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Histoire du climat

Publié le par Jean-Etienne ZEN

Histoire du climat et histoire des nommes    (Bis repetita)

                                            Longtemps on les a dissociées. L'événementiel et les modifications climatiques longues ou ponctuelles ne semblaient ne rien avoir en commun. Comme si on avait affaire à deux aspects différents, deux dimensions hétérogènes. On parlait du temps occasionnellement, en passant, comme si le problème du climat, du moins sur la longue durée, était réservé aux seuls climatologues. Les deux dimensions suivaient des chemins parallèles.     Or, peut-on comprendre une bonne partie de la préhistoire sans recourir à l'éclairage climatique: les migrations africano-européennes, les premières apparitions de l'agriculture après la dernière glaciation, le "petit âge glaciaire" après le réchauffement global en Europe au tout début du Moyen-Age; sans compter les aventures historiques qui tournent court, faute de prévision de certains aspects climatiques, comme l'aventure napoléonienne mise en échec par l'hiver russe et plus tard, la déroute nazie aux portes de Moscou?  Le "général hiver" avait tranché..                     _____Aujourd'hui la question du climat nous saute cruellement à la figure. Par une prise de conscience tardive, nous obligeant à des choix douloureux au vu des impacts majeurs de la "course au progrès" sur le milieu naturel. C'est une forme de sidération qui nous affecte devant le grand basculement qui nous attend, dans une incertitude souvent paralysante. Que sera notre histoire demain, quelle géopolitique nouvelle se prépare?,...Nous sommes au seuil de grandes mutations, à n'en pas douter.    L'homme et le climat sont des partenaires indissociables, pour le meilleur ou pour le pire. Ce n'est pas un problème à courte vue de météo. Ce n'est pas seulement et surtout une question de cadre de vie, mais de vie tout court, de conditions matérielles d'existence (ressources alimentaires, environnement thermique vital...)

 

              A première vue donc, on voit mal ce que le climat a à voir avec le déroulement de l'histoire et particulièrement avec le déclenchements de conflits.   Les vicissitudes météorologiques ont tout à voir avec la nature tandis que les événements historiques  semblent ne relever que de la volonté, des désirs, des passions humaines et des concours de circonstances.
  Mais ces deux aspects du réel ont plus de rapports qu'on ne le croit.
                        La nouvelle histoire, depuis Braudel, a mis l'accent progressivement sur les interactions entre nature et histoire, notamment Leroy Ladurie.
  On a émis et confirmé l'hypothèse de l'importance d'un phénomène climatique majeur comme un des éléments déclencheurs de la Révolution Française. 
 L'historien du climat ne s'intéresse pas seulement au climat mais à ses conséquences humaines. Les aléas climatiques ont souvent des incidences sur l'histoire des hommes. Pour remonter aux origines africaines, cela relève de l'évidence.
  Les émeutes de la faim des dernières années  sont multicausales. Mais les variations aberrantes des marchés ne sont pas seules en cause..
     La climatologie donne des lumières, mais qui ne peuvent pas être suffisantes, quand elles interviennent.
Pas de causalité directe, mais des corrélations parfois évidentes
    Le climat ne peut être considéré comme une cause mécanique, uniquement déterminante, mais comme une donnée incontournable pour comprendre certains changements de fond, par exemple au niveau de l'agriculture et des habitudes alimentaires, donc des progrès futurs, mais aussi des événements qui ont changé le cours des choses , comme le passage des Huns sur le Rhin gelé ou la défaite de l'armée allemande confrontée à l'hiver russe...
_________          Dans le cas syrien, des études récentes ont montré, pour expliquer en partie la naisance du conflit syrien, que:
      Entre 2006 et 2011, la Syrie a connu la plus longue sécheresse et la plus importante perte de récoltes jamais enregistrée depuis les premières civilisations du Croissant fertile . Au total, sur les vingt-deux millions d’habitants que comptait alors le pays, près d’un million et demi ont été touchés par la désertification , ce qui a provoqué des migrations massives de fermiers, d’éleveurs et de leurs familles vers les villes . Cet exode a attisé les tensions provoquées par l’afflux de réfugiés irakiens qui avait suivi l’invasion américaine de 2003. Pendant des décennies, le régime baasiste de Damas a négligé les richesses naturelles du pays, subventionné des cultures de blé et de coton nécessitant beaucoup d’eau et encouragé des techniques d’irrigation inefficaces. Surpâturage et hausse démographique ont renforcé le processus. Les ressources hydriques ont chuté de moitié entre 2002 et 2008.
    L’effondrement du système agricole syrien résulte d’un jeu complexe de facteurs dont le changement climatique, une mauvaise gestion des ressources naturelles et la dynamique démographique....      _________

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Faiseur de rois

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 Les ambitions d'un marchand                                                                                                                                      Devenu "empereur" en Afrique,  où il se constitua les bases d'un pouvoir financier qui ne fera que croître, le fils de son père gravit méthodiquement les marches d'une ascension qui fit de lui l'homme incontournable connu ou trop méconnu d'aujourd'hui. Le fervent catholique breton sut se rendre indispensable auprès de certains amis de l'impénétrable villa Montmorency, dont un de ses illustres habitants, devenu président, sut lui renvoyer l'ascenseur. Il continue à recevoir les présidentiables, à les conseiller et à les soutenir généreusement de ses deniers, qu'il a en abondance. En toute générosité. Certains l'appellent le grand influenceur. Ses bonnes oeuvres en faveur des médias, qu'il affectionne,  à condition qu'ils soient en sa faveur, se poursuivent sans relâche. Il contribue généreusement, comme un nouveau croisé, à faire l'opinion. Toujours à la droite de Dieu, comme un bon breton qui se respecte et cherche son salut...       


                                                                                                                                __  Un homme très discret, finalement. On peut lui reconnaître cette vertu. Discret, mais influant. Beaucoup n'en ont même jamais entendu parler. Dans ses propriétés ou sur son yacht, qui ne fait pas dans la demi-mesure, il supervise des réseaux multiples qu'il s'évertue à entretenir. Un homme d'influence. Même s'il ne gagne pas à tous les coups (il a des réserves), il entretient un important réseau et son nom est souvent en filigrane derrière des médias bien connus. Qui possède et influence de grands organes de presse et de télévisions est assuré de faire valoir une ligne éditoriale de son cru. C'est une constante, en France particulièrement, où tous les grands médias sont aux mains de groupes d'intérêt puissants. Monsieur B., héritier de quelqu'un qui est parti de rien, a fait son chemin dans le monde des affaires nationales et internationales et a eu le loisir et le pouvoir de se faire de nombreuses relations, surtout dans la sphère politique. C'est lui surtout que N.Sarkozy a remercié après son élection à la présidence.                                                     ___   La bollorisation des medias, et non des moindres, est en route depuis des années(*) Sans qu'on s'émeuve beaucoup dans les hautes sphères, où le contrôle de la presse, de sa liberté, devrait être un souci légitime et démocratique. Le conservatisme militant favorisant la droite la plus extrême ne devrait pas avoir autant de faveur. Le catholicisme "social" est le moindre souci du mentor breton, qui, petit à petit, fait son nid.  Pour qui vous savez...  _____ __   La bollorisation des medias, et non des moindres, est en route depuis des années Sans qu'on s'émeuve beaucoup dans les hautes sphères, où le contrôle de la presse, de sa liberté, devrait être un souci légitime et démocratique. Le conservatisme militant favorisant la droite la plus extrême ne devrait pas avoir autant de faveur. Le catholicisme "social" est le moindre souci du mentor breton, qui, petit à petit, fait son nid.  Pour qui vous savez...                                                                                                 Bolloré dispose donc d’un impressionnant arsenal médiatique au moment où se lance la campagne présidentielle française. Face à cette trajectoire irrésistible dans le champ des médias et de l’information, il n’est pas illégitime de se demander de quoi Bolloré est le nom. Son empire se déploie à la fois en radio, dans la télévision de flux, dans les plateformes de contenus et dans la presse. Il s’appuie aussi sur Havas et donc sur le marché publicitaire, qui permet aux médias de vivre, et sur le marché complémentaire de l’édition, dans lequel il occupe une position dominante avec Editis, en passe donc d'absorber Hachette (et qui diffuse le dernier livre d'Éric Zemmour). Son emprise est multiple et massive, ce qui lui donne un pouvoir de frappe exceptionnel. On peut donc considérer qu’un degré supplémentaire est franchi sur la question de la dépendance des médias, de leur financement par de grands groupes et de l’enjeu démocratique que cela constitue. Certes, Vincent Bolloré n’est pas le premier grand capitaliste à investir dans l’information : en quoi diffère-t-il donc de ceux qui l’ont précédé, les Hersant justement ou ses compétiteurs Bouygues (TF1), Altice (NextRadio), LVMH (Les Échos, Le Parisien) et autres Free dirigé pa Xavier Niel (Le Monde, Nice Matin, Mediawan) ? D’abord, si le paysage français a toujours été contrasté idéologiquement dans la presse écrite, les grands médias de flux comme la télévision restaient plus ou moins liés, pour ceux qui ont été privatisés, à leur origine publique, s’inscrivant davantage dans une certaine recherche de consensus, avec laquelle une chaîne comme CNews a clairement rompu en suivant un modèle à la Fox News. Le patron de Vivendi s’est emparé, à force de patience, de sens des affaires, de coups de force et de ruses, d’un ensemble de médias de masse qu’il oriente du côté de la droite la plus dure. L’absence de barrières éthiques dans les affaires, associée à une évidente intelligence stratégique, ont conduit à son succès, qui permet l’affirmation d’un corpus idéologique sans complexe ni déontologie journalistique.                                                                Mais Vincent Bolloré ne se contente pas de créer des médias proches de sa vision du monde ou d’en acquérir, comme il le fit dans la presse gratuite avec Direct Matin ou en rachetant France catholique. Il s’est beaucoup appliqué à détruire des offres éditoriales avec lesquelles il n’était pas en accord. Il a exercé une sorte de pouvoir sur l’existence même des médias qu’il a acquis, de la mise à mort de l’esprit Canal+ et des Guignols à l’investigation en passant par Le Grand Journal, jusqu’à la mise au pas d’Europe 1, où il a fallu se soumettre ou se démettre, en passant par la transformation de iTélé en CNews. Il crée une offre certes, mais sur les décombres de rédactions qu’il met au pas ou dont il se débarrasse, depuis les cadres dirigeants (qui n’ont pourtant pas toujours la réputation d’avoir le couteau entre les dents, voir la récente éviction d’Hervé Gattegno de Paris Match et du Journal du Dimanche) jusqu'aux journalistes qui, de motions de défiance en grèves, découvrent l’ampleur de leur impuissance. Il s’agit moins de créer une offre nouvelle, tel un Édouard Drumont lançant La Libre Parole, que de brider des contenus ou des orientations à travers les groupes sur lesquels il a pris un pouvoir financier. Ce tropisme de la terre brûlée a conduit d’ailleurs le marché à s’interroger sur la destruction de valeur à laquelle il pouvait conduire et à se demander si l’homme d’affaires préférait ses idées à ses intérêts. Ainsi, ce qui reste de l’esprit Canal+, qui a correspondu à une forme de créativité télévisuelle, a-t-il migré avec succès au sein du groupe TF1, avec Quotidien sur TMC. En réalité, il n’y a nulle indifférence au succès économique, mais ce dernier, acquis avec CNews ou C8, ne va pas sans l’affirmation d’un ligne idéologique marquée. On se rappellera aussi que Bolloré avait une revanche à prendre, tant son entrée dans l’univers des médias télévisuels, à travers le rachat de deux petites chaînes de la TNT (Direct 8 et Direct Star) qu’il avait relancées à sa façon, avait suscité de quolibets en matière éditoriale. Pourtant, c’est en les revendant au groupe et en faisant son cheval de Troie, qu’il prendra le contrôle de Vivendi.                                                                                                                   Sur les ruines d’une offre toujours trop marquée à ses yeux par le gauchisme ou le progressisme ou simplement la dérision, il construit un empire médiatique marqué par des idées ultralibérales qui interdisent toute critique possible des actions de son groupe, en particulier en Afrique, ce qui est souvent la posture des grands médias privés. Mais à cela s’ajoute aussi des idées conservatrices, catholiques, traditionalistes, très ancrées à droite, soutenues par un populisme identitaire et civilisationnel, que portent Éric Zemmour, Pascal Praud ou Sonia Mabrouk. Ces idées s’inscrivent d’abord dans une perspective décliniste, nationaliste, qui fait de l’islam le problème central en France, associé aux questions migratoires et à celles du maintien de l’ordre, et du « wokisme » l’autre grand danger contre lequel il faudrait lutter.  Le groupe médiatique fonctionne d’abord sur une logique de l’affiliation clanique avec les affidés et de règlement de compte et de mise au pas avec ceux qui font mine de s’affranchir d’un unanimisme contraint. L’humour en particulier, quand il prend une forme critique, celui d’un Nicolas Canteloup (Europe 1) ou d’un Sébastien Thoen (Canal+) par exemple, est particulièrement mal supporté. De plus, ce qui naguère prenait la forme de pressions discrètes apparaît désormais au grand jour. L’influence sur les lignes éditoriales, l’absence de « muraille de Chine » entre l’économique et le rédactionnel et le rejet de l’indépendance journalistique sont affichés au nom d’une doctrine libérale assumée de la toute-puissance de celui qui tient les cordons de la bourse. Mais ils le sont aussi au nom d’une vision qui érige les autres médias, en particulier publics, et les autres orientations idéologiques, en particulier à gauche, dans une position monopolistique qui permet de revendiquer la position de la parole bâillonnée et de crier à la dictature du politiquement correct, alors même qu’on occupe une part de voix conséquente et qu’on érige une nouvelle doxa. Cette radicalité conservatrice s’appuie aussi sur une véritable capacité à bousculer les formats, à s’affranchir de la distribution des rôles classiques sur la scène médiatique, en mêlant invités, journalistes et éditorialistes dans une sorte d’unité de pensée qui donne paradoxalement un caractère apaisé à certains plateaux. Le populisme d’expression plus grand public d’un Hanouna sur C8, qui promeut une transgression bien normative et transforme le télévisuel en cours d’école rigolarde et quelquefois cruelle, fait écho à celui, plus savant, d’un Zemmour, qu’il complète. Pourtant, derrière la variété des formes et l’appel au bon sens populaire, c’est bien une pensée réactionnaire, de moins en moins masquée, qui s’avance, en promouvant ici un catholicisme traditionaliste avec la diffusion d’un téléfilm anti-avortement sur C8 ou, là, une hostilité à toute mise en cause de l’Église, avec par exemple le blocage de l’achat du film de François Ozon, Grâce à Dieu, sur l’affaire Preynat. Au demeurant, ce catholicisme à l’ancienne, bien peu républicain, s’accommode parfaitement des valeurs les plus libérales sur le plan économique.                  L’empire Bolloré se livre désormais à une guerre sans merci pour remettre en cause les médias publics. Zemmour, comme Marine Le Pen d’ailleurs, parle de privatisation dans son programme. Ce procès s’instruit sur la base d’une orientation qui serait systématiquement à gauche et/ou proche du pouvoir en place. On assiste à la transformation des débats qui existaient à l’intérieur des grands médias en débats entre les grands médias. Ce mouvement d’opposition prend particulièrement pour cibles France Inter, ses chroniqueurs et ses humoristes, mais aussi certaines émissions de France Télévisions, qui seraient perverties par le politiquement correct.    L’ensemble de ces traits dessine bien une sorte de Rupert Murdoch hexagonal, qui amplifie la mainmise d'acteurs économiques majeurs sur les grands médias, mais qui rompt avec une certaine discrétion feutrée de l’establishment français dans l’influence, affichant frontalement un désir de promouvoir dans l’espace public un modèle à la fois très libéral et très conservateur et d’opérer une sorte de grand remplacement médiatique en mettant à bas les médias publics. La droite a trouvé en lui une ressource clef pour installer ses thématiques dans une position hégémonique à travers un dispositif médiatique puissant. Le sera-t-il assez pour porter Zemmour au pouvoir ?..." [ Merci à Esprit ]                    __________________

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La sale guerre de Bibi (2024)

Publié le par Jean-Etienne ZEN

On le sait. On le dit aujourd'hui plus ouvertement. An coeur des événements tragiques qui se déroulent au Proche-orient, Netanyahou est l'objet de toutes les critiques. Pas seulement de la part de ses adversaires politiques modérés, mis aussi d'une grande partie de l'opinion israëlienne éclairée, qui est descendue pendant de longues semaines dans les rues pour exprimer son opposition à ses projets de déconstruction démocratique, puissamment soutenu pas une droite extrêmes dont il a favorisé la montée au pouvoir. Ses calculs politiques visant à favoriser depuis longtemps le Hamas, reconnus par lui-même, sont maintenant bien connus dans son pays. Il est donc en sursis et l'on comprend mieux ses tentatives de faire durer une guerre de plus en plus critiquée au niveau international. Mais qui prendra sa place, pour mettre en oeuvre une politique vraiment novatrice, radicalement différente, dans l'esprit de Rabin?


                                                                                                            Point de vue: "...Benjamin Nétanyahou le sait déjà. Le jour où s’achèvera la guerre de Gaza, ce sera aussi le commencement de la fin de sa carrière politique. Cela arrivera dans quelques semaines, comme le souhaite Washington, ou pas avant « plusieurs mois », comme l’annonce Yoav Gallant, le ministre de la défense israélien.     C’est même, selon ceux qui le connaissent – en dehors des considérations tactiques et opérationnelles, d’ordre strictement militaire – l’une des raisons pour lesquelles le premier ministre israélien n’est pas pressé de voir son pays sortir de l’état de guerre, dans lequel il vit depuis plus de deux mois, pour retrouver un fonctionnement institutionnel et politique normal.                                                                                  ___Benjami Nétanyahou le sait déjà. Le jour où s’achèvera la guerre de Gaza, ce sera aussi le commencement de la fin de sa carrière politique. Cela arrivera dans quelques semaines, comme le souhaite Washington, ou pas avant « plusieurs mois », comme l’annonce Yoav Gallant, le ministre de la défense israélien.    C’est même, selon ceux qui le connaissent – en dehors des considérations tactiques et opérationnelles, d’ordre strictement militaire – l’une des raisons pour lesquelles le premier ministre israélien n’est pas pressé de voir son pays sortir de l’état de guerre, dans lequel il vit depuis plus de deux mois, pour retrouver un fonctionnement institutionnel et politique normal.  « Ça sera une longue guerre qui n’est pas près de finir », a déclaré Nétanyahou lundi 25 décembre, après s’être rendu à Gaza. Il a annoncé une nouvelle intensification des frappes – incessantes depuis deux jours, suscitant la profonde inquiétude de l’ONU. Selon un dernier bilan du ministère de la santé palestinien, contrôlé par le Hamas, 20 674 personnes ont péri dans les opérations militaires israéliennes, en majorité des femmes, des enfants et des adolescents, et près de 55 000 personnes ont été blessées.   Pour Nétanyahou, la fin des combats signifierait une reprise possible des mobilisations massives de la société civile contre ses projets de réforme « démocraticides » et aussi contre sa gestion désastreuse de la question des otages, surtout si ceux qui sont encore détenus ne sont pas sortis vivants entre-temps de Gaza. Il signifierait aussi un retour probable devant les tribunaux pour y répondre des accusations de corruption, fraude et abus de confiance qui pèsent sur lui depuis plus de cinq ans.                                                           ____ Mais surtout, ce moment sera pour le premier ministre celui où son arsenal de communication cessera de le protéger. Celui de la confrontation avec la vérité. Car, il le sait, il devra s’expliquer devant la commission d’enquête qui ne manquera pas d’être constituée pour examiner les conditions dans lesquelles le Hamas a pu, sous les yeux des services de renseignement israéliens – réputés parmi les meilleurs de la planète –, concevoir, planifier, préparer et perpétrer l’épouvantable tuerie du 7 octobre, plongeant le pays dans l’un des pires traumatismes de son histoire.                                               Compte tenu de la défiance qui existe depuis des années entre le premier ministre et les magistrats, notamment ceux de la Cour suprême, et de la tradition de confier au président de la Cour la présidence des commissions d’enquête, comme ce fut le cas avec Shimon Agranat en 1973 pour la guerre du Kippour, puis avec Yitzhak Kahane, en 1982, pour le massacre de Sabra et Chatila, à Beyrouth, on imagine que Nétanyahou n’est pas enthousiaste à l’idée de répondre aux questions d’Esther Hayot – ou de celle ou celui qui lui succédera, car elle doit prendre sa retraite et personne n’a encore été officiellement désigné pour occuper sa fonction.D’autant que la longévité du premier ministre au pouvoir – plus de quinze ans à la tête du gouvernement, soit deux ans de plus que David Ben Gourion –, loin de lui faciliter la tâche, alourdit un peu plus son fardeau, c’est-à-dire ses responsabilités historiques.                                                                                                                                     La Maison Blanche parle dans le vide. La grande majorité des options stratégiques et des décisions politiques aventureuses qui ont rendu possible l’opération terroriste du Hamas ont été choisies par ses gouvernements. Souvent à son initiative. Il devra notamment indiquer dans quelles conditions et guidé par quelles convictions idéologiques il a décidé, il y a une dizaine d’années, de soutenir activement le Hamas au détriment du Fatah et de l’Autorité palestinienne. Il devra aussi révéler pour quelles raisons, et avec quelles garanties, il a accepté que le Qatar fournisse, avec l’assentiment de son gouvernement et au rythme de 30 millions de dollars par mois, plusieurs milliards de dollars au Hamas. Dont une partie au moins a été utilisée pour acheter ou produire des armes qui ont tué des Israéliens.   On comprend que face à ces épreuves annoncées et confronté au bilan, atroce pour les Palestiniens, décevant pour l’armée israélienne, des deux premiers mois de guerre contre le Hamas, Nétanyahou ait fait la sourde oreille non seulement aux demandes de cessez-le-feu des Nations unies ou de Paris, mais même aux requêtes de Washington qui souhaite que la guerre « cesse dès que possible », accompagnées de mises en garde de Joe Biden, déplorant qu’Israël « perde ses soutiens internationaux à cause du caractère indiscriminé de ses bombardements, dans lesquels des milliers de civils palestiniens ont été tués ».                                                                          Bien que les États-Unis versent chaque année 3,8 milliards de dollars d’aide militaire à Israël, la Maison Blanche a du mal à faire entendre sa voix aux dirigeants israéliens. Au président américain qui demandait au gouvernement israélien d’adopter « d’ici trois semaines des tactiques plus précises et de se concentrer sur les moyens d’épargner les civils », le ministre de la défense, Yoav Gallant, a répondu que la « destruction du Hamas [était] essentielle pour la sécurité de son pays » et que « cette campagne militaire [prendrait] plus de quelques mois ».   La proportion de civils tués a atteint 61 % dans la bande de Gaza, alors qu’elle n’avait jamais dépassé 42 % dans les quatre opérations étudiées depuis 2012.  Quant à Nétanyahou, il n’a pas été plus réceptif aux suggestions de Jake Sullivan, conseiller pour la sécurité de Joe Biden. Quand celui-ci a invité le premier ministre israélien à impliquer l’Autorité palestinienne pour imaginer « l’après-Hamas » à Gaza, mais aussi à « évoluer », « car on ne peut continuer à dire non à un État palestinien », il a répondu, sans égards superflus : « Je vais être clair : je ne veux pas qu’Israël répète l’erreur d’Oslo. Je ne permettrai pas […] l’introduction à Gaza de gens qui enseignent le terrorisme, qui soutiennent le terrorisme, qui financent le terrorisme. Gaza ne sera ni un Hamastan, ni un Fatahstan. »                                                                                                                                    Cette ingratitude à l’égard de leur protecteur historique a récemment conduit Joe Biden à rappeler à « Bibi » que l’opération israélienne à Gaza a déjà consommé des dizaines de milliers de bombes et d’obus made in USA et qu’il lui a fallu utiliser une procédure d’urgence pour contourner les réticences du Congrès et reconstituer les stocks israéliens, en attendant l’approbation incertaine d’un nouveau programme d’aide de 14 milliards de dollars au bénéfice d’Israël. Ce qui, selon le président américain, pourrait poser un problème en cas d’ouverture d’un second front avec le Hezbollah au nord.  Autre signe d’agacement américain : l’administration Biden a décidé de « retarder le transfert » vers Israël de vingt mille fusils d’assaut M-16, car elle redoute qu’ils ne soient distribués par le ministre de la sécurité nationale, le raciste messianique Ben Gvir, aux milices de colons dont il soutient les attaques contre les Palestiniens de Cisjordanie. Attaques dont la multiplication est dénoncée par Washington qui demande, en vain pour le moment, à Nétanyahou d’y mettre un terme.   Entre Nétanyahou et les présidents démocrates, des années de tensions..; Avec Barack Obama, les relations ont été, dès le départ et pendant huit ans, désastreuses. Le premier ministre israélien, qui ne supportait pas la volonté du quarante-quatrième président de relancer les négociations avec les Palestiniens, a tout tenté – en vain – pour l’empêcher de conclure l’accord international sur le nucléaire iranien. Et cela contre l’avis de nombre de responsables de l’armée et des renseignements.                                                         Pour Biden, aider Israël à punir les responsables du 7 octobre et à dissuader d’autres groupes de les imiter ne se discutait pas. C’est pourquoi son soutien militaire, diplomatique, financier a été massif et immédiat. Mais la nature de la guerre, la doctrine de combat adoptée, son caractère aveugle et dévastateur appellent de la part d’Israël à un changement de stratégie dont la nécessité est pour Washington indiscutable. Ne serait-ce que pour laisser entrer l’aide humanitaire dont les Gazaoui·es, dans le plus profond désarroi et aujourd’hui en proie à la famine, ont un besoin vital. Comme le montre une étude du sociologue Yagil Levy, spécialiste des questions militaires à l’Open University d’Israël, l’armée israélienne a décidé, pour accroître sa puissance de destruction face au Hamas, de renoncer à la distinction entre civils et combattants lors de ses frappes. La proportion de civils tués a atteint 61 % dans la bande de Gaza, alors qu’elle n’avait jamais dépassé 42 % dans les quatre opérations étudiées depuis 2012.  Ce n’est donc pas seulement pour ménager l’électorat démocrate favorable à la cause des Palestiniens, ou parce que 153 membres de l’ONU sur 193 (avec 10 votes contre, dont celui des États-Unis) ont réclamé le 12 décembre un cessez-le-feu, que Joe Biden a décidé d’augmenter la pression sur Nétanyahou. Sans donner pour autant des armes à Trump, et aux partisans fanatiques d’Israël, un an avant le scrutin présidentiel, ce qui ne facilite pas son entreprise.                                                             Dans les prochaines semaines, aux « opérations à haute intensité » (actuelles) devraient succéder des raids ciblés, des frappes aériennes de précision, voire des exécutions individuelles de responsables du Hamas. C’est en tout cas le contenu du message communiqué lors de sa dernière escale à Tel-Aviv par le secrétaire à la défense américain, Lloyd Austin, à ses hôtes israéliens. « Protéger les civils palestiniens à Gaza est à la fois un devoir moral et un impératif stratégique », a-t-il plaidé.                                             Paris, Berlin et Londres ont réclamé, de leur côté, un cessez-le-feu stable. Pour la phase suivante – l’après-guerre –, Biden entend, sur les conseils du département d’État, ménager les alliés arabes de Washington et exploiter le retour du dossier palestinien sur la scène diplomatique internationale, après le séisme du 7 octobre pour réamorcer le dialogue israélo-palestinien, rejeté par Nétanyahou. Des suprémacistes comme derniers alliés.   Ce n’est pas un secret : le « parapluie stratégique » américain assure avec l’inavouable mais bien réelle arme nucléaire dont dispose Israël, le dispositif de dissuasion qui protège le pays. Nétanyahou peut-il, pour préserver cette « assurance-vie » nationale, accepter, au moins en paroles, les requêtes de Washington ? La Maison Blanche paraît en douter. Et la figure de « héros national » capable de résister même à Washington pour empêcher la naissance d’un État palestinien que dessinent depuis des années ses communicants accrédite ces doutes. « Nétanyahou est un partenaire exceptionnellement difficile », a confirmé la semaine dernière un confident de Biden à CBS.  « En fait, les buts de guerre ont été inversés, constate Alon Pinkas, ancien diplomate israélien aux États-Unis et ex-conseiller politique de Shimon Peres et Ehud Barak, devenu analyste diplomatique. À l’origine, l’objectif était de détruire le Hamas militairement, tout en admettant qu’il pourrait conserver un pouvoir politique résiduel. Aujourd’hui, le Hamas est toujours militairement actif, quoique affaibli, mais son aptitude à gouverner est désormais inexistante. Ce qui laisse un vide qu’Israël affirme ne pas vouloir occuper, tout en refusant que l’Autorité palestinienne s’y installe, comme le proposait Washington. La guerre va encore évoluer, poursuit Pinkas. Mais Biden sait désormais que Nétanyahou n’est pas un partenaire digne de confiance pour l’après-guerre à Gaza. »  C’est aussi l’avis de l’ancien rival du chef du Likoud, l’ex-général, alors travailliste, Ehud Barak, qui lui a succédé à la tête du gouvernement en 1999, après son premier passage au pouvoir. Dans une tribune parue fin novembre à Haaretz, il se demandait si « Nétanyahou [était] capable de diriger Israël pendant cette guerre », avant de conclure, au terme d’une démonstration documentée assez cruelle qu’il n’en était pas capable, et qu’« il devrait quitter ses fonctions avant que les conséquences de ses faiblesses deviennent irréversibles ». Ce jugement est aujourd’hui largement partagé et soutenu par l’opinion publique. Un an après son retour au pouvoir, sa popularité et celle de son parti sont aujourd’hui au plus bas.  La popularité de Benyamin Nétanyahou risque d’atteindre des profondeurs inexplorées si une commission d’enquête indépendante voit le jour.    Tamir Idan, chef du conseil régional de Sdot Negev, frontalier de la bande de Gaza, a déchiré sa carte du Likoud en direct à la télévision. Si des élections avaient lieu demain, le Likoud s’effondrerait, passant de 39 à 17 députés (sur 120) à la Knesset et la coalition au pouvoir volerait en éclats. « Jamais depuis que nous avons commencé en 2003 à évaluer la confiance que les citoyens placent dans le gouvernement, constate une étude d’Israel Democracy Institute, un centre de recherches politiques indépendant, nous n’avons obtenu un chiffre aussi bas : 18 %. »                                                                                                                             Dans ce contexte, les suprémacistes juifs Ben Gvir et Smotrich demeurent ses derniers alliés. Pour l’heure. Car eux aussi ont manifesté la semaine dernière quelques réserves. Ils ont dénoncé comme une concession laxiste la décision de Nétanyahou de laisser entrer chaque jour dans l’enclave deux camions-citernes de carburant… pour 2,3 millions d’habitants. Le rejet massif du premier ministre par ses concitoyens, on le devine, a des explications diverses. À côté de ceux qui ont manifesté chaque week-end, pendant des mois, contre un premier ministre délinquant qui cherchait à domestiquer la justice dans un régime « illibéral » pour ne pas avoir à l’affronter, il y a désormais aussi aujourd’hui, les parents, amis et soutiens des quelque 130 ou 140 otages encore détenus à Gaza. Ce sont parfois les mêmes.                                                                       On sait en effet aujourd’hui que, tout en cogérant le conflit israélo-palestinien avec le Hamas pour ne pas avoir à le résoudre, Nétanyahou avait fait construire, sur la frontière de l’enclave, un ruineux « mur-barrière » en partie souterrain de 65 kilomètres, composé de 140 000 tonnes de béton et d’acier. Jalonné de tours de surveillance équipées de caméras et de radars anti-intrusion, ce dispositif comportait aussi des mitrailleuses automatiques qui se déclenchaient dès qu’un « écho » était détecté dans la « zone interdite » de 300 mètres, instaurée le long de la barrière. Ce dispositif, qui en disait long sur la confiance de Nétanyahou dans ses partenaires du Hamas, était destiné à empêcher toute infiltration de terroristes en territoire israélien.....              L’attaque du 7 octobre – 1 200 morts israéliens et près de 250 otages enlevés et emmenés à Gaza par les combattants islamistes – a démontré la vulnérabilité de cette « bordure protectrice » que les attaquants ont enfoncée avec des bulldozers, après avoir « aveuglé » caméras et radars et détruit les mitrailleuses avec des grenades ou des charges explosives larguées par des drones.   On sait aussi, par les témoignages de soldats – et surtout de soldates, très nombreuses dans les équipes de surveillance de l’unité de cyberguerre 8200, chargées d’observer, lire et écouter ce qui se passait à Gaza –, que des messages d’alerte ont été transmis à l’état-major avant l’attaque du 7 octobre sans être pris en compte, voire en étant dénigrés par « l’échelon politique ». On sait aussi que les ballons d’observation, utilisés pour surveiller l’enclave, étaient en panne depuis des semaines et que les demandes de réparation étaient restées sans réponse...                                                                                                                                                  L’architecte de cet ensemble sécuritaire étant Nétanyahou, qui n’a pas l’habitude d’admettre ses erreurs, les militaires sont devenus les boucs émissaires du premier ministre. Discipliné et respectueux de la hiérarchie, des pouvoirs, l’état-major mène pour l’instant sans protester une sale guerre dont les objectifs politiques, le calendrier et la méthode de conduite n’ont toujours pas été clairement définis par le gouvernement.    Combien de temps encore la société civile israélienne, qui a déjà démontré sa capacité de mobilisation et d’indignation, va-t-elle accepter d’être dirigée par un politicien dont les discours ont contribué à provoquer, il y a trente ans, l’assassinat d’un premier ministre et dont les choix politiques et stratégiques irresponsables viennent d’exposer Israël à l’un des pires traumatismes de son histoire et la population de la bande de Gaza à un carnage barbare ?  [Merci à  René Backmann et à Médiapart]                                                     ____________________________

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IA générative: de l'euphorie aux interrogations

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 A la suspicion et à la crainte                                                                                                                                                                   Naguère, c'était un enthousiasme partagé, malgré quelques mises en garde concernant les mésusages potentiels de ces nouveaux outils informationnels, qui devaient développer spectaculairement la recherche et les formes diverses d'avancées dans tous les domaines. Pour un avenir radieux.      _   Puis quelques têtes pensantes commencèrent à semer le doute et à relativiser les perspectives envisagées par les plus enthousiastes et les plus intéressés par les nouvelles promesses pharaoniques de ce nouvel acquis potentiellement sans limites assignables.    Mais non seulement l'IA ne tient pas lieu d'intelligence, mais des dysfonctionnements commençaient à être signalés. D'abord timidement, puis de manière plus insistante, certains envisageant même le risque de dérives majeures, pouvant même être la source de problèmes existentiels. Certains chercheurs demandent même une vigilance extrême, au vu des périls qui s'annonceraient.     Une question devenue morale et politique, face à un développement par nature potentiellement indifférent à tout problème humain. Ce ne serait pas un fantasme...analogue à celui de Frankenstein.
                                                    Les risques ne semblent pas imaginaires. "..Sur le réseau social d'Elon Musk
puis dans le quotidien détenu par Jeff Bezos, Jacob Coxon, 27 ans, a annoncé qu’il démissionnait de son poste chez Anthropic et qu’il ne travaillerait plus pour les entreprises d’IA générative. Le chercheur en mathématiques, spécialisé dans l’entraînement de nouveaux modèles, avait précédemment travaillé chez OpenAI. Et il a un message limpide : ces entreprises « jouent à la roulette russe avec nos vies ».  « Ces systèmes deviendront bientôt surhumains, capables de pirater n’importe quoi, de révolutionner n’importe quel domaine du jour au lendemain et d’acquérir un pouvoir et des ressources réels », alerte-t-il. « Les personnes qui construisent l’IA croient sincèrement qu’elle pourrait nous tuer tous d’ici la fin de la décennie », « aucune autre activité humaine ne pose un tel niveau de danger », martèle-t-il.  Pour le jeune chercheur, le but déclaré d’OpenAI et d’Anthropic, développer une IA en mesure d’atteindre l’équivalent de l’esprit humain dans une large diversité de tâches (ce qu’on qualifie d’intelligence artificielle générale, AGI), ne peut être atteint de manière « responsable ». Il doit être régulé, pour parvenir à un ralentissement dans la cadence des progrès techniques..."                                                                                        Il serait urgent de ralentir avant de perdre le contrôle, préconisent certains. D'autres expriment leurs craintes en privé.  Pour des raisons justifiées.  Des problèmes de fond se posent déjà.  J.Pachocki  prévient: "...Nous ne pensions pas aux scores spectaculaires, aux produits ou aux résultats scientifiques que cette technologie allait rendre possibles ; nous essayions plutôt d’encaisser une évidence qui donne le vertige : nous verrions de notre vivant des machines nettement plus intelligentes que nous, et nous en distinguions déjà les contours. Nous nous demandions comment faire prendre conscience de l’importance de tout cela...."                                                                                                                                                           ___ Peut-on raisonnablement penser à une telle perspective, qui vient jeter un caillou dans le mare, jouer les trouble-fêtes?    

 

Peut-on même parler de risque existentiel   La question est sur la table...

 

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Electricité: fluctuations étonnantes

Publié le par Jean-Etienne ZEN

Bienheureux celui qui s'y retrouve!

            Le domaine de l'énergie est devenu un vaste chantier, avec ses annonces, ses promesses, ses revirements, ses confusions. Au vu de ce qui se passe et des déclarations changeantes, on pourrait qualifier les décisions, souvent prises dans ce domaine, de bricolage. Beaucoup de zônes d'ombre dans les déclarations qui se veulent rassurantes et définitives. Beaucoup de questions à se poser aussi.  Allez comprendre... Comment le consommateur moyen peut-il s'y retrouver?  A quoi joue EDF?                                                                                                                                                                                Que celui qui a tout compris lève le doigt!... Dans les méandres du grand marché énergétique européen, on perd vit le fil. Surtout en ce moment où le système semble sombrer dans des variations de prix irrationnelles, pas seulement à cause du grain de sable ukrainien.  ___Sortir ou s'en sortir?  Le marché se déglingue et certains responsables politiques appellent à une révision de l'ensemble de ce capharnaüm ( à commencer, timidement, par Mr Lemaire) et de la "loi du marché", qui peut valoir pour la vente des petits pois, mais qui n'a pas sa place dans un domaine aussi "immatériel", stratégique et évolutif que l'électricité, où la souveraineté des pays doit être restaurée, étant donnée la diversité des histoires de chaque pays, de ses ressources propres, ce qui n'interdit pas des échanges régulés .               On veut bien essayer de comprendre le fonctionnement de ce marché si particulier, de l'ajustement aux prix de gros au sein de l'UE, on est vite amené à s'interroger sur ce système irrationnel, qui est en partie un marché de dupes..." L'architecture actuelle du marché de gros n’est pas adaptée à une production massive d’énergie renouvelable intermittente et subventionnée de façon maladroite à l’image des autres incitations à l’énergie bas.." 


                                                                                                                                   __    Bref la situation est électrique, notamment avec l'alignement sur le coût du gaz, maintes fois critiqué. ___Il serait utile de relire les critiques faites naguère par l'ancien directeur d'EDF: «Je ne pensais pas que cela arriverait, que les autorités européennes de la concurrence auraient une vue si dogmatique et voudraient appliquer la concurrence dans le secteur de l'électricité où pourtant cela s'applique très mal... Emportée par le courant des idées, la France a mis fin au monopole d’EDF et ouvert l’électricité aux disciplines du marché. La pression de la concurrence devait améliorer la gestion, dynamiser les équipes, faire baisser les prix du courant. Une dizaine d’années plus tard, telle la poule qui a couvé un canard, la France ébahie se dépêtre de ses paradoxes, le problème n’est plus de faire baisser les prix, mais d’accepter ou non de les laisser monter pour s’aligner sur ceux du marché européen. On avait ouvert l’électricité à la concurrence pour baisser les prix et il faudrait aujourd’hui les élever pour permettre la concurrence »__(Marcel Boiteux (ancien président d'EDF)                                                  ___L' aboutissement logique du rapport Champsor.  "Les fournisseurs profiteront de la manne nucléaire sans aucun investissement. On a vu ce que cela a donné il y a plusieurs années en Californie avec la grande panne électrique. Là-bas comme ailleurs, l’Etat s’est réapproprié le secteur. Quant à nous, nous privatisons à tour de bras !" "C’est dans la nuit du 24 novembre que l’Assemblée Nationale a voté le texte définitif. Depuis début juin 2010, les parlementaires ont entre les mains l’avenir du service public de l’électricité. Les 27, 28 et 29 septembre, le Sénat avait adopté le projet de loi. _Du jamais vu : obliger une entreprise, dans le monde de la concurrence libre et non faussée, à céder une partie de ses atouts à des concurrents qui produisent peu ou pas du tout d’électricité. Cette loi est une étape supplémentaire vers la déstructuration complète du secteur électrique, sous le prétexte fallacieux de permettre la sacro-sainte concurrence, qui dans le domaine de l'électricité, tout le monde le constate désormais, fait augmenter les prix."                                                                                         _La Nouvelle organisation des marchés de l'électricité: "baptisée loi Nome, vise à assurer la concurrence entre les différents acteurs du marché de l'électricité. Elle s'appuie sur un constat: malgré l'ouverture des marchés à la concurrence, EDF conserve la clientèle de plus de 95% des ménages français. Selon le dogme actuel, si les clients restent chez EDF, c'est parce qu'il y a une distorsion de la concurrence, d'où l'idée de légiférer pour augmenter la concurrence. En ligne de mire, les tarifs réglementés d'EDF, que Bruxelles veut supprimer. Dans le même temps, la commission exige qu'EDF vende sa production électrique nucléaire à ses concurrents à un tarif inférieur au prix du marché, en clair à un tarif "régulé".___Curieuse façon de voir l'économie: on exige la suppression des tarifs régulés pour les particuliers et leur création pour les concurrents d'EDF... Etonnamment, Bruxelles n'a pas cherché à obliger les producteurs à faire des gains de productivité. N'aurait-il pas été plus logique de demander aux producteurs autre qu'EDF de faire des efforts pour produire moins cher? De les obliger à passer à des centrales plus performantes?"            __Une curieuse concurrenceorganisée au frais des consommateurs , dans l'esprit de la lettre de la commission_europeenne ..."...On peut débattre de la rente supposée liée à la production d'électricité d'origine nucléaire dans notre pays mais il n'y à aucune raison d'en faire bénéficier les nouveaux entrants sans que ceux-ci soient concernés par les charges à venir. En procédant ainsi, on ne les incite pas à innover en investissant dans des unités nouvelles de production d'électricité. Et comment pourras-t-on vérifier que cette électricité achetée à un « prix discount » ne sera pas revendue plus cher à l'étranger par ces mêmes opérateurs ? Au final, c'est le consommateur qui sera pénalisé. Il y a quelques jours, on apprenait que Bercy autoriserait une nouvelle hausse de 3% des tarifs de l'électricité au début de l'année prochaine, après une augmentation identique le 15 août dernier destinée au financement des énergies nouvelles. La loi Nome provoquera à nouveau une hausse importante des prix de la part d'EDF dans les années à venir qui répercutera à ses clients le manque à gagner du discount fait à ses concurrents sans aucune contrepartie positive, bien au contraire..."                                                ___L'économiste libéral Elie Cohen a catalogué d'aberrante  la libéralisation de l'électricité, ce soir, dans l'émission C'est dans l'air sur la 5. ___________________________

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La "bête immonde": le retour?

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 A Magdebourg

              Malgré l'incrédulité de certains, la stupéfaction des autres, le fatalisme de certains, les faits s'imposent d'eux-mêmes, qu'il convient d'analyser: comment ce glissement vers l'AfD a t-il été possible? Depuis longtemps déjà, des voix s'élevaient Outre Rhin et ailleurs redoutant un amplification fatale, se basant sur une tendance qui n'a fait que s'accentuer. Jusqu'où ira la contagion? Difficile de répondre à ce stade. Les causes de ce phénomène restent à mieux analyser et à hiérarchiser. Mais le pays est au pied du mur, face au péril de l'extension progressive d'une extrême-droite d'un type particulier, affichant clairement des objectifs si extrêmes, que le RN s'en est démarqué par opportunisme.                             La question du retour parfois explicite à un passé qu'on croyait dépassé pose le problème de la résurgence de thèmes du III° Reich les plus vilipendés en 1945. Une piqûre de rappel s'impose, ainsi que quelques rappels historiques, à l'égard de ceux qui minorisent le danger. Les félicitations trumpiennes devraient aussi nous alerter. Il n'y a pas de fatalité, mais....

 

 

   Point de vue:

Nous avons manqué de vigilance. Pourtant nous étions prévenus. Et de longue date. « Le ventre est encore fécond, d’où a surgi la bête immonde » : c’est ainsi que fut longtemps traduit le dernier vers de La Résistible Ascension d’Arturo Ui, pièce de théâtre écrite en 1941 dans son exil finlandais par Bertolt Brecht (1898-1956). Pour décrire la mécanique de l’avènement du nazisme, le dramaturge allemand y transforme Adolf Hitler en gangster de Chicago, chef mafieux aussi grotesque qu’impitoyable. « L’Arturo Ui, a-t-il résumé, est une parabole, conçue dans le but de détruire le respect habituel et dangereux devant les grands tueurs. »   Le choix par Brecht d’un décor nord-américain n’est pas innocent. Le 31 octobre 1936, dans un discours prononcé quelques jours avant sa réélection, le président Franklin Delano Roosevelt (1882-1945) s’en était pris aux « vieux ennemis de la paix » que sont « le monopole industriel et financier, la spéculation, la banque véreuse », avant de poursuivre ainsi : « Ils avaient commencé à considérer le gouvernement des États-Unis comme un simple appendice de leurs affaires privées. Nous savons maintenant qu’il est tout aussi dangereux d’être gouverné par l’argent organisé que par le crime organisé. »    Voici donc le ventre fécond, dont l’évocation souligne notre actuelle mafiosisation du monde : ce capitalisme criminel, hors la loi, qui, pour survivre, est prêt à jeter aux orties les oripeaux de démocraties affaiblies et déclinantes. Mais, largement popularisée, au point d’être devenue une expression courante, cette traduction bien connue est quelque peu infidèle.                             Nulle « bête immonde » dans le texte original brechtien. « Car ce terreau putride est encore fécond ! », propose la plus récente des traductions françaises, qui la fait disparaître. « Le ventre est encore fécond d’où ça sort », suggérait celle qui l’a précédée, chez le même éditeur.

        Avec son « ça », pronom indéfini, cette variante rejoint le cœur du propos de Brecht : ce mal politique radical ne nous est pas inconnu, il ne nous est ni étranger ni extérieur. D’ailleurs, vous le savez pertinemment, lance-t-il au public dans le sous-titre de sa pièce : « Ce grand hold-up que vous connaissez bien. »                                              Bref, l’arrivée au pouvoir de forces autoritaires qui piétinent les droits, musèlent les libertés, discriminent les minorités et congédient l’idéal démocratique, en somme de ces ennemis de l’égalité que nous nommons « extrême droite » et dont les habits mondiaux sont infiniment variés, n’est jamais une fatalité.  Loin d’une catastrophe imprévisible, inimaginable et impensable, elle est le produit d’un processus durant lequel, bien avant qu’elle n’advienne, des indifférences et des aveuglements, des renoncements et des compromissions, des abandons et des capitulations, l’ont accompagnée et facilitée. C’est le sens de ce « résistible » du titre d’Arturo Ui, adjectif auquel Brecht renoncera dans la version du texte postérieure à la Seconde Guerre mondiale, tant l’ascension s’était, hélas, révélée irrésistible.                       « Que les choses continuent comme avant, voilà la catastrophe », glisse dans son Livre des passages Walter Benjamin (1892-1940), cet autre antifasciste allemand. De lucidité autant que de désespoir, son suicide à Portbou, en Espagne, le 26 septembre 1940, mit fin tragiquement à son échappée hors de l’Europe nazifiée qui devait lui permettre de retrouver, aux États-Unis, son ami exilé Theodor W. Adorno (1903-1969) avec lequel il n’avait cessé de correspondre.    C’est de ce « comme avant », de cette genèse du désastre, des habitudes et des accommodements qui font le jeu et le lit de la catastrophe, que nous parle Le Nouvel Extrémisme de droite, texte prophétique d’Adorno, issu d’une conférence prononcée en 1967 à Vienne, en Autriche, aujourd’hui réédité par la collection de poche « Champs » des éditions Flammarion, dans une traduction d’Olivier Mannoni.                         Nous nous sommes rassurés à trop bon compte. À mesure que les générations suivantes en prenaient conscience, l’incommensurabilité des crimes nazis, au premier chef le génocide des juifs d’Europe, a fait écran, endormant nos vigilances. Face à la monstruosité de la Shoah, le « plus jamais ça » est devenu un « rien ne ressemble, rien ne ressemblera à cela », entraînant une lecture de la catastrophe par la fin, dans l’oubli, voire l’ignorance de l’ordinaire qui l’avait fait advenir.                                                                              Ainsi dévitalisés, comme s’ils avaient été vidés de leurs mécanismes intérieurs, les mots « fascisme » et « nazisme » sont devenus des entraves à la lucidité. On les conjure officiellement pour mieux s’aveugler sur leurs renaissances. Encalminés dans l’époque qui les contextualise et les documente, ils ont fini par appartenir à un passé figé dont les commémorations sont autant de mises à distance, qui les enferment dans les vitrines d’une « histoire antiquaire », pour reprendre la formule de Nietzsche dans ses Considérations inactuelles.                            Une exigence de ressemblance a servi d’alibi à l’aveuglement : si ce n’est pas tout à fait pareil, s’il n’y a pas de bandes armées comme les sections d’assaut du parti national-socialiste, de croix gammées et de saluts nazis, c’est qu’il n’y a pas de risque de récidive.  Et c’est ainsi, dans la certitude d’avoir conjuré le danger épidémique d’une nouvelle peste brune, que nos gouvernants et nos médias, ces dernières décennies, se sont accommodés de mots et d’actes, d’idéologies et de politiques – notamment sur l’immigration et la sécurité –, faisant la courte échelle aux nouveaux fascismes de ce XXIe siècle dont la progression semble, de nouveau, irrésistible..."     [ Merci à E. Plenel]

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Vous avez dit "libre échange"?

Publié le par Jean-Etienne ZEN

Manque de lait en France? 

                     Du lait, des carottes de Nouvelle- Zélande, ça vous dit?

              Bruxelles élargit encore le libre marché mondial, après l'Amérique du Nord, le Mercosour, etc... On élargit encore l'espace du libre-échange, devenu un dogme incontournable, bien au-delà de l'espace européen, quitte à mettre en péril des pans entiers de notre économie, en l'occurrence de notre agriculture. Il n'est pas question de défendre un protectionnisme économiquement ravageur, mais de résister au dogme néolibérale du commerce mondial supposé être économiquement toujours positif.  Une certaine ouverture des frontières aux produits étrangers est nécessaire certes, mais d'une manière réfléchie et maîtrisée, non pas comme un dogme aveugle qui met en question notre souveraineté économique, surtout dans les domaines où nous sommes autosuffisants. Les critiques grandissent à l'égard du dogme d'une concurrence aveugle au niveau mondial, surtout quand on sait que les règles ne sont pas appliquées ou le sont peu dans certains pays, en matière de normes, de qualité, de traitement et de coût de la main d'oeuvre. On connaît les critiques légitimes à l'égard de la qualité du soja et du poulet brésiliens, de la viande de porc allemande, du boeuf canadien, etc... des conditions de production de produits du SE asiatique... partenariat privilégié ou pas.                                                                                                                                 L'Europe se réveillera-t-elle? Faut-il une crise sanitaire et économique majeure pour arriver à des prises de conscience bien tardives et revenir à du simple bon sens économique. Le libre échange, c'est bien, comme on le pense depuis A. Smith, mais le libre échange à tout va, érigé en norme internationale et en principe absolu, c'est mortel pout beaucoup d'économies qui finissent par perdre leur substances, dans un système libre et faussé. L'OMC joue double jeu.                                                   Nombre d'économistes orthodoxes sortent des dogmes établis surtout à partir des années 80, surtout sous l'influence reaganienne, du fait du poids de la réalité qui se fait sentir durement aujourd'hui, mettant en évidence nos fragilités et nos erreurs. Ils auraient écouter le vieux Ricardo qui donnait quelques principes simples: « C’est seulement chez des peuples semblables, que les restrictions commerciales en vue de créer et de soutenir une industrie manufacturière peuvent être légitimes ; elles ne le sont que jusqu’à ce que cette industrie devienne assez forte pour ne plus craindre la concurrence étrangère » Friedrich List (1789-1846). 

 

            La notion de protectionnisme éducateur n'a pas perdu de sa pertinence. Un juste retour à la souveraineté économique semble une nécessité dans les domaines stratégiques et d'avenir. Pas seulement en matière politique. Certes, le protectionisme a été longtemps vilipendé comme facteur de nationalisme, voire de guerre. Celui de Trump, du moins en parole, semble une prise de conscience bien tardive, quoique excessive et électoraliste. Civiliser la mondialisation est une tâche urgente. Maîtriser un processus qui mène beaucoup à le dépendance et à l'appauvrissement est une nécessité, en redéfinissant de nouvelles règles.  Il est toujours intéressant de relire Maurice Allais qui, sur ce point, a eu raison avant les autres:

                L'économiste qui nous a quitté il y a quelques années, à la pensés souvent complexe et technique, n'est pas d'un abord toujours  simple ni à l'abri de criques. Mais il fut aussi caricaturé et instrumentalisé.
     On retiendra surtout de lui sa critique de la pensée néolibérale et du Consensus de Washington, produits politiques et économiques de l'école de Hayek, de Friedman et de leurs disciples, notamment R. Reagan, M. Thatcher et de leurs épigones..
    Sa pensée commence, à la faveur d'une crise qu'il pronostiquait, à être considérée comme prémonitoire sur de nombreux points. Elle est en tous cas stimulante.
         Notamment concernant une certaine forme de mondialisation, menée notamment sous la houlette de l'OMC, qu'il lui semblait nécessaire de réformer, comme la place trop belle laissée à des multinationales de plus en plus puissantes mettant de plus en plus les Etats au service de leurs intérêts...
     Naguère, certains, et non des moindres,  finissaient par reconnaître la nécessité d' une mondialisation régulée.
   Car la libre concurrence, dans une mondialisation sauvage et sans principes, faisant une confiance aveugle aux marchés, est source de déséquilibres et de crises. (La Crise mondiale aujourd’hui)
     L’idéologie que j’appelle « libre-échangiste mondialiste » a déjà fait d’innombrables victimes dans le monde entier. Pour une raison simple, empiriquement vérifiée : la mondialisation généralisée des échanges, entre des pays caractérisés par des niveaux de salaires très différents, entraîne finalement partout, dans les pays développés comme dans les pays sous-développés, chômage, réduction de la croissance, inégalités, misères de toutes sortes. Or, cette mondialisation n’est ni inévitable, ni nécessaire, ni souhaitable.
       Même à l'intérieur de l'Europe, la concurrence sans convergence ni cohérence, sans protections extérieures minimales, ouverte à tous les vents, favorable à toutes sortes de délocalisations, mène aux impasses que nous connaissons, mettant en péril une construction mal pensée.

            Maurice Allais s'est fait le critique sans concession de la politique économique menée à Bruxelles depuis des décennies et avance des arguments souvent proches du bon sens, que Pascal Lamy et les autres ne voulaient (ou ne pouvaient) entendre..
.       ..Ceux qui, à Bruxelles et ailleurs, au nom des prétendues nécessités d’un prétendu progrès, au nom d’un libéralisme mal compris, et au nom de l’Europe, veulent ouvrir l’Union Européenne à tous les vents d’une économie mondialiste dépourvue de tout cadre institutionnel réellement approprié et dominée par la loi de la jungle, et la laisser désarmée sans aucune protection raisonnable ; ceux qui, par là même, sont d’ores et déjà personnellement et directement responsables d’innombrables misères et de la perte de leur emploi par des millions de chômeurs, ne sont en réalité que les défenseurs d’une idéologie abusivement simplificatrice et destructrice, les hérauts d’une gigantesque mystification...

___ Les adversaires obstinés de tout protectionnisme, quel qu’il soit, commettent une seconde erreur : ne pas voir qu’une économie de marchés ne peut fonctionner correctement que dans un cadre institutionnel et politique qui en assure la stabilité et la régulation.   Comme l’économie mondiale est actuellement dépourvue de tout système réel de régulation et qu’elle se développe dans un cadre anarchique, l’ouverture mondialiste à tous vents des économies nationales ou des associations régionales est non seulement dépourvue de toute justification réelle, mais elle ne peut que les conduire à des difficultés majeures
  .__Le véritable fondement du protectionnisme, sa justification essentielle et sa nécessité, c’est la protection nécessaire contre les désordres et les difficultés de toutes sortes engendrées par l’absence de toute régulation réelle à l’échelle mondiale.__Il est tout à fait inexact de soutenir qu’une régulation appropriée puisse être réalisée par le fonctionnement des marchés tel qu’il se constate actuellement.__Si on considère, par exemple, le cas de l’agriculture communautaire européenne, l’alignement de ses prix sur des prix mondiaux qui peuvent rapidement varier de un à_ deux en raison d’une situation toujours instable n’a aucune justification....Depuis deux décennies une nouvelle doctrine s’est peu à peu imposée, la doctrine du libre-échange mondialiste impliquant la disparition de tout obstacle aux libres mouvements des marchandises, des services et des capitaux....Cette doctrine a été littéralement imposée aux gouvernements américains successifs, puis au monde entier, par les multinationales américaines, et à leur suite par les multinationales dans toutes les parties du monde, qui en fait détiennent partout en raison de leur considérable pouvoir financier et par personnes interposées la plus grande partie du pouvoir politique....La mondialisation, on ne saurait trop le souligner, ne profite qu’aux multinationales. Elles en tirent d’énormes profits.... 
     Une mondialisation généralisée des échanges entre des pays caractérisés par des niveaux de salaires très différents aux cours des changes ne peut qu ’entraîner finalement partout dans les pays développés : chômage, réduction de la croissance, inégalités, misères de toutes sortes. Elle n’est ni inévitable, ni nécessaire, ni souhaitable.  Une libéralisation totale des échanges et des mouvements de capitaux n’est possible, et elle n’est souhaitable que dans le cadre d’ensembles régionaux groupant des pays économiquement et politiquement associés et de développement économique et social comparable. 
    Il est nécessaire de réviser sans délai les Traités fondateurs de l’Union Européenne, tout particulièrement quant à l’instauration indispensable d’une préférence communautaire. Il faut de toute nécessité remettre en cause et repenser les principes des politiques mondialistes mises en oeuvre par les institutions internationales, tout particulièrement par l’Organisation mondiale du commerce (OMC).  Au regard de l’ensemble de l’évolution constatée de 1974 à 2004, soit pendant trente ans, on peut affirmer aujourd’hui que cette évolution se poursuivra si la politique de libre-échange mondialiste de l’Organisation de Bruxelles est maintenue.    En fait, toutes les difficultés pratiquement insurmontables dans lesquelles nous nous débattons aujourd’hui résultent de la réduction d’au moins 30 % du Produit national brut réel par habitant d’aujourd’hui. La prospérité de quelques groupes très minoritaires ne doit pas nous masquer une évolution qui ne cesse de nous mener au désastre.  L’aveuglement de nos dirigeants politiques, de droite et de gauche, depuis 1974 est entièrement responsable de la situation dramatique où nous nous trouvons aujourd’hui.  Comme le soulignait autrefois Jacques Rueff : « Ce qui doit arriver arrive. »  Toute l’évolution qui s’est constatée depuis 1974 résulte de l’application inconsidérée et aveugle de l’Article 110 du Traité de Rome du 25 mars 1957 constamment repris dans tous les traités ultérieurs... 
         Pierre Mendes-France s'était lui-même montré, de manière presque prémonitoire, très critique  à l'égard du Traite de Rome le 18 janvier 1957, premier jalon d'un processus mal réfléchi.
     L'idée d'un protectionisme raisonnable  fait son chemin. Mais comment changer le poids des dogmes et le cours des choses? La prise de conscience de quelques uns est bien faible et bien tardive.
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Des cartes et des hommes

Publié le par Jean-Etienne ZEN

Adieu Mercator!

                     Place à une représentation plus équitable du monde...                                 Essentiellement pour des raisons géopolitiques. Même si certains pays y perdront en dimension apparente. Trump ne s'en remet pas...Pas simple de mettre à plat une terre qui s'obstine à rester ronde. Question de convention...Il y avait quelques injustices à réparer...                             L'Onu a tranché, non sans résistance des USA, trop valorisé sur la planisphère. La convention du génial Mercator aura été d'une grande aide pour les navigateurs depuis le 16° siècle et le commerce qui s'envola à cette époque..("mercator" veut dire marchand). Tant pis si L’Europe (9,7 millions de kilomètres carrés) semblait plus étendue que l’Amérique du Sud, pourtant près de deux fois plus grande (17,8 millions de kilomètres carrés).  Cela permettait de naviguer à la boussole.  Mais il est compliqué de transformer une sphère en plan.                   Eckert IV prendra la place, mais ne sera pas encore la perfection, de toute façon impossible. Toute représentation du monde est arbitraire et a une signification politique


                                                                                                                               Là-dessus se greffe le problème des frontières, issues d'une histoire qui n'est pas prête de les stabiliser. Des frontières sont toujours ambivalentes. La cartographie sera toujours à repenser. On touche là au domaine de la géopolitique, où s'imbriquent l'histoire et le territoire...                                                                                                                                          Fin de l'histoire de la cartogaphie? Certainement pas... _______

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E-intrusions

Publié le par Jean-Etienne ZEN

James Bond en aurait rêvé

       Orwell n'a pas pu y  penser

                                On n'arrête pas le progrès...si l'on peut dire. Ce n'est pas de la fiction. Il est possible aujourd'hui d'entrer dans le coeur du portable de n'importe quoi pour en subtiliser des données, parfois les plus sensibles.. Certains chefs d'Etat en ont fait l'expérience, comme Mme Merkel. N'importe qui peut être confronté à ce problème, pour diverses raisons. Il est possible de géolocaliser une personne qu'on veut suivre à la trace, pour des raisons parfois non avouables. Nous voilà entrés dans une sphère du numérique et de l'IA qui pose vraiment problème, dans les domaines les plus divers: privé, commercial, industriel, politique.      Les logiciels espions font merveille, en profitant de toutes les failles. Et les particuliers s'y mettent, aux dépends de la vie privée. Une application de surveillance suffit.                                                                Le système Pegasus, a déjà fait ses preuves, provoquant des remous diplomatiques. On peut le qualifier d'arme de guerre.                                                                                                                                                            Dans le domaine de la cybersécurité, comme dans celui de la cybersurveillance, si poreux l'un et l'autre. Pour le meilleur et pour le pire. La complexification et l'extension rapide de certains cyber-outils sont tels que ça en est fascinant, mais aussi, par un autre côté, inquiétant, étant donné la quasi-absence de contrôle qui préside à leurs usages. Les usages domestiques, techniques et thérapeutiques de l'intelligence artificielle, par exemple, ne posent pas de problèmes majeurs. Ce sont souvent même des outil positifs. Mais il y a toutes les applications à des fins de surveillance individuelle, sociale et politique, qui peuvent inquiéter à bon droit, voire même alarmer les individus et les Etats. Le cas du Maroc est exemplaire. La vie privée peut être mise en question ainsi que des documents stratégiques, des données essentielles, techniques, ou politiques. 


                 ___   Pegasus fait partie de cette innovation qui donne des sueurs froides aux décideurs mais aussi aux politiques, parfois suivis à la trace. Des scandales récents qui mettent en évidence la sophistication et la perversité de  ce nouvel outil ont été sur le devant de la scène. La surveillance individuelle et institutionnelle atteint des sommets. Gare à vos smartphones! Ce logiciel espion, qui s'infiltre partout, n'est pas seulement politique. Sans aucun doute, c'est le plus sophistiqué de tous. Pour l'instant. "Le projet Pegasus montre à quel point le logiciel espion de NSO Group est une arme de choix pour les gouvernements répressifs qui cherchent à réduire au silence les journalistes, à s’en prendre aux militants et à écraser l’opposition, mettant ainsi d’innombrables vies en péril."   Même le gouvernement américain, par intérêt, a mis ce logiciel espion au ban de la société. La Chine, en pointe pour la surveillance de masse, aura sans doute moins de scrupules ou de retenue.   ____

 

                 *  __ Amnesty International ; Forensic Methodology Report: How to catch NSO Group’s Pegasus ; juillet 2021.    __Berthier, Thierry ; Derrière Pegasus : le mode d’emploi d’un logiciel espion ; The Conversation; juillet 2021.____Cheminat, Jacques ; Comment fonctionne le logiciel espion Pegasus ? ; Le monde informatique; juillet 2021.___Forbidden Stories ; The Pegasus Project ; Online.___Guardian, The ; Pegasus Project; Series ; The Guardian, online.__Leloup, Damien ; Untersinger ; « Projet Pegasus » : nos journalistes Damien Leloup et Martin Untersinger ont répondu à vos questions sur le système d’espionnage des téléphones ; Live ; Le Monde.____Leloup, Damien ; Untersinger ; « Projet Pegasus » : révélations sur un système mondial d’espionnage de téléphones ; juillet 2021.___Monde Europe ; Logiciel espion Pegasus: le ministre israélien de la Défense se rend à Paris (officiel) ; Le journal de Montréal ; juillet 2021.___Radio-Canada; Des diplomates américains visés par le logiciel espion Pegasu s; décembre 2021.___Reporters sans frontières; Pegasus : “un outil répugnant et sordide, prisé par les prédateurs de la liberté de la presse” ; RSF ; juillet 2021.   ______________________________________

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Nouvelle question allemande

Publié le par Jean-Etienne ZEN

De nouveau au premier plan?

                                                       L'Allemagne inquiète, à une croisée des chemins inédite.  Devant une  mutation problématique et un contexte géopolitique incertain. Le virage de l'économie de guerre, suite à la défection US pose question . L'AfD est aux portes du pouvoir à Magdebourg. Quelles perspectives?  On ne peut que faire des hypothèses pour l'instant, étant donné que l'on n'est qu'au début d'un processus à multiples inconnues                                                                                                Point de vue  et hypothèses ...Approche géopolitique 

 "...Nous sommes à la veille d’une élection qui semble historique. Depuis la Seconde Guerre mondiale, l’extrême droite n’a jamais été aussi forte en Allemagne, et elle est sur le point de prendre le pouvoir seule dans un Land. Ce contexte politique explosif doit être compris dans un moment géopolitique singulier : alors que les États-Unis se retirent de l’Europe, l’Allemagne se réarme. Une nouvelle question allemande hante le continent...                                                                      Historiquement, depuis 1945, l’Europe avait incontestablement un hégémon : les États-Unis. Leur influence économique et militaro-politique était tellement plus importante que celle de n’importe quel État européen qu’elle constituait une hégémonie incontestable. Par conséquent, Washington a façonné l’ordre européen d’après-guerre, d’une part avec l’OTAN et d’autre part avec son soutien à l’intégration du continent.  Aujourd’hui, alors que les États-Unis se retirent d’Europe, une vieille question refait surface : qui dirige réellement l’Europe ?                      Comme les États européens, en particulier les plus influents, sont tous plus ou moins égaux en puissance, aucun ne peut prétendre à une hégémonie aussi forte que celle des États-Unis. Le retrait américain crée donc un vide de leadership. La question est de savoir si l’émergence d’une nouvelle puissance hégémonique est possible. Avec son réarmement — son budget de défense dépassera d’ici 2029 le budget cumulé actuel de la France et du Royaume-Uni —, l’Allemagne deviendra du jour au lendemain la première puissance européenne, tant sur le plan économique que militaire.    _____   Cela soulève surtout la question de la nécessité d’un leadership collectif entre les trois principaux États européens (France, Allemagne et Royaume-Uni), ou entre les cinq plus grands États, incluant la Pologne et l’Italie. Il faut répondre collectivement à la question de l’équilibre futur de l’Europe avec une Allemagne aussi forte au centre du continent. Berlin exercerait une hégémonie d’un genre nouveau, difficilement comparable à l’hégémonie américaine actuelle, c’est la raison pour laquelle je parle plutôt de domination.                                                                                                                                                                Nous avons déjà vu cette domination à l’œuvre lors de la crise financière et économique, où le pouvoir de l’Allemagne de dire « non » ne se limitait pas à dicter sa conduite aux autres, mais servait également à bloquer certaines orientations politiques, ce qui fait obstacle à toute solution collective. Désormais, le renforcement de la puissance allemande posera problème sur le plan stratégique plutôt que financier, car un refus catégorique de Berlin ne pourra plus être contourné aussi facilement qu’auparavant.               ___Il convient tout d’abord de noter que tous les pays européens se réjouissent du réarmement de l’Allemagne. Il est indéniable que l’Allemagne doit se réarmer et assumer ses responsabilités.La question n’est cependant pas de savoir si ce réarmement aura lieu, mais comment il se fera et s’il s’inscrira dans le contexte européen. C’est là que la formule de la « force armée conventionnelle la plus puissante » prend tout son sens.  Il s’agit là d’une ambition très importante. L’Allemagne a là un objectif qu’elle peut assurément atteindre si l’on ne prend pas en compte les effectifs des forces armées ukrainiennes actuelles. La Pologne nourrit bien sûr la même ambition.                                                                                                            En 1990, tout le monde savait encore que chaque renforcement de la puissance allemande impliquerait une perte de souveraineté. Helmut Kohl a obtenu la réunification, mais il a également renoncé au Deutsche Mark. Konrad Adenauer a obtenu la souveraineté de l’Allemagne de l’Ouest, mais il a également intégré la Bundeswehr aux structures de commandement de l’OTAN. Il y a toujours eu un compromis.  Pendant 35 ans, dans le discours allemand, on n’entendait plus que des critiques concernant une Allemagne jugée trop faible, et non trop forte....Berlin doit donc réfléchir aux moyens d’ancrer sa puissance dans le tissu européen et d’éviter de susciter, même involontairement, du ressentiment. C’est d’autant plus important que l’Allemagne est le pays d’Europe intellectuellement le plus dépendant des États-Unis et de l’ordre occidental placé sous leur influence. La France, par exemple, même si les États-Unis et l’idée d’un Occident uni disparaissaient, conserverait une vision propre de sa politique étrangère et un héritage historique sur lequel s’appuyer. La Grande-Bretagne possède cette vision et la Pologne se perçoit également comme une terre de résistance. L’Allemagne, en revanche, n’a plus aucun point de repère dans le passé depuis 1945.... On dit souvent aujourd’hui que l’Allemagne « accomplit son tournant historique ». Or dans la déclaration de politique générale du 27 février 2022, le chancelier Olaf Scholz emploie lui-même une formule plus passive « Nous vivons un tournant historique ». Le premier fut le choc Poutine, et le second, Trump, qui a été le catalyseur ayant rendu possible le véritable tournant historique : le retour de l’Allemagne à la puissance militaire. Sous Scholz, cela n’était possible qu’à petite échelle ; avec Friedrich Merz et l’adoption de la réforme constitutionnelle sur l’endettement, l’Allemagne peut redevenir pleinement une puissance militaire engagée dans la défense du continent....                                                                    Ce rapprochement est clairement visible dans le discours allemand, comme en témoigne la célèbre phrase « La paix est la véritable épreuve » (Frieden ist der Ernstfall), popularisée en 1969 par le président fédéral Gustav Heinemann. Initialement conçue comme une déclaration pacifiste appelant à concevoir la paix comme un effort, elle a ensuite été réinterprétée par la Bundeswehr comme un appel à la préparation militaire. « Nous devons être prêts », être si bien préparés à une éventuelle guerre que nous pouvons l’empêcher...à l’époque, le leadership américain était très clair, la Bundeswehr était quasiment intégrée aux structures de commandement de l’OTAN, ce qui rendait le réarmement allemand acceptable aux yeux des pays européens. Aujourd’hui, l’hégémonie américaine et sa prétention à exercer un leadership stratégique en Europe n’existent plus. Il est donc nécessaire de mettre en place davantage de structures européennes pour intégrer la puissance militaire allemande.....                                                                                                  Le problème majeur est plutôt politique. À Berlin, on n’entend parler que d’un « gouvernement de la dernière chance ». Comment trouver l’énergie nécessaire pour faire avancer significativement ces questions, qu’il s’agisse de politique industrielle, d’intégration de la défense ou de dette européenne ? Il faut dépasser ce discours de la « dernière cartouche de la démocratie ».Un tel discours peut être mobilisateur à court terme, mais il n’aide en rien à la réflexion stratégique si l’on se contente d’une approche de survie. La planification de notre sécurité exige une vision à long terme..."   (Merci à Le Grand Continent)

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