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Retour sur l'Afrique

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 Elle n'aurait pas d'histoire, dit-on encore parfois.

                               Elle serait restée en marge. Comme une continent immobile et invariable. Une planère à part, en quelque sorte, une belle endormie que l'Occident conquérant aurait réveillé d'un sommeil profond, de traditions immuables. On reconnaît là l'essence des croyances qui ont fondé et entretenu la longue période coloniale, entretenus pas les a priori de ceux qui, ayant l'âme blanche, ne pouvait considérer les Africains que comme ayant l'âme noire, comme le disait  ironiquement Montesquieu, qui fit une critique sans concession de l'esclavage.   Même dans la période post-coloniale, et récemment encore, comme dans un célèbre discours de N.Sarkozy, on demande à l'Afrique d'entrer dans l'histoire, de rejoindre le club des pays blancs industrialisés.             Or dans l'immense continent africain, les événements ont suivi un autre cours qu' en Europe, depuis des origines qui furent communes et des voies originales, où la notion de civilisation avait un sens, comme le souligne tous les anthropologues. Il faut le répéter, car les préjugés sont encore tenaces: même méconnues pendant longtemps (et on comprend pourquoi) l'Afrique a fait du chemin et de manière parfois dynamique.                     Autrement dit, un vaste pan de la culture occidentale a longtemps véhiculé l’idée que l’Afrique était restée à l’écart de l’histoire et du progrès. Cela va de nos grands penseurs aux livres et aux films qui ont nourri des générations d’enfants. Dans des dessins animés de Disney, on voit des cannibales africains à peine vêtus faire mijoter gaiement leurs victimes dans d’énormes marmites suspendues au-dessus d’un feu. Parmi les philosophes, il y a pléthore d’exemples consternants. Voltaire ­disait des Africains : « Un temps viendra, sans doute, où ces animaux sauront bien cultiver la terre, l’embellir par des maisons et par des jardins, et connaître la route des astres : il faut du temps pour tout. » Hegel était encore plus radical : « Ce que nous comprenons en somme sous le nom d’Afrique, c’est un monde anhistorique non développé, entièrement prisonnier de l’esprit naturel et dont la place se trouve encore au seuil de l’histoire universelle. » On entend encore aujourd’hui des échos de tels propos chez les dirigeants politiques occidentaux.... qui aimaient l'Afrique...pour les richesses et la main d'oeuvre qu'elle leur procuraient à bas prix.                      L' histoire du continent africain reste encore largement à faire. Il était supposé être immuable, dès qu'il fut découvert. Et le préjugé dura, renforcé par l' aveuglement colonial, qui avait besoin de maintenir le mythe de peuples-enfants, qu'il fallait mener au niveau de notre histoire, considérée comme LA référence et le modèle.        Depuis quelques décennies surtout, les études africaines, avec leurs limites, ont modifié enfin notre regard. L'histoire de ce continent dit mineur  a une histoire que l'on ne soupçonnait pas à une époque, histoire que l'on continue à mettre à jour peu à peu malgré les difficultés liées au manque d'archives.     Hors du fait que, c'est bien établi, l'Afrique de l'Ouest est le berceau de l'humanité. Notre histoire commence là.

       Certains peuples étaient déjà des navigateurs et des marchands, à partir d'une certaine époque: "...la palme d'or de la navigation revient très certainement aux Somaliens. Si, aujourd'hui, la Somalie rime avec pauvreté et piraterie, il y a quelques siècles, elle était plutôt synonyme de cités portuaires florissantes et abritait des commerçants qui faisaient partie des meilleurs de l'océan Indien. Ils entretenaient des contacts commerciaux avec l'Arabie, l'Inde, la Perse, l'Égypte, la Chine, Venise et, plus tard, le Portugal...."

 

          Oui, l'Afrique a une histoire. Et quelle histoire! Partiellement connue. Largement méconnue.  Contrairement aux nombreux préjugés toujours tenaces, entretenus par l'ignorance, les clichés longtemps répandus, certains propos publics, même en haut lieu:

 Le discours de Dakar où Sarkozy déclara sans sourciller, sans doute victime de son "nègre" , disent les plus indulgents: " le « drame de l'Afrique » vient du fait que « l'homme africain n'est pas assez entré dans l'Histoire. […] Le problème de l'Afrique, c'est qu'elle vit trop le présent dans la nostalgie du paradis perdu de l'enfance. […] Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n'y a de place ni pour l'aventure humaine ni pour l'idée de progrès ."   Les Africains seraient donc restés de grands enfants, qu'il (nous) resterait à éduquer. Un ethnocentrisme qui régna au coeur de l'entreprise coloniale et dont il reste des traces.    Un européocentrisme étriqué, un essentialisme tenace et une ignorance sidérante.  On le sait mieux maintenant, l'Afrique a une histoire. On peut le savoir...après tant de silences   Certes, l'Afrique bouge sous nos yeux actuellement, du moins certains pays plus que d'autres, chapeautés par l'aide chinoise ou non, certains ne s'étant pas encore relevés de la potion amère du FMI et des fonds vautour.
  Mais elle l'a toujours fait, si l'on met entre parenthèse la période coloniale où l'Europe se partageait le gâteau.
       Ce continent oublié, ce passé occulté nous revient aujourd'hui après tant             Pour les colonisateurs, l'Afrique était une page vierge où l'Europe allait inscrire ses valeurs, au nom d'une civilisation de référence et d'intérêts bien compris. Pour s'installer en Afrique et l'exploiter en toute bonne conscience, il fallait bien "infantiliser" ce continent de grands enfants, comme l'avait bien vu déjà ironiquement Montesquieu:
   "Si j’avais à soutenir le droit que nous avons eu de rendre les nègres esclaves, voici ce que je dirais :Les peuples d’Europe ayant exterminé ceux de l’Amérique, ils ont dû mettre en esclavage ceux de l’Afrique, pour s’en servir à défricher tant de terres._Le sucre serait trop cher, si l’on ne faisait travailler la plante qui le produit par des esclaves._Ceux dont il s’agit sont noirs depuis les pieds jusqu’à la tête ; et ils ont le nez si écrasé qu’il est presque impossible de les plaindre._On ne peut se mettre dans l’esprit que Dieu, qui est un être très sage, ait mis une âme, surtout bonne, dans un corps tout noir..."
 

 

    Après la période coloniale, la Françe-Afrique a pris le relai, faisant mine de gérer l'indépendance, comme au Gabon, où Sarkozy, et d'autres, ont réécrit l'histoire
   Paris a forcé la main aux Africains: "... l'indépendance imposée aux Africains, bien que décidée par Paris avec la bénédiction de Washington au gré des préjugés les plus réactionnaires et de vils calculs, fut présentée comme le triomphe des idées progressistes, de la liberté, de la modernité politique et, ironie suprême, de la volonté des Africains."
    L'Afrique de "Papa" n'est pas tout à fait finie... L'imposition du franc CFA reste une des traces de cette subordination.
  L'Afrique, si diverse, n'est "en retard" que par rapport à nos modèles de développement, mais elle pourrait bien nous étonner par les chemins originaux qu'elle pourrait prendre à l'avenir. "L'Afrique est mal partie", disait R. Dumont après les décolonisations officielles, mais elle pourrait bien un jour nous surprendre..  
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Varia

Publié le par Jean-Etienne ZEN

__  Pénuries

__  Récupération

__ Concentration

__ Reconversion

__ Musk en colère

__ Cercle restreint

 __ Himalya en danger

 

__ Robots en pointe

 

__ Crise  européenne

__ Demain, la terre...

__ Bombe israelienne

__ Patrons et politique         

__ Russie : la chute?

__ Peur inhibitrice?

__ Sommeil en question

__ Préférence ou priorité?

__ Israël: radicalisation

        _____________Machine à désinformation ____________

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Jérusalem, la disputée

Publié le par Jean-Etienne ZEN

  S'il est une ville surchargée de mythes, d'espoir et de rêves, de tragique aussi, c'est bien la ville que l'on appelle "sainte", "trois fois sainte" même, à laquelle se réfèrent les monothéismes, cousins par de nombreux aspects historiques.     


            Ville aujourd'hui divisée, investie par les "sionistes chrétiens", qui ont le vent en poupe, à la faveur du radicalisme d'Etat israëlien.  "...La Knesset a entériné deux mois plus tôt le statut de Jérusalem comme « capitale éternelle d’Israël, une et indivisible ». La communauté internationale crie à la violation du droit international : treize ambassades étrangères quittent Jérusalem pour Tel-Aviv.."                                                                    L'ancienne capitale de David est saturée de sens, mythifiée, dans laquelle s'entrechoquent souvent les diverses communautés, se manifestent leurs luttes d'influence. Après 3000 ans de passions. Au sein d'une terre dite "promise". Un obstacle à la solution d'un conflit qui se radicalise. Une histoire qui aujourd'hui divise, dans cette ville au statut unique, ville de foi et de passions. Depuis l'occupation romaine en passant par les Croisades, jusqu'au joug ottoman et le protectorat britannique, tantôt assoupie, tantôt vivante, elle est au coeur des enjeux religieux et politiques, des aspirations de ceux qui désirent retrouver une terre, dans l'espérance et la douleur.

 

                    Déjà en 2017___ Dans la ville dite sainte, l'atmosphère est lourde. Pas seulement au sein des communautés qui la revendiquent comme lieu de culte privilégié, produit d'une histoire réelle et mythique complexe.

   Il y a aussi le fatalisme désespéré des Palestiniens de Jérusalem-Est qui se voient de plus en plus ostracisés, menacés d'expulsion, au nom d'un reconquête sioniste urbaine, qui s'affirme encore plus en Cisjordanie, au point de rendre l'idée même d'un possible Etat palestinien de plus en plus improbable.
   On est en droit de contester la notion de "ville sainte", de même que celle de "terre sainte" en soi, comme le faisait remarquer un historien israëlien..
    Les anciennes et plus récentes guerres de religion servent d'alibi.
    Mais cette cité est et reste une ville juste hautement symbolique, dont seulement de longues négociations pourront peut-être un jour modifier le statut. Tout passage en force y reste possiblement explosif, régionalement et au-delà, pas seulement pour des raisons religieuses, qui peuvent paraître secondaires ou archaïques. La politique de Sharon surtout a réveillé les désirs d'occupation exclusive. C'est un réveil de conflits armés trop connus qui peut surgir à tout moment, tant est grande la colère à Jérusalem .
   Depuis l'annonce trumpienne, le fragile statut de la ville, capitale impossible, issue de l'histoire et de  la guerre, est en péril
   Ce ne sont pas seulement les plus hautes autorités religieuses qui s'inquiètent, comme le pape, qui demande « la paix pour Jérusalem et pour toute la Terre sainte » et pour que les acteurs en présence parviennent à une « solution négociée qui permette la coexistence pacifique de deux Etats à l’intérieur de frontières définies entre eux et reconnues internationalement " C'est aussi l' ONU qui lance un nouvel avertissement.

    Mais la diplomatie du choc de Trump en décide autrement, seul contre tous (America first and alone), comptant sur le soutien de Netanyahou, qui veut aussi  faire oublier ses casseroles et qui cherche le soutien des rabbins. Mais ce cadeau est empoisonné.
Une erreur fondamentale  , comme dit Charles Enderlin, qui peut être cher payée.
La guerre des mots risque de ne pas rester seulement verbale. Certains Israëliens le rappellent régulièrement.
    Le noeud gordien qu'est Jérusalem risque de vivre d'autres Noël de tensions. _______________

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Larges horizons

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 __  Qu'est-ce qu'une "radicalité raisonnable"                                                                                                                          Vous avez une heure!...

__  Le pied sur le frein!  demande Anthropic                                                                                                                                      Sagesse ou calcul? On s'interroge...

__ Mais que veut Xavier Niel?                                                                                                                                        Qui ne manque pas de moyens...

__ Une guerre (des Gaules) pas comme les autres

__ Mémoire de pandémie                                                                                                                                      Des souvenirs douloureux

 

__ Banalisation de l''extrême droite                                                                                                                               Des  voix controversées  

__ "Modèle" suédois en question                                                                                                                                       Incertitudes  .  Un ex-modèle ambivalent . Le retour des inégalités.      

__ Le triomphe fiscal des ultra-riches: à revoir sur Arte                                                                                                     Certains "héritiers" le réclament

__ Des réseaux sociaux  ambivalents                                                                                                                                             "... Nous n'avons jamais autant communiqué. Il n'a jamais été aussi facile de transmettre instantanément une information, une opinion ou une image à des millions de personnes. Pourtant, cette multiplication des échanges semble aussi avoir accompagné la polarisation politique, la fragmentation sociale et la difficulté croissante à distinguer le vrai du faux.    L'auteur d'Internet rend-il bête ? Ce que le réseau change à nos cerveaux élargit ici une interrogation qui traverse son œuvre : pourquoi avons-nous admis si facilement que communiquer davantage nous permettrait nécessairement de mieux nous comprendre ?                                                                                  L'un des principaux intérêts du livre est de rappeler que l'enthousiasme suscité par les réseaux sociaux n'a rien d'inédit. À chaque grande innovation dans les moyens de communication a correspondu la promesse d'un monde mieux informé et, par conséquent, plus pacifique et plus rationnel.      Le télégraphe devait rapprocher les peuples ; la radio élargir l'accès à l'information ; Internet et les réseaux sociaux donner à chacun la possibilité de s'exprimer et contribuer à démocratiser l'espace public. Carr déconstruit cette évidence : les nouvelles technologies ne suppriment ni les conflits ni les passions collectives ; elles peuvent leur donner de nouvelles formes et accélérer leur propagation. La quantité de communication n'est pas sa qualité. Transmettre une information n'est pas la même chose que la comprendre, et pouvoir s'exprimer ne garantit ni que l'on sera entendu ni qu'une véritable discussion s'engagera...."         ___________ 

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Prolétaires du clic

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 Les invisibles...

                       Les prolétaires du clic prennent de plus en plus d'importance.

            Le domaine du numérique n'est pas toujours le monde idéalisé que l'on imagine parfois. Il n'y a pas que des tâches nobles et valorisées. Il y a tout un monde d'actifs obscurs, mal payés, en situation précaire. Partout dans le monde. Des ignorés. En attendant les robots..."...Leurs tâches  peuvent apparaître n’importe quand, et il faut être rapide. Certains se créent des alertes qui les réveillent au milieu de la nuit. Ensuite, le temps pour réaliser le travail étant limité, il ne faut pas traîner. Avec les conséquences que l’on peut imaginer sur la vie familiale. Car, comme ces tâches sont très peu rémunérées, il faut en effectuer beaucoup. Une étude du Pew Research Institute estime que les travailleurs du clic perçoivent moins que le salaire horaire minimale aux Etats-Unis (une femme interrogée explique que quand elle touche 25 euros pour 8 heures de travail, c’est une bonne journée). D’ailleurs, la rémunération ne se fait en cash que pour les Américains et les Indiens, les autres sont payés en bons d’achat Amazon, ce qui les oblige à avoir recours à des combines pour récupérer leur rémunération. Sachant que certains clients sont mauvais payeurs (ils rejettent le travail effectué, sans explication). Les travailleurs les plus aguerris prennent le temps, avant d’accepter un travail, de se renseigner sur le client...."                                                                                                             Il existe toujours des métiers aux tâches répétitives, sans aucune créativité ni plaisir, même minimum. Pas seulement dans certaines activités industrielles ou même de service, comme dans les "Temps modernes" de Charlot, même avec accompagnement de robots en tous genres de plus en plus perfectionnés. Même au coeur de certaines activités que l'on jugerait a priori plus "nobles", plus "intellectuelles". Par exemple, les millions de petites mains invisibles, à l'activité ingrate, qui s'agitent derrière leurs ordinateurs, au service de grandes plateformes ou de l'intelligence artificielle. Comme la haute couture a aussi ses petites tâcheronnes. Le micro-travail a aussi parfois ses révoltés . Pas seulement en Chine.                                                                             Il n'y a pas que des tâches nobles dans le numérique. Il n'y a pas que des concepteurs de haut vol dans l'informatique. Il y a aussi les basses oeuvres, les petits boulots, les opérations les plus mécaniques, les moins rentables, celles des petites mains du clavier. Cliquer toute la journée pour presque rien, il y a plus passionnant.   Pourtant c'est facile et ça peut rapporter... peu.   Une forme de travail très particulier, qui ne dit pas son nom.   Amazon et les autres règnent dans l'ombre.



     Un aspect de la précarité masquée., dans un monde de précarité montante érigée en système.
   Quelques clics pour quelques euros.
  Pour environ 250000 personnes en France, occupées plus ou moins, selon les cas. C'est très variable.
    Les petits doigts d'Asie et de France s'animent comme ils peuvent au service de plate-formes invisibles.
              Les clickworkers ou travailleurs du clic sont des gens qui travaillent chez eux, derrière leur ordinateur, à des horaires qui sont dictés par les clients, pour des tâches simples et répétitives, sans aucun statut et pour une rémunération minuscule. Leur travail, ils le trouvent sur des plateformes qui ont été créées par les géants de l’Internet, dont la plus connue est le Turc mécanique d’Amazon, ce sont des place de Grève contemporaines. On estime leur nombre à 500 000, ils sont principalement américains (à 75%, avec une grande part de femmes) ou des hommes indiens (aux alentours de 20%)....  En décembre dernier, le site Tech Republic effectuait une plongée fascinante dans ce monde des travailleurs du clic. Pourquoi les appelle-t-on “travailleurs du clic” ? Parce que leurs tâches consistent essentiellement à identifier des motifs sur des images, à identifier des émotions sur des photos de visages, à mettre en ordre des données.     Ces travailleurs se disent “enchaînés” à leur ordinateur. Les tâches peuvent apparaître n’importe quand, et il faut être rapide. Certains se créent des alertes qui les réveillent au milieu de la nuit. Ensuite, le temps pour réaliser le travail étant limité, il ne faut pas traîner. Avec les conséquences que l’on peut imaginer sur la vie familiale. Car, comme ces tâches sont très peu rémunérées, il faut en effectuer beaucoup. Une étude du Pew Research Institute estime que les travailleurs du clic perçoivent moins que le salaire horaire minimale aux Etats-Unis (une femme interrogée explique que quand elle touche 25 euros pour 8 heures de travail, c’est une bonne journée). D’ailleurs, la rémunération ne se fait en cash que pour les Américains et les Indiens, les autres sont payés en bons d’achat Amazon, ce qui les oblige à avoir recours à des combines pour récupérer leur rémunération. Sachant que certains clients sont mauvais payeurs (ils rejettent le travail effectué, sans explication). Les travailleurs les plus aguerris prennent le temps, avant d’accepter un travail, de se renseigner sur le client.    Ce qui gêne aussi ces travailleurs du clic, c’est que tout le monde n’est pas égal face aux offres. Certains sont désignés “Master's Level”, ce qui leur permet d’avoir accès à plus d’offres, mieux payées. Le problème : personne ne sait sur quels critères on est désigné “Master Level” (et Amazon refuse de le révéler). C’est l’objet de beaucoup de conjectures sur les forums où ces travailleurs - pour pallier le fait qu’ils ne se rencontrent jamais physiquement - partagent leurs questions, et leurs petits trucs.         A quoi sert le travail de ces gens ? C’est là où on atteint un niveau d’absurde presque magnifique. Ce dont je vous parlais tout à l’heure - identifier des objets sur des images, classer des données etc. - ça sert essentiellement à nourrir en exemple les intelligences artificielles qui ne savent pas encore le faire toutes seules. Pour bien fonctionner une intelligence artificielle de reconnaissance d’image, par exemple, a besoin d’exemples, d’énormément d’exemples - il faut qu’on lui dise “ça c’est un chien”, “ça c’est une voiture” sous tous les angles possibles, afin qu’elle soit ensuite capable de reconnaître un chien ou une voiture. Eh bien qui fournit les exemples ? Principalement ces “travailleurs du clic”. C’est pourquoi toutes les grandes entreprises du numérique (Google, Microsoft, Facebook, Apple) - toutes celles qui se sont lancées dans l’intelligence artificielle - ont créé leurs propres plateformes de micro-tâches : elles ont créé ces plateformes pour que des travailleurs du clic humains nourrissent les machines. Et d’ailleurs, au départ, Amazon a créé sa plateforme pour améliorer l’automatisation de son circuit de distribution, pour les hommes aident les machines à s’améliorer, à mieux faire le travail que faisaient les hommes jusque là. En gros, les “travailleurs du clic” travaillent pour qu’un jour les intelligences artificielles remplacent d’autres travailleurs. La question est : combien de temps aura-t-on encore besoin des travailleurs du clic, avant que les intelligences artificielles ne les remplacent eux-mêmes ? On a le temps disent les spécialistes, les machines auront encore longtemps besoin des hommes. Il faut toujours se rappeler que le Turc mécanique auquel se réfère Amazon, c’est un faux automate du 18ème siècle à l’intérieur duquel était caché un homme. Aujourd’hui, c’est une mère de famille américaine ou un Indien qui sont cachés dans la machine. Demain, ça pourrait être beaucoup plus de monde.                                    Flexibilité garantie et en hausse constante.   Le cyberprolétariat est en marche. Mechanical Turk fait des merveilles...
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Portables: interdire ou éduquer?

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 Un dilemme complexe

                       Mais une action urgente. On sait, on le répète abondamment, que le surexpositon des enfants aux portables est un problème qui ne touche pas seulement le domaine scolaire. Ce n'est pas seulement une question de temps investi, mais aussi une captation d'attention préjudiciable même au coeur de l'institution scolaire. Apprendre n'est pas scroller. Comment éviter l'excès de cette activité portant préjudice au travail scolaire et aux fonctions cognitives en général, comme cela est amplement démontré aujourd'hui.                     L'Australie a essayé, mais n'a pas pu éviter le contournement des interdits dans le cadre scolaire, ce qui était prévisible. Faute de toucher aux sacro-saints intérêts des puissantes plateformes et une concertation suffisante, en s'interrogeant suffisamment sur les addictions. Le mieux était peut-être, pour ce problème complexe, de réfléchir préalablement aux conditions de transformation d'une interdiction en éducation. Problème complexe s'il en est...Contrôler les plates formes restant un incontournable, qui ne peut s'obtenir sans une action concertée internationale et de larges concertations.             


                                    "...Pour comprendre ce qui se joue en France depuis quelques années, on peut schématiquement opposer les stratégies des grandes plateformes internationales, essentiellement états-uniennes et chinoises, à celles de l’État. Pour les premières, il s’agit de capter l’attention et de susciter l’engagement des adolescents (comme ceux des adultes) au service de finalités mercantiles et idéologiques ne répondant à aucune finalité éducative.  Cela se concrétise notamment par le déploiement d’algorithmes de recommandation clivants, la quasi-absence de modération et l’implémentation de mécanismes de rétention attentionnelle addictifs comme le scrolling infini. En France, l’État cherche manifestement à concilier, quant à lui, des finalités parfois inconciliables.... "    Le simple volontarisme politique déclaré, en ordre dispersé,  ne suffira pas.                En France aussi, on bricole beaucoup, sans larges concertations préalables, associant parents et enseignants que nécessiterait ce problème complexe mais déterminant. Les interdits à eux seuls n'y suffiront pas, si on ne restaure pas l'attractivité et le goût du savoir. Il y va aussi de la santé des enfants...Pas seulement. ______________________

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Histoire du climat

Publié le par Jean-Etienne ZEN

Histoire du climat et histoire des nommes    (Bis repetita)

                                            Longtemps on les a dissociées. L'événementiel et les modifications climatiques longues ou ponctuelles ne semblaient ne rien avoir en commun. Comme si on avait affaire à deux aspects différents, deux dimensions hétérogènes. On parlait du temps occasionnellement, en passant, comme si le problème du climat, du moins sur la longue durée, était réservé aux seuls climatologues. Les deux dimensions suivaient des chemins parallèles.     Or, peut-on comprendre une bonne partie de la préhistoire sans recourir à l'éclairage climatique: les migrations africano-européennes, les premières apparitions de l'agriculture après la dernière glaciation, le "petit âge glaciaire" après le réchauffement global en Europe au tout début du Moyen-Age; sans compter les aventures historiques qui tournent court, faute de prévision de certains aspects climatiques, comme l'aventure napoléonienne mise en échec par l'hiver russe et plus tard, la déroute nazie aux portes de Moscou?  Le "général hiver" avait tranché..                     _____Aujourd'hui la question du climat nous saute cruellement à la figure. Par une prise de conscience tardive, nous obligeant à des choix douloureux au vu des impacts majeurs de la "course au progrès" sur le milieu naturel. C'est une forme de sidération qui nous affecte devant le grand basculement qui nous attend, dans une incertitude souvent paralysante. Que sera notre histoire demain, quelle géopolitique nouvelle se prépare?,...Nous sommes au seuil de grandes mutations, à n'en pas douter.    L'homme et le climat sont des partenaires indissociables, pour le meilleur ou pour le pire. Ce n'est pas un problème à courte vue de météo. Ce n'est pas seulement et surtout une question de cadre de vie, mais de vie tout court, de conditions matérielles d'existence (ressources alimentaires, environnement thermique vital...)

 

              A première vue donc, on voit mal ce que le climat a à voir avec le déroulement de l'histoire et particulièrement avec le déclenchements de conflits.   Les vicissitudes météorologiques ont tout à voir avec la nature tandis que les événements historiques  semblent ne relever que de la volonté, des désirs, des passions humaines et des concours de circonstances.
  Mais ces deux aspects du réel ont plus de rapports qu'on ne le croit.
                        La nouvelle histoire, depuis Braudel, a mis l'accent progressivement sur les interactions entre nature et histoire, notamment Leroy Ladurie.
  On a émis et confirmé l'hypothèse de l'importance d'un phénomène climatique majeur comme un des éléments déclencheurs de la Révolution Française. 
 L'historien du climat ne s'intéresse pas seulement au climat mais à ses conséquences humaines. Les aléas climatiques ont souvent des incidences sur l'histoire des hommes. Pour remonter aux origines africaines, cela relève de l'évidence.
  Les émeutes de la faim des dernières années  sont multicausales. Mais les variations aberrantes des marchés ne sont pas seules en cause..
     La climatologie donne des lumières, mais qui ne peuvent pas être suffisantes, quand elles interviennent.
Pas de causalité directe, mais des corrélations parfois évidentes
    Le climat ne peut être considéré comme une cause mécanique, uniquement déterminante, mais comme une donnée incontournable pour comprendre certains changements de fond, par exemple au niveau de l'agriculture et des habitudes alimentaires, donc des progrès futurs, mais aussi des événements qui ont changé le cours des choses , comme le passage des Huns sur le Rhin gelé ou la défaite de l'armée allemande confrontée à l'hiver russe...
_________          Dans le cas syrien, des études récentes ont montré, pour expliquer en partie la naisance du conflit syrien, que:
      Entre 2006 et 2011, la Syrie a connu la plus longue sécheresse et la plus importante perte de récoltes jamais enregistrée depuis les premières civilisations du Croissant fertile . Au total, sur les vingt-deux millions d’habitants que comptait alors le pays, près d’un million et demi ont été touchés par la désertification , ce qui a provoqué des migrations massives de fermiers, d’éleveurs et de leurs familles vers les villes . Cet exode a attisé les tensions provoquées par l’afflux de réfugiés irakiens qui avait suivi l’invasion américaine de 2003. Pendant des décennies, le régime baasiste de Damas a négligé les richesses naturelles du pays, subventionné des cultures de blé et de coton nécessitant beaucoup d’eau et encouragé des techniques d’irrigation inefficaces. Surpâturage et hausse démographique ont renforcé le processus. Les ressources hydriques ont chuté de moitié entre 2002 et 2008.
    L’effondrement du système agricole syrien résulte d’un jeu complexe de facteurs dont le changement climatique, une mauvaise gestion des ressources naturelles et la dynamique démographique....      _________

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Faiseur de rois

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 Les ambitions d'un marchand                                                                                                                                      Devenu "empereur" en Afrique,  où il se constitua les bases d'un pouvoir financier qui ne fera que croître, le fils de son père gravit méthodiquement les marches d'une ascension qui fit de lui l'homme incontournable connu ou trop méconnu d'aujourd'hui. Le fervent catholique breton sut se rendre indispensable auprès de certains amis de l'impénétrable villa Montmorency, dont un de ses illustres habitants, devenu président, sut lui renvoyer l'ascenseur. Il continue à recevoir les présidentiables, à les conseiller et à les soutenir généreusement de ses deniers, qu'il a en abondance. En toute générosité. Certains l'appellent le grand influenceur. Ses bonnes oeuvres en faveur des médias, qu'il affectionne,  à condition qu'ils soient en sa faveur, se poursuivent sans relâche. Il contribue généreusement, comme un nouveau croisé, à faire l'opinion. Toujours à la droite de Dieu, comme un bon breton qui se respecte et cherche son salut...       


                                                                                                                                __  Un homme très discret, finalement. On peut lui reconnaître cette vertu. Discret, mais influant. Beaucoup n'en ont même jamais entendu parler. Dans ses propriétés ou sur son yacht, qui ne fait pas dans la demi-mesure, il supervise des réseaux multiples qu'il s'évertue à entretenir. Un homme d'influence. Même s'il ne gagne pas à tous les coups (il a des réserves), il entretient un important réseau et son nom est souvent en filigrane derrière des médias bien connus. Qui possède et influence de grands organes de presse et de télévisions est assuré de faire valoir une ligne éditoriale de son cru. C'est une constante, en France particulièrement, où tous les grands médias sont aux mains de groupes d'intérêt puissants. Monsieur B., héritier de quelqu'un qui est parti de rien, a fait son chemin dans le monde des affaires nationales et internationales et a eu le loisir et le pouvoir de se faire de nombreuses relations, surtout dans la sphère politique. C'est lui surtout que N.Sarkozy a remercié après son élection à la présidence.                                                     ___   La bollorisation des medias, et non des moindres, est en route depuis des années(*) Sans qu'on s'émeuve beaucoup dans les hautes sphères, où le contrôle de la presse, de sa liberté, devrait être un souci légitime et démocratique. Le conservatisme militant favorisant la droite la plus extrême ne devrait pas avoir autant de faveur. Le catholicisme "social" est le moindre souci du mentor breton, qui, petit à petit, fait son nid.  Pour qui vous savez...  _____ __   La bollorisation des medias, et non des moindres, est en route depuis des années Sans qu'on s'émeuve beaucoup dans les hautes sphères, où le contrôle de la presse, de sa liberté, devrait être un souci légitime et démocratique. Le conservatisme militant favorisant la droite la plus extrême ne devrait pas avoir autant de faveur. Le catholicisme "social" est le moindre souci du mentor breton, qui, petit à petit, fait son nid.  Pour qui vous savez...                                                                                                 Bolloré dispose donc d’un impressionnant arsenal médiatique au moment où se lance la campagne présidentielle française. Face à cette trajectoire irrésistible dans le champ des médias et de l’information, il n’est pas illégitime de se demander de quoi Bolloré est le nom. Son empire se déploie à la fois en radio, dans la télévision de flux, dans les plateformes de contenus et dans la presse. Il s’appuie aussi sur Havas et donc sur le marché publicitaire, qui permet aux médias de vivre, et sur le marché complémentaire de l’édition, dans lequel il occupe une position dominante avec Editis, en passe donc d'absorber Hachette (et qui diffuse le dernier livre d'Éric Zemmour). Son emprise est multiple et massive, ce qui lui donne un pouvoir de frappe exceptionnel. On peut donc considérer qu’un degré supplémentaire est franchi sur la question de la dépendance des médias, de leur financement par de grands groupes et de l’enjeu démocratique que cela constitue. Certes, Vincent Bolloré n’est pas le premier grand capitaliste à investir dans l’information : en quoi diffère-t-il donc de ceux qui l’ont précédé, les Hersant justement ou ses compétiteurs Bouygues (TF1), Altice (NextRadio), LVMH (Les Échos, Le Parisien) et autres Free dirigé pa Xavier Niel (Le Monde, Nice Matin, Mediawan) ? D’abord, si le paysage français a toujours été contrasté idéologiquement dans la presse écrite, les grands médias de flux comme la télévision restaient plus ou moins liés, pour ceux qui ont été privatisés, à leur origine publique, s’inscrivant davantage dans une certaine recherche de consensus, avec laquelle une chaîne comme CNews a clairement rompu en suivant un modèle à la Fox News. Le patron de Vivendi s’est emparé, à force de patience, de sens des affaires, de coups de force et de ruses, d’un ensemble de médias de masse qu’il oriente du côté de la droite la plus dure. L’absence de barrières éthiques dans les affaires, associée à une évidente intelligence stratégique, ont conduit à son succès, qui permet l’affirmation d’un corpus idéologique sans complexe ni déontologie journalistique.                                                                Mais Vincent Bolloré ne se contente pas de créer des médias proches de sa vision du monde ou d’en acquérir, comme il le fit dans la presse gratuite avec Direct Matin ou en rachetant France catholique. Il s’est beaucoup appliqué à détruire des offres éditoriales avec lesquelles il n’était pas en accord. Il a exercé une sorte de pouvoir sur l’existence même des médias qu’il a acquis, de la mise à mort de l’esprit Canal+ et des Guignols à l’investigation en passant par Le Grand Journal, jusqu’à la mise au pas d’Europe 1, où il a fallu se soumettre ou se démettre, en passant par la transformation de iTélé en CNews. Il crée une offre certes, mais sur les décombres de rédactions qu’il met au pas ou dont il se débarrasse, depuis les cadres dirigeants (qui n’ont pourtant pas toujours la réputation d’avoir le couteau entre les dents, voir la récente éviction d’Hervé Gattegno de Paris Match et du Journal du Dimanche) jusqu'aux journalistes qui, de motions de défiance en grèves, découvrent l’ampleur de leur impuissance. Il s’agit moins de créer une offre nouvelle, tel un Édouard Drumont lançant La Libre Parole, que de brider des contenus ou des orientations à travers les groupes sur lesquels il a pris un pouvoir financier. Ce tropisme de la terre brûlée a conduit d’ailleurs le marché à s’interroger sur la destruction de valeur à laquelle il pouvait conduire et à se demander si l’homme d’affaires préférait ses idées à ses intérêts. Ainsi, ce qui reste de l’esprit Canal+, qui a correspondu à une forme de créativité télévisuelle, a-t-il migré avec succès au sein du groupe TF1, avec Quotidien sur TMC. En réalité, il n’y a nulle indifférence au succès économique, mais ce dernier, acquis avec CNews ou C8, ne va pas sans l’affirmation d’un ligne idéologique marquée. On se rappellera aussi que Bolloré avait une revanche à prendre, tant son entrée dans l’univers des médias télévisuels, à travers le rachat de deux petites chaînes de la TNT (Direct 8 et Direct Star) qu’il avait relancées à sa façon, avait suscité de quolibets en matière éditoriale. Pourtant, c’est en les revendant au groupe et en faisant son cheval de Troie, qu’il prendra le contrôle de Vivendi.                                                                                                                   Sur les ruines d’une offre toujours trop marquée à ses yeux par le gauchisme ou le progressisme ou simplement la dérision, il construit un empire médiatique marqué par des idées ultralibérales qui interdisent toute critique possible des actions de son groupe, en particulier en Afrique, ce qui est souvent la posture des grands médias privés. Mais à cela s’ajoute aussi des idées conservatrices, catholiques, traditionalistes, très ancrées à droite, soutenues par un populisme identitaire et civilisationnel, que portent Éric Zemmour, Pascal Praud ou Sonia Mabrouk. Ces idées s’inscrivent d’abord dans une perspective décliniste, nationaliste, qui fait de l’islam le problème central en France, associé aux questions migratoires et à celles du maintien de l’ordre, et du « wokisme » l’autre grand danger contre lequel il faudrait lutter.  Le groupe médiatique fonctionne d’abord sur une logique de l’affiliation clanique avec les affidés et de règlement de compte et de mise au pas avec ceux qui font mine de s’affranchir d’un unanimisme contraint. L’humour en particulier, quand il prend une forme critique, celui d’un Nicolas Canteloup (Europe 1) ou d’un Sébastien Thoen (Canal+) par exemple, est particulièrement mal supporté. De plus, ce qui naguère prenait la forme de pressions discrètes apparaît désormais au grand jour. L’influence sur les lignes éditoriales, l’absence de « muraille de Chine » entre l’économique et le rédactionnel et le rejet de l’indépendance journalistique sont affichés au nom d’une doctrine libérale assumée de la toute-puissance de celui qui tient les cordons de la bourse. Mais ils le sont aussi au nom d’une vision qui érige les autres médias, en particulier publics, et les autres orientations idéologiques, en particulier à gauche, dans une position monopolistique qui permet de revendiquer la position de la parole bâillonnée et de crier à la dictature du politiquement correct, alors même qu’on occupe une part de voix conséquente et qu’on érige une nouvelle doxa. Cette radicalité conservatrice s’appuie aussi sur une véritable capacité à bousculer les formats, à s’affranchir de la distribution des rôles classiques sur la scène médiatique, en mêlant invités, journalistes et éditorialistes dans une sorte d’unité de pensée qui donne paradoxalement un caractère apaisé à certains plateaux. Le populisme d’expression plus grand public d’un Hanouna sur C8, qui promeut une transgression bien normative et transforme le télévisuel en cours d’école rigolarde et quelquefois cruelle, fait écho à celui, plus savant, d’un Zemmour, qu’il complète. Pourtant, derrière la variété des formes et l’appel au bon sens populaire, c’est bien une pensée réactionnaire, de moins en moins masquée, qui s’avance, en promouvant ici un catholicisme traditionaliste avec la diffusion d’un téléfilm anti-avortement sur C8 ou, là, une hostilité à toute mise en cause de l’Église, avec par exemple le blocage de l’achat du film de François Ozon, Grâce à Dieu, sur l’affaire Preynat. Au demeurant, ce catholicisme à l’ancienne, bien peu républicain, s’accommode parfaitement des valeurs les plus libérales sur le plan économique.                  L’empire Bolloré se livre désormais à une guerre sans merci pour remettre en cause les médias publics. Zemmour, comme Marine Le Pen d’ailleurs, parle de privatisation dans son programme. Ce procès s’instruit sur la base d’une orientation qui serait systématiquement à gauche et/ou proche du pouvoir en place. On assiste à la transformation des débats qui existaient à l’intérieur des grands médias en débats entre les grands médias. Ce mouvement d’opposition prend particulièrement pour cibles France Inter, ses chroniqueurs et ses humoristes, mais aussi certaines émissions de France Télévisions, qui seraient perverties par le politiquement correct.    L’ensemble de ces traits dessine bien une sorte de Rupert Murdoch hexagonal, qui amplifie la mainmise d'acteurs économiques majeurs sur les grands médias, mais qui rompt avec une certaine discrétion feutrée de l’establishment français dans l’influence, affichant frontalement un désir de promouvoir dans l’espace public un modèle à la fois très libéral et très conservateur et d’opérer une sorte de grand remplacement médiatique en mettant à bas les médias publics. La droite a trouvé en lui une ressource clef pour installer ses thématiques dans une position hégémonique à travers un dispositif médiatique puissant. Le sera-t-il assez pour porter Zemmour au pouvoir ?..." [ Merci à Esprit ]                    __________________

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La sale guerre de Bibi (2024)

Publié le par Jean-Etienne ZEN

On le sait. On le dit aujourd'hui plus ouvertement. An coeur des événements tragiques qui se déroulent au Proche-orient, Netanyahou est l'objet de toutes les critiques. Pas seulement de la part de ses adversaires politiques modérés, mis aussi d'une grande partie de l'opinion israëlienne éclairée, qui est descendue pendant de longues semaines dans les rues pour exprimer son opposition à ses projets de déconstruction démocratique, puissamment soutenu pas une droite extrêmes dont il a favorisé la montée au pouvoir. Ses calculs politiques visant à favoriser depuis longtemps le Hamas, reconnus par lui-même, sont maintenant bien connus dans son pays. Il est donc en sursis et l'on comprend mieux ses tentatives de faire durer une guerre de plus en plus critiquée au niveau international. Mais qui prendra sa place, pour mettre en oeuvre une politique vraiment novatrice, radicalement différente, dans l'esprit de Rabin?


                                                                                                            Point de vue: "...Benjamin Nétanyahou le sait déjà. Le jour où s’achèvera la guerre de Gaza, ce sera aussi le commencement de la fin de sa carrière politique. Cela arrivera dans quelques semaines, comme le souhaite Washington, ou pas avant « plusieurs mois », comme l’annonce Yoav Gallant, le ministre de la défense israélien.     C’est même, selon ceux qui le connaissent – en dehors des considérations tactiques et opérationnelles, d’ordre strictement militaire – l’une des raisons pour lesquelles le premier ministre israélien n’est pas pressé de voir son pays sortir de l’état de guerre, dans lequel il vit depuis plus de deux mois, pour retrouver un fonctionnement institutionnel et politique normal.                                                                                  ___Benjami Nétanyahou le sait déjà. Le jour où s’achèvera la guerre de Gaza, ce sera aussi le commencement de la fin de sa carrière politique. Cela arrivera dans quelques semaines, comme le souhaite Washington, ou pas avant « plusieurs mois », comme l’annonce Yoav Gallant, le ministre de la défense israélien.    C’est même, selon ceux qui le connaissent – en dehors des considérations tactiques et opérationnelles, d’ordre strictement militaire – l’une des raisons pour lesquelles le premier ministre israélien n’est pas pressé de voir son pays sortir de l’état de guerre, dans lequel il vit depuis plus de deux mois, pour retrouver un fonctionnement institutionnel et politique normal.  « Ça sera une longue guerre qui n’est pas près de finir », a déclaré Nétanyahou lundi 25 décembre, après s’être rendu à Gaza. Il a annoncé une nouvelle intensification des frappes – incessantes depuis deux jours, suscitant la profonde inquiétude de l’ONU. Selon un dernier bilan du ministère de la santé palestinien, contrôlé par le Hamas, 20 674 personnes ont péri dans les opérations militaires israéliennes, en majorité des femmes, des enfants et des adolescents, et près de 55 000 personnes ont été blessées.   Pour Nétanyahou, la fin des combats signifierait une reprise possible des mobilisations massives de la société civile contre ses projets de réforme « démocraticides » et aussi contre sa gestion désastreuse de la question des otages, surtout si ceux qui sont encore détenus ne sont pas sortis vivants entre-temps de Gaza. Il signifierait aussi un retour probable devant les tribunaux pour y répondre des accusations de corruption, fraude et abus de confiance qui pèsent sur lui depuis plus de cinq ans.                                                           ____ Mais surtout, ce moment sera pour le premier ministre celui où son arsenal de communication cessera de le protéger. Celui de la confrontation avec la vérité. Car, il le sait, il devra s’expliquer devant la commission d’enquête qui ne manquera pas d’être constituée pour examiner les conditions dans lesquelles le Hamas a pu, sous les yeux des services de renseignement israéliens – réputés parmi les meilleurs de la planète –, concevoir, planifier, préparer et perpétrer l’épouvantable tuerie du 7 octobre, plongeant le pays dans l’un des pires traumatismes de son histoire.                                               Compte tenu de la défiance qui existe depuis des années entre le premier ministre et les magistrats, notamment ceux de la Cour suprême, et de la tradition de confier au président de la Cour la présidence des commissions d’enquête, comme ce fut le cas avec Shimon Agranat en 1973 pour la guerre du Kippour, puis avec Yitzhak Kahane, en 1982, pour le massacre de Sabra et Chatila, à Beyrouth, on imagine que Nétanyahou n’est pas enthousiaste à l’idée de répondre aux questions d’Esther Hayot – ou de celle ou celui qui lui succédera, car elle doit prendre sa retraite et personne n’a encore été officiellement désigné pour occuper sa fonction.D’autant que la longévité du premier ministre au pouvoir – plus de quinze ans à la tête du gouvernement, soit deux ans de plus que David Ben Gourion –, loin de lui faciliter la tâche, alourdit un peu plus son fardeau, c’est-à-dire ses responsabilités historiques.                                                                                                                                     La Maison Blanche parle dans le vide. La grande majorité des options stratégiques et des décisions politiques aventureuses qui ont rendu possible l’opération terroriste du Hamas ont été choisies par ses gouvernements. Souvent à son initiative. Il devra notamment indiquer dans quelles conditions et guidé par quelles convictions idéologiques il a décidé, il y a une dizaine d’années, de soutenir activement le Hamas au détriment du Fatah et de l’Autorité palestinienne. Il devra aussi révéler pour quelles raisons, et avec quelles garanties, il a accepté que le Qatar fournisse, avec l’assentiment de son gouvernement et au rythme de 30 millions de dollars par mois, plusieurs milliards de dollars au Hamas. Dont une partie au moins a été utilisée pour acheter ou produire des armes qui ont tué des Israéliens.   On comprend que face à ces épreuves annoncées et confronté au bilan, atroce pour les Palestiniens, décevant pour l’armée israélienne, des deux premiers mois de guerre contre le Hamas, Nétanyahou ait fait la sourde oreille non seulement aux demandes de cessez-le-feu des Nations unies ou de Paris, mais même aux requêtes de Washington qui souhaite que la guerre « cesse dès que possible », accompagnées de mises en garde de Joe Biden, déplorant qu’Israël « perde ses soutiens internationaux à cause du caractère indiscriminé de ses bombardements, dans lesquels des milliers de civils palestiniens ont été tués ».                                                                          Bien que les États-Unis versent chaque année 3,8 milliards de dollars d’aide militaire à Israël, la Maison Blanche a du mal à faire entendre sa voix aux dirigeants israéliens. Au président américain qui demandait au gouvernement israélien d’adopter « d’ici trois semaines des tactiques plus précises et de se concentrer sur les moyens d’épargner les civils », le ministre de la défense, Yoav Gallant, a répondu que la « destruction du Hamas [était] essentielle pour la sécurité de son pays » et que « cette campagne militaire [prendrait] plus de quelques mois ».   La proportion de civils tués a atteint 61 % dans la bande de Gaza, alors qu’elle n’avait jamais dépassé 42 % dans les quatre opérations étudiées depuis 2012.  Quant à Nétanyahou, il n’a pas été plus réceptif aux suggestions de Jake Sullivan, conseiller pour la sécurité de Joe Biden. Quand celui-ci a invité le premier ministre israélien à impliquer l’Autorité palestinienne pour imaginer « l’après-Hamas » à Gaza, mais aussi à « évoluer », « car on ne peut continuer à dire non à un État palestinien », il a répondu, sans égards superflus : « Je vais être clair : je ne veux pas qu’Israël répète l’erreur d’Oslo. Je ne permettrai pas […] l’introduction à Gaza de gens qui enseignent le terrorisme, qui soutiennent le terrorisme, qui financent le terrorisme. Gaza ne sera ni un Hamastan, ni un Fatahstan. »                                                                                                                                    Cette ingratitude à l’égard de leur protecteur historique a récemment conduit Joe Biden à rappeler à « Bibi » que l’opération israélienne à Gaza a déjà consommé des dizaines de milliers de bombes et d’obus made in USA et qu’il lui a fallu utiliser une procédure d’urgence pour contourner les réticences du Congrès et reconstituer les stocks israéliens, en attendant l’approbation incertaine d’un nouveau programme d’aide de 14 milliards de dollars au bénéfice d’Israël. Ce qui, selon le président américain, pourrait poser un problème en cas d’ouverture d’un second front avec le Hezbollah au nord.  Autre signe d’agacement américain : l’administration Biden a décidé de « retarder le transfert » vers Israël de vingt mille fusils d’assaut M-16, car elle redoute qu’ils ne soient distribués par le ministre de la sécurité nationale, le raciste messianique Ben Gvir, aux milices de colons dont il soutient les attaques contre les Palestiniens de Cisjordanie. Attaques dont la multiplication est dénoncée par Washington qui demande, en vain pour le moment, à Nétanyahou d’y mettre un terme.   Entre Nétanyahou et les présidents démocrates, des années de tensions..; Avec Barack Obama, les relations ont été, dès le départ et pendant huit ans, désastreuses. Le premier ministre israélien, qui ne supportait pas la volonté du quarante-quatrième président de relancer les négociations avec les Palestiniens, a tout tenté – en vain – pour l’empêcher de conclure l’accord international sur le nucléaire iranien. Et cela contre l’avis de nombre de responsables de l’armée et des renseignements.                                                         Pour Biden, aider Israël à punir les responsables du 7 octobre et à dissuader d’autres groupes de les imiter ne se discutait pas. C’est pourquoi son soutien militaire, diplomatique, financier a été massif et immédiat. Mais la nature de la guerre, la doctrine de combat adoptée, son caractère aveugle et dévastateur appellent de la part d’Israël à un changement de stratégie dont la nécessité est pour Washington indiscutable. Ne serait-ce que pour laisser entrer l’aide humanitaire dont les Gazaoui·es, dans le plus profond désarroi et aujourd’hui en proie à la famine, ont un besoin vital. Comme le montre une étude du sociologue Yagil Levy, spécialiste des questions militaires à l’Open University d’Israël, l’armée israélienne a décidé, pour accroître sa puissance de destruction face au Hamas, de renoncer à la distinction entre civils et combattants lors de ses frappes. La proportion de civils tués a atteint 61 % dans la bande de Gaza, alors qu’elle n’avait jamais dépassé 42 % dans les quatre opérations étudiées depuis 2012.  Ce n’est donc pas seulement pour ménager l’électorat démocrate favorable à la cause des Palestiniens, ou parce que 153 membres de l’ONU sur 193 (avec 10 votes contre, dont celui des États-Unis) ont réclamé le 12 décembre un cessez-le-feu, que Joe Biden a décidé d’augmenter la pression sur Nétanyahou. Sans donner pour autant des armes à Trump, et aux partisans fanatiques d’Israël, un an avant le scrutin présidentiel, ce qui ne facilite pas son entreprise.                                                             Dans les prochaines semaines, aux « opérations à haute intensité » (actuelles) devraient succéder des raids ciblés, des frappes aériennes de précision, voire des exécutions individuelles de responsables du Hamas. C’est en tout cas le contenu du message communiqué lors de sa dernière escale à Tel-Aviv par le secrétaire à la défense américain, Lloyd Austin, à ses hôtes israéliens. « Protéger les civils palestiniens à Gaza est à la fois un devoir moral et un impératif stratégique », a-t-il plaidé.                                             Paris, Berlin et Londres ont réclamé, de leur côté, un cessez-le-feu stable. Pour la phase suivante – l’après-guerre –, Biden entend, sur les conseils du département d’État, ménager les alliés arabes de Washington et exploiter le retour du dossier palestinien sur la scène diplomatique internationale, après le séisme du 7 octobre pour réamorcer le dialogue israélo-palestinien, rejeté par Nétanyahou. Des suprémacistes comme derniers alliés.   Ce n’est pas un secret : le « parapluie stratégique » américain assure avec l’inavouable mais bien réelle arme nucléaire dont dispose Israël, le dispositif de dissuasion qui protège le pays. Nétanyahou peut-il, pour préserver cette « assurance-vie » nationale, accepter, au moins en paroles, les requêtes de Washington ? La Maison Blanche paraît en douter. Et la figure de « héros national » capable de résister même à Washington pour empêcher la naissance d’un État palestinien que dessinent depuis des années ses communicants accrédite ces doutes. « Nétanyahou est un partenaire exceptionnellement difficile », a confirmé la semaine dernière un confident de Biden à CBS.  « En fait, les buts de guerre ont été inversés, constate Alon Pinkas, ancien diplomate israélien aux États-Unis et ex-conseiller politique de Shimon Peres et Ehud Barak, devenu analyste diplomatique. À l’origine, l’objectif était de détruire le Hamas militairement, tout en admettant qu’il pourrait conserver un pouvoir politique résiduel. Aujourd’hui, le Hamas est toujours militairement actif, quoique affaibli, mais son aptitude à gouverner est désormais inexistante. Ce qui laisse un vide qu’Israël affirme ne pas vouloir occuper, tout en refusant que l’Autorité palestinienne s’y installe, comme le proposait Washington. La guerre va encore évoluer, poursuit Pinkas. Mais Biden sait désormais que Nétanyahou n’est pas un partenaire digne de confiance pour l’après-guerre à Gaza. »  C’est aussi l’avis de l’ancien rival du chef du Likoud, l’ex-général, alors travailliste, Ehud Barak, qui lui a succédé à la tête du gouvernement en 1999, après son premier passage au pouvoir. Dans une tribune parue fin novembre à Haaretz, il se demandait si « Nétanyahou [était] capable de diriger Israël pendant cette guerre », avant de conclure, au terme d’une démonstration documentée assez cruelle qu’il n’en était pas capable, et qu’« il devrait quitter ses fonctions avant que les conséquences de ses faiblesses deviennent irréversibles ». Ce jugement est aujourd’hui largement partagé et soutenu par l’opinion publique. Un an après son retour au pouvoir, sa popularité et celle de son parti sont aujourd’hui au plus bas.  La popularité de Benyamin Nétanyahou risque d’atteindre des profondeurs inexplorées si une commission d’enquête indépendante voit le jour.    Tamir Idan, chef du conseil régional de Sdot Negev, frontalier de la bande de Gaza, a déchiré sa carte du Likoud en direct à la télévision. Si des élections avaient lieu demain, le Likoud s’effondrerait, passant de 39 à 17 députés (sur 120) à la Knesset et la coalition au pouvoir volerait en éclats. « Jamais depuis que nous avons commencé en 2003 à évaluer la confiance que les citoyens placent dans le gouvernement, constate une étude d’Israel Democracy Institute, un centre de recherches politiques indépendant, nous n’avons obtenu un chiffre aussi bas : 18 %. »                                                                                                                             Dans ce contexte, les suprémacistes juifs Ben Gvir et Smotrich demeurent ses derniers alliés. Pour l’heure. Car eux aussi ont manifesté la semaine dernière quelques réserves. Ils ont dénoncé comme une concession laxiste la décision de Nétanyahou de laisser entrer chaque jour dans l’enclave deux camions-citernes de carburant… pour 2,3 millions d’habitants. Le rejet massif du premier ministre par ses concitoyens, on le devine, a des explications diverses. À côté de ceux qui ont manifesté chaque week-end, pendant des mois, contre un premier ministre délinquant qui cherchait à domestiquer la justice dans un régime « illibéral » pour ne pas avoir à l’affronter, il y a désormais aussi aujourd’hui, les parents, amis et soutiens des quelque 130 ou 140 otages encore détenus à Gaza. Ce sont parfois les mêmes.                                                                       On sait en effet aujourd’hui que, tout en cogérant le conflit israélo-palestinien avec le Hamas pour ne pas avoir à le résoudre, Nétanyahou avait fait construire, sur la frontière de l’enclave, un ruineux « mur-barrière » en partie souterrain de 65 kilomètres, composé de 140 000 tonnes de béton et d’acier. Jalonné de tours de surveillance équipées de caméras et de radars anti-intrusion, ce dispositif comportait aussi des mitrailleuses automatiques qui se déclenchaient dès qu’un « écho » était détecté dans la « zone interdite » de 300 mètres, instaurée le long de la barrière. Ce dispositif, qui en disait long sur la confiance de Nétanyahou dans ses partenaires du Hamas, était destiné à empêcher toute infiltration de terroristes en territoire israélien.....              L’attaque du 7 octobre – 1 200 morts israéliens et près de 250 otages enlevés et emmenés à Gaza par les combattants islamistes – a démontré la vulnérabilité de cette « bordure protectrice » que les attaquants ont enfoncée avec des bulldozers, après avoir « aveuglé » caméras et radars et détruit les mitrailleuses avec des grenades ou des charges explosives larguées par des drones.   On sait aussi, par les témoignages de soldats – et surtout de soldates, très nombreuses dans les équipes de surveillance de l’unité de cyberguerre 8200, chargées d’observer, lire et écouter ce qui se passait à Gaza –, que des messages d’alerte ont été transmis à l’état-major avant l’attaque du 7 octobre sans être pris en compte, voire en étant dénigrés par « l’échelon politique ». On sait aussi que les ballons d’observation, utilisés pour surveiller l’enclave, étaient en panne depuis des semaines et que les demandes de réparation étaient restées sans réponse...                                                                                                                                                  L’architecte de cet ensemble sécuritaire étant Nétanyahou, qui n’a pas l’habitude d’admettre ses erreurs, les militaires sont devenus les boucs émissaires du premier ministre. Discipliné et respectueux de la hiérarchie, des pouvoirs, l’état-major mène pour l’instant sans protester une sale guerre dont les objectifs politiques, le calendrier et la méthode de conduite n’ont toujours pas été clairement définis par le gouvernement.    Combien de temps encore la société civile israélienne, qui a déjà démontré sa capacité de mobilisation et d’indignation, va-t-elle accepter d’être dirigée par un politicien dont les discours ont contribué à provoquer, il y a trente ans, l’assassinat d’un premier ministre et dont les choix politiques et stratégiques irresponsables viennent d’exposer Israël à l’un des pires traumatismes de son histoire et la population de la bande de Gaza à un carnage barbare ?  [Merci à  René Backmann et à Médiapart]                                                     ____________________________

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IA générative: de l'euphorie aux interrogations

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 A la suspicion et à la crainte                                                                                                                                                                   Naguère, c'était un enthousiasme partagé, malgré quelques mises en garde concernant les mésusages potentiels de ces nouveaux outils informationnels, qui devaient développer spectaculairement la recherche et les formes diverses d'avancées dans tous les domaines. Pour un avenir radieux.      _   Puis quelques têtes pensantes commencèrent à semer le doute et à relativiser les perspectives envisagées par les plus enthousiastes et les plus intéressés par les nouvelles promesses pharaoniques de ce nouvel acquis potentiellement sans limites assignables.    Mais non seulement l'IA ne tient pas lieu d'intelligence, mais des dysfonctionnements commençaient à être signalés. D'abord timidement, puis de manière plus insistante, certains envisageant même le risque de dérives majeures, pouvant même être la source de problèmes existentiels. Certains chercheurs demandent même une vigilance extrême, au vu des périls qui s'annonceraient.     Une question devenue morale et politique, face à un développement par nature potentiellement indifférent à tout problème humain. Ce ne serait pas un fantasme...analogue à celui de Frankenstein.
                                                    Les risques ne semblent pas imaginaires. "..Sur le réseau social d'Elon Musk
puis dans le quotidien détenu par Jeff Bezos, Jacob Coxon, 27 ans, a annoncé qu’il démissionnait de son poste chez Anthropic et qu’il ne travaillerait plus pour les entreprises d’IA générative. Le chercheur en mathématiques, spécialisé dans l’entraînement de nouveaux modèles, avait précédemment travaillé chez OpenAI. Et il a un message limpide : ces entreprises « jouent à la roulette russe avec nos vies ».  « Ces systèmes deviendront bientôt surhumains, capables de pirater n’importe quoi, de révolutionner n’importe quel domaine du jour au lendemain et d’acquérir un pouvoir et des ressources réels », alerte-t-il. « Les personnes qui construisent l’IA croient sincèrement qu’elle pourrait nous tuer tous d’ici la fin de la décennie », « aucune autre activité humaine ne pose un tel niveau de danger », martèle-t-il.  Pour le jeune chercheur, le but déclaré d’OpenAI et d’Anthropic, développer une IA en mesure d’atteindre l’équivalent de l’esprit humain dans une large diversité de tâches (ce qu’on qualifie d’intelligence artificielle générale, AGI), ne peut être atteint de manière « responsable ». Il doit être régulé, pour parvenir à un ralentissement dans la cadence des progrès techniques..."                                                                                        Il serait urgent de ralentir avant de perdre le contrôle, préconisent certains. D'autres expriment leurs craintes en privé.  Pour des raisons justifiées.  Des problèmes de fond se posent déjà.  J.Pachocki  prévient: "...Nous ne pensions pas aux scores spectaculaires, aux produits ou aux résultats scientifiques que cette technologie allait rendre possibles ; nous essayions plutôt d’encaisser une évidence qui donne le vertige : nous verrions de notre vivant des machines nettement plus intelligentes que nous, et nous en distinguions déjà les contours. Nous nous demandions comment faire prendre conscience de l’importance de tout cela...."                                                                                                                                                           ___ Peut-on raisonnablement penser à une telle perspective, qui vient jeter un caillou dans le mare, jouer les trouble-fêtes?    

 

Peut-on même parler de risque existentiel   La question est sur la table...

 

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