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Une forêt (vraiment) vierge?

Publié le par Jean-Etienne ZEN

On a cru longtemps au mythe de l'"enfer vert"

                                        Un monde de forêts denses, mystérieuses, dangereuses, inhabitables; sauf par de rares petits groupes en voie de régression, marginalisés et dispersés, que Lévi-Strauss avaint étudiés de près.                               C'est aujourd'hui la fin d'un mythe."...C’est ainsi que s’installe le mythe durable de l’Amazonie : celui d’un enfer vert, d’une région à l’état de nature, où nul ne peut vivre car les sols y sont trop acides, les ressources en protéines insuffisantes, les transports trop difficiles et les maladies débilitantes. L’autre mythe, apparemment opposé, mais qui revient au même, est celui véhiculé dès l’origine par Christophe Colomb qui, arrivé à l’embouchure de l’Orénoque, au Venezuela en 1498, clame qu’il a découvert le « paradis terrestre ». C’est la notion d’une Amazonie pareille à un éden vert, où habitent quelques « bon sauvages » dans un dénuement béat, vivant peu nombreux et parcimonieusement en harmonie avec la nature, un éden certes rude, mais magnifique. Des cités perdues.


                             ___Aujourd’hui, ces mythes donnent des maux de tête aux scientifiques qui les ont mis à bas depuis une bonne vingtaine d’années. « Malgré des découvertes archéologiques majeures, et des avancées considérables dans les domaines biologiques et anthropologiques, on continue de se battre contre l’histoire officielle et le refus d’accepter qu’on s’est trompés, ou plutôt que l’on a pas assez regardé, depuis 500 ans », se désole Bruna Rocha, une jeune archéologue de Santarem. Dans des dizaines de sites comme celui de Monte Alegre, des archéologues ont mis au jour autant de découvertes qui démontrent que non seulement l’Amazonie était peuplée, mais qu’elle était densément habitée, cultivée, exploitée, que les tribus communiquaient et échangeaient des biens sur plusieurs centaines de kilomètres et que des ébauches d’États administrés avaient commencé à émerger avant 1492.     Ces découvertes ont pu avoir lieu grâce à de nouvelles techniques comme l’imagerie par satellite, mais aussi en raison, tristement, de la déforestation galopante de la forêt, qui a révélé des sites autrefois inaccessibles. Parmi les plus importantes, citons :– l’apparition d’une révolution néolithique indépendante, c’est-à-dire la naissance de l’agriculture, séparée de celle qui s’est déroulée au Proche-Orient vers 14 000 avant J.C. ;– l’accent mis sur la culture des arbres, une agroforesterie radicalement différente des agricultures européennes, africaines ou asiatiques. « Les gens qui visitent l’Amazonie aujourd’hui sont toujours surpris qu’on puisse se promener dans la forêt et manger quantité de baies et de fruits que l’on trouve sur son chemin, s’amuse Javi Eduardo, un docteur en botanique de l’université de Manaus. Mais c’est parce que ces arbres et ces buissons ont été plantés là il y a plusieurs milliers d’années. Les gens ne se promènent pas dans la forêt vierge, mais dans de très anciens vergers »  À la veille de l’arrivée des Européens, de cinq à dix millions de personnes vivaient en Amazonie                         contrairement à ce qui a été longtemps raconté, la culture du maïs était développée en Amazonie, et pas seulement dans les Andes, à côté de celle du manioc, permettant un régime céréalier riche ;– l’existence de la « terra preta », une « terre noire » unique au monde et d’une fertilité incroyable qui contient bien plus de nutriments que les terres alentour. Cette terra preta est le résultat d’un processus humain mélangeant le brûlis, l’agglomération de déchets végétaux et organiques. Alors que les premiers colons de l’Amazonie pensaient que rien ne poussait sur ces sols de latérite acides, presque tout pousse sur la terra preta, qui est aujourd’hui vendue sous forme de terreau sur les marchés de Santarem ;– la mise au jour de champs surélevés, de routes, de canaux, d’étangs, de monticules de chaque côté des rivières indiquant la présence de ponts… Par exemple, au début des années 2000, les archéologue Heckenberger, Petersen et Neves ont découvert autour du Rio Xinghu un réseau de 19 villages reliés par de larges routes, des ponts, des canaux, des digues, etc., qui témoignent, selon eux, d’une société « très élaborée et organisée ». Par ailleurs, en de multiples endroits de l’Amazonie, les chercheurs ont révélé des dizaines de monticules de terre contenant des centaines de milliers de fragments de poteries, attestant de populations extrêmement nombreuses et – relativement – prospères.                                                                   Grâce à ces découvertes – on peut en lire davantage dans les ouvrages 1491, de Charles Mann (Albin Michel), ou Amazonie, les douze travaux des civilisations précolombiennes, de Stéphen Rostain (éditions Belin) –, les spécialistes estiment qu’à la veille de l’arrivée des envahisseurs en 1492, de cinq à dix millions de personnes vivaient dans la forêt amazonienne, soit davantage qu’aujourd’hui (en excluant la population des villes modernes, bien entendu). Selon plusieurs estimations, de 12 % à 25 % de l’Amazonie était anthropogène, c’est-à-dire qu’elle était façonnée par les activités humaines...."....                                                                                                                       Non, l'Amazonie ne fut pas toujours cet "enfer vert souvent évoqué. Une vraie révolution dans nos conceptions simplistes..                                                                                                                                                    C'en est fini de certains fantasmes concernant cette immense forêt, qui ne fut pas toujours si vierge. Ce ne fut pas toujours l'enfer vert.
              Les déforestations ont parfois un côté inattendu, en permettant des découvertes improbables..
  L'Amazonie est en train de perdre son aura de mystère et de devenir un terrain de recherches infini, ouvrant la porte à l'exploration de nouvelles civilisations passées.
   La photographie aérienne a fait beaucoup évoluer les découvertes archéologiques.
      Le poumon de la planète n'a pas fini de nous étonner.
   Plusieurs millions de personnes vivaient dans cette contrée, avant l'arrivée des conquérants européens, depuis 10000 ans sans doute, le plus souvent sédentarisées, à la culture élaborée.
Levi-Strauss ne pouvait s'en douter.
 Les microbes européens ont eu raison des populations qui vivaient dans cette vaste contrée, de manière très organisée.
    Il reste beaucoup à découvrir et à connaître dans l'univers amazonien (pas celui-ci, l'autre...)
________
                ".... William Woods, géographe à l'Université du Kansas, au sein d'une équipe étudiant les géoglyphes d'Acre, estime que « si l'on veut recréer l'Amazonie précolombienne, la plupart des forêts doivent être enlevées et remplacées par des habitats et des cultures intensives. Je sais que cela passera mal auprès des fervents écologistes... mais que peut-on dire d'autre ? »

Les géoglyphes, motifs géométriques gravés dans la terre, sont devenus de plus en plus visibles avec la déforestation de l'Amazonie, New York Times, 2012, DR.
   Denise Schaan, archéologue à l'Université fédérale du Pará au Brésil, a dirigé des recherches sur les géoglyphes et procédé à des tests au radiocarbone. Elle a ainsi mis en lumière que leurs constructions remontent de 1000 à 2000 ans, parmi lesquels certaines pourraient même avoir été reconstituées à plusieurs reprises au cours de cette période.
    Dans les années 2010, les chercheurs en sont venus à penser que ces géoglyphes avaient une importance cérémonielle, sans pouvoir établir aucune certitude cependant. Le mystère est d’autant plus profond que ces géoglyphes n’ont pas de rapport évident avec les autres colonies pré-colombiennes découvertes ailleurs en Amazonie. Et de grandes lacunes touchant aux peuples autochtones de cette aire géographique persistent.
    Dans un article du New York Times daté du 14 janvier 2012, le paléontologue brésilien Alceu Ranzi compare ces réalisations aux célèbres lignes de Nazca dans le sud du Pérou (note). Ces découvertes viennent remettre en question la version d’une Amazonie peu habitée, confirmant du même coup les thèses du journaliste américain Charles C. Mann.
    Dans son livre, 1491, Nouvelles révélations sur les Amériques avant Christophe Colomb (note), issu des recherches scientifiques sur l’Amérique précolombienne, il explique que certaines parties de l'Amazonie étaient « beaucoup plus peuplée qu'on ne le pensait » et que « ces gens ont volontairement modifié leur environnement de façon durable ».
Des artefacts précolombiens, trouvés près de certains des géoglyphes de l'État d'Acre, offrent des indices sur leur origine, New York Times, 2012, DR.   Il semble maintenant probable que l’arrivée des Européens a aussi provoqué une multiplication des conflits. Que ce soit pour fuir les Blancs et les risques d’esclavage ou pour s’en rapprocher afin de contrôler l’accès au commerce, les Amérindiens de la région semblent être devenus plus nomades qu’avant, d’autant que les agglomérations les plus importantes, le long de l’Amazone, ont été les plus touchées par le choc microbien et ont totalement disparu.
Un autre élément a joué un rôle essentiel dans ces transformations : l’introduction du métal. Les outils de pierre étaient peu efficaces pour déboiser, ce qui aurait plutôt incité les habitants de la région à exploiter les parcelles de manière prolongée, au prix d'importants efforts collectifs.     Les haches en métal, au contraire, ont permis à des populations décimées par le choc microbien de pratiquer les cultures sur brûlis qui ne seraient donc pas à interpréter comme une technique immuable mais au contraire comme une innovation technologique et agricole majeure. Le contrôle des approvisionnements en métal auprès des Blancs devient alors un enjeu essentiel qui engendre des tensions et affrontements.
    Toutes les certitudes sur le régime alimentaire et l’agriculture précolombienne ont été remises en cause et avec elles, celles sur le rapport des habitants et de leur environnement. Alors qu’on considérait jusque-là que le manioc constituait la nourriture de base de l’ensemble des habitants de l’Amazonie, l’absence de toute trace de sa production (alors que sa préparation nécessite de nombreux outils) sur la plupart des sites découverts a contraint à remettre en cause cette certitude : il était bien cultivé par divers groupes, mais non par tous, de loin           
    L'abondance des plantes domestiquées en Amazonie prouve l'existence de la grande variété des régimes alimentaires entre les tribus. Ainsi, des arbres fruitiers ont été sélectionnés et croisés entre eux, comme le palmier-pêche, extrêmement prolifique. Ananas sauvage, noix diverses, baies… ont aussi été plantés pour permettre de nourrir les populations et vont à l'encontre de l'idée reçue d’une « générosité » spontanée de la forêt.     La densité de la forêt amazonienne, comparable à celle des forêts européennes, semble du reste s'accroître dans les zones peuplées par les populations précolombiennes, où l'on retrouve des espèces cultivées en abondance. De plus, cette forêt est traversée de nombreux chemins, routes, canaux, de sols surélevés dans les zones inondables, ainsi que de nombreux aménagements et terrassements, qui n’ont pour certains été que très récemment été identifiés comme étant le fruit de l’action humaine. Leur ampleur demeure largement méconnue : il reste encore à repérer les structures érigées par l’homme.                                     S’il est encore impossible de proposer une description précise des modes de vie, lesquels ont du reste varié pour s’adapter aux changements de la végétation dus aux évolutions du climat, la diversité linguistique et culturelles ne doit pas être sous-estimée : certaines tribus vivaient au sein de véritables villes alors que d’autres étaient des chasseurs-cueilleurs, et d’autres encore semi-sédentaires...    Désormais, considérer que la région amazonienne aurait été un « enfer vert » où des populations auraient péniblement survécu au sein d’un écosystème qui les aurait dépassés, pourrait relever de l'aberration. Pour vivre et se pérenniser, elles ont dû s'adapter aux évolutions et changements récurrents de leur environnement.      Mais que la forêt amazonienne ne soit pas aussi primitive et intacte qu’on le croit volontiers n’implique naturellement pas qu’elle soit moins précieuse pour l’avenir de l’humanité.."      (Merci à Hérodote. net)
               ______________________________________________ 
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Dronophilie

Publié le par Jean-Etienne ZEN

          Ou dronophobie?

                                  L'dée de "bombes planantes" est déjà depuis un moment envisagée. Un vieux concept. Aujourd'hui, les drones sont partout, la numérisation se développant sans frein, même de manière ludique. Pour le meilleur et pour le pire....Surveiller à distance un feu de forêt ou l'évolution d'un volcan, voilà qui est propre à révolutionner le travail du géologue, de l'hydrologue, du pompier, etc... Cela de soi. Une évolution en cours qui va s'affiner, se complexifier et se développer encore plus. C'est inévitable et souhaitable. L'optimisation est à nos portes.   


                                                                                                                                       Sauf que...certains usages déjà en cours peuvent poser de redoutables problèmes: celui que la police peut utiliser dans le contrôle de foules mobilisées pour de justes causes, du contrôle politique douteux, voir liberticide, pratiqué ici ou là, où la réglementation et des limites légales s'imposeraient.    ___ On retient surtout, actualité oblige, l'usage guerrier de cette technologie, qui semble ne plus avoir de limites et contribuer rapidement à un nouveau type de conflits, comme en Ukraine, par exemple. Au point de changer la donne de la notion classique de guerre, rendant obsolètes certaines armes conventionnelles. Nous sommes à un tournant stratégique, pleine d'incertitudes et certainement de nouveaux risques.             C'est la "philosophie" de la guerre qui est en train de changer. Obama a été un initiateur dans ce domaine, on l'a oublié. La polémique est déjà anciennne. Tant qu'il y aura des guerres... Le problème est là. Le danger sera de plus en plus redoutable, c'est sûr. Et la course en avant sans fin assignable...                                                  La question de fond revient, lancinante...                 ________________

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Rendez-vous à Davos (2024)

Publié le par Jean-Etienne ZEN

Ton univers impitoyable...♪♫

     A Davos, va-t-on recoller les morceaux? C'est hautement incertain, malgré certaines déclarations, auxquelles on finit par être habitué.                     " Les blindés font du ski" déclare un éditorialiste....                                                                                                  Une affaire rentable? pour tout dire. Comme tous les ans. Come l'année dernière, ce peut être parfois touchant....A Davos, ça ne tourne plus rond...Le grand club des privilégiés de la planète ont perdu le Nord et n'ont plus la mondialisation heureuse. Alain Minc a cessé de vivre...Il faut tout repenser dans le chamboulement du monde, la nouvelle géopolitique qui se dessine, la guerre qu'on n'attendait pas en Europe. Le "doux commerce" de Montesquieu ne fonctionne plus ou connaît des ratés majeurs. La planète se déglingue. Bref, ce n'est plus l'euphorie, celle des lendemains qui chantent pour le big business. Ce ne sont plus seulement quelques soucis rapidement évoqués, c'est plutôt la morosité.   


                                                            Comme d'habitude, certains viennent mettre les pieds dans le plat et donner l'alerte, rappeler à ces messieurs que derrière le décor de luxe des salons de Davos et les joyeuses parties de ski, il y a la réalité crue des profondes inégalités qui se creusent pendant que les profits atteignent des sommets. Des empêcheurs de profiter en rond, qui viennent gâcher une fête déjà morose.                       ______Certains des plus fortunés cèdent (symboliquement) à la pression. Par culpabilité? Non, par générosité feinte, par peur aussi peut-être. Ils demandent à payer plus. Comme si il y avait faute et non pas dérives d'un système, celui d'un libéralisme fou à la finance dérégulée        « Vous, nos représentants mondiaux, devez nous taxer, nous les ultra-riches, et vous devez commencer maintenant. » Dans une lettre relayée mercredi 18 janvier par l’ONG Oxfam et adressée aux dirigeants mondiaux, réunis à Davos à l’occasion du Forum économique mondial, plus de 200 millionnaires et milliardaires demandent à être davantage taxés pour le « bien commun ».Ces derniers avancent qu’« au cours des deux premières années de la pandémie les dix hommes les plus riches du monde ont doublé leur richesse, tandis que 99 % des personnes ont vu leurs revenus baisser. Les milliardaires et les millionnaires ont vu leur richesse augmenter de milliards de dollars, tandis que le simple coût de la vie paralyse désormais des familles ordinaires à travers le monde...»   

 

                                        C'est touchant! Ces cris du coeur reviennent régulièrement. Sans effet. Roosevelt avait osé un temps trancher dans le vif....Cela ressemble assez à l'attitude de ces milliardaires américains touchés pas la grâce de la Charity Business.                                                                              Un petit pas (verbal) dans la bonne direction ou un besoin de gagner en respectabilité?    Et si on changeait les règles  ___________________                        

 

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Petits échos du dimanche

Publié le par Jean-Etienne ZEN

__ Déception

__ Fraudes

__ Surprise?

__ Bourbier

 

__ Pluralisme?              

 

__ Inflation US

__ Capitulation

__ Surveillance

__ Cyberattaque

__ Vincent encore

__ Sapin de trop

__ Dépendance russe

__ L'eau dans l'air

__ Lapierre: histoire

__ Un déclin français

__ Produire ou périr?

__ Guerre hybride

__ Héritage gaulliste?

__ Jeu d'influences

__ Forêts salvatrices?

__ Dérives netflixiennes

                 _____ ___ Quand un empereur prend sa retraite _____

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Aux armes citoyennes!

Publié le par Jean-Etienne ZEN

...Faites-nous plus de bébés! ♪♫♪

     L'heure est grave, a-t-il dit. Le réarmement s'impose, même si on peut en rire... On ne va pas suivre les pas de l'Allemagne ou même de la Chine. Il faut régir, car on va manquer de bras si ça continue. Même si la baisse récente de la natalité  n'est pas facile à expliquer, même si les causes sont multiples et interdépendantes. . Pour le démographe Hervé Le Bras, l'expression utilisée à l'Elysée est "grotesque":   "....il y a eu beaucoup d’études réalisées sur la relation entre croissance économique et croissance démographique, et on n’a jamais pu mettre en évidence la moindre causalité. L’Allemagne en fournit la preuve : le pays a mieux réussi économiquement que la France en ayant une fécondité, pendant près de 50 ans, d’un demi-enfant de moins qu’en France. ..." Et le type 'économie de demain, de plus en plus digitalisée, va-t-elle demander une main d'oeuvre aussi importante que pendant les périodes antérieures.. On n’est plus du tout aujourd’hui dans cette idée du nombre qui fait la force..."    conformément à la doctrine de Bodin ou des obsessions nationales, voire nationalistes de la III° République, ou de l'après-guerre.    Voilà un signal qui plaît à l'extrême-droite, comme il était au coeur de discours de Pétain, dans la perspective culpabilisante du "redressement national"                 Donner des injonctions ne suffit pas, surtout sans réflexion sur les causes d'un phénomène peut-être provisoire, circonstanciel. Cela relève de la pensée magique. En tout cas, le message passe mal, surtout auprès des femmes. Cela se comprend.

 


                                                                                   ___                          "...C’est une rhétorique nataliste. Ce phénomène est ancré dans le temps long : déjà à l’époque de la IIIe République, il y avait cette idée que les individus « doivent » des bébés à l’État pour participer à l’effort collectif. Historiquement, c’est quelque chose qu’on retrouve dans les mouvements conservateurs - de droite comme de gauche - et qui a été largement dénoncé par les progressistes.   Je n’ai pas connaissance d’un autre usage, dans l’histoire, des mots « réarmement démographique ». Mais simplement faire référence au réarmement, c’est utiliser un champ lexical très viriliste, guerrier et violent. Quand je l’ai entendu, j’y ai immédiatement vu un écho à la période de la fin du XIXe siècle et du début du XXe : une période de développement conjoint du capitalisme et du nationalisme, où sont apparus les termes de « chair à canon » et de « chair à usine », pour parler de personnes qui n’avaient pas de droits, si ce n’est de produire quelque chose pour la nation.  S’inscrire dans cette lignée, c’est tenir un discours très conservateur. L’usage de cette expression rejoint un discours gouvernemental qui met l’accent sur le travail, l’apologie de la productivité... Elle donne une ligne claire : pour répondre à la crise économique et à la crise démographique, il faut se reproduire. C’est un cadre très patriarcal et hétéronormé, duquel découlent plusieurs problèmes.  Si on fonde un projet social sur la reproduction, il y a forcément le risque d’instrumentaliser le corps des personnes qui peuvent enfanter. Ce fut le cas en 1920, au moment de la criminalisation des publicités sur la contraception et de la répression de l’avortement.  Sans que ce soit explicite, ces termes renforcent un projet de société dans laquelle la vie doit suivre un ordre linéaire : le couple, le mariage, la grossesse. Il y a alors le risque que toutes les personnes qui ne se reconnaissent pas dans ce modèle, notamment les personnes LGBT, soient encore plus invisibilisées et précarisées....Les politiques natalistes ne sont pas l’apanage de l’extrême droite et ont historiquement été également tenues par la frange conservatrice de la gauche de l’échiquier politique. Toutefois, dans ce discours, il y a aussi l’idée de faire « barrage à l’immigration », et l’affichage d’un choix clair : faire des futurs travailleurs plutôt que d’accueillir des travailleurs immigrés comme cela a été le cas pendant les trente glorieuses, par exemple...".                                                                                  Le natalisme national laisse des souvenirs mitigés.                                                                                   "...Il y a un autre problème qui semble important. À une période ou des associations, des chercheurs et chercheuses n’arrêtent pas d’appeler à transformer nos pratiques, choisir de s’inscrire dans la lignée de la rhétorique capitaliste et nationaliste du XIXe siècle, c’est nier toutes les crises sociales et écologiques que nous vivons. De nombreux chercheurs et chercheuses ont écrit sur les tendances d’Emmanuel Macron à « flirter avec l’extrême droite », aujourd’hui, c’est quelque chose d’absolument décomplexé. Un terme comme « réarmement démographique », c’est un signal extrêmement inquiétant, et qui appelle à la vigilance quant aux évolutions politiques à venir...."                                            _______________________________________________                                                   La question de la natalité n'est pas que franco-français, mais aussi européen et mondial. __ Les démographes sont en pleine interrogation. Ils savent qu'ils ne pratiquent une science exacte (il n'en existe aucune dans les sciences humaines), mais ils se donnent les moyens d'y voir plus clair dans les mouvements de populations à un moment donné et surtout les tendances profondes sur le long terme ou le court terme. Modifications sur le taux de natalité, qui a des incidences sur l'histoire d'un peuple ou d'un continent, chutes brutales d'une population après un événement naturel, comme la peste noire ou une profonde modification climatique, etc... Autant d'objets d'étude qui peuvent en apprendre beaucoup sur l'histoire locale, régionale, voire mondiale...                                                                                                                                                   Aujourd'hui, beaucoup de spécialistes en la question s'interrogent sur les tendances de la population mondiale, qu'on a vu monter rapidement depuis le début de l'ère industrielle. Assistons-nous en ces dernières décennies à une chute programmée de la population mondiale, de manière différenciée, une chute qui ne serait pas provisoire, mais tendancielle, sous l'effet de facteurs divers, naturels comme culturels? Certains pays s'interrogent déjà sur une moindre natalité en leurs sein, leur apparaissant problématique en leur, comme l'Allemagne qui peine à renouveler sa population. Mais ce pays n'est pas le seul. D'autres voient leur natalité baisser régulièrement, comme certains pays de l'Afrique du Nord, tandis que le Sahel connaît une explosion problématique, pour des raisons surtout culturelles. La démographie peut souvent aider l'historien sur les modifications profondes à venir.   

 


                                                                                 __  La France n'est plus la grande puissance quelle était au XVIII° siècle, mais sa politique de soutien familial lui permet de ne pas être affectée comme certains de ses voisins. Mais des données nouvelles pourraient modifier la tendance: les effets (relatifs) de la covid sur l'espérance de vie, les données récemment enregistrées sur la baisse de la fécondité masculine, les résistances psychologiques liées à une certaine angoisse écologique...Quelques facteurs partiels qui ne sont pas sans doute à eux seuls des éléments explicatifs, mais qui contribuent à mieux saisir ce qui s'annonce sans doute comme une régression, voire une stabilisation de la population mondiale. Ce qui ne serait pas en soi un drame, si l'économie s'adapte aux nouvelles donnes, ce qui serait pour d'autres une chance de voir se réduire une pression excessive sur le milieu vital, aux ressources limitées. Un débat en cours qui n'est pas anodin...                                                                                              En tout cas la "bombe démographique" n'aura pas lieu, si les tendances constatées continuent à se vérifier. Des questions d'ordre moral et politique se posent. Faut-il d'urgence "arrêter le enfants" comme il est parfois préconisé?... Un grand défi attend l'humanité, que ne résoudront pas les démographes, qui ne peuvent que poser des diagnostics à partir de leurs données chiffrées et de leurs projections et leurs hypothèses..   ___________________

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L'empire

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 Dans les empires                                                                                                                                         C'est Forbès qui le dit: B. Arnault fait partie de la prestigieuse galaxie des plus fortunés du monde, qui ne cesse de s'étendre. Il n'est pas en tête du peloton, bien sûr, mais il a de quoi assurer ses arrières. Même s'il vitupère contre l'excès d'impôts dans son pays, contre ceux qui prônent un peu plus de justice fiscale, notion qu'il abhorre. Il est un winner, tient à le faire savoir, lui qui a su faire sa place à l'Académie , vient d'être reçu pas le pape et a eu sa chaise lors de l'intronisation de Trump à la Maison Blanche, au côté de Musk, and Co. Cultiver ses relations ne nuit pas aux affaires, tout le monde sait ça...


  "Monsieur"  n'aime pas trop l'impôt, qui pourrait venir écorner ne serait-ce qu'une toute petite partie de sa fortune. A chacun son mérite. Il s'est octroyé récemment, entre autres folies, un nouveau yacht, le plus grand et le plus luxueux, de plus exonéré d'impôts. Ce n'est pas une histoire belge!  un nouveau yacht à 500 millions €, qui émet mille fois plus de gaz à effet de serre que toute la consommation d'un français ordinaire pendant 1 an. Mais Monsieur n'est pas un français ordinaire et on n'est jamais aussi bien servi que par soi-même, comme disait ma grand-mère..

 


__ Une chance pour lui: le "contexte" lui est très favorable, comme le remarque une certaine personne, forcément jalouse:

 

En        "...En France, la dernière décennie a été marquée, d’une part, par un phénomène d’accumulation des richesses entre les mains de quelques milliardaires (Bernard Arnault, Rodolphe Saadé, Vincent Bolloré, etc.) encore jamais vu auparavant ; et, d’autre part, par le développement à bas bruit d’une finance de l’ombre, non régulée, dont les acteurs, méconnus du grand public, sont les fonds de capital-investissement (KKR, Blackstone, Apollo, Ardian, PAI, etc.).  Ces deux pans du capitalisme financiarisé sont en train de faire main basse sur l’économie française. Ils ont par ailleurs pour point commun de développer une vision libertarienne et autoritaire de la société, faisant craindre qu’ils ne s’accommodent très bien de l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir..."                                                                        Si l’on en croit son ami Vincent Bolloré sur le réseau social X, BA est une personne […] d’un grand cœur » (sic), s’est senti profondément blessé par une série de six articles parue dans Le Monde et titrée « L’empire Bernard Arnault ». Encore un journal "communiste", sans doute....                                                                  Mais faut-il l'envier? Comme disait quelqu'un peut-être un peu jaloux, mais plutôt sage: "...Quand je lis tous les jours la formidable enquête sur la vie de Bernard Arnault dans Le Monde, je suis sidéré par la misère de cet homme. Pas d'amitié, pas d'amour, que des calculs et des méfiances. Sa peur des autres, son horreur des contacts. Son obsession maladives des profits, ses stratégies avec les puissants du monde indépendamment de leurs valeurs morales...Sa peur panique de lamaladie et des malades. Son seul plaisir tous les matins prendre un spa en regardant CNews. je suis bien plus riche que lui, parce que je possède quelque chose qu'il n'aura jamais : Je suis aimé par des gens qui n'attendent rien d'autre que mon affection et mon bien-être . Un trésor inaccessible pour ce pauvre Arnaud...."

Un monde à part.

Qu'est-ce que la richesse? _______________

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IA générative (2)

Publié le par Jean-Etienne ZEN

Espoirs fous ou/et soucis à se faire

                                       Les débats sur l'IA générative continuent. Au fur et à mesure des progrès fulgurants accomplis en peu de temps dans ce domaine. Et de tous ceux qui s'annoncent. Mais aussi de la concurrence qui va bon train et des avis toujours aussi partagés sur l'intérêt et les risques de certains de ses usages. Les perspectives offertes par certains laissent songeurs. Semble s'ouvrir un horizon sans fin dans bien des domaines. Les superstars s'affichent à Davos. Malgré des réserves concernant  ce continent encore vierge.                                                                                  ___  Car des "dérapages" possibles apparaissent déjà. Ce n'est sans doute qu'un début. Déjà un film a été créé à 100% par l'IA. On comprend l'inquiétude des artistes et producteurs de Hollywood, les soucis qui apparaissent dans le monde de la finance responsable et de toux ceux qui peuvent se trouver en péril dans des activités jugés obsolètes. C'est une partie de la production et donc de l'emploi qui peut se trouver affectéé par une révolution inédite mettant en péril la créativité...Les enjeux sont énormes. Elon Musk lui-même met en garde. Une "bascule anthropologique" se produit sous nos yeux sans doute. Cela fait débat. IL y a encore à y réfléchir, sachant que la pensée vraiment créative ne pourra jamais être remplacée, dans les domaines où elle est centrale. Ce serait une leurre d'attendre de l'IA qu'elle en vienne à prendre des décisions à notre place: même dans le trading haute fréquence, la pratique médicale de haut vol, la gestion des affaires humaines sociales et politiques, exigeant la prise en compte décisive de valeurs, de choix humains discutés. Déjà aux USA, l'IA est utilisée dans l'assistance à la prise de décision judiciaire...                                                               ___ Pour tout dire, le domaine de la conscience humaine, du sens à donner à nos pratiques individuelles ou collectives ne pourra jamais être laissés à celui du calcul et de la logique informationnelle, aussi sophistiquée soit-elle. Il a des malentendus sur la notion d'"intelligence", qui doit être repensée dans son sens le plus intime et le plus décisif. "Que sais-je?" disait Montaigne. Des montagnes de données, même fiables, ne nous aideront pas à éclairer, entre autres, la vieille question de fond: to be or not to be? Pourquoi mon existence et quel sens lui donner in fine?....Savoir tout ou presque sur l'organisme et les fonctions cérébrales, comme le rêvent certains doux utopistes de la Silicon Vallée, ne nous fera pas avancer d'un pouce concernant la lancinante question du "pourquoi". Sans tomber dans l'anathème, il est temps de (re)penser une évolution qui dépasse toutes les anticipations anciennes.

Comme le pense un philosophe, 

 

"...De la science au droit, de la médecine aux questions militaires, l'intelligence artificielle bouleverse tous nos champs de compétence. Tous ? Non ! En philosophie, l'IA ne sert à rien. Le prototype d'agent conversationnel ChatGPT, qui peut répondre à toute question, trouver une recette de cuisine à partir du contenu d'un réfrigérateur, rédiger un article ou composer un poème sur le sujet de notre choix, qui puise dans l'intégralité du savoir disponible pour en livrer une synthèse en quelques secondes... se trouve comme une poule devant un couteau quand on lui demande de réfléchir. Quelle énigme ! Pourquoi le geste tout simple qui consiste à trouver une problématique, c'est-à-dire à transformer une question en problème pour en faire la colonne vertébrale d'une réflexion, demeure-t-il hors de sa portée ? À quoi tient cette singularité, ce je-ne-sais-quoi ? Pourquoi la pratique de la philosophie est-elle inaccessible à l'intelligence artificielle ? Et pourquoi l'humanité demeure-t-elle un casse-tête pour la machine ? C'est la même question...." 

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La patate n'a pas la frite

Publié le par Jean-Etienne ZEN

 Cette année

       On comprend pourquoi                                                                                                                                                La base de notre alimentation va faiblir et la frite se fera petite et rare. Les patates ressemblent souvent à des chiques cette année. Au grand désespoir de Mac Cain... Nous sommes -momentanément- dans la purée....                                      La patate en Europe n'a pas une si longue histoire, même si ses origines andines sont lointaines. Sur le marché européen, sa production est importante, plus ou moins constante. Elle a monté en flèche. La frite surgelée ne connaît pas de frontières. La frite industrielle inonde le marché mondial.  Une spirale productiviste et des patatiers asservis. Il va falloir progressivement choisir entre son commerce sans frein et les exigences climatiques. Mais ce n'est qu'un exemple...

 

                    " Le commerce des frites surgelées résume parfaitement ce qu’est capitalisme mondialisé et dévoile l’hypocrisie du rituel des COP « pour sauver le climat et la planète ».Un rappel d’abord, même si l’histoire de la pomme de terre est bien connue. Nous ne mangerions pas de pomme de terre en Europe si les populations andines d’Amérique du Sud ne l’avaient cultivée depuis plus de 8 000 ans. Les conquistadors espagnols arrivés beaucoup plus tard ont rapporté des pommes de terre en Espagne au début du XVIème siècle, mais le développement de sa culture et de sa consommation en Europe fut lent. En France, par exemple, jusqu’au XVIIIème siècle, la pomme de terre était considérée comme une plante toxique dont l’usage devait être réservé aux animaux. Il fallut que Parmentier, prisonnier des Prussiens pendant la guerre de sept ans, consomme les pommes de terre servies par ses geôliers, en apprécie les qualités et revienne en France convaincu de son intérêt pour alimenter la population encore fréquemment victime de disette, voire de famine et mène une grande campagne de promotion de la pomme de terre jusqu’à la table du roi, pour que sa culture se développe jusqu’à faire de ce tubercule un élément majeur de notre alimentation.                       Pour remercier ceux qui nous ont apporté ce bienfait, voilà que l’Union européenne attaque la Colombie devant l’OMC pour la contraindre à acheter des pommes de terre dont nous ignorerions l’existence s’ils n’en avaient cultivé bien avant nous.     L’agro business a transformé la culture de la pomme de terre en une industrie vouée à l’exportation. La Belgique, pays emblématique de cette culture, a obtenu que la frite soit inscrite à l’inventaire du patrimoine mondial de l’humanité. Pourtant, ce qu’elle produit aujourd’hui n’a pas grand-chose à voir avec la frite traditionnelle vendue dans des cornets, avec ou sans mayonnaise, qu’elle a remplacé, pour l’essentiel, par un affreux produit surgelé. Les surfaces consacrées à la culture de la pomme de terre ont progressé de 50% depuis le début des années 2000 pour atteindre 100 000 hectares, soit 11% des terres cultivées du pays. La Belgique a produit dix fois plus de pommes de terre en 2021 qu’en 1990 : 5 millions de tonnes contre 500 000 tonnes. Mais comme cela ne suffit pas aux industries de transformation, les importations de pommes de terre (en provenance de France notamment) ont été multipliées par trois en 20 ans, passant de 0,9 millions de tonnes en 2000 à 2,6 millions en 2018.  Ces pommes de terre ne sont pas achetées par les ménages belges pour qu’ils préparent leurs frites à la maison. 90% des pommes de terre belges sont transformées par des grands groupes internationaux en frites surgelées, croquettes et autres produits transformés issus des pommes de terre pour être exportés aux quatre coins de la planète. C’est ainsi que la Belgique est devenue le premier exportateur mondial de produits surgelés à base de pommes de terre. Cinq millions de tonnes de pommes de terre sont transformées par l’industrie pour produire 2,3 millions de tonnes de frites, 700 000 tonnes de purée, des chips, des croquettes, etc. Entre 40 et 50% des pommes de terre sont perdues dans le processus de transformation industrielle, une partie de ces pertes étant récupérées pour l’alimentation animale. Le groupe belge Clarebout Potatoes est devenu le premier producteur européen et le 4ème producteur mondial de produits surgelés à base de pommes de terre avec une production annuelle estimée à environ 800.000 tonnes de produits transformés et un chiffre d’affaires de 1,3 milliards d’euros en 2019. Clarebout va d’ailleurs installer prochainement une usine de production de frites surgelées dans le port autonome de Dunkerque qui en produira 1400 tonnes par jour (7j/7j, soit une production annuelle de plus de 500 000 tonnes) qu’il sera facile de charger sur un bateau pour l’exporter… en Amérique du Sud par exemple. D’autres groupes internationaux sont présents en Belgique et en France, comme le canadien Mc Cain, un géant du secteur, le néerlandais Farm Frites, ou encore Nestlé. La France a connu une évolution similaire. Elle produit 5 à 6 millions de tonnes de pommes de terre sur 150 000 hectares. 43% de la production sont exportés, 21% sont utilisés dans les usines de transformation pour la production de produits surgelés (à leur tour souvent exportés), 19% sont incorporés dans l’alimentation du bétail. Le marché national de consommation de pommes de terre fraîches n’absorbe que 17% de la production. La pomme de terre est devenue la matière première d’une industrie de transformation qui a accompagné la généralisation de la distribution des produits alimentaires par les grandes surfaces notamment sous forme de produits surgelés. L’exportation de produits surgelés est l’objectif principal de cette industrie. Culture de la pomme de terre et disparition des paysans Au XXème siècle, les pommes de terre étaient produites sur l’ensemble du territoire français par de petites exploitations agricoles et dans les jardins familiaux. Elles constituaient un élément important de l’alimentation de la population, encore très largement rurale. Chaque Français mangeait en moyenne 95 kilos de pommes de terre par an en 1960 ; il n’en mange plus que 52 kilos en 2022. En conséquence de quoi les surfaces consacrées à cette production ont fortement diminué, jusqu’au début des années 2000 où elles ont recommencé à croître. Les rendements à l’hectare ont beaucoup augmenté et la production s’est concentrée dans 3 régions : les Hauts-de France (65% de la production nationale), le Centre- Val de Loire (environ 10%) et le Grand Est (11%). Dans ce secteur comme dans tous les autres secteurs de l’agriculture, nous assistons à une véritable délocalisation de la production qui est désormais plus liée aux réseaux de transport, à la localisation des industries de transformation, qu’au climat ou à la qualité des sols. On constate les mêmes phénomènes chez les autres grands producteurs européens, Belgique, Allemagne et Pays-Bas. En Belgique, la moitié de la production est réalisée par 5% des producteurs de pommes de terre. En France, comme en Belgique ou en Allemagne les producteurs de pommes de terre ne sont plus majoritairement des petits agriculteurs indépendants, vivant de leur travail en approvisionnant les marchés locaux, en faisant vivre les circuits courts et tout ce qui est vanté comme devant être le cœur de la transition écologique souhaitée par la population et les gouvernements. C’est tout le contraire : les agriculteurs sont devenus des « travailleurs à façon » placés dans une situation de dépendance économique vis à vis des industries de transformation. Ils sont liés par des contrats qui leur imposent les volumes, la qualité et les conditions de production. Ils doivent fournir chaque année un volume donné de pommes de terre. S’ils ne sont pas capables d’honorer cet engagement, les sanctions sont variables : pénalités ou bien facturation par le transformateur des pommes de terre qu’il a dû acheter ailleurs. Les trois quarts des pommes de terre, en Belgique comme en France, sont produites par des « agriculteurs » sous contrat avec les groupes de transformation. Le développement de cette industrie a donc accéléré la disparition des exploitants agricoles indépendants en Europe, avant de faire la même chose dans les pays de destination des exportations européennes, en Amérique du Sud notamment. Pour conquérir ces marchés, les industriels font payer cher leurs produits sur le marché européen et pratiquent le dumping sur les marchés d’Amérique du Sud. Le Brésil et la Colombie ont adopté des mesures antidumping en 2017 et 2018 après avoir constaté que les prix de vente des produits européens sur leur marché étaient inférieurs de 18 à 41% à ceux qui étaient pratiqués pour les mêmes produits vendus par les Belges ou les Allemands au Royaume-Uni. Ce dumping a eu des conséquences dramatiques pour les agriculteurs en Colombie ou au Pérou. Depuis l’entrée en vigueur des accords de libre-échange entre ces pays et l’Union européenne, en 2013, les exportations européennes ont grimpé en flèche. Celles de frites congelées ont augmenté de 915% en Colombie, à tel point que les petits producteurs colombiens se sont mis en grève et ont exigé l’arrêt des importations de pommes de terre européennes.                                           La pomme de terre ne se développe que si elle trouve suffisamment d’eau dans le sol. Ce besoin d’eau augmente considérablement pour atteindre les rendements très élevés exigés par les industries de transformation, compris entre 40 et 50 tonnes à l’hectare, de surcroît avec des pommes de terre d’un calibre suffisamment gros pour se prêter aux besoins de l’industrie.  C’est pourquoi l’irrigation des champs plantés en pommes de terre s’est beaucoup développée dans la région des Hauts de-France qui n’est pourtant pas réputée comme l’une des plus sèches du pays. Les problèmes, déjà très importants, de qualité de l’eau dans cette région, provoqués par une urbanisation et une industrialisation anciennes, s’en trouvent aggravés.  Comment peut-on justifier le développement de telles pratiques agricoles alors que le changement climatique pose des problèmes de disponibilité de la ressource en eau de plus en plus importants y compris en France ?  De plus, la culture de la pomme de terre intensive fait un usage immodéré des produits phytosanitaires pour lutter contre le mildiou et les autres maladies. Jusqu’à 20 pulvérisations de produits phytosanitaires par récolte sont nécessaires. En moyenne, 17,6 kilos de substances actives sont épandus par hectare en Belgique, contre 6,4 pour la betterave et 2,8 pour le froment. Les engins agricoles utilisés pour cette culture industrielle pèsent des dizaines de tonnes et contribuent à renforcer le tassement des sols qui fait obstacle à l’infiltration des eaux de pluie. A terme c’est tout simplement la capacité de production des sols qui sera affectée.   Enfin, produire en Europe des pommes de terre que l’on transforme en frites surgelées auxquelles il faudra faire traverser l’océan atlantique dans des bateaux réfrigérés, représente une consommation d’énergie contribuant au changement climatique parfaitement aberrante et à laquelle il est urgent de mettre fin.  Les discours alarmistes sur la situation alimentaire d’une partie de la planète méritent d’être mis au regard de telles aberrations. En effet, la vente de pommes de terre européennes en Amérique du Sud n’a pas pour but d’assurer l’alimentation de populations sous-alimentées. Au contraire, elle ruine la possibilité des pays importateurs de produire leur propre alimentation grâce à une agriculture paysanne beaucoup moins polluante et plus conforme à l’orientation qu’il faudrait donner à l’organisation de notre société pour l’adapter aux changements climatiques en cours.  En même temps que les pays européens et la commission de l’Union européenne font de grands discours à Charm El-Cheikh à l’occasion de la COP 27 et protestent de leur engagement dans la lutte contre le changement climatique, ils mènent un combat acharné au sein de l’Organisation Mondiale du Commerce en faveur de ce commerce aberrant des produits transformés surgelés issus de la transformation de la pomme de terre. Ce combat a payé puisqu’ils ont obtenu la condamnation de la Colombie par l’organisme de règlement des différends de l’OMC. Si la Colombie respecte cette décision scandaleuse, elle devra donc supprimer les droits de douane qu’elle avait instaurés, qui n’ont même pas suffi à protéger son marché intérieur. Quelques grands groupes internationaux continueront à faire de plantureux profits grâce à ce commerce qui représente l’exact opposé de ce que nos sociétés prétendent vouloir faire pour éviter la catastrophe annoncée.  D’un côté l’Union européenne fait des discours sans conséquences dans des conférences internationales, de l’autre elle défend des mesures bien concrètes pour développer le commerce international dans ce qu’il a de pire, au prix de la pollution des sols, de l’eau et de l’air, au bénéfice d’une activité économique inutile et destructrice.  La COP 27 est focalisée sur les compensations financières qu’il faudrait accorder au pays en développement au titre de la responsabilité passée des pays développés dans le changement climatique. Des promesses seront faites, comme elles ont déjà été faites dans le passé, et seront certainement tenues de la même façon. Mais le vrai sujet n’est-il pas de préparer l’avenir avant de réparer le passé ? Les pays développés devraient d’abord cesser de ruiner l’économie des pays moins riches, en faisant disparaître leur agriculture paysanne victime d’exportations à bas prix de produits transformés très consommateurs d’énergies fossiles. Faisons cela sans attendre, il sera toujours temps de parler des compensations financières.  Nul besoin de mesures complexes, de contrôle international bureaucratique des tonnes de carbones émises ou économisées par les États signataires de la convention de l’ONU sur le climat. Il suffit de déclarer un moratoire sur le commerce international de tous les produits transformés surgelés issus de la pomme de terre.  Pour atteindre cet objectif, pourquoi ne pas lancer une campagne mondiale de boycott des frites surgelées, dont la production n’est pas moins coupable que l’activité des groupes pétroliers du changement climatique ?   Pourquoi ne pas suspendre l’activité de l’OMC jusqu’à ce que ses règles de fonctionnement aient été mises en cohérence avec les exigences de la lutte contre le changement climatique ? Cela permettrait aux États qui le souhaitent de relocaliser une partie de la production dont ils ont besoin et de remettre un peu de bon sens dans les échanges commerciaux internationaux. Puisque la mode est à la sobriété et aux petits gestes, épluchons nos pommes de terre fraîches, ce sera bien meilleur dans nos assiettes et pour l’environnement que d’accepter de consommer ces horribles produits surgelés, d’ailleurs très indigestes. Quant à l’Union européenne, qu’elle abandonne immédiatement ses actions contre la Colombie qui a déclaré son intention de faire appel de la décision prise par l’OMC ! Si la Commission de l’UE ne le fait pas, elle confirmera la vacuité de ses discours sur le climat." [ Jean-François Collin]______

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De Gaza à Jérusalem (2024)

Publié le par Jean-Etienne ZEN

Points de vue et questions (Tour de presse)

           Le piège de la vengeance aveugle, de la loi du talion.

                          Si une riposte s'imposait, la vengeance guerrière et jusqu'au boutiste est plus qu'une terrible erreur: une faute.

 

 

        Une tragédie et une fuite en avant en même temps qu'une  impasse dénoncée par des Israëliens eux-mêmes, surtout ceux qui attendent leurs otages, qui ne semblent plus être un souci pour Netanyahou et son équipe. Quel espoir reste-t-il après le chaos? Des fruits amers sans doute, comme cela a été souvent souligné. Que deviendront les enfants des nombreuses victimes qu'on peine à dénombrer. Un génocide? L'usage du terme est discuté. L' avenir est compromis. Des lendemains difficiles s'annoncent pour Israel. En Cisjordanie, on sait ce qu'il en est. L avenir est bouché... Les dissensions  qui apparaissent à Tel Aviv sont-elles des promesses de changement? On verra... Mais la radicalité du pouvoir risque de s'imposer encore longtemps. et . Des expulsions sont envisagées. Le retour du bâton est cruel.                                                                                    Comment concilier des antagonismes aussi radicaux, et venir à bout d'une rage en partie compréhensible? des Juifs de l'extérieur, comme de l'intérieur peuvent difficilement se faire entendre.      Des refusniks se manifestent mais certains ont la mémoire courte.               On attend peu de l'intervention inattendue de Barak à La Haye....  __Victoire improbable.

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Varia

Publié le par Jean-Etienne ZEN

__ Lassitude

__ Gaza malade

__ Royale laideur

__ Apocalypse now?        

 

__ Réalité des prix

__ Pinel revisité

__ Vaccino-scepticisme

__ Capitale(s) de secours

__ USA: universités en crise

__ Aux ordres des femmes

__ Votes et clivages économiques

    __________Un fidèle serviteur  _______________

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