiale, l’extrême droite n’a jamais été aussi forte en Allemagne, et elle est sur le point de prendre le pouvoir seule dans un Land. Ce contexte politique explosif doit être compris dans un moment géopolitique singulier : alors que les États-Unis se retirent de l’Europe, l’Allemagne se réarme. Une nouvelle question allemande hante le continent...                                                                      Historiquement, depuis 1945, l’Europe avait incontestablement un hégémon : les États-Unis. Leur influence économique et militaro-politique était tellement plus importante que celle de n’importe quel État européen qu’elle constituait une hégémonie incontestable. Par conséquent, Washington a façonné l’ordre européen d’après-guerre, d’une part avec l’OTAN et d’autre part avec son soutien à l’intégration du continent.  Aujourd’hui, alors que les États-Unis se retirent d’Europe, une vieille question refait surface : qui dirige réellement l’Europe ?                      Comme les États européens, en particulier les plus influents, sont tous plus ou moins égaux en puissance, aucun ne peut prétendre à une hégémonie aussi forte que celle des États-Unis. Le retrait américain crée donc un vide de leadership. La question est de savoir si l’émergence d’une nouvelle puissance hégémonique est possible. Avec son réarmement — son budget de défense dépassera d’ici 2029 le budget cumulé actuel de la France et du Royaume-Uni —, l’Allemagne deviendra du jour au lendemain la première puissance européenne, tant sur le plan économique que militaire.    _____   Cela soulève surtout la question de la nécessité d’un leadership collectif entre les trois principaux États européens (France, Allemagne et Royaume-Uni), ou entre les cinq plus grands États, incluant la Pologne et l’Italie. Il faut répondre collectivement à la question de l’équilibre futur de l’Europe avec une Allemagne aussi forte au centre du continent. Berlin exercerait une hégémonie d’un genre nouveau, difficilement comparable à l’hégémonie américaine actuelle, c’est la raison pour laquelle je parle plutôt de domination.                                                                                                                                                                Nous avons déjà vu cette domination à l’œuvre lors de la crise financière et économique, où le pouvoir de l’Allemagne de dire « non » ne se limitait pas à dicter sa conduite aux autres, mais servait également à bloquer certaines orientations politiques, ce qui fait obstacle à toute solution collective. Désormais, le renforcement de la puissance allemande posera problème sur le plan stratégique plutôt que financier, car un refus catégorique de Berlin ne pourra plus être contourné aussi facilement qu’auparavant.               ___Il convient tout d’abord de noter que tous les pays européens se réjouissent du réarmement de l’Allemagne. Il est indéniable que l’Allemagne doit se réarmer et assumer ses responsabilités.La question n’est cependant pas de savoir si ce réarmement aura lieu, mais comment il se fera et s’il s’inscrira dans le contexte européen. C’est là que la formule de la « force armée conventionnelle la plus puissante » prend tout son sens.  Il s’agit là d’une ambition très importante. L’Allemagne a là un objectif qu’elle peut assurément atteindre si l’on ne prend pas en compte les effectifs des forces armées ukrainiennes actuelles. La Pologne nourrit bien sûr la même ambition.                                                                                                            En 1990, tout le monde savait encore que chaque renforcement de la puissance allemande impliquerait une perte de souveraineté. Helmut Kohl a obtenu la réunification, mais il a également renoncé au Deutsche Mark. Konrad Adenauer a obtenu la souveraineté de l’Allemagne de l’Ouest, mais il a également intégré la Bundeswehr aux structures de commandement de l’OTAN. Il y a toujours eu un compromis.  Pendant 35 ans, dans le discours allemand, on n’entendait plus que des critiques concernant une Allemagne jugée trop faible, et non trop forte....Berlin doit donc réfléchir aux moyens d’ancrer sa puissance dans le tissu européen et d’éviter de susciter, même involontairement, du ressentiment. C’est d’autant plus important que l’Allemagne est le pays d’Europe intellectuellement le plus dépendant des États-Unis et de l’ordre occidental placé sous leur influence. La France, par exemple, même si les États-Unis et l’idée d’un Occident uni disparaissaient, conserverait une vision propre de sa politique étrangère et un héritage historique sur lequel s’appuyer. La Grande-Bretagne possède cette vision et la Pologne se perçoit également comme une terre de résistance. L’Allemagne, en revanche, n’a plus aucun point de repère dans le passé depuis 1945.... On dit souvent aujourd’hui que l’Allemagne « accomplit son tournant historique ». Or dans la déclaration de politique générale du 27 février 2022, le chancelier Olaf Scholz emploie lui-même une formule plus passive « Nous vivons un tournant historique ». Le premier fut le choc Poutine, et le second, Trump, qui a été le catalyseur ayant rendu possible le véritable tournant historique : le retour de l’Allemagne à la puissance militaire. Sous Scholz, cela n’était possible qu’à petite échelle ; avec Friedrich Merz et l’adoption de la réforme constitutionnelle sur l’endettement, l’Allemagne peut redevenir pleinement une puissance militaire engagée dans la défense du continent....                                                                    Ce rapprochement est clairement visible dans le discours allemand, comme en témoigne la célèbre phrase « La paix est la véritable épreuve » (Frieden ist der Ernstfall), popularisée en 1969 par le président fédéral Gustav Heinemann. Initialement conçue comme une déclaration pacifiste appelant à concevoir la paix comme un effort, elle a ensuite été réinterprétée par la Bundeswehr comme un appel à la préparation militaire. « Nous devons être prêts », être si bien préparés à une éventuelle guerre que nous pouvons l’empêcher...à l’époque, le leadership américain était très clair, la Bundeswehr était quasiment intégrée aux structures de commandement de l’OTAN, ce qui rendait le réarmement allemand acceptable aux yeux des pays européens. Aujourd’hui, l’hégémonie américaine et sa prétention à exercer un leadership stratégique en Europe n’existent plus. Il est donc nécessaire de mettre en place davantage de structures européennes pour intégrer la puissance militaire allemande.....                                                                                                  Le problème majeur est plutôt politique. À Berlin, on n’entend parler que d’un « gouvernement de la dernière chance ». Comment trouver l’énergie nécessaire pour faire avancer significativement ces questions, qu’il s’agisse de politique industrielle, d’intégration de la défense ou de dette européenne ? Il faut dépasser ce discours de la « dernière cartouche de la démocratie ».Un tel discours peut être mobilisateur à court terme, mais il n’aide en rien à la réflexion stratégique si l’on se contente d’une approche de survie. La planification de notre sécurité exige une vision à long terme..."   (Merci à Le Grand Continent)

Partager cet article
Repost0

Publicité

Une forêt (vraiment) vierge?

Publié le par Jean-Etienne ZEN

On a cru longtemps au mythe de l'"enfer vert"

                                        Un monde de forêts denses, mystérieuses, dangereuses, inhabitables; sauf par de rares petits groupes en voie de régression, marginalisés et dispersés, que Lévi-Strauss avaint étudiés de près.                               C'est aujourd'hui la fin d'un mythe."...C’est ainsi que s’installe le mythe durable de l’Amazonie : celui d’un enfer vert, d’une région à l’état de nature, où nul ne peut vivre car les sols y sont trop acides, les ressources en protéines insuffisantes, les transports trop difficiles et les maladies débilitantes. L’autre mythe, apparemment opposé, mais qui revient au même, est celui véhiculé dès l’origine par Christophe Colomb qui, arrivé à l’embouchure de l’Orénoque, au Venezuela en 1498, clame qu’il a découvert le « paradis terrestre ». C’est la notion d’une Amazonie pareille à un éden vert, où habitent quelques « bon sauvages » dans un dénuement béat, vivant peu nombreux et parcimonieusement en harmonie avec la nature, un éden certes rude, mais magnifique. Des cités perdues.


                             ___Aujourd’hui, ces mythes donnent des maux de tête aux scientifiques qui les ont mis à bas depuis une bonne vingtaine d’années. « Malgré des découvertes archéologiques majeures, et des avancées considérables dans les domaines biologiques et anthropologiques, on continue de se battre contre l’histoire officielle et le refus d’accepter qu’on s’est trompés, ou plutôt que l’on a pas assez regardé, depuis 500 ans », se désole Bruna Rocha, une jeune archéologue de Santarem. Dans des dizaines de sites comme celui de Monte Alegre, des archéologues ont mis au jour autant de découvertes qui démontrent que non seulement l’Amazonie était peuplée, mais qu’elle était densément habitée, cultivée, exploitée, que les tribus communiquaient et échangeaient des biens sur plusieurs centaines de kilomètres et que des ébauches d’États administrés avaient commencé à émerger avant 1492.     Ces découvertes ont pu avoir lieu grâce à de nouvelles techniques comme l’imagerie par satellite, mais aussi en raison, tristement, de la déforestation galopante de la forêt, qui a révélé des sites autrefois inaccessibles. Parmi les plus importantes, citons :– l’apparition d’une révolution néolithique indépendante, c’est-à-dire la naissance de l’agriculture, séparée de celle qui s’est déroulée au Proche-Orient vers 14 000 avant J.C. ;– l’accent mis sur la culture des arbres, une agroforesterie radicalement différente des agricultures européennes, africaines ou asiatiques. « Les gens qui visitent l’Amazonie aujourd’hui sont toujours surpris qu’on puisse se promener dans la forêt et manger quantité de baies et de fruits que l’on trouve sur son chemin, s’amuse Javi Eduardo, un docteur en botanique de l’université de Manaus. Mais c’est parce que ces arbres et ces buissons ont été plantés là il y a plusieurs milliers d’années. Les gens ne se promènent pas dans la forêt vierge, mais dans de très anciens vergers »  À la veille de l’arrivée des Européens, de cinq à dix millions de personnes vivaient en Amazonie                         contrairement à ce qui a été longtemps raconté, la culture du maïs était développée en Amazonie, et pas seulement dans les Andes, à côté de celle du manioc, permettant un régime céréalier riche ;– l’existence de la « terra preta », une « terre noire » unique au monde et d’une fertilité incroyable qui contient bien plus de nutriments que les terres alentour. Cette terra preta est le résultat d’un processus humain mélangeant le brûlis, l’agglomération de déchets végétaux et organiques. Alors que les premiers colons de l’Amazonie pensaient que rien ne poussait sur ces sols de latérite acides, presque tout pousse sur la terra preta, qui est aujourd’hui vendue sous forme de terreau sur les marchés de Santarem ;– la mise au jour de champs surélevés, de routes, de canaux, d’étangs, de monticules de chaque côté des rivières indiquant la présence de ponts… Par exemple, au début des années 2000, les archéologue Heckenberger, Petersen et Neves ont découvert autour du Rio Xinghu un réseau de 19 villages reliés par de larges routes, des ponts, des canaux, des digues, etc., qui témoignent, selon eux, d’une société « très élaborée et organisée ». Par ailleurs, en de multiples endroits de l’Amazonie, les chercheurs ont révélé des dizaines de monticules de terre contenant des centaines de milliers de fragments de poteries, attestant de populations extrêmement nombreuses et – relativement – prospères.                                                                   Grâce à ces découvertes – on peut en lire davantage dans les ouvrages 1491, de Charles Mann (Albin Michel), ou Amazonie, les douze travaux des civilisations précolombiennes, de Stéphen Rostain (éditions Belin) –, les spécialistes estiment qu’à la veille de l’arrivée des envahisseurs en 1492, de cinq à dix millions de personnes vivaient dans la forêt amazonienne, soit davantage qu’aujourd’hui (en excluant la population des villes modernes, bien entendu). Selon plusieurs estimations, de 12 % à 25 % de l’Amazonie était anthropogène, c’est-à-dire qu’elle était façonnée par les activités humaines...."....                                                                                                                       Non, l'Amazonie ne fut pas toujours cet "enfer vert souvent évoqué. Une vraie révolution dans nos conceptions simplistes..                                                                                                                                                    C'en est fini de certains fantasmes concernant cette immense forêt, qui ne fut pas toujours si vierge. Ce ne fut pas toujours l'enfer vert.
              Les déforestations ont parfois un côté inattendu, en permettant des découvertes improbables..
  L'Amazonie est en train de perdre son aura de mystère et de devenir un terrain de recherches infini, ouvrant la porte à l'exploration de nouvelles civilisations passées.
   La photographie aérienne a fait beaucoup évoluer les découvertes archéologiques.
      Le poumon de la planète n'a pas fini de nous étonner.
   Plusieurs millions de personnes vivaient dans cette contrée, avant l'arrivée des conquérants européens, depuis 10000 ans sans doute, le plus souvent sédentarisées, à la culture élaborée.
Levi-Strauss ne pouvait s'en douter.
 Les microbes européens ont eu raison des populations qui vivaient dans cette vaste contrée, de manière très organisée.
    Il reste beaucoup à découvrir et à connaître dans l'univers amazonien (pas celui-ci, l'autre...)
________
                ".... William Woods, géographe à l'Université du Kansas, au sein d'une équipe étudiant les géoglyphes d'Acre, estime que « si l'on veut recréer l'Amazonie précolombienne, la plupart des forêts doivent être enlevées et remplacées par des habitats et des cultures intensives. Je sais que cela passera mal auprès des fervents écologistes... mais que peut-on dire d'autre ? »

Les géoglyphes, motifs géométriques gravés dans la terre, sont devenus de plus en plus visibles avec la déforestation de l'Amazonie, New York Times, 2012, DR.
   Denise Schaan, archéologue à l'Université fédérale du Pará au Brésil, a dirigé des recherches sur les géoglyphes et procédé à des tests au radiocarbone. Elle a ainsi mis en lumière que leurs constructions remontent de 1000 à 2000 ans, parmi lesquels certaines pourraient même avoir été reconstituées à plusieurs reprises au cours de cette période.
    Dans les années 2010, les chercheurs en sont venus à penser que ces géoglyphes avaient une importance cérémonielle, sans pouvoir établir aucune certitude cependant. Le mystère est d’autant plus profond que ces géoglyphes n’ont pas de rapport évident avec les autres colonies pré-colombiennes découvertes ailleurs en Amazonie. Et de grandes lacunes touchant aux peuples autochtones de cette aire géographique persistent.
    Dans un article du New York Times daté du 14 janvier 2012, le paléontologue brésilien Alceu Ranzi compare ces réalisations aux célèbres lignes de Nazca dans le sud du Pérou (note). Ces découvertes viennent remettre en question la version d’une Amazonie peu habitée, confirmant du même coup les thèses du journaliste américain Charles C. Mann.
    Dans son livre, 1491, Nouvelles révélations sur les Amériques avant Christophe Colomb (note), issu des recherches scientifiques sur l’Amérique précolombienne, il explique que certaines parties de l'Amazonie étaient « beaucoup plus peuplée qu'on ne le pensait » et que « ces gens ont volontairement modifié leur environnement de façon durable ».
Des artefacts précolombiens, trouvés près de certains des géoglyphes de l'État d'Acre, offrent des indices sur leur origine, New York Times, 2012, DR.   Il semble maintenant probable que l’arrivée des Européens a aussi provoqué une multiplication des conflits. Que ce soit pour fuir les Blancs et les risques d’esclavage ou pour s’en rapprocher afin de contrôler l’accès au commerce, les Amérindiens de la région semblent être devenus plus nomades qu’avant, d’autant que les agglomérations les plus importantes, le long de l’Amazone, ont été les plus touchées par le choc microbien et ont totalement disparu.
Un autre élément a joué un rôle essentiel dans ces transformations : l’introduction du métal. Les outils de pierre étaient peu efficaces pour déboiser, ce qui aurait plutôt incité les habitants de la région à exploiter les parcelles de manière prolongée, au prix d'importants efforts collectifs.     Les haches en métal, au contraire, ont permis à des populations décimées par le choc microbien de pratiquer les cultures sur brûlis qui ne seraient donc pas à interpréter comme une technique immuable mais au contraire comme une innovation technologique et agricole majeure. Le contrôle des approvisionnements en métal auprès des Blancs devient alors un enjeu essentiel qui engendre des tensions et affrontements.
    Toutes les certitudes sur le régime alimentaire et l’agriculture précolombienne ont été remises en cause et avec elles, celles sur le rapport des habitants et de leur environnement. Alors qu’on considérait jusque-là que le manioc constituait la nourriture de base de l’ensemble des habitants de l’Amazonie, l’absence de toute trace de sa production (alors que sa préparation nécessite de nombreux outils) sur la plupart des sites découverts a contraint à remettre en cause cette certitude : il était bien cultivé par divers groupes, mais non par tous, de loin           
    L'abondance des plantes domestiquées en Amazonie prouve l'existence de la grande variété des régimes alimentaires entre les tribus. Ainsi, des arbres fruitiers ont été sélectionnés et croisés entre eux, comme le palmier-pêche, extrêmement prolifique. Ananas sauvage, noix diverses, baies… ont aussi été plantés pour permettre de nourrir les populations et vont à l'encontre de l'idée reçue d’une « générosité » spontanée de la forêt.     La densité de la forêt amazonienne, comparable à celle des forêts européennes, semble du reste s'accroître dans les zones peuplées par les populations précolombiennes, où l'on retrouve des espèces cultivées en abondance. De plus, cette forêt est traversée de nombreux chemins, routes, canaux, de sols surélevés dans les zones inondables, ainsi que de nombreux aménagements et terrassements, qui n’ont pour certains été que très récemment été identifiés comme étant le fruit de l’action humaine. Leur ampleur demeure largement méconnue : il reste encore à repérer les structures érigées par l’homme.                                     S’il est encore impossible de proposer une description précise des modes de vie, lesquels ont du reste varié pour s’adapter aux changements de la végétation dus aux évolutions du climat, la diversité linguistique et culturelles ne doit pas être sous-estimée : certaines tribus vivaient au sein de véritables villes alors que d’autres étaient des chasseurs-cueilleurs, et d’autres encore semi-sédentaires...    Désormais, considérer que la région amazonienne aurait été un « enfer vert » où des populations auraient péniblement survécu au sein d’un écosystème qui les aurait dépassés, pourrait relever de l'aberration. Pour vivre et se pérenniser, elles ont dû s'adapter aux évolutions et changements récurrents de leur environnement.      Mais que la forêt amazonienne ne soit pas aussi primitive et intacte qu’on le croit volontiers n’implique naturellement pas qu’elle soit moins précieuse pour l’avenir de l’humanité.."      (Merci à Hérodote. net)
               ______________________________________________ 
Partager cet article
Repost0

Dronophilie

Publié le par Jean-Etienne ZEN

          Ou dronophobie?

                                  L'dée de "bombes planantes" est déjà depuis un moment envisagée. Un vieux concept. Aujourd'hui, les drones sont partout, la numérisation se développant sans frein, même de manière ludique. Pour le meilleur et pour le pire....Surveiller à distance un feu de forêt ou l'évolution d'un volcan, voilà qui est propre à révolutionner le travail du géologue, de l'hydrologue, du pompier, etc... Cela de soi. Une évolution en cours qui va s'affiner, se complexifier et se développer encore plus. C'est inévitable et souhaitable. L'optimisation est à nos portes.   


                                                                                                                                       Sauf que...certains usages déjà en cours peuvent poser de redoutables problèmes: celui que la police peut utiliser dans le contrôle de foules mobilisées pour de justes causes, du contrôle politique douteux, voir liberticide, pratiqué ici ou là, où la réglementation et des limites légales s'imposeraient.    ___ On retient surtout, actualité oblige, l'usage guerrier de cette technologie, qui semble ne plus avoir de limites et contribuer rapidement à un nouveau type de conflits, comme en Ukraine, par exemple. Au point de changer la donne de la notion classique de guerre, rendant obsolètes certaines armes conventionnelles. Nous sommes à un tournant stratégique, pleine d'incertitudes et certainement de nouveaux risques.             C'est la "philosophie" de la guerre qui est en train de changer. Obama a été un initiateur dans ce domaine, on l'a oublié. La polémique est déjà anciennne. Tant qu'il y aura des guerres... Le problème est là. Le danger sera de plus en plus redoutable, c'est sûr. Et la course en avant sans fin assignable...                                                  La question de fond revient, lancinante...                 ________________

Partager cet article
Repost0